‹ La cause des restes d'IsraelChapitre 18 sur 85 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Hotre assistance à la Messe de Sa Sainteté Pie IX le 20 Janoier jour annioersaire de l'apparition de la Vierge Marie à Alphonse ffatisbonne. — Le Pape approuoe pleinement le Postulatum qui doit être présenté à la signature des Pères du Concile.

I. Utilité de rapporter ici l'apparition miraculeuse du 20 janvier dans l'église de Saint-André délie Fratte. — II. Notre assistance à la Messe de Pie IX et nos célestes émotions. — III. Le Postulatum aux Pères du Concile, rédigé avec le concours du Patriarche de Jérusalem, est lu très attentivement par Pie IX ; satisfaction de Sa Sainteté. — IV. Précieux autographe que Pie IX nous fait remettre : cet autographe rappelle notre assistance à sa Messe du 20 janvier, et confirme notre pieuse entreprise auprès des Pères du Concile. — Y. Deux lettres enthousiastes écrites de Jérusalem par le Père Marie-Alphonse Ratisbonne.

Attendu que le présent chapitre et celui qui précède mentionnent avec complaisance l'Apparition miraculeuse du 20 janvier, nous croyons utile de la rapporter succinctement, soit pour satisfaire la pieuse curiosité du lecteur qui pourrait l'ignorer, soit pour rehausser l'éclat des choses qui vont graviter autour de cette date ineffable.

Le 20 janvier 1842, Alphonse Ratisbonne, encore Israélite endurci, était entré, vers midi, dans l'église de Saint- André délie Fratte. Il accompagnait le baron de Bussière qui venait y surveiller les derniers préparatifs des funé-

railles du comte de la Ferronnays. Durant les jours précédents, Alphonse Ratisbonne avait passé la soirée dans les salons du baron de Bussière où, sur les instances du baron et delà baronne, il avait accepté la médaille miraculé use de la Sainte Vierge que leurs gentilles petites filles avaient passée à son cou avec un ruban ; on lui avait fait promettre également de réciter le Memorare ou Souvenez- i'ous à la Sainte Vierge imprimé sur une petite feuille. Quand il fut seul, la lecture de cette prière l'impressionna et il ne pouvait se défendre d'en fredonner les suaves paroles. Il avait donc pénétré en oisif dans l'église de Saint- André.

Le baron de Bussière lui avait demandé la permission de l'y laisser seul quelques instants, tandis qu'il était allé s'entretenir dans le cloître avec les religieux. Que se passa- 1- il dans l'intervalle? Alphonse Ratisbonne lui-même va nous le dire :

(( L'église de Saint- André est petite, pauvre et déserte;... je crois y avoir été à peu près seul;... aucun objet d'art n'y attirait mon attention ; je promenais machinalement mes regards autour de moi, sans m' arrêter à aucune pensée ; je me souviens seulement d'un chien noir qui sautait et bondissait devant mes pas... Bientôt ce chien disparut, l'église tout entière disparut ; je ne vis plus rien... ou plutôt, ô mon Dieu, je vis une seule chose ! ! ! Comment seraitil possible d'en parler? Oh! non, la parole humaine ne doit point essayer d'exprimer ce qui est inexprimable ; toute description, quelque sublime qu'elle puisse être, ne serait qu'une profanation de l'ineffable vérité. J'étais là, prosterné, baigné dans mes larmes, le cœur hors de moi-même, quand M. de Bussière me rappela à la vie. Je ne pouvais répondre à ses questions précipitées ; mais enfin je saisis la médaille que j'avais laissée sur ma poitrine, je baisai avec effusion l'image de la Vierge rayonnante de grâces... Oh ! c'était bien elle !

(( Je ne savais où j'étais, je ne savais si j'étais Alphonse ou un autre, j'éprouvais un si total changement, que je me croyais un autre moi-même... je cherchais à me retrouver, et je ne me retrouvais pas... La joie la plus ardente éclata au fond de mon âme ; je ne pus parler ; je ne voulus rien révéler ; je sentais en moi quelque chose de solennel et de sacré qui me fit demander un prêtre... on m'y conduisit, et ce n'est qu'après en avoir reçu l'ordre positif, que je parlai selon qu'il m'était possible, à genoux et le cœur tremblant. »

Ce prêtre était le Père de Villefort, de la Compagnie de Jésus. (( Je Vai çue, je rai çue ! lui dit avec transport Alphonse Ratisbonne. J'étais depuis un instant dans l'église, lorsque tout d'un coup, je me suis senti saisi d'un trouble inexprimable. J'ai levé les yeux, tout l'édifice était comme voilé à mes regards ; une seule chapelle avait, pour ainsi dire, concentré toute la lumière et, au milieu de ce rayonnement, apparut debout sur l'autel, grande, brillante, pleine de majesté et de douceur, la Vierge Marie, telle quelle est sur ma médaille ; une force irrésistible m'a poussé vers Elle. La Vierge m'a fait signe de la main de m' agenouiller. Elle a semblé me dire : c'est bien ! Elle ne m! a point parlé, mais f ai tout compris. »

Les détails qui suivent ont été consignés dans une déposition juridique : « Au moment de l'apparition, j'essayai plusieurs fois de lever les yeux vers la Sainte Vierge ; mais son éclat et le respect me les firent baisser, sans m' empêcher d'avoir la certitude de sa présence. Je fixai mes yeux sur ses mains, et je vis en elles l'expression du pardon et de la miséricorde. En sa présence, bien qu'Elle ne m'ait dit aucune parole, j'ai compris l'horreur de l'état dans lequel je me trouvais, la difformité du péché, la beauté de l'Eglise catholique : en un mot, j'ai compris tout... En entrant dans l'église j'ignorais tout, en sortant je voyais clair ; c'est

qu'au moment du geste, le bandeau tomba de mes yeux. Non pas un seul bandeau, mais toute la multitude des bandeaux qui m'avaient enveloppé, disparurent successivement et rapidement, comme la neige, la boue et la glace, sous l'action d'un brûlant soleil. »

Tel est le grand miracle qui immortalise cette date ineffable du 20 janvier. Elle était comme une teinte et une courbe d'arc- en- ciel sous lesquelles nous entrâmes dans l'antichambre du Souverain Pontife.

Hœc dies qiiem fecit Maria ! Ce jour c'est la Vierge Marie qui nous le procure, nous disions- nous l'un à l'autre dans l'antichambre pontificale. A travers les fenêtres, nous apercevions la campagne romaine dont la sérénité retraçait celle de nos cœurs.

Introduits dans la chapelle où Pie IX commença les Saints Mystères nous nous prosternâmes et sans ressentir la moindre fatigue, nous restâmes agenouillés durant l'heure bienheureuse qui nous fut accordée sur ce parvis sacré. Quand le Très Saint- Père éleva le Calice, nous prédestinâmes ainsi la direction de ce Calice de salut : « Lèvetoi sur les restes d'Israël, le Christ a dit de toi aux paroles de la Consécration : Hic est enim Calix Sanguinis mei qui pro multis effundetur in remissionem peccatorum, ceci est le Calice de mon Sang qui sera répandu pour beaucoup en rémission de leurs péchés. »

A la communion, après avoir reçu la divine Hostie des mains du Souverain Pontife, nous nous disions avec délices en pensant à Alphonse Ratisbonne : Nous possédons le doux Jésus, fils de cette belle Vierge Marie que notre frère Alphonse a vue à pareil jour.

Durant le ravissement de notre action de grâce, notre pensée et notre cœur ne se détachaient pas du Vicaire de Jésus- Christ. Envisageant son rôle et ses œuvres à travers les siècles, nous répétions tout bas ces quatre termes, ces quatre magnificences qui célèbrent et résument son divin prestige :

Tu ES Christus — Tu es Petrus

Tu ES Immaculata — Tu es Infallibilis.

Un intime pressentiment nous inculquait au cœur qu'un jour viendra où l'Israël de Dieu converti et illuminé comme Alphonse Ratisbonne, sera le propagateur de ces quatre vérités, de ces quatre irradiations sur la consommation des siècles.

De la chapelle papale nous passâmes, sur l'invitation de Sa Sainteté, dans la salle d'audience.

Ainsi que nous l'avait recommandé Son Excellence le Patriarche de Jérusalem, nous tenions prêt le Postulatum aux évoques, rédigé avec son concours.

Notre Très Saint- Père Pie IX l'accueillit avec un gracieux sourire ; nous étions très émus. D'un regard attentif, Sa Sainteté le lisait, le méditait, donnant plusieurs fois des signes d'approbation. Il était rédigé en latin, tel qu'il est reproduit ici :

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