CHUTE DE LA NOUVELLE ORLÉANS
LaNouvelle Orléans avait été menacée d'une attaque depuis si longtemps, que l'opinion publique dans la Confédération était toute disposée à croire cotte ville imprenable. Pendant phisieiirs mois^ la flotte fédérale croisait clans ].e Grolfe du
Mexique, avec une indécision si évidente, que le peuple de la Nouvelle Orléans raillait l'ennemi et disait "qu'il y penserait à deux fois avant de tenter le renouvellement des scènes de 1812." Il fut déclaré sur l'autorité des journaux que la ville était imprenable ; que les forts Jackson et St. Philippe, situés à soixante ou soixante-dix milles audessous de la ville, n'étaient en réalité qu'une ligne de défense avancée; et que les rives du fleuve étaient bordées de batteries. On rapportait aussi que dans le port se ■ trouvaient douze canonnières et un certain navire blindé, supérieur, disait-on, au fameux Virginia, et capable de mettre en fuite toute la flotte fédérale, "comme un faucon s'abattantau milieu d'un essaim de pigeons."
Mais en allant au fond de cette confiance et de ces illusions et en s'autorisant de documents officiels, on peut se convaincre du fait que la Nouvelle Orléans était honteusement laissée sans défense sérieuse. Les autorités de Kichmond persistaient dans leur étrange idée que la ville serait attaquée par le haut du fleuve ; elles l'avaient laissée presque sans garnison et avaient négligé d'armer les lignes intérieures de défense. Quant aux constructions navales — que ces mêmes autorités annonçaient comme entièrement capables de défendre la ville contre toute attaque — elles étaient négligées par la misérable et coupable incurie du gouvernement. L'armement des navires était imparfait, sans cesse ajourné, et se trouva en définitive hors d'état de rendre le plus léger service.
Le général Mansfield Lovell prit le commandement de la défense de la Nouvelle Orléans vers la fin d'octobre 1861, au moment où on venait "d'en retirer les armes, munitions, P.mbulançes^ habillements et approvisionnements pour eiî
ULSTOIRE DE LA GUERKE DES CONFEDERES
•^^urnir cruiitrcs points/' et (iuand les travaux d(> défense étaient de tous points incomplets. Los troupes levées en Louisiane avaient été presque entièrement en Virginie et à Pensacole et celles (|ui restaient n'étaient pas en nomljie sulHsant pour la tâche qu'elles avaient à accomplir ; d'un autre côté, elles manquaient d'organisation.
Le département de la nuirine, il est vrai, faisait construii'c plusieurs na\'ires ; mais, suivant les ordres précis du président Davis, 'da Hotte mouillée dans le port de la Nouvelle Orléans et dans le voisinage n'était pas sous le commandement du général Lovell."' La [iremière mesure prise par ce dernier fut d'accunuder des munitions ; au moment de son arrivée, il n'y avait que vingt livres de jioudre pour eliaque pièce d'ai'tJUi'rie ; la secoiide fut de' coiui)létei' la conslructiou des l'adeaux euti'c les ibi'ts Ja(dîson et St. Pliilip})e, de manière à arrêter, sous le feudiiect de ces forts, les n;ivires (j[ui essaici'aient de passer. Le 8 novembre, le général Lovell écrivit au déiiartement de la guerre (ju'il avait augmenté l'armement des forts Pike et Macond), et qu'il se cro3'ait capable d'obstruer le ileuve d'une manière si elfective, que tout navire voulant tenter le passage serait infailliblement nus en })ièces. On calculait (pie ces obstructions arrêteraient "toute une flotte soUs le feu croisé des forts, armés de }>lus de cent fortes pièces de siège." On s'occupa aussi d'obstruer h& 2)assages commandés [«ar les forts Pike et Macomb, ainsi que le fleuve au-dessus de la ville, le comnianda,nt général "croyant que des navires à vapeur pouvaient braver les forts s'ils avaient l;i voie ouverte devant eux."
Le 5 décembre 1861, un ra[)port fut envoyé au département de l;i Guerre sur l'état des défenses ; il fut constaté que celles de la ville se eouiposaient de deux lignes de travaux ; reifectif des trou})es du général Lovell se montait à SOOO liommcs, outre la ndlicc de la ville. Deux manufactures de poudre étaient en activité, et la déclaration fut faite que "avec un matériel sufiisant, le commandant général se considèi'ei-ait capable de tenir la Nouvelle Orléans pendant un temps indéfini." Les défenses de la ville étaient alors assez fortes pour pai'or à truite éventualité, et le général Lovell assura que les Fédéraux, — qui vers cette éjwque débarquaient en grand nombre à l'île aux Vaisseaux (Slup Island), "ne pourraient pas s'emparer de la Nouvelle Orléans par teri-e, quel ijue soit le nombre des ti-oui)es f|u/ils puissent envoyer."
Vers le cominenoement de janvier, l'attentioii du département de la Gruerre fut appeli'c sur la riêcessité de doimer au connnandant général Lovell le contrôle |)ai'tiel des opérations maritimes de son départcnnent, de manière à lui iiernietti'e de protéger l'entrée des courants iiavigables ayant leur (mubouclmre sur la côte, avec des navires armés, d'un faible tirant d'eau ; le général Lovell ajo-utait "que tout 1" bl.-lme derant retomber sur lui, si les événements démontraient plus tard que la ville n'était pas suOisamuicnt protégée, il devait avoir, par conséquent, quelque contrélo su.r ce qui sei-ait fait," On ne fit aucune réponse n. cette reqn.êto,
Le secrétaire de la guerre, vers cette éjîoque, donna au général Lovell le plan et les renseignements nécessaires sur la flotte fluviale, qui devait être rassemblée à la Nouvelk- Orléans pour "le service du haut Mississipi" ctidacéesous le commandement du capitaine Montgomery; l'organisation on étcdt coniiée à ce dernier ollicier et au capitaine Townsend. Les instructions données au général Lovell [lortaient "qu'il devait exei'cer sur cette oi'ganisation une certaine surveillance de manière à cun|)êcher toute dépense exagérée."
Le 13 janvier, Lovell écrivit : "Considérant la Nouvelle- Orléans en état de résister à une attaque, je porte maintenant mon attention sur la côte du Mississipi." A cette époque, les obstructions du deuve étaient complètes et les forts sufiisaminent garnis.
Le 8 février, le secrétaire de la guerre informa le général Lovell (jue le Président désirait (pi'il envoyât, le plus tôt [)Ossible, 5000 hommes à Columbus, pour détendre ce point menacé par une force fédérale très grande ;— et que la Nouvelle Orléans serait à l'abri de toute attaque par le haut du fleuve, si'l'ennemi était défait ;\ Columbus. Le général Lovell répli(pia : "Je regrette la nécessité d'envoyer ainsi toutes mes troupes et je suis sûr qu'une telle mesure causera ici une grande panique ; mais je ferai de mon mieux pour inspirer la confiance au peuple par le déploiement des forces qui me restent."
Le 27 février, le général Lovell avertit le secrétaire de la Guerre que l'on avait " déjà distrait de son département huit régiments, deux batteries et cin(| cents boulets. " Il ajouta " Le peuple commence à se plaindre de ce ([ue je dépouille ainsi le Département de ses moyens de défense : mais j'ai demandé au gouverneur Moore 10,000 volontaires et miliciens pour le service de l'Etat. De nouvelles recrues, armées de fusils à deux coups, peuvent facilement défendre nos retranchements contre toutes les troupes que l'ennemi pourrait lancer contre eux."
Dans la même lettre, Lovell remarquait "qu'il avait déjà envoyé de grandes quantités d'approvisionnements aux armées des généraux Jolmston et Polk." Le G mars, il écrivit de nouveau :
"Ce département a été complètement démuni de ses moyens de défense. Nous avons satisfait à toutes les réquisitions d'iiommes, d'armes et de munitions, à un tel point , que /(/. NoiiveJlc-OrUans est rnalntcndut irresque sans cJr/c/isc. En retour de ces réquisitions, on ne nous a rien envoyé. Mobile, Pensacole et Galveston sont défendues par des colombiades de dix pouces, tandis (pie la Nouvelle-Orléans n'a aucune pièce au-dessus de huit pouces, etpeu d'un calibre inft'rieur. La ligne de fortifications autour de la ville est complète aujourd'hui, mais j'en ai retiré dix canons pour le service de la flotte, et seize pour l'armement des navires que nous pnqiarons pour les expéditions sur le fleuve. Pour défendre ces lignes j'ai de la milice armée de fusils à deux coups, et des caronades de -32 livres, et si maintenant vous nro])ligpz h vous approvisionner de poudre, nou,s ne serçus
pas en mesure derésister. La seule chose ù nous pourvoir est de lu poudre en suffisance, pour nous permettre de faire face à une attaque prolongée des navires et des bateaux à mortiers sur deux points : les forts Pike etMticomb, sur le lac, et les» forts Jackson et St. Philippe, sur le fleuve. Si la flotte fédérale réussit à passer sous le feu des deux premiers forts, nous pouvons encore nous défendre par tt-rre; si elle passe les deux autres, elk^. peut immédiatement s'avancer sur la ville."
Le 9, le général Lovell tijouta, après avoir emunere les troupes enlevées de son département :
"Vous verrez ainsi que le Département a ete complètement démuni de tout corps de troupes organise. Il se trouve maintenant des personnes qui aflîrment que c'est à dessein que j'expédie ainsi toutes mes troupes, et afin que la que la ville puissse devenir une proie facile aux mains de l'ennemi. J'ai satisfait à toutes les réipiisitioiis de munitions, et il ne me reste que celles qui sont maintenant distribuées aux hommes. Je n'ai pas de fonds à ma dispositions pour acheter de» a[)provisionements en remplacement de ceux que j'ai envoyés. Si l'ennemi a l'intention de nous attaquer ici, il le fera bientôt, et j'espère n'avoir plus d'autre appel à faire pour être placé dans de meilleures conditions de défense."
Pendant que cette correspondance se poursuivait entre le général Lovell et le Département de la Guerre, voyons ce qu'il était advenu des constructions navales du port, destinées, d'après l'opinion des autorités de Richmcnd, à dissiper toutes les craintes que le général Lovell pouvait éprouvei- au sujet de la sûreté de la Nouvelle-Orléans. M. Benjamin, secrétaire de la guerre, avait écrit au commandant général: " D'après la récente expérience du Virginia, et ce qui m'a été rapporté des steamers de la Nouvelle-Orléans, j'ai la ferme confiance que si un seul de ces derniei's est achevé avant que l'attaque sur la Nouvelle-Orléans ait lieu, il suffira pour disperser et détruire toute flotte que l'ennemi pourrait envoyer dans la rivière, par le haut ou le bas du fleuve. Les officiers de marine disent que le steamer de TiFT, est de beaucoup supérieur au VirginraJ^
Dans le rappoi't que M. Mallory, secrétaire de la marine, lit au Congrès le 27 février 1S62, il fit l'afHnnation suivante: " On construit maintenant à la Nouvelle-Orléans deux grands et formidables vapeurs, d'environ quatorze cents tonneaux chacun, et disposés de manière à porter vingt fortes pièces. L'un d'eux, le Louisidiia, a été lancé et est presque achevé; l'autre, croit-on, pourra être complété en six semaines."
A propos de la construction de ces navires, nous devons relater ici le témoignage que fit le gouverneur Moore, de la Louisiane, devant un comité secret du Congrès confédéré. Ce témoignage est doublement intéressant, comme ayant un rapport immédiat avec les événements du moment, et comme un curieux exemple de la manière dont les afFciires
de la Confédération étaient conduites. En voici un extrait:
"Ma iininicTc iutcrvcntldu ii tivp, — cf. do luquollo on n'a gardé aucune iidlc, —- dalc du 2() féviici- 18f)2. Quelques gcinainos auparavant, j'avais olé a\f'rli que li'S travaux do construction du bclier Mississijipi n'étaii'iil- i>as pouFsés avec l'activité et l'énergie quo le danger de la (-iluation me j^cmlilait exiger. Plusieurs négociants de la Nduvelle-Oiléany, et partioulicr(>nieiit In Comité de Sûreté publique, nie parlèi'ont do la lenteur avec laquelle ces travaux étaient conduits, mais je m'étais abstenu de toute immixtion, me bornant à exprimer verbab^ment mon mécontentement au commandant général (l.ovell), qui me répondit qu'il n'avait rien à voir dans ces travaux. Par la sui'e, ce[)endant, il donna pnur excuse à celte funeste Apathie : "que les travaux ne pouvaient jias clr(^ poussés plus artiveinent faute do fonds." Le département de la marine n'avait pas payé ses obligations, rt, par suite, avait perdu tout crédit. Vax consérjeence, j'envoyai au département du Trésor le télégramme suivant :
'' Xouvei.lk-'Jki,kan>', 2G février \ci'>'l. " (r. (i. M KMMiiNtii:iî, Scitét.inc da 'l'résor, Ridiinoinl : '• Le dépaitiMneiit de la marine doit près d'au millidn. h'on cn'dit est arrêté. Si vous le désirez, je {dacerai deux millions au crédit ilu gou^ vernemeni, sur le comjite de la taxe de guei're, do manière ii ce (jue les dettes pni-sent être payées et les travaux poussés activemriit.
"'i'noMAS 0. MooHK, Gouverneur."
" Une des causes du délai apporté à r;>cbèv(Mnent du Missi-^isipi était le iietit nouibre des ouvriers qui y étaient emplo^'és. Pendant longtemps ceci m'avait [iréoccupé, mai,< aucun ollJcier du gouvernement ne pariiissait se (^'oire autijii e à intervenir. ,)'a[i[)ris dans le muis d'avril que l'exeur^f doiméi^ à cette apathie était rini[ios.-<ilii!ilé de trouver des manteuvres. J'adressai aussitôt aux C(.uislrue'eur,» une lettre, datée du ].") avril, et dont ^'oici un e.\trait :
'' L'importance urgente d'avoir le bélier à vapeur yii/vs/s!»//!;," aebevé immédiatement, m'autori.-^e à vous requérir de donner à .M. Tifl, le constructeur, toute l'assistanoe qui piut cire avant.'!;-' usi ment emploj'ée par lui pour arriver ii ce but. (le na\ire, s'il <sl counjlélé et armé dans les quinze* jijurs, coniuie neus l'r.sjH'rdii.'S nous sera au.-s utile, et peut-être plus, ([uo cinijuante mille K-olJat-, et sulliru à cha-si'r du fleuve touto la marine des l'^tnts-Lnis. '
"A la réception de cette b ttre, les cnn.-trui'teurs fmirnirent iinmé diatement aux frères Tift autant d'iiouimcs que ceux-ci voulurent en recevoir.
"Il y eut encofe une autre cause de retard : les l'ift m' couipriient pas que la ville était en danger, et c« ne fut qu'a^irè-s la chute de la ville que j'appris que, en admettant mémo que les œuvres en bo's des navires eussent été achevée?, ceux-ci n'eussent pas été en état de se défendre. Depuis, je fus informé qu'au moment où la ville fut [)rise, les plaques du bélier étaient encore aux usines à Atlanta, et ses canons dispersés tout le long du chemin de f,-r de "Weldou à Jaekdti ; ils n'arrivèrent dans cette dernière ville que quelques semaines a[irès."
Dans le mois d'avril iS<j2, voici (pielle était la condition des défenses de la Nouvelle-Orléans: contre toute al ta (jue de terre, tentée par les forces qu'il était [)0ssible à l'ennemi d'y employer, la ligne intérieure de fortifications, telle (pie le major-général Lovell l'avait adoptée et complétée, constituait une défense suffisante, mais l'eflicacité de cette ligne était grandement diminuée par les réquisitions continuelles des autorités supérieures, qui retirèrent au général Lovell la plus grande partie de ses hommes. La ligue extérieure était bien établie, et aussi fortifiée que les moyens clont disposait le commandant le permettaient. Mais les
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
canonnières blindées Lonhlana et Mississijq/l, n'étaient pas en état de service. Dans cette circonstance extrême, il devint indispensable d'obstruer la navigation du Mississipi entre les forts Jackson et 8t-Pliilippe, Suivant les ordres du général Lovell, on compléta l;i construction d'un l'adean composé de onze goélettes démâtées, fortement amarrées, reliées l'une à l'autre par six grosses chaînes, et barcant le passage en s'étendant d'une rive à l'autre du ilississipi.
La flotte fédérale qui menaçait la Nouvelle-Orléans comptait quarante-six navires, portant deux cent quatrevingt-six canons et vingt-un mortiers; elle était placée sous le commandement du commodore Farragut. Le radeau construit par Lovell se ti-ouvait placé à environ un mille au-dessous des forts Jackson et St-Philippe. Malheureusement, un violent ouragan le rompit, et, pendant la nuit du 1 G avril, les vapeurs de l'ennemi, portant des forces considérables, remontèrent lentement le courant, et se préparèrent à attaquer les forts.
Cependant il n'existait à la Nouvelle-Orléans aucune alarme et l'on supposait généralement que l'ennemi ne voulait que bombarder les forts et qu'une telh- (-nfTcqji-ise n'aurait aucun résultat sérieux.. La ville continuait à s'endormir dans une sécurité tromi)euse. Bals, soirées, représentations théâtrales se succédaient sans interruption. Des milHcr.s de personnes descendaient le fleuve et allaient contempler le bombardement en i)artie de ])laisir, car il fut bientôt reconnu que le feu de l'ennemi était impuissant et (pie les forts n'avaient été que peu ou point atteints i>ar ses pièces de onze pouces. A la nuit, la plus grande vigilance était exercée, de manière à permettre aux commandants de se rendre compte des mouvements de l'ennemi. Le 23 avril, après une semaine de bombardement, h^s Fédéraux avaient lancé sui' les forts vingt-cinq mille ])ombe,s. Le général Duncan rapporta que deux de ses canons du ibrt Jackson étaient démontés ; une demi douzaine d'hommes, tués ou IJessés formaient toute la perte d'eftVctif, (^t les travaux étaient aussi solides que jamais.
La soirée du 23 avril se passa sans autre incident remarquable. On croyait désormais les défenses sutïisantes pour défendre le passage du lleuve et on espérait que Farragut se retirerait bientôt, en voyant l'inutilité de ses efforts. Le 24, vers trois heures du matin, un grand nombre de vaisseaux ennemis remontèrent rapidement le fleuve et comme ils passaient par le travers des l^^rts, notn^ artillerie dirigea sur eux un feu très vif. Bientôt le combat devint furieux. A travers un ouragan de feu, les navires ennemis réussirent à forcer le passage, Farragut les guidant à bord du Harfford. Ils n'allèrent pas loin avant de rencontrer la flotte confédérée, se composant de dix-sept vaisseaux, dont huit seulemont étaient armés. Quelques-unes des canonnières confédérées portaient deux canons ; d'autres, un seul : Néanmoins elles résistèrent avec un courage désespéré à la flotte supérieure de l'ennemi, jusqu'au moment où leurs comman-
dants jugèrent à propos de les échouer, de les couler ou de les bi'ûler. Le Loalsiana était ingouvernable et ne pouvait se servir qmj de deux de ses neuf canons ; quand il fut bien démontré que rien ne pouvait empèclier notre ligne d'être brisée \);iv l'ennemi, on }irit le parti de l'échouer et de le faire sauter, luen ^\\\q. les bordées fédérales ne lui eussent causé aucun dommage. \]\\ autre de nos navii'es, le Governor 3Iui)rc, commandé par le brave capitaine Kennon, se défendit audacicusement contre douze canonnières et corvettes de guei're et tira sa dernière gargousse à courte portée ; puis, son commandant le fit jeter à la côte et le fit sauter pour empêcher l'ennemi d'en prendre possession.
Le 24 avril, quand on sut à la Nouvelle-Orléans que la flotte ennemie avait forcé le passage et s'approchait de la ville, la confusion devint indescriptible. Le peuple, surpris par cette nouvelle, pouvait à peine y ajouter foi, mais bientôt les flammes s'élevant des chartiers d'Alger et d'autres places, — en annonçant que les fonctionnaires du gouvernement s'occupaient activement de détruire tout ce qui pouvait être de quelque utilité à l'ennemi, — le convainquit de la triste réalité. On coula ou on fit sauter le Ji/.s.szs.s/J^?^:»/*, encore inachevé, et plusieurs autres cannonières. De son côté, le l)eu})le s'empara des presses, eu retira des milliers de balles de coton et y mit le feu ; de nombreux navires chargés de ce produit furent aussi coulés ou brûlés, une grande quantité de steamers du fleuve furent détruits de la même manière. Déjà, la voix du canon se faisait entendre dans le lointain ; la chaleur de la température, jointe à l'incendie allumé dans toutes les directions échauôaient considérablement l'atmosphère , tandis que d'épaisses colonnes de fumée contribuaient encore à l'alourdir. lia scène était à la fois terrible et grandiose ; les lueurs sinistres de l'incendie rivalisaient avec l'éclat du soleil ; ,de grandes masses de fumée s'élevaient lentement dans les aiis ; les navires sacrifiés, envelop})és d'im rideau de feu, suivaient le courant du fleuve, menaçant la flotte fédérale de destruction certaine, si celle-ci n'évitait pas leur contact. Au milieu de cette sublime, mais affreuse scène de destruction, les cloches d'alarme n'avaient [)as cessé de sonner.
Quoique serré de près pendant l'engagement des canonnières près des forts, Lovell avait pu s'échapper. Suivant à cheval le chemin de la Levée, il se dirigea rapidement sur la Nouvelle-Orléans, où il arriva vers deux heures de l'aprèsmidi. Le peuple s'amassa autour de lui et écouta avec anxiété le récit de l'engagement et des exploits héroïques de notre flottille ; cette catastrophe inattendue l'exaspéra au dernier point. Le général Lovell jugea alors convenable de se retirer avec son petit corps de troupes à quelques milles de la place, dans le but d'éviter le bombardement ; cette idée fut pleinement approuvée par le conseil municipal. Conséquemnient, les deux mille huit cents hommes qui composaient toute l'armée de Lovell se rendirent par chemin de fer à environ quinze milles au-dessus de la ^;ille, de manière à être prêts à revenir, si les circonstances Texigeaient.
L'évacnatiûii de la ville par les troupes du général Lovell fut. le signal d'une nouvelle consternation et d'une ère de désordre. Pendant toute l'après-midi et la nuit du 24, le tumulte et la confusion régnèrent dans la ville, tamlis que les détonations lointaines annonçaient l'arrivée de la Hotte fédérale. Celle-ci s'avançait prudemment, canonnant indistinctement tous les objets suspects. Une foule affamée commença le pillage des magasins et des propriétés ; tous les véhicules possibles, les camions, les sacs, les paniers, furent employés à enlever tout ce qui pouvait être pillé. Des murmures sinistres s'élevaient des groupes formées par des milliers de citoyens alarmés. Quelques-vuis proposaient de mettre le leu à la ville, plutôt que de la laisser tomber aux mains de l'ennemi, mais l'opinion générale fut que de tels excès seraient Inentot combattus et que, puisque la ville était entièrement à la merci de l'ennemi, il ne fallait lien l'aire qui pût provoquer un Jiombardement. [XXXVIII].
Dans la matinée du 25, on put voir l'avant-garde de la flotte de Fariugut arrivant sur la ville. En passant par lo travers du camp Cbalmette, elle fat accueillie par une canonnade partant des travaux d<^ terre construits dans c(^ camp, mais elle les dépassa sans être endommagée par leur feu et jeta l'ancie à jdusieui's re^irises avant d'arriver en ville, où elle entra sabords ouverts, et prépaiée à un liombai'doment immédiat. F;irragut ouvrit aussitôt une corresixmdance avec le maire et demanda la reddition de la place et des forces entières de L(n'ell ; mais ce dernier avait évacué la ville, qui se trouvait par-là sous la juridiction exclusive du maire Monroe. Ce dernier évita une reddition formelle, en déclarant à l'ennemi que s'il désii'ait que les drapeaux flottant sur les édifices publics de la Nouvelle- Orléans fussent abattus, le conmiandant de la flotte devait lui-même envoyer des troupes à cet effet.
La correspondance relative à la reddition de la ville fut prolongée jusqu'au 28 avril. Il y avait un but à ces attermoiements. La confiance du peuple s'était relevée, dans une certaine mesure ; il existait encore quelques lueurs d'espoir. Aussi longtemps que les forts St. Philippe et Jackson et les batteries de Chalmette restaient intacts, il était encore possible de tout sauver. A bord des navires ennemis il ne se trouvait aucune troupe do débarquement qui put occu})er la ville, les transports ne pouvaient remonter le fleuve tant
que les foi'ts tiendraient. Les forces de terre de l'ennemi, sous le commandement du général Butler, se trouvaient à Vile aux Vaisseaux et à Mississippi City (Mississipi). Si ces ti'i)U})es avai<Mit essayé de marcher sur la Nouvelle-Orléans [)ar la voie de tene, les Confédérés aiu'aient l'ompu les levées et noyée l'ainiée de lîutler dans les marécages.
Ce dernier esjioir devait être aussi anéanti. Pendant que Farragut et le uKiire Monroe échangeaient une longue et acerbe corres])ondance, une nouvelle accablante se répandit dans toute la ville, — les forts Jackson et St.- Philippe s'étaient rendus à l'ennemi. Cette reddition avait été nécessitée par la révolte de la garnison. En inspectant les canons du fort Jackson, le général Duncan en trouva un grand nombre encloués ou démontés ; trois cents honunes se groupèrent autour de lui en lui demandant de rendre le fort. Pi(Mnontrances, menaces, prières, tout fut inutile. En vain le général Duncan déclara à ces hommes que c'était encourir une honte éternelle d'abandonner les travaux encore abondamment ]iourvus de munitions et portant à peine les traces d'un premier combat ; en vain il leur r(q)résenta que le fort était imprenable ; eu vain il les assura qu(^ la gainison pourrait faire sauter le premier trans[)ort de Putler qui oserait tenter le passage, si elle voulait rester à son poste ; ces créatures sans Ai né qui déshonoraient l'uniforme confédéré, ne voulurent rien entendre et exigèrent la reddition. Déguenillé, exténué et noirci de ])oudre, Duncan arriva à la Nouvelle Orh'ans pour y raconter l'histoire de cette grande catastrophe. Une foule muette, l'assemblée sur la levée, écoula le récit du général confédéré avec honte et terreur.
Farragut, informé de la reddition des f trts, voulut alors presser la reddition totale et formelle de la ville, avant l'arrivée des transports de Butler. La correspondance échangée avec le maire dura plusieurs jours
Yoici les quatre pièces les ]dus imi)ort,antes de cette correspondance : (XXXIX.)
IToTEr, DR ViLLK DF. LA XorVEr.I.R-ORI.EAN'f:,
2C, avril \^i'>2.
Au, cominodorc D. C. F(in-(i;2^}t.t, etc.
Monsieur, — A la suite d'une tléterminatinn prise ] our gauvpgardpr la vie dos fomnios et dos enfants qui peuplent eneovo cette grande métropole, le général T.ovnll l'a évacuée à la tète de .ses troupes et m'a rendu son administration et son gouvernement, et. la garde de son honneur.
(XXXVIII) Sans l'attitude énergique de quelques citoyens influents et des milices nationales et étrangères organisées pour le maintien de l'ordre dans les limites de la municipalité de la Nouvelle-Orléans, le pillage eut pris des proportions efl'rayantcs et ne se fut certainement pas arrêté h la destruction ou l'enlèvement des riches produits, sucre, mélasse, etc., amassés sur la levée; déjà, quelques-uns des pins hardis pillards do la populace se pré. paraient à forcer les magasins particuliers, quand l'intervention sa'utaire des corps européens vint h temps pour sauver la ville du vol et de l'incendie, qui prenaient déjà des proportions dont on ne pouvait prévoir les limites. Depuis le départ de Lovel! et des troupes chargées de la défense, il n'existait en ville aucun i)ouvoir militaire ; l'autorité municipale, dépourvue de moyens d'action, était impuissante à réprimer le désordre. La protection générale exercée sur toute la ville par les corps européens fut aussi cfïicace cpie le reclamait la gravite des circonstances.
Les deux corps étrangers (brigade européenne, général Paul Juge, commandant; brigade française, général Victor Maignan,) avaient été organisés pour la poiice de la ville, dans le cas où l'autorité ordinaire se fut trouvée impuissante à l'exercer ; ils ne pouvaient être obligés à sortir des limites de la ville. C'est dans ces conditions que le gouverneur de l'Etat avait accepté leurs services et que le maire Monroe les requit, quand le départ des forces de Lovell, et l'anarchie qui s'eu suivit, menacèrent la Nouvelle-Orléans d'un pillage général. (A^ du Inul)
(XXXIX) £es lettres ne se trouvent pas dans le texte de " TIte Losl Cause.'' {N. du trad.)
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
De concert avec les Pères de la Cité, j'ai pris en considération la deman'le que vous me fîtes hier de la reddition sans condition de la ville et de Tordre qui l'accompagnait de hisser le pavillon des Etats- Unis sur tous les édifices publics, et d'amener celui qui flotte encore au vent au sommet de cet hôtel. Il est de mon devoir de vous transmettre la réponse que le sentiment universel do mes constituants, aussi bien que les impulsions de mon propre cœur, m'ont dictée dans cette si triste et si solennelle conjoncture.
La ville est sans défense; la force t-t le matériel qui pourraient lui ptrmf-ttrc de tenir tète à l'armement redoutable que vous déployez devant elle, lui font faute.
Je ne suis point militaire et mes pouvoirs ne s'étendent pas plus loin que le maintien des lois municipales de la ville.
Ce serait présomption de ma part de vouloir conduire au champ de bataille une armée si j'en avais une, et je sais moins encore comment rendre une ville sans défense, comme celle-ci, à la merci de vos artilleurs et sous la gueule de vos canons.
Rendre une place dans de pareilles conditions, serait une vaine et futile cérémonie. La ville est à vous de parla force brutale, nullement par le vœu ou l'assentiment de ceux qui l'habitent, et c'e t à vous seul de décider du sort qui l'attend.
Quant à hisser un pavillon qui ne serait pas celui de noire amour et de notre allégeance, inissez-moi vous dire qu'il n'est pas encore né ["homme dont le cœur et les mains ne se glaceraient pas ii la pensée d'un tel acte ; et au nombre do mes administrés, je ne compte pas le misérable rtnégat qui oserait, de sa main sacrilège, profaner ainsi l'emblème de nos aspirations à être un peuple libre et non un troupeau d'esclaves.
Vous avez, monsieur, manifesté des sentiments qui honoreraient un homme dévoué à une cause meilleure que celle que défend votre épée. L"ne noble nature, quoique égarée, les fit naître, je n'en doute point, et je sais apprécier comme il convient les émotions qui les inspirèrent.
C'est un brave et généreux peuple celui que vous aurez à administrer durant votre occupation de la ville, et surtout sensible à tout ce qui pourrait atteindre du plus loin son honneur et sa dignité. Pour Dieu I ne le laissez pas insulter par la présence de ces odieux misérables, làclus déserteurs de la grande lutte que nous soutenons, ni par celle de ceux qui pourraient lui rappeler d'une façon trop poignante que vous êtes les vainqueurs et que nous sommes les vaincus.
L'ordre et la tranquillité peuvent être maintenus sans recours à des mesures qui ne pourraient que blesser ses susceptibilités et mettraient en feu ses passions.
Les engagements que je prendrai en son nom seront religieusement exécutés.
Tous pouvez vous fiera son honneur, mais non compter sur sa soumission à un traitement indigne de lui.
Te suis, etc.,
JoH.\ T. MoxiiOE, inaire.
A Bord du "Hartfoiîd,"' Nouvelle-Orléans, 2G avril 1802,
A Son Honneur le maire de la ville de la Nouvelle-Orléans :
Monsieur, — A mon arrivée devant la ville, j'ai envoyé à Votre Honneur le capitaine Bailey, de la marine des Etats-Unis et commandant en second cette expédition, pour vous sommer de rendre la Nouvelle-Orléans entre mes mains, en ma qualité de représentant des Etats-Unis. Le capitaine Bailey m'a rendu compte de votre entrevue avec les autorités militaires et avec vous-même.
Il doit venir à la pensée de Yotre Honneur qu'il n'appartient pas à un officier de marine de se charger des fonctions d'un commandant militaire.
Je suis venu ici poiu" réduire la Nouvelle-Orléans à l'obéissance des lois des Etats-L'nis, et venger la majesté offensée de leur gouvernement.
Les droits dos personnes et des propriétés soct en sûreté !
Je V0U3 somme donc, en votre qualité de représentant de la ville, de la rendre formellement ; de faire arborer aujourd'hui, avant midi, le drapeau des Etats-Unis sur l'IIôtel-de-Ville, la Monnaie et la Douane, et de faire disparaître, avant la même heure, tous les drapeaux et emblèmes de souveraineté autres que ceux des Etats-Unis.
Je vous requiers tout particulièrement d'exercer votre autorité pour faire cesser les scènes de désordre, rétablir l'ordre et engager tous les bons citoyens de la Nouvelle-Orléans à reprendre immédiatement leurs occupations. Je vous sonmie surtout de ne pas permettre qu'aucun habitant ait à souffrir, en sa personne ou ses propriétés, pour avoir exprimé dos sentiments de fidélité envers son gcuvernemcnt.
Je punirai sans tarder et avec sévérité, toute personne qui commettra des indignités pareilles à celles d'hier, lorsqu'on a vu des hommes armés tirant sur des hommes, des femmes et des enfants sans défense, parce que ces derniers avaient exprimé leur joie en revoyant le vieux drapeau.
Je suis, etc.,
D. G. Fakeagut, Officier commandant l'escadre occidentale du blocus du Golfe.
A Bord du ''Hartford," Nouvelle-Orléans, 28 avril 1862.
A Son Honneur le maire tt au Conseil de ville de la 'Nouvelle-Orléans :
J'ai reçu votre communication du 2G et en même temps celle du Conseil de ville.
Je regrette profondement do voir, par la teneur de ces deux pièces et par le maintien du drapeau de la Louisiane sur la Maison de cour, une détermination prise par les autorités de la ville d ■ ne pas amener ce drapeau. En outre, quand mes officiers et mes hommes ont été envoyés à terre pour communiquer avec les autorités et pour arborer le drapeau des Etats-Unis sur la Douane, avec la défense la plus sévère de ne pas user de leurs armes à moins qu'ils ne Cassent assaillis, ils ont été grossièrement insultés et le drapeau qui avait été, par mes ordres, arboré sur l'hôtel de la Monnaie, a été arraché et traîné dans les rues.
Tout cela tend à prouver que la ville peut s'attirer le feu de cette flotte à tout moment, et si un tel événement se réalise, la levée serait, selon toute probabilité, labourée par les bombes, et une grande détresse frapperait la population innocente, malheur que je me suis efforcé d'éloigner jusqu'à présent par tous les moyens.
Vous avez maintenant l'option. Slais il est de mon devoir de vous prévenir de flùre sortir de la ville les femmes et les enfants dans les quarantehuit heuïe«, si j'ai bien compris votre détermination, - '■■■
Très respectueusement, etc.,
D, G. Farragut, Officier commandant l'escadre occidentale du blocus du Golfe.
29 avril 1862, Monsieur, — C'est à votre message de ce matin que je dois la première intimation que c'est sous l'empire d'ordres péremptoires donnés par vous, que quelques officiers envoyés à terre pour parlementer avec les autorités de la ville, ont essayé de hisser au faîte de quelques édifices publics le pavillon des Etats-Unis. Ceux qui sont venus près de moi en votre nom n'ont ni révélé l'existence de pareils ordres, ni laissé soupçonner que tel pût être votre dessein; et je n'eusse jamais conçu le soupçon le plus éloigné qu'ila avaient pu être commis à une pareille mission, lorsque les négociations entre vous et les autorités municipales étaient encore pendantes. Aussi longtsmps que ces négociations n'étaient point closes, la présence de toute force sous vos ordres ne pouvait être qu'une violation inqualifiable des égards, sinon des droits indescriptibles, qui appartiennent anx belligérants dans de pareilles conditions. Je n'ai rien à modifier dans mon appréciation d'une pareille conduite. Vous renouvelez maintenant la demande contenue dans votre premier message, et vous insistez sur son exécution péremptoire avec menace de bombarder la cité dans quarante-
huit heures. Vous me notifiez d'avoir à éloigner de la ville les fein- chute du fort Doiielson avait brisé notre centre dans l'Ouest^ mes et les eufants pour li^s mettre à l'abri de vos boulet?. celle de la NouYclle-Orléans châtia plus sévèrement encore
Vous ne pouvez point ignorer, monsieur, qu'il n'y a pas ici d'issue -j,^ yanité des Confédérés, annihila leur pouvoir en Louisiane^ nnssihip nour une uoDulation dont le nombre dépasse encore cent qua- i • .• i m i. i ij? i
possiDiL poui .iu« p(..pu..iLiuu u ui 1 f ,. . , romi)it leurs communications avec le Texas et le 2;olie du
rante mille âmes, et vous n'avez pu vous méprendre sur l'inanite \ i p - . ^ .• i o i '
i Mexique: leur lerma tout accès aux parties du feud qui d'une pareille sommation. i i -
Nos femmes et nos enfants ne peuvent échapper à vos bombes, s'il leur fournissaient les céréales et les bestiaux, donna à 1 ennemi vous plait de les égorger pour une question d'étiquette. Mais s'ils 1h | une nouvelle base d'opôrations, ct, résultat plus déplorable pouvaient, i! en est pf-u qui voulussent consentir à déserter leurs fa- encore, affaiblit la confiance que l'Europe avait dans l^^ milles et leurs foyers et les tombes des leurs, d.i s ce moment su- g^-^^.eès de la Confédération.
ni-pme lU verraient sans fléchir vos bombes broyer les cercao!!.* de ' ^ -, , • ^ - -i. i ■ ' i t ht i.
pieme. ii, venuum ..lus accu i , o j Le document suivant, écrit par le çvoneral Lovell, discute
ceux qui leur furent chers autrefois et ne croiiaient pas mourir sans [ ' - x ^ • .. n- -i i
, , , ,, ' , •'^' - i., „^^-,;,.^ p,J au point de vue militaire et d une mnniere très luteliiojibie
quelque gloire sur les tombes élevées par leur piete a la mémoire oe ; i ^ o
ceux qui np sont plus. ! '^s «^^^i^ 'F^ ^'<^^^^ ^^"^^^ ^ évacuer la ville. Cette pièce
11 ne vous sutnt point de prendre possession paisible d'une ville ué- i eomi)lète de tous points riiistoiique de ce grand désastre.
nuée de tout, incapable d'opposer la moindre résistance à vos canons, parce qu'elle conserve dans ?a détresse une digne fit-rté. Vous vouUz nous humilier et nous salir en nous imposant l'acconiplisseinent d'un acte que répudie notre nature. Cette satisfaction vous ne l'aurez jimais. Bien que sans armes et sans déf>^n-e, nous subirons vos bombes et vos boulets, et le monde civiiisé vouera à un éternel pi'oii de honte le cœur qui osa concevoir et la main qui accomplirait un par.-il acte.
Je suis, etc.,
John T. Monroe, iriaive.
Farragut envoya donc son ultimatum, en se plaignant de ce que le drapeau d'Etat de la Louisiane continuait à flotter sur l'hôtel de ville et concluant par une notice "d'envoyer les femmes et les enfants dans les quarante-huit heures hors des limites de la ville," ce qui impliquait une menace de bombardement. Le drapeau ne fut pas amené et la menace ne fut pas mise à exécution. Le 1er mai, Farragut consentit à regret à envoyer ses propres forces abattre le drapeau.
Yers midi, Farragut fit débarquer deux obusiers à bras et un corps de deux cents marins qui se dirigèrent sur l'hôtel de ville. L'ofiicier qui les commandait monta au sommet de l'édifice et enleva le drapeau de l'Ktat de la Louisiane, — ce symbole des droits souverains des Etats. Cette action fut accomplie dans un profond silence ; la foule ne poussa aucun cri ; son indignation était im^missante. L.^ peuple, les lèvres frémissantes, le front sombre, vit la cérémonie qui achevait son humiliation et plaçait au dessus de la ville l'emblème de la plus tyrannique oppression. La multitude, muette et consternée, encombrait les rues avoisinantes; les marins fédéraux se tenaient rangés et immobiles à leurs postes l'atmosphère était lourde, ce qui ajoutait à l'angoisse de cette scène. Au milieu d'un silence mortel, le drapeau étoile des Etats Unis fut hissé sur l'hôtel de ville ; la Nouvelle-Orléans était perdue à jamais pour la cause de la Confédération.
Ce fut ainsi qu'après un engagement insignifiant, si on le compare à l'immensité du résultat obtenu, la Nouvelle- Orléans, ville peuplée de plus de cent soixante-dix mille habitants, métropole du Sud et le plus grand port d'exiKrtation du monde entier, tomba au pouvoir de l'ennemi. Ce .désastre fut un coup terrible porté à la Confédération, La
'•Je résolus d'évacuer la Nouvelle-Orléans, après q'ue la flotte ennemie eut passé les fort-s, pour les raisons suivantes: la concentration princi])ale, ou môme presque absolue des moyens de défense : hommes, navires, canons, avait été faite dans ces forts, qin étaient actuellement désignés comme le point où aurait lieu la bataille livrée pour la défense do la Nouvelle-Orléans, contre une flotte remontant la rivière. Tout ce qui puu^'ait être employé- à la défense y avait été i;issoniblé, à l'exception des douze canons postés sur la ■ivière. dans la ligne intérieure. Des obstructions avaient aussi été placées près des furts, et jusqu'au moment où l'ouragan les enleva, elles constituaient un obstacle suflîsant pour arrêter toute flotte hostile. Les officiers préposés à la défenîe fluviale de la ville avaient concentré toutes leurs troupes dans ces forts, et bien que la Nouvelle-Orléans fut encore en état de résister à une attaque quelconque par terre, — même après le passage des forts par la flotte, obtenu au prix d'un conflit incessant de six jours et de six nuits, — je savais qu'aucun obstacle matériel ne pouvait désormais empêcher la flotte de se diriger immédiatement sur la ville et que tous les canons, forts et garnisons iflacés sur les dix ou douze avenues navigables ouvrant un passage sur la place ne serviraient à aucun usage.
"Les douze pièces des travaux ouverts construits en terre à la ligne inférieure n'avaient que vingt charges de poudre chacune, [le reste ayant été donné au Louisiana,'] et ne pouvaient opposer aucune résistance sérieuse à la flotte qui avait déjà afi:rontéplus de cent canons montés sur remjiarts, mieux manœuvres, et amplement pourvus de poudre,
"La ville est environnée de marécages et n'offre qu'une seule communication avec la terre ferme : l'étroit défilé qui se trouve entre le fleuve et le lac Pontchartrain. A Kenner, sur le Mississipi, à dix milles au dessus de la ville, l'étroite bande de terre ferme qui s'étend entre le fleuve et les marais bordant le lac n'a pas plus de trois quarts de mille de largeur ; c'est là que passe le chemin de fer de Jackson. Au moment de l'évacuation, les eaux étaient très hautes et le niveau du fleuve atteignait la crête des levées ; un seul des grands navires de guerre de l'ennemi, ancré par le travers de cette passe, eut facilement défendu, à faible portée, la seule bande de terre ferme qui fait communiquer la Nouvelle-Or-
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES
léans avec l'intérieur, et eut pu balayer avec son artillerie (qui, en raison de la hauteur du fleuve dominait toute la surface des terres,) chaque pied de terrain situé entre la rivière et le lac.
"Les obstructions jdacées à travers les Eigolets, vis à vis du fort Pike, avaient été enlevées par un orage peu de temps auparavant: le pont de quelques navires était brisé et à la déiive. Le chenal était donc complètement ouvert et donnait accès dans le lac Pontchartrain par un courant aussi large que le Mississipi, et par où l'ennemi aurait pu facilement pénétrer, à la faveur de la nuit. Un tel mouvement, combiné avec l'occupation, par un ou plusieurs vaisseaux de l'ennemi, de la passe Kenner, aurait complètement investi la Nouvelle-Orléans, et coupé toutes ses communications avec l'intérieur, ta.nt par terre que par eau. Les efforts que j'avais faits pour accumuler en ville des provisions suffisantes pour nourrir la population étaient restes sans résultat; quelques jours avant l'évacuation, j'aurais pu m'assurer qu'il n'existait pas. dans toute la ville, assez de vivres pour soutenir les habitants pendant dix-huit jours. Persuadé que l'ennemi ne manquerait pas d'occuper Kenner, -r^ ce qu'il fit effectivement quelques jours api'ès, — je me convainquis que nous aurions été forcés de nous rendre avant moins de trois semaines, car la flotte ennemie, ancrée en face de la ville, interrompait toute communication avec le Texas et la Rivière Rouge, nos principales sources d'approvisionnements.
"J'avais, il est vrai, d^s rations pour les trouj)es (comptant moins de trois mille hommes) et suffisantes à les nourrir i)cadant plus de trois mois, mais ces rations n'eussent pu répondre pendant longtemps aux besoins de plus de cent cinquante mille bouches. Quelques steamers étaient détruits, d'autres avaient remonté le fleuve, de manière que le chemin de fer de Jackson était la seule voie de retraite ouverte aux femmes, aux enfants et aux non combattants de la ville et il eut fallu des mois entiers pour les transporter. Dans le voisinage de la Nouvelle-Orléans et dans un assez erand rayon au dessus de la ville, les familles ne pouvaient trouver de refuge que dans des marais remplis d'eau, et d'un autre côté, une grande partie des chefs de famille se trouvaient dans nos armées de la Virginie et du Tennessee, ce qui augmentait les difficultés de cette évacuation de non combattants,. Par conséquent, ce plan de faire transporter hors de la ville les femmes et les enfants et de rester avec les troupes, était entièrement impraticable. Treize navires ennemis étaient ancrés dans le fleuve et leurs canons pointés sur les rues, qu'ils auraient pu balayer dans toute leur longueur, ou y mettre le feu en différents points, si j'avais continué à occuper la ville avec mes troujîes : cet acte eût été justifié par les lois de la guerre, puisque sommation avait été faite de retirer les femmes et les enfants. Sachant que ï'ennemi n'avait — et ne pouvait avoir avant plusieurs jours,— aucune force de débarquemeiît., et ayant résolu, pour les raisons exposées plus haut, d'évacuer la ville, je crus convenable de faire partir immédiatement les troupes
et de laisser la Nouvelle-Orléans ouverte et non défendue^ en lui enlevant le caractère de position militaire. En agissant ainsi, j'ôtais à la flotte du capitaine Farragut tout' prétexte pour justifier un bombardement meurtrier et* une grande destruction de propriétés ; et comme l'ennemi ne pouvait occuper la ville en ce moment, j'aurais eu le temps d'emporter, sans être inquiété, la grande quantité de propriétés publiques qui étaient alors entre nos mains. Mes troupes, cependant, furent postées au camp Moore, à quatre heures de la ville par le chemin de fer et je pouvais, les circonstances l'exigeant, réoccuper la ville en n'importe quel moment pendant les quelques jours qui suivirent l'évacuation. Si j'avais eu égard aux clameurs populaires du dehors,, j'aurais pi'ovoqué le bombardement de la Nouvelle-OrléanSy, mais je ne me croj^ais pas autorisé à sacrifier ainsi des femmesî et des enfants, quand j'avais la certitude que deux ou troissemaines })lus tard, la famine m'aurait obligé d'évacuer la ville, ou, — s'il m'eût été impossible de le faire, — de larendre à l'ennemi.
" Je conférai à ce sujet avec le maire, plusieurs membres du conseil de ville et un grand nombre de citoyens notables:. aucun ne lefusa d'afl'ronter le danger, si on pouvait espérei" arriver à un résultat fiivorable, — mais tous, sans exception, en présence de telles circonstances, approuvèrent et con-seillèrent la retraite des troupes.
" En me déterminant à l'évacuation après que la flotteennemie eût passé les forts, je considérai nécessairement que la position était aussi grave que si l'armée fédérale se fut déjà trouvée en possession de la ville, en ne tenant compte quedu temps qu'il fallait à l'armée de terre pour remonter par les transports. Les navires de guerre de l'ennemi ayantr^orcé le passage défendu par les forts Jackson rt St-Philippe, ils pouvaient se mettre aussitôt en communication libre et ouverte avec l'armée, en se plaçante une distance quelconque entre les f)rts et la ville, et en profitant des petits courants d'eau qui débouchent dans le Golfe et dont la navigation était rendue facile par la crue extraordinaire des eaux. Pendant que le fleuve était eu notre possession, j'avais })U, facilement et sans aucun risque, défendre ces divers débouci;és à l'aide de chaloupes et d'une partie de la flottiil,' ^'.e défense du fleuve : j'avais également placé le régiment Skymanski, à la Quarantaine, dans le même but. Mais toutes ces défenses furent capturées ou détruites par la flotte ennemie après ciu'elle eut occupé le fleuve entre les forts et la ville.
"Il était aussi une autre et très importante raison pour que j'en agisse ainsi. Je savais qu'en continuant à occuper la Nouvelle- Orléans, nous aurions, selon toutes les probabilités, perdu en peu de temps nos troupes, nos canons et nos approvisionnements de toutes sortes ; et que l'ennemi aurait été bientôt en possession entière du fleuve aussi loin que Memphis ; cette dernière ville tombait également entre ses mains. En me retirant avec mes troupes je pouvais me diriger sur VickslGurg, occuper et fortifier cette position défensive. Le 17 avril, j'avais écrit au général Beauregard,
lui rec-iiiiiiianclant de fortifier Vicksburg et lui deraaudant dans ce Lut, un ofiicicr du génie; deux jours après l'évacuatiou, j'avertis le lieutenant-général Cooper, à Eichmond, * que j'occuperais Yicksburg et Jackson (Mississipi). J'envoyai dans ces places un certain nombre de pièces de fort calibre, beaucoup de munitions, tous les détacliements d'artillerie disséminés dans les divers forts des environs de la Nouvelle-Orléans, et la brigade d'infanterie du général Hmitli, Cjui prit le commandement général. Les officiers, les troui)es et les canons qui défendirent Yicksburg l'été dernier étaient, p-esque en totalité, ces mêmes hommes et ce même matéiiel que j'avais retirés de la Nouvelle-Orléans plutôt que de les laisser dans une position qui rendait leur reddition inévitable.
" Les événements cait donné raison à la ligne de conduite que i'ai suivie en rassemblant tous les moyens de défense de mon département sur un nouveau et plus fort point du ileuve.
^■' L'évacuation de la Nouvelle-Orléans et son occupation par Fennemi, devaient nécessairement être suivies tôt ou tard de l'abandon des divers forts et petits travaux de la ligne extérieure, érigés principalement dans le but de défendre les approches de la ville, et rendus inutiles par l'évacuation du point qu'ils avaient pour mission de défendre. L'ennemi, une fois en possession du fleuve en face de la ville, avait le contrôle du chemin de fer d'Opelousas, ce qui lui permettait de prendre par l'arrière les travaux construits à la baie Barrataria, au Grand Caillou, au bayou Lafourche et à la baie Berwick, et de capturer ces diverses garnisons, ainsi que les petites armes, les munitions et les provisions : — choses dont nous avions grandement besoin en ce moment. Je fis donc évacuer ces défenses ; les commandants des divers forts reçurent l'ordre de diriger leurs troupes et .tout leur matériel transportable au camp Moore ou à Yicksburg. Quelques-uns accomplirent ces ordres, majs une partie des garnisons, après une marche de quelque jours, refusa d'aller plus loin et, malgré les remontrances des officiers, se débanda et retourna à la Nouvelle-Orléans.
" Les forts Jackson et St. Philippe s'étaient rendus par suite d'une mutinerie de la garnison. Les forts Pike et Macomb avaient été abandonnés sans que je l'eusse ordonné. Quand je revins en ville, le 24 avril, a.prês le combat des fortS; j'ordonnai au colonel Euller, commandant les travaux construits sur le lac Pontchartrain (forts Pike et Macomb), de tenir tout prêt pour l'évacuation de ces deux points, si je jugeais à propos de l'ordonner. Supposant que l'ennemi allait occuper Kenner et m'ôter par là l'usage du chemin de fer de Jackson, je me déterminai à envoyer les troupes
et les munitions, par le lac Pontchartrain, à la fiasse Manchac ou à Madisonville, tandis que les deux forts des Rigolets défendraient l'entrée du lac le plus longtemps possible. L'ennemi, cependant, n'intercepta pas la voie ferrée immédiatement et la plus grande partie des hommes et du matériel purent être expédiés par le chemin de fer de Jackson. J'allai au camj:» Moore dans la nuit du 25 pour tout préparer sur ce point, et dans la matinée du 27, je fus informé que le colonel Fuller était arrivé à Covington (Louisiane) avec les garnisons des forts Pike et Macomb. Ce fat la première nouvelle que j'eusse de l'évacuation de ces forts. Je donnai l'ordre de les réoccuper immédiatement et écrivis au capitaine Poindexter, commandant la flottille du lac, de coopérer à ce mouvement. Le 28, le colonel Fuller répondit que les forts étaient démantelés, les canons encloués, les wagons détruits et qu'il était impossible de réoccuper ces travaux. Informé de la reddition des forts Jackson et St. Philippe dans la matinée du 29, je jugeai inutile de faire de nouveaux efforts pour reprendre possession des forts Pike et Macomb, qui, d'un autre côté, manquaient d'eau potable ; les citernes ne pouvaierft désaltérer la garnison que pendant quelques jours de plus. Pour cette raison, il eut été impossible de s'y maintenir et je crus plus 02)portun de sauver leurs garnisons, composées d'artilleurs bien dressés, et de les diriger sur Yicksburg, où elles rendirent de2:)uis d'excellents services. Mais ce n'était pas mon intention de les abandonner avant que j'eusse réussi à transporter toutes les propriétés publiques hors de la Nouvelle-Orléans." [XL].
Cependant, ces grands désastres furent loin de décider de la fortune de la guerre. Une nouvelle ère de victoires confédérées allait bientôt s'ouvrir et fixer l'attention du monde entier sur les événements de la Yirginie.
Mais avant de nous transporter sur ces mémorables champs de bataille^ il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur les événements qui suivirent la prise de la Nouvelle-Orléans, et qui formant une des pages les plus intéressantes de l'histoire de la guerre des Confédérés. A ces événements ee rattache d'une manière indissoluble le nom de Benjamin F. Butler. Cet individu, arrivé à temps pour recueillir les fruits de la victoire remportée par la flotte fédérale et jouer le rôle de dictateur militaire de la Nouvelle-Orléans, est un vivant exemple de cette facilité avec laquelle le Nord produit ses héros au moyen d'assertions éhontées, de rapports à sensation et de grossières brutalités. Le général Butler était un mauvais avocat du Massachussets ; son entrée dans la carrière politique le révéla homme du Nord ayant les principes des droits d'Etat ; puis, il fut envoyé à la convention
(XL) Bien que l'opinicn 'publique ait souvent rejeté sur le général Lovell tout le blâme de la cbùte de la Noavelle-OrléaDS, uu simple aperçu des faits su.fïit pour démontrer que les autorités de Richmond, en démunissant le général Lovell de ÇrEs^^ue tous ses moyens de défense, et en faisant preuve d'une <elle imprévoyance en présence dejdangers si imminents, doivent être, aux yeux de l'hisloire, responsables de ce grand désastre. Peut-être le général Lovell n'était-il pas à la hauteur des difficultés qu'il avait à surmonter, mais il est permis de douter que toiit autre officier, disposant des mêmes moyeiîs de défense et contrarié comme lui par les autorités centrales, eut pu faire mieux. N. du frad.)
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
de Cliarlestou en 1860, et c'est avec une singulière satisfaction qu'il mj^pelait souvent cette circonstance où, à plus de quarante tours de scrutin, il avait voté i)0ur Jelierson Davis comme candidat à la Présidence des Etats-Unis ! Quand la guerre éclata, il l'ut un des premiers à se rallier aux doctrines qui avaient leur foyer dans son Etat, et les exagéra même par les expressions féroces, qu'il employa vis-à-vis du peuple du Sud. Déjà, pendant son proconsulat à Baltimore, il s'était rendu infâme par ses sévices contre les non-combattants de cette ville, ses abus de pouvoir vis-à-vis des citoyens paisibles, son intervention dans les cours de justice, — où, sous la sévérité militaire du général perçaient l'argutie et l'impudence de l'avocat sans talent et sans conscience, — et enfin, par son aptitude à trouver de nouveaux et ingénieux instruments de torture morale. Au physique, cet homme était d'un aspect extraordinaire et révoltant. Ses yeux, dont l'un était voilé par une paupière fiasque et hideuse, étaient petits et lançaient ini re-
gard sondjre, cruel t.'t à demi éteint, indice de passions violentes et mal comprimées ; son visage était sillonné de petites veines rouges. L'ensendjle de sa physionomie était bien celle d'un liouime aux passions grossières^ et lascives, aux actions d'une féroeiié artificieuse.
Tel était le tyran de la Nouvelle-Uiléans. 11 inaugura sa dictature, (XLI) dans la ville conquise, par un ordre qu'il lança contre les femmes de la Nouvelle-Orléans, qui attira sur lui l'opprobre de toutes les nations civilisées et lui fit donner, dans toute l'étendue du Sud, le nom à jamais infâme de "Butler la brute. "
" QL'AllTIKH-aENERAL DU DkPARTKMKNT IIU (lOi.VF..
Nouvelle-Orléans, 15 niui 1RG2.
'• Dos oftlciers et des soldats dop, Kl al s Unis iiyant été insultés, à plusieurs reprises, par des femmes s'appehmt t'HeK-niéinct; ilaiiica de hi NuiiveUe-Oiiéruis. malgré la courtoisie et la plus scrupuleuse abstention de provocation de notre part, il est ordonné que dorénavant toute femme, qui par un siniple geste oa un mouvement, insultera ou teindra de mépriser les officiers ou soldats des
(XLT) Yoici la proclamation que Butler adressa au peuple de la Nouvelle-Orléans quand il eut pris possession de la ville :
QUARÏTP.R GKNKRAT, DTI DrPARTEMKNT DU GoLFC.
Nouvelle-Orléans, 1er mai 1802.
La ville de la Nouvelle-Orléans et ses environs, avec toutes leurs défenses intérieures et extérieures, s'étant rendus aux forces combinées de terre et de mer des l'Itafs-Unis, ayant été évacués par les forces rebelles qui les occupaient tout récemment encore, et se trouvant présentement en la possession des forces des Etats-Unis qui sont venues ici pour la restauration de l'ordre et le maintien de la iranquilite publiqui', et pour consolider la paix et le calme sous le régne des lois et de la constitution des P^.tats-Unis, le major-génera! comiuandaiit t s Inrccs des Etats-Unis du ressort du département du golfe, fait savoir et proclame les motifs et desseins du gouvernement des Etats-Unis en prenant possession de lu ville de la Nouvelle-Orléans et de l'Etat de la Louisiane ainsi que les régies et règlements en vertu desquels les lois des Etats-Unis seront, pour le moment et pendant la durée de l'état de guerre, mises en vigueur et maintenues pour l'information et la conduite de tous les bons citoyens des Etats-Unis et de tous ceux qui ])cuvent s'être mis en révolte contre l'autorité de l'Union.
Trois fois déjà, la ville de la Nouvelle-Orléans a été sauvée des mnins d'iuie puissance étrangère et d'une insnrection intestine plus calaniiteuse encore, par l'or et les armes des Etats-Unis, 'l'out récemment encore, cette ville s'est trouvée sous le contrôle miliiaire d'une force rdiclle afiieliant la prétcnlion d'être l'armée toute particulière de ses citoyens, et dans ces trois occasions le commandant des forces militaires qui roceu}iaient a jugé nécessaire de recourir h la loi martiale pour maintenir l'ordre et conserver la paix. Et même dm-ant l'intérim qui en suivit l'évacuation, par les troupes rebelles, et son occupation par les soldats des P".ta1s-Unis, les autorités civiles de la ville ont cru de toute nécessité de faire un appel à l'intervention d'un corps armé connu sous le nom de "Légion Européenne" pour conserver l'ordre public. Par ces motifsJe commandant général fera, jusqu'à la restauration de l'autorité municipale, et jusqu'à nouvel ordre de sa jiart, gouverner la ville par la loi martiale, mesure dont la jusiificalion se trouve d'ailleurs dans les antécédents établis.
Toutes personnes qui se sont armées contre les Etats-Unis sont requises de se rendre avec leurs armes, leurs équipements et leurs munitions de guerre. Les corps connus sous le nom de " Légion Européenne " n'étant point considérés comme armés contre les Etats-Unis, mais organisés pour protéger la vie et les propriétés des citoj'ens, sont invités à coopérer dans ce but avec les troupes des Etats-Unis, et, agissant ainsi, ne seront pas compris dans les termes de cet ordre, mais devront se rapporter à ce quartier-général.
Tous drapeaux, enseignes et devises, tendant à représenter une autorité queleoncpie, autres que le drapeau des Etats-Unis et ceux des consuls étrangers, ne doivent pas être exhibés, mais supprimés. L'enseigne américaine, emblème des Etats-L^nis, doit être traitcc avec la plus grande déférence et avec le plus grand respect par tous, sous peine 'd'un cbàtiment sévère.
Toutes personnes bien disposées envers le gouvernement des Etats-Unis, qui renouvelleront leur serment d'allégeance recevront pour leurs personnes et leurs biens la sauvegarde et la protection des armées des Etats-Unis et toute violation des dites personnes ou propriétés, par qui que ce soit, sera punissable de mort.
Toutes personnes persistant dans leur allégeance aux Etats Confédérés seront considérées comme rebelles au gouveiMiement des Etats-Unis et regardées et traitées en ennemis.
Tous les étrangers non naturalisés, réclamant leur allégeance à leurs gouvernements respectifs et n'ayant pas prêté le serment d'allégeance au prétendu gouvernement des Etats Confédérés, seront protégés dans leurs personnes et dans leurs biens ainsi qu'ils l'ont toujours été sous le régime des lois des Etats-Unis.
Toutes personnes qui peuvent avoir prêté jusqu'aujourd'hui leurs concours au preiendu gouvernement des ]*]tats Confédérés ou (pii ont été à leur service, qui déposeront leurs armes et les remettront, puis, reviendront à leurs occupations pacifiques, maintiendront le calme et l'ordre, ne correspondront plus et n'aideront ni n'assisteront les ennemis des Etats-Unis, ne subiront de vexations ni dans leur personne, ni dans leurs biens, si ce n'est en vertu des ordres du général-conmiandant et autant qu'il peut devenir nécessaire pour les exigences du service public.
Les gardiens de toute propriété publique, d'Etat, nationale ou confédérée, telle que collections d'art, bibliothèques, musées ainsi que de tous bâtiments publics, munitions de guerre et navires armés, en adresseront un rapport à ce quartier-général ; tous ceux qui manufacturent des armes et des munitions de guerre transmettront à ce quartier-général l'indication de la nature de leurs occupations et du lieu où ils s'y livrent.
Etats-Unis, sora regardée comme une fille de joie et traitée comnu> ti'lle.
Par ordre da major-géntral BrTi.K.n, Geo. C. Sirong, assistant adjudant-n'CMU'i'ul. "
Cet infâme "ordre lancé contre les femnies " fut pour Li Nouvelle-Orléans le signal d'une ère d'horreur, Lie-n propre à exciter le dégoût de toute rhumanité civilisée. Les journaux qui refusèrent d'inséi'er cet édit hontenx furent menacés de sujDju'ession (■■•'■) ; le maire Monroe ainsi que plusieurs citoyens qui voulurent protester furent arrêtés et envoyés au fort Jackson, où ils furent gardés prisonniers pendant
plusieurs mois. A partir do ce luoment, un S3^stème de cruauté, de despotisilie et d'impudeur sembla diriger la conduite des vainqueurs. Des citoyens accusés d'entretenir des sentiments déloyaux furent condamnés aux travaux forcés, chaîne et boulet au pied. D'autres, dont le seul crime était d'avoir vendu des médicaments à des soldats confédérés malades, furent arrêtés et emprisonnés. Un pharmacien, qui crut pouvoir se permettre de mettre dans la vitrine de son magasin le squelette prétendu d'un soldat yankee, fut condamné à deux ans de travaux forcés ;\ l'ile aux Vaisseaux-
Tous les droits de propriété, de quelque nature qu'ils soient, seront tenus inviolables, sujets seulement aux lois des Etats-Unis.
Tous les habitants sont requis de reprendre leurs occupations ordinaires ; les boutiques, les bureaux d'afl'aires et les lieux d'amusements doivent être tenus ouverts comme à l'ordinaire et le service religieux doit être célébré dans les Eglises et les maisons religieuses comme en temps de paix parfaite.
Les propriétaires de maisons [)ublique.s, de cafés, de salons de rafraîebis.scment, devront rapporter leurs noms et leurs numéros au bureau du "ProYOst- Marsball" où ils recevront une license et seront tenus responsables des désordres survenant dans leurs établissements respectifs.
Une force suffisante sera établie on ville pour maintenir l'ordre et faire respecter les lois.
Le meurtre de tout<«oldat américain sera considéré comme assassinat et puni comme tel.
Le propriétaire de tout établissement ou maison pariicnlièrc dans lequel ou de l'intérieur duquel le dit meurtre aurait été commi"^, en sera en conséquence tenu responsable, et la maison sujette à être démolie par les autorités militaires.
Tous désordres commis par des attroupements ou des agglomérations d'hommes, ainsi que les crimes d'une nature g-rave contre les forces ou les lois des Etats-Unis, seront jugés et punis par une cour militaire. Les autres délits seront référés aux autorités municipales, si elles jugent convenable d'en prendre connaissance.
Les affaires civiles resteront du ressort des trilmnaux ordinaires. La perception de toutes taxes, excepté celles imposées par les Etats-Unis, sont supprimées, sauf celles pour les réparations et l'éclairage des rues ainsi que celles établies pour la salubrité publique. Ces dernières seront perçues comme par le passé.
Ka circulation des bons confédérés, titres de dettes, cxceplé les billets confédérés émis sous la forinc de billets de Banque, ou coupons (scrfpt), est strictement défendue. Le général-commandant ayant été informé par les autorités civiles, que ces billets confédérés sous forme de billets de Banque, étaient en grande partie le seul moyen d'échange possédé par le public, et que leur suppression occasionnerait la plus grande détresse parmi les classes pauvres, cette circulation aura lieu, tant que le public l'acceptera, à moins d'ordres contraires.
Ne sera permise aucune publication par la voie des journaux, pamphlets ou affiches de compte-rendus des mouvements des troupes des Etats-Unis dans ce département, lorsque ces écrits seront d'une nature hostile aux Etats-Unis ou à leurs officiers, ou tendront, de quelque manière que ce soit, à influencer l'esprit puljlic contre le gouvernement des dits Etats-Unis, et toutes nouvelles sur la guerre ou commentaires éditoriaux, ou toutes correspondances se livrant à l'analyse des mouvements des armées des Etats-Unis ou des rebelles, devront être soumis à l'examei) d'un officier qui sera dési.n-né dans ce but par le quartier-général.
Ija transmission de toutes communications par le télégraphe se fera sous l'inspection d'un officier détaché à cet effet. • . •
Les armées des Etats-Unis sont venues ici non pour la destruction mais pour le bien public, pour tirer l'ordre du sein du chaos et rétablir le o-ouvcrnement des lois au lieu des passions des hommes ; dans ce but, toutes'les personnes bien disposées sont invitées ;i réunir leurs efforts pour étouffer tout espèce de désordres, et si quelque soldat des Etats-Unis oubliait son devoir ou l'honneur de son drapeau au point de commettre quelque outrao-e sur les personnes ou les propriétés, le conmiandant général demande que son nom soit immédiatement transmis de manière à ce qu'il puisse être puni et qu'on puisse réparer le tort qu'il aurait commis.
L'autorité municipale est désormais susi)endue, quant à ce qui concerne la police de la ville et les criflies ou délits indiqués ci-des.su.'^.
Tous les rassemblements dans les rues, de jour ou de nuit, tendent à créer le désordre et sont défendus.
Les différentes compagnies composant le département des incendies à la Nouvelle-Orléans, sont autorisés à maintenir leur organisation et auront à se faire inscrire au bureau du Provost-Marshall afin de se ftiire reconnaître et qu'il ne soit apporté aucun trouble à leurs fonctions.
En un mot, il suffn-a d'ajouter, sans plus ample énumération, que toutes les exigences de la loi martiale seront imposées aussi longtemps que les autorites des Etats-Unis le jugeront nécessaire. Et si d'une part, c'est le désir de ces autorités d'exercer ce pouvoir avec douceur et conformément aux usages du passé, d'autre part on ne doit pas supposer qu'elles manqueront d'énergie et de fermeté si les circonstances le reclament.
Par ordre du major-général Butler, GEO. C. STRONG, assistant adjudant-général, chef d'état-major. (A^. du tvad.)
(*) L'article suivant fut publié par un journal du Sud, pendant la dictature de Butler h la Nouvelle-Orléans : =' Considérant le caractère de l'ordre infâme dirigé contre les dames de la Nouvelle-Orléans, l'aventure suivante, arrivée à Butler, peut être considérée comme la peine du talion. On avait fait de grands préparatifs pour une revue des troupes, et un grand nombre d'officiers s'étaient rassemblés devant l'hôrel St-Oharles, où se trouvait le quartier-général de Butler. Une voiture superbe, avec cocher et laquais en livrée, et dont l'attelage et les riches décorations indiquaient l'aisance et la haute qualité sociale de la dame qui s'y trouvait installée, vint s'arrêter près do l'hôtel ; la grande dame, couverte de brillants et habillée à la dernière mode, tira d'un magnifique étui d'or sa carte de visite et l'envoya à Butler. Le lendemain, ce dernier et madame Butler se rendircut à la résidence indiquée sur la carte,— magnifi(pic maison située dans un des quartiers élégants de la ville, — et y passèrent quelques heures d'agréable conversation ; puis
après une légère collation, les deux visiteurs, enchantés de cette aventure, prirent congé de leur aimable hôtesse Butler ne s'était pas aperçu qu'il
était victime d'une mystification complète, car plus tard il .apprit qu'il avait présenté ses respects à la matrone d'une maison de prostitution bien connue ■dans tout l'Etat."
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
Une dame dont le mari ijvait été membre du Congrès des Etats-Unis, ayant osé rire quand le convoi funcl)re d'un officier fédéral passait sous ses fenêtres, encourut la sentence
suivante " Il est ordonné qu'elle soit regardée et
traitée, — non comme une femme commune, à laquelle un officier ou soldat ne doit pas prêter attention, — mais comme une femme méchante, dano;ereuse et insticfatrice d'cnipute. En conséquence, elle sera confinée jusqu'à nouvel ordre à l'île aux Vaisseaux, dans l'Etat du Mississipi."
Les é2;ards dus au sexe féminin étaient entièrement méconnus par Butler, C[ui ne voyait dans la faiblesse d'une femme qu'un motif^de plus pour l'insulter lâchement. Dans son bureau, à l'hôtel St-Charles, il avait fait placarder cette inscription: "//?/'// a jw.s- Je dilférencc entre le vcnhi de la vijjère mâle et celui de sa femelle.'''' Il permit à ses officiers subordonnés d'assouvir leur rapacité à volonté; aussi s'enipressèrent-ils de saisir les résidences des citoyens respectables et d'en faire d'infâmes lupanars; de s'approprier le contenu des caves; de piller les garde-robes et les boudoirs des maisons particulières pour en envoyer les vêtements à leurs familles; de "confisquer" pianos, livres et objets précieux de toutes sortes pour les envoyer, comme souvenirs, à leurs amis du Nord. Le pillage et la concussion régnèrent en maîtres: des amendes exagérées f'ureiit infligées sans contrôle; tout récalcitrant était menacé de la chaîne et du boulet. Puis, les spéculations de coton commencèrent ; le propre frère de Butler se fit le banquier et le courtier de ces opérations véreuses, acheta les propriétés confisquées, échangea des provisions et même du, matériel de gi/crre contre du coton, et sut soutirer une fortune scandaleuse d'un peuple prescjue mort de faim. Il ne faut pas s'étonner si Butler, le premier de tous ces concussionnaires, vivait dans une anxiété continuelle et craignait contirmellement pour sa vie. Il portait, dit-on, une armure secrète. Jamais il ne se sépara un instant de sa gajxle armée. Des sentinelles se promenaient à cinq pas de lui, et lorsqu'il était assis à son bureau, plusieurs pistolets étaient placés autour de lui. La
chaise sur laqu.elle il faisait assoir le visiteur était cnchaîiuMî au mm- et un pistolet armé, ?)u'i!s non chargé, se trouvait négligemment placé à la portée des personnes C[u'il recevait, de manière à permettre de prendre sur le fiiit, sans [)éril aucun, ses assassins supposés. (*)
Un autre épisode infamant de l'ère de despotisme que Butler inaugura à la Nouvelle-Orléans, fut l'exécution d'un confédéré, William. B. Mumford, dont le soi-disant crime était d'avoir abattu le drapeau fédéral déployé sur l'Hôtel de la Monnaie. Cet acte avait été accompli avant la reddition, et, par consécpient, était justiciable des lois commîmes de la 2;uerre civilisée. Mumford fut condamné à mort pour avoir insulté un drapeau ennemi ! Il était à peine croyable que, sur une telle accusation, la vie d'un homme serait sacrifiée de sang froid et de propos délibéré, mais Butler fut inexorable. En vain, la femme et les enfants du condamné demandèrent qu'on lui laissât la vie ; en vain, grand nombre de citoyens pétitionnèrent et implorèrent sa grâce, la réponse de Butler fut " que quelques vicieux habitants de la Nouvelle-Orléans lui avaient envoyé des lettres de défi au sujet de l'exécution de MumforJ, et qu'il fallait enfin savoir qui était le maître de la ville."' Il confirma sa première sentence et envoya Mumford au gibet.
Le condamné était un homme d'humble condition et de mœurs assez relâchées, mais il était brave jus(]^u'à la témérité. Au pied de la potence, on lui dit qu'il pourrait échapper à la mort s'il consentait à s'humilier et à demander grâce. " ReLii'ez-vous "répondit-il à l'onicier qui lui fit cette suggestion ; puis, se tournant vers la foule, il dit, d'une voix ferme et distincte: "J'espère que ma mort sur le gibet ne sera pas considérée comme un déshonneur pour ma femme et pour mes enfants ; mon pays les honorei'a." Plus d'un millier de spectateurs se pressaient autour de la })otence et refusaient do croire, jusqu'au moment fatal, que le dernier acte de cette tragédie serait accompli.
Déjà, avant l'arrivée de Butler à la Nouvelle-Orléans^ les
En réponse aux accusations portées contre lui, ou comme subterfuge ingénieux pour les éluder, — le lecteur décidera, — nous ne devons pas omettre l'explication du général Butler et sa tentative de justiiication au sujet de sou "ordre ù i)ropos des femmes." L'auteur de ces pages, dans la pénible position de prisonnier de guerre, eut un jour l'occasion de parler au général Butler, qui défendit longuement les mesures adoptées par lui pendant la du rée de sa domination à la Nouvelle-Orléans. Il déclara que si lord l'almcrston, avant de dénoncer au Parlement anglais " l'ordre lance contre les fenimes de la Nouvelle-Orléans " avait parcouru les " ordonnances de Londres," il eut trouvé que cette mesure avait des antécédents anciens et respectables Les "dames de la Nouvelle-Orléans," continua le généra! Butler', " n'oiit rien eu à démêler avec les troupes ; il ny eut que les femmes du dcmi-monclc qui leur causèrent des embarras. Une d'elles avait crache à la ligure d'un oflieicr ; — une seconde s'était placée en face d'un autre onicier, en s'écriant : " Voyez ce Yankee, ne ressemble-t-il pas à un singe V " 11 devint nécessaire do lancer un ordre " qui s'exécuterait de lui-même," et de donner aux soldats l'autorisation de traiter ces femmes comme des courtisanes. Or, comment traitez-vous une courtisane'? continua le général Butler; '' n'avez vous } as le droit de la caresser et de l'embrasser en pleine rue '? " Il expliqua ehsuite qae son intention n'était que de donner aux soldats toute liberté de traiter ces personnes avec le mépris que méritaient les coureuses de rues, et de manière à rendre les premières lionteuses de ce rapprochement. Ce fut
auLi que
• l'ordre s'exécuta de lui-même."
(*) C'est James Parton, le biographe nordiste de Butler, qui rapporte lui-meuve cet ingénieux stratagème. Parton décrit ainsi l'arrangement du bureau d'att'aires de son héros :
" C'était une vaste chambre, n'ayant guère pour ameublement qu'une table et quelques chaises. Pans un coin du bureau, un rapporteur sténographe se t-^uvait caché au visiteur ; sur un signe du g-énéral, il écrivait le rapport ou la plainte de ce dernier. Le gént-iul commençait toujours par placer un pi . ,. [ ■.; ■ 'able, à portée de la main. Après que l'on eut découvert dcqx ou trois çomplQts forn'.és pQ\ir l'iissassincr, un de ses aides-de-camp fit
Coiilcdérés avaient ou de nombreux et évidents témoignages de l.-i férocité de leurs l'imemis, et de leur mépris des lois de la "-uerre et des coutumes civilisées. A Manassas et à Peusacole, les Fédéraux avaient, à plusieurs l'eprises et eu pleine connaissance de cause, tiré sur les hôpitaux. Pendant la bataille navale d'Hamptou Roads, un de leurs navires après avoir arboré le drapeau blanc, avait perlidement ouvert le feu sur nos marins. A Ncwbcrn, ils avaient essayé de bombarder une ville où plusieurs milliers de femmes et d'enfants se trouvaient réfugiés, sans en demander antérieurement la reddition, et sans donner avis de leurs intentions aux citovens. La ])arole donnée n'avait rien de sacré pour eux. (juand ils trouvaient profitable de la violer ; ils avaient tiré sur les pai-lemcntaires ; volé les })!'upriétôs particulières ; brûlé les maisons ; violé les autels ; dépouillé les veuves et les orphelins, par leurs actes barbares de confiscation ; détruit les administrations municipales et les gouverncnlents
d'Etat; em})risonné des personnes de tout âge et de tout sexe sans motif légal ; en un mot, les Fédéraux avaient, toujours et partout, dédaigné les lois de la guerre entre na, tiens civilisées. "
La dictature de Butler à la Nouvelle-Orléans, et ses moyens "ingénieux" de combattre le dénûment des hommes et la vertu des femmes, furent un pas de plus dans cette voie atroce. Les soldats' louisianais, en Virginie, allèrent à la bataille aux cris significatifs de "Souvenons-nous de Butler. " 11 fut déclaré que ce déploiement de cruauté, dans une cité conquise, suffisait pour confirmer les soldats du Sud dans leur détermination de sacrifier tout leur sang et tous leurs biens })our l'honneur et la protection de leur pays. Et cependant, ces cruautés commises à la Nouvelle- Orléans n'étaient que le prélude d'une ère d'iiorreui- et de férocité dout les excès toujours croiosanls déshonorèrent l'humanité. (XLIL)
placer Siousla table une petite planche pour y pocor le pi.stulet du ;;'eneral, tandi:j qu'un auLi'e revolver non di-ir^é se trouvait tiur cotte même table a la portée de toute personne qui aurait voulu tenter de l'assassiner."
(XFjII) 11 faudrait des volumes pour relater les concussions et les criants abus dont IJullcr se rendit cou.pable pendant son proeoiiiulat en Louisiane. Son nom, devenu aujourd'hui sj-nonyme du tyrannie et de cruauté cynique, a sa place dans l'histoire à côté de ceux de Mouravietfet de llnynau.
La violence de ses excès souleva même les scrupules du î^'ouvcrnement fédéral, qui, sous la pression de l'opinion, jointe aux représentations d'un pouvoir européen, le rappela en décembre 1862. Son successeur, N. P. Banks, du Massachusetts, parut être d'abord plus conciliant, mais il s'cyara bientôt dans une voie d'utopie qui l'amena à des exactions et des injustices qui rendirent son nom aussi odieux que celui de son prédécesseur.
Ce ne fut que lorsque ]ep;eiiéral Ganby prit le commandement du Département du Golfe que ces abus de pouvoir cessèrent. Pendant tou'e la durée de son administration, cet officier sut s'attirer l'estime, sinon l'afFeetion, de la population louisianaise ; par sa droiture et son impartialité, il lit plus pour la cause de l'Union (lue Butler et Banks n'avaient pu faire avec toutes leurs mesures arbitraires. [N. du. trad.)
CfiAPiTUE XVI
CAMPAGNES DE JACKSON DANS LA VALLEE DE LA SlJENANDOAlL-OPÈllATiONS SUR LA llIVIEEE JAMES ET DANS LA PENINSULE.-EVACUATION DE NOEEOLK,
jM^^LliSî^-.IUlN ISOi
Au commencement de l'année 1862, le iiouvcrncmentfédéral avait sur pied une année de six cent mille hommes ; ses plans étaient mia'is et les détails de la campagne bien arrêtés. Un tiers de cet immense etïectif opérait dans la direction de Eichmond. Ce que le général Mac Clellan disait de cette grande et brillante armée : — " qu'elle était magnifiquement pourvue en matériel, admirable par sa discipline et son instuction militaire, et excellemment é(|uipce," — n'avait, en réalité, rien d'exagéré. Le 1er mars ISG'J, le chiiî're de l'armée fédérale rassemblée à Washington et aux environs s'élevait à 2:2 l,9S7 honnnes, dont 19o,142 prêts au service.
Telle était l'armée formidable qui, dans le printemps de iS(J2, s'apprêtait à fondre dans l'intérieur de la Virginie. La ligne de défense des Confédérés qui lui faisait face, dans les camps de Centreville et de Manassas, sous le commandement du général Joseph. E. Johnston, comptait moins de trente mille hotnmcs., — ce chiffre est prouvé par des documents officiels. — "Stonev^^all" Jackson, à la tète de onze régiments considérablement réduits, avait été détaché dans la vallée de la Shenandoah pour faire ime utile diversion, et se mouvait rapidement entre les corps fédéi'aux de Banks et .8hields, eu leur faisant croire à un mouvement formi* dable et prémédité. Telle était la force armée qui fermait à ]\[ac Clellan le centre de la Virginie et allait sauver la Confédération d'un choc qui pouvait être mortel.
Il était de l'intention des autontés fédérfiles d/çii finir '
avec la Confédération [uir une attaque combinée, exécutée pendant l'hiver. Le président Lincoln ordomui (pi'un double mouvement, par les foi'ces maritimes et terrestres, serait fait contre les positions confédérées le 22 février (anniversaire de la naissance de Washington). Les instructions données à Mac Clellan portaient qu'il s'avancerait imnuuédiatement et occuperait un point de la voie ferrée au sudouest de la jonction de Manassas. Mais Mac Clellan insista sur l'opportunité d'une autre ligne d'opérations sur le Rappahannock, obtint un délai, et n'avança point. Pendant cet intervalle, le général Johnston n'était pas resté inactif en face des préparatifs immenses et disproportionnés que l'ennemi faisait sur le front de son armée. Johnston était un de ces officiers perspicaces, d'une prompte appréhension, et sachant garder la réserve qui, dans une action décisive, com mande la confiance des soldats au lieu d'exciter leurs critiques et d'éveiller leurs soupçons. Dans les premiers mois de l'hiver de 18(32, il résolut de changer sa ligne de bataille sur le Potomac; toute idée d'opération offensive était depuis longtemps abandonnée. Dans l'opinion du général Johnston, il était devenu indispensable que le gros des troupes confédérées du nord de la Virginie se tint en prompte et facile communication avec l'armée de la Péninsule, de manière à faire une jonction rapide devant les fortifications de Richmond, dans le cas où l'une ou l'autre de ces deux armées serait repoussée.
Pendant l'hiver, le général Johnston avait, sans être in-
quiété, fait transporter ses immenses entrepôts en deçà du Rappahannock. Toutes les pièces de canon dont il pouvait se dispenser avaient été également renvoyées à l'arrière, et il avait fait placer dans les embrasures restées vides, des troncs d'arbres creusés, peints en noir, et ressemblant à s'y méjDrendre, même à quelc[ues pieds de distance, à des pièces de trente-deux et soixante -quatre (XLII). Jamais retraite ne fut plus secrètement préparée et plus habilement conduite. Les arrangements pris pour l'envoi à une grande distance à l'arrière ^les approvisionnements, du bagage, du matériel, des hommes malades et des pièces d'artillerie, furent exécutés avant cjue les soldats même de Johnston crussent à la possibilité d'une retraite. Cène fut que lorsque les différentes brigades se mirent en marche, et que le gros de l'armée défila dans la direction du Sud à travers le comté de Fauquier, que les troupes purent se rendre compte qu'elles accomplissaient une retraite générale, et non un mouvement partiel.
Le S mars, le gouvernement de Washington envoya au général Mac Ciellan l'ordre péremptoire de se rendre sur la nouvelle base d'opérations Cju'il avait désignée sur la baie Chesapeake, et de s'emparer des batteries confédérées érigées sur le Potomac. Le changement effectué dans la situation par l'habile retraite de Johnston n'était pas encore connu à Washington, et le 9 mars, l'armée de Mac Ciellan se mit en marche. Dans la capitale fédérale l'excitation était grande; le mot "En avant sur Richmond" était prononcé pour lu seconde fois, et une seconde armée allait subir la périlleuse épreuve. A la nuit, les immenses forces fédérales atteignirent Fairfax Court House et campèrent sur une étendue de deux milles ; ce ne fut qu'à une heiire avancée qu'elles apprirent la nouvelle étonnante que Manassas et Centreville étaient évacués et qu'aucun ennemi ne s'y trouvait! L'incendie dévorait les anciennes positions de l'armée confédérée, qui avait fait sauter les ponts et les constructions. En face même de l'ennemi, une des plus habiles évacuations dont l'histoire fasse mention avait été heureuse- 1
ment accomplie. Johnston s'était soustrait à l'ennemi avec toute son armée en enlevant son artillerie, ses munitions et ses approvisionnements; tous les ponts et les tunnels des chemins de fer avaient été détruits par le feu ou par l'explosion (*).
Quand raimôe de Johnston eut traversé le Rappahannock, elle se rangea en bataille et attendit -l'ennemi pendant une semaine ; mais Mac Ciellan ne répondit pas à ce défi et descendit avec ses troupes près de la côte du Chesapeake. Pour éviter d'être débordé par l'aile gauche ennemie, le général Johnston retraita à travers le Rapidan et porta le gros de ses troupes sur son aile droite, pour prévenir le mouvement de flanc que pouvait exécuter rennemi. Mac Ciellan avait i-assemblé une grande flotte d(^ transports à l'embouchure du Rappahannock ; peu de personnes connaissaient sa destination : Johnston la devina cependant. Il conçut l'idée que les grandes démonstrations que l'ennemi faisait sur le bas Rappahannock étaienr une feinte, et que son but était de transporter leurs forces avec le ])lus de rapidité possible dans la Péninsule, pour suspendre Magruder à Yorktown et s'emparer de Richmond avant qu'aucune armée confédérée ait le temps de s'interposer.
Johnston ne se trompait pas. Le 13 mars, Mac Ciellan convoqua un conseil de guerre à Fairfax Court-House. La décision suivante fut adoptée ; " L'ennemi ayant retraité de Manassas à Gordonsville, derrière le Rappahannock et le Rapidan, il est de l'opinion des généraux comitiandant les corps d'armée que les opérations doivent avoir désormais pour base la position de 0kl Point Comfort, entre les rivières York et James ; à la condition : lo. Que le navire ennemi Merriniac ( le Vir'jinia des Confédérés ) soit neutra- Issè ; 2o. Que des moyens de transport suflisaiits puur cet immédiat déplacement de troupes soient ap[)rêtés à Washington et à Alexandrie, do manière à atteindi'e la nouvelle base d'opérations en descendant le Potomac ; 3o. Qu'une force navale auxiliaire l'éduise ou contribue à réduire les batteries ennemies de la rivière York; ei 4o. Que la force
(XLII) IjCs rorlilications de Centreville comptait cinquante-quatre embrasurep, dans Jcsquelles ce trouvaient trente-et-iui canons en bois. A ce propos, le Nalional Rcpuhlican tit les ref.cxions suivantes :
"Il etiiit réservé au dix-neuvième siècle et au Nouveau Monde d'être témoin de semblables choses! L'Ancien Monde était trop épuisé et les siècles passés n'avaient ni assez de science, ni assez de génie, ni asse;^ d'argent pour inaugurer ou exécuter de si grandioses, do si sublimey combinaisons ! Quoi ! une armée double de celle avec laquelle Louis Xapoleon a remporte la victoire de SoU'erino, est tenue en respect pendant ptisieurs semaines ]jar ircidc-un canons de boisl Voilà ce qu'on n'a jamais vu, ce qu'on ne verra peut être encore jamais."
"Quoique nous ayons ete les dupes de ce stratagème, quoique nous ayons fait les frais de la myofilieation, rejouiKsons-iious, n^iis qui sommes de la génération actuelle, d'avoir vécu dans un temps où de semblables clioses étaient encore possibles."
(■) Dan., ton rapport de ces opérations, le général Mac Ciellan cherche k faire croire (ju'il était paiTaitenuiit averti de l'evacualion de Johnston et que, s'il lit avancer ses troupes dans la direction de Manassas, ce fut seulemaiit dans le Init ''de leur faire prendre l'habitude des marches et des bivouacs en vue de la cunipague prochaine et pour se débarrasser du bagnge superflu et de tout cet eucombrunent de détails cpii s'accumulent duns une armée lorsqu'elle campe pendant longtemps dans la même localité. Une marche sur Manassas," continue Mac Ciellan, "et un retour en arrière ne pouvaient nullement retarder l'embarquement des troupes pour le bas Chesapeake, car les transports n'étaient pas prêts, et ce mouvement d'al'er et ùc refour était une transition salutaire entre le bien-être comparé des camps et les rigueurs des opérations actives."
Si Mac Clelbn avait eu l'intentioii d'écrire un doçuni.eiit destiné ^ exciter le xi"Q et rironic de font un pays, il n'eût, certes, pas mieux réussi.
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES
laissée poiii' couvrir Washington soit telle qu'il n'y ait rien à craindre pour la sécurité de cette place."
Pendant que ces préparatifs du plus important conflit qui fut livré en Virginie, se poursuivaient activement et que le général Banks, conformément à la clause spécifiée ])ar le général Mac Clellan ])0ur la protection do la capitale^ prenait position à Centreville, une Latailli' sanglante, mais sans importance décisive, se livrait près de Winchestei-, dans la vallée de la Slienandoah.
BATAILLE DE KERNSTOWN.
Banks avait laissé à Wincliester, sous le commandement du général Sliields, une division d'infanterie et une petite force de cavalerie, formant un total d'environ sept raille hommes de toutes armes, d'après les rapports officiels. Ayant acquis la certitude que Stonewall Jackson était à New Market, Sliields feignit de retraiter le 20 mars, et, à la faveur de la nuit, concentra ses troupes dans une position masquée, sur le chemin de Martinsburg, à doux milles de Winchester. Ce mouvement, ainsi que l'ignorance des habitants de Winchester au sujet de la position occupée par l'armée de Sliields, fit croire <|uc ce dernier avait battu en retraite et qu'il ne restait de troupes iedérales, dans un certain i-ayon autour de la place, (|ue les quelques régiments qui s'y trouvaient encore cantonnés. Le 22, la cavalerie confédérée d'Ashby attaqua les piquets ennemis et découvrit qu'une seule brigade occu})ait la place. Le lendemain., Jackson s'avança près d(.: Kernstown et se prépara à livrer bataille, dans res[)érance que rennemi n'avait <|ue j)eu de troupes à lui opposer. Jackson avait deux mille cinq cents hommes, bien que le général Sliields, dans son l'apport officiel évaluât la force confédérée qu'il avait repuussée à onze mille hommes, c'est à dire à un chiffre supérieur à celui de son propre coips.
L'engagement entre ces forces disproportionnées commença le 23 mars, vers quatre heures du. soir et se termina à la nuit. L'aile gauche de Jackson, comnuindée i)ar le général Garnett, fut finalement contournée par l'ennemi et rejetée sur le centre, après un combat sanglant et désespéré. Une longue barrière en bois traversait une plaine ouverte, que l'ennemi cherchait à occuî)er. Confédérés et Fédéraux firent, chacuns de leur côté, de grands eftbrts pour prendre possession de cette défense improvisée, quand le 24ènie Virginie (régiment composé d'Irlandais) finidit rapidement sur le point disputé, parvint le premier à se poster derrière cette barrière et ouvrit une vive fusillade à dix pas de distance de l'ennemi. Mais le nombre l'emporta, les forces fédérales réussirent à repousser les Confédérés, qui se retii-èrent dans les bois avoisinants, laissant deux canons et un certain nombre de prisonniers aux mains de l'ennemi.
Fendant la nuit, Jackson se décida à retraiter vers Cedar Creek. Ti'ennemi le pouisuivit jusqu'à Harrisonburg, mais sans causer beaucoup de dommage, tandis que la
fameuse cavalerie d'Ashby, la terreur des Fédéraux, protégeait la retraite. Dans son rapport officiel, Shields écrivit que la retraite de Jackson "était devenue une déroute," mais dans une lettre particulière à un de ses anris à Washington, il disait des Confédérés : "que leur bravoure et leur discipline étaient telles, que pendant tout le temps que durèrent^la bataille et la poursuite, il n'y eut pas chez eux le moindre signe de panique."
La perte des Confédérés en tués, blessés et laissés aux mains de l'ennemi, se montait à 465 hommes. Le général Sliield évalua la sienne à 103 tués et 441 blessés. L'engagement avait été vif, et malgré sa courte durée, il avait suffi pour faire perdre à Jackson le quart de ses hommes. Mais il n'eut aucun caractère décisif et n'influa nullement sur les événements ultérieurs. Stonewall Jackson fut sévèrement censuré et, — suivant un de ses officiers "maudit par tout le monde." Il faut reconnaître que, dans cette circonstance^ l'illustre général fut joué par l'ennemi.
Mais l'attention publique fut bientôt distraite de cette affaire insignifiante j)ar l'annonce de l'arrivée à flampton Roads d'un très grand nombre de transports et par la vaste extension que prirent progressivement les campements fédéraux de Newport News. Mac Clellan, ayant tous les avantages d'un déplacement facile par la voie maritime, avait rapidement changé s'a base d'opérations, et menaçait maintenant Richmond par l'ouest, tandis que le gros de l'armée confédérée se trouvait encore dans le voisina2;e des rivières Rappahannock et Rapidan.
La ciise était imminente. Le sort de Richmond dépendait entièrement du maintien de la ligne confédérée établie dans la Péninsule entre Yorktown, sur la rivière York et l'île Mulberry, sur la rivière James ; le général Magruder tenait toute cette ligne avec un peu plus de dix mille hommes, tandis que le général Mac Clellan avait trois corps d'armée devant les lignes de Yorktown et près de 90,000 hommes d^infanterie, 55 batteries (formant un total de 330 pièces d'artilleiie légère), 103 pièces de siège et environ 10,000 hommes de cavalerie, en campagne. Dans ces chiffres, n'étaient pas comprises les garnisons de la forteresse Monroe, comptant environ 10,000 hommes, ni la division fédérale de Franklin, qui arriva vers la fin du mois d'avril. Le commandant en chef de cette immense armée hésita devant une ligne de bataille confédérée de onze mille hommes. Cette hésitation sauva Richmond; une fois de plus, Mac Clellan se méprit sur la force numérique des Confédérés. Le général Magruder, avec ime habileté admirable, manœuvra de manière à lui faire croire à la présence d'une armée considérable; il dissémina sa petite force sur une étendue de plusieurs milles, et plaça des régiments dans tous les points observés par l'ennemi. En présence de ces démonstrations, Mac Clellan prit le parti de mettre le siège devant Yorktown. Pendant qu'il construisait ses parallèles, le général Jackson venait rapidement au secours de l'armée confédérée de la Péninsule;
il arriva à temps pour empêcher le petit corps de Magruder d'être cnveloppi' par l'emiemi.
■ Deux f(Ms, Mac Clellau s'était mépris sur le nombre des ennemis qu'il avait en fnce de lui ; deux fois il fut également trompé sur sa stratégie do retraite. Le général Jolinston n'avait pas l'intention de faire lever le siège de Yorktown, ni de livrer Lataille près do cett(î ville. L'ennemi était en forces inlîniment supérieures et, outre l'armée de terre, mettait en ligne de nombreuses canonnières. Le but du général confédéré était d'égaliser les chances autant rjue ^:)0ssible avant de livrer bataille. Johnstou se convainquit promptement qu'en retraitant rapidement jusqu'aux lignes de défense établies dans le voisinage immédiat de Eiclimond et en se postant sur le Chickahominy, il aurait le temps et la facilité de concentrer une forte armée devant la capitale, sans être inquiété à l'arrière, tandis qu'en restant aux lignes de Yorktown, il se trouvait exposé à être pris entre l'armée de jMac Clellau et le corps d'armée de Mac Dowell, alors à Frêdéricksburg. Ce plan était le plus sage et ce fut une sévère leçon que le grand stratôgiste confédéré donna aux généraux du Nord.
Jolinston avait obtenu tout le délai qu'il désirait en tenant l'ennemi devant sa ligue de bataille. Le 4 mai, quand Mac Clellau eut terminé ses parallèles autour de Yorktown, assuré des commiuiications entre ses différentes batteries, et tout disposé pour une attaque immédiate, la nouvelle lui arriva que l'ennemi s'était retiré.
Immédiatement, toute l'armée fédérale se mit en marche pour poursuivre les Confédérés. Ceux-ci avaient laissé leurs travaux intacts, mais enlevé tout le matériel, à l'exception de quelques colombiades dont le transport présentait de trop grandes difficultés. Dans les embrasures restées vides on avait placé des pièces eu bois et posté des mannequins dans les positions occupées ordinairement par les sentinelles. L'armée fédérale se mit en nuirche à travers des chemins rendus presque impraticables par la boue, et malgré une pluie torrentielle. A chaque instant les hommes se dispersaient, — des haltes avaient lieu sans avoir été ordonnées ; l'artillei'ie, l'infanterie, la cavalerie et le train se mêlaient dans une confusion inextricable. En réalité, cette marche ressemblait plutôt à la retraite d'une armée battue qu'à l'avance de troupes juscpie là victorieuses.
r.ATAILT.E DE AVILLIAMSBUEG.
On peut raisonnablement supposer que Mac Clellau, amèrement désappointé par la tactique habile de Johnstou, et sachant bien que le peuple du Nord, qui dt^à avait demandé un cliaugemenl, de commandant, serait loin d'être satisAiit (h; son occupation stérile des travaux abandonnés de Yorktown, — était tout disposé à chercher, en attaquant rarrière-gardc dps Confédérés, à remporter un avantage (jui lui peiiiiit de maintenir sa popularité au moyen d'articles de journaux et de dépêches ampoulées.
Dans la matinée du 5 mai, la division Hooker, du corps fédéral du général Heintzelman, s'approcha de Williamsburg, où se trouvait l'arrière. garde confédérée commandée par le général Longstreet. Les Fédéraux formèrent leur ligne de bataille dans une forêt située en face de Williamsburg ; mais, au moment où ils débouchèrent dans la plaine ouverte devant eux, ils furent vigoureusement attaqués et repoussés dans les bois, en laissant cinq canons sur le champ de bataille. Ce ne fut qu'à grand peine qu'ils se maintinrent cachés et dispersés dans les fourrés jusqu'au moment où les renforts arrivant, ils purent opposer neuf brigades aux forces de Longstreet. Pendant toute la journée, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, Longstreet parvint à tenir l'armée de Mac Clellau en échec et à la déloger des deux redoutes qu'elle occupait. La retraite de Johnstou était protégée d'une manière si efficace, c[ue le lendemain matin, quand le corps d'arrière-garde de Longstreet suivit le mouvement de l'armée sur Richmond, il put retraiter avec autant de facilité que si l'ennemi se fut trouvé à des centaines de milles de sa position.
Le général Longstreet avait à la fois remporté un brillant succès et accompli la mission importante de protéger la retraite. Le général Mac Clellau lui-même accusa une perte de 4-50 hommes tués, 1400 blessés et 372 manquans, — total 2228 hors de combat. Neuf pièces d'artillerie furent aussi capturées par Longst.j'eet. Un tel résultat n'empêcha pas Slac Clellau d'annoncer à AVashington qu'il venait de remportei' un avantage et qu'il "repoussait les rebelles dans leiu's derniers retranchements." C'est ainsi qu'il envisageait la retraite faite à loisir par le général Johnstou, et sou installation dans les travaux construits dix mois auparavant autour de Richmond sous l'habile direction du général Robert E. Lee. Ces ligues défensives faisaient de Richmond la position la plus forte de la Confédération.
En réalité, l'armée de Mac Clellau avait subi uri échec sérieux, lequel eût été converti, s'il avait été possible à Longstreet d'eu profitej-, en une défaite complète. Mais Mac Clellau combinait aussi un autre plan et méditait une attaque sur le flanc de l'armée en retraite. Quoique ce nouveau mouvement n'eut pour résultat qu'un misérable échec, l'idée n'en prouva pas moins chez Mac Clellan une certaine capacité militaire.
D'après cet autre plan, Franklin devait se rendre à West Pointa la tête de la rivière York, et y débarquer un corps considérable destiné à tomber sur le flanc de Johnstou. Le 7 mai, Franklin essaya de débarquer à Barhamsville, près de West Point. Bien que des canonnières le protégeassent dans son mouvement, la division Whiting, composée de troupes du Texas, les repoussa bravement après une action très vive. Franklin retraita précipitamment en face de cette force si inférieure, et ne s'arrêta que sous les canons de sa flottille.
Ces combats de Williamsburg et de Barhamsville avaient
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
uoîic tourné à Pavantage des Coufédéyés ; le mouvement de Johnston sur la ligne du Chickahominy était un brillant fait stratégique. Il avait réussi à assurer la sécurité de sa retraite et à sauver tout son matériel et ses magasins, et bien que les obstacles topographiques et la grande supériorité de l'ennemi sur terre et sur eau l'eussent forcé d'abandonner la péninsule de Yorktown, il avait opéré sa retraite avec une habileté qui mit en relief son génie militaire et assura la sécurité de son armée.
EVACUATI(3N DE NORFOJ.K. DESTRUCTION DU ''VIRGINIA."
La retraite de Yorktown entraîna la reddition de Norfolk, ainsi que l'abandon des immenses chantiers contigus au port de cette ville, et des fortes positions de Sewell's Point et de l'He Craney. La désorganisation déplorable qrii avait déjà caractérisé l'évacuation d'autres positions confédérées devait se renouveler encore: le général Huger prit de mauvaises dispositions ; beaucoup de matériel qui aurait pu être sauvé fut abandonné, et, d'ini autre côté, le grand chantier de construction lîe fut que partiellement détruit. (*)
Cette évacuation fut signalée par un incident (]ui causa une surprise douloureuse dans toute la Confédération, et devint un nouveau sujet de colère dans la population et de violents commentaires dans la presse de Richmond. Le fameux bélier blindé Virginia qui, à lui seul, valait, suivant l'opinion populaire, cinquante mille hommes sur le champ lie bataille, fut détruit par ordre de son commandant, le eommodore Tatnall. "Le diadème de fer du Sud," dit le B.'tchmond Examiner, " a été brisé par mi caprice."
L'occupation de Norfolk par les Fédéraux mettaient également en leur possession les deux rives de la rivière James «ît coupait nécessairement au bélier Virginia toute communication avec ses points de ravitaillement. Le connnodore Tatnall résolut de lui faire remonter le James jusqu'au dessus des lignes occupées par l'ennemi. Suivant son rapport au département de la Marine, il avait été informé par les pilotes que si le navire était allégé, son tirant d'eau serait réduit à dix-huit pieds et lui permettrait de remonter jus-
qu'à quarante milles au-dessus de Richmond. Conséquemnient, le navire fut allégé, mais de telle manière que les œuvres en bois au-dessous du blindage se trouvaient exposées et un des pilotes (que, le eommodore Tatnall accusa, par la suite, de lâcheté et de refus de combattre), déclara que le vent d'ouest avait fait baisser l'eau du James au point qu'il était impossible au bélier de dépasser Jainestown Flats, où commençait, sur chaque rive, la ligne d'occupation de l'ennemi. Tatnall était au lit quand il i-ecut cette 'nouvelle ; il se leva quand il connut le i-apport du pilote, et ordonna la destruction du navire. Sa charpente et ses ponts furent imprégnés d'huile; ou plaça des trtiinées de poudre en difterents endroits, puis, après que tout l'équipage se fut embarqué dans des canots, de feu fut mis aux trahiées de poudre à un signal donné. Il se passa plusieurs heures avant que les flammes n'atteignissent les magasins à poudre; enfin, dans la matinée du 11 mai, une détonation formidable se fit entendre dans un rayon de plusieurs njilles : le F«/-o-?ma. n'existait plus. Il fut impossible de jamais l'etrouver le moindre fragment de la seule construction navale qui veillât à la défense de Richmond.
"Le Virginia,'''' écrivit le eommodore Tatnall, "n'est plus. Je présiune qu'une enquête sera faite à ce sujet et que toutes les circonstances qui ont accompagné sa destruction seront examinées; cette enquête, je la demande instamment. Sans elle, l'opinion publique ne sera jamais éclairée." L'enquête fut ordonnée, et l'opinion publique fut "éclairée" par le verdict, qui établit que la destruction du Virginia n'était pas justifiée; que l'on aurait pu lui faire remonter le James jusqu'à un point où il eut été en sûreté et où il aurait pu défendre le passage à la flotte fédérale» et ([ue la, au pis allei', il était temps encore de détruire ce bâtiment, si les circonstances l'exigeaient.
ENGAGEMENT NAVAL DE ]>RK\ViiY'S lîLUFF.
La destruction du Virginia laissait la rivière James ouverte aux opérations de l'ennemi. Les navires à vapeur fédéraux Galcna, AroostonA:, Port-lîo>/al et Nangatudc, sous le commandement du eommodore Rodgers, remontèrent le
(■") Les circonstances qui accompagnèrent l'évacuation de Xorlblk devinrent le sujet d'une investigation dans le sein du Congrès confédéré. Le eommodore Forrcst fit la déposition suivante devant le comité désigné à cet effet :
''Je {'us informé qu'il était de l'intention du gouvernement de retirer les troupes du général Huger pour les emploper à la protection de Riciimond, et que les bâtiments publics et les cliartiers maritimes devaient, en conséquence, être détruit?. En apprenant cette décision, je me rendis au département ce la Marine, et j'aflirmai au secrétaire que je ne voj-ais pas la nécessité d'en arriver à une telle extrémité et que, s'il voulait me permettre de retourner à Norfolk, je pouvais l'assurer que la ville et les cliartiers seraient défendus contre toute attaque. Il me demanda de quelle manière je pourrais y parvenir. Je lui expliquai que j'avais onze cents employés, braves et intelligents, aux chantiers ; que depuis plusieurs mois ces hommes étaient exercés au maniement des petites armes et de pièces de siège ; qu'à chacun des quatre travaux construits en lunette et connus sous le nom de retranchements Fovrest se trouvaient trois ou quatre canons de 32 livres et que je ne craignais aucun résultat désastreux de l'expédition de Burnside. En plaçant le Virginia dans une position convenable, le port se trouvait suffisamment protégé, et même dans le cas de retraite de l'armée de Huger, je croyais les citoyens tout disposés à servir les batteries. — A ceci, le secrétaire de la Marine objecta que l'ennemi nous prendrait par la famine. Je lui répondis qu'il n'y avait rien à craindre de ce côté pendant longtemps encore ; que nous avions dans nos magasins quatre cents barils de porc fumé, quatre cents barils de viande de bœuf et du fourrage suffisant à r.ourir le l étail perdant U'ois mois. — Le secrétaire me dit ukas que l'évacualion avait été décidée, comme nécessité militaire, et qu'elle devait être accomplie."
James le I -5 mai, et s'avancèrent sans rencontrer d'obstacles, jusqu'à douze milles de Richmond, au point connu sous le nom de la falaise Drewry. où les Confédérés avaient ério-é un fort qui, au moment de l'avance fédérale, n'était encore qu'à moitié construit et portait un armement de quatre canons. Près du fort, la rivière se trouvait obstruée par une double ligne de poteaux et de navires sombres; sur les deux rives, des pelotons de tirailleurs appuyaient les fortsr Depuis la destruction du Virghiui, ces faibles défenses étaient tout ce qui protégeait Richmond par la voie fluviale, et cependant elles suftirent à arrêter les canonnières ennemies dans leur avance sur la capitale.
Le Gahim et le Monitor s'approchèrent à une distance d'environ un tiers de mille des batteries et commencèrent le feu. Les canons du Mo?iiior ne furent d'aucune utilité ; il était impossible de les élever assez pour que leur projectiles pussent atteindre les travaux construits au sommet de la falaise. Le Gakna, de son côté, fut gravement avarié par le feu du fort, et perdit trente hommes tués ou blessés •dans cet engagement Néanmoins, les autres navires continuèrent à canonner vigoureusement le fort pendant quatre heures, mais la garnison de celui-ci parvint finalement à repousser toutes leurs attaques, sans avoir perdu plus de cinq tués et sept blessés. Cet engagement fut considéré comme une preuve que les canonnières étaient impuissantes contre des fortifications en terre, et convainquit les Fédéraux que l'attaque de Richmond par la voie fluviale était impraticable, tant qu'une armée ne coopérerait pas avec les canonnières.
La possession de la rivière Jaines au dessous de Drewiy Bluff n'offrait en ce moment à Mac Clellan que des avanlao-es de peu d'importance. La base d'approvisionnements du général- fédéral se trouvait sur la livière Pamunkey, qu'une voie fériée reliait à Richmond, et son armée était maintenant en vue des clochers de la capitale. L'investissement de la ligne de Chickahomiuy par Johnston amena les deux adversaires en face l'un de l'autre, à quelques milles de Richmond. Dans un rayon étroit, deux armées splendides et formidables allaient se heurter et livrer une des plus <yrandes batailles de la guerre. Pendant près] d'une année, on avait fait d'immenses améliorations aux travaux de fortifications de Richmond ; de tons côtés, de forts épaulements en terre affectant les formes des diverses configurations topoographiques du terrain, protégeaient chaque chemin, couronnaient chaque colline ; ces remparts de terre rouge contrastaient singulièrement avec la riche verdure du paysage environnant. Dans les bois aussi bien que dans la plaine ouverte, on ne voyait que redoutes, batteries en casemates? bastions et fossés à tirailleurs. Au delà de ces défenses, à travers la contrée riche et cultivée qui avoisine Richmond, se développait la longue ligne des camps fédéraux. Des hauteurs boisées les surmontaient. Ces tentes innombrables, ces immenses trains d'artillerie et de wagons, et, au loin-
tain, les mouvements des transports et des canonnières qui coopéraient avec l'armée, animaient étrangement ce paysage, ordinairement si paisible.
La simple fait que l'armée de Mac Clellan se trouvait à proximité de Richmond suffit pour faire entrevoir à l'esprit superficiel des gens du Nord la certitude d'un succès complet. Les espérances de ces masses ignorantes étaient exaltées au plus haut point par la facilité avec laquelle l'armée fédérale avait pu s'approcher, sans être inquiétée, jusqu'à quelques milles de la capitale. Chaque jour, la nouvelle prématurée de la prise de Richmond arrivait à New York. La population mélangée et inquiète de la capitale confédérée ne trouvait, à son tour, que bien peu d'encouragement chez les autorités, dont l'attitude était loin d'être rassurante. Le Congrès confédéré s'ajourna à la hâte et chacun de ses membres s'occupa de sa p.iopre sécurité. Le Président Davis envoya sa famille dans la Caroline du Nord et une partie des archives du Gouvernement furent empaquetées de manière à pouvoir êti'e facilement expédiées, en cas de danger.
Mais cette panique fut bientôt arrêtée par la réflexion et les conseils des hommes braves et intelligents prévalurent, tandis que de son côté la presse censurait sévèrement les alarmistes. Un revirement se fit aussitôt et l'on put voir les vitrines des marchands remplies de caricatures raillant les fugitifs ; l'alarme fut tournée en ridicule. Une assemblée de citoyens, réunie le 15 mai à l'Hôtel de Ville, fut haranguée pai' le gouverneur Letcher et le maire Mayo. On déclara que Richmond serait réduite en cendres, avant de devenir une conquête Yankee ; le peuple applaudit à cette énergique détermination.
La législature virginienne prit de son côté de vigoureuses mesures et contribua puissamment à ranimer la confiance populaire. Le 1er. mai, elle adopta la résolution suivante, que l'histoire considérera comme un exemple bien rare de vrai patriotisme et d'héroïque abnégation.
" Il esl. ré.'<o!u par rA??emb]éc g'énérale delà Yirgiiiio ; que cfl.te Assemblée expî-ime par le présent acte son désir que la capitale do l'Etat .^oit défendue jusiju'à la dernière cxlrcmité : si une telle détermination est d'accord avec les vues du Président des Etats Confédérés ; le Président peut être assuré que, quelles que soient la destruction et la perte de propriétés qui puissent être les conséquences de cette resolution, tout sacrifice de ce genre sera fait avec enthousiasme. "
A cette énergique détermination, le président Davis répondit en terme vifs et chaleureux. Il affirma à un comité de la législature virginienne, qui s'était rendu auprès de lui pour lui demander quelles étaient ses vues, que jamais il n'avait entretenu l'idée de retirer l'armée de la Virginie et d'abandonner l'Etat. Mais ces assurances furent quelque peu affaiblies par la suggestion qu'il fît, en termes couverts, que dans le cas où Richmond tomberait, " la guerre pouvait être continuée avec succès sur le sol de la Virginie, i^endant vingt ans."
La bataille devant Richmond, si longtemps attendue, fut encore ajournée. La confiance et le courage du peuple
•STON EVVALL" JACKSON.
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
s'accrurent chaque jour par ces délais. La voix éloquente de la presse de Richraond contribuait aussi à exciter cette salutaire ardeur. Le Richmond Desjmtch écrivit : " Si le sang doit .être versé, qu'il le soit ici ; nulle part ailleurs dans rétendue de la Confédération le sol ne le boira mieux et avec plus de reconnaissance. Les femmes, les familles, les .amis ne sont rien en présence du salut de la République. Sacritions notre vie et notre sang pour nous épargner l'humiliation de voir notre capitale capturée et notre Confédê- .ration humiliée. Que le gouvernement agisse ; que le peuple agisse, il en est temps encore.
Tandis qu'à Richmond l'opinion publique subissait ces diverses impressions, une nouvelle série de glorieux faits d'armes allait ranimer l'espoir des amis de la Confédération: relever la réputation des armes du Sud, et faire naître de profonds sentiments de gratitude et d'espérance dans les cœurs anxieux qui déjà craignaient pour le sort de la capitale assiégée ; "Stonewall" Jackson faisait d'importantes diversions dans la vallée de la Shenandoah. L'attention publique se tourna tout-à-coup de ce côté ; et la continuité de victoires soudaines et brillantes que remporta l'excentrique général, attira sur lui l'admiration populaire.