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CAMPAGNE DE JACKSON DANS LA VALLÉE DE LA VIRGINIE

Tandis qu'en Virginie le théâtre df.>^ hostilités passait des bords du Potomac aux lignes de Richmond, le général Jackson continuait à opérer dans la Yallée, aidé par la division Ewell qui venait de le renforcer. L'objet de cette jonction était d'attirer l'attention du corps d'armée de Mac Dowell, campé à Frôdéricksburg et de l'empêcher de se porter à l'aide de Mac Clellan. La petite armée de Jackson accomplit cette diversion avec un succès qui dépassa tout ce que l'on avait espéré.

L'aventureux général conçut l'idée de prendre l'offensive et d'essayer^ malgré l'immense disproportion des forces opposées, de' chasser de la Vallée toutes les forces fédérales réunies sous les ordres de Banks, de Frémont et de Shields.

Pour bien faire saisir les dispositions des forces fédérales €t confédérées opérant à cette époque à l'ouest des Montagnes Bleues, il est nécessaire de faire uu rapide résumé des mouvements accomplis dans cette région pendant les quelques semaines précédentes.

Les forces de l'ennemi à l'ouest des Montagnes Bleues étaient disposées de manière à faciliter leur coopération avec Mac DoAvell, alors à Frédéricksburg. Elles se composaient des troupes de Banks et de Shields, dans la vallée de la Shenandoah, et de celles de Mihoy, Blenker et Frémont, dans la Virginie f)ccidentale. Aussitôt que Jackson eût été renforcé par la division Ewell, qui avait traversé les montagnes Bleues à Mac Gackeysville, il se dirigea sur le petit village de Mac Dowell, situé dans une vallée étroite occupée par la petite force confédérée du général Edward Johnson, ■et devant la ligne de bataille des fortes brigades fédérales

de Milroy et de Blenkei-. Après un court engagement, l'ennemi fut chassé de sa position. Ayant appris que la défaite de Mac Dowell avait effrayé Milroy et Blenker à un tel point que ces deux généraux s'étaient repliés sur Frémont, à c^uelque distance à l'arrière, Jackson résolut de les tromper en retraitant rapidement au bas de la vallée Pike. De là, il se l'endit à Newmarket où il fut rejoint par le corps d'Ewell, qui l'attendait au défilé de Swift Run. Le total de ses forces se montait alors à quatorze mille hommes. Après quelque repos, il les dirigea à travers les montagnes de l,*i Shenandoah.

Voici quelles étaient les positions des forces ennemies. Quand Shields, qui avait suivi Jackson depuis la bataille de Kernstown, le trouva fortement posté à Mac Gackeysville, il décHna le combat, retira ses forces de la ligne qui s'étend entre Woodstock et Hai-risonburg, et se replia dans la vallée, dans l'intention de se diriger après sur Frédéricksburg où se trouvait le général Mac Dowell. Banks avait ses troujies dispersées dans l'étendue de la vallée ; l'arrière à Front Royal, Blenker et Milroy se trouvaient dans la Virginie occident;:]e ; leur défaite avait eu pour résultat de faire dévier Fiémont de sa route primitive en rendant son assistance urgente. Croyant que Jackson était très occupé de co côté, et par conséquent à une grande distance du point où ils se tiouvaient, Banks et Shields commencèrent leur mouvement sur Frédéricksburg, ignorant le danger qui les menaçait. Dans la matinée du 22 mai, Jackson et Ewell^ à In tête de quatorze mille hommes, fondirent sur leur arrièregarde à Front Royal.

Le 1er Maryland (fédéral) qui formait cette arrière-garde fut presque entièrement détruit. Tout son effectif, à l'exception de quinze hommes, fut tué, blessé ou capturé; neuf cents prisonniers furent pris dans leur retraite sur Stj-asburg; une grande quantité des magasins ennemis furent détruits. Au moment où Jackson fit son attaque, Banks s'éloignait de Strasburg ; il craignit que Jackson, se dirigeant de Port Royal sur le chemin convergeant de Winchester, ne le coupât de sa base d'opération, qu'il croyait en sûreté. Ses craintes furent réalisées ; Jackson attaqua sa principale colonne à Middletown, fit un givand nombre de prisonniers, jeta le désordre dans sa retraite, et après avoir rejeté une partie du corps d'armée de Banks dans la direction de Strasburg, il commença la poursuite sur celle qui retraitait sur Winchester.

Le 24 mai, l'armée de Banks, en proie à une panique effrayante, entra à Winchester et fut reçue par les citoyens avec des cris de dérision. Le grand nombre des fugitifs qui couraient çà et là ; des coups de fusils tirés de quelques fenêtres ; l'explosion des caissons ; la cavalerie pourchassant les fuyards ; les bandes de pillards saccageant les propriétés particulières et employant leurs baïonnettes contre les habitants ; tout fit de cette ville le théâtre d'un affreux désordre et le témoin de la lâcheté sauvage d'un ennemi honteusement battu.

L"armt'e de Banks pillait encore, quand le son lointain de l'artillerie confédérée attira son attention. Aucun de ces maraudeurs ne se sentait de dispositions à affronter un ennemi qu'ils connaissaient trop bien ; tous n'avaient qu'un désir : c'était de détaler et de mettre le plus tôt possible le Potomac entre eux et Jackson. Jamais retraite ne fut plus honteuse ; la seule idée qui dominait dans cette lâche fuite était la sécurité personnelle. Quarante huit heures après avoir reçu la nouvelle de la p.remière attaque faite stu- son arrière-garde à Front Roya\ Banks se trouvait sur les bords du Potomac; pendant la dernière journée de cette fuite précipitée, son armée avait fait trente cinq milles.

Les fruits de cette campagne, faite en deux jours par Jackson, furent immenses. Banks ne s'était échappé qu'après avoir perdu tout sou matériel et tout son bagage, abandonné Winchester avec les entrepôts et tous les dépôts qui s'y trouvaient, et laissé ce point important ainsi que Front Soyal en pleine possession de l'armée confédérée, qui outre les avantages que présentaient ces positions, se ti'ouvait maîtresse de quatre mille prisonniers et d'approvisionnements d'une valeur de plusieurs millions de dollars Ce splendide succès fut le résultat des coups imprévus portés par Jackson. Des ordres du jour instruisirent l'armée confédérée campée aux environs de Richmond, de cette succession de victoires. "L'armée fédérale," dit le général Johnston, a été ionominieusement battue et chassée de la vallée de la Slieuaiîdoah, e't les troupes qui ont, par leur valeur patriotique, rendu à la liberté les loyaux habitants de ce district, ont droit aux remerciements du pays reconnaissant. En vous communiquant cette glorieuse nouvelle à la veille de la grande bataille qui va être livrée, le commandant général ne croit pas nécessaire de rappeler aux troupes de cette armée qu'elles* doivent suivre l'exemple de leurs nobles frères de l'armée de la vallée." ('•'•)

En se retirant de AVinchester, le général Jackson courait le danger d'être enveloppé par les colonnes convergentes de Frémont et de Shields. Il réussit "par la grâce de la divine Providence," à atteindre Strasburg, avant que les deux armées fédérales eussent effectué leur jonction projetée. Le

ment s'ensuivit. Le colonel Johnson, à la tête du régiment du Maryland, entra en ligne, et par une audacieuse charge sur le flanc de l'ennemi^ le repoussa, non sans lui faire subir de grandes pertes. Ashby se trouvait à la droite du 5Sènie Virginie et venait de commander une-charge à la baïonnette sur l'ennemi, posté dans un bois, quand un soldat fédéraL caché derrière une barrière à peu de distance de lui, lut envoya une balle mortelle. Le général Jackson, dont les éloges étaient d'autant plus précieux qu'ils étaient rares et que, chez lui, chaque parole avait son poids, écrivit à propos de ce brillant officier dont les audacieuses et actives opérations avaient contribué à ses succès: "Comme officier de partisans, je n'ai jamais connu quelqu'un qui lui fut supérieur. Son audace était })roverbiale ; sou abnégati')!i et sa puissance sur lui-même presque incroyables ; son caractère héroïque et sa sagacité étonnante quand il s'agissait de deviner les mouvements de et les desseins de l'ennerni,"

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