CHAPITRE XXXII
Préparation d'une allocution d'honneur et d'amour à l'adresse
des restes d'Israël, laquelle allocution sera prononcée dans une autre
session du Concile du Vatican.
I. Notre supplique est admise à runanimité par la Commission des Postulata ; Pie IX bénit officiellement son admission. Nous apprenons cette bonne nouvelle quand nous suivons la procession de la Fête-Dieu à Saint- Jean-de-Latran. Splendide horizon de la campagne de Saint-Jean-de-Latran à la soirée tombante : doux présage de la venue du peuple d'Israël qui doit se mêler à la procession des peuples sur le soir. — II. Nuage qui voile momentanément cet horizon enchanteur : à cause des entraves accumulées par les Evêques de l'opposition et les gouvernements contre la définition du dogme de l'Infaillibilité, le Saint-Siège vient de décider que,, lors de l'imminente définition de ce dogme, aucune autre question étrangère ne sera traitée, afin que l'infaillibilité, étant solitaire, soit mieux appréciée dans son importance. Dialogue échangé avec un des évêques de l'opposition, auteur du nuage. — III. Dans leur sollicitude pour les restes d'Israël, Pie IX et les cardinaux présidents du Concile décident que l'allocution d'honneur et d'amour leur sera adressée dans une autre session du Concile ; et pour que cette espérance ne soit pas trompée, le Patriarche de Jérusalem est chargé de la rédaction pour être ensuite placée dans le schéma de Missionihus. Monseigneur Valerga daigne nous communiquer, sous le secret, cette ineffable allocution.
La Commission des Postulata s'est réunie; l'Archevêque de Tours, Monseigneur Guibert, a parlé avec les accents favorables qu'il nous a promis : la Commission reçoit notre Postulatum pro Hebrœis et l'accepte à l'unanimité.
280 PRÉPARATION d'uNE ALLOCUTION
En la fête de saint Louis de Gonzague, qui était en même temps le 25^ anniversaire du couronnement de Pie IX, le cardinal Franchi se présente en audience auprès de Sa Sainteté et lui annonce officiellement l'admission de notre Postulatum par la Commission ; Pie IX confirme et bénit son admission. Cette bonne nouvelle nous est joyeusement annoncée, à nous-mêmes, par le cardinal Barili, au moment où nous allions suivre à Saint- Jean- de- Latraii la procession du Très Saint Sacrement. Quelle coïncidence pleine d'émotion! L'horizon de Saint- Jean- de- Latran est incomparable avec ses collines, ses vergers, ses aqueducs, surtout à la soirée tombante, doux présage de la venue du peuple d'Israël qui doit se mêler à la procession des peuples sur le soir. (( On voit au loin, écrivait une feuille catholique, Tibur dans la montagne, et l'œil se repose sur cette campagne romaine, dont la beauté sérieuse et auguste ne peut être comparée qu'à celle du visage maternel. )> Doux présage, avons- nous dit, qui deviendra une réalité sous les auspices du visage maternel de la Vierge Marie faisant reprendre à Dieu Israël son enfant, selon les promesses de sa miséricorde : alors la procession sur le soir sera magnifique et reposante ; ne sera-ce pas la phase de rafraîchissement après la grande chaleur de la journée du monde, chacun se reposant à l'ombre de sa vigne et de son figuier, et dans des groupes pleins de fraternité.
Un nuage vint, pour un instant, voiler cet horizon enchanteur.
Son Eminence le Cardinal de Angelis, le premier entre les cinq cardinaux présidents du Concile, nous faisait appeler, le surlendemain de la belle procession. (( Mes chers amis,
d'honneur et d'amour 281
nous dit- il, mes collègues et moi avons examiné dans un entretien avec le Souverain Pontife si la question des restes d'Israël devait recevoir sa solution présentement. On a conclu que ce serait difficile. Vous avez assisté à toutes les entraves que les Evêques de l'opposition et les gouvernements ont accumulées contre la définition du dogme de r Infaillibilité. Cette définition, grâce à Dieu, ne tardera plus. Eh bien, il importe que ce grand dogme, quand il sera défini, soit solitaire, afin que l'on remarque bien sa majesté et son importance. En conséquence, nulle autre question ne doit être traitée à côté de celle-là. Mais ne perdez pas courage et ne vous attristez pas ; nous allons, avec le Très Saint Père et mes collègues, assurer ce qui concerne les pauvres juifs et préparer sa place dans une autre session du Concile. Oh ! mes chers amis, je vous félicite d'avoir fait introduire au Concile du Vatican cette question de charité. »
Au lendemain de cette rassurante conversation, la Providence nous mettait en rapport avec un des auteurs du nuage, un Evêque de l'opposition; nous taisons son nom par déférence. Voici le dialogue qui s'échangea :
Lui. — « Vous n'auriez pas dû venir à Rome, ce séjour vous aura été nuisible ».
Nous. — « Nuisible, que dites- vous là! notre foi s'y est agrandie ; nous avons compris à découvert que l' Eglise était divine parce qu'elle résiste à l'épouvantable tourmente qui lui vient de l'intérieur. »
Lui. — « Je n'en puis pas dire autant, mon sommeil y a toujours été inquiet. »
Nous. — « Le nôtre y a toujours été paisible, parce que nous avions pour oreiller le rocher de Pierre. »
Lui. — « Vous êtes des néophytes, il ne faut pas vous étonner que nous cherchions à préserver votre foi. »
Nous. — « Néophytes, Monseigneur, permettez une explication définitive sur ce mot, car ce n'est pas la pre-