‹ La cause perdueChapitre 27 sur 85 · BATAILLES DE CROSS KEYS ET DE TORT KEFUBLTC · texte numérisé non relu

BATAILLES DE CROSS KEYS ET DE TORT KEFUBLTC

Le 7 juin, le gros de l'armée de Jack-on arriva dans le voisinage de Port Eepublic. Ce village est situe dans l'angle formé par le confluent des rivières Suuth et North tributaires de la fourche môridioi;;:]e cIl- l;i rivière Shenandoah. La pims grande })aitie des troujics de Jackson campèrent sm- aa terra. in élevé au nord du village, à environ un mille de la rivière ; la division Ewell se trouvait à quatre milles de lie près du chemin de fer qui relie Harrisonburg à Port Republic. Le corps d'armée fédéral du général Frémont était arrivé dans le voisinage du premier de ces villages, tandis que celui de Shields remontait la rive orientale de la fourche sud de la Shenandoah, et se trouvait au moment de l'arrivée à Port Republic, du général Jackson, à environ quinze milles au-dessous de lui. La position occujDée par Jackson se trouvait donc à peu près à égale distance des deux armiées hostiles. Pour prévenir leur jonction, il avait fait détruire le pont construit au-dessus de la fourche sud de la Shenandoah, à Conrad's store.

Fréiuont avait sept brigades d'infanterie et de forts dé-

5 juin, Jackson arriva à Harrisonburg, sans s'y arrêter il j tachemeni s de cavalerie. Ewell, pendant la plus grande partie

tourna à l'est et se dirigea sur Port Republic .

Cette marche de Harrisonburg à ce dernier point fut signalée par un pénible accident. Le fameux commandant de cavalerie Turner Ashby, dont le courage enthousiaste, la foi chrétienne et la passion invincible pour le danger faisaient un des plus nobles et des plus beaux types de la chevalerie moderne, fut tué de la manière suivante : Sur le chemin qui relie Harrisonburg à Port Republic, le 58ème Virginie rencontra des trou2)es pennsylvaniennes ; un engao-e-

de l'action qui s'ensuivit, n'avait que trois petites brigades, comptant moins de cinq mille hommes et pas de cavalerie. Vers dix heures, l'ennemi se montra sur le front de sa lierne de bataille, posta son artillerie et deux de ses brigades attaquèrent la brigade confédérée de Trimble, surda droite. Le général Trimble repoussa les assaillants, les rejeta à uii mille au-delà de leur première position et se posta sur leur place, prêt à faire l'attaque finale. A rmq^heure avancée de l'après-midi, Ewell fit enfin porter en avant ses deux

(*) En lisant le rapport de Bank?, on peut se rendre compte de la véracité des documents officiels des Fédéraux. Voici comment il relate sa honteise foite de Strasburg au Potomac :

" Mes troupes n'ont été ni attaquées ni mises en déroute ; elles ont accompli une marche préméditée [!] de près de soixante milles en face de l'enne mi [!1, ont annulé ses plans et lui ont livré bataille parlout où elles Vord rencontré:' [!!]

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

ailes, repoussa les tirailleurs de l'ennemi, et se trouva, à la tombée de la nuit, en pleine })ossessiun du tciraln oecupé auparavant par l'ennemi.

Cette victoire des Confédérés, à laquelle on donna le nom de Cross Keys, — avait été achetée par la perte de 42 tués et 287 blessés. Dans son i'a])port ofïiciel, Ewell estima celle de l'ennemi à 2,000. Le général Frémont n'accusa, il est vrai, qu'un chiffre ofiticiel de 625 ; différence peu importante si on le compare aux énormes disproportions qui existaient ordinairement entre le chiffre léel l't ]o chiftVe otlicid des pertes subies par les Fédéraux.

Pendant qu'Ewell remportait cet avantage, Jacksun se préparait à frapper un couj) imprévu sur Sliields, jdacé de l'autre côté de la rivière. Le lendemain de leur victoire, les troupes d'Ewell fuient rappelées et se joignirent à l'armée de Jackson, qui alhiit attaquer Puit Re})ublic. Aussitôt que le jour i^arut, elles se mirent en marche })0ur ce second champ de bataille, situé à une distance d'environ sept milles.

L'ennemi avait judicieusement choisi sa position défensive. Sur un })latean élevé près de Lewis llouse, il avait placé six canons, qui connnandaient le cheuiin de Port Republic ainsi que la plus grande pai'tie du plateau. Le général confédéré Winder lança d'abord sa brigade ù l'attaque ; elle fut reçue par un feu nourri et par les bombes fédérales. Notre artillerie lutta alors avec les batteries ennemies, mais celles-ci rem})ortèrent l'avantage, pendant que Winder, renforcé jjar un régiment louisianais, et ne voyant d'autre moyen de réduire la batterie fédéral'^ au silence et de se soustraire à ses projectiles, que de renlever d'assaut, s'avança audacieusement à quehiue distance, mais la fusillade et le tir extrêmement vif de rartilleiie jetèrent la désorganisation dans ses troupes, qui reculèrent en désordre. L'ennemi s'avança à traveis le champ du bataille et, par une fusillade bien nourrie, lit reculer nos colonnes d'infanteiie et par suite, noire artillerie.

Ce fut en ce moment critique, quand la bataille paraissait perdue, que les forces d'Ewell arrivèrent sur la scène du conflit. Deux de ses régiments, lo .5Se et le 44e Virginie, s'élancèrent en criant sur l'ennemi, le prirent en flanc, et le rejetèrent en désordre à l'arrière. En même temps, le général Taylor opérait sur la gauche et les derrières de l'ennemi, et parvint à détourner son attention du front de sa ligne eu la concentrant toute entière de son

côté. La bataille arriva à son point culminant. Quoique assailli de front et de côté par un ennemi supérieur en nombre, et décimé par son artillerie, placée à courte portée, la charge ordonnée par Taylor fut bravement conduite et les six canons de la batterie fédérale tombèrent entre nos mains. Trois fois cette batterie fut prise et reprise par les eflbrts désespérés faits de <']ia(pH' côté pour s'en emparer. Enhn, attaqué de face et sur l'aile par des forces supéi'ieures, Taylor se retira vers un bois voisin, mais Winder, ayant réussi h rallier sa brigade, accourut à son secours et attacpia de nouveau les Fédéraux, qui se [(U'paraient à envelopper la position où Taylor s'était retranché. Une atta<pie finale eut lieu. Taylor, renibi'cé par de nouvelles tionpes et soutenu par le feu bien dirigé de noti'e aitillcj'ie, s'élanra en a\;uit. La violence de son atta(jue fit enfin reculer reiiuenii (pii retraita bientôt en grande pi-éci}Htation, en hiissant entre les junins des Confédérés quatre cent cinquante piisunniers et ce ([ui restait de son artillerie.

Tandis que les forces de Shields étaient en pleine retraite, Frémont faisait son apparition sur la rive opposée de la fourche sud-Shenandoah, et tournait son artillerie sur les Confédérés victorieux. j\Iais cette démonstration ne fut suivie d'aucun effet; le lendemain, il se retira dans la partie inférieure du bassin de la rivière Shenandoah. Ainsi, la campagne de la Yallée se termina par la victoire ' de Port Republic, dont leiésultat avait été chaudement disputé pai- l'ennemi. Les Confédérés perdirent environ un millier d'hommes, mais cette brillante campagne leur acquit un immense prestige moi-al et donna à Jackson une réputation justement méritée. En un peu plus de six semaines, ce général avait battu trois armées fédérales, débarrassé la vallée de la Virginie des forces ennemies, jeté la consternation dans la capitale, et réduit à néant ce plan que Fennemi pouvait avoir conçu : de faire convei'ger simultanément plusieurs armées sur Richmond.

Le 12 juin, Jackson campa près de Weyer's Cave. En remerciement de ses victoires, le pieux commandant fit célébrer le service divin et prendre quelque repos à ses troupes. Peu de joui-s après, il reçut l'ordre de se porter sur Richmond et de prendre part à la grande bataille qui allait décider du sort de la capitale confédérée.

wkmu xvn.

ISATAILLKS DEVANT I!ICIIM()M).-SKVEj\ I'INES.-LKS SEPT JOURS.

IMA^I-.TIJir^LiiiT 180i2.

Los délais do ]\[ac Ciel lan permirent aux Confédérés de] commandées par Brancli ; Charleston même envoya des

recruter des troupes, de mettre à exécution la loi de conscription, et de rassembler devant Richmond la plus grande armée que le Sud ait l'éussi à réunir sui" un unique champ de bataille pendant toute la duiéc de la guerre. L'emiemi avait, il est vrai, commencé ses préparatifs depuis quelques mois, mais son avance définitive sur Kicliinond avait été retardée par l'hésitation do j\Iac Clellan à propos du choix de la ligne -d'attaque, quand un mouvement hardi sur un point quelconque de la défense de la capitale eut été, selon toute probabilité, couronné de succès. Un mois fut perdu dans ces hésitations. Le siège de Yoi'ktown, où Mac Clellan fut tenu en échec par onze mille honnnes, lui prit le second mois. Une marche prudente à travers la Péninsule le retarda encoie de trois semaines. Ainsi, trois mois entiers furent perdus par l'armée fédéi'alc avant qu'elle eut atteint la ligne défensive de Richmond, tandis que les Confédérés profitaient de ce temps précieux pour augmenter leurs ressources de défense.

Après avoir atteint le Chickahominy, Mac Clellan jeta une portion de son armée à travers la rivière, et, ayant ainsi réussi à poster sa gauche, fit pivoter toute l'armée sur elle en étendant sa droite dans la direction du nord de Richmond, par la rive droite du Pamunkey. Pendant que ces manœuvres s'accomplissaient et retardaient l'attaque définitive, l'armée du Sud recevait rapidement. des renforts de tous les points de la Confédération et se préparait à la grande bataille. L'armée de Huger, venant de Norfolk, se réunit à celle de Johnston devant Richmond ; le chemin de fer amena rapidement les forces de la Caroline du Nord,

troupes pour la défense de la capitale, de manière à égaliser, autant que possible, le chiftVe des forces de Jnhnston avec celui de l'armée ennemie. On y réussit ; la différence numérique des adversaires, dans cette occasion critique, fut probablement moindre qu'elle ne l'avait jamais été ou qu'elle ne le fut jamais dans les autres grandes batailles de la guerre. p]n comprenant les troupes que Jackson commandait dans la vallée et ((ue l'on pouvait faire concourir à la défense à un moment donné, l'armée qui défendait Richmond [)0uvait compter quatre-vingt-dix mille hommes; Mac Clellan, après les pertes qu'il avait éprouvées dans la Péninsule, ne pouvait guère, mettre en ligne que cent vingt ou cent trente mille honmies.

Vers la fin de mai, les positions des deux armées autour de Richmond étaient séparées par le Chickahominy. Cette rivière, coulant à ti'avors des njarécages et des foi'êts épaisses à l'est de Richmond, dans la direction du nordouest au sud-est, formait le front respectif des deux armées, les Confédérés tenant la rive occidentale^ les Fédéraux la rive opposée. La ligne occupée par l'ennemi était presque droite et s'étendait dans la direction du nord-ouest au sudest. Sa droite était à une petite distance de New J3ridge, sa gauche à Bottorn's Bridge. Ces deux points étaient séparés par une distance de dix milles. Les voies de communication suivantes traversaient cette ligne: le chemin de Brook, à l'ouest; ensuite celui de Mechanicsville, petit village situé au nord du Chickahominy ; celui de Nine Mile, la voie ferrée de la rivière York, et les chemins de Williamsburg, de Charles City et de Darbytown, à l'est.

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

Avant le 30 mai, Johnston s'était assuré que Mac Clellnn avait placé son aile gauche dans une position située à six railles de Richinond et à une distance d'environ un mille du point connu sous le nom de Seven Fines (les sept pins), où la division fédérale Casey campait. La division Coucli était formée à l'arrière de sa droite, sur la station de Fair Oaks, à environ six milles de Richmond. Le général Keyes commandait les deux divisions. Sur leur front s'étendait une forêt épaisse. Un orage terrible éclata dans la nuit du 29 • mai, et les torrents de pluie qui tombèrent pendant toute la nuit grossirent tellement le Cliickahominy à l'arrière de Kcyes que Johnston, voyant la gauche fédérale isolée pai' la crue de la rivière, résolut de l'attaquer avec ses seules troupes. Dans la nnitinée du -30, il commença sou mouvement.

lîATAiLLE DK SEVEX TINES (SEPT TINs).

Le plan de bataille du général Johnston consistait en une triple attaque; le général D. H. Ilill, suppoité par hi division du général Longstreet, — qui avait la direction des opérations sur la di'oite, — devait s'avancer par le chemin de Williamsburg et attaquer l'ennemi de front; la division Huger descendrait le chemin de Charles City et tomberait sur le liane des troupes que Hill et Longstreet auraient déjà engagées; le général Smith devait se porter à la. jonction des chemins de New Bridge et de Nine Miles pour être prêt à attaquer le flanc de Keyes, ou à couvrir la gauche de Longstreet, suivant ce que les circonstances exigeraient.

La plus grande })artie de la journée fut perdue par rattente du mouvement de lluger, — la })lus importante })artie du })lan de bataille, celle qui devait assaillir le tlanc de l'ennemi et assui-er sa défaite. — Cette attente fut vaine ; Huger ne put traverser le courant, considérablement grossi par la pluie de la nuit. A une heure avancée de ra.[)rèsmidi, Longstreet se détermina à attaquer l'ennemi avec sa division et celle de Hill. Il réussit à tirer parti, autant qu'il était en son i)ouvoir, des fâcheuses circonstances résultant de la perte de temps. Le général Johnston resta avec Smith à la gauche, pour observer l'ensemble du champ de bataille.

Les régiments de Longstreet s'élancèrent à l'attaque, à travers les bois épais et les marais fangeux (pii, eu certains endroits, étaient couverts de deux pieds d'eau. Les nuées de tirailleurs qui défendaient les travaux ennemis furent dispersées par cet élan et Longstreet assaillit leurs fortifications. Une volée terrible accueillit cette rapide attaque. Quelques-uns des régiments de Longstreet rampèrent dans les buissons jusqu'en face de la redoute, puis, à un signal donné par les troupes qui faisaient l'attaque de flanc, ils se ruèrent sur les cnnons crmemis, dispersèrent les tirt'illeiirf^ et «entrèrent pèle-nièh» (buis jfg fortifications^ en

chargeant à la baïonnette les Fédéraux qui y étaient reti'anchés. Toutes les lignes ennemies furent successivement enlevé(>s d'assaut ; le vigoureux élan des Confédérés eut pour résultat de repousser les Fédéraux à deux milles de leurs camps et de leurs fortifications, — l'ennemi laissant sur toute la lis-ne des traces sano-lantes de sa retraite.

Sur la gauche, où .Tohnston commandait en personne, l'ennemi maintint sa position jusqu'à la nuit ; la division de Smith, j(unte à une j^urtion de celle de Whiting, ne put le déloger. Le général Johnston fut grièv(^ment blessé à l'épaule (^t mis hors de service.

Il avait sutfi des quehpres heures du jour qui restaient^ poui' faire un carnage terrible dans les rangs ennemis. La perte des Confédérés était de })lus de quatre mille hommes ; celle de l'eimemi, suivant les jouinaux du Nord, de plus de dix mille ; Mac Clellan l'évaluait officiellement à 5,739. Les fruits palpables de notre victoire étaient les dix pièces de canon, les six milles petites armes, le drapeau du quartier-général, les quatie drapeaux de régiments, l'immense quantité de tentes, et les nombreux équipages de camp et approvisionnements <iue l'ennemi avait laissés entre nos mains.

Le lendemain (1er juin), remieini ayant réussi à jeter deux divisions en deçà du Cliickahominy, sous le commandement du «général Sumncr, attaqua la brigade Pickett, ap})uyée })ar celle du général Pryor. Ces deux brigades repoussèrent vigoui'cusement l'ennemi; celle de Pickett avait su})porté tout le poids de l'attaque. Ce fut la dernière démonstration faite par les Fôdésaux. Bien qu'elle fut sans aucune conséquence, Mac Clellan la qualifia du nom de "bataille de Fair Oaks" et elle servit de thème à de nouvelles dépêches exagérées et destinées à dissiper dans l'esprit du j)ublic uijrdiste la fâcheuse impression qu'avait laissé l'annonce de la défaite de la veille.

Il faut reconnaître que l'esprit du public confédéré fut peu aftécté par la victoire de Seven Fines. C'était un fait d'armes splendide, il est vrai, mais rien de décisif n'en était résulté ; le terrain recouvré n'avait aucune importance et il fut abandonné bientôt après. Si Huger avait obéi aux ordres de Johnston, celui-ci aurait pu anéantir l'ennemi, tandis que le seul résultat obtenu était la démoralisation de la gauche de Mac Clellan et la satisfaction peu substantielle d avoir gagné une brillante victoire, quand une triple attaque, si elle avait eu lieu," aurait i^robablement donné lieu à une action entière et décisive.

La blessure du général Johnston, en le mettant en incapacité de service, causa d'importants changements dans les grands commandements. Quelque temps auparavant, le Congrès confédéré avait adopté un projet de loi créant le poste de commandant général, et donnant à l'ofiicier qui en serait chargé la dirtction généi'ale des mouvements militaires. Cette mesure avait une grande signification, comme première tentative d'abolir le cumul de la haute administration civile et de If^ suprématie militaire dans la per-

sonne du Cliet" Exécutif, et de uouinier (?c«,« agents distincts pour cette bifurcation du service jinblic.

Les mérites de cette réforme proposée servirent de thème à de longues discussions dans la Confédération. Le Président, en sa ca])acité civile, était l'exécuteur des volontés du Congrès, et})ar conséquent, n'avait aucun pouvoir dictatorial siu' l'action de cette assemblée ; mais, comme Iiivpcrator ou commandant en chef de l'armée et de la manière, il pouvait devenir ])res(]ue despotique dans l'exercice de ses pouvoirs. Le code militaire devenait sa "Constitution" et lui donnait la latitude de placer ses créatures à la juridiction des cours; nuirtiales ; son autorité n'avait guère d'autres limites que sa volonté })ei-sonnello et ses décisions seraient sans appel, car c'était lui, comme Imperator^ qui en appelait à lui encore, comme magistrat civil. Cette théorie politique conduisait évidemment au despotisme. Eu supposant la loi d'hnheas vorpus abolie, le Président, dans son cumul de fonctions, devenait un autocrate, s"il avait le tact de régir les affaires sans exeiler l'inquiétud(i des gouvernés jus(|u\'iu moment où il aurait fermement consolidé son })Ouvoir. L'expérience de l'ancien gouvei'uement de l'Union avait suffisamment appris aux Confédérés combien le maintien des libertés publiques était problématique quand ces damières étaient confiées aux mains de représentants sur lesquels agissait le patronage du i)ouvoir Exécutif. Le passé avait aussi démontré que le chef de ce pouvoir Exécutif, en le supposant même dépourvu d'une habileté suffisante pour le rendre dangereux, pouvait néanmoins devenir tel, sous le joug d'un parti tyranique ou arbitraire.

Après la première bataille de Manassas, un conseiller du président Davis, qui avait joué un certain rôle dans la session du Congrès de Montgomery, et qui connaissait les ujranJs efforts faits i)()ur détourner l'action du o-ouvernement en faveur de (luestions d'intérêts locaux, appela l'attention du Présidimt sur la nature dou]»l(^ de son emploi de chef de l'administration et de l'ai niée, et insista sur l'urs^-ence d'assumer, dans la personne de M. Davis, la qualité (Vlmperator, comme le meilleur et le i)lus sûr moyen d'opérer une concentration do pouvoirs si utile dans un moment décisif. Un examen approfondi des fjicultés consultatives du Congrès, conduisit le président Davis à décliner cette proposition. Comment pouvait-il, en sa qnalité d'officier exécutif des décisions du Congrès, les accepter? Les deux emplois réunis chez le même homme ne* constituaient-ils pas nn antagonisme évident d'intérêts ? Le résultat fut qu'avant la fin de la première année de la guerre, il devint manifeste qu'il fallait, à la tête de l'administration militaire, un honmie ferme et d'une grande force de volonté. Dans l'esprit public, la conclusion presque unanime fut que la direction des affaires civiles et celle des opérations militaires étaient incompatibles et le cumul de ces fonctions impossible. D'un autre côté, on remarqua que ce plan ne pouvait, comme la méthode de concentration du pouvoir, entraîner la perte des libertés publiques ; que les pouvoirs civils et

militaires étant laissés chacun à une tête intelligente et à une main ferme, l'accomplissement de l'œuvre d'indépendance en serait plus prompt et plus facile, enfin que les deux hauts fonctionnaires qui auraient charge de ces emplois, ne pourraient s'entendre au sujet de toute mesure qui serait \m danger pourles libertés publiques, tandis que l'on ne pouvait pas attendre la même opposition des ministres mous et faibles nommés par un Président et maniés facilement par lui.

La conséquence de ces vues fut que plusieurs hommes politi(]ues marquants de la Confédération mûrirent un plan en ce sens. Le pouvoir suprême devait se bifurquer ; un chef civil devait mettre à exécution les décisions du Congrès, tout en veillant au maintien des libertés du peuple et à l'inviolabilité de la Constitution ; tandis qu'un général, Tinperator, ou commandant-en-chef, aurait à diriger les opérations militaires, et à requérir du Congrès et du pouvoir Exécutif toutes les mesures nécessaires pour la conduite de la o'uerre.

Ce plan était celui-ci : Le général E. E. Lee devait commander en chef et diriger les opérations de l'armée du Potomac ; Johnston conduirait celles des armées de la vallée orientale du Mississipi ; Priée commanderait dans le Missouri ; Kirby Smith dans la Louisiane et le Texas ; Bragg dans le Sud ; Beauregard dans le Sud-Est, taudis que Jackson, Longstreet, Hill, Whiling et d'autres officiers de talents agiraient suivant leurs propres impulsions. Les commandants des gi'andes divisions constitueraient un bureau consultatif du Congrès et chacun d'eux anrait, dans son district, im pouvoir discrétionnaire.

Le président Davis fut probablement bientôt averti de ce complot contre sa puissance ; il apposa son veto au hlU créant le poste de commandant général. Mais étant personnellement bien disposé en faveur de Lee, il saisit l'occasion de l'incapacité momentanée de Johnston pour le nommer non-seulement commandant de toutes les troujies de défense de Richmond, mais aussi pour lui confier le poste nominal de commandant général " agissant sous la direction du Président," suivant les termes de l'ordre lancé à cet effet. La série de victoires remportées depuis cette nomination donna d'abord raison aux partisans de l'autocratie militaire du président Davis ; mais on verra par la suite combien cette confiance était erronée, et comment, dans de périlleuses circonstances, l'opinion ])ubliquc se manifesta et prit, pour ainsi dire, le caractère d'une exigence révolutionnaire.

Le généi-al Lee entra dans ces importantes fonctions avec une simplicité caractéristique. Le nouveau commandant était naturellement calme, poli et tranquille ; c'était un de ces hommes rares dont la modestie augmente à mesure qu'ils suivent une marche ascendante vers le pouvoir et la responsabilité. Un étranger n'eut pas sans doute reconnu, dans ce paisible citoyen vêtu de gris et ne portant aucun insigne de rang, qui, chaque soir inspectait les lignes de Richmond ■sans chercher à attirer l'attention, l'homme 'dans le génie

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duquel le peuple de la Confédération avait placé sou espoir et accordé toute sa confiance.

LES BATAILLES DES SEPT JOURS AUTOUli DE lUCHMOND.

Le plan du général Lee fut bientôt conçu. Il était très simple et facile à comprendre; un simple examen des positions des deux armées autour de Richmond en fera saisir l'ensemble. La base d'approvisionnements de Mac Clellan se trouvait prés de la tête de la rivière York. Sa gauche était établie au sud de la rivière Chickahominy, entre les marais de A¥liite Oak et de New Brid2;e ; une liarne de travaux solides la protégeait. Son aile droite était postée au nord du Chickahominy et s'étendait au-delà de Mechanicsville ; de forts retranchements défendaient son approche dans la direction du sud. L'armée de Lee couvrait Richmond ; les divisions Huger et Magruder, appuyées sur celles de Longstreet et de D. H. Ilill, taisaient face à la gauche de l'ennemi ; celle de A. P. Hill s'étendait de la gauche de Magruder à un point au-delà de Meadow Bridge.

L'intention de l'ennemi semblait être de prendre Richmond par un ^iége régulier. La force de son aile gauche rendait un assaut direct inopportun, sinon impraticable. Dans cette prévision, le général Lee se détermina à élever des lignes défensives, dont la disposition permettait à une partie de son armée de traverser le Chickahominy et d'opérer sur la rive nord, tandis rpie l'autre suffirait à garder les retranchements. En commandant ainsi le cours inférieur de la rivière et menaçant les communications de Mac Clellan avec la rivière York, Lee espérait le forcer à i-etraiter ou à livrer bataille hors de ses retranchements.

Nous avons déjà relaté les opérations des troupes du général Jackson, aidées par la division Ewell, dans la vallée de la Shenandoah, et on a vu comment elles avaient pleinement réussi à empêclier l'armée de Mac Dowell, de Fredericksburg, de faire sa jonction avec Mac Clellan. Il devenait maintenant de la plus haute importance de rappeler Jackson et Ew^ell, et d'amener leurs troupes, promptement et secrètement, sous les murs de Richmond. Pour masquer sa retraite de la Vallée après les défaites de Frémont et de Shields, Jackson reçut les renforts de la division Whiting, — composée de la brigade de ce général, commandée par le colonel Law, et de hx brigade texienne de Hood, — et de la brigade Lawton, venant du Sud. Le mouvement de retraite réussit au-delà de toute espérance, et il est à supposer que Mac Clellan n'en fut instruit que lorsque Jackson était déjà dans les lignes de Richmond.

Conformément à l'ordre de bataille prescrit par le général Lee, le général Jackson devait partir d' Ashland le 35 juin, se diriger sur Slash Church, camper pendant la nuit à l'ouest du chemin de fer central, et à trois heures de l'aprèsmidi, le 26 juin, ^'avancer çur l'eniieHii en tournant Beaver

Dam. A P. Hill devait traverser le Chickahominy à Meadow Bridge, quand la nouvelle de l'avance de Jackson au-delà de ce ])oint lui serait parvenue, et marcher directement sur Mechanicsville. Aussitôt que le pont de cette dernière ville serait laissé à découvert, Longstreet et D. H. Hill traverseraient à leur tour; le [u-einier irait appuyer le mouvement de A P. Hill ; le second, celui de Stonewall Jacksoii. Les quatres corps d'armée s'avanceraient alors de la rive nord du Chickahominy sTir le cliemin de fer de la rivière York: Jackson, sur la gauche et en avant, Longstreet, en arrière et plus près de la rivière. Huger et Magruder reçurent l'ordre de tenir leurs positions contre tout assaut de l'ennemi, d'observer ses mouvements, etjde le poursuivre de près dans le cas où il se déterminerait à la retraite.

Batailles de Mccluuilcsv'Ule cl de Bcacer Dam.

A, P. Hill ne commença son mouvement qu'à trois heures de l'après-midi. Son corps d'armée traversa la rivière et s'avança sur Mechanicsville, que Fitz John Porter, officier d'artillerie et ingénieur hautement apprécié par Mac Clellan, avait solidement fortifié. Aussitôt que les Confédérés s'avancèrent sur les travaux construits par Porter, l'artillerie ouvrit le feu de part et d'autre avec une violence terrible, et pendant une demi heure, une canonnade assourdissante troubla le silence de la soirée. L'éclair du canon et la longue ligne des lumières produites par la vive fusillade tranchaient par intervalles sur le fond bleu d'un ciel sans nuages. A la nuit, la scène du conflit devint grandiose. A la lueur de l'incendie des maisons, des greniers et des monceaux de paille, nos soldats s'élancèrent sur les travaux fédéraux, bravant une canonnade terrible. Quelques moments après, l'artillerie fédérale se tut; un cri immense retentit sur le long de la ligne confédérée, et un dernier assaut enleva définitivement la place.

L'ennemi fut forcé de chercher refuge dans ses travaux de la rive gauche de Beaver Dam, à environ im mille plus loin. Cette position était excessivement forte ; les rives du ruisseau étaient hautes et presque à pic. Pour s'en approcher il fallait traverser une plaine ouverte ; aucun pont ne surmontait la rivière et le passage à .gué était rendu plus difficile encore par les abattis faits sur les rives par les Fé déraux. On crut que le seul moyen possible de se rendre maître de cette position était de traverser la rivière et le marais à un point plus élevé du courant, pendant que Jackson, que l'on attendait instamment, passerait le Beaver Dam au-dessus et tournerait la droite de l'ennemi.

Longstreet et D. H. Hill traversèrent le pont de Mechanicsville aussitôt qu'il fut laissé à découvert et réparé. Il était tard avant qu'ils n'eussent atteint la rive nord du Chickahominy. La brigade d'avant-gardo du corps de Hill, commandée par Ripley, s'avança au secours des troupes en^dgées et se joignit à la brigade Penderj du corps A. P.

Hill, dans un mouvement effectué pour tourner la droite de l'ennemi. Dans l'excitation du moment et malgré l'oLscurité, Eipley s'avança à travers une plaine et parvint jusqu'au chemin bordant les marais, quand soudainement l'ennemi ouvrit le feu à mitraille, à quatre-vingt pas. La brigade confédérée fut décimée ; néanmoins le commandement de "chargez" fut donné à toute la ligne. Les Confédérés s'élancèrent en avant, mais les abattis des Fédéraux et les marais les empêchèrent d'aller plus loin, tandis qu'à droite, le canon les mitraillait à courte portée et que l'infanterie ennemie, avantageusement postée, dirigeait sur eux une vive fusillade. La retraite était le seul moyen de salut ; grâce à la nuit, elle fut effectuée sans trop de nouveaux malheurs. Le feu continua jusqu'à neuf heures du soir. Ainsi finit la première journée des batailles autour de Richmond.

Dans la matinée du 27, l'arrivée de Jackson sur la gauche de l'ennemi était encore attendue. Dans la prévision qu'elle ne tarderait pas, la ligne confédéré recommença la bataille au point de jour ; pendant deux heures, le feu continua avec animation. Le soleil se leva sur un nouveau champ de carnage. La ligne de feux formée par les éclairs de la fusillade, les explosions de caissons, les cris sauvages poussés par les combattants, les colonnes d'infanterie se ruant sur la redoute construite au centre du champ de bataille, les soldats sanglants, épuisés, noircis par la poudre, formaient un ensemble sublime et horrible. Mais tandis que cet engagement critique avait lieu, Jackson s'approchait rai3idement et son arrivée allait décider de la victoire. Il avait réussi à traverser le Beaver Dam au-dessus de la position ennemie, et les Fédéraux ne s'étaient pas plutôt aperçus de son arrivée qu'ils abandonnèrent leurs retranchements et se retirèrent rapidement vers la rivière.

Il n'y avait pas un moment à perdre. Le général Lee s'aperçut bientôt, que Mac Clellan s'était efforce de prolonger l'énergique résistance du corps de Porter, dans le but de protéger son centre sur la rive nord, dans le voisinage de Gaines' Mills. Aussitôt que les ponts du Beaver Dam purent être ré-pavès, les différentes colonnes confédérées se mirent en marche. Longstreet et A. P. Hill suivirent la rive droite du Chickahomiuy ; tandis que Jackson, à qui D. H, Hill s'était uni, se trouvait à une grande distance à la gauche où il menaçait la droite de l'ennemi tout en convergeant graduellement vers la rivière.

La position que Mac Clellan occupait à Gaines' Mills avait été évidemment choisie pour une opération décisive. Ce fut là, en effet, qu'eût lieu la bataille qui décida du sort de Richmond. L'ennemi occupait une rangée de collines ; sa gauche était appuyée sur une falaise boisée qui surmontait presque perpendiculairement un profond ravin, occupé par un grand nombre de tirailleurs ennemis que les rives abruptes protégeaient. Une seconde ligne d'infanterie était postée sur la pente d'une colline, au-c^ssus de la première, et derrière un abattis d'arbres. La troisième ligne occupait le haut

de la colline, fortifié ])ar des tranchées ; au sommet se tri)uvait l'artillerie. Pour approcher de cette position, il fallait traverser une plaine d'environ un quart de mille de largeur sous le feu de la triple ligne d'infanterie qui couvrait la colline et des puissantes batteries fédérales postées au sud du Chickahominy. En face et à la droite du centre ennemi, le terrain était à peu près entièrement ouvert, borné du côté de la position confédérée par un bois épais rempli d'une végétation bssse et entrelacée, et traversé par une flaque d'eau croupie qui changeait le sol environnant en un marais bourbeux.

Le général Lee avait établi son quartier-général dans uu bâtiment de la plantation Hogan et attendait tranquillement que le moment vint où, sous son commandement, la plus importante bataille de la guerre allait commencer. 11 était plus de midi. Les colonnes de Hill et de Longstreet s'arrêtèrent dans la j^laine pour attendre que la droite de Jackson soit arrivée à New Cold Harbour. Le général Lee, calme et attentif, était assis sous le portique de la maison de Hogan. Quelques officiers-généraux s'étaient assemblés autour de lui, et un conseil de guerre fut tenu sur la pelouse au bas de l'escalier. Une conversation animée s'échangea entre les commandants de corps, tandis que Lee gardait son attitude pensive et sérieuse ; sa noble physionomie ne montrait aucun symptôme d'inquiétude ou d'irrésolution. Un courrier arriva et lui remit une dépêche ; aussitôt il sauta en selle. Jackson était arrivé et le moment d'agir était venu.

Bataille de Gaines' Mills.

Pressant activement dans la direction du chemin de fer de la rivière York, A. P. Hill, qui était à l'ouest, atteignit vers deux heures le voisinage de New Cold Harbour où il rencontra l'ennemi. La bataille s'engagea chaudement. L'arrivée de Jackson sur notre gauche était attendue à chaque moment, on supposait que son entrée en action obligerait l'ennemi à étendre sa ligne dans la direction où il opérerait. Sous cette impression, Longstreet fut retenu à l'arrière jusqu'au moment où le mouvement conamencerait. La plus grande partie de l'armée fédérale se trouvait sur la rive nord du Chickahominy ; la seule division de Hill se lança sur cette masse avec un courage héroïque. Elle réussit à la chasser et se lança sur la forfe position qu'elle occupait sur la colline. Pendant deux heures," le combat continua sans avantage bien marqué d'aucun côté. Trois régiments do Hill réussirent à percer la ligne ennemie à la gauche et imvvinrent au sommet de la colline, mais la supériorité numérique des Fédéraux les écrasa bientôt et ils ne purent- se maintenir. Aidé par le feu de ses batteries au sud de Chickahominy, l'ennemi put arrêter l'avance de nos troupes, rendue plus diâicile encore par les obstacles topographiques. Quoique une grande partie des troupes confédérées n'eussent vu le feu pour la première fois que la veille, elles se rallièrent Réannaoins et tinjent les Fédéraux en respect. Plusieurs

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

brigades conservèrent obstinément leurs positions, mais il devint bientôt évident que l'ennemi gagnait graduellement du terrain.

Jackson n'était pas encore arrivé: La situation était critique. Un message pressant fut envoyé à Longstreet : l'ordre lui était donné de faire une diversion en faveur de nos colonnes d'attaque. En conséquence, les trois brigades de Wilcox furent immédiatement envoyées contre le flanc gauche de l'ennemi. La brigade de Piclcett, à son tour, vint se poster à la gauche de celle de Wilcox ; ce mouvement força l'ennemi à se développer sur le front du général Longstreet, qui, s'apercevant.de la possibilité de faire un assaut direct, convertit sa diversion en attaque réelle et donna l'ordre d'une avance générale. La brigade du général E. H. Anderson fut divisée ; une partie eut pour mission d'aider Pickett dans l'assaut qu'il allait tenter ; l'autre devait garder le flanc droit de la division Wilcox.

Jackson arriva au même moment ; l'air retentit de cris d'allégresse, et les corps réunis se préparèrent à une chai'ge décisive. La division de droite de Jackson, commandée par Whiting, prit position à la gauche de Longstreet; l'arrivée opportune de cette division remplit le vide de la ligne confédérée. La brave armée s'avança alors sur les trois rangs d'infanterie ennemie, protégés par ses batteries des deux l'ives du Chickahominy.

L'él.in des troupes fut splendide. Sur la di'oite, elles assaillirent vigoureusement la position fédérale, bravant la triple ligne de feu de la colline et le feu des batteries des den.x i-ives qui mitraillaient les divisions confédérées à mesure qu'elles débouchaiesit dans la plaine; Les terribles feux roulants de l'infanterie produisaient un bruit semblable à celui d'une cataracte, tandis Cj^ue les formidables décharges de l'artillerie, étoufiant par intewalles la crépitation de la fusillade, semblaient ébranler les collines. Les colonnes de fumée étaient si intenses, que le soleil ne reflétait qu'une lueur rougeâtre ; à l'arrière, des nuages de poussière, soulevés par les nrouvements rapides de la cavalerie, contribuaient aussi à appesantir l'atmosphère et à aveugler les assaillants. Ceux-ci s'avançaient toujours, jalonnant le terrain de leurs morts et de leurs blessés.. Les braves Texiens de Whiting étaient en tête, suivis de près par leurs non moins héroïques compagnons. Devant leur

impétueux élan, l'ennemi abandonna le ravin du bas de la colline et se replia sur sa première ligne de travaux ; la colonne confédérée les traversa à la course et se lança à l'assaut des retranchements du sonmiet de la colline. Us furent rapidement enlevés, ainsi que les quatorze pièces de canon qui les défendaient. L'ennemi fut rejeté au-delà de sa position. Bientôt il reçut des .renforts de troupes fraîches et il essaya, à plusieurs reprises, de reprendre ses retranchements de la colline, mais ces attaques répétées furent vaines et n'eurent pour résultat que de semer la mort dans leurs rangs déjà si éclaircis. Puis, les colonnes fédérales, forcées de battre en retraite, s'éloignèrent en masses confuses et désorganisées. La nuit empêcha la poursuite et laissa aux Confédérés la possession du champ de bataille et toute la gloire d'une grande victoire. De longues lignes de morts et de mourants ensanglantaient chaque étape de la résistance acharnée de l'ennemi, et témoignaient de l'étendue de ses pertes (*).

Dans la matinée du 28, il fut reconnu qu'aucun corps de cavalerie ne se trouvait sur le front de l'armée confédérée au nord du Chickahominy. Comme l'ennemi pouvait encore avoir l'intention de livrer bataille afin d'assurer la sécurité de ses communications, un détachement de cavalerie, supporté par la division Ewell, reçut l'ordre de s'emparer du chemin de fer.de la rivière York; le général Stuart, avec le gros de sou corps de cavalerie, devait coopérer à ce mouvement. Quand ce détachement eut atteint la station Dispatch, l'ennemi battit en retraite sur la rive sud de la rivière et brûla le pont du chemin de fer. Ewell, arrivant quelques moments après, détruisit une partie de la voie ferrée. Pendant la matinée, des colonnes de poussière, s'élevant au sud du Chickahominy, démontrèrent que l'armée fédérale était en mouvement. L'abandon du chemin de fer et la destruction du pont prouvaient qu'il ne ferait aucune tentative pour conserver cette ligne. Mais de la position qu'il occupait maintenant, il pouvait, par les chemins qui conduisaient vers la rivière James, atteindre les ponts du bas Chickalîominy et retraiter vers la Péninsule. En prévision de cette dernière éventualité, il devenait nécessaire que nos troupes continuassent leur occupation du côté nord de la rivière, et, jusqu'à ce que l'intention du général Mac Clellan fut dévoilée, il était

(^■) Ua soldat texitii raconte ainsi celte charge : " Une spleuuide batterie de seize canons, servie par des anciens soldats de l'armée régulière, planait au-dessus de nous et menaçait d'une destruction pi'esque certaine les troupes qui oseraient s'aveuturer à attaquer la colline. Mais dans celles-ci se trouvaient des Texi-ens. Ce qu'il y eut de plus extraordinaire fut que nous nous battions sans être aucunement conduits par nos officiera. Nous avions déjà perdu tous nos officiers supérieurs avant d'avoir enlevé la première batterie, — le lieutenant-colonel et le major avaient été mortellement frappés, et beaucoup d'officiers du cadre étaient aussi tombés, tués ou blessés. Quand j'arrivai an sommet de cette coiline, j'étais complètement épuisé, mais bien déterminé, tant (fu'il me resterait un souffle, à marcher où les ordres me l'enjoignaient. Les Fédéraux se maintinrent vigoureusement à leurs batteries et ne s'enfuirent qu'au dernier moment. Nous nous élançâmes en avant et réussîmes à placer nos couleurs sur leurs pièces, non sans une vive opposition de la part de l'ennemi, auquel nous répondîmes par une fusillade bien nourrie. Peu d'instants après, une forte division ouvrit le feu sur notre gauche et nous força à tourner notre front dans cette direction ; notre riposte rapide les démoralisa bientôt, et deux régiments presque coniplcts se rendirent et nous remirent leurs drapeaux. On les envoya à l'arrière, et, poursuivant notre marche, nous chassâmes les Yankees de leurs derniers retranchements. A la imit tombante nous nous arrêtâmes, et on nous fit mettre en ligne de bataille. Cinquante ou soixante hommes étaient tout ce cjui restait du 4e Texas, qui était entré en action avec un effectif de cinq cent trente hommes.

imprudent de rien changer à leurs dispositions.

Pendant l'après-midi et la nuit du 28, les signes d'un mouvement général devinrent apparents, et les piquets confédérés postés en observation aux ponts inférieurs du Chickahominy n'ayant aperçu aucune indication de l'approche de l'ennemi, on acquit la certitude que Mac Clellan retraitait dans la direction de la rivière James.

Les instructions données à Mao;ruder et à Huger Dortalent que ces généraux observeraient l'ennemi, puis couperaient ou presseraient sa retraite. La bataille de Gaines Mills avait délogé Mac Clellan de ses premiers retranchements sur la rive nord du Chickahominy; d'un autre côté, ses communications avec la rivière Pamunkey étant cou pée, et un corps d'armée confédéré lui fermant l'accès de la rive sud du Chickahominy, on put supposer qu'il lui serait impossible de se retirer de cette position et qu'il ne pouvait que capituler. Mais l'armée ennemie n'avait été qu'imparfaitement surveillée, précisément au moment le plus critique du conflit ; une erreur immense et presque irréparable avait été commise. Mac Clellan avait réussi à masser toutes ses forces et à prendre une ligne de retraite par laquelle il espérait atteindre la rivière James et s'y poster sous la protection de ses canonnières.

Le 27, de grand matin, les avant-postes de Magi'uder et de Huger furent attaqués par une force ennemie supérieure en nombre, mais au lieu de se replier, les premiers s'élancèrent en avant, repoussèrent les assaillants à travers les chemins et les bois jusqu'à leurs retranchements, qu'ils trouvèrent abandonnés. Loin de profiter de cette découverte et de commencer immédiatement la poursuite, ces deux généraux permirent à l'ennemi de traverser le long de leur front de bataille, quand ils pouvaient percer sa ligne de retraite en descendant le chemin de Nine Mile, la voie ferrée et le chemin de Williamsburg, — différents points où la colomie ennemie eut pu être divisée en autant de tronçons.

Les travaux abandomiés par Mac Clellan se composaient de longues lignes de batteries casematées, solidement édifiées. Sur ce point, une immense destruction d'approvisionnements avait été accomplie. Les champs et les bois du voisinage étaient couverts de bagage et d'équipage de camps; tout indiquait que l'ennemi avait fui en grande hâte et en désordre. Dans un seul endroit se trouvaient quatre rangées de barils, occupant une étendue de quatre cents pieds carrés, et auxquels on avait mis le feu. D'autres barils, contenant du café, du sucre, du vh, de la mélasse, du thé, des biscuits, de la fiu'ine, avaient été défoncés et le contenu gisait sur le terrain.

de gagner le chemin de Long Bridge par celui de Darbytown. Aussitôt que le mouvement de retraite de l'armée fut découvert, les généraux Huger et Magruder furent lancés à sa poursuite, le premier par le chemin de Charles City, de manière à prendre l'ennemi en liane, le dernier par la route de Williamsburg, où il })Oun'ait l'attaquer à l'arrière. Jackson reçut l'ordre de traverser au pont de Grapevine et de descendre le long de la rive sud du Chikehominv. Ma«ruder atteiç^nit le voisinag-e de la station Savasfe vers nn'di et v rencontra ran-ière-mirde de l'armée fédérale.

Bcdaille de la station Savage.

Le 29, de bonne heure^ Longstreet et A. P. Hill reçurent l'ordre de retravérser le Cliikehominy à New Bridge et

La colonne d'avant-gardo de Mac Clellan avait déjà pénétré dans l'épaisse forêt. Des pionniers furent rapidement envoyés à l'avant pour débarrasser l'unique chemin de retraite; des ofiliciers s'y rendirent également pour reconnaître s'il n'existait pas d'autre route i)ar où l'armée en retraite aurait pu plus sûrement diriger sa marche. A l'arrière, les Confédérés pressaient la poursuite avec un plein succès; pendant un instant on crut que le mouvement de flanc de Jackson réussirait à couper entièrement la retraite de MacClellan. Chaque minute était })rôcieuse. Dans la colonne ennemie, le désordre augmentait sans cesse. Wagons, artillerie, cavaliers, fantassins, non-combattants, se pressaient sur l'étroit chemin. Par moments, une terreur panique s'emparait de toute cette masse confuse qui se précipitait alors en avant avec toute la fureur d'une avalanche. La physionomie du commandant en chef portait elle-même les traces d'une sombre angoisse et les soldats pouvaient lire dans la figure de leur général toute l'anxiété du moment.

Tout-à-coup, le bruit du canon tonna aux oreilles des Fédéraux et leur annonça que leur arrière-garde était attaquée. En effet, Magruder arrivait et tombait sur les derrières de la<;olonne ennemie; mais Jackson avait, d'un autre côté, été retardé. Le premier, sous la fiiusse impression que l'ennemi s'avançait sur lui, demanda des renforts. Deux brigades de la division Huger eurent l'ordre de se porter à l'aide de Magruder, mais elles furent retirées aussitôt qu'il devint évident que la force qui confrontait Magruder n'avait pour mission que de protéger la retraite du gros de l'armée ennemie. Jackson devait se diriger à l'arrière de la station Savage et prendre l'ennemi par le flanc, mais la nécessité de reconstruire le pont de Grapevine lui fit perdre un temps précieux. À une avancée de l'après-midi, Magruder attaqua enfin l'ennemi avec une de ses divisions et deux régiments d'un autre; une action sérieuse s'engagea et ne se termina qu'à la tombée de la nuit. Grâce à l'obscurité qui arrivait rapidement et à l'exiguité des forces de Magruder, l'ennemi put continuer sa retraite, non toutefois sans laisser ses morts, ses blessés et plusieurs centaines de prisonnieis entre nos mains. Le temps gagné par son engagement avec Magruder permit à la colonne de retraite de traverser les marais de White Oak sans être inquiétée, et de détruire le pont.

Jackson arriva à la station Savage le 30 de grand matin.

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

Il devait poursuivre l'ennemi par le chemin que celui-ci suivait dans sa retraite, tandis que Magruder et Longstreet s'avanceraient par le chemin de Darbytown. Mais la marche de Jackson fut arrêtée aux marais de White Oak; l'ennemi en occupait la rive opposée et s'opposait obstinément à la reconstruction du pont qu'il venait de détraire. Longstreet et A. P. Hill, continuant leur avance de leur côté, arrivèrent promptement sur l'ennemi, fortement posté sur le chemin de Lonsc Bridg-e, à environ un mille de l'intersection de ce chemin avec celui de Charles City. La route qu'avait suivie Huger le conduisait à la droite de cette position; celle qu'avait prise Jackson, à l'arrière; on attendit l'arrivée de ces deu.^ divisions pour commencer l'attaque. La veille, le général Holmes, avec une partie de sa division, avait traversé le James sur la rive nord. Renforcé dans la journ ée du lendemain par un détachement de la brigade du général Wise, il suivit le chemin qui descendait le long de la rivière James et arriva sur la ligne de l'armée en retraite, près de Malvern Hill. Voyant dans cette dernière des symptômes de confusion, le général. Holmes, suivant l'ordre reçu, ouvrit sur elle le feu de son artillerie, mais bientôt il découvrit qu'un certain nombre de batteries ennemies, postées d'une manière avantageuse, flanquées d'une force d'infanterie bien supérieure à la sienne, et soutenues par le feu des canonnières de la rivière James, protégeaient cette partie de la ligne. Magruder, qui était arrivé sur le chemin de Darbytown, reçut l'ordre de se porter au secours de Holmes. Se trouvant à une plus grande distance de ce dernier qu'on ne le supposait, il arriva à la position qui lui était assignée trop tard pour effectuer l'attaque. Hiiger avertit que sa marche éprouvait des obstacles; mais, vers quatre heures de l'après-midi, le feu de son artillerie se fit entendre dans la direction de Charles City, ce qui fit supposer qu'il approchait enfin. Immédiatement Longstreet fit tirer ses batteries pour avertir de sa présence. Ce signal donna lieu à un engagement; mais Huger n'arriva pas et Jackson s'était trouvé dans l'impossibilité de forcer le passage du marais de White Oak. Longstreet et Hill se trouvèrent livrés à leurs propres ressources.

Bataille de Fraziey-'s Farm.

L'ennemi avait pour lui la supériorité du nombre et tous les avantages de la position. Il occupait les hautes terres dépendantes de la ferme Frazier, à cinq milles au nord-est de Darbytown. Cette position était très convenable pour une défense; les bois s'étendant à sa droite et à sa gauche étaient couverts de tirailleurs; le chemin qui gravissait les pentes de ces hautes terres pouvait être facilement balayé par l'artillerie, tandis que les canonnières mouillées dans la rivière James, à Curl Neck, à deux milles et demi de distance, défendaient toute attaque de flanc sur la position choisie par l'armée fédérale.

Les Confédérés s'élancèrent en avant sous un feu bien

nourri ; seize pièces d'artillerie vomissaient sur eux une avalanche de boulets et de mitraille, tandis qu'eux n'avaient pour toute artillerie qu'une seule batterie qu'il leur avait été impossible de mettre en position.

La bataille se déchaîna dans toute sa furie jusqu'au moment où, vers neuf heures du soir, l'ennemi fut repoussé après avoir éprouvé de sérieuses pertes, de ses positions, à l'exception d'une seule où il se maintint pendant que l'obscurité lui permettait de couvrir sa retraite. Vers la fin de la bataille, presque tout le champ du combat, couvert des morts et des blessés de l'ennemi, resta en notre possession.

Après l'engagement, Magruder fut rappelé et ses troupes relevèrent celles de Longstreet et de Hill. Le corps de ce dernier était, en vérité, exténué par les fatigues presque surhumaines des jours précédents; il avait gagné la bataille de Mechanicsville après cinq heures de combat, avait suivi un chemin excessivement difficile et faisant un circuit de quarante milles, et rempli le premier rôle dans la série d'engagements qui avaient arrosé de tant de sang les ligne» défensives de Richmond.

Bataille de Blalvern Hill.

Le 1er Juillet, de grand matin, Jackson, ayant réussi à traverser les marais de White Oak et à s'emparer d'un certain nombre de prisonniers et d'une partie de l'artillerie que l'ennemi y avait placée, atteignit la position où oii s'était battu la veille. H avait reçu l'ordre de continuer la poursuite sur le chemin de Willis Cburch et ne fut pas longtemps sans rencontrer l'ennemi posté sur une coline assez élevée — Malvern Hill — s'étendant obliquement à travers le chemin. Sur cette éminence, position d'une grande grande force naturelle, les Fédéraux avaient concentré leur puissante artillerie, supportée par de nombreuses colonnes d'infanterie et partiellement protégée par des retranchements. Immédiatement en face de cette position, une plaine d'une longueur variant d'un quart à un demi mille^ s'ouvrait jusqu'aux pentes de la colline et se trouvait entièrement dominée par le feu de l'artillerie et de l'infanterie ennemies. Pour atteindre cette plaine, nos troupes avaient' à traverser un terrain très accidenté couvert d'épais buissons, et sillonné, dans presque tout le sens de sa longueur, par un ruisseau marécageux n'offrant que quelques gués d'un passage difficile. Tout ce terrain se trouvait également à portée des batteries de Malvern Hill et des canonnières fédérales, sous le feu incessant desquelles les mouvements des troupes confédérées devaient s'effectuer. Jackson forma sa ligne avec la division Whiting à la gauche et celle de D. H. Hill à la droite; une des brigades d'Ewell tenait le centre. Le reste de la division de ce dernier général et la division propre de Jackson formaient la réserve. Magruder avait reçu l'ordre de prendre position à la droite de Jackson; mais avant son arrivée, deux des brigades de Huger vinrent et furent postées à côté de Hill. Magruder se forma

ensuite à la droite de ces brigades qui furent placées sous son commandement; Longstreet et A. P. Hill furent tenus en réserve et ne prirent aucune part à l'engagement.

La position prise par Mac Clellan lui permettait de tenir les Confédérés en échec; ses réserves étaient protégées par la. rivière James et sa droite partiellement couverte par les canonnières. Du haut de la colline on pouvait voir ces dernières prendre leurs positions dans la rivière. Une artillerie formidable était postée sur les hauteurs de Malvern Hill tandis que les Confédérés, en raison des difficultés du passage des bois et des marais, n'avait pu amener sur la scène du conflit qu'une force d'artillerie insignifiante en comparaison de la puissance numérique de cette arme chez leurs adversaires.

Ce ne fut qu'à une heure avancée de l'après-midi que la ligne confédérée fut formée ; à un signal donné toute la colonne se mit en mouvement. A la gauche, D. H. Hill poussa vivement à tr?ivers la plaine et engagea bravement l'ennemi, brisant sa première ligne et le rejetant au delà; mais les autres troupes n'ayant pas fait d'attaque simultanée, Hill se trouva dans l'impossibilité de maintenir le terrain gagné contre la supériorité numérique de l'infanterie et le feu écrasant de l'artillerie ennemie, Jackson envoya à son aide sa propre division et une partie de celle d'EAvell qu'il tenait en réserve, mais l'obscurité toujours croissante et les difficultés d'une marche à travers des forêts marécageuses empêchèrent ces renforts d'arriver à temps pour être de quelque utilité à D. H. Hill. Celui-ci fut, en conséquence, obligé d'abandonner la position gagnée, en laissant un grand nombre de morts sur le champ de bataille.

Sur la droite, l'engagement prit un caractère plus terrible et plus dramatique. Il était quatre heures de l'après-midi, et si quelqu* mouvement devait être tenté, il fallait qu'il fut promptement décidé et accompli à tout prix. L'ordre fut envoyé par le général Magruder d'amener immédiatement, s'il était possible, sur le champ de bataille trente pièces rayées, mais il fut bientôt évident que cette artillerie ne pourrait arriver à temps pour rendre des services immédiats. Magruder se détermina à hasarder l'attaque avec les seules troupes qu'il avait sous la main ; il les lança à l'assaut de la colline, dans la direction de Crew's House. Pour y arriver, il fallait traverser uri terrain en pente de plus d'un tiers de mille, mis un plateau assez étendu ; cent pièces d'artillerie postées derrière des retranchements, et de fortes masses d'infanterie commandaient tout cet espace ! Les brigades de Magruder s'avancèrent bravement sous le feu terrifiant de l'artillerie et des fantassins fédéraux ; quelquesunes d'entre elles furent brisées par cette formidable résistance et lâchèrent pied; d'autres réussirent à pousser jusqu'aux canons, chassèrent l'infanterie fédérale et forcèrent les batteries les plus avancées à se replier sur le gros de la ligne défensive fédérale, pour éviter d'être capturées. Le combat devint terrible ; les morts et les blessés des deux partis se confondaient en une seule masse. Pour ajouter encore à

l'horreur de cette scène et à l'immense carnage accompli sur le front des batteries, les canonnières précipitèrent leur feu ; leurs puissants projectiles, traversant l'air en sifflant et abattant les cimes des arbres élevés, tombaient au milieu des combattants.

Vers le coucher du soleil, la canonnade redoubla d'intensité ; la colline semblait drai)ée d'un rideau de flammes ; des bombes sillonnaient l'horizon de courbes immenses et il était presque impossible de distinguer la lueur du soleil couchant à travers les épaisses masses de fiuuée qui flottaient à la surface des plaines et des rivières. Des jHles de morts étaient entassées au pied des batteries ennemies. Nos colonnes exténuées se réfugièrent derrière un léger rideau d'arbres, ; qui ne fut pour elles qu'une protection insuffisante. '

La nuit s'avançait rapidement et bientôt elle mit fin à l'action. L'attaque de la position de ]\[a]vern Hill avait échoué en raison du manque d'accord entre les colonnes offensives. Les assauts des Confédérés avaient été trop faibles pour briser la ligne fédérale, mais ce ne fut qu'après un combat glorieux, coûtant cher aux deux adversaires, qu'elles se virent successivement obligées de se retirer.

Mais l'action de Malvern Hill était la dernière scène de ce grand drame de Richmond ; le jour suivant compléta et révéla au monde entier la catastrophe qui avait assailli l'armée de Mac Clellan.. A la nuit tombante, l'ennemi se retira silencieusement de Malvern Plill. Dans la matinée du 2 juillet, on découvrit que ce mouvement était converti en une retraite générale ; Lee ordonna une avance immédiate, malgré une pluie torrentielle, mais les Fédéraux semblaient s'être évanouis dans l'épaisseur des fourrés. Les avant-postes ne découvrirent aucun détachement, et une grande partie de la journée fat perdue avant que l'on ait pu s'assurer que Mac Clellan battait réellement en retraite. Vers la nuit, on sut enfin qu'il avait conduit toute son armée par un chemin étroit traversant un bois épais et marécageux de plusieurs milles d'étendue, jusqu'à Harrisson's Landing, sur la rivière James, où les canonnières fédérales assuraient sa sécurité.

Mac Clellan avait conduit sa retraite avec habileté; il avait réussi à prendre position sur la rivière ; nos troupes ne pouvaient l'y suivre qu'à travers un unique chemin étroit et défendu par l'artillerie fédérale. Mac Clellan commença immédiatement à fortifier sa position que deux ruisseaux flanquaient de chaque côté ; sur son front, il fit ériger de fortes batteries de marine en addition à celles qui défendaient déjà ces retranchements. Ses colonnes décimées trouvaient enfin un refuge assuré, mais cette série de défaites les avaient entièrement démoralisées et elles n'avaient pas perdu moins de vingt mille tués ou blessés, et leur espoir de prendre la capitale confédérée était anéanti. Les fruits immédiats de la victoire des Confédérés étaient la levée du siège de Richmond ; la déroute de la grande armée qui menaçait leur capitale, plus de dix

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

mille prisonniers, dont plusieurs d'un rang élevé; la capture ou la destruction d'approvisionnements valant plusieurs millions, et enfin la prise de trente-cinq mille petites armes et de cinquante- deux pièces d'artillerie supérieure.

Il est vrai que ce succès, quelque grand qu'il fut, ne répondit pas à ce que le peuple avait espéré, car à Riclimond on ne s'attendait à rien moins qu'à la capitulation ou l'annihilation de l'armée de Mac Clellan, après qu'elle eut été chassée de ses positions au nord du Chickahominy. Le général Lee écrivit à ce sujet: " Dans des circonstances ordinaires, Parmée fédérale aurait dû être détruite. Elle ne réussit à s'échapper que grâce à des causes déjà connues; la première fut le manque, de notre côté, d'informations promptes et correctes. Ce fait, dû en grande partie au caractère topographique du terrain, permit au général Mac Clellan de dissimuler habilement sa retraite et d'ajouter encore aux obstructions naturelles qui empêchaient l'avance de nos colonnes de poursuite. Mais tout en regrettant que le résultat n'ait pas été plus grand, nous de-

vons toute notre gratitude au Souverain Maître de l'univers pour ce qui a été accompli."

Jackson rendit aussi de pieuses actions de grâce. Dans son rapport officiel, il écrivit: "Une éternelle gratitude est due à Dieu pour la brillante victoire qui a illustrée nos armes, augmenté le découragement au Nord, relevé l'espoir du Sud, et sauvé la capitale de la Confédération."

En réalité, le succès était grand et glorieux. Une semaine auparavant, une grande armée, supérieure à celle des Confédérés comme nombre et comme matériel de guerre, serrait de près la capitale et se vantait prématuré ment de la capturer promptement. Maintenant, ce qui restait de cette orgueilleuse et menaçante armée était repoussé sur les rives du James et n'avait d'autre désir que celui de détourner les effets de l'orage qu'elle avait provoqué. Richmond, désormais rassurée et altière, se trouvait en sécurité, gardée comme elle l'était par une armée qui venait d'obtenir de si brillants avantages contre des troupes abondamment pourvues par leur gouvernement de tontes les conditions matérielles de succès.

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