CHERS FILS, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE
« Nous VOUS félicitons, chers Fils, de ce que, transférés dans la lumière et le royaume de Dieu, et admis à l'héritage du Seigneur, vous consacrez la force de la charité chrétienne, déposée en vous, à procurer le salut de ceux avec lesquels, autrefois, vous viviez dans les ténèbres.
« Nous tenons pour très agréable votre dévouement envers ce Saint-Siège, sur lequel l'unité cathohque trouve la solidité, et Nous demandons à Dieu que, de même que sa grâce a déjà brillé pour vous, de même, par votre zèle et par votre travail, elle éclaire l'esprit de vos frères, et qu'elle les amène tous, au plus tôt, auprès de Nous, pour qu'il n'y ait plus enfin qu'un seul troupeau et qu'un seul pasteur.
C'est pourquoi, comme gage de la faveur céleste, et comme gage de Notre tendresse paternelle, Nous vous accordons, avec la plus grande affection, la Bénédiction Apostolique.
« Donné à Rome, à Saint- Pierre, le 6 février 1867, la XXI^ année de Notre pontificat.
« Pie IX, Pape. »
Emus et enflammés par cette mission de confiance venue de si haut, nous nous sommes mis à l'œuvre. Attendu que la question du Messie formait l'antique muraille de séparation entre l'israélite et le chrétien, c'est sur cette question que nous concentrâmes notre labeur. Nous composâmes un manuscrit dans lequel, nous adressant aux israélites et aux chrétiens, nous leur montrions ce qu'ils avaient à renverser mutuellement de cette vieille muraille, pour arriver à se réunir : les chrétiens verraient surtout dans la seconde partie du livre ce qu'ils doivent faire tomber ; les israélites le verraient dans tout l'ouvrage. Notre manuscrit se terminait ainsi : « Puisse ce livre, écrit avec cette foi et ce courage que donne l'amour, être comme le premier coup de pioche, à ce qui reste de la vieille muraille ! ))
Notre manuscrit étant terminé, il s'agissait de trouver un examinateur qui fût en même temps un protecteur. Nous nous adressâmes à Monseigneur Dupanloup, évêque d'Orléans. Plusieurs motifs justifiaient ce choix. Avec l'intrépidité et l'envergure d'un aigle, le grand évêque avait défendu et fait triompher les plus belles causes : le pouvoir temporel du Souverain Pontife aux acclamations de tout l'épiscopat, la liberté d'enseignement de concert avec les comtes de Montalembert et de Falloux. Mais des considérations d'un ordre surnaturel nous faisaient désirer encore plus vivement d'avoir ce Prélat pour examinateur et protecteur. N'était-ce pas lui qui, lors de l'apparition miracu-
10 DÉTERMINATION d'UNE DEMARCHE
leuse de la Très Sainte Vierge à Alphonse Ratisbonne dans l'église de Saint- André délie Fratte, à Rome, avait été appelé à l'insigne honneur de porter la parole au moment solennel où l'heureux converti allait recevoir le saint baptême? L'éloquent prédicateur n'était encore que l'abbé Dupanloup, et voici en quels termes Marie- Alphonse Ratisbonne a lui-même retracé son émotion : « Heureux ceux qui l'ont entendu avec moi ! car les échos de cette puissante parole qu'on a répétée plus tard, ne rendront jamais l'effet de la parole elle-même. L'abbé Dupanloup descendit de la chaire au milieu des pleurs par lesquels l'auditoire répondait aux cris de son âme ». Un autre motif surnaturel justifiait encore notre choix : l'évêque d'Orléans n'était- il pas l'Evêque de Jeanne d'Arc? Sa Jeanne d'Arc n'avaitelle pas une ressemblance très frappante avec nos héroïnes juives, Débora, Judith, Esther, que le ciel avait suscitées pour délivrer l'ancien peuple de Dieu, comme il suscitait plus tard la pucelle d'Orléans pour délivrer la très noble France.
Encouragés par tous ces motifs, après avoir bien prié Celle qui est V Etoile du matin, la bonne Vierge Marie, nous adressâmes à Monseigneur Dupanloup une lettre pleine d'une douce confiance dans laquelle étaient exposées les grandes lignes de notre projet. La réponse fut exquise.