‹ La cause perdueChapitre 12 sur 85 · CAMPAGNE DU :^IIS,SOURI · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DU :^IIS,SOURI

La politique du Missouri avait toujours été Ibrtement favorable au Sud. Déjà en 1848-1849. qiumd le Nord avait laissé percher son intention d'exclure le Sud du partage des territoires acquis parla guerre du Mexique, — territoires dûs principalement au sang versé par les soldats du Sud, — la législature du Missouri avait, par ses rés(Atittoii», atlirmé la doctrine des Droits d'Etats, telle que Calhoun l'interprétait, et avait engagé la (Coopération du j^lissouii " pour tontes les mesures que ses Etats-frères pourraient adopter" contre les empiétements du Nord. Ce fut comme tidversaire de ces l'ésolutions que M. Benton fut délait dans sa candidature au Sénat des Etats-Unis, et les mesures adoptées alors devinrent le mot d'ordre du ]\[issouri jus({u'au moment où la guerre fut déclarée.

])ans la dernière élection présidentielle, le Missotui, par une de ces contradictions dont on trouve de fréquents exemples dans l'iiistoire politiqtie de rAméri(pie, avait donné sa nutjorité électorale à Douglas. Ce résultat avait été obtenu principalement par l'influence ds Sterling Price, ancien gouverneur de l'Etat et représentant au Congrès, et honnne jouissant d'mie haute influence dans son parti.

Price et son parti étaient sincèrement attachés à l'Union et espéraient qu'il serait possible de la préserver sans que le Sud eût à souffrir dans son honneur ou dans sa sécurité. Dans la Convention réunie en janvier 1861, aucun délégué n'était encore sécessioniste avoué ; Price lui-même, qui était alors partisan de l'Union, en fut élu Président.

Mais les autorités fédérales du Missouri ne montrèrent pas la prudence que nécessitait la gravité du moment ; elles ne firent rien pour se concilier les dispositions de la Convention ; et à mesure que les événements se dévelo])paient, les' desseins du gouvernement de Washington se montrèrent peu à peu au grand jour et ne laissèrent bientôt au peuple du Missouri aucun doute sur le soit qui leur était léservé..

Dans la ville de St-Lois, il y avait eu déjà quelques; rixes entre les citoyens et la soldatesque fédérale ; oeux quï désiraient sincèrement la paix du pays eurent bientôt toute raison de craindre que ces conflits ne fussent que les préludes d'une l'évolution. Le 10 mai 1860, le capitaine (depuis général) Lyon, de l'armée fédérale, avait exigé la reddition sans condition d'une brigade entière de milice du Missouri, organisée d'après les lois de l'Etat. Ce ])rocédé arbitraire ne fut que le commencement d'ime èi-e d'outrati'Gs et d'oppression. Bientôt toutes les armes et les muRÎtions qui se trouvaient dans la ville de St-Louis furent saisies " les maisons visitées ; et un cordon militaire, étreignant la ville, acheva d'inaugurer le lègne de la terreur.

Vers cette époque, Sterling Price ayant été nommé major-

général des troupes de l'Etat du Missouri par le gouverneur Jackson, s'aboucha avec le général Harney, commandant les forces fédérales,, pour aviser au meilleur moyen " de restaurer la paix et le bon ordre chez les populations, conformément aux lois des gouvernements général et d'Etat." Quant aux démonstrations d'émeute qui avaient eu lieu à St-Louis, Price, ayant " pleine autorité sur la milice de l'Etat," entreprit, avec l'approbation du gouverneur d'en prévenir le retour ; le général Harney déclara qu'il n'avait pas l'intention d'intervenir avec les troupes de son commandement, en vue d'éviter tout conflit. Les deux généraux recommandèrent aux citoyens de se tenir tianquilles et de vaquer à leurs occupations habituelles.

Mais quelques temps après, le général Harney fut rappelé par le gouvernement de Washington ; le général Price continua à remplir les devoirs que son poste lui imposait ; le 4 juin, dans une adresse aux Missouriens, il déclara que le moment était venu pour le peuple de l'Etat de prononcer lui-même sur la position qu'il aurait à prendre en cas de conflit et sans qu'aucune action militaire, de quelque côté qu'elle vint, puisse influer sur sa décision. Il fit aussi allusion à l'intention qu'avaient les autorités fédérales de désarmer ceux des citoyens du Missouri qui n'approuvaient pas la conduite de l'administration de Washington et de fournir des armes à ceux qui, dans certaines localités de l'Etat, sympathisaient avec le gouvernement fédéral. " Le but d'une telle mesure," dit Price, "ne peut pas être dissimulé ; non-seulement, c'est un désaveu flagrant de l'arrangement qui a été conclu, mais c'est de plus une violation formelle de nos droits constitutionels, et un grand outrage fait aux citoyens du Missouri ; il doivent y résister jusqu'à la dernière extrémité." Dans la conclusion de son adresse, il dit : " Le peuple du Missouri ne doit pas être forcé, par la pression d'une invasion militaire, à prendre une attitude qui ne serait pas celle qu'il aurait choisie librement et sans contrainte. Un million de citoyens du Missouri ne peuvent jamais être subjugués ; si cependant, on emploie la force contre eux, que l'on n'aie aucune appréhension sur le résultat."

Le 13 juin 1861, le gouverneur Jackson émit une proclamation ajîpelant cinquante mille volontaires sous les armes. Price nomma neuf brigadiers-généraux. Les préparatifs étaient grands sur 'le papier* mais en réalité les généraux n'avaient, pour ainsi dire, rien à commander ; les hommes, les armes et les munitions manquaient ; quant à l'éducation militaire et à la discipline du peu de soldats qu'on ])arvint à* rassembler, elles étaient complètement nulles ; depuis plusieurs années, il n'y avais eu aucune «-spèce d'organisation militaire ou de milice dans l'Etat. Ce fut dans cette position presque désespérée que le Missouri se sépara de ses confédérés et, isolé, montra un héroïsme presque sans exemple dans l'histoire, en faisant face sans aide aucune au pouvoir entier du Nord, au moment même où celui-ci déclarait par la voix de la presse que le Mis-

souri était " une souris sous la patte d'un lion. " Le premier soin du général Price fut d'ordonner aux bri • gadiers-généraux récemment nommés d'organiser leurs troupes aussi rapidement que possible et de les concentrer à Booneville et à Lexington. Apre avoir réuni dans cette dernière ville toutes les forces qu'il aurait pu recueillir dans les parties de l'Etat qui lui étaient accessibles, le général Price devait ensuite se diriger vers l'extrémité sud-ouest de l'Etat, où les subsistances étaient abondantes, où il aurait eu toute facilité de procéder à l'organisation définitive de son armée, et où il pouvait faire sa jonction avec les forces confédérées qui se trouvaient dans l'Arkansas sous le commandement du brigadier-général Mac CuUoch.

L'idée d'une bataille à Booneville d'était pas sérieusement discutée. L'armée du Missouri campée près de ce point se composé d'environ dix-huit cents h'">mmes dont un tiers seulement étaient armés ; encore ces armes étaient elles très imparfaites ; les fusils à coup simple en formait la plus grande partie. En outre, ce petit corps d'armée était complètement dépourvu d'artillerie. Le 20 juin, le général' Lyon, avec un corps fédéral de trois mille hommes, en ordre parfait, débarqua près de Booneville. Les six cents Missouriens armés, sous le commandemimt du colonel Marmaduke, se placèrent sans ordre le long d'un champ de blé, près de la rivière. Voyant qu'il était matériellement impossible de se maintenir dans cette position contre toute la colonne d'infanterie et l'artillerie de l'ennemi, le colonel Marmaduke ordonna la retraite. Les hommes refusèrent d'obéir et accueillirent l'ennemi par une fusillade qui tua et blessa une centaine de fédéraux. Mais l'ennemi revint à la charge ; son attaque impétueuse eut bientôt brisé la ligne étroite et irrégulière de cette poignée de braves. La perte des Missouriens fut insignifiante, trois hommes tués et vingt-cinq ou trente blessés. Cette rencontre donna à l'ennemi une preuve du courage et de l'esprit aventureux de la " milice rebelle " du Missouri.

Après le combat inégal de Booneville, le gouverneur Jackson, qui était entré en campagne, commença à retirer son petit corps d'armée dans la direction de Warsaw, dans le but de faire sa jonction avec Price et de marcher avec lui dans la ^Urection du sud-ouest de l'Etat. Cette jonction fut effectuée dans la nuit du 3 juillet ; les forces de Jackson et la cuionne venant de Lexington se réunirent dans le comté Cedar. On modifia le plan de campagne ; il fut décidé que l'on se tiendrait aussi éloigné que possible de la rivière Missouri, laquell donnait de grandes facilités d'attaque à l'ennemi, et lui permettait de jeter sur le général Price des forces numériquement supérieures avant que celui-ci eut eu le temps nécessaire d'organiser ses troupes dans le voisinage, et de les mettre en état de combattre avantageusement.

La nuit même de la jonction des deux colonnes, un ordre fut lancé pour efiectuer l'organisation et la répartition de la petite armée. Deux mille hommes se trouvaient sous le

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

commandement du biigadier-généi-al Rains, six cents sous le brigadier-général Slack ; les brigadiers-généraux Clark et Parsons avaient chacun à })cu près cinq cents hommes. Ce total de trois mille six cents hommes composait " l'armée patriote du Missouri." Elle était nn mélange hétérogène de toutes les conditions de la vie humaine et représentait chaque classe de population do l'Ouest. Jeunes et vieux, riches et pauvres, capitaliste et artisan, trappeur et marinier, marchand et bûcheron, tout s'y trouvait confondu. Cinq cents de ces hommes au moins étaient entièrement dépourvus d'ai'mes; beaucoup d'autres n';ivaient que des carabines communes ; aucun ne possédait ni giberne ni gourde. L'artillerie se composait de huit pièces de canon, aucune bombe et très peu de boulets ou de grenades. Pour su})pléer au manque de 23rojectiles, on eut recours aux moyens les plus incroyables ; des vieilles chaînes, des débris de fer, des pierres et des cailloux arrondis remplacèrent les boulets. L'ennemi devait bientôt faire rex})érience de l'eflx;t destructeur de ces lirojectiles primitifs.

Le 4 juillet, le généi-al (gouverneur) Jackson piit le commandement de cette petite armée hétérogène et mal approvisionnée, mais d'une bravoure éprouvée, et se dirigea au sud-ouest, dans res[)oir de ftiire sa jonction avec Mac Culloch. Pendant ce temps le général Sigel, avec une colonne de trois mille fédéraux, avait été envoyé de St-Louis STU' l'embranchement sud-ouest du chemin de for du Pacifique, à Rolla, était arrivé à Cartilage, sur le front des troupes de Jackson, et menaçait celui-ci d'une bataille imminente. Le 5 juillet, vers dix heures du matin, les Missouriens s'approchèrent d'un ruisseau coulant à une distance d'environ un mille et demi de l'ennemi, divivisé en trois détachements et admirablement posté sur le sommet d'une colline.

La première rencontre sérieuse sur le sol du Missouri allait avoir lieu. Le général Jackson trouva d'abord de grandes difficultés à foimer sa ligne de bataille et à déployer sa cavalerie sous le feu constant des batteries ennemies. Le général Sigel avait assuré à ses hommes qu'il n'y aurait aucun conflit sérieux ; la manière irrégulicre dont les .Missouriens avaient formé leur ligne de bataille le confirma dans cette opinion et lui fit dîre que quelques volées à mitraille auraient bientôt mis la confusion dans les rangs et forcé les Ddissouriens à fuir. Son attente fut teiTiblement déçue. Qand le général Jackson eut reconnu qu'en raison du manque d'habitude des chevaux, il était impossible de mettre la cavalerie en ligne, il dorma l'ordre l'infanterie de charger et la cavalerie de suivre pour supporter le mouvement. Toute la troupe s'avaiiça au pas de charge, et en poussant le cri de bataille. Les Fédéraux retraitèrent audelà de la lai'ge et profonde rivière Bear et détruisirent le pont sur lequel ils avaient passés. Ils continuèrent ensuite leur retraite en suivant la rivière, pendant une distance d'environ nn mille et se remirent en ligne h l'abri d'une forêt.

Les Missouriens, restés de l'autre côté de la rivière, avaient à traverser une plaine ouverte et exposée au feu de l'ennemi pour arriver en face de lui. Un certain nombre de cavaliers abandonnèrent leurs montures et se joignirent à l'infanterie de manière à pouvoir utiliser toutes les petites armes laissées f5ur le champ. La troupe se dirigea ensuite vers la position des Fédéraux et ouvrit le feu à travers le courant ; pendant une heure, la fusillade continua avec vivacité de part et d'autre. Enfin, les Missouriens se mirent à jeter une grande quantité de pièces de bois dans la rivière et comniencèrent à traverser ; l'ennemi abandonna de nouveau sa jiosition et se dirigea sur Carthago, éloignée d'environ huit milles ; les Missouriens les suivant de jirès et les harcelant sans cesse. A Carthage, l'ennemi s'arrêta et se barricada derrière des maisons et des piles de bois. Après un vif combat qui dura pendant quarante minutes, les Fédéraux purent s'esquiver à la faveur de la nuit dans la. direction de Rolla, ne s'arrêtant que le jour suivant, après une marche de quarante milles depuis le cham[) de bataille, pendant laquelle ils avaient été poursuivis })endant plus du quart du chemin par ceux-là mêmes (jue le général Sigel comptait capturer presque sans comb;).t.

Le résultat de la journée encouragea beaucoup les Missouriens. Ces hommes pauvrement armés et se battant 2)our la première fois, avaient repoussé de trois positions successives un ennemi bien discipliné. Leurs pertes ne s'élevaient pas à cinquante tués et cent ciiiqu:inte blessés ; celles des Fédéi-aux, qui avaient grandement soufferts pendant la retraite, étaient triples. On ne doit pas s'étonner si en vue cette expérience de la résistance opposée par le peuj)le du Missouii aux envahisseurs, les chefs fédéraux furent surpris de l'immensité de la tâche qu'ils avaient à accomplir.

Le lendeniain de cet engagement, le général Priée, qu'une maladie sérieuse avait jusque-'Wi empêché de })rendre une ]>art active -X la campagne, arriva à Carthage, accnn})agné du brigadier-général Mac Culloch, de l'armée confédérée, du major-général Pearce, des troupes d'Etat de l'Arkansas, et d'un détachement de près de deux mille liorauies. Ces renforts opportuns furent accueillis avec enthousiasme ; '' l'armée patriote " reprit une nouvelle animation à la vue de son chef bien aiiné, et en acquérant, })ar la présence de Mac Culloch, l'assurance des intentions et des sentimenis amicanx du gouvernement confédéré à leur égard.

Le lendemain, les troupes réunies à Carthage partirent sous le commandement de leurs chefs respectifs pour la prairicT Cowskin, près de la limite du Territoire Indien. Elles campèrent dans cet endroit pendant quelques jours, achevant de s'organiser et manoeuvrant sans cesse. Chaque jour, le général Price recevait des renforts ; bientôt son armée atteignit le chiffre de dix mille hommes. Quoique l'armement fut encore imparfait, on décida de prendre l'offensive. Ayant été informés que les commandants fédéraux Lee, Sturgis, Sweeny et Sigel^ étaient siir le poiut 4eforœ§y

une jonction ;Y Spriugfîeld, les généraux Prico, Ma.c Cnllocli' et Pcarce résolurent de marcher sur cette place, et d'atta- (jucr l'ennemi où il se serait retranché.

Qand l'armée eut atteint Cane Creek, à environ trente milles de Springfiold, un conseil de guerre fut tenu et on délibéra sur ce qu'il y avait à fixire. Le général Priée recommanda instamment d'avancer ; MacCulloch jugea prudent de s'y ojiposer, en raison du manque de discipline d'une grande partie de l'armée de Price, et'i)arce que, selon lui, ceux des soldats qui n'étaient pas armés ne pouvaient qu'entraver les opérations au lieu de se rendre utiles. Il conclut en représentant que, vu l'état indiscipliné et inorganisée des deux ailes de l'armée, il était plus sage d'éviter toute bataille avec un ennemi discipliné, ayant choisi son terrain et ayant une grande supériorité numérique. Le génél'al Priée savait ce que pouvait faire son armée et quel était, sou matériel : il assura à Mac CuUocli qu'au moment d'une bataille, il })Ourrait se convaincre que ces hommes sans discipline et mal armés se battraient avec un ensemble et une bravoure qui auraient raison de l'ennemi. Il demanda alors au général confédéré de lui prêter un certain nombre de fusils pour ceux des Missouriens qui étaient sans armes, dans l'espérance, qu'avec ses seules trouj)es, il battrait les Fédéraux. Mac Culloch refusa encore et ne voulut encouj-ir aucune responsabilité.

Au milieu de ces hésitations, le général Mac Culloch reçut du général Polk, commandant la division sud-ouest de l'armée confédérée, l'ordre d'avancer sur l'ennemi dans le Missouri. Un autre conseil de guerre eut lieu. Mac Culloch montra l'ordre qu'il venait de recevoir, et offrit do marcher immédiatement sur Spriiîgfield, à la condition que le commandement en chef de l'armée lui serait dévolu. Ici la question de rang devenait singulièrement embarrassante ; Price était major-géîf^'al a,u service de l'Etat ; Mac Culloch brigadier-général au service de la Confédération. Si les troupes de l'Etat n'eussent été qu'une organisation de milice, et Price général de milice, la question eut été immédiatement résolue ; Mac Culloch eut eu la préséance. Mais les Missouriens prétendaient, non sans raison, que leur Etat ayant assumé une attitude complètement indépendante et souveraine, l'armée missourienne était une organisation militaire régulière et que leur major-général avait droit au commandement en chef

Price lui-même trancha la question d'une manière noble et patriotique. 11 remit le commandement à Mac Culloch, en s'exprimant en ces termes : "Je no désire aucune distinction ; je ne combats pas pour cela, mais pour la liberté d(i mes compatriotes. Je suis prêt à sacrifier, non-seulement mon grade, mais ma vie à la cause commune." Pour que sa grande influence et ses services personnels ne fussent pas perdus pour cette cause, Price se contenta du commandement d'une division pour la prochaiiae bataille. Mac Culloch eut le commandement en chef et l'armée ainsi organi sée marcha à la rencontre des envahisseurs.

BATAILLE DE OAK IIILL OU DE SrilINGFIELD.

Le 7 août, Mac Culloch atteignit un camp à trois milles de Wilson Creeket à douze milles de Springfield. Il y avait alors sous son commandement huit raille Missouriens, dont les trois quarts seulement étaient armés, trois mille deux cents Confédérés de la Louisiane, du Texas et de l'Arkansas et dix-huit cents hommes de. troupes de l'Etat de l'Arkansas, sous le commandement du général Pearce : l'effectif total était donc d'envii'on onze raille hommes, dont plus de six mille de cavalerie. Il y avait en outre quinze pièces d'artillerie.

Le général Lyon avait rassemblé à Springfield une armée de dix mille hommes, formée de ses propres troupes, de celles du colonel Totten, venues de Booneville et de St- Louis, et des commandements réunis des généraux Si^^el Sturgis, et du colonel Sweeny. De ces dix mille hommes, deux mille environ faisaient partie de la " garde locale " {home guard) du Missouri ; le reste se composait de troupes régulières des Etats-Unis et de volontaires des Etats du Nord-Ouest. Leur artillerie était forte de seize pièces ; des batteries étaient de l'armée régulière des Etats-Unis.

Le 9 août, Mac Culloch se dirigea sur Wilson Creek, avec l'intention d'avancer de là sur l'ennemi à Springfield. Mais Lyon l'avait prévenu et s'était mis en marche en trois fortes colonnes. Le lendemain, avant le lever du soleil, l'ennemi avait atteint la position qu'il avait lui-même choisie, et Mac Culloch fut tout surpris quand ses courriers vinrent lui apprendre, au moment où il déjeûnait tranquillement, que l'ennemi était en vue, en force considérable, et qu'il avait gagné les deux côtés de son propre camp.

En effet, le général Sigel avait ouvert le feu sur notre droite.. En enveloppant les roues des canons de manière à étouffer tout bruit, il avait, à la faveur de la nuit, j)ris position près du camp de Mac Culloch, et ouvrait maintenant sur lui un feu destructif. Le général Lyon conduisait l'attaque à la gauclie.

Des renforts furent envoyés avec toute rapidité dans la direction de l'attaque de Sigel. Le général Mac Culk)ch envoya en avant les volontaires de la Louisiane sorr^' le colonel Hébert (Sème régiment) et la cavalerie de 1'/ "i ansas de Mac Intosh ; ces troupes se placèrent à la gau:-!';., le long d'une barrière élevée autour d'un champ de i .ïs. Là, Mac Intosh fit mettre pied à terre à sa cavalerie, i ■. ics deux régiments s'avancèrent rapidement sous un feu meurtrier. Une terrible fusillade s'ensuivit. Sans se déconcerter et bravant le feu mortel de l'ennemi, les Louisianais et les Aj'kansiens enjambèrent la barrière et rej)oussôrent l'aile ennemie. Mais l'artillerie de Sigel continuait à jeter la mort dans nos rangs. Une de nos batteries, commandée par le capitaine Reid, fut amenée en face des canons ennemis. Saisissant le moment opportun, le général Mac Culloch se plaça à la tête de deux compagnies louisia-

HISTOIRE DE LA OUEERE DES CONFÉDÉRÉS

naibo et les ibriBa en ligue sous lo feu de l'artillerie ennemie. ^- même moment, les hommes de Mac Intosh et Hébert relancèrent au milieu de cris enthousiastes^ et, par leur charge audacieuse, balayèrent tout devant eux : les canonniers furent chassés de leurs pièces et cinq canons tombèrent entre leurs mains. Eicn maintenant ne î)0uvait arrêter le succès de notre aile droite ; Sigel se retira en désordre et perdit jusqu'à son dernier canon dans une déroute devenue irrémédiable.

Après avoir ainsi débarrassé leur aile droite et leur arrière, les généraux confédérés portèrent toute leur attention sur le centre, formé des Missouriens et pressé par toutes les forces du général Lyon. Les régiments de Mac Intosh, de Churchill, de Gratiot et de Mac Rae, se dirigèrent rapide- ment sur ce point. Sur toute la ligne de la colline où l'ennemi s'était posté, une terrible fusillade était engagée. Bientôt la bataille arriva à son point culminant ; les deux adversaires combattant avec un acharnement égal et se repou^^sant tour à tour ; Je sommet de la colline se couvrit de morts et de blessés. La batterie fédérale de Totten fit un carnage effrayant ; cependant ayant perdu un grand nombre d'honmies et de chevaux dans un combat acharné avec la batterie Woodruff, elle se retira d'abord, non sans difficulté. Quelques instants après, elle revint à la charge ; une partie ouvrit le feu sur notre ligne, tandis que l'autre, masquée, se tint prête à opérer un mouvement en avant. A cet instant, alors que la fortune de la journée était encore indécise, deux des régiments du général Pearce reçurent l'ordre de renforcer notre centre. La batterie de Reid fat amenée aussi sur ce point, et le 3ème Louisiane se plaça à sa gauche. L'ennemi dut bientôt céder le terrain.

Le général Lyon avait suivi la marche de la bataille avec ime anxiété profonde qui s'accrut quand il vit ses hommes dans l'impossibilité d'avancer sous le feu terrible des Missouriens et des Confédérés, et ses régiments décimés rompre peu à peu la ligne de bataille. Déjà, il avait été blessé à la jambe et une balle lui avait effleuré la tête ; son cheval venait d'être tué sous lui. Sanglant et hagard, il se retourna vers rm de ses officiers et lui dit : " J'ai peur que la bataille soit perdue, — je conduirai moi-môme la charge. Remontant ensuite à cheval et s'avançant rapidement siu' le front de sa colonne, il se mit à la tête du régiment qui se trouvait à côté^ de lui et s'élança en avant. 11 avait à peine fait quelques pas que deux chevrotines l'attei-

gnirent en pleine poitrine. Il vida les ôtriers et toud)a mortellement frappé, ("••'■)

La ligne fédérale s'avança une dernière fois, mais elle fut encore rompue après un court engagement. Mac Culloch et Priée jetèrent alors sur elle toutes leurs réserves. La terrible batterie Totten fut enfin repoussée, et les Missouriens, les Arkansiens, les Louisianais et les Texiens s'élancèrent en avant. Le centre fédéral lâcha pied ; les ailes furent rejetées sur l'arrière. Nos troupes les chargèrent alors vigoureusement en poussant leurs cris de guerre, et bientôt le terrain fut jonché de morts et de blessés. L'ordre de retraite fut alors donné anx Fédéraux. Toutes leurs forces, inf\rnterie, artillerie et wagons se replièrent rapidement sur Springfield après avoir été complètement battus.

La perte des Fédéraux ne peut pas avoir été moins de deux mille tués et blessés ; six pièces d'artillerie et trois cents prisonniers furent pris. Le général Mac Culloch, dans son rapport officiel, évalua ses pertes à deux cent soixantecinq tués et huit cents blessés. Plus de la moitié des hommes morts ou hors de combat appartenaient au corps des Bîissourieus commandés par Priée.

Après la brillante victoire d'Oak Hill, — qui pendant un temps débarrassa tout le sud-ouest du Missouri du joug fédéral, — il arriva malheureusement que Mac Culloch et Priée ne purent s'accorder sur un nouveau plan (]e campagne. Le premier prit sur lui la responsabilité de se retirer avec les troupes confédérées sur la frontière de l'Arkansas. Vers la fin d'août, le général Price, abandonné par les Confédérés, se dirigea vers la rivière Miissouri, avec cinq mille hommes et sept pièces de canon, mais tout en continuant à recevoir des renforts du Nord de l'Etat, Le 7 septemdre*, il rencontra à Drywood, — environ quinze milles à l'est du fort Scott, — un détachement de troupes fédérales irrégulières sous le commandement tles fameux Lane et Montgomery. Après les avoir défaits et rejetés hors de son chemin, le général Price jeta une petite garnison dans lo fort Scott et se dirigea sur Lexington, principal objet de son expédition.

Pendant ce temps, les aventureuses démonstrations du brigadier-général Harris, qui opérait dans le nord de l'Etat, faisaient une diversion importante en faveur de Price. Quoiqu'cntièremcnt entouré par l'ennemi et serré de près de différents points, le général Harris avait secrètement organisé un petit corps de troupes et, par la ra])idito de ses

(■"-) 1.0 ni:ijor-gé(icral Nathaniel Lyon était natif du Connocticat et avait servi dans l'iu-mùc régulière des Etats-Unis. Contraironient aux opinions . politiqnca de presque tons les officiers américains, Lyon était un abolitinistc ftmatique et ouvertement déclaré II entra dans l'armée comme second lieutenant en 1841 et parvint par la suite au grade de capitaine, il arriva à St-Louis en avril 18GI. L'activité qu'il déploya en supprimant toutes les manifestations sudistes, en saisissant l'arsenal, érigeant des forli.fications autour de la vil'e et désarmant tous ceux qui sympathisaient avec le Sud, --lu lit distinguer à Washington ; du rang de capitaine, il s'éleva eu deux mois ;i celui do major-géneral. Lyon était sans contredit un homme capabhï et dange. reux, appréciant toute la force de l'audace et la valeur des promptes décisions. Il était petit, brun, nerveux, bravo jusquTi la témérité, et de tous points un onncier excellent, quoique peu scrupuleux et ambitieux. Quelques jours avant la bataille qui lui coûta la vie, des pensées sinistres l'agitaient; ceux (jui l'entouraient pouvaient remarquer que sa physionemio en était profondément altérée. Il avait dit à un officier de son état-major '■ qu'il croyait aux pressci- iiets " et (pi'il ne pouvait chasser de son esprit l'idée que la prochaine bataille serait désastreuse. La mort de cet ofiicier fut une perte se rieuse •;'.,•' k "éderaux dans le Missouri.

mouvements, iliit croire que sa foi'cc nmuériquc était coiisidéraLle. Pour y iaire face, les Fédéraux retirèrent quelques milliers d'hommes au général Lyon, et cettç diversion, en retenant ceux-ci au nord de la rivière Missouri jusqu'après la bataille de Oak Ilill, contri])ua beaucoup au succès des troupes de Priée. Le 10 septembre, le général PL^rris traversai le Missoiui à Artien Creek. Des détacliements de volontaires par groupes de dix, cinquante et jusqu'à cent, le rejoignirent constamment, et au moment où il fit sa jonction avec le général Piice, il put ajouter trois mille hommes aux six mille que Priée avait déjà sous son commandement.

■ Quelques semaines aujjaravant, le général Fréniont était arrivé à St-Louis et avait pris le commandement du département de l'Ouest. Les préparatifs de campagne furent poussés avec une vigueur nouvelle. Frémont était entré en fonctions avec grande ostentation. La richesse somptueuse et frivole de son camp était telle, que les journaux dirent de lui qu'il agissait plutôt en satrape oriental qu'en officier américain. Mais le fliit le plus remarquable de son avènement au pouvoir fut sa proclamation du 30 août, datée de St-Louis. Dans ce document, Frémont déclarait que, d'après lui, la sûreté publique et les opérations militaires requéraient " unité d'action et su})pression des obstacles à la prompte expédition des affaires." En conséquence, il proclamait la loi martiale dans tout l'Etat du Missouri et établissait comme limites d'occupation de son armée une ligne tirée entre Leavenworth et le Mississipi, passant par Jefferson City, Rolla, Ironton et Cape Girardeau. Toute personne qui, en deçà de cette ligne, était prise les armes à la main, devait être traduite devant un conseil de guerre et fusillée, si la culpabilité était établie. En outre, toutes les propriétés des personnes ayant pris les armes contre les Etats-Unis, ou convaincues d'avoir pris parti pour leurs ennemis, — devaient être confisquées et lews esclaves libérés. Cette proclamation plût beaucoup à un parti politique déjà très puissant et s'accroissant de jour en jour dans les Etats du Nord, — parti qui considérait l'extinction de l'esclavage comme le ])at essentiel de la guerre. Idée ingénieuse, en vérité, de reconnaître l'esclavage comme criminel chez les "rebelles," mais irrépréhensible chez les imionistes ! La rigueur de cette proclamation eut aussi pour résultat de rappeler au Sud que l'opinion assez répandue dans certaines parties du Nord était que ceux qui seraient pris les armes à la main seraient fusillés au nom de l'Union, bien qu'ils n'eussent obéi qu'à l'autorité légitime de leur Etat.

Mais le gouvernement de Washington n'était pas encore préparé à une telle décision. Le désaveu formel que M. Lin- .coin donna alors à la proclamation de Frémont forme un contraste remarquable avec la politique qu'il adopta ultérieurement à l'égard de l'esclavage.

Tandis que Frémont satisfaisait ainsi à son fanatisme [lolitiquC;, les événements militaires le laissaient étrangement

inattentif. Lexington, point sur lequel se dirigeait maintenant le général Price, n'était que faiblement défendue. Ce ne*fut que lorsque cette ville fut sérieusement menacée que le colonel MuUigan, avec sa brigade irlandaise, se dirigea de Jeiïerson City à Lexington et s'y trouva avec une garnison insuffisante et n'ayant pas le temps nécessaire pour compléter les fortifications qui devaient le défendre contre une armée de plus de dix mille hommes.

SIÈGE DK LEXINGTON.

Le 12 septembre, le général Price arriva près de Lexington. Au milieu de cette ville s'élève une grande maison en briques connue sous le nom de Bâtiment du Collège (Collège Building), et autour duquel le colonel Mulligan avait construit un épaulement en terre, de dix pieds de hauteur, surmontant un fossé de huit pieds de largeur et d'une circonférence assez vaste pour permettre à dix mille hommes de se retrancher dans son enceinte. Au moment où Price s'approcha de la ville, une escarmouche assez vive eut lieu avec les avant-postes ennemis, et pendant un instant on put croire qu'un engagement général allait en résulter. Le général Rains, profitant de la fumée, se préparait à conduire sa colonne à l'assaut sur un angle qui paraissait faiblement défendu, mais le mouvement fut découvert par l'ennemi qui envoya des renforts au point menacé. Les Missouriens s'avancèrent rapidement. S'agenouillant derrière les fortifications, les Fédéraux attendirent silencieusement que la colonne d'assaut fut arrivée à cent cinquante pas, puis une décharge simultanée eut lieu. Mais leurs Missouriens, avec leur présence d'esprit habituelle, s'étaient instantanément jetés à plat ventre en voyant l'éclair de la fusillade. Se relevant rapidement, ils continuèrent à s'avancer, mais un feu nourri les accueillit ,et sema la mort dans leurs rangs. Les Fédéraux ayant alors rassemblé urie grande partie de leur artillerie sur le point attaqué par les Missouriens, et ceuxci^ voyant que l'espoir de les prendre par surprise avait échoué, durent se retirer.

S'apercevant, au déclin du jour, que les munitions lu manquaient, —une partie ayant été laissée en arrière dans la marche de Springfield à Lexington, — et que ses hommes dont la plupart n'avaient rien mangé depuis trente-six heures, avaient besoin de repos et de nourriture. Price donna l'ordre de la retraite et pris ses cantonnements à une légère distance de là. Des wagons chargés de munitions l'ayant ensuite rejoints et des renforts considérables ayant été reçus, Price résolut, le 18 septembre, de faire une attaque décisive sur les travaux ennemis.

Le colonel Mulligan se conduisit avec toute la bravoure qui caractérise les Irlandais, et un courage digne d'une meilleure cause. Quand il fut sommé de se rendre, il répondit simplement : " Si vous nous voulez, venez nous prendre." La garnison n'avait qu'une provision d'eau insuffisante dans les limites de son occupation ; elle était obligée, pour

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

s'en procurer, d'envoyer des détachements, sons le feu de nos tirailleurs, à la rivière sitnôe Auprès d'un denii-niillc de distance ; de là, de l'ré<][uonts et sanglants conflits. VJw détachement missourien, commandé par le colonel Rives, ayant tenté de s'emparer d'un bateau à vapeur qui se trouvait à portée de l'artilleiie ennemie, on ouvrit le feu sur lui d'un bâtiment situé au sommet de la falaise, connu sous le nom d'Anderson House, eV qu'un drapeau blanc signalait comme un hôpital aux^assiégeonts. Il s'y trouvait, outre vingt-quatre nialades, une tbrce assez considérable do soldats valides. Indignés de cette pertidii', plusieurs compagnies du général Harris et la (puitrième division s'élancôient à travers tous les obstacles et eurent bientôt ca[)turé la garnison, La jn-ise de possession de cette importante position les plaçait à deux cent cinquante pas des letranchements ennemis. . •

ments ne fnt que de vingt-cinq tués et soixante-douze blessés Celle de l'ennemi fut beaucoup plus forte, et quoi- ({u'elle n'ait jamais été établie }iar aucun rap[)ort officiel, des narrations i)articulières jjermirent de l'évaluer à cinq cents tués et blessés. Les résultats palpables 'de la victoire des Missouriens étaient la capture de cinq colonels, cent dix-neuf officiers et trois mille cinq cents sous-officiers et soldats, cinq canons, deux obusiers, plus de trois mille mousquets, environ se}»t cent cinquante chevaux, quantité de munitions et des a})[»rovisionnements ])our une valeur supérieure à cent miMe dollars. Priée recouvra en outre une somme de neuf cent mille dollars en or dérobée à la ban-

que de Lexington par suite des instructions deFrémont, Le général Price «irdoima que cette son'inie fut immédiatement restituée à ses légitimes possesseurs.

La }iris(' de Lexington et les audacieuses expéditions des

Le 19 septembre, à une heure avancée, le son de l'artil- 1 [)atriotes du Rlissonri dans d'autres parties de l'Etat, — lerie et de la fusillade se iit de nouveau entundie dans les 1 telles (][Ue les opérations du partisan Jetferson Thompson et

collines avoisinant Lexington. La garnison souffrait beaucoup de la soif et était exténuée jtar ces assauts meurtriers

de sa '' Brigade (k-s renards de marais " {Sivanip Fox hri- (jade) dans le sud-est de l'Etat, — causèrent Une alarme

et incessants. De trois pi)ints différents l'artillerie missou-iet une rage extraordinaires à l'administration de Washing-

rienne surnfontait les retranchements ennemis et jetait dans le camp fédéral un torrent de boulets, de bombes, de fragments de pierre et de fer, et tous ces bizarres projectiles que la rareté des munitions obligeait l'artillf-rie missourienne d'employer.

Le 20, Price lit transp(îrt''\r \\\\ certain nombre de Itailes d'étoupes sur les hauteurs douu'uant la rivière et s'en servit en guise de gabions. Le feu de l'artillerie et l'avance progressive des troupes protégées par les balles d'étoupe, attirèrent l'attention de l'ennemi. Plusieurs tentatives audacieuses furent faites par la garnison pour repousser les assaillants, mais en vain. Une sortie déses2)érée de la cavalerie de l'Ulinois sur les batteries missouriennes n'eût pas un meilleur succès ; une décharge d'artillerie et une vive fusillade causèrent un terrible dommage à cette cavalerie qui dut se retirer en confusion dans ses retranchements.

Le colonel Mulligan avait reçu deux blessures douloureuses. Quelques soldats de gardes locales (home guards) ayant arboré un drapeau blanc, il le- fit d'abord enlever ; mais, convaincu ensuite de l'impossibilité d'une plus longue résistance, il prit la détermination de se lendre, après cinquante-deux heures d'un feu continuel. Le général Piice lança immédiatement un ordre du jour annonçant que les troupes du colonel Mulligan ayant déposé les armes, "■ ne devaient être insultées, ni en paroles, ni en actions, car elles s'étaient bravement conduites." Mulligan ayant remis son épée à Price, celui-ci hi lui renvoya immédiatement, disant " qu'il ne pouvait voir un homme d'une telle bravoure sans son épée." Le brave colonel fut, par la suite, traité par Price avec une courtoisie vraiment chevaleresque. Sa femme et lui devinrent les hôtes'du général missourien, qui les reçut avec l'hospitalité la plus cordiale.

ton. Le général Frémont, qui avait été sévèrement réprimandé pour n'avoir pas renforcé Mulligan, espéra recouvrer sa popularité par une grande activité ; il prit lui-même le conunandement de suii armée et s'avança vers Jefferson Gif}', en promettant publiquement de battre le général Price.' Ce dernier se trouvait précisément dans une position des plus criti<pies ; il venait de recevoir la nouvelle que les forces confédérées, sous le commandement des généraux Pillow et Hardee, aiiiiient été retirées du sud-est de l'Etat,' tandis que de son côté Mac Cul loch était rentré dans l'Arkansas. Piice fut donc laissé avec ses seuls Missouriens et presque sans munitions en face de soixante mille Fédéraux. D'autres embarras vinrent encore aggraver la situation. Beaucoup des honuues de Piice s'tjtaient- enrôlés en grande hâte et étaient arrivés au canip sans vêtements de rechange. Une grande partie d'entre eux étaient naturellement anxieux de rentrer dans leurs foyers. On pouvait entrevoir aussi le moment où les wagons manqueraient complètement. En présence de ces circonstances pénibles et malheureuses, le général Priée se vit obligé non-seulement de faire un mouvement rétrograde, mais aussi de congédier une partie considérable dû ses hommes.

Price, avec son armée ainsi diminuée, commença sa retraite vers le 27 septembre. Avec Sturgis au nord de la rivière, Lane à l'ouest, et son projjre coi-ps d'armée à l'est, Frémont espérait couper la retraite de Price et capturer toutes ses forces. Mais Price le prévint et fit manoeuvrer sa cavalerie de manière à faire croire qu'il allait attaquer * chacun des corps séparés des Fédéraux ; grâce à cette feinte, il réussit ù s'échapper. Malgré de nombreux obstacles, cette retraite fut admirablement effi^ctuée. L'armée travei'sa la rivière Osage sur un pont de bateaux improvisé

La peiÉe totale des Missouriens dans cette série d'engagé- ; par les soldats missouriens, puis elle se dirigea sur Neosho,

à la l'iDUlièic iiuHciiiic du l'Etat, ûù clic put faire une nouvelle jonction avec Mac Cnllocli, à la tête de cin(| mille lioninies. La léoislatuie du Missouri s'était ijsseinblée dans r(^tte ville ; ce tut vt'rs cette époque (|u'elle ])iomul<Jua enfin son ordonnance de sécession. Le général Priée eut la satisfaction de célébrer cet événement ])ar un salut de cent coujjs de canon.

De Neoslio, Mac "Cullocli et Piice reculèrent vers Cassville et Pineville,. sur les limites méridionales de l'Etat. A Pineville, Priée se prépaia à combatti'o Frémont. qui ne voulait pas abandonnei- le Missouri sans avoir livré une bat:iille. Mais ail moment même où le général Priée se préy.arait à lui faire face, la nouvelle arriva que le commandement d(^s forces fédérales avait été retiré 'à Frémont. La conduite de celui-ci avait fortement mécontenté le gouvernement de Washington ; l'avocat général Bâtes avait déclaré que c'était un '• crime " de le laisser à sou poste. On dit cpie ^a vanité était poussée à un si liant point qu'il ne dnignait pas accordei' la moindre attention aux actes du Congrès, aux ordres de sps su[)érieurs, aux usnges du service, ni aux di'i>its des individus. Une foule de contractenrs jullaient sans boute les fonds publics, de concert avec lui. Ces motifs conduisirent le gouvernement de Washington à le révoquer et à désigner le général Hunter pour le remplacer.

Frémi'»nt sav.iit que son ordre de révocation était déjà ])arti de Washington ])Our lui êti'c remis en mains propres. Il employa les stratagèmes les ])lus singuliers pour em})êchcr que le malencontreux décret ne parvint jusqu'à lui. 8t*s deux gaides ])ersonni^ile.s, l'une composée d'Indiens, l'autie de blancs, reçurent les instructions- les j)ius strictes à ce sujet ; personne ne pouvait être admis dans son quartier-général que par itn ordre signé de sa main. Malgré ses ])récautions, un des trois coui'iiers militaires envoyés à 8t- Louis réussit par la ruse à être admis devant lui, dans la nuit du 7 novembre, et lui remit la fatale missive qui mettait fin à sa carrièie militaire.

Cet événement démoralisa les forces fédérales à un tel l)oint, que les officiers restés à la tête des ti'oupes jugèrent ])rudent d'opérer une retraite inunédiate. Fiémont manifesta d'abord (juelques symptôm^>s de lébellion. Les Alle- '! ands lui étaient grandement attachés; ils parurent vouloii' se mutiner et ])endant quelque temps on put croire qu'une révolte ouverte nurait lieu. Mais les subordonnés de Fré-. mont, — Sigel et Asboth, — refusèient positivement de l'appuyer et l'armée reçut l'orclre de se retirer de Spring- de bataille, elle-eut })onr efifei de livrer à l'ennemi im pays

elle n'en avait pas moyis eu de grands résultats. Elle avait dénoté chez les Missouriens une valeur et une abnégation incroyables, malgié une com[)Iète ])énui'ie d'armes et d^ajiprovisionnemen^s ; cette campagne, en vérité, fut un des épisodes les plus remaïquables de cette guerre. Les héros en haillons de Priée avaient })arcouru une distance de plus de huit cents milles ; rarement une semaine s'était i)assée sans qu'il y ait eu un engagement })lus ou moins sérieux. Les trouj)es n'avaient pas de lignes d'occupation régulières ; elles c<uïibattaient l'ennemi partout où elles le rencontraient et les armes et équipements des Fédéraiix avaient été ])resqu'entièrement capturés par ell^s. 1 e héros dti Missouii avait commencé sa campagne sans un dollar, sans un wagon ou une charette, sans une cartouche, sans un fusil à baïonnette Quand il effectua sa retraite, il possédait huit mille fusils baïonnettes, cinquante })ièccs de canons, quatre cents tentes et quantité d'autre matériel [)i'is à l'ennemi.

Cette campagne fut jiour ainsi dire un démenti donné à ^i science militaire.' L'armée missôuriennc avait fait la guerre sans aucun appui du gouvernement ; rarement Priée s'était plaint du manque de moyens de transj)^rt. Jamais la, faim n'avait démoralisé ses hommes ; ils cueillaient le maïs dans les champs, répluchaîent et le broyaient eux-mêmes ; quand ils nfanquaient de farine, il leur sufïïsait de cueillii' le blé : le meunier le plus voisin était chargé de le moudre- Price prouva que son armée ])0uvait subsister d'elle-même sur tous les })oints des pays agricoles où il lui plairait de la conduire. Ses hommes étaient toujours gais et enthousiastes. Souvent, à la veille d'un engagement, ils dansaient autour de leurs bivouacs, nu-pieds et dans un costume d'un délabrement incroyable. Price n'avait égiilonieut sur ses épaules qu'une tunique en toile bi'une, criblée comme un tamis ; ce vêtement primitif et ^es lonus cheveux blancs foi'uiaient un contraste singulier, surtout dans la chaleur d'un enga<.';ement. Chose singulière ! en dépit des grandes fatigues et des d.angers de la campagne, ' il- n'y eut en tout que cinquante hommes morts de maladie !

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