‹ La cause des restes d'IsraelChapitre 24 sur 85 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Signatures et paroles des Archeoêques et Eoêques de France.

La première signature en tête du Postulatiiin, humble et charmante anticipation faite par un Evêque disciple du Père Libermann. — II. Piquants détails donnés par l'archevêque de Tours sur Tisraélite Crémieux, alors ministre de la Justice du Gouvernement provisoire en France. — III. Touchantes réflexions des Evêques de Dijon, Amiens, Annecy. Grâce prévenante du Cardinal-Archevêque de Bordeaux. Emouvant récit de l'Evêque de Quimper sur la célèbre tragédienne juive Mademoiselle Rachel. — IV. Gracieux enseignement tiré de l'antiquité par l'Evêque de Carcassonne. Attendrissement des Evêques de Perpignan, Saint-Jeande-Maurienne, Périgueux. Réflexions consolantes des Evêques de Saint-Dié, Vannes, Bayonne, Séez, du Cardinal de Rouen. Heureux augure que l'Evêque de Blois tire de la fête de saint Pierre de Vérone au 29 avril, jour où nous avons reçu l'insigne grâce du baptême. — V. Notre reconnaissance envers l'Evêque de Beauvais. Ses procédés délicats pour nous soulager dans nos courses. Sa supplique aux Pères du Concile pour demander que saint Joseph soit déclaré protecteur de l'Eglise universelle en occurrence avec notre supphque relative aux restes d'Israël. Miséricordieux rapports entre saint Joseph ramenant Jésus et Marie vers la Palestine, et ce bon Patriarche ramenant son divin trésor vers les restes d'Israël ; son industrieuse stratégie figurée par le char d'Ezéchiel. Le Protectorat de saint Joseph prononcé par Léon XIII s'étend, à cette heure, comme un voile de pourpre et d'or sur l'Eghse universelle. Heureux Evêque de Beauvais, qui vous en réjouissez dans la gloire avec saint Joseph, abaissez maintenant avec lui, vos regards protecteurs sur la supplique de Joseph et d'Augustin.

Nous groupons, dans ce chapitre et les suivants, les signatures et les paroles de Nosseigneurs les Evêques, signatures et paroles que nous avons comparées à une chaîne d'or et d'amour. Elles sont groupées dans autant de chapitres qu'il y a de nations réparties sur la surface du globe.

Le premier anneau de la chaîne d'or et d'amour est la France.

C'était à l'Evêque de Nîmes, l'illustre Mgr Plantier, que nous avions réservé l'honneur de figurer en premier sur le Postulatum pour les Israélites. Cela lui était dû. Il était lyonnais, notre compatriote. Il avait connu et encouragé notre conversion. Il était presque notre évêque à cette époque du Concile, puisque la mort du Cardinal de Bonald nous avait laissés sans pasteur. Il avait toujours été notre père et notre ami. Enfin il aimait notre nation, diligit gentem nostram. A tous ces titres, nous lui avions demandé de vouloir bien être l'Evêque qui figurerait le premier sur l'acte en faveur d'Israël. Il avait gracieusement accepté.

Nous venions d'achever la rédaction du Postulatum et nous nous empressions de le porter à Sa Grandeur, lorsque, chemin faisant, nous rencontrâmes Mgr Kobès, évêque de la Sénégambie.

Comme évêque de la Sénégambie, Mgr Kobès n'avait rien qui pût nous le faire préférer aux autres Evêques du Concile. Mais il avait en cette circonstance une qualité qui le distinguait à nos yeux : il était le seul Evêque faisant partie de la Congrégation ou famille du P. Libermann.

Il nous demanda ce que nous portions. Nous lui répon-

dîmes : « Monseigneur, c'est le Postulatum pour les Israélites, en tête duquel l'Evêque de Nîmes a bien voulu accepter de paraître le premier. »

Alors il nous dit : « Personne ne paraîtra avant F Evêque de Nîmes, mais c'est moi qui signerai le premier. J'aurai soin de réserver la place d'honneur pour l'Evêque de Nîmes. Vous ne pouvez pas, ajouta-t-il, refuser cette première signature que je vous offre : car je veux la donner au nom du P. Libermann, notre saint fondateur en Jésus- Christ, et votre frère en Abraham. »

Nous ouvrîmes le Postulatum, et il signa. La première signature fut ainsi donnée au nom du P. Libermann. Le saint Evêque et nous, nous nous embrassâmes en pleurant. L'Angélus sonnait à ce moment, sur cette première signature, comme une annonce de joie. Ce que nous racontons n'est pas amplifié. Dieu nous est témoin que nous disons la vérité.

Quand nous présentâmes à Mgr l'Evêque de Nîmes le Postulatum revêtu de cette première signature, mais placée assez bas pour réserver la place d'honneur, il admira la délicatesse de r Evêque qui avait tout à la fois sauvé les droits de l'Ancien Testament, et pratiqué l'humilité du Nouveau.

Le Postulatum porte donc en tête le nom de Mgr Plantier, evêque de Nîmes. Mais c'est Mgr Kobès, disciple du P. Libermann, qui a signé le premier.

CONVERSATION AVEC MONSEIGNEUR GUIBERT, ALORS ARCHEVEQUE DE TOURS, ET DANS LA SUITE CARDINAL-ARCHEVEQUE DE PARIS

« La nation Israélite, nous dit Sa Grandeur, est une belle nation ; quand nous récitons notre bréviaire, c'est toujours d'elle qu'il est question. Mes sympathies pour vos anciens

coreligionnaires se rattachent à un jeune magistrat, israélite très honnête et très loyal, qui vint un jour me trouver, alors que j'étais évêque de Viviers, pour me demander comment il fallait faire pour épouser une jeune fille catholique ; elle consentait à devenir sa femme, pourvu qu'il arrangeât tout avec l' Evêque. Je l'avertis que la dispense à obtenir de Rome était assez difficile. Mais voyons, lui dis-je, croyez-vous sincèrement aux enseignements de la Synagogue actuelle? Il me répondit: Je ne me suis jamais sérieusement occupé du judaïsme : l'honneur, le devoir, telle a été ma règle de conduite ; je n'ai jamais réfléchi sur autre chose. — Eh bien, réfléchissez sur le catholicisme. » Et je lui remis les études philosophiques d'Auguste Nicolas sur le christianime. Un mois plus tard, il revenait me trouver en me disant : « Monseigneur, mais ce sont des horizons nouveaux pour moi, et magnifiques ! Je veux étudier plus à fond, j'attendrai pour mon mariage, l'amour de Dieu avant l'amour de ma jeune fiancée ! » Je le mis à l'épreuve durant six mois, et aujourd'hui il est un excellent catholique et un très heureux mari.

J'ai eu également des rapports avec un autre de vos anciens coreligionnaires, M. Crémieux, membre du Gouvernement provisoire à Tours. Je puis dire qu'il m'aime et me témoigne publiquement beaucoup de déférence. Un jour je causais familièrement avec lui, au coin de mon feu. Je lui dis : « Si je ne me trompe. Monsieur Crémieux, vous êtes avocat. — Oui, Monseigneur. — Eh bien, vous devez savoir que quand il y a deux testaments en présence, c'est le dernier qui vaut et qui l'emporte. » M. Crémieux sourit et fit l'éloge du christianisme.

Tous ces souvenirs sont cause que je vais signer avec bonheur votre Postulatum.

L'Evêque de F ré jus (Mgr Jordany). — « Vous n'êtes pas, vous, enfants d'Israël, comme les protestants qui sont des enfants infidèles et égarés ; vous, vous avez fait les trois quarts du chemin. Il me semble que vos pauvres frères n'ont qu'à se débarrasser de la charge talmudique qui embarrasse leurs épaules et gêne leur démarche ; avancez donc, avancez avec promptitude, restes d'Israël î »

L'Evêque de Dijon (Mgr Rivet). — « Je ne puis jamais réciter, sans être ému jusqu'aux larmes, l'oraison du Vendredi-Saint. J'ai beau, chaque année, me faire violence d'avance, c'est impossible. »

L'Evêque d'Amiens (Mgr Boudinet) nous embrassant à plusieurs reprises, nous dit : « J'ai en quelque sorte la dévotion du ghetto. Quand je sors pour quelque course, je fais exprès d'y passer souvent, au risque d'ennuyer mon secrétaire. — Vous me le pardonnez, n'est-ce pas, dit- il, en se tournant vers lui. — Mais j'aime ces rues tortueuses, ces débris d'une grande nation, ces survivants de nos pères dans la foi. Je les contemple, je les respecte, oui j'ai la dévotion du ghetto. Dès mon jeune âge, j'ai eu cet attrait vers les pauvres Juifs. Dans la ville où je suis né, il y avait une synagogue qui, fermée à mes regards, m' apparaissait mystérieuse. Ces visages tristes, ces dos courbés m'impressionnaient vivement ; jusqu'à leur abattoir, où j'allais voir en frémissant égorger leurs animaux selon le rit mosaïque ; tout cela a laissé dans mon esprit des traces ineffaçables, et toujours palpitantes d'affection. Un de mes premiers ministères comme évêque a été le baptême de plusieurs Israélites ; j'ai confessé une fois une Juive: je n'oubHerai jamais mon attendrissement devant cette conscience d'un peuple

qui, si longtemps ulcérée, s'ouvrait devant moi pour la première fois, dans la conscience de cette pauvre Juive. »

L'Evêque d'Annecy (Mgr Magnin). — « Je vais signer au nom de saint François de Sales, qui a eu une âme si tendre pour tous les égarés. Et puis, je vais écrire aux Sœurs de la Visitation d'Annecy, afin qu'elles obtiennent à force de ferveur et de prières, la réussite d'une double œuvre précieuse qui se poursuit: le titre de Docteur de l'Eglise pour leur bienheureux père : et le succès du vœu des Evêques auprès des chers Israélites. »

Le Cardinal Archevêque de Bordeaux (Mgr Donnet). — Il nous fit appeler de lui-même avec notre Postulatum et nous dit : « J'ai appris votre projet et vos démarches; de moi-même, je vous demande à signer. Dans mon diocèse, les Israélites m'aiment et je les aime. J'ai toujours devant les yeux une si noble et si douce réponse de mon prédécesseur à Bordeaux, Mgr de Cheverus. On lui reprochait de se trouver trop fréquemment avec les Israélites. « Ah ! répondit- il, si un jour nous ne devons pas nous rencontrer au ciel, laissez- moi du moins le bonheur de les rencontrer sur la terre. » Je vais donc signer et apposer mes armes et ma devise à côté : ad jinem fortiter omnia siiaHter. Puisse cette devise vous porter bonheur et être réalisée par vousmêmes, dans votre projet en faveur de vos frères. «

L'Archevêque de Reims (Mgr Landriot). — « J'ai livré à la publicité un livre intitulé : Le Christ de la Tradition, permettez- moi de vous en lire quelques passages? » Et alors, des lèvres et du cœur du savant Archevêque, sortirent des choses ravissantes sur le caractère d'enfant du peuple juif, alors que, sous les tentes des patriarches, il était le noble enfant de Dieu.

L'Evêque de Valence (Mgr Gueullette). — « Votre demande est un acte magnifique et très important. Car aujourd'hui il n'est plus permis de passer devant les Israé-

lites comme devant des morts, ce sont des vivants. Ils ne pensent évidemment plus à rebâtir le Temple de Jérusalem, mais à bâtir celui de la société moderne, le temple de la puissance. La presse, les banques, les administrations, les conseils des rois subissent leur influence. C'est donc sagesse et charité que de chercher à les christianiser. »

L'Evêque de Tulle (Mgr Berteaud). — « Deux frères, frères par la naissance, frères par la conversion, frères par le cœur, frère par la même œuvre! Le bon Dieu vous attendait, mes enfants, comme il attendait Ruth la Moabite. Combien votre apostolat me réjouit. Devenez un pont par lequel, traversant plus que la mer Rouge, traversant les terribles abîmes de notre époque, les Israélites puissent aborder ad ripam auream paradisL »

L'Evèque de Montpellier (Mgr Le Courtier). — « Ce que vous faites pour vos frères, c'est le in exitu Israël de Egypto. »

L'Evêque de Quimper (Mgr Sergent). — Il nous raconta un entretien de Mgr Pèlerin, évêque de Byblos, avec W^^ Rachel, la fameuse tragédienne. Mgr Pèlerin en personne lui en avait fait le récit. C'était durant un long voyage en mer, alors que la célèbre cantatrice juive revenait d'Amérique. Avec les sentiments de la grâce prévenante, r Evêque lui dit un jour : « Chère enfant d'Israël, lorsque vous jouez au théâtre la tragédie de Polyeucte et que vous y remplissez le rôle de Pauline, est-ce que les actes de foi chrétienne qui font explosion sur vos lèvres, n'ont pas correspondance dans votre cœur? » — « Oui, Monseigneur, répondit- elle, je me sens remuée, car j'admire la religion chrétienne ». — « Eh bien, mon enfant, reprit l' Evêque, consentez à ce qu'on vous instruise des vérités de notre belle religion ». — « 0 Monseigneur, répondit- elle avec un sanglot, je ne suis pas digne de la miséricorde de Dieu. »Et Rachel versant des larmes cacha sa tête entre ses mains.

Quelques années plus tard, Rachel se mourait à Cannes,

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OÙ elle avait espéré réparer ses forces épuisées. Les Juifs qui l'entouraient la trouvaient rêveuse, absorbée. Etait-ce le souvenir de la conversation avec l'Evêque de Byblos qui remuait son âme? Toujours est- il que son entourage craignant une parole, un regard vers le christianisme, fit venir de Paris une superbe cassette remplie de diamants, de perles, de saphirs prodigués à la tragédienne par ses admirateurs. Et pour être sûrs d'une diversion dans son esprit, on aidait sa main déjà glacée par la mort à se promener au milieu de ces richesses étincelantes. Daigne un rayon de divine miséricorde avoir prévalu sur elles !

En nous donnant sa signature, le bon Evêque de Quimper ajouta les larmes aux yeux : « Puisse la lumière entrevue et goûtée un instant par Rachel, se faire grande et victorieuse dans le cœur de beaucoup de vos frères! »

L'Evêque de Carcassonne (Mgr de la Bouillerie). — « Les deux Testaments sont comme ces deux harpes éolienne et ionienne qui s'entendaient et se répondaient. Lorsque l'une gémissait sous l'action des vents, la Fable dit que l'autre s'animait et lui répondait. Eh bien, c'est la même entente, la même harmonie entre les deux Testaments. Ils parlent tous deux du même Dieu, ils lui rendent les mêmes actions de grâces, ils chantent le même cantique, et tous deux produisent dans le cœur de l'homme un frémissement harmonieux et consolateur. »

L'Evêque de Perpignan (Mgr Ramadié). — Lorsque nous présentâmes le Postulatum à Sa Grandeur, il y avait déjà quatre cents signatures. « Déjà quatre cents signatures, s'écria le bon Evêque attendri ; eh bien, moi, si je pouvais je signerais quatre cents fois de mes deux mains, et surtout

du cœur. Ah ! puisse chacune des lettres que je vais former, être une prière pour le retour de votre peuple. »

L'Evêque de Saint-Jean-de-Maurienne (Mgr Vibert). — « Les promesses de Dieu sont sans repentance. La grande nation reviendra. C'est un événement immense qui se prépare. » Et il nous embrassa quatre fois chacun.

L'Evêque de Périgueux (Mgr Dabert). — « Vous voulez un gémissement de l'Eglise, vous l'aurez. Et laissez-moi vous embrasser dans le cœur de Notre- Seigneur. »

L'Evêque de Saint-Dié (Mgr Gaverot). — « J'ai fait mes études avec le Père Libermann, il est question de le béatifier. )) — « Oui, Monseigneur, et ce sera enfin le premier saint Israélite élevé sur les autels. » — « Allons, ne vous plaignez pas, vous avez, de votre nation, sur les autels la Sainte Vierge ; et vous avez Notre- Seigneur. »

L'Evêque de Vannes (Mgr Bécel). — « Vos coreligionnaires cherchent l'or ; puissent vos efforts et les nôtres leur procurer l'or de la foi et de la charité. »

L'Evêque de Bayonne. — « Quel peuple prodigieux! quand on l'étudié s' étendant d'un bout des siècles à l'autre, et d'un bout de la terre à l'autre, on est frappé de stupeur. Il porte les promesses, les deux Testaments, Jésus, Marie, et tous les Apôtres : toujours un et identique à lui-même, après bientôt six mille ans, comme au premier siècle ; dur comme le tronc de la religion attaché à la terre par ses racines. Ils empêchent que les Ecritures soient niées ou mutilées par nos mauvais chrétiens ; comme disait saint Augustin, ils sont à la fois et nos libraires et nos pupitres : nous lisons la Bible dans leurs mains. «

L'Evêque de Séez. — « Vous avez bien fait de mettre dans le Postulatum : religionem coronantes, non mutantes, c'est une floraison à achever, c'est un peuple en retard. » « Nous vous remercions, Monseigneur, lui dîmes- nous en le quittant, nous vous remercions au nom des douze tribus

d'Israël; nous espérons qu'à force d'amour, notre nation quand elle reviendra, fera oublier son retard. » — « 0 mes amis, il y a dans ce que vous venez de dire, de quoi convertir vingt- quatre tribus. »

Le Cardinal Archevêque de Rouen (Mgr de Bonnechose). — « Ah ! Messieurs Lémann, j'ai lu votre livre, La question du Messie et le Concile du Vatican : il dénote des chercheurs, des penseurs, et dans ces penseurs l'esprit oriental de la nation qui est la vôtre ! Lorsque le Postulatum que vous me présentez sera introduit au Concile, je veillerai à ce qu'il aboutisse à un favorable résultat. »

L'Evêque de Blois (Mgr Fallu du Parc). — « Mes chers enfants, vous m'avez dit que vous aviez reçu le saint baptême le 29 avril : j'en tire un heureux augure en faveur du peuple que vous cherchez à ramener dans les voies du salut. Au jour du 29 avril l'Eghse catholique célèbre la fête de saint Pierre de Vérone. A l'âge de sept ans, l'enfant qui fréquentait secrètement une école catholique, fut abordé par son oncle qui, étant hérétique, lui demanda avec fureur ce qu'il apprenait dans cette école ; le Credo, répond ingénument l'enfant. Chassé de la demeure de ses parents, le jeune Pierre se réfugie dans un monastère des Frères- Prêcheurs, y reçoit les saints Ordres, et devient un apôtre. Dans son âge mûr, il est suivi par un sicaire qui le frappe de deux coups d'épée. Près d'expirer, il prononce le Credo : cette formule sacrée qu'il avait, dans son enfance, proclamée avec le courage d'un homme, se retrouva encore sur ses lèvres à son dernier soupir. Eh bien, mes chers enfants, puisque vous avez reçu le baptême sous le vocable de ce jeune et héroïque saint, je souhaite que le peuple d'Israël, pour le salut duquel vous travaillez avec tant d'ardeur, reçoive un jour en héritage le Credo de saint Pierre de Vérone, et que Dieu lui fasse la grâce de réchauffer la foi et la charité de beaucoup par l'effusion de son sang. »

La reconnaissance nous commande de mettre en spécial relief ce qui concerne Mgr Gignoux, évêque de Beauvais. Touché des fatigues que nous rencontrions dans les visites journalières aux Pères du Concile, il nous emmenait souvent dans sa voiture pour nous procurer du soulagement et abréger nos courses. Mais le charitable évêque avait encore dans nos cœurs, et avec notre entreprise un lien plus sacré. En même temps que nous soumettions aux signatures des Révérendissimes Pères du Concile notre Postulatum pro Hebrœis, l' Evêque de Beauvais faisait circuler au milieu d'eux un Postulatum demandant que saint Joseph, chef de la Sainte Famille de Nazareth, fût déclaré par le Concile œcuménique protecteur de V Eglise unwer selle. Or, saint Joseph n'avait- il point, par un côté de son histoire, des rapports prophétiques de miséricorde avec les restes d' Israël ? En effet, à son retour de l' Egypte, où il avait soustrait l' Enfant Jésus à la fureur d'Hérode, ne l' avait-il pas ramené avec Marie sa Mère en la terre d'Israël, sa patrie? figure prophétique de ce que fera le bon Patriarche, au temps de la consommation des siècles, à l'égard des Israélites: il leur ramènera Jésus et Marie. Les Pères de l' Eglise ont célébré cette stratégie du bon saint Joseph sous de riantes couleurs. Qu'on se représente saint Joseph sur les chemins que la Providence et le devoir lui ont fait parcourir de Nazareth à Bethléem, pour apporter son inscription au registre impérial ; sur le chemin de Bethléem en Egypte, pour soustraire son trésor aux fureurs d'Hérode; sur le chemin d'Egypte vers les côtes de Phénicie et du Carmel, pour ramener le Messie dans la terre d'Israël; il connaissait la fa-

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meuse vision du chariot de la gloire de Dieu relatée chez les prophètes ; ce chariot, qui était conduit par des chérubins et dont les quatre roues étaient parsemées d'yeux ; il y avait des yeux dans leur contour et dans toute leur configuration mystérieuse, totum corpus oculis plénum in circuitu ipsarum quatuor. Ce chariot de gloire conduit par les chérubins, ah ! que de fois Joseph ne l'a-t-il pas souhaité, dans les routes souvent pénibles; souhaité pour l'auguste Fils de l'Eternel confié à ses soins; hélas! dans sa pauvreté, il n'avait eu qu'une humble monture à lui offrir. Mais là où il aurait pu défier le chariot de gloire d'entrer en lutte avec lui, c'était dans la multiplicité et l'application des yeux, symbole de vigilance. Ses yeux interrogeaient sans cesse l'horizon, pour y discerner péril ou sûreté.

Eh bien, à l'heure solennelle où la miséricorde divine décrétera que Jésus et Marie doivent être rendus aux restes d'Israël, l'œil interrogateur de saint Joseph ne veillera-t-il pas, comme jadis, aux moindres détails de cette rentrée, et le char mystérieux d'Ezéchiel ne reviendra- t-il pas à sa pensée pour apporter plus vite le divin trésor au peuple qui l'appréciera cette fois avec des transports d'amour.

Toutes ces considérations nous faisaient bénir l'entreprise de Mgr l'Evêque de Beauvais demandant, par son Postulatum, qui circulait à côté du nôtre, que saint Joseph fût déclaré par le Concile œcuménique du Vatican protecteur de l'Eglise Universelle.

A l'heure où nous composons notre livre ce protectorat de saint Joseph s'étend, comme un voile de pourpre et d'or, sur l'Eglise catholique. Le Pape Léon XIII, recueillant et écoutant les soupirs exprimés dans la supplique de l'Evêque de Beauvais, a prononcé cet auguste Protectorat. Les peuples, les familles, les âmes en ressentent les multiples et suaves effets. Heureux évêque de Beauvais, vous devez, dans la gloire des cieux, vous en réjouir avec saint Joseph.

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