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CHAPITRE IX

EFFETS T)ESASTEEUX DE LA YICTOIEE DE MAiN'ASSAS -CAMPAGNE DU

OPERATIOJXS. DAKS LA VIRGINIE OCCIDEiSTALE.

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La victoire de Mauassas fut le plus grand des malheurs qui assaillirent la Confédération ; dans l'esprit des populations du Sud, elle fut considérée comme la tin naturelle de la guerre, ou du moins comme en étant l'événement décisif. Le peuple n'entretenait pas seul cette opinion ; le Président lui-même, après la bataille, assura à ses amis intimes que la reconnaissance de la Confédération par les pouvoirs européens était désormais un fait certain. Les journaux déclarèrent que la (question de supériorité individuelle entre les hommes du Nord et ceux du Sud était irrévocablement résolne, et la phrase " un homme du Sud contre cinq du Nord " devint de rigueur dans tous les discours relatifs à la guerre, — (pioique cette proportion toute mathématique n'ait jamais été bien précisément établie. Un article élaboré de Ja De Boio's Heview, compara la bataille de Manassas aux plus grands faits d'armes de l'histoire et chercha à prouver que la guerre ne serait plus désormais qu'une succession de combats sans importance et préliminaires d'une paix prochaine. Partout, en un mot, cette malheureuse victoire de Mauassas engendra une sécurité tronqjeuse et un relâchement de l'enthousiasme et de l'élan des premiers jours. La preuve la plus évidente de cette apathie est (pie le nombre des engagements volontiiires diminua considérablement.

On peut trouver, dans les mesures politiques prises à cette époque et dans le ton généralement adopté par les principaux journaux, des preuves bien caractérisées de cet esprit d'exagération et de confiance imprudente qui fut le résultat de la victoire de Manassas. Après cet événement, il paraissait tellement certain que la Confédération était définitivement établie, que déjà on intriguait dans les cercles politiques pour la succession df M. Davis, à six années de là. M. Hunter, de la Virginie quitta vers cette époque le cabinet de M. Davis, parce que, disait-on, il entrevoyait déjà les erreurs et l'impopularité future de la présente administration et ne voulait [)as, par son séjour au cabinet, diminuer ses chances à la succession de M. Davis à la présidence. Dans certains cercles, le général Beauregard était déjà désigné comme le prochain Président; mais cet élu par anticipation à un poste qui ne devait être vacant que six ans plus tard, répondit par mie lettre quelque peu ampoulée ( XXII ) , datée "de la portée des canons ennemis " et adressée à un journal : " Je ne suis pas candidat, ni ne désire l'être, à aucun emploi civil qui puisse m'être confié par le peuple ou par l'Exécutif." Il existait, de plus, une controverse entre différents Etats au sujet de la ville qui serait choisie comme capitale de la Confédération ; la question de sécurité militaire n'é-

(XXII) Ceci i:e fait que confiinifi ce qui est dit plus haut du paiti pris de denigration adopte par l'auteur vis-à-vis du gênerai Beauregarcî. Ce dernier est accusé " d'eiriplia?e " p«r .M. Pollard pour avoir décliné toute candidature ; Bansdcute si le général Beauregard avait accepté cette caridicîature ou même ne s'y était pas !brm<!!f-iTient opposé, l'auteur l'eût sans doute qualifié "d'ambitieux." (A', du, tracl.)

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES

tait pas même élevée dans cette discussion. Cette controverse alla même si loin, que le conseil municipal de Nasliville (Tennessee) vota une allocation de 7-50, 000 dollars pour la construction d'une maison destinée au Président de la Confédération du Sud, — dans le but de l'engager à transporter dans cette ville le siège du gouvernement.

Il est assez remarquable que les honnnes d'Etat de Richmond n'aient pas observé la singulière attitude des autorités de Washington, à la nouvelle de la déroute de Manassas. Le jour même où la capitale fédérale était encombrée par les fugitifs, le Congrès fédéral siégea avec le même calme qu'en temps ordinaire ; la Chambre des Représentants prit à l'unanimité la résolution suivante :

" i/ f.^/ révo/i'f. -.Que k- iiiuiutien de lu Coiistitiition. la jirejiiTValion de l'Union et la mise en vigueur diS luis, sont de? princii)ts .«acre? qui doivi nt être mis à exécution ; quaucun désastre ne doit nou-- deco-uragvr ni nous distraire de raccomplisscinent entier de notre grand di?voir ; et (jue nous nous engageons, vis-.à-vis .le notre pays et du monde entier, a employer toutes les ressoui'ces nationales et individuelles pour la rnluetioi!, lu défaite et le châtiment des rebelles armés."

Tandis que le Sud se reposait sur ses lauriers de Manassas, le Nord, au contraire, mettait en œuvre tout son esprit inventif pour réparer ses désastres. Son activité tint du prodige; il multiplia ses armées, construisit des flottes entières, se releva complètement des emba^Tas financiers qu'au dehors on considérait déjà comme mortels. Quelques semaines après la bataille de i\[anassas, le gouvernement fédéral put négocier un emprunt de cent cinquante millions de dollars à une fraction au-desstis de l'intérêt lé2:al de New-York; en un mot, toute l'énei'gie et l'aptitude du petipie du Nord se concentra vers un seul but: la guerre contre le Sud. Dans toute l'histoire de la guerre d'Amérique, il n'est pas de phénomène pltis remarquable (pie ce déploiement d'activité, aussi étonnant par l'initiative des expédients ({ue par Iti concentration de tous les eftbrts vers un but unique. Tous les moyens furent employés pour activer chaque branche immédiate ou incidente tendant au résultat ambitionné. On se servit de la popularité de Frémont pour lever une armée ; à la science de Mac Clellan, de Buell et de Halleck, on adjoignit les éléments d'influence tels (pie Banks, Butler et Baker; on encouragea les constructeurs et les armateurs de New- York à créer une marine. Bientôt le monde entier eut un grand sujet d'étonnement dans cette énergique unanimité d'action du Nord, en voyant l'ardeur martiale prendre des proportions si ïfrandes et couvrir d'armées et de vaisseaux les frontières de la moitié d'un continent.

Pendant qu'au Nord on faisait ces immenses préparatifs et que le Sud s'abandonnait à une sécurité fatale, une interruptioi! eut nécessairement lieu dans les opérations militaires. Les mois d'été qui suivirent la bataille de Manassae n'offrent aucun événement digne d'être relaté dans la Virginie oiientale. lîilais pendant cette même période deux campagnes, remarquables plutôt par leurs péripéties que

par leurs résultats, se poursuivaient à de très grandes distances l'une de l'autre : celle du Missouri et celle des régions montagneuses de l'Ouest-Virginie.

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