TRADUCTION
A u Saint Concile œcuménique du Vatican.
« Les Pères soussignés demandent au saint Concile œcu- « ménique du Vatican, dans une humble et pressante « prière, qu'il daigne aussi prévenir par une invitation « toute paternelle la très infortunée nation d'Israël ; c'est-
« à- dire qu'il exprime le vœu que, fatigués enfin d'une at- « tente non moins vaine que longue, les Israélites s'em- « pressent de reconnaître le Messie, notre Sauveur Jésusce Christ, véritablement promis à Abraham et annoncé par « Moïse : achevant et couronnant ainsi la religion mosaï- « que, sans la changer.
Motifs du Postulatum.
« D'une part, les Pères soussignés ont la très ferme con- (( fiance que le saint Concile aura compassion des israé- (( lites, parce qu'ils sont toujours très chers à Dieu à cause « de leurs pères, et parce que c'est d'eux qu'est né le Christ (( selon la chair.
« D'autre part, les mêmes Pères partagent la douce et « intime espérance que ce vœu de tendresse et d'honneur « sera, avec l'aide de l'Esprit- Saint, bien accueilli par « plusieurs des fils d'Abraham, parce que les obstacles (( qui les arrêtaient jusqu'à ce jour semblent de plus en « plus disparaître depuis qu'est tombé l'antique mur de « séparation.
« Fasse donc le Ciel qu'au plus tôt ils acclament le Christ, (( lui disant : « Hosanna au Fils de Dai^id ! Béni soit Celui « qui vient au nom du Seigneur /
« Fasse le Ciel qu'ils accourent se jeter entre les bras de « l'Immaculée Vierge Marie, qui, déjà leur sœur selon « la chair, veut être encore leur mère selon la grâce, comme « elle est la nôtre ! » '
Quand Sa Sainteté eut terminé la lecture, Elle nous pressa sur son cœur : c'était dire au Postulatum va au large auprès des Pères du Concile, duc in altum.
Au sortir de l'audience, nous rencontrons dans les antichambres Mgr Mercurelli, secrétaire de Sa Sainteté. Il nous aborde avec une affectueuse sympathie, et nous demande : (( Etes- vous contents? — Si contents, Monseigneur, que nous osons vous adresser, à vous-même, une supplique. — Et laquelle? — Que cette matinée, si encourageante pour nous, soit consignée dans un témoignage où se trouve l'écriture de Pie IX ». Nous avisâmes alors une grande et belle photographie qui représentait Pie IX en habits sacerdotaux. Avec une exquise bonté, le Pape nous fit dire par Mgr Mercurelli de rédiger nous-mêmes sur l'image ce que nous désirions qu'il signât. Revenus au séminaire français, nous rédigeons ce pieux témoignage :
Très Saint-Père,
Aidant de présenter au Sacré Concile œcuménique du Vatican la demande de quelques paroles de miséricorde en faiseur de leur nation chérie, la nation d'Israël, les deux frères Joseph et Augustin Lémann, prêtres de Lyon, ont eu le bonheur d'être admis, le 20 janvier, à la messe de Votre Sainteté, pour y recevoir de sa main la divine Eucharistie. Ils supplient Votre Sainteté de vouloir bien consacrer ce précieux souvenir en leur accordant pour eux-mêmes et pour leur entreprise sa
sainte bénédiction.
Rome, 20 janvier 1870.
Transmise à Sa Sainteté par l'excellent Mgr Mercurelli, l'image nous revenait, quelques semaines après, avec ce précieux autographe :
BENEDICET VOS DEUS ET CŒPTUM VESTRUM Plus P. P. IX
Petit détail, mais plein d'une suavité providentielle à notre égard : le précieux autographe nous arriva pour le seizième anniversaire de notre baptême. Oh ! nous n'oublierons jamais que, le jour anniversaire de notre baptême, Pie IX a consacré notre mission.
La Vierge Marie se plaisait à échelonner sur notre route des signes d'approbation. Après celui du Vatican, nul ne pouvait nous être plus délicieux que deux lettres nous arrivant et de Jérusalem et du prédestiné fils d'Israël au miracle du 20 janvier, le Père Marie- Alphonse Ratisbonne.
Première lettre (à propos de La supplique aux Pères du Concile).
jérusalem, Monastère de l'Ecce Homo.
Jérusalem, 21 avril 1870.
Chérissimes Frères,
Votre Epître circulaire au Concile a été déposée sur le Saint- Sépulcre, selon vos désirs ; et elle repose maintenant et à tout jamais dans l'intérieur de l'autel expiatoire de VEcce Homo sous le saint Tabernacle même.
Vous ne sauriez croire combien vous remuez nos cœurs, chers et aimés frères. Soyez bénis, et que la Vierge, votre Sœur Immaculée, vous protège et vous guide. Bien cordialement avec vous, in unitate spiritus sancti.
P. Marie.
Deuxième lettre (à propos du Postulatiim) .
'Ui, a Jérusalem, 20 janvier 1872.
'^^ Chérissimes Frères,
Comment mon cœur nejrayonnerait-il pas vers vous en ce grand jour, trentième anniversaire de ma conversion et l'anniversaire aussi de la Messe que l'immortel Pie IX a dite pour la conversion des Juifs, et que vous avez eu l'immense consolation de servir. Ce souvenir encore récent s'entremêle et s'harmonise admirablement au souvenir du passé ; et ces laits sont providentiellement enchaînés comme les préludes d'un même événement.
Mon âme reste rivée à vos deux âmes. Rien ne pourra jamais séparer mon cœur de vos deux cœurs. J'aime à vous dire cela, et à vous le redire le 20 janvier. Restons à jamais unis, étroitement et chaudement unis dans le cœur très pur de Marie, et prions- la bien les uns pour les autres, afin qu'Elle ^e montre de plus en plus notre Mère et notre Etoile, la brillante étoile de Jacob.
Votre très attaché et affectionné frère,
P. Marie A. Ratisbonne.