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BATAILLE DE BELMONT

Le général Polk s'était occui^é, depuis quelque temps, triiiVeriuir sa p->sitiun à Columbus. U avait également pris possession de Belmont, ])etit village situé sur hi rive missourienne du Mississi})!, en face de Columbus. De cette manière, il j)Ouyait dominer les deux rives du lleuve.

Dans l'intention de surprendre le faible détachement confédéré qui occupait la rive dioite, le général Grant lassembla une flotille de grands deav/boats du fleuve, y embarqua des troupes, et, grâce à la nuit, descendit le Mississipi sans être observé jusqu'à une courbe soudaine ipie le fleuve forme à quelques milb?s de Columbus et de Belmont. Grant s'arrêta au détonr fait par le Mississijji, débarqua ses hommes e', s'avança sur Belmont à travers un pays boisé. Lo lendemain, 7 novembre, au levei- du jour, il atteignit les l)Ositions confédérées et a.nnonça son arrivée par un feu très vif Les troupes confédérées se mirent immédiatement sous les armes, mais la surprise causée par cette attaqué imprévue empêcha toute formation de ligne i'égulière et de })lan de bataille. ' ' .

Au moment où il fut rapporté que Gi"ant débarquait ses troupes à quelques milles au-dessus, la garnison de Belmont, parait-il, ne se composait que de deux légiments. Le général Pillow, à la tête de quatre régiments, traversa immédiatement la rivière et prit le counnandement. Ceci était à peine efïéctué quand l'avant-gardc de Grant ouvrit la fusillade qui bientôt devint générale et de plus en plus acharnée. L'ennemi fit une tentative désespéi'ée pour •tourner l'aile gauche des Confédérés, mais il en fut empêché par le feu destructeur de la batteiie Belt/Jiqover (XXIII) ; cette partie <^ notre armée, de même que l'aile droite, fut cruellement éprouvée. Voyant cependant que les lignes confédérées demeuraient fermes et en bon ordre, et anxieux d'engager une action décisive avant que Pillow ait reçu des renforts, Grant lança à plusieurs i-eprises le gros de ses forces sur le centre confédéré qui se trouvait, sur un terrain ouvert.

Ces atta(jues impétueuses et répétées lii-ent tléchii- notre centre. Pillow ordonna une charge et la première ligne de l'ennemi fut rejetée sur ses rései-ves. Mais les munitions commençaient à manquer aux Confédéi'és ; la rumeur circula bientôt que les ailes seraient incapables de maintenir leurs positions respectives si, comme on avait toute raison de le craindre, le centre cédait. Une seconde charge fut faite et avec le même succès que la première, mais la seule batterie des Confédérés se trouva sans une seule cartouche ainsi que la'plus grande partie de l'infanterie. U n'y avait

donc qu'à reculer en attendant les renforts venant de Co lumbus.

En retraitant vers la rive du fleuve, la ligue confédérce était plus ou moins désorganisée, et l'ennemi pouvait se croire maître du champ de bataille. Déjà il s'était emparé des camps des Confédérés et y avait mis le feu, quand, au moment l€ plus critique, trois nouveaux régiments ayant traversé le fleuve, reçurent l'ordre de remonter la live à travers les bois et d'attaquer Grant par derrière. L'ennemi avait vu les bateaux qui amenaient ces renforts et avait ouvert sur eux le feu de leurs plus grosses pièces ; mais les canons de Columbus, attaquant à leur tour l'artillerie ennemie, l'avait réduite au silence. Apprenant que Polk lui-même traversait et débarquait ses troupes plus haut, de manière à lui couper la retraite, Grant commença immédiatement à reculer ; mais après avoir fait quelques pas, il rencontra les Louisianais, Mississipiens, Tennessiens" et autres, formés en bataille sur son flanc et faisant subir des pertes considérables à sa colonne, tandis que l'artillerie placée sur une hauteur, à Columbus, continuait à tirer rapidement à traverser le fleuve et jetait -la mort dans Icb rangs fédéraux. Dans de telles circonstances toute résistance était inutile ; Grant ordonna à regret la retraite. Mais pendant qu'il la dirigeait, un terrible feu croisé des Confédérés augmenta le désordre dans ses rangs ; Polk luimême attaqua vigoureusement son arrière garde et lui pi-it à chaque pas grand nombre de prisonniers, et de petites armes. La confusion, le bruit et l'excitation augmentaient à chaque instant ; les Fédéraux contiîiuant à retraiter vei"s les bateaux, et les premières coloimes des Confédérés les poursuivant vivement. Une défaite avait été soudainement et presque miraculeusement convertie en un glorieux triomphe pour les armes du Sud.

Dans (le conflit acharné, où les Confédérés ne nurent se battre que par détachements et toujours contre des forces supérieures, il fut offlciellement établi que leurs pertes en tués, blessés et disparus, se monta à six cent trente-deux hommes, tandis que celle de l'ennemi fut du triple. Bien que les Fédéraux eussent été chassés du champ de bataille et que, même après leur rembarquement, leurs transports eussent été attaqués, non sans succès, par les poursuivants, les journaux du. Nord n'en célébrèrent pas moins Belmont comme " une autre victoire de l'Union." La manière dont ce mensonge effronté fut ainsi présenté est caractéristique : la première partie de la journée, signalée par l'attaque d'abord victorieuse de Grant et la retraite des Confédérés vers le fleuve, fut décrit en termes pompeux ; mais du mouvement de flanc qui suivit et qui convertit ce succès'

(XXIII) La batterie coiiimantlée par le major Beitzhoovcr portait, !c nom do Batterie Watso.v, du nom d'un citoyen de St-Jo.seph (Louisiane), qui l'avait entièrement équipée à .«es frais et s'était enrôlé lui-même comme simple artilleur sous les ordres du major Beltzhoover. La batterie Watson était exclusivement composée de soldats de la Nouvelle-Orléans. Outre l'affaire de Belmont où elle soutint pendant un moment toute l'attaquo de Grant, elle 8€ disting-ua dans la plupart des batailles livrées daMs TOucst, et principalement' à Shiloli, à Oorinthe etfà Port Hudson. (iV. du trad.)

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

fcdcral en iiiio (Içi'oute, et ((ui fut, en réalité Vêvcncmcat du jour, il n'en était pas ([uestion oti on n'eu [tarlait ({u'en termes indifférents. Grant écrivit : "Les rebelles nous suivirent jusqu'à notre point de débarquement." Telle fut la méthode constante de transformation des fait& adoptée par -le Nord dans tous ses compte-rendus. Par des suppressions ingénieuses et même par des intei'pretations sciemment fausses des rapjJorts officiels, le Nord présenta après Manassas toutes les rencontres de la guerre comme des victoires fédérales, jusqu'à ce qu'une rivalité politique ou quelque animosité personnelle en dévoilât les détails et fit connaître l'exacte vérité. '■. .'

Cette victoire confédéi'ée de Belmont termina, pour le moment, l'histoire des opérations ndlitaires dans l'Ouest. Mais quelque temps après, le théâtre de la guerre devait y être de nouveau transporté "et des événements d'une immense importance allaient s'y accomplir. L'ennemi avait conçu un nouveau plan d'invasion du Sud à travers le Kentucky et le Tennessee, et organisait déjà des expéditions amphibies composées d'armées de terre et de flotilles de canonnières ; la guerre, que le peuple du Sud supposait circonscrite aux bords du Prtomac, .''liait être transférée dans les eaux de l'Ouest et y être signalée par des épisodes dramatiques.

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