‹ La cause des restes d'IsraelChapitre 10 sur 85 · ÉVÊCHÉ · texte numérisé non relu

ÉVÊCHÉ

d'orléans

« Mes chers Amis, « Je suis tout à vous, venez, et le plus tôt sera le meil- (( leur.

t FÉLIX, é^. d'Orléans. »

Le rendez- vous fut fixé dans son petit séminaire de la Chapelle, près d'Orléans. Notre manuscrit fut examiné par

Sa Grandeur durant trois jours. En nous le rendant, Monseigneur nous dit : « C'est une belle fleur sortie de la tige de Jessé. »

Il fut alors convenu que le manuscrit serait imprimé et envoyé à un grand nombre d'évêques. « Je plaiderai la cause de l'Israël de Dieu devant le Concile rassemblé », nous dit notre charitable protecteur. On devait se retrouver à Rome.

Le manuscrit devenu un imprimé de 156 pages avec ce titre : « La question du Messie et le Concile du Vatican » fut donc envoyé par nous à un grand nombre de Nosseigneurs les Evêques. Voici, en substance, le contenu de ce livre adressé aux israélites et aux chrétiens.

Dans une première partie étaient énumérées les différentes PHASES DE LA QUESTION MESSIANIQUE AU SEIN DU PEUPLE JUIF DEPUIS LA RUINE DE JÉRUSALEM.

Trois périodes :

Période d'inquiétude. — Les temps étaient venus pour la synagogue d'enfanter, parce que le fruit messianique était mûr pour être donné. Le Messie apparaît, il est méconnu et crucifié. En l'an 70, Jérusalem est prise par Titus. Avec le Temple qui brûle, disparaissent les fameuses généalogies qui, conservées dans le Temple, avec un soin jaloux, servaient à distinguer la tribu de Juda de toutes les autres tribus, et dans la tribu de Juda la famille de David de toutes les autres familles. A dater de cette perte commence pour les familles juives une situation de ténèbres, de confusion inextricable. Où est la famille de David de laquelle doit sortir le Messie : nul ne saura plus le dire ; interrogation ennuyeuse qui embarrassera les rabbins. La

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période d'inquiétude est à son comble ; plusieurs se demanderont tout bas : d'où vient que le dernier hosanna du peuple à un rejeton de David s'est fait entendre le jour des Rameaux? Depuis lors, de David on ne dit plus rien, on ne trouve plus rien, on ne sait plus rien.

Un épisode tout à la fois lugubre et puéril vient ajouter au relief de cette période d'inquiétude : nos pères se fatiguent à calculer la célèbre prophétie de Daniel sur les 70 semaines qui devaient précéder la venue et la mort du Christ. Leurs supputations ont étonné et étonnent encore. Ils ont, dans leurs angoisses, recommencé leurs calculs de plusieurs manières, et enfin, les calculs ordinaires étant épuisés, ils ont cherché à éclaircir les désespérantes semaines à l'aide de la science cabalistique : science abstruse, sans rives, aux combinaisons vertigineuses, de laquelle, avec de nouvelles dates, ils n'ont jamais fait sortir que de nouvelles déceptions. A ce comble d'inquiétude, en union avec l'âme angoissée de nos pères, nous avons vu comme une double vision passer devant nos regards.

C'était d'abord l'Israël de Dieu captif auprès des fleuves de Babylone. Sur son front pâle, mais calme, était une confiance impérissable; aux saules du chemin il avait suspendu sa lyre ! Tout à coup, du sein de sa tristesse et comme à travers ses voiles funèbres, le grand captif poussait un cri d'amour, fort, ardent, passionné : il avait entrevu dans ses rêves le Messie et Jérusalem î A cette vue, il oubliait toutes ses douleurs, il ne sentait plus ses chaînes, il ne savait plus s'il errait sur les rivages de Babylone, il oubhait le joug chaldéen : Jérusalem, il y avait dans son âme l'indestructible certitude de te revoir, et de se relever par toi, ô Emmanuel !

Et à cette vision en succédait une autre.

C'était encore l'exil, c'était encore l'Israël de Dieu, mais cette fois son attitude avait changé.

Vendu comme un vil bétail sur les marchés de Gaza et de Térébinthe, que fait- il furtivement le soir, après son travail d'esclave? Il calcule.

La tige de Jessé n'est plus, le livre des généalogies n'est plus, le Temple n'est plus : il presse ses calculs.

Sur sa tristesse nous cherchions, comme dans ses autres exils, le calme et le rayon de l'avenir, mais sa tristesse était sans rayon, elle n'avait plus de beauté.

Aux saules de Babylone, il y avait des harpes ; ici nous n'apercevions que des entassements de chiffres et des caractères cabalistiques.

Là- bas, c'était l'aurore, on regardait se lever l'étoile de Jacob ; ici, c'est la fatigue et c'est la nuit.

Dans l'ombre du premier tableau apparaissait Daniel qui consolait et faisait tressaillir ses compagnons d'exil en leur racontant les révélations de l'Ange : « Moi, Daniel, « tandis que j'étais en prière, voici que l'ange de Dieu m'a (( parlé... » ; ici nos pères sont seuls ; nul prophète auprès d'eux pour les tirer de leurs inextricables combinaisons ; leur dos est courbé, la lassitude les accable et tandis que la plupart s'impatientent du retard, quelques-uns, le front soucieux, semblent dire : N'y a-t-il pas dans les prophéties quelque chose que nous avons mal entendu?

Période de désespoir et de silence. — C'est l'époque du moyen âge ; les jeunes nations chrétiennes en formation, et aussi les juifs jaloux de conserver au milieu d'elles leurs coutumes, veulent être à part, ne pas se mélanger : de là les ghettos ou juiveries, positivement voulues par les juifs comme par les chrétiens. Reléguée à part, chaque juiverie présente une organisation en quelque sorte crispée qui se concentre dans le rabbin.

Or le rabbinisme, redoutant l'influence des controverses catholiques, prend alors une résolution désespérée, mais

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habile : celle d'interdire, d'étouffer et d'enterrer la question messianique.

Leur première mesure fut les anathèmes et les exécrations. Tous les rabbins se mirent à maudire les chercheurs du Messie. Qu'on écoute leurs funèbres souhaits, nous en avons composé une chaîne :

« Tous les termes qui étaient marqués pour la venue du Messie sont passés », dit rabbi Rava.

« Maudits soient ceux qui supputeront les temps du Messie )>, dit le Talmud de Babylone.

« Puissent leurs os se rompre », dit rabbi Jochanan.

« Périsse leur âme », dit rabbi Ephraïm. '

« Que l'enfer les engloutisse », dit rabbi Abarbanel.

« Que la géhenne les dévore », dit rabbi Matthatia.

« Que leur cœur éclate et que leurs calculs s'évanouissent », dit rabbi Maïmonide.

« Que leur esprit crève comme une tumeur », répètent à l'envi d'autres rabbins.

Quel langage ! quelle solution ! si la vérité était là, aurait-elle donc ces accents !

Une deuxième mesure rabbinique, plus radicale encore, fut de faire oublier la question messianique en substituant, à l'étude de la Bible, l'étude du Talmud. Le nom de Talmud signifie enseignement, transmission. Sous le but spécieux de compiler et de transmettre des documents scientifiques, cérémoniels et casuistiques concernant les mœurs des Hébreux, le rabbinisme parvint à détourner les esprits de l'étude de la Bible pour les parquer dans le monstrueux assemblage des douze volumes in-folio qui composent le Talmud. Oui, il vint un temps dans notre histoire où, sous la pression incessante des talmudistes, on vit le génie littéraire du peuple hébreu, ce beau génie qui s'était appelé Isaïe, Amos, Joël, changer tout à coup de direction, quitter, comme un grand fleuve qu'on veut tarir le lit majes-

tueux que Dieu lui avait fait, et où il coulait depuis quarante siècles, abandonner ces rives fortunées de la Bible, les collines de Gabaa et les champs de Saron, pour se perdre dans l'aridité des sables, dans les questions vétilleuses du Talmud. Plus de larges horizons, plus de nobles frémissements sur les hauteurs ! Ce peuple ne s'occupera désormais que de questions de viandes pures ou impures, de souillures contractées ou lavées, de minuties sabbatiques, et de calendrier. Les Pères de l'Eglise ont vu tout cela et leur compassion était grande. « Au lieu de vous exposer « le sens des prophéties, leur disait l'un d'eux, vos maîtres « s'abaissent à des niaiseries. »

Aussi un israélite résumant et dénonçant notre situation intellectuelle au moyen âge, a pu écrire dernièrement :

(( C'est aux talmudistes que, dans leur exil, les Juifs « doivent l'étouffement de tout esprit d'indépendance spi- « rituelle; depuis que le Talmud, ce livre de plomb, pèse (( sur Israël, les Juifs n'ont plus d'histoire. »

Pour être complet, il n'aurait eu qu'à ajouter : et surtout plus de question messianique. Oui, depuis que ce livre de plomb pèse sur Israël, les Juifs n'ont plus de question messianique.

Période de rationalisme et d'indifférence. — Dans les temps modernes deux partis considérables se forment au sein des synagogues, adversaires tous deux du vieux parti talmudiste : l'un composé de rationalistes, regarde le Messie comme un mythe; l'autre, formé de matérialistes et d'indifférents, traite la question messianique de question oiseuse.

Qu'est-ce que ce Messie mythique? Le Messie, disent les juifs rationalistes, le Messie, mais ce n'est pas une personne ! Voilà pourquoi nos pères l'ont attendu en vain durant quatre mille ans. Le Messie, c'est une idée, le Messie,

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c'est un règne : le règne universel du monothéisme ou de l'unité de Dieu et le règne universel de la fraternité et de la liberté des peuples, et, au milieu de cette double splendeur d'un Dieu- un et d'une humanité- une, l'exaltation d'Israël, du peuple martyr de ces deux unités, voilà le Messie l

La Bible dans les mains et l'indignation dans le cœur, Israélites des vieux siècles, nous nous levons pour venger les traditions de nos pères. i>

Quoi, désormais le Messie ne serait plus une individualité personnelle ! Et cette attente d'un Messie personnel n'aurait été qu'un beau rêve, mais rêve étroit, entretenu sous le ciel mystique et passionné de l'Orient! Quoi, désormais le Messie serait l'émancipation plus large de 89? Il serait la raison humaine parvenue à son état viril? Désormais on ne le distinguerait plus, ni du monothéisme, dont il serait l'épanouissement suprême ; ni de l'humanité, dont il serait l'ère de concorde et de liberté ; ni du peuple d'Israël, dont il serait l'accentuation victorieuse? 0 vous, qui avez signé ces choses, vous n'avez donc pas vu que vous brisiez avec la tradition Israélite tout entière.

Vous brisez avec la tradition.

Avec la tradition patriarcale qui, de famille en famille, de lit de mort en lit de mort, dans les scènes fameuses de ses bénédictions, n'a jamais transmis que la promesse et la semence sacrée d'un Messie personnel !

Avec la tradition prophétique, qui n'a jamais chanté qu'un Messie personnel I

Avec la tradition talmudique elle-même, qui n'eût jamais maudit, s'il n'eût été question d'un Messie personnel !

Et enfin avec la tradition populaire qui, dans les bénédictions des patriarches, dans les chants des prophètes, dans les malédictions des talmudistes, n'a jamais reconnu qu'un Messie personnel !

Et contre tout cet ensemble de traditions, vous venez déclarer qu'il n'y avait là qu'une fausse manière d'interpréter le Messie, et vous vous proclamez encore israélites ! Arrière ! Aussi longtemps qu'une goutte du vieux sang juif circulera dans le monde, cette goutte de sang indignée s'agitera, et, témoin indestructible de ce qui se préparait dans les flancs des patriarches, et de ce qui s'annonçait sur les lèvres des prophètes, elle vous criera :

Non, le Messie n'est pas un mythe, Abraham a parlé de sa semence.

Il n'est pas un mythe, Jacob a parlé de sa tribu.

Il n'est pas un mythe, Isaïe a parlé de son intelligence, de sa bouche et de son visage.

Il n'est pas un mythe, Daniel a parlé de sa mort.

En regard du Messie mythique, V indifférence matérialiste est la seconde attitude et la plus générale, du judaïsme contemporain ; c'est l'apparition navrante et agrandie de la scène du désert, alors qu'ayant oublié Moïse, qu'il s'était lassé d'attendre, le peuple se rassasiait et dansait autour du veau d'or.

La seconde partie de notre livre, adressée aux israélites et aux chrétiens, avait pour titre : Espérance d'une dernière PHASE, ou PÉRIODE DE RECONNAISSANCE.

Après toutes les phases que nous avions décrites, après la période d'inquiétude, après la période de désespoir, après la période de rationahsme et d'indifférence, nous faisions espérer une dernière période pleine de charme et de consolation : la phase du Messie retrouvé, ou la période de reconnaissance.

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Cette espérance nous l'avons appuyée sur l'histoire figurative et si touchante de Joseph fils de Jacob, alors que dans le cœur du vieux Jacob il y a le deuil de son fils qu'il croit mort, et que dans les autres fils du patriarche il y a l'oubli du frère qu'ils avaient vendu. Situation qui, à cette heure de l'histoire, se retrouve identiquement la même chez les israélites : pour quelques-uns, le Messie demeure un sujet de deuil, pour le plus grand nombre il est un objet d'oubli.

Or le Concile du Vatican s'est dressé providentiellement devant nos regards, empruntant trois épisodes à l'histoire de Joseph, ces épisodes : la famine, les greniers de Rome, Joseph reconnu par ses frères.

La famine. — Durant de longs siècles, les nations chrétiennes ont été l'agriculture de Dieu ; c'est une belle expression de saint Paul, agricultura Dei ! les nations se laissaient travailler par le Christ et son Eglise, comme un champ est travaillé par le laboureur. Aussi étaient- elles couvertes de moissons luxuriantes qui s'appelaient l'honneur, la foi vive, le respect du foyer, la fraternité des peuples, les croisades : que vous étiez belles alors, ô nations chrétiennes ! Mais voici qu'un cri de révolte s'est propagé parmi vous : débarrassons- nous du Christ et de son Eglise, c'est-à-dire débarrassons- nous de l'agriculteur... Or, depuis que vous n'êtes plus l'agriculture de Dieu, une famine insolite, immense, ne se fait- elle pas sentir dans le monde, étendant de plus en plus ses ravages et ses appréhensions. En effet :

Le présent n'est plus la foi. Les antiques croyances à la révélation mosaïque et chrétienne, qui firent longtemps la vie et la joie des peuples, ont disparu devant le mépris, devant le rire des débauchés et le droit au blasphème.

Le présent n'est plus même la raison. L'idée de Dieu est en péril.

Le présent n'est plus la justice. Les nations et leurs chefs l'ont oubliée ; et la terre n'aura bientôt plus d'asile à lui offrir.

Le présent n'est plus l'honneur. On ne rencontre que des cœurs inclinés bassement vers la terre, et devenus presque semblables au froid métal pour lequel ils se sont vendus.

Le présent n'est plus la vertu. On dit que les mœurs sont infâmes, et qu'il y a un effrayant retour des hommes, par grandes masses, vers l'animalité.

Le présent n'est plus la fraternité. L'égalité civile et la division des fortunes avaient bien diminué la distance qui séparait le pauvre du riche ; mais, en se rapprochant, ils semblent avoir trouvé des raisons nouvelles de sehaïr, et jettent l'un sur l'autre des regards pleins de terreur et d'envie.

Le présent n'est plus l'ordre. La liberté veut dévorer l'autorité, l'autorité veut étouffer la liberté : on ne sait plus où marche ce grand corps de l'Europe, qui tantôt se heurtant à une démocratie sans limites, tantôt à une autocratie sans contrepoids, incertain de sa route et de son but, est plutôt semblable à un homme ivre qu'à une société.

Le présent n'est plus la paix. Jamais l'humanité n'avait entendu un tel bruit d'armes ; et l'imagination entrevoit des lacs de sang que ne pourront dessécher ni les vents avec leurs brûlantes ardeurs, ni le soleil avec tous ses feux.

0 nations chrétiennes, qu'êtes- vous devenues ! Ah ! ne nous montrez pas vos voies ferrées, ni vos chars de feu, ni l'électricité, ni le percement des montagnes. Tout cela, ce ne sont que les chemins du champ. Montrez- nous le laboureur, qu'avez- vous fait du laboureur : du Christ et de son Eghse ? Vous vous en êtes débarrassés, et conséquemment aux moissons qui vous couvraient a succédé l'épouvante de la famine.

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Les greniers de Rome. — Lorsque la famine désola l'antique Egypte, la divine Providence lui suscita un sauveur, Joseph fils de Jacob, « homme sage et habile et rempli de l'esprit de Dieu », dit la Bible, qui prit soin d'amasser par avance des réserves considérables de blé : à l'heure où les années de disette accablèrent le pays, les greniers de Pharaon s'ouvrirent et l'on vendit du pain à une multitude de personnes qui furent sauvées.

Sous la Loi d'amour et de grâce, les greniers du salut ne sont pas moins visibles, avec une supérieure abondance de secours. Où donc la Providence les a- 1- elle placés? A Rome !

Rome, le grenier du monde : c'est bien l'aspect qu'on lui trouve, et c'est bien le caractère qui lui convient. Les autres capitales de la terre ont d'autres aspects ; elles rappellent le bazar, le marché, la citadelle : Rome seule a le privilège de présenter l'aspect du grenier qui conserve les bonnes choses anciennes, et qui est prêt à s'ouvrir pour recevoir les bonnes choses nouvelles. C'est là qu'habite cet homme qui a un nom en rapport avec l'aspect de sa ville, et aussi avec les greniers du Ciel dont il a les clefs : le Pape, c'est-à-dire le Père, le bon Père de famille, qui a la garde et la puissance du froment, et à qui le Maître a fait cette recommandation d'amour : Pais mes brebis, pais mes agneaux.

Tous les Papes qui se sont succédé dans la garde des greniers de Rome, ont mérité l'éloge « d'homme sage et habile, rempli de l'esprit de Dieu » qui fut décerné à Joseph sauveur de l'Egypte, mais cet éloge prend un éclat exceptionnel dans le pontificat de Pie IX. En effet, voici que pour obvier à la famine qui s'appesantit sur les nations chrétiennes. Pie IX vient de convoquer le Concile œcuménique du Vatican.

Qu'ils sont beaux les pieds de tous ces évêques, ces fer-

miers de l'Eglise, arrivant de tous les horizons, de toutes les montagnes, de tous les rivages, et portant chacun dans leurs mains les gerbes de leur moisson ! Encore quelques journées, et tous se trouvant réunis et applaudis par le père de famille, l'amoncellement des gerbes commencera, puis, dans l'ouverture du Concile s'ouvriront tous ses greniers.

Saintes provisions du Concile, gerbes du Vatican, c'est alors que vous apparaîtrez ! saints Evêques, qui les aurez amassées, on cherchera vos mains, et on les baisera. Et le Concile donnera ainsi aux nations chrétiennes en détresse la paix, l'ordre des principes, il leur donnera la justice, et en donnant aux hommes la justice, la Papauté leur donnera du pain.

0 catholiques, ô nos frères en Jésus- Christ, laissez- nous vous communiquer notre magnifique espérance. Entre tous les siècles de l'Eglise, c'est le nôtre qui a eu l'incomparable bonheur d'entendre définir le dogme de Marie Immaculée ; et dans notre siècle, c'est Rome qui, de son sein, du sein des Evêques du monde entier réunis, a jeté de la terre vers le Ciel cette éblouissante louange biblique, mystérieuse autrefois, épanouie maintenant, et définie dans tous ses termes : « Votre sein, ô Marie, est un amoncellement de « gerbes qui a une palissade de lis : Venter tuus acerçus « tritici, çallatus liliis. »

Eh bien, nous osons le prédire, la louange sera retournée sur Rome. Ce que l'Eglise a proclamé de la Vierge, la Vierge reconnaissante aura soin qu'on le proclame également de l'Eglise : O Rome, ton sein sera donc un amoncellement de gerbes ; ton Concile sera une moisson d'épis ; mais, de plus, autour de cette moisson, il y aura comme une palissade de lis. Gerbes pour la profusion des lumières, lis par la délicatesse des procédés.

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Joseph reconnu par ses frères. — Cette délicatesse des procédés, nous la saluons par avance dans la manière dont le saint Concile du Vatican va accueillir la question juive. Saints Pontifes, saints Evêques, qui vous avancez vers Rome, la gerbe dans les mains et le lis dans le cœur, nous nous tenons en esprit aux portes de la basilique de Saint- Pierre pour célébrer l'entrée de chacun de vous et pour embrasser vos pieds. Permettez- nous de vous dire que vous allez préparer le retour de notre peuple, la scène attendrissante de Joseph reconnu par ses frères, et laissez- nous vous rappeler un soupir de Jésus- Christ : « Jérusalem ! Jérusalem ! Que de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses petits sous son aile ; et tu n'as pas voulu ! Je vous le dis en vérité, vous ne me verrez plus jusqu'à ce que vous disiez : Béni soit celui qui i^ient au nom du Seigneur. »

Depuis lors, iious ne l'avons plus revu... 0 saints Evêques, ô Concile du Vatican, ô Pie IX, vous ferez en sorte que nous le revoyions, et que nous accourions sous ses ailes avec des larmes et des sanglots. Ah ! la douleur de notre repentir ne s'écoulera pas dans le silence d'un confessionnal, mais au grand jour, à la face de tous les peuples, comme à midi du Vendredi- Saint.

Le prophète a vu l'effusion de cette douleur : « Je ré- « pandrai, dit le Seigneur, sur la maison de David et sur « les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de prière; « ils jetteront les yeux sur moi qu'ils auront percé; et ils (( pleureront avec larmes et avec soupirs, comme on pleure « un fils unique ; et ils seront pénétrés de douleur comme « on l'est à la mort d'un fils aîné. »

Ce sera alors la scène d'un solennel amour préparée par toi, ô saint Concile du Vatican : la scène de Joseph reconnu par ses frères.

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