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CHAPITRE PREMIER

ORIGINE DE l'idée DE CAUSALITÉ EFFICIENTE

Si les philosophes sont d'accord sur l'existence de ridée de causalité, leur accord cesse bientôt quand on les interroge sur l'origine de celte idée. Nous pourrions donc exposer et 'discuter bien des théories avant d'arriver à celle qui nous parait vraie, mais nous voulons moins faire une œuvre d'érudition et de critique qu'arriver à des résultats : par suite nous ne nous occuperons des théories philosophiques qu'autant qu'il faudra pour ne pas laisser subsister des objections.

De deux choses l'une : ou la notion de causalité efficiente ne nous est donnée dans aucune expérience particulière, elle est dérivée d'une loi constitutive de l'esprit, c'est ainsi que l'a entendu Kant; ou elle est, au contraire, donnée dans une expérience particulière, soit que cette expérience nous donne directement la causalité, soit que

nous puissions seulement découvrir la causalité dans cette expérience. Dans le premier cas, la notion de causalité se tire par analyse de la loi posée a priori ; dans cette hypothèse il faut étudier le principe de causahté d'abord et Tidée de causalité ensuite ; dans le second cas, au contraire, cette notion est a posteriori; Texpérience nous la donne et c'est à l'aide de cette notion que nous formons le principe.

Nous allons d'abord rechercher si nous rencontrons une expérience où se dévoile à nous le rapport de causalité. Si nous découvrons une telle expérience, il n'y aura pas lieu d'aborder même la discussion de la première hypothèse, nous l'aurons, sel on la formule excellente de l'école de l'association, réfutée en la remplaçant.

Y a-t-il donc une expérience où je puisse saisir entre deux termes le rapport de causalité efficiente? Cette expérience ne peut être qu'extérieure ou intérieure.

L'expérience extérieure ne donne pas la causalité.

Sera-ce une expérience extérieure qui me donnera la causalité? — Mais il y a longtemps que Hume l'a remarqué, l'expérience externe peut

bien nous donner les successions, mais point du tout les productions. « Le mouvement dans un corps, dit-il, est regardé, s'il y a impulsion, comme la cause du mouvement dans un autre corps. En appliquant à ces objets la plus grande attention possible, tout ce que nous trouvons c'est qu'un corps s'approche de l'autre et que le mouvement de celui-là précède le mouvement de celui-ci, mais sans aucun intervalle sensible. Vainement nous nous tourmentons pour porter la pensée et la réflexion au delà sur ce sujet; nous ne pouvons aller au delà dans l'examen de ce cas particulier *. » Et ailleurs : « C'est en vain que nous promenons nos regards sur les objets qui nous environnent, pour en considérer les opérations ; nous ne sommes pas plus en état de découvrir ce pouvoir, cette connexion nécessaire, cette qualité qui unit l'effet à la cause et rend l'un la suite infaillible de l'autre; nous voyons qu'ils se suivent, et c'est tout ce que nous voyons. Une bille frappe une autre bille, celle-ci se meut : les sens externes ne nous apprennent rien de plus \ » Ainsi aucune expérience extérieure ne nous montre en acte la causalité véritable. Nous ne pouvons aller au delà du rapport

1. Tr. de la nat, humaine, 1. I, 3*^ part., sect. II, trad. Rcnouvier, p. 105.

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