CHUTE DU FOET DONELSON
Ajjiès la.prise du fort Hemy, Grant dirigea sur le fort Donelson ses immenses colonnes d'infanterie et la puissante
flottille de canonnières commandée par le commodore Foote. Le général Jolinston avait consacré la plus grande partie de son armée à la défense de ce poste important^t avait résolu d'en faire le boulevart destiné à protéger Nashville. Dans ce but il y avait concentré la meilleure partie de ses troujîes et n'avait gardé qu'un corps d'environ onze mille hommes pour la défense de sa propre position. La garnison de Donelson se composait de presque toute l'armée centrale du Kentucky, commandée jvar Buckncr, et d'un corps de troupes du Tennessee, sous le général Pillow. i e 13 février, le général Floyd les avait rejoint avec une brigade de la Virginie. Ce dernier étant le jdus ancien gradé des trois brigadiers généraux, il prit le commandement général de toutes les forces confédérées rassemblées à Donelson.
L'ensemble des fortifications embrassait upe étendue de plus de deux milles le long de la rivière. L'armement des batteries se composait de huit pièces de 32 livres, 3 caronades de 32, une colombiade de 8 pouces et un canon rayé de 32. Les troupes occupaient une enceinte retranchée d'environ deux milles.
Le 13 février, au lever du soleil, une canonnière fédérale ouvrit le feu, qui, à partir de ce moment, continua sans interruption pendant plusieurs jours et autant de nuits. A onze heures, l'inflinterie ennemie attaqua toute la ligne fortifiée#des Confédérés; mais elle fut accueillie jiar un feu meurtrier et rejjoussée à diverses reprises. La première journée du siège fut signalée par les échecs successifs des colonnes d'attaque sur tous les points où elles avaient tenté l'assaut. Le général fédéral retira son infanterie, mais son rartillerie et ses tirailleurs continuèrent à battre en brèche 'les assiégés, de manière à harasser ceux-ci et à les priver de Uout repos.
Le lendemain on s'attendit à ce que l'ennemi renouvelât l'attaque sur les retranchements. Cependant la matinée se passa sans que rien ne vint confirmer cette prévision; mais on vit ensuite arriver un grand nombre de bateaux et de canonnières ii une petite distance au-dessus du fort, et la nouvelle circula bientôt dans les lignes confédérées que l'ennemi, déjà fort de vingt mille hommes, venait de recev(tir des renforts considérables.
A deux heures et demie, la Hotte fédérale, comjjosée de six canonnières, s'approcha du fort. Cinq de ces bateaux, armés de batteries blindées, s'approchèrent en ligne de bal.iille échelonnée et canonnèrent les travaux confédérés jiendant une heure et demi.e. A un certain moment, ils arlivèrent à une petite distance du foit, et le feu redoubla de vivacité des deux côtés, n)ai3 celui des Confédérés fut le jjlus eôectif ; cinquante-sept coups de canon portèrent sur celle des canonnières que montait le commandant, et plus de cent boulets, au total, balayèrent le pont des bateaux qui bientôt furent tous hors de combat, à l'exception de l'une <l'eux qui s'était tenu hors de portée du fort. Enfin les navires blindés, mutilés et désemparés, réussirent, non sans de grandes difficultés, à se soustraire à l'ouragan de bou-
lets lancés par les batteries confédérées. Cinquante-quatre hommes furent tués ou blessés à bord des canonnières, tandis (jue les batteries confédérées restèrent intactes et que pas un des assiégés ne fut tué ou gravement blessé.
Le résultat des engagements des deux premiers jours fut donc favorable aux Confédérés. Leurs pertes avaient été insignifiantes, mais ils avaient beaucoup souff'ert du froid. On était au plus fort de l'hiver ; le thermomètre était descendu à vingt degrés (Fahrenheit) au-dessous du point de congélation ; la neige. et le grésil n'avaient cessé de tomber pendant que les troupes se tenaient en alerte continuelle. Grand nombre d'hommes eurent les mains et les pieds gelés ; la glace eut bientôt raidi leurs vêtements ■mouillés. Après l'engagement qui avait eu lieu dans- les tranchées, un grand nombre de blessés n'ayant pu ni marcher ni se traîner à quelque distance de l'endroit où ils' étaient tombés, restèrent dans l'espace étroit qui séparait les deux armées, et comme aucun drapeau de trêve n'était reconnu par l'ennemi, on dut abandonner les malheureuses victimes à toutes les rigueurs du froid et fermer l'oreille à leurs clameurs désespérées. Beaucoup de blessés qui auraient pu être sauvés sans la barbaiie de l'ennemi périrent ainsi misérablement dans cette fatale nuit, et ceux qui furent retrouvés vivants après que le dernier acte de cette sanglante tragédie eut été accompli, étaient bleus de froid et à moitié ensevelis dans la neige glacée.
Des renforts continuaient à arriver à l'ennemi. Les transports se succédaient presque d'heure en heure et débarquaient d'immenses colonnes d'infanterie qui, à mesure qu'elles arrivaient, complétaient l'investissement de la ligne de défense. On aurait pu, à la vérité, prévoir dès le premier jour que toutes les forces ennemies disséminées dans les eaux de l'Ouest seraient concentrées sur le fort Donelson, s'il était de l'intention des Fédéraux d'en prendre possession; mais il était aussi raisonnable de supposer que l'ennemi, en iienaçant continuellement le fort, avait pour but de gagner du temps afin de jeter ses colonnes sur les défenses des deux rives du Cumberland et de couper ainsi les communications des assiégés, t'^nt en leur ôtant toute chance de retraite.
Dans la nuit du 14, le général Floyd convoqua un conseil de guerre, formé des commandants de division ou de brigade. Il fut unanimement reconnu qu'il n'existait qu'une seule chance de sauver la garnison : c'était de déloger l'ennemi de la position qu'il occupait à la gauche des assiégés, et alors de jeter les troupes dans la contrée devenue libre entre le fort et Nashville.
Le plan d'attaque fut ainsi conçu. Le général Pillow, aidé du brigadier général Bushrod R. Johnson devait, avec trois brigades, assaillir la droite de l'ennemi, tandis que le général Buckner, à la tête de ses troupes du Kentucky et du Tennessee, s'avancerait sur le centre et la gauche des Fédéraux le long du chemin de Wynn's Ferry, - chemin qui conduit de la rivière au village de Dover, et est la seule
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
route ])r.atical)le dans la direction de Nashvillc. Le lendemain matin, quand le général Pillow se mit en marche, il trouva l'ennemi préparé à le recevoir en avance de son camp. Le feu commença ; pendant près de deux heures, la bataille continua avec acharnement le long de cette partie de la ligne fédérale sans qu'aucun des adversaires remportât de succès signalé.
Une brigade du Mississipi et du Tennessee fut ensuite lancée en avant et vint rapidement prendre position tout en dirigeant un feu terrible et répété sur l'aile droite de l'ennemi. Cette héroïque poignée de moins de quinze cents hommes gravit la colline . sans cesser de charger et de tirer, conquérant le terrain poucc^par pouce et re[)0ussant • un adversaire au moins quatre fois plus nombreux. Pendant toute une heure, l'ennemi contesta chaudement le terrain, mais un dernier et plus vigourenx assaut le repoussa enfin, et le força à se replier lentement sur sa gauche, en suivant le chemin de Wynn's Ferry.
L'avance du général Buckner sur le centre et la uauche de l'ennemi fut retardée })ar diverses causes et il était prêt de neuf heures avant que cette fraction de la garnison fut sérieusement engagée. Une partie de son artillerie ouvrit le feu sur le flanc gauche et l'arrière de l'infanterie ennemie, que la division du général Pillow forçait déjà à la retraite.
Comme la ligne de retraite de. l'ennenii était le chemin de Wynn's Ferry, le général Buckner organisa une attaque plus loin sur sa droite, au-dessus d'une profonde vallée et en arrière de la position occupée par les batteries fédérales. L'avance de la colonne d'infanterie du général Buckner fut protégée par l'artillerie, et le mouvement d'attaque, joint au feu précipité de trois batteries, fit rapidement retraiter l'ennemi qui abandonna une partie de son artillerie. En même temps l'infanterie de Buckner pénétrait dans sa ligne de retraittt, tandis que Foirest, avec une partie de sa cavalerie chargeait son centre droit et que la division de Pillow pressait son extrême droite à environ un demi mille plus loin.
La crise de la bataille sembhiit passée. La victoire, ou du moins tout le succès que l'on espérait, avait couronné les etïbrts des Confédérés. Non seulement le chemin de Wynn's Ferry était ouvert, mais il était complètement débarrassé d'ennemis d'un côté et libre sur une étendue d'un mille et demi de l'autre. Le général Buckner, dans son rapport officiel, résume ainsi la position de l'année après l'avantage remporté: "J'attendis l'arrivée de mon artillerie et des réserves, tant pour continuer la poursuite de l'ennemi que pour maintenir le terrain que j'occupais, et pou)' permettre à toute l'armée de passer sur le chemin, maintenant complètement couvert par la position gardée par ma <livision. jMnis le général Pillow avait déjà empêché mon artillerie de quitter les retranchements et il m'cMivoya ensuite l'ordre d'y retourner moi-même. Je me repliai donc sur nos lignes quand je rencontrai le général
Floyd, qui parut surpris de cet ordre. Sur sa demande d'exprimer mes vues sur ce mouvement je lui dit que rien n'était changé dans mon opinion de la- nécessité de l'évacuation du fort, que chemin était maintenant ouvert, la première partie de notre plan d'évacuation accomplie, et qu'il fallait se hâter de profiter de cette opportunité pour gagner nos communications. Ceci parut être d'accord avec ses propres vues, car il fit faire halte à mes troupes et m'ordonna de stationner en attendant qu'il eût conversé avec le général Pillow, qui se trouvait en ce moment dans les retranchements. Mais après cette consultation, il m'en voya l'ordre de rentrer dans les lignes et de retourner le plus rapidement possible à ma première position à l'extrême droite, maintenant menacée par l'ennemi."
Ce fut pendant longtemps une source de regrets amers parmi les qUél([ues personnes qui connurent la vraie histoire de la bataille du fort Donelson, - — que l'armée ne profita pas du moment opportun pour effectuer sa retraite. Souvent il arrive (pic.. que quelques instants d'hésitation ou de trop prudentes précautions changent le sort d'une bataille en laissant passer le moment précis de l'action. Ici, les officiers généraux d'un rang supérieur à celui de Buckner crurent qu'il serait dangereux d'essayer de retraiter pendant que l'ennemi, bien qui; défait, se tenait à peu de distance et avait des troupes fraîches à mettre en ligne.
Cette hésitation fut fatale. La violente attâcpie des Confédérés sur l'aile droite des Fédéraux, suivie de l'avance de Buckner sur leur centre, avait eu pour effet de rejeter les immenses masses ennemies sur la droite de la ligne des défenses des Confédérés et en fice précisément de leurs batteries de la rivière. Cet avantage fut immédiatement apprécié par l'ennemi; il s'avança sur les tranchées à l'extrême droite de la position du général Buckner, et réussit, après un conflit acharné qui dura deux heures, a prendre possession du point le plus important du chani[). de bataille, — l'arrière de nos batteries de la rivière. S'avançant alors avec des troupes fraîches sur notre gauche, il repoussa les forces confédérées des positions qu'elles avaient conquis par la terrible bataille de la matinée.
Après neuf heures de combat, l'ennemi resta maître du champ de bataille ; par un mouvement prompt et fait au moment opportun, il avait réussi à changer la fortune de la journée et tenait désormais les assiégés dans une situa tion désespérée. Le général Floyd s'exprime ainsi au sujet de ce fatal revirement: "Nous nous sommes battus pour ouvrir un chemin à notre'armée et pour nous débarrasser d'un étroit investissement qui nous aurait réduit par la famine. Nous avons réussi dans notre tentativo, mais nous avons dû j employer toute la journée et avant que nous eus.sions pu nous préparer à évacuer et à enlever les blessés et les morts, l'ennemi était revenu à cliarge avec d'immenses renforts de troupes fraîches et avait repris possession de ses lignes de Gireonvallation, en nous coupant d©
nouveau la retraite. Nous u'avion* que 13,000 hommes en tout, au début, et nu grand nombre d'entre eux avaient péri dans les trois batailles. Le survivants étaient constamment aux tranchées depuis cinq, jours, exposés à hi neige, à la glace, au froid le plus intense, couvert de bouc, dépourvus de couvertures et privés de sommeil."
Le champ de bataille était encombré de morts et de blessés. La perte des Confédérés se montait à environ quinze cents hommes; celle des Fédéraux, d'après l'estimation que le général Floyd en fit dans son rapport officiel, d'au moins cinq mille hommes.
Partout de lugubres scènes de désolation s'offraient aux yeux du spectateur; le champ de bataille, en grand nombre d'endroits, était teint de sang congelé et la neige amassée autour des fourrés de pins était veinée de rouge. Sur une étendue de deux milles, les cadavres gisaient pêle-mêle avec les armes à feu, les canons brisés, les chevaux tués et de tous les débris d'engins destructem-s. Grand nombre de corps étaient horriblement défigurés, le canon avait broyéles chairs et en avait fait une boue sanglante ; d'autres, que la mort avait frappé au milieu des poses les plus étranges, formaient un spectacle à la fois terulinnt et grotesque. Dés piles de cadavres de six à sept pieds de haut, s'élevant aussi à différents endroits du champ fatal, témoignaient de reffe.t fatal de Tartillerie.
" Je ne pouvais m'imaginer," écrivit plus tard un témoin oculaire de ce champ de carnage, '• rien de plus horrible que c-tîs contractions d'agonie qui dôfigui-aient les pâles cadavres couchés à chaque })as du chemin. Quoique déjà raidis, les morts semblaient encore se tordre dans les dernières convulsions et leurs visages gardaient un rictus sinistre. Les yeux fixes et hagards des victimes, leurs bouches ouvertes, leurs poings crispés, leurs muscles étrangement contractés gardaient l'enpreinte de leurs souffrances et indi- (puiient les symptônu?s successifs de leur agonie. L'un était assis au pied d'un arbre, et, les yeux et la bouche dômesuréujent ouverts, semblait vouloir reprendre son dernier soufile ; un autre s'était accroché aux branches d'un arbre et la mort l'avait surpris à demi suspendu en l'air ; lui troisième était tombé le doigt sur la détente de son fidèle mousquet, et la "contraction de son visage montrait assez quelle était sa détermination et de quelle ardeur il était animé contre l'ennemi ; un autre encore avait les mains cris})écs autour d'une baïonnette à demi enterrée. Un grand nombre d'autres cadavres étaient entassés en masses informes broyées par l'artillerie et formaient une horribie hécatombe."
Le 15 février, à une heure assez avancée de la nuit, eut lieu un dernier et mémorable conseil d'othciers généraux. Le général Pillovv parut être d'opinion dé t(?nter une sortie désespérée sur la droite de la ligne ennemie, au risque de sacrifier une portion considérable des forces assiégées. Le général Buckner fit alors la remarr|ue qu'une telle tentative coûterait la yie aux trois quarts dé la garnison et qu'il était
injuste de sacrifier trois hommes pour sauver le q-uatrième, et qu'aucun officier n'avait le droit de faire un tel sacrifice de la vie de ses soldats. L'autre alternative de sa proposition était donc la reddition de la position et de la garnison: Le général Floyd déclara qu'il ne consentirait jamais à se constituer prisonnier et il proposa de s'échapper avec une telle partie de son commandement qu'il serait possible d'embarquer, sur deux petits bateaux à vapeur qui étaient arrivés de Nashville pendant la nuit. Le général Pillbw fit remarquer qu'il n'y avait pas deux personnes dans toute la Confédération que les " yankees " étaient plus désireux de capturer que lui-même et le général Floyd, et il demanda à ce dernier son opinion à ce sujet et s'il croyait devoir l'accompagner. A cette question, le général Floyd répondit que c'était à chacun en particulier de décider de son pro[)rc sort. Pillow adressa ensuite la même demande à Buckner qui répondit comme le général Floj^d, — que c'était à chacun des généraux de décider de son propre mouvement ce qu'il avait à faire, mais que, quant à lui, il regardait comme son devoir de rester avec la garnison et de partager son sort, quel qu'il fût.
Les généraux Floyd et Pillow étant les deux plus anciens en grade, le général Buckner leur demanda : "Dois-je considérer le commandement des troupes comme remis entre mes mains? " Le général Floyd répondit: '' Certainement, je vous le remets." Pillow répartit promptement : '■J'y consens. Je ne veux pas me rendre." Le général Buckner demanda alors une plume, du papier et de l'encre, fit venir un claird^i et se prépara à entrer en communication avec le commandant fédéral.
Un grand nombre d'hommes étaient tombés pendant les batailles; ces pertes, jointes à la force numérique des détachements qui avaient pu s'échapper avec Floyd, Pilloyv et Forrest, laissaient le chiffre de la garnison rendue par le général Buckner à moins de neuf mille hommes. Le général Grant demanda la " reddition sans condition " {tmcondkional surrcndcr) : mots cpie la populace du Nord ajouta depuis à son nom comme un grand et glorieux souvenir. Aux exigences de Grant, le général Buckner répondit : " La dissémination des forces confiées à mes soins, incident dû à un changement inattendu de commandants, et la supériorité numérique de votre armée, me forcent, malgré le brillant succès remporté hier par les armes confédérées, à accepter les termes de reddition peu généreux et peu clie valeresques que vous me proposez."
La chute du fort Donelson fut le coup le plus cruel qu'eut essuyé jusque-là la Confédération. Elle ouvrit tout le Tennessee occidental à l'occupation fédérale et permit à la crise imminente, qui depuis longtemps menaçait l'Ouest, de se développer pleinement. Le général A. S. Johnston avait auparavant ordonné l'évacuation de Bowling Greon, et ce mouvement fut exécuté au moment même où se livrait lu bataille de Ponelson, Johnston attendait à Nashyille U>
HISTOIRE DE LA GUERKE DES CONFEDERES
résultat de la lutte. Le 16 février, de grand niathi, il reçut la nouvelle de la défaite des Confédérés ; aussitôt il ordonna de faire avancer l'armée à travers la rivière avec toute lu diligence possible. En même temps les joui'naux du matin et leurs éditions "extras" publiaient des dépêches annonçant " une glorieuse victoire " remportée à Donelson. Déjà tout Nashville se réjouissait, quand un dernier "extra" vint, à l'heure où le peuple s'assemblait dans les églises, jeter la fatale nouvelle que " Donelson était pris ! " L'excitation fut grande. Le gouverneur llarris était déjà informé du résultat de la bataille depuis le matin de bonne heure, et il s'était rendu au quartier-général de Johnston pour concerter avec lui des mesures à prendre sous l'empire de ces circonstances désastreuses. Le général Johnston répo»d1t qu'il était matériellement impossible de défendre Nashville ; que l'armée ennemie pouvait y entrer à loisir et que toute tentative de défense avec les faibles moyens dont on disposait ne pouvait qu'amener un désastre complet pour notre armée et la destruction de la ville; que le premier et le plus grand devoir du gouverneur était de veiller aux intérêts publics confiés à ses soins, et qu'il pensait que le meilleur moyen de les sauvegarder était de faire transporter immédiatement les archives et les documents publics en lieu sur, et de convoquer la législature en une autre ville. Le général Johnston retraita ensuite avec son armée dans la direction de Murfrcesboro, laissant derrière lui une scène de panique et d'épou^'ante.
A Nashville, la confusion atteignit son ptunt culminant (juand une tentative fut faite j)(nir distribuer aux pauvres une jiarlic des a|i})rovis!o!nic!noii(s publies ipie Von n'avait pu enlever. Les plus viles p;issions se déchaînèrent ]);iriui la foule, et j)endant un moment ou put croire que la ville était au pouvoir des émeutiers. Bientôt les maisons se fermèrent et les habitants de ^i ville s"emprcsscicnt de cacher leurs chevaux et leurs voilures^ dont les émeutiers ne se seraient 2»as fait seru[>ule de s'emparer. Un détachement de cavalerie, connuandé par Ft)rrest, essaya de maintenir l'ordre ; mais, voyant l'iruitilité de ses efforts, il iit une charge sur la foule pour permettie aux wagons d'arriver aux [)ovies des entrepôts et d'enlever les apj)rovisionncuients La populace, par ses dépi'édations, détruisit pour une valeur de deux millions de dollars de marchandises.. . . "D'après ce que je crois,"' dit plus tard le colonel Forrest, " si le quartiermaître et les comnn'ssjiires étaient restés à leurs postes et avaient p>rolité diligemment des moyens dont ils disposaient, tous les maiiasins du t'ouveinement auraient ])u être sauvés dans l'intervalle (pai s'écoula entre la chute du fort Donelson et l'entrée de l'ennemi à Nashville.
Quehpics jours avant la défaite du fort Donelson et la chûle de Nashville, les côtes de la Caroline du Nord avaient été témoins d'un autre désastre des Confédéiés.
CAPTURE DE l'iLE ROAXOKE PAR LES FÉDÉRAUX.
Vers le milieu de janvier 1862, le général Burnside entra
dans le détroit de Pandico, à la tète d'une ex^jôtiition comprenant plus de soixante vaisseaux, j.lont vingt-six canonnières, et une force d'au moins quinze mille lionnnes. On acquit bientôt la certitude que l'Ile Roanoke était le but de cette expédition. Cette île im^iortante se trouve dans le large canal formé par les détroits de Pandico et de Currituck, à moitié chemin environ du continent et de l'étroite bande de terre, semblable à une digue, qui s'avance dans l'Océan. La défense de ce point était d'une grande importance pour le Sud, car sa capture par l'ennemi lui donnait accès des détroits d'Albcrraale et de Currituck, le mettait en possession de l'embouchure de huit rivières, lui livrait toute la contrée d'où la ville de Norfolk relirait ses approvisionnements, et le mettait en position de menacer cette ville aussi bien que les quati'o canaux et les deux lignes de chemin de l'er qui sillonnaient le i)ays, [)rot('gé seulement pai- les travaux de l'île Roanoke.
Le général Henry A. Wise, chargé du commandement du département militaire dans lequel se trouvait l'île Roanoke, avait insisté sur l'importance de cette position et déclaré (pa'elle devait être défendue, dut-on y placer vingt mille honnnes et sacrifier des millions de dollars ; mais les autorités de Richmond restèrent sourdes à ces justes a})préciations de l'importance de ce pt)int. Le 7 janvier 1862, le général Wise assuma le commandement de l'île et eu examina les travaux défensifs ; il les trouva insuffisants et inca[)ables de résister aux seules forces fédérales déjà en possession de Hatteras ; et comme on entrevoyait alors que le but de rex[)édition de Biu'nside était un })ointde la côte de la Caroline du Nord, la situation n'en était que })lu8 critique et hi demande de renforts plus instante. Le général Wise écilvit à M. Benjamin, le secrétaire de la guerre confédéré, et eût ensuite avec lin une entrevue personnelle ; il renouvela ses insistances à jiropos de l'envoi de renforts dans l'ile, et fit remarquer qu'une grande partie des forces du général lluger, alors commandant à Noifoik, pouvait être détachée sans (pie la sécurité de cette place en fut amoindrir, et em[)loyée à la défense de Roanoke. Wise démontra en outre que les quinze mille hommes de Huger, laissés à Norfolk dans l'inaction et dans le seul but de faire face à une attaque éventuelle de l'ennemi, })0uvaicnt défendre cette ville i)lus efficacement en gardant les approches du détruit, qu'en restant oisifs à Norfolk même. Il expliqua que l'île Roanoke protégeait toute la contrée d'où Norfolk tirait les quatre cinquièmes de ses appiovisionnemcnts de maïs, de viande de porc et de fourrages, et que la capture de cette position couperait les troupes du général Huger de leur base d'approvisionnements. Mais M. Benjamin repoussa toutes ces remontrances et refusa de rien distraire du commandement de Huger ; il répondit obstinément au général Wise qu'il n'avait aucun renfort à lui envoyer, et fit cesser brusquement ses protestations et ses remontrances en lui envoyant, le 22 janvier, l'ordre péremptoire de se rendre immédiatement à l'île Roanoke.
LA CAUSE PERDDE
Pour toutes défenses, l'île Roanoke avait sept petites canonnières et six baljeries de terre, non casemalôes, et absolument inefficaces. Une lois les forts garnis, il ne restait pas plus de huit cents hommes pour la protection de la côte. Le gén'éral Wise étnnt malade et forcé de garder le lit à Nag's Head, le commandement immédiat fut dévolu au colonel Sliaw, le plus ancien des officiers présents.
Dans la matinée du 7 février, vingt-deux grands navires à vapeur ennemis attaquèrent le fort Bartow, la plus méridionale des défenses construites sur le côté ouest do l'île, et auquel la petite escadre confédérée, commandée par le Commodore Lynch, prêtait son assistance. L'action commença à une distance de deux milles du fort, et les canonnières confédérées se retiièrent lentement, espérant par cette feinte amener la flotte fédérale à la portée des canons de l'île. Bientôt la bataille atteignit son apogée ; la mitraille et les boulets se croisèrent en tous sens ; les bombes éclatèrent à la fois sur la batterie et sur la flotte. Par intervalle, la batterie était enveloppée de poussière et de sable soulevés par les projectiles de l'ennemi. De dix heures du matin à cinq heures du soir, le bombardement continua sans interruption. Le théâtre du conflit offrait un coup d'œil pittoresque. La côte, sombre et bordée d'une ligne de cyprès, jirésentait au regard un spectacle attristant et poétique, tandis que la jileine mer, couverte des vaisseaux ennemis, semblait un volcan vomissant sur la batterie et les canonnières confédérées une avalanche de projectiles meurtriers. Plus loin, à l'arrière plan, les dernières lueurs du soleil couchant montraient les mâts innombrables et les bhanches voiles des transports, ancrés à distance de l'île et à l'abri de tout danger.
Les perles des Confédérés sur leurs canonnières furent insignifiantes sous le rapport du nombre ; il n'y eut qu'un homme tué et trois blessés. Mais le résultat de l'ensji-ajiement avait été désastreux. Le Curicw, notre principal bateau, avait sombré, et le Forrcst, une de nos canonnières à hélice, mis hors de service. Dans son rapport officiel, le Commodore Lynch assura qu'à la fin de l'action "il ne lui restait plus une livre de poudre ni une seule bombe." Le manque de munitions de guerre, — circonstance assez singulière, — et les désastres déjà éprouvés, déterminèrent les Confédérés à retraiter, et, pendant la nuit, l'escadrille fut retirée sur Elizabeth City.
Le général Burnside donna des ordres pour un débarque-
ment sur l'île, le lendemain niai in. Ce mouvement fut acconi}»li sous le couvert des canonnières, et l'ennemi aborda au centre de la côte occidentnle. A neuf heures, il s'avança dans l'intérieur, à travers les marécages et les forêts. Vers le milieu de l'île, les Confédérés avaient construit des retranchements protégés, sur les ailes, par des terrains marécageu.K. Ils s'ap|)rêlèrent à disputer. le })assage à l'ennemi ; mais les marais environnants, sup2)0sés impraticables par les Confédérés, donnèrent passage aux colonnes fédérales qui débord 8. 'eut bientôt à la droite et à la gauche des travaux. Profitant de leur immense su})ériorité numérique, elles accablèrent la position confédérée et dirigèrent un feu nourri sur les trois pièces de campagne postées à gauche (•■'•■), tandis qu'une autre colonne contournait son flanc droit, malgré les difficultés de terrain que le colonel Shaw jugeait insurmontables. L'ordre fut bientôt donné d'euclouer les pièces et de retraiter sur l'extrémité nord de l'île, ce que les Confédérés exécutèrent, suivis lentement et })rudemment par l'ennemi. Quelques-uns purent s'échapper dans des canots et furent promptement recueillis par un steamer ; mais la plus grande })artic des forces confédérées furent capturées^ ainsi que deux bateaux chargés de blessés, que le feu de l'ennemi réussit à empêcher de quitter la plage.
Inunédiatement après la capture de l'île, les Fédéraux s'occupèrent de la poursuite des canonnières confédérées. Une flottille, composée de quatorze canonnières, fut détachée dans ce but, et le 10 février, elle rencontra les navires confédérés rangés en ligne dans l'étroit chenal qui aboutit à Elizabeth City. Après un engagement court et peu imjiortant, l'équipage confédéré abandonna les canonnières, y mit le feu et les jeta à la côte. Ce dernier épisode compléta le désastre de Roanoke. Les Confédérés ne perdaient que vingt-trois tués et cinquante-hujt blessés, mais leircs positions et leur matériel étaient aux mains de l'ennemi, que la victoire de Roanoke mettait en })OSsession de i>rès de deux mille prisonniers, de six forts armés de quarante canons, et de })1tis de trois mille petites armes. Outre ces avantages immédiats, l'ennemi était désormais maître du vaste estuaire du Roanoke, navigable sur une étendue de cent vingt milles, et du grenier de Norfolk, dont la sécurité
se trouvait ainsi menacée.
C'est du désastre de Roanoke que datent l'apparition de la censure publique contre le gouvernement de Richmond,
("■; I« capitaiue Jcnniiij^s 0. Wisc, de la Viiginie, fi!s du geucial Wise, cl déjà connu, <iuoi(juo jeune enc(.>re, par ses talents et eon beau caractère.
J'ut tué dans cet engagement. Un témoin oculaire donne les détails suivants sur la mort de ce brillant officier :
' A dis heures, le capitaine Wisc se trouva avec son bataillon expose au feu meurtrier d'un régiment ennemi. Se retournant vers le capitaine Cole:-,
il lui dit :" L'acti( n est très vive ; dites au colonel Anderson que nous serons forces de reculer, si on ne nous envoie pus de renforts." Le capitaine Coles se disposait à accomplir cet ordre, cpiand une bulle l'atleignit au cœur et l'etendit mort sur le coup. Au même instant le capitaine Wise recevait à son tour deux balles : l'une au bras, l'autre à travers les poumons. Il tomba; et, au moment où le chirurgii'ii Colcs le faisait transporter à l'ambu lance, deux autres balles l'atteignirent encore et aggravèrent sa position. Le soir, le chirurgien Coles le fit cmbarc|uer dans un bateau et voulut l'envoyer à Nag's Head, mais l'ennemi fit feu sur le canot, qui dut rester sur llle. L'ennemi parut regretter ensuite sa rigueur, et fit transporter le blessé avec beaucoup de soin hors du canot et le renvoya à l'hôpital. Un ofTicior fédéral, debout près du corps et témoin de aos derniers instants, ne put s'empêcher de dire : " C'était un brave / "
HÎSTOIËE DE LA GtJEËHÈ DES CONFÉDÉRÉS
et les premiers symptômes d'inquiétude à l'égard de l'administration des affaires du pays. Antérieurement à cette défaite, le gouvernement avait agi sans qu'il n'y ait eu que de bien rares questions relatives aux mesures adoptées par lui; le joeuple avait pleine confiance dans la sagesse de ses chefs et ne paraissait pas désireux de s'ingérer dans les' détails administratifs, ou de violer la singulière réserve oflîcielle qui enveloppa constamment la situation militaire de la Confédération depuis la })rise du fort Sumter jusqu'au dernier coup de canon de l'armée de Lee. Mais un désastre conmie celui de Iloanoke ne pouvait passer inaperçu ; l'imprévoyance du gouvernement ressortait d'une manièi'C troj) flagrante ; les troupes confédérées avaient été })lacées par ui dans une véritable souricière et dans une situation telle qu'elles ne pouvaient espérer ni succès, ni même la possibilité de se soustraire à une attaque inégale. L'oj)inion pu-
blique s'en émut et elle demanda une investigation. (^) Au Congrès confédéré un comité fut, par conséquent, chargé de faiie une enquête sur l'affaire de l'ile Roanoke. Il fut constaté que le secrétaire de la guerre, M. J. P. Benjamin, était responsable de la douloureuse défaite éprouvée par les aimes confédérées ; qu'il aurait pu éviter cet échec ; qu'il n'avait prêté aucune attention aux remontrances du général Wise, et que par la seule négligence ministérielle, cet officier avait été laissé avec une force insignifiante en face d'une armée ennemie d'au moins quinine mille hommes, bien armés et équipés. Ni le secrétaire Benjamin, ni aucun de ses amis n'essaya de ré})ondre à ce grave réquisitoire, et Faccusatiou unanime du comité d'enquête, qui faisait retombei' sur un des membres du cabinet de M, Davis toute la responsabilité d(> ce grave échec, resta sans réponse et sans commentaii'e.
("■') Le Ric/'uitoiid Eiujiiircr publia les detuila du l'altiirc ilo lluun .>k'j. CoUl! iiuvrantc liisLuiœ l'ail rct-so lir touttj l'impr-evoyancc des autorités de Kichinoiid, et prouve quelles étaient son aj)ulliie et son insuilisunec en t'acc de l'activité i)i-odigicusc et du zèle de l'ennemi :
'' Sur aucun point de l'île, le luoiiidi't pi'eparatif n'avait été l'ait. Les regiuient.s des colonels Shaw et Joi'dan, et trois compagnies du régiment du colonel Nhirten, étaient dans l'ile depuis plusieurs moi'*. Le tjial yeneral de leurs eU'ectit's était de mille ncui' cent quatorze liommes, dont dix-3;^pt cents sous les armes. Kn distrayant de ce dernier cliitî'rc quatre cent cinquante malades et absents, il ne restait que douze cent cinquante hommes propres du fcrvice, dont le tiers devait servir les batteries ; les huit cents soldats de la Caroline du Nord qui restaient étaient les seuls disponibles. Ces hommes n'étaient ni payés, ni habilles, ni nourri-:^, et ne connaissaient point la m.inœuvre. Il ne se trouvait dans l'île ni matériel pour l'erectiou des travaux, ni chevaux pour l'artillerie, ni trains, ni wagons. Il y avait en tout trois pièces d'artillerie de campagne, : l'une de vhigt-quatre livres, une seconde de dixhuit, la troisième était un obusier tire pai- des mules. Les pièces les plus lourdes étaient traînées par les hommes eux-mêmes, dans un terrain sablonnnix. l'our les plus toites de ces pièces, il n'y avait que des boulets de douze\ Quant aux forts construits dans l'iIe avant l'arrivée du g.;néral Wise, ils étaient tous placés à l'extrémité nord ; le sud de l'ile était complet ment dégarni et ne pouvait offrir aucun obstacle au débarquement de l'ennemi. On n'avait élevé aucun parapet et on n'avait pas les instruments nccess^aires pour construire des travaux en terre. Les marais de la pointe snl de l'ile étaient dépourvus de tous travaux détensifs. Deux barges et un remorqueur étaient tous les moyens de retraite dont on pouvait disposer. Ji^n un mot, la garnison ne pouvait ni se défendre, ni retraiter, et cependant on aurait pu prévenir ces désastreuses circonstances, — le temps n'avait pas manqué, car vingt-cinq jours s'étaient écoulés entre les premiers preiiaratifs de l'ennemi et l'attaque de l'île.
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Lii série de désastres qui s'accuimda sur la Confédération ])endant les premiers mois de JS()2, doit être distinctement t^t logiquement attribuée aux erreurs humaines. Au lieu d'eu accuser les décrets mystérieux de la Piovidence, il faut eu faire retomber toute la responsabilité sur des causes toutes matérielles. La première défaite importante des Fédéraux dans les plaines de Mauassas fut, pour le Nord, le point de dé})art d'un agrandissement du plan de campagne et de son système de gigantesque investissement de tout le pays, système désormais ouvertement prouvé par les immenses préparatifs militaires et maritimes que le gouvernement fédéral poussait avec ardeur.
Les revers qui allaient fondre maintenant sur le Sud et démentir les espérances vaniteuses et ampoulées des premiers jouis, ne devaient être ni raies, ni légers. Déjà nous avons vu que tous les engagements qui s'étaient succédés depuis la fin de JSG1, étaient d(î plus en plus funestes. Les désastres avaient succédé aux désastres: Donelson était tombé, Nash ville pris, notre centre; brisé, de tous côtés nos armt'es reculaient devant l'ennemi ; la menace d'invasion était pleinement réalisée et la Confédération se trouvait eu face d'un péril (pie personne n'osait encore nommer.
Toutes les personnes qui ont habité Richmond pendant la guerre gfirderont éternellement h; souvenir de ces jours de de'iiil et de découragement. Pendant cette sombre période eut lieu la cérémonie d'inauguration du Gouvtvi'nement Permanent des Etats-Confédérés. 11 n'y avait qu'une ditt'érence de noms entre ce gouvernement et celui qui Ta
vait précédé ; ce dernier était provisoire, h; second devenait permanent ; M. Davis avait été élu j>résident à l'unanimité et il n'y eut aucun changement dans les lois organiques du pays, ni dans le personnel de l'administration. Toutefois, la cérémonie de la seconde inauguration du Président offrait un intérêt profond, car on supposait que M. Davis profiterait de cette occasion pour développer une nouvelle phase politiqiuî et ranimer les populations. Le 22 février, moment iixé pour la céréuionie, fut une journée sinistre sous plusieurs rapports. La pluie tombait à toi'i'ents, et le ciel luimême semblait voilé de noir. Néanmoins une foule immense, bravant le temps, se pressait sur les marches du Capitole et écoutait avec anxiété les paroles du Président. " Ce fut alors, éci-ivit un journal de Richmond, que les yeux de toute la nation se tournèrent vers son chef, — qu'elle se suspendit aux lèvres de l'orateur, le cœur oppressé et anxieux, et qu'elle attendit la phrase qui devait l'électriser, le mot sympathique dont, dans sa détresse, elle avait tant besoin. Une pai'olo mule, chaude et audacieuse, un mot alticr et vigoureux eut siifli pour ranimer l'élan de de tout(; la nation, faire jaillir de lu terre des bataillons armés, et allumer dans le cœur de chacun cette flamme électrique et vivace qui force le succès ! Mais rien de pareil ne fut prononcé ; le peuple fut livré à lui-même."
Le Pi'ésident confédéré ne donna à ses concitoyens en détresse que des encouragements et des (conseils insignifiants, Tl déclara que les grandes proportions prises par la lutte avaieiit occasionné de sérieux désastres et qu'il avait
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES
été impossible de protéger tout le territoire des Etats-Confédérés, — la côte et l'intérieur. Quant aux remontrances populakes à prop'os de l'insuffisîmce de certains rouages du gouvernement, il répondit que l'on avait accompli tout ce qu'il avait été humainement possible de faire e't fait face à tout ce qui pouvait être prévu. Il concluait en invoquant les faveurs divines et en formulant une prière fervente à la Providence.
Toutefois, il ne faut point supposer que le peuple de la Confédération, si mal guidé et si peu stimulé par ses gouvernants, fut amené pour cela à désespérer du succès de la guerre. A défaut des encouragements des autorités de Richmond, d'autres causes excitèrent chez lui l'ardeur de la vengeance. Les succès de l'ennemi n'avaient fait qu'accroître la haine qu'on lui avait vouée, et raffermir les populations du Sud dans leur détermination de rompre avec lui à jamais; en outre, les rigueurs de la guerre pesaient lourdement sur les pays occupés par l'ennemi, et déjà celui-ci avait donné des preuves de son atrocité et de la violence de ses desseins. En présence de ces causes, le peuple vint lui-même à l'aide de son gouvernement et lui offrit son puissant appui, en consentant généreusement à oublier les fautes dont l'administration s'était antérieurement rendue coupable.
Une autre cause encore contribua à stimuler cette réso- 1 ution du peuple du Sud : ce fut le développement que le gouvernement de Washington donna à ses desseins à propos de l'esclavage. Désormais, le doute n'était plus permis sur la nature radicale et acharnée de la lutte. Le gouvernement fédéral en était arrivé à ce point par les voies les plus tortueuses et les plus perfides. Sa conduite fut, en cette occasion, signalée par la plus insigne mauvaise foi et de nalAire à confondre le sens moral du lecteur qui compare les différentes phases de ce mouvement politique et y trouve les contradictions les plus flagrantes, les déceptions les plus grandes, les démentis les plus éhontés.
Jamais protestation ne fut plus formelle et plus énergique que celle faite par M. Lincoln, en prenant les rênes du gouvernement, au sujet de l'esclavage, — lorsqu'il avait dit qu'il n'avait ni intention éventuelle, ly occasion plausible, ni désir actuel d'intervenir au sujet de cet esclavage dans les Etats de l'Union. M Seward, fait depuis secrétaire d'Etat, et qui était l'organe de M. Lincoln air Congrès pendant l'intervalle qui s'écoula entre l'élection et l'inauguration présidentielles, avait déclaré en pleine chambre : "L'expérience des affaires publiques a confirmé mon opinion que l'administration de l'institution servile existant dans chaque Etat est sagement laissée paf la Constitution à la discrétion et au pouvoir de cet Etat, et si cela était en mon 2>oiiwir,je 7ie voudrais 2}as que ht Constitution fut altérée à ce sujet.''' Il est impossible d'être plys clair, plits explicite et plus formel, et M. Lincoln, dans son adresse d'inauguration, annonça lui-même au paya " qu'il n'avait aucune in-
tention directe ou indirecte d'intervenir à propos de l'esclavage pratiqué dans certains Etats, — qu'il croyait qu'il n'en avait pas le droit légitime, et qu''il we se se^itait aucune inclination à le faire.''''
Cette assurance fut encore réitérée après le commencement des hostilités, comme si le gouvernement fédéral eut tenu expressément à entretenir chez le peuple du Sud la confiance la plus complète à ce sujet, et donner au monde entier la mesure des desseins modérés et conciliants du Nord. Dans une lettre que M. Sewardj sous la direction de M. Lincoln, écrivit au ministre américain à Paris, et qui servit aussi de circulaire diplomatique auprès des pouvoirs européens, il exposa ainsi l'objet de la guerre et les sentiments qui animaient le gouvernement de Washington : "L'esclavage dans les différents Etats demeurera ce qu'il est, soit cjue Von réussisse ou que l'on échoue. Les droits des Etats et la condition sociale de tous leurs habitants resteront exac.tement sujets aux niémes lois et aux mêmes formes d'administration, quel que soit le résultat de la lutte. Dans aucun cas, rien ne sera changé à leurs Constitutions, leurs lois, leurs coutumes ou leurs institutions. Il est à peine nécessaire d'ajouter à cette atîîrm.ation précise que le nouveau Président, aussi bien que les citoyens qui lui ont confié l'administration des affaires publiques, ont constamment répudié toute intention attribuée aussi bien au Président qu'à ceux qui l'ont élu, de troubler le système d''esclavage tel quil existe sous Veminre de la Constitution et des lois. Cependant, cette affirmation ne serait pas encore suffisamment précisée, si j'omettais de dire que tout efïbrt fait par le iwuvoir exécutif en ce sens serait inconstitutionnel, et que toutes les mesures qu'il pourrait adopter contre l'esclavage seraient répudiées par l'autorité judiciaire, même dans le cas où le Congrès et le peuple approuveraient cette intervention présidentielle."
Les premières mesures des autorités fédérales relatives à rinstitution servile dans ses rapports avec la poursuite active des opérations militaires, furent entièrement conformes à ces assurances conservatrices; il arriva même, dans certain cas, que cette sincérité fut poussée jusqu'à l'affectation. Des esclaves fugitifs furent non-seulement expulsés des lignes militaires fédérales et renvoyés en servitude, mais on en' arrêta aussi dans les rues- de Washington et on les remit aux mains de leurs maîtres, après procès judiciaire. Le 26 mai 1861, le général Mac Clellan adressa une proclamation au peuple de la Virginie Occidentale, l'assurant que les troupes fédérales s'abstiendraient de toute intervention dans ses institutions domestiques et qu'elles ne fomenteraient et n instigueraient, en aucun cas, à l'insurrection servile. De son côté le général Mac Dowell promulga un. ordre défendant aux enclaves iugitifs de pénétrer àxm ses lignes. Quand le général Fremont a^-ait adressé au peupici du Missouri son .émorable ordr.-? du jour du 31 Août 1862, libérant indistinctement tous les esclaves dans la limite d«
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son département militaire, cet ordre avait été immédiatement désavoué et annulé à Washington. Plus tard, le général Hunter, commandant le département du Sud, en plaçant fes Etats de la Géorgie, de la Caroline du Sud et de la Floride sous l'empire de la loi martiale, avait déclaré que ce réo-ime et l'esclavage étant incompatibles, les esclaves de ces trois Etats devenaient hommes libres. Mais M. Lincoln avait encore désavoué cette mesure et avait saisi cette occasion de réprimander ce trop zélé officier, qui prétendait étendre ses pouvoirs militaires et s'ingérer ^ans les questions politiques hors de sa mission.
Cette politique suivie par le gouvernement fédéral à propos de l'esclavage est digne de remarque. On affecta d'abord, comme nous l'avons vu, l'indifférence la plus complète et on parut se refuser à toute intervention à l'égard de l'institution domestique du Sud, jusqu'au moment où le Cono-rès put dévoiler clairement son intention formelle d'abolir radicalement l'esclavage. M. Lincoln se jeta alors dans les bras du parti ultra abolitioniste et déclara que, dans son jugement, le moment était venu d'abolir l'esclavage comme étant la principale cause de dissensions et de rétablir pa* ce moyen la paix dans tout le pays. La première affirmation officielle du sentiment abolitioniste,- pendant la guerre, fut f\iite dans la session extraordinaire du Congrès en juillet 1861. M. Lovejoy, de l'Illinois, proposa et réussit à faire adopter une résolution déclarant qu'il n'était pas du devoir d'un soldat fédéral de prendre les esclaves fugitifs pour les rendre à leurs maîtres. Cette mesure paraissait raisonnable, mais elle n'était que la première manifestation d'un sentiment abolitioniste mal déguisé et devant bientôt se développer avec toutes ses conséquences. Après la résolution Lovejoy, vint cette clause de l'acte de confiscation établissant expressément que tout possesseur d'esclave ou toute personne ayant le droit légal de réclamer ses services, qui permettrait au dit esclave ou l'obligerait soit de prendre les armes contré les Etats-Uuis, soit de participer d'une manière quelconque aux opérations militaires ou navales dirigées contre le gouvernement de l'Union, perdrait tous ses droits sur cet esclave, quelles que soient les
lois du gouvernement général ou des Etats régissant cette matière.
Désormais, le sentiment abolitioniste allait ouvertement et rapidement s'affermir. Dans la trente-septième session du Congrès fédéral, qui s'assembla à Washington en décembre 1861, trois mesures furent adoptées, qui endoctrinèrent le gouvernement de M. Lincoln sous les drapeaux de l'école abolitioniste, et instruisirent ainsi le Sud de la véritable nature de la guerre.
D'abord, il fut défendu aux officiers de la marine et de l'armée, par un article additionnel du code militairt^ et sous peine de révocation, de faire renvoyer, par les -^troupes de leur commandement^ les esclaves qui se réfugieraient dans les lignes fédérales.
Puis, conformément à la recommandation du Président,
une résolution fut passée aux deux Chambres, autorisant le gouvernement à coopérer avec tout Etat disposé à abolir graduellement l'esclavage, en l'aidant pécuniairement.
En troisième lieu, l'esclavage fut arbitrairement aboli dans le district de Columbia. L'acte adopté à cet égard établit que "toute personne tenue en servitude ou forcée au travail dans les limites du district par la raison d'origine africaine, serait libérée de tout assujetissement à cette servitude et à ce travail ; et que tout esclavage involontaire, excepté en cas de crime et après conviction légale, serait dorénavant aboli dans le dit district."
Mais il n'est pas besoin de suivre plus longtemps pas à pas le gouvernement de Washington dans ses dispositions' au sujet de l'esclavage ; l'acte couronnant ces diverses mesures devait s'accomplir à une époque ultérieure. Cependant, dès ce moment, le Sud put déjà se convaincre non seulement que le seul moyen de conserver ses institutions domestiques était de- conquérir son indépendance et son autonomie politique, mais aussi que la foi jurée était lettre morte au Nord. Désormais les Confédérés n'avaient plus à se battre pour une idée abstraite, il s'agissait pour eux de leurs droits matériels et de l'existence même de presque tous leurs éléments de prospérité individuelle.
La presse du Sud publia de curieux commentaires sur la manière progressive dont le Nord changea le but de la guerre qu'il faisait contre le Sud. Cependant, dans la plus large acception historique, ce mouvement trouve une explication plausible. L'histoire montre que dans toutes les grandes commotions civiles, c'est le parti le plus violent, c'est celui dont le but est le plus tranché et le mieux défini, qui graduellement assume toute la puissance. C'est ainsi qu'au Nord le parti abolitioniste gravit pas à l)as les marches du pouvoir, à travers quatre années de'commotions et de conflits, et parvint finalement à obtenir le contrôle exclusif de la guerre et à en dicter les conséquences.
Nous avons parlé plus haut de ce sentiment public des Confédérés qui, au moment de la v fondation du gouvernement permanent, donna un nouvel essor à l'esprit militaire et fit disparaître toute indécision. Bien que ce sentiment de résolution n'eut trouvé chez le président Davis qu'un médiocre encouragement, et ne fut ni dirigé ni employé par lui, il trouva heureusement de l'écho et un interprète puissant et effectif dans "le nouveau congrès confédéré réuni à Richmond. Les annales de cette assemblée sont la page la plus critique et la plus intéressante de l'histoire politique de la Confédération. Ce n'est peut-Stre 'pas trop s'aventurer que d'affirmer que l'énergie de ce corps politique sauva la Confédération, rallia les forces vives du pays, et plaça sur un pied rôgtilier la guerre, qui déjà languissait et paraissait devoir se terminer d'elle-même par la négligence et l'apathie de l'administration.
Le Congrès Provisoire qui avait précédé celui qui siégeait alors, et ait peut-être le corps politique le plus incapable et lo plus faible qui ait jamais eu à faire face à un&
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
grande crise historique. ^11 était la créature des conventions d'Etats, et avait été élu'à un moment où tout ce qu'il y avait dans le pays de vertueux -et de grand n'ambitionnait que les honneurs du champ de bataille. Les délégués qui le composaient n'étaient que des hommes politiques de bas étage, n'ayapt d'autres ressources que les émoluments attachés à leur siège, continuellement à l'affût des faveurs administratives et n'ayant pas de procédé représentatif plus digne que des communications intrigantes avec le Pouvoir Exécutif. Les mesures adoptées par ce Congrès serviront à jamais de thème à la critique et au ridicule. Il ne prit jamais aucune initiative et ne fut qu'un écho servile du CoHjrès. fédéral de Washington. Ce dernier ayant autorisé une levée d'un demi million d'hommes, le Congrès provisoire de Richmond répliqua en augmentant de quatre cent mille hommes les cadres illusoires de l'armée, mais il ne fit aucun effort pour mettre ces levées sur pîed et se reposa misérablement sur ses volontaires de douze mois et ses milices inexpérimentées. Le Congrès de Washington passa une loi de confiscation ; celui de Kichmond répliqua par un "acte de séquestre" qui,— par ses amendements corrompus, permettant aux "héritiers" confédérés d'ennemis étrangers de garder leurs propriétés, — devint une mystification. Cet acte fut pompeusement annoncé comme devant jeter dans le trésor confédéré trois cent millions de dollars. Deux mois après sa promulgation, il fut établi par le secrétaire du Trésor des Etats Confédérés qu'il avait produit, en tout, deux millions de dollars ! ■
Peu de temps avant l'expiration de ses pouvoirs, le Congrès provisoire avait passé une loi qui faillit amener la désorganisation complète de l'armée et livrer la Confédération à la merci de l'ennemi. Dans aucun cas, des mesures plus démagogiques, plus étranges e.t plus folles ne furent adoptées pour faire face aux rigoureuses et positives exigences de l'état de guerre. Ce Congrès, dans le but d'encourager les volontaires d'un an à rester au service et A renouveler leur engagement, avait adopté un projet de loi garantissant aux soldats disposés à se réengager pour toute la durée de la guerre, un congé de soixante jours. Cette mesure étrange était due au génie militaire de M. Davis, qui l'avait formellement recommandée ; elle eut pour effet d'amoindrir considérablement le chiffr-e de l'armée, d'introduire partout l'alarme, la confusion et la démoralisation et de jeter la consternation dans les hautes sphères militaires. Sous l'empire de cette mesure inopportuiie et erronée, l'armée confédérée campée sur les rives du Potomac se fondit comme la neige au soleil et les rues de Richmond furent encombrées de soldats en congé se i-endant aux gares des chemins de fer pour rentrer dans leurs foyers. Avant de quitter l'armée du Potomac, le général Beauregard avait déjà pris l'alarme et prévu l'effet désorganisateur de cette loi ; il conjura ses hommes d^ ne point abandonner leur drapeau. Le général Johnston avait aussi lancé un ordre -du jour à ce sujet 'et avait in^i^té sur le danger de cet
exode général, sans cependant rien dire qui eut pu instruire l'ennemi de cette effrayante diminution de l'effectif de son armée et l'inviter ainsi à attaquer le faible cordon, militaire qui était en ce moment la seule défense de Richmond.
Telle était- la condition des affaires quand lu Congrès de 1862 prit les rênes du pouvoir législatif La nouvelle assemblée débuta par une rupture avec les routines dir passé et l'inauguration d'une série de mesures énergiques. Son acte le plus important fut la loi de Conscription du; 16 Avril 1862 ; c'est de ce moment que date la véritableorganisation militaire de la C/onfédératiou, car, elle n'avait eu, jusque là rien qui put mériter le titre de système militaire et la guerre n'avait été conduite que par l'enthousiasme populaire. Quand la presse de Richmond parla la première de cette rigoureuse et impopulaire mesure de . conscription, d'autres journaux, organes notoires de l'Administration,- s'y ojqoosèrent sous le prétexte étrange et démagogique qu'un tel plan était un blâme jeté sur le patriotisme des population?-. Jusque dans son adresse d'inauguration du 22 février, le président Davis avait évité la question impopulaire de la conscription et l'avait éludée en stimulant l'armée à se réengager pour de longs termesV au lieu de quitter le service à l'échéance de la courte période de leur premier engagement. Mais ce n'était pas> le moment de courtiser une vaine popularité et d'entretenir des sentiments- de parti pris et d'ignorance, quand; l'existence même de la Confédération était en danger. La loi de conscription arriva au moment précis pour la sauver d'un anéantissement inévitable. Plus tard, le secrétaire de lîi guerre des Etats Confédérés déclara que trente jours apiès l'adoption de cet acte, le terme du service de cent quarante huit régimerits expirait et laissait le pays: à la merci d'un ennemi qui avait pour lui le nombre, la discipline, l'organisation, la suffisance de matériel et d'équipement; en un mot, toutes les conditions du succès,
La loi du 16 Avril retira du contrôle des Etats tous les citoyens de dix huit à trente cinq ans, non compris dans les clauses d'exemption, et les i)laça à la disposition, absolue. du Président pour toute la durée de la guerre. Elle annula, tous les engagements faits pour des termes de courte duréeet retint au service ceux qui y avaient souscrit, i)endanfr. deux ans additionnels, en cas de prolongation de la gperr.e. Toutes les recrues pour douze mois, au dessous de dik-. huit et au dessus de trente cinq ans, que la clause précédenteexemptait du service, devaient rester dans les rangs pendant quatre vingt dix jours après l'expiration de leur engagement. On établit dans chaque Etat un om pL^isieurs camps' d'instruction, où les conscrits étaient rassemblés et exercés., et un officier, désigné sous le titEe décommandait d.es recrues, fut chargé dans chaque Etat de k siiuveillanjce- de* l'enrôlement et de l'étude de la manœuvre chez' les nouvelles levées. La loi de conscription, à part la grande valeur de ses résultats comme accroLssememt mimérique de l'armée,
lOS
-adonna de la solidité au système militaire de la Confédération •set centralisa son organisation. Son efficacité, sous ces rapports, fut affirmée par la nomination de lieutenants généraux, quelques' uns ayant le commandement de départements •.militaires délimités, d'autres, placés à la tête de corps d'ar- -mées en campagne et subordonnés à un général en clief. On ■continua aussi à autoriser l'organisation de brigades d'Etat et la nomination de généraux de milice, suivant les circonstances, et quand une telle mesure ne pouvait affecter le service public général,
A part cette grande réforme militaire, Je gouvernement | confédéré promulga d'autres mesures qui ■ témoignèrent •de sa détermination de poursuivre activement la guerre. "Des ordres furent donnés pour la destruction de tout le coton et le tabac sujets à être pris par l'ennemi. On autorisa les fonctionnaires publics à détruire tout ce qu'ils croiraient en danger d'être capturé, et les particuliers qui brûlèrent eux-mêmes leurs cotons et leurs produits, dans la prévision que l'ennemi pourrait s'en emparer, eurent droit à une .indemnité, sur présentation de preuves de la valeur des proiduits et de l'imminence du danger. Un hill fut aussi passé, autorisant la guerre de partisans, pour l'émulation des esj)rits aiventureux et décrétant la formation de corps indé- ]pendants de rangers, qui devaient recevoir en prime une pai't spécifiée des captures faites par eux sur l'ennemi. ('•') Ces mesures, et d'autres de la môme portée, donnèrent .ime nouvelle et meilleure impulsion à la conduite de la ■«'uerre et stimulèrent l'élan de l'esprit militaire. Quelques auois suffirent pour en faire apprécier l'opportunité. La campagne de 1862 eut pour théâtre un immense territoire, •îSt aucun résultat ne pouvait être amené que par des 'anouvèments entraînant de très grandes dépenses de temps lei d'hommes, tandis que les déclamations violentes du Nord iïenvenimaient encore le conflit et excitaient les passions .sanguinaires, déjà exaltées outre mesure.
Nous avons vu comment le gouvernement permanent des' Etats confédérés avait été inauguré dans un moment som- "hr^ et menaçant. L'histoire des événements militaires qui suivirent immédiatement cette inauguration est des plus Intéressantes. On peut la caractériser comme une alternative continuelle de succès et de revers, une succession de .lumière et d'ombre. Quand toute une série de désastres avaient placé la confédération au bord de l'abîme, de brillants faits d'armes venaient tout à coup faire renaître l'es- :poir du succès final et ranimer les esprits abattus. Le
courage indomptable de nos troupes balançait par intervalles l'immense supériorité matérielle de l'ennemi et neutralisait l'effet funeste des mesures erronées de l'administration;
Reprenons maiiîtenant l'histoire de ces faits, tour à tour néfiistes ou glorieux, qui s'accomplireht depuis le mois de mars jusqu'aux splendides victoires de Richmond, et qui firent de l'année 1862 la plus intéressante de l'histoire de la guerre.