‹ La cause des restes d'IsraelChapitre 82 sur 85 · LÉON XIII, PAPE · texte numérisé non relu

LÉON XIII, PAPE

Quelques mois plus tard, à l'occasion des Noces d'or de Léon XIII, nous offrîmes à Sa Sainteté le « calice de l'alliance catholique », merveilleux travail d'orfèvrerie, sur le pied duquel étaient échelonnés sur des émaux les saints qui ont suscité les croisades. Après l'avoir admiré. Il nous dit : « De tous les calices que j'ai reçus, celui-là est le plus artistique ; je le garde pour ma chapelle et lorsque je m'en servirai je prierai pour le retour de votre peuple. »

Ces paroles ont été comme une rosée sur les restes d'Israël ; plusieurs de nos anciens coreligionnaires sont venus à nous et nous ont tendu la main, c'était comme le prélude de la gracieuse réflexion de Pie IX : « Si la vendange tout entière ne peut encore se faire, nous aurons du moins quelques grappes. »

Nous voici sous le Pontificat de Sa Sainteté Pie X ; ses bienfaits nous feront avancer de clarté en clarté dans notre sainte entreprise.

Le 8 décembre 1904, se célèbre à Rome et dans la catholicité le cinquantenaire de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception. La basilique Saint- Pierre est splendidement décorée. Sa Sainteté Pie X offre le Saint Sacrifice entouré de tout le Sacré Collège, des patriarches, et d'environ deux cent cinquante Evêques en mitres et chapes blanches. Attendu que, trente- quatre années auparavant, nous avions

eu l'insigne privilège de servir la Messe du Concile où fut défini le dogme de l'Infaillibilité, Pie X, continuateur des bontés de Pie IX, nous permettait de lui présenter les burettes d'or à la messe qu'il célébrait le 8 décembre 1904. Oh ! quelles émotions ! après avoir béni les burettes. Pie X nous bénissait avec une paternelle tendresse.

Le couronnement d'une très belle statue de la Très Sainte Vierge avait précédé le Saint Sacrifice. Le Pape posa sur le front de la Vierge une couronne étincelante de douze étoiles de diamants. Nous adressâmes à notre blanche sœur cette invocation : « 0 Marie, notre divine Mère et notre blanche sœur, daignez rattacher, de votre main miséricordieuse, les pauvres branches d'Israël au cep divin qui est Jésus- Christ votre fils. )>

Peu après, nous nous rendons en pèlerinage à la basilique de Sainte- Croix- de- Jérusalem, où sont rassemblées les saintes reliques de la Passion. Cette basilique fut édifiée par les soins de l'Impératrice sainte Hélène, qui se fit accompagner, dans son retour de Jérusalem à Rome, par un navire chargé de la terre du Calvaire : en sorte que, dans leur déplacement, les saintes reliques de la Passion, déposées dans la basilique construite sur la terre du Calvaire, retrouvaient Jérusalem dans Rome. Ce souvenir historique nous fit songer à un usage toujours existant chez les pauvres juifs. Beaucoup d'entre eux, en prévision de leur fin, se font venir des petits sachets remplis de terre de Jérusalem, ils ordonnent à leurs enfants de les ensevelir avec cette terre de Jérusalem sur le cœur. Assurément, cette piété est touchante, mais elle est incomplète : la terre de Jérusalem n'est qu'une base, une base où fut érigée la Croix du salut, et nous demandâmes à la Très Sainte Vierge et à sainte Hélène d'obtenir de la divine miséricorde que les pauvres juifs substituent bientôt, aux petits sachets de terre de Jérusalem, des petites croix, des crucifix, qui leur procurent le salut éternel.

Le labeur de charité pour nos frères en retard nous dirige vers une nouvelle clarté : celle des publications.

L'un de nous, Augustin, fait paraître deux ouvrages : « La Vierge et l'Emmanuel », puis « L'Histoire complète de l'idée messianique chez le peuple d'Israël. »

Monseigneur Dadolle, recteur des Facultés catholiques de Lyon, apprécie en ces termes le premier ouvrage : « Cher collègue, vous avez été attiré, vous deviez l'être, par la lumière d'aurore dont l'Ancien Testament a commencé de nimber le front de la Vierge. Et, de cette lumière, vous avez cherché à démêler et à fixer les rayons, précisément au point où ils brillent du plus vif éclat, dans ce Livre de V Emmanuel qui est le chef-d'œuvre et le centre de la prophétie antique. Oh ! comme vous vous complaisez à illustrer la Vierge sous le nom « dJ Almah », dans ce vieil oracle du viii^ siècle avant le Christ, et comme vous applaudissez à son enfantement merveilleux, dont le fruit est Emmanuel ». L'autre ouvrage d'Augustin présente, entre autres chapitres fouillés avec un art scripturaire exquis, une étude du plus haut intérêt sur le peuple juif revenu de ses ténèbres : « Certitude de la conversion à venir du peuple juif ; le bandeau de ses yeux enlevé — A quand l'entrée d'Israël dans l'Eglise, Jérusalem spirituelle — Les deux fils de Joseph, Ephraïm et Manassé, aux pieds du patriarche Jacob, ou les deux peuples Gentil et Juif aux pieds de Jésus- Christ ; l'unique bercail sous l'unique Pasteur ». L' Eminentissime cardinal Coullié, archevêque de Lyon, a résumé en ces termes sa haute satisfaction sur cette brillante étude scripturaire : « J'ai trouvé, dans ce volume, les mêmes qualités qui distinguent les autres écrits du vénéré professeur, le même accent de piété, le même respect des divines Ecritures,

le même amour de l'Eglise, le même zèle apostolique. Que Dieu couronne ses travaux de toutes ses bénédictions. »

De son côté, Joseph, son frère, entreprenait et publiait une série de volumes sur la Très Sainte Vierge dont voici rénumération : « La Vierge Marie présentée à l'amour du xx^ siècle. » — « La mère des chrétiens et la Reine de l'Eglise. » — (( La Vierge Marie dans l'histoire de l'Orient chrétien. » — « La dame des Nations dans l'Europe catholique ». Non moins paternel pour Joseph que pour Augustin, l'Eminentissime cardinal Archevêque de Lyon se plaisait à déverser sur cette publication mariale les éloges et les bénédictions : « Daigne la Vierge Immaculée permettre que vos ouvrages fassent comprendre aux catholiques, aux chrétiens non catholiques, aux israélites, qu'ils ont dans le ciel une mère infiniment bonne, infiniment miséricordieuse, infiniment puissante, toujours prête à les recevoir dans ses bras et à les réconcilier avec son divin Fils : Omnipotentia

supplex / Vos beaux livres traverseront les nuages de

notre horizon comme un arc- en- ciel bienfaisant. Tous ceux qui voudront les lire y puiseront des consolations pour le présent, des espérances pour l'avenir, et une confiance indicible dans la miséricordieuse puissance de Marie, Reine

du monde et Mère des âmes A personne ne peut mieux

être appliquée qu'à votre plume, mon cher chanoine, cette parole du poète : Même quand l'oiseau marche on sent qu'il a des ailes. Que vous nous parliez des grands faits de l'histoire, ou des bienfaits répandus sur le monde par Marie, ou de la reconnaissance des peuples envers Elle, c'est toujours avec une phrase ailée, qui monte en même temps qu'elle avance et qui mspire à l'âme un doux sursum corda. ))

Sous le patronage si princier de notre Eminentissime Archevêque, nos ouvrages ont pu faire un peu de bien.

Nous avions composé en commun une brochure assez volumineuse intitulée « Valeur de rassemblée qui prononça (( la peine de mort contre Jésus- Christ ou l'assemblée déicide. » Notre péroraison était celle-ci, appuyée sur le texte du prophète Zacharie : Ils regarderont i^ers moi qu' ils ont percé et ils pleureront.

« Au jour à venir, mille fois désiré, de la conversion des restes d'Israël, les enfants de ce peuple diront au Seigneur : (( D'où tiennent ces plaies que vous avez au milieu des mains? Et il répondra : Tai été percé de ces plaies dans la maison de ceux qui m'aimaient. Ils m'appelleront par mon nom et je les exaucerai. Je leur dirai : Vous êtes mon peuple ; et chacun d'eux me dira : Seigneur, mon Dieu ! »

« A cette description, à ce dialogue, à ces plaies aux mains et aux pieds, qui de vous, ô Israélites ! ne reconnaîtra, s'il est de bonne foi et si la grâce daigne le toucher, l'Homme- Dieu condamné par le sanhédrin? Car l'Ecriture vous dit son nom : Il était le Messie, le Seigneur ! Et nos pères, hélas, ne l'ont point connu. Mais leurs fils le reconnaîtront un jour ; chacun d'eux lui dira : Seigneur, mon Dieu ! Et, le reconnaissant, ils lui demanderont à contempler les plaies de ses mains et de ses pieds ; et de ces plaies ils approcheront leurs lèvres ; et sur ces plaies, ils laisseront couler des torrents de larmes. Et la terre s'attendrira à ce spectacle ; tous les hommes pleureront avec eux, une famille à part, et une autre part. »

Ce jour d'émouvante et sublime reconnaissance, à nous qui écrivons ces pages, il ne sera pas donné de le contempler sur cette terre : depuis longtemps nous l'aurons quittée. Mais, du haut du ciel, où Dieu, nous l'espérons,

nous fera la grâce de nous recevoir, nous nous unirons à notre peuple converti et repentant. Au ciel, il n'y a plus de larmes ; et c'est pourquoi nous emprunterons, pour les offrir à Dieu, les larmes de nos frères ;

Maison de David,

Maison de Nathan,

Maison de Lévi,

Maison de Sémei, lorsque luira le jour de ce sanglot : Uoii {tiennent ces plaies que vous avez au milieu des mains? en ce jour, ah ! souvenezvous des deux fils d'Israël, prêtres de Jésus-Christ, qui ont écrit ces pages. Et en échange des heures qu'ils ont consacrées à ce travail, versez comme hommage quelquesunes de vos larmes, versez-les, en leur nom, aux pieds du condamné du sanhédrin.

A la réception de notre brochure, le Père Marie Ratisbonne voulut bien nous écrire de Jérusalem : « Je viens de dévorer votre dernière publication sur le sanhédrin, c'est admirable. Recherches, éruditions, documents, lucidité, l'intérêt est soutenu d'un bout à l'autre, et c'est à peine si j'ai pu lire la dernière page, tellement mes yeux se remplissaient de larmes ».

C'était dans les yeux du vénéré Père Marie Ratisbonne, des larmes touchantes, prélude des larmes qui tomberont un jour des yeux de notre peuple. Depuis lors, mes larmes ont continué celles du Père Marie, car mon bien- aimé frère jumeau, qui ne faisait avec moi qu'un cœur et qu'une âme, m'a dit son dernier adieu, après avoir usé sa vie dans le service de la Sainte Eglise catholique : Factus sum sicut passer solitarius in tecto, je suis devenu comme le passereau solitaire sur un toit : c'est le gémissement d'un des psaumes, et c'est aussi mon gémissement. Plein de compassion pour ma grande douleur. Notre Très Saint Père Pie X a daigné l'adoucir par la lettre suivante, entièrement écrite

de sa main paternelle. Puisse le cher lecteur s' unissant à cette auguste compassion, diriger deux petites prières secourables, l'une, vers la tombe du frère tendrement aimé, l'autre vers le pauvre solitaire pour soutenir son courage et son entier abandon à la sainte volonté de Dieu.

Lettre de Sa Sainteté Pie X.

« Très cher fils,

« Ma douleur s' associe profondément à votre douleur, très cher fils, à cause de la mort de votre frère bien- aimé ; mais aussi, en conformité avec la volonté divine, je sollicite du Seigneur pour vous les consolations qui viennent de la foi. Certes, beaucoup de consolations se présentent à vous, rien qu'en considérant la vie du cher Augustin ; appelé à la récompense, il répandra ses prières devant Dieu pour que, non seulement vous obteniez les grâces que vous désirez, mais surtout pour que ceux qui n'ont jamais été séparés sur la terre ne soient pas séparés dans la céleste gloire.

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