BATAILLE DE ELK HORK
Nous avons laissé le général Price terminant sa première campagne du Missouri en se retirant avec sa colonne afîaiblie sur Springfield et y prenant ses quartiers d'hiver. Tout en recrutant et en exerçant ses troupes à la iranœuvre, Price surveillait les mouvements de l'ennemi, qui, au com.mencement du mois de janvier 1862, se préparait à s'avancer dans le Missouri méridional. Price avait occupé et fortifié une position bien choisie, dans l'espoir que Mac Culloch viendrait le renforcer ; mais ce dernier n'en fit rien et ne fit même pas la plus légère diversion en faveur de Price, qui, en présence d'une avance rapide des Fédéraux sur sa position, se retira de Springfield et se vit obligé de se frayer un -chemin jusqu'à la chaîne des -montagnes Boston, où, d'après les rapports, se trouvait Mac Culloch. Cette retraite fut heureusement accomplie, malgré quelques engagements insignifiants. Vers la même époque, le major, général Earl Van Dorn fut nommé par le président Davis commandant du département du Trans-Mississipi. Il arriva à Pocahontas (Arkansas), prit en personne le commandement des corps réunis de Price et de Mac Culloch, et arriva à leurs quartiers généraux le 3 mars.
Van Dorn sut bientôt que l'ennemi était fortement posté sur une éminence, à Sugar Creek, environ soixante milles plus loin, et qu'il comptait vingt-cinq mille hommes, commandés par Curtis et Sturgis. On lui rapporta également que les Fédéraux attendaient, pour avancer, Tarrivée^de renforts considérables, qui déjà étaient en route et se dirigeaient rapidement vers leur position. Quoique ayant moins de vingt mille hommes. Van Dorn résolut de les attaquer, donna à Albert Pike l'ordre de se porter immédiatement en avant avec sa brigade d'Indiens, et se mit en marche le 4 mars, à la tête des troupes de Price et de Mac Culloch, dans Tintention de surprendre et d'entourer
■("*■) Il y eut-cmisiammcnt chez l'ennemi, dans les périodes suivantes de la guerre, une affectation bien marquée de donner à cette partie do nos troupes 3e nom de •' guérillas," et d'appliquer cette qualification générif4ue à tous les corps détachés de cavalerie confédérée qui harassaient coiitinnellement '.Tennemi. I,a résohitrmi suivaiîte, relative au 5-ervice de paitifan-^, lut adoptée par la législature de !a Virginie le 17 mai 1862 ;
"Attendu (juc cette A.-stintke Générale t!ent en haute cotu-ideration its services rendus par irs corps do parti.«an3 qui combattent p' u'r la cause •commune ; qu'elle rt garde ces orgwnisations comme parfaitement légitime»^, et qu'il est parvenu a ?a connai.-*ance qu'un cfficier couiUiandant -les force» .fédéral* s .=;ur la limite nord de k Tirgiiiie a intimé son intention, si ce service de partisans n'était pas discontinué, de dévaster it d'i;.ceutiitr cette portion ,de notre territoire qui se trouve en son pouvoir ;
" L Assemblée Gér,éroh déiJare, Que, dar;s son opinion, le gouvernement confédéré, aussi bien que les gouvernements d'Ktat», doivent pourstjivre éner- .«jauenient l'organisaticn de (S-a corps de partisans, saaa s'arrêter à ces njenaces."
HÎSTOmE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
l 'avant-garde de l'ennemi, forte de huit mille liommes, et stationnée à Bentonville, sous le commandement du général Sigel.
Cependant, Sigel réussit à eilectuer nue retraite habile et à opérer sa jonction avec Stnrgis et Curtis. Le 7 ninrs, les deux armées arrivèrent en fnce l'une de l'antre. Le matin, de Jjonne heiire, Van Dorn avait lont préparé pour l'attaque, et il s'avança vers les Fédéraux qui étaient solidement postés sur un terrain élevé, suivant leur habitude, leur front protégé par de forts détachements d'artillerie et de tirailleurs. Mais ceux-ci, à mesiu'e que les Confédérés avançaient dans le nunne ordre de bataille, se replièrent sur le i>ros de l'armée fédérale. La i>auche et le centre de l'armée coiifédérée étaient formés d<^s troupes de Price ; Mac Culloch occupait la droite.
Afin de prévenir la jonction des renforts fédéraux que Van Dorn savait être en route, il attaqua l'ennemi par le nord et l'ouest, — ses colonnes enveloppant presque entièrement l'ai'mée fédérale. Le conflit fut long, acharné. Vers deux heures. Van Dorn envoya une dépêche au général Mac Culloch, qui attaquait la gauche ennemie, lui proposant de tenir sa position pendant que Pi'ice, s'avançant à gauche, tomberait sur toute la ligne ennemie et déciderait du succès de la journée. j\[ais avant que cette dépêche eut été écrite, le général Mac Culloch était tombé, fi-ap[»é mortellement, et l'avance victorieuse de sa division fut aiusi ari-êtée, en pleine voie de succès, par la moi't de son chef et celle du géiu'i'al Slac Intosli, son second eu commandement.
Curtis et Stnrgis, s'apercevant de la confusion ([ui régnait à l'aile droite de la ligne confédérée, rallièrent leurs troupes et formèrent une ligne de bataille formidahle, tandis que l'habile Sigel protégeait leur retraite lentement et d'une manière remni-quable, A un inoment delà journée, on pouvait ci-oife que l'ennemi avait été complètement défait, mais il s'était réorganisé et battait en retraite en excellent ordre sur ses positions, à quelques milles à l'arriei'e. Les Confédérés campèrent pendant hi nuit à une distance de près d'un mille au-delà du point où l'eimeuii avait fait sa dernière halte. Le général Van Dorn établit sou quartiergénéral à la taverne de Elk llorn.
Il n'}^ avait pas eu d'avantage décisif. Van Dorn acquit la pénible conviction ([ue les diverses troupes de son commandement étaient entièrement indisciplinées. Les camps de l'ennemi avaient été pris avec un grand nombre de prisonniers, de provisious, de pièces d'artillerie, etc., etc. ; mais quand les troupes en curent pris possession, l'excitation causée par la victoire était devenue si grande qu'il avait fallu renoncer à reforiner la ligne pour faii-e face aux nouvelles exigences de la situation. Après l'action, Van Dorn, soupçonnant que l'eimenii avait reçu des renforts considérables, se crut trop faibh.^ pom- accepter le combat si les Fédéraux jugeaient à propos de l'attaquer le lende-
main. En conséquence, il fit transporter les blessés à distance sûre à l'arrière, détruisit tout le butin qu'il ne pouvait pas emporter, et se disposa à se rctii'er. Le matin, au lever du jour, tous les préparatifs étaient faits pour se replier sur la forte position où les troupes avaient laissé les munitions et les approvisionnements, à environ sept milles en arrière. Ce mouvement étant couvert par une arrièregarde halulement disposée, l'ennemi ne put réussir à inquiéter la retraite ni à attaquer l'armée de Van Dorn. Une fusillade assez nourrie fut engagée, mais les Fédéraux ne firent que de faibles efforts pour avancer sur nos ti'oupes et occupèrent à leur toiu' le champ de bataille, api'ès l'escarmouclie du second jour, pendant que les Confédéivs battaient en retraite à. quelque distance de là.
Dans son l'apport officiel, le général A^an Dorn porta lu perte subie par les Confédérés «à environ six cents tués et blessés, tandis (pi'on avait toute raison de ci'oire que celle de l'ennemi était de plus de sept cents tués et au moins un nombre égal de Ijlessés. Le général fédéral Curtis, dans son compte-rendu de la bataille, ne donna aucun chifîre et se conKînta de dire qu'il avait perdu beaucoup de monde. Mais à part ces évaluations numériques des pertes des adversaires, la bataille d'Elk TTora eut un résultat autrement important ; on peut dire qu'elle décida pour le moment de la question de domination confédérée dans le Missouri. A partir de cette époque le Trans-Mississipi se trouva, pendant un temps considérable, hors du champ d'opérations des armées ; les foi'ces de Price et de Van Dorn allaient bientôt être appelées sur une autre scène de conflit, au point quel'on supposait être le boulevart principal de la défense de l'Ouest.
Pendant (}u'uu coin obscur du Trans-Mississipi était le théâtre d'un conflit meurtrier, un des faits les plus mémorables de la guerre avait lieu à une petite distance de la capitale confédérée. Le 8 mars 1SG2. les Confédérés gagnèrent leur première et plus importante victoire sur l'eau, — élément où l'on supposait que le Sud n'aurait jiunais [)u faire face à son puissant ennemi.
lîATAlLLE NAVALÎC DE ïtAMPTOX KOADS. — LK " VIRGINIA "^
ET LE ";MONrrmj."
11 a été question plus haut de l'exigultc des ressources maritimes de la Confédération, et de la faiblesse et de l'incapacité de l'administration à l'égard de cette importante partie de la défense. Les expéditions navales er.treprises par la Confédération étaient liîuitées au service iu' o^tinunits armés pou.r la course, et desquels on attendait ^e.prouesses extravagantes, quoicpi'on puisse affirmer que ie seul bénéfice qui résulta de cette émission de lettres de marque, fut la reconnaissance desConfédérés par le gouvernement f'déral comme belligérants, et l'assurance donnée par lui que les prisonniers capturés sur mer seraient consi-
dérés comme "prisonniers de guerre," aussi bien que ceux i|u'il pourrait prendre sur le continent.
Au commencement de l'été de 1861, le Département de la Marine des Etat-Confédérés. s'était occupé de la construction d'un navire de guerre blindé, dans le chantier maritime de Gosport ; depuis huit mois, les travaux étaient en voie d'exécution. Le lieutenant Brooke avait proposé de couvrir la carcasse de la frégate Mcrrhnav, — que les Fédéraux avaient désarmée et coulée en abandonnant Norfolk, au commencement de la guerre, — de plaques de fer à l'épreuve des boulets, et courbées de manière à ne présenter au-dessus de l'eau que la partie centrale ; les deux extrémités de la coque ainsi armées, devaient plonger. Ce plan fut adopté. On prépara les plaques de fer aux usines Tredegar, à Richmond, et on expérimenta spécialement leur force de résistance, leur forme, leur épaisseur et leur degré d'inclinaison. Les bords des casemates, ainsi que les deux extrémités du navire, se trouvaient sous l'eau. Comme arme offensive, un bélier avait été adapté à l'avant.
Ce bâtiment d'un nouveau genre portait dix canons, huit aux flancs, un à l'avant et l'autre à l'arrière. Lots autres navires de l'escadre confédérée de la rivière James, connnandés parle capitaine Buchanan, étaient: le Pair ici: Henry, armé de six canons; le Jamcstoivn, de deux canons, et le RaJeigJi, le Bcaiifort et le Teazcr portant chacun un canon. De leur côté les Fédéraux avaient concentré des forces maritimes considérables dans le vaste estuaire de la rivière James, au point connu sous le nom de Hampton Roads, au large de la forteresse Monroe. Leur flotte se composait du 'Cumherlanil., armé de 24 canons; le Congrcss, de 50; le .S/. Lawrence, de 50 ; et les frégates à vapeur Minnesota et Roanole, de 40. Le capitaine Marston, du Roanole, en était le commandant. Le Cnmherland et le Congres.s étaient à î'ancre au large et à moins d'un quart de mille de Newport News ; le Congrcss mouillé à quelques centaines de pieds au sud du Cnmherland. Le reste de la flotte stationnait à environ neuf milles à l'est, au large de la forteresse Monroe. Avec sa flottille armée de vingt canons seulement, le capitaine Buchanan n'hésita pas à attaquer la formidable escadre fédérale qui, outre les navires désignés plus haut, comprenait aussi plusieurs petits steamers armés de canons rayés et appuyés par les batteries de terre de Newport News. Un essai hasardeux allait être tenté par le Virginia, et il fallait réellement un homme au cœur d'acier et au sang i'roid infaillible pour risquer une telle épreuve des qualités ortènsives et défensives d'un seul navire contre toute une flotte, — quand la plus légère erreur, la moindre précaution oubliée, était nécessairement fatale.
Le 8 niars, vers onze heures du matin, le Virginia démarra du chantier maritime de Gosport et descendit dans la direction de ITanipton Roads. Son approche ayant été .signalée, le ca})itaine Marston, du RoanoAr, fit immédiatement tout préparer à son bord et ordonna au Minnesota et
au St. Lawrence de se tenir prêts. Déjà le Cumherlanâ et le Congrcss avaient aperça " la grande curiosité sécessioniste ; l'ordre de bi'anle-bas avait été donné à bord de ces navires et ils étaient préparés à l'action. Le Virginia arriva lentement, accompagné du BaJeigli et du Bcavfort, et ne filant pas plus de cinq nofmds à l'heure. Le Cumherland ouvrit d'abord le feu sur lui, avec ses canons, à pivot et à une distance d'environ un mille. Le Virginia ne riposta pas et continua à s'avancer tranquillement. Sur les deux quais, des centaines de spectateurs suivaient ses mouvements avec perplexité, tandis que les équipages des frégates ennemies attendaient avec une curiosité dérisoire la singulière masse de fer qui arrivait lentement sur eux. Au moment où l'étrange navire passa devant le Congrcss, il reçut toute sa bordée. "Les boulets rebondirent sur les côtes blindées du Virginia, comme s'ils eussent été en caoutchouc." Après avoir riposté à la décharge du Congrcss, le Virginia, bravant le feu concentré des batteries de la rive et des navires, fondit sur le Cumherland C[ui faisait des évolutions dans le canal et se disposait à faire feu de toutes ses pièces sur l'audacieux provocateur. Une véritable trombe de boulets tomba sur le Virginia. Malgré le feu incessant des onze canons Dahlgren, du calibre de neuf pouces, dont le Cumherland était armé, le bélier confédéré continua à piquer droit sur ce navire, sans lancer un seul boulet, sans qu'une seule forme humaine se montrât à son bord. Les minutes semblaient des heures. Le Virginia arriva enfin sur le Cumherland ; un choc épouvantable eut lieu. La proue blindée .de fer du premier fi-appa le Cumherland à l'avant, au-dessous de la ligne de flottaison. La frégate chassa violemment sur ses ancres, son flanc ayant un trou assez large pour donner entrée à un homme. L'eau, pénétrant instantanément par cette ouverture, submergea aussitôt la cale et anéantit tout espoir de sauver le navire. Cependant son équipage n'abandonna pas les pièces et resta à son poste avec un courage héroïque. Après le premier choc, le Virginia s'était retiré, et sa redoutable artillerie balayait maintenant le pont du Cumherland sans trêve et sans merci. Le brave ennemi ne demanda pas quartier et continua à faire feu tout en sombrant. Sa dernière pièce fut tirée au moment où l'eau engloutit tout, et comme son valeureux servant essayait de sortir par l'embrasure, le flot, pénétrant avec violence, le rejeta dans la batterie ; puis le Cumherlttnd s'affaissa et sombra dans cinquantequatre pieds d'eau, la flannne du grand mât flottant au dessus de la vague et indiquant l'endroit où la noble frégate s'était engonfl'rée. Quelques marins réussirent à gagner la terre à la nage ; mais plus de cent hpnmies de l'équipage trouvèrent la mort dans les flancs du navire submergé.
Après avoir coulé son premier adversaire, le Virginia tourna son attention sur le Conr/rcMs, qui allait seul supporter tout le -poids de l'attaque, car îe Minnesota s'était échoué à environ un niilie et demi de Newport News, et ni
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
]ç jRoanoJi'e ni ]e St. Lawrence, à cause du peu de profondeur, ne pouvaient, s'approcher assez près du Congress pour être en mesure de l'assister. Voulant éviter le sort du Cumbcrland, le commandant fit hisser .les voiles et à l'aide d'un remorqueur, se jeta à la côte dans un endroit où l'eau était trop basse pour permettre an Virgmia de le suivre. Mais ce dernier se plaça en j'osition à une distance d'environ cinq h six cents i)ieds du Congrcss et ses pièces balayèrent le pont de la frégate fédérale, tandis que les autres navires confédérés appuyaient son attaque. L'effet de cette canonnade fut terrible. Chaque Ixnnbe portait ; le sang et la cervelle des hommes d'équi])age sautaient en l'air à chaque décharge ; quelquefois, une bombe échitait au milieu d'un groupe et éparpillait têtes, bras et jambes de tons côtés, dans une horrible confusion.
Le Congrcss fut bientôt éclioué et })nt mettre seulement deux })ièces en position de répondre au Virgmia. Quelques instants après, il amena son pavillon et arbora deux drapeaux blancs. La jietite canonnière confédérée le Beavfort reçut du capitaine Buchanan l'ordre de prendre possession du Covgrcss, de retenir les officiers prisonniers et de renvoyer à terre réquijmge. Le Congrcss se trouvait à portée de carabine de la côte, et au moment où le Beavjort se préparait à l'aborder, le Congrcss tira sur lui avec un canon P;irrott, malgré les deux drapeaux blancs qui flottaient encoie à ses deux mats et qui, en témoignant de sa reddition, autorisaient le navire confédéié à en prendre jiossession; à bord du Beavfort le lieutenant ]\linoT' et plusieurs liommes d'équipage furent sérieusement l)lessés. Mais cet acte de perfidie ne devait pas rester isolé. Lorsque le lieutenant Parker, commandant le Bcanfort, nrriva à bord du Congrcss pour en prendre possession, le lieutenant Pendergast en fit la reddition formelle et lui lemit le drapeau du navire et les épécs de tous les officiers. A})rès s'être constitués eux-mêmes prisonniers, à bord du Bcaufort, ces mêmes officiers demandèient au commandant confédéré la permission de retourner momentanément à bord du Congrcss, pour aider à, débarquer les blessés. On acquiesça à leur demande, et bien qu'ils eussent donné leur parole d'honneur de levenir se constituer prisonniers, on ne les levit jamais et leurs épées restèrent entre les mains du lieutenant Alexander, du Beavfort, qui avait reçu leur serment.
Un projectile des batteries de la côte avait blessé séiieusement au côté le capitaine Buchanan. Il ordonna que le Congrcss fut détruit par des boulets rouges et des bombes incendiaires, les officiers et l'équipage de ce navire ayant violé leur parole et s'étant sauvés à terre, puis, voyant que sa blessui'c le rendait incapable d'agir plus longtemps, il confia le commandement du Virginia au lieutenant Catesby Jones, avec ordi'c de continuer le feu aussi longtemps (|ue l'équipage pourrait rester à son })Oste. Mais la nuit allait bientôt venir ; il ne restait que deux heures environ de jour. Le Virginia se dirigea sur le Minnesota. Le lîormoJce s'était approché de la côte et de là était descendu à Hampton
Roads. Le St. Laivrcnce, remorqué par un vapeur, s'était approché et échoué près du Minnesota. Il reçut une seule bombe du Virginia, y riposta sans effet, puis, fut renfloué et l'amené vers la forteresse Monroe. Le Minnesota restait donc seul à faire face au bélier confédéré, mais la hauteur du fond dans le chenal emjîêcha ce dernier de s'en approcher ; néanmoins, il continua à canonner ]e 3Iiv)tesota jus<|u'au * moment où les pilotes du Virginiei déclarèrent qu'il était imprudent de rester plus longtem[)s dans cette position.
A 7 heures du soir, le Virginia (]uitta la scène du conflit et retourna àNoifolk, réservant ])Our un autre jour l'achèvement de sa tîK'-he. En moins d'une demi journée, ce navire avait remjiorté une des plus brillantes victoires navales dont l'histoii'e fasse mention. Il avait détruit denx i)uissants vaisseaux, i)ortant un équi])iige triple du sien et un armement six fois 1)1 us fort; il avait combattu deux autres grandes frégates qui n'avaient échappé à une destruction analogue que parce qu'il était impossible à leur antagoniste d'ai)i)rocher de leur mouillage. ïioC>i,ivberIand était entré en action avec 37G hommes ; 255 seulement survécurent; 121 hommes avaient été tués ou noyés. L'équipage du Congrcss se composait de 434 officiers et soldats ; de ce nombre 298 purent gagner le rive, — 10 d'entre eux blessés mortellement, 16 moins gravement, une vingtaine furent faits piisoiiniers, et 100 environ furent tnés ou noyés. A bord du Minnesota, 3 hommes avaient été tués et IG blessés. La jjerte totah^ de l'ennemi présentait donc un chitiVe do 250 officiers et soldats, tandis qu'à bord du Virginia 2 hommes avaient été tués et S blessés, et sur les autres navires conlédéi'és on ne comptait que 4 tués et un noml)re un peu plus fort de blessés.
Le lendemain, (dimanche, 9 mars,) par une brillante matinée, le J-'7r</»/'.m s'approcha de la ])oi!ii(; de terre qui s'avance à l'embouchure de la rivière Elizabeth, où se trouvait le Minnesota. Mais à côté de ce navire, (jue l'arrivée du Virginia semblait déjà condamner à une destruction certaine, se tenait un curieux s})écimen d'architecture navale, que quel(|ues liommes du Virginia, comparèrent à une "énorme boîte à fromage, posée sur une jiilanche." C'était un autre navire blindé, expérimenté par l'einiemi, qui arrivait au moment })récis pour contester à "la curiosité sécet;sioniste" la suprématie de l'artillerie flotta.nte.
Le nouvel acteur qui faisait ainsi sou entrée au moment le plus dramatique du combat était un navire d'une structure défensive, de l'invention de John Ericsson, (jui l'avait nonmié le " Monitor," " parce iiu'il devait donner de sévères leçons: — au t^ucl, en contribiuintàréprimeisa lébellion; à la Grande-Breta.'ue, en lui contest;int victorieusemejit la suprématie maritime, et au gouvernement anglais, en lui démontrant l'imitilité des forteresses a])pli(iuées à la défense desports.de mer."' Le "ilio;i.'ïor " dilférait par l'apparence de tous les spécimens d'architecture navale connus jusquelà. Son pont, nu et dépourvu de tous bastingages, s'élevait à environ deux pieds du niveau de l'eau et portait au centre
une to.-i-fel'e d'environ neuf pieds de hauteur et une Ror((- de boite plaeôo -i hi ponpe^ servant de logement au })ilote. Dans la toun'li. se trouvait son seul armement: — deux eaîKMis Didilgreu C'. on/e })ouces, lançant des boulets de IGS livres. - ^
Les deux étranges adversaires s'aiiproehorent l'un de ii'aiitre. Anivé à une distanee de di.nix eent einijuanie à ^rois eents pieds, le 31onitor ouvrit le l'eu le jn-eniier. fie tcombat dura .jiCïttlant deux lieures, la distanee entj-e les •deux antagonistes variant de un demi-mille à quel(|U(.'s i{)ieds ; quelquefois ils se plaçaient iiresque eôte à eôlc et, j[)ar une canonnade terrible, s'efforçaient en vain, cliaenn de son côté, de pénétrer la formidable arnmre de son adversaire. L'étrange navire fédéral, avee sa noire et mouvante coupole, l'Oiivnit être manœuvré plus rapidement et })]us facilement (pie lu Virninia, que son i'ovt tirant d'eau et sa. longueur rendaient beaueup moins gouvernable. A un certain moment, le Virr/inia s'écboua en virant de bord; mais il réussit à se remettre à flot et fondit violemment sur le Monitor, espériint le couler par le choc et mettre ainsi fin au combat. Mais le coup ne fut pas bien dii-igé et ne fit qu'ejîlcurer les côtes de fer du navire fédéral.
Vei's midi, le 3Ionîtor se retira vers les bas-fonds de la côte, déclinjint une plus longiie contestation, bien qu'il n'eût éprouvé .aucun dommage sérieux ; mais une blessure avait presque entièi'ement aveuglé son commandant et l'avait mis immédiatement hors de combat. Voyant la retraite du Monilor, le capitaine du Minnesota supitosa (pie son heure était ai'rivée, et il se pré[)ara à détruire sa frégate plutôt que de hi rendre. M;iis le Viri/inùc ne put arriver ]dus près du Bllnnesota qu'il ne s'en éta.it approché la veille, et, sui)posant que ses i)ièces avaient déjà mis la frégate hoi-s de service, il quitta lentement la scène du conflit et rentra à Norfolk.
Le combat de cette journée n'avait eu aucun résidtat décisif, bien qu'il ait été constaté ([ue le Monitur s'était retire le premier. Chacun des deux navires avait donné des preuves de son invulnérabilité et aucun ne })ouvait })rétendre avoir démontré sa supériorité sur son adversaire. Le Virginia n'avait éprouvé que des avaries matéri(îlles et n'avait perdu aucun homme de son équi})age. Deux de ses canons avaient eu l'extrémité brisée; son ancre et ses drapeaux pnioyôc^ plv.fîieurs pièces de sa uiachine criblées, l'avant et l'ai mure (pielijue peu atteints. Toutefois, à l'exception du doi'.msage fait au bélier du naviie, toutes ces avaries pouviiient être réparées en quelques heures.
En jirésence des })articulari(és de cet étrange eondjat de fIam})ton llo;ids, les journaux conclurent bientôt que désormais les navires en b(.)is ne seraient d'aucune utilité dans la guern^ maritime et que les immenses flottes que la Grande- BretagaK^ et la France avaient fait c(jnstruire à grands frais étaient pratiquement annihilées. Quchpie hâtive qu'ait été cette conclusion, le Eco'ivernement de Washington n'en montra i)as moins des dispositions à profiter immédiatement
de la leçon reçue à Hanjpton Roads. Aussitôt que l'on connut à Washington le résultat de l'action, on proposa au ►Sénat un hill autorisant le seciôtaire de la Guerre à faire construire plusieurs navires pn fer, tant pour la défense de la côte et des i)orts que pour les opérations offensives contre les travaux de l'ennemi. Les deux combattants, le Virçjinia et le Monitor, — qui avaient tant excité la curiosiié du monde entier et appelé l'attention des gouvernements maritimes européens sur la défense de leurs points vulnérables, — n(.^ reparurent i)lus sur la scène de la guerre maritime. Le premier se tint à Norfolk, où il garda l'entrée de la rivière James et y fut considéré d'une telle importance, conmie défense de Richmond par la voie })éninsulaire, que Mac Clellan insista sur la nécessité préliminaire de le "neutraliseï-," pour lui permettre d'attaquer Richmond dans cetio direction. Mais le Virginia devait être "neutralisé" d'eue u^anière tout à fait inattendue ]i)our le peuple de la Confédération.
A la fin de ce chapitre trouve naturellement place le récit sounnaire d'autres événements maritimes se rapportant à la même période de la guerre.
CArTURE DE NEWBERN, ETC.
Le but de l'expédition du général Burnside n'était pas entièrement accompli par la capture de l'île Roanoke. Les instructions dtmnôes par le général Mac Clellan à cet officier sui)érieur, rattachant ses opérations au plan général de la campagne de 1862, — portaient aussi qu'une attaque serait faite sur NeAvbern, et, le cas échéant, sur les lignes de chemins de fer de Goldsboro, de Wilmington et de Weklon. La ville de Beaufort, protégée par le fort Mâcon, devait ensuite être attaquée et son port ouvert, tandis qu'une autre expédition devait être dirigée contre AVilraington, but })rincipal de cette campagne. Le 12 mars, l'expédition partit du détroit de îiatteras et se dirigea sur Newbern. Les troupes débarquèrent le lendemain à dix huit milles au dessous de cette ville, et le 14, au point de jour, elles s'avancèrent sur les travaux confédérés érigés à quatre milles au dessous de Newbern. Ces travaux consistaient en une ligne de forts détachés de peu d'importance. La force confédérée (pii les défendait comptait seulement cinq mille hommes, — la plus grande partie miliciens, — sous le commandement du général Branch. L'armée fédérale avait le triple de cet effectif.
Le fort Thompson était la plus importante de ces fortifications ; il portait treize canons de fort calibre. Les fédéraux essayèrent d'abord de le prendre d'assaut, mais leur tentative échoua ; (Quatre compagnies du Massachussets, qui avaient pu pénéti'cr dans le fort furent rejetées i)ar dessus le parapet. Ce premier échec ne découragea pas les Fédéraux qui firent ime seconde attaque avec des f(5rces' plus considérables. Mais le général Branch, voyant les canonnières ennemies se rapprochant de ses travaux, et craignant d'être cerné, ordonna révacuation, La retraite commença
HISTOIRE DE LA GUEREE DES CONFÉDÉRÉS
en bon ordre, mais bientôt elle dégénéra en déroute. — Avant d'abandonner leurs positions, les Confédérés jetèrent les canons du fort Ellis par dessus le parapet, et firent sauter le fort Lane, puis, ils se retirèrent par le pont du chemin de fer qui traverse la ISTeuse, mais ce pont fut brûlé par un radeau chargé de coton et de thérébentine avant que toute la colonne ait pu effectuer son passage ; cinq cents Confédérés furent faits prisonniers })ar l'emiemi. Outre cette capture, cinquante pièces de canons, deux petits bateaux à vapeur, grand nombre d'armes et une grande quantité de munitions devinrent la proie de l'ennemi.. Burnside, dans son rai)port, })orta sa perte à 91 tués et 466 blessés ; celle des Confédérés, en tués et blessés, se montait à cent cinquante hommes.
Peu de temps après l'uccupation de Newbern j^^u reuuemi, la ville de Washington, située à l'embouchure de la rivière Tai', tumba aussi entre ses mains. Avant de l'abandonner, la jjctite troupe confédérée qui occupait cette ville avait démantelé les batteries érigées pour sa défense.
Le 25 avril, le fort Macou, qui commandait l'entrée du port de Beaufort, fut bombardé par trois des canonnières de l'ennemi et trois batteries de siège, qu'il avait réussi à dé- '
barquer et à mettre en position sur la côte. Il n'y avait pas plus de cinq compagnies confédérées dans le fort ; elles se rendirent après un bombardement de dix heures.
La reddition de ce foit donna aux Fédéraux un port d'entrée, où les navires do fort tirage pouvaient aborder. L'expédition de Barnside avait été couronnée de succès. La position confédérée de ISTorfolk était tournée, les grands détroits d'Albemarle et de Pamlico étaient sous le contrôle exclusif de l'ennemi, et la chiite du fort Maçon le" mettait en pleine possession de toute la côte de la Caroline du Nord. Ces échecs furent vivement ressentis par les Confédérés ; mais, au demeurant, ils n'eurent qu'une influence légère et à peine sensible sur l'ensemble de la campagne. Burnside n'osa pas pousser dans l'intérieur et poursuivre son programme })rimitif : roccu])ation du chemin de fer do Weldoa. Les points vitaux du pays se trouvaient dans l'intérieur, à une grande distance des côtes, et comme la Confédération n'avait qu'une force maritime peu importante pour la protection de ses ports et les opérations navales^ elle en vint à considérer ceux-ci comme de simples positions avancées, couvrant le système général de défense.
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