SECONDI-: BATAILLE DE MANASSAS
Le btit du général Pope était donc de tomber sur Jack-
(*) La pagination îles douze pages antérieures est iansso ; au lieu de 147 page 158 do la forme précédente. {Note édit.)
son, de l'écraser dans son isolement. Mais ce dernier, avec son activité ordinaire, se retira rapidement de Manassas et se porta à l'ouest du chemin de Warrenton à Alexandrie, où il pouvait être promptement rejoint par les colonnes de Longstreet, attendues à chaque instant.
Pendant la nuit, la division Taliaferro prit le chemin de Sudley, et, traversant la route de Groveton, s'arrêta à l'ouest, où elle fut bientôt rejointe par les divisions Hill et Ewell. S'aperce vaut, dans l'après-midi du 2S, que l'ennemi venant de Warrenton s'approchait et descendait dans la direction d'Alexandrie, laissant ainsi son flanc gauche exposé, le général Jackson s'avança pour l'attaquer. Un conflit acharné et sanguinaii'e eut lieu et continua jusqu'à neuf heures du soir. L'ennemi se l'etira alors lentement en laissant les Confédérés maîtres du champ de bataille.
Le lendemain, 29 août, l'ennemi se porta à un point situé entre l'armée confédérée et Alexandrie, et, vers dix hem'cs, ouvrit le feu de son artillerie siu' la droite de la ligne de Jackson. Les troupes de ce dernier étaient disposées à l'arriére de Groveton, le long d'un embranchement inachevé du chemin de fer de Manassas Gap, et s'étendaient d'un point situé à Fouest du chemin jusqu'aux environs du moulin de Sudley, — la division Jackson, commandée par le brigadier-général Starke, à la droite, celle d'Ewell, sous le général Lawton, au centre, et A. P. Hill à la gauche. Selon toute évidence, l'armée fédérale allait se concentrer sur le front de Jackson et le forcer à la bataille avant que Longstreet ne soit arrivé.
Ce deiirier officier s'a[»prochait rapidement du champ de bataille tant disputé. La. veille, il avait atteint Thoroughfare Gap, défilé rude et étroit qui ti'averse les montagnes de Bull Run, d'iaje largem- variant de deux cent cinquante à cinq cents pieds.' L'ennemi occupait une forte position dans une gorge opposée de la montagne, et avait réussi à poster ses tirailleurs dans les anfractuosites du terrain. Le brigadier-général D. R. Jones fit rapidement avancer deux brigades et parvint à déloger les Fédéraux des luiuteurs qu'ils occupaient. Le brigadier-général Hood reçut l'ordre de lancer sa brigade et celle de Whiting à travers les hauteurs, par un sentier accessible seulement aux piétons, et de tourner la droite ennemie, tandis que le brigadier-géné rai Wilcox, à la tête des brigades de Featherstone, de Pryor et de la sienne, devait se dirigei' par le défilé Hopewell, à trois milles à notre gauche, sur la droite ennemie, la tourner et attaquer les Fédéraux par derrière. Ces mouvements s'accomplirent si heiu'eusement que l'ennemi, après une courte résistance, se vit contraint d'opérer sa retraite pendant la nuit.
Le lendemain, de bonne heure, les colonnes de Longstreet s'unirent et elles s'avancèrent dans la direction de la^ position de Jackson. Le bruit du combat arriva jusqu'à
à 158, c'est 149 à ICO qu'il fallait. t.'eUe page 161 fait donc suite à la
elles avant qu'elles eussent atteint Gainesville. La marche fut rapide ; l'excitation de la bataille semblait donner une nouvelle vie et un redoublement de forces aux bommes épuisés. Longstreet arriva promptement sur le chemin de Gainesville et descendit dans la direction de Groveton ; ^la tête de sa colonne déboucha enfin sur le champ de bataille, derrière la gauche ennemie, qui déjà avait ouvert le feu de son artillerie sur la droite de Jackson, comme on l'a vu plus haut. Longstreet se plaça à la droite de Jackson; les deux brigades de Hood, aidées par celle d'Evans, se déployèrent perpendiculairement au chemin.
L'arrivée opportune de Longstreet donna un nouvel aspect au champ de bataille; l'ennemi, ayant découvert ses mouvements, parut vouloir soustraire sa gauche à l'attaque présumée et il changea son front de bataille dans la direction de l'avance de Hood et de Evans. Cependant, vers deux heures de l'après-midi, un autre effort fut tenté contre les positions de Jackson, — mais cette fois, contre la gauche, formée par la division du général A. P. Hill. L'attaque des Fédéraux rencontra de notre côté une grande et ferme résistance. L'ennemi fut repoussé à plusieurs reprises; mais ayant reçu des renforts frais, il se détermina à faire une attaque décisive. Il réussit d'abord à percer la ligne confédérée entre la brigade Gregg, placée à l'extrême gauche, et la brigade Tajdor, mais bientôt après il fut vivement repoussé, après avoir éprouvé de fortes pertes. Le combat devint extrêmement acharné ; par intervalles, les lignes opposées s'approchaient à une distance de dix pas et tiraient jjresque à bout portant. Enfin, la brigade Early s'étaut élancée en avant, elle réussit à chasser définitivement l'ennemi et à lui faire subir des pertes cruelles.
Pendant que ceci se passait à la gaucbe de Jackson, le général Longstreet ordonnait aux brigades de Hood et d'Evans d'avancer; mais avant que ce commandement ait pu être exécuté, Hood lui-même était attaqué par l'ennemi et une nouvelle action s'engageait chaudement de son côté. Eenforcô bientôt par les brigades Wilcox et Kemper, Hood reprit l'oifensive, et, après un combat acharné, l'ennemi fut repoussé, et, dans sa retraite, serré de près par nos troupes victorieuses. A neuf heures du soir, l'action cessa.
L'action de ce jour n'avait été ni générale, ni décisive. ^elon toute apparence, l'ennemi n'avait aucun plan d'attaque arrêté et n'avait fait que tàter les forces de nos lignes. Mais, quelle que fut la signification réelle de l'action, le succès était entièrement du côté des Confédérés. Ils avaient battu l'ennemi, avancé leurs positions et ils étaient désormais préparés pour un nouvel engagement sur la scène même oti avait eu lieu la- première grande bataille de la guerre.
L'affaire décisive n'avait pas encore eu lieu, bien que Pope, avec sa fanfaronnade et sa boursouôlure officielle, eut déjà télégraphié à V/ashington qu'il venait de remporter une grande victoire et qu'il était mmtre de la situation. Le
30, au lever du jour, les Confédérés étaient sous les armes; les inquets des deux armées étaient séparés par quelques centaines de jjicds. Bientôt une vive canonnade annonça le commencement de la bataille. Les troupes de Jackson et de Longstreet maintinrent leur position du jour précédent. Fitzhugh Lee, avec trois régiments de cavalerie, se porta à la gauche de Jackson, et la division R. H. Andersen, arrivée la veille, se tint en réserve derrière le chemin. La ligne de bataille s'étendait sur une distance d'environ cinq milles, de Sudley's Springs, à gauche, au chemin de Warrenton, et de là, dans une ligne oblique, dans la direction du sud-ouest. La disposition des forces ennemies était ainsi : le général Hcintzelman occupait l'extrême droite, le général Mac Dowell l'extrême gauche, les corps d'armée des généraux Fitz John Porter et Sigel, ainsi que la division Reno, du corps de Burnside, formaient le centre.'
Pendant une grande partie de la journée, l'action fut principalement engagée entre l'artillerie de chaque armée. Vers les trois heures de l'après-midi, l'ennemi ayant réussi à masser ses troupes en face de la position de Jackson, fit avancer sur lui une force supérieure. Sa première ligne s'approcha jusqu'à proximité du corps de Jackson, où sa marche fut arrêtée; un combat acharné s'engagea. Une seconde et troisième lignes, toutes deux très fortes, vinrent à l'aide de la première, mais ce mouvement les plaça à portée facile d'un point situé à une légère distance de la gaucho de Longstreet. Celui-ci y fit transporter iimnédiatement deux batteries, pendant que le colonel S. D. Lee en jetait également deux dans cette direction ; leurs feux réunis et parfaitement dirigés écrasèrent les deux lignes ennemies qui se retirèi'Cnt en grande confusion. Leurs efforts répétés pour se rallier restèi'ent sans résultats, tandis que les troupes de Jackson, que l'artillerie de Longstreet avait ainsi débarrassé d'une pression formidable, s'élançaient en avant et les repoussaient devant elles. L'ennemi battit en retraite en pleine désorganisation, furieusement décimé [)ai- notre artillerie, qui s'avançait à mesure que l'infanterie fédérale se retirait devant elle. Le général Longstreet, anticipant sur l'ordre d'une attaque générale, lança toutes ses troupes contre la gauche et le centre ennemis. Les deux brigades de Hood, puis Evans, suivirent l'attaque. La division R. H, Andersen arriva bravement à l'aide de Hood, tandis que les trois brigades de Wilcox se plaçaient à sa gauche et celles de Kemper à sa droite. D. R. Jones se porta ensuite à l'extrême droite et toute la ligne s'ébranla avec enthousiasme.
L'ennemi fut balayé par cet irrésistible élan; chacune de ses positions fut enlevée par les Confédérés. Le spectacle de ce magnifique champ de bataille était réellement le plus beau qu'il fut donné à l'œil humain d'admirer. Aussi loin que la vue pouvait s'étendre, une longue ligne de baïonnettes scintillait au soleil; tantôt leur éclat resplendissait dans la large plaine, tantôt les fourrés traversés par l'armée voilaient momentanément leursraj^ons métalliques. Une pause eut lieu; pendant un court intervalle, le galop précipité
HISTOIKE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
des attelages d'artillerie se rendant sur le front de la ligne et le son formidable des canons étouffaient tout autre bruit. Puis un cri immense retentit dans les airs; un nouvel élan de nos trouj)es balayait l'ennemi que, de son côté, notre artillerie mitraillait à travers des nuages de" poussière. Bientôt le sang coula à flots; dans les bois comme dans les terres nues, à travers les ruisseaux et les buissons, le feu continuait avec vigueur; à un point plus élevé de l'horizon, de longues colonnes de fumée, poussées par la brise, décrivaient de capricieuses arabesques. A l'arrière, venaient les lignes d'ambulances et les retardataires suivant la grande avance dans la voie meurtrière qu'elle s'était si courageusement frayée, laissant successivement derrière eux les scènes de carnage. Au bruit lugubre et lointain de l'artillerie et de la fusillade se mêlaient les plaintes des agonisants, maintenant laissés à l'arrière. La colonne confédérée avançait sans relâche ; au moment où le gros des fugitifs atteignait le Bull Run, une grande quantité d'entre eux furent littéralement roulés dans la rivière; la foule frénétique se précipitant sur les premiers arrivés et marchant sur le corps des moins agiles. Les blessés et les mourants des deux armées bordaient les rives du Bull Run. Quelques-uns, essayant d'étancher leur soif, se traînaient dans la rivière; affaiblis par leurs souffrances, ils cherchaient en vain à regagner les bords et se noyaient misérablement; d'autres parvenaient à se cramponner aux branches projetant sur le courant et s'y tenaient suspendus jusqu'au moment où, râlant et exténués, ils ouvraient leurs poings crispés et roulaient à leur tour dans l'abîme. Les terres avoisinantes étaient ensanglantées et couvertes de cadavres. que l'artillerie et hi cavalerie avaient broyés en masses informes. Plus loin, un brillant spectacle contrastait avec cette scène de désolation; une vaillante armée exécutait une poursuite active et énergique, tandis qu'ici une hécatombe eftrayante de cadavres et de blessés se dressait comme un funèbre monument élevé au génie de la Gruerre.
La poursuite continua jusqu'à 10 heures du soir. L'ennemi s'enfuit jusqu'à la forte position de Centreville, à environ quatre milles au delà du Bull Run, où sa déroute fut arrêtée par l'arrivée des corps de Franklin et de Sumner, forts de dix-neuf mille hommes. Le lendemain, le général Jackson reçut l'ordre de se rendre au chemin de Little River, par le gué Sudley, pour tourner la droite de l'ennemi et intercepter sa retraite sur Washington. La marche de Jackson fut retardée par le mauvais temps et par la fatigue de ses hommes qui, après une marche exténuante, s'étaient battus pendant les trois derniers jours. Il atteignit le chemin de Little River dans la soirée et le lendemain, 1er Septembre, le suivit dans la direction de Fairfax Court House. L'ennemi, pendant cet intervalle, se repliait rapidement sur Washington
après avoir jeté de fortes troupes à Germ.antown, sur le chemin de Little River, pour couvrir sa ligne de retraite de Centreville. La colonne d'avant-garde de Jackson rencontra l'ennemi à Ox Hill, près de Grermantown, vers 5 heures de l'après-midi. La ligne de bataille fut immédiatement formée, et les deux brigades Branch et Field de la division A, P. Hill, furent lancées en avant pour attaquer les Fédéraux et se rendre compte de la force de leur position et de leur effectif Une pluie froide battait le visage de nos hommes à mesure qu'ils avançaient et attaquaient bravement l'ennemi. Bientôt des renforts leur arrivèrent ; les brigades Gregg, Thomas et Pender, puis, la division de Hill et une partie de celle d'Ewell entrèrent en bataille. Le combat continua jusqu'à la nuit, et se termina par la défaite des Fédéraux qui retraitèrent, après avoir perdu deux officiers généraux, dont l'un, le général Kearney, fut laissé mort sur le champ de bataille (■■••). La division Longstreet arriva quand l'action était finie et le lendemain on s'aperçut cjue la retraite avait été si rapidement conduite que tout espoir de l'intercepter devait être abandonné. D'un autre côté, la proximité des fortifications d'Alexandrie et de Washington eût rendu toute poursuite infructueuse ; les Confédérés restèrent donc près de Chantilly, mais leur cavalerie harassa les Fédéraux jusqu'à ce qu'ils eussent atteint leurs retranchements.
Dans la série d'engagements dont la plaine de Manassas avait été le théâtre, plus de sept mille prisonniers fédéraux avaient été faits, en addition à deux milles blessés également restés entre nos mains. Trente pièces d'artillerie, plus de vingt mille petites armes, de nombreux drapeaux, et de grandes quantités de j)rovisious, — à part celles que Jackson avait antérieurement prises à la jonction de Manassas, — étaient capturés. Pope accusa une perte de huit mille tués et blessés dans la bataille du 29 ; mais on peut hardiment estimer que toute la série d'engagements ne lui avait pas coûté moins de vingt-cinq mille hommes.
Il avait éprouvé une défaite décisive. Ce lut une heure sombre pour le peuple du Nord. Enorgueilli par les fausses dépêches que Pope avait adressé du champ de bataille, il comptait sur une splendide victoire, et bien peu de gens admettaient la possibilité d'une retraite et moins encore de la démoralisation, en moins de trois jours, d'une telle armée. Des lignes de Riçhmond, le théâtre de la guerre se trouvait transporté aux portes de Washington. Ce fut en vain que le gouvernement fédéral essaya de fourvoyer l'opinion et de donner créance apparente aux burlesques cris de triomphe de Pope ; la vérité était trop flagrante pour que le j)euple s'y méprît. Pope réclamait encore la victoire, après avoir été refoulé jusqu'à Centreville, et la correspondance officielle échangée à cette occasion entre lui et le général Halleck
(--<-) Le géuéral Kearney périt d'une manière singulière. Il était eu excursion de reconnaissance quand il tomba sur un régiment géorgien. Voyant le danger, il s'ecria : - " Ne tirez pas, je suis un ami," — puis, tournant son cheval, il s'enfuit rapidement, couché sur sa selle, quand une balle l'atteignit au sommet de Tepme dorsale et le tua presque instantanément.
pourrait être considérée comme nue parodie chargée des dépêclies officielles à la Yanlxc, si les originaux n'existaient pas r\ Washington. Daus la nuit du 30 août, Pope, alors à Centreville, avait envoyé à Halleck, à Washington, une dépêche ainsi conçue : '^'L'ennemi est sérieusement haftii, et tout va bien. Ke so?je?: pas inqtiiet. Quant à nous, nous tiendrons. Nous avons détourné l'attention de l'ennemi aussi longtemps que possible sans hasarder l'armée. L'ennemi a éprouvé de lourdes pertes, et Je crois que notre armée a droit à la gratitude dit pays." Ce à quoi Halleck répondit : " Mon cher général, vous avez noblement agi." Mais le peuple du Nord ne devait pas être \)\\xs, longtemps la dupe de ces burlesques félicitations et de ces pasquinades officielles. La situation se développait devant ses yeux dans toute sa terrible gravité. Les Confédérés avaient gagné la victoire décisive de la campagne de la Virginie ; ils allaient, sans aucun doute, poursuivre leurs succès ; et leurs exploits les avaient tellement grandis dans l'opinion de leurs ennemis, que désormais aucun projet ne paraissait trop extravagant, aucune entreprise ne semblait trop audacieuse pour les tronpes que "■uidaient Lee et Jackson. .
La fortune avait changé en faveur des Confédérés d'nne manière rapide, l-rillante et décisive. Les armées des généraux Mac Clellan et Pope étaient maintenant refoulées au point d'où elles étaient parties au début de leurs campagnes de printemps et d'été. Le but do ces oanijiagnes avait été manqué et les desseins de l'ennemi, sur les eûtes de la Caroline du Nord et dans la Viiginie de l'Ouest, mis à néant par la letraite de la plujiart des ti'oupes qui oecupaieiit ces régions. La i)artie nord-est de la Virginie, jusqu'aux ])ortes de Washington, était débarassée de la présence des soldats fédéraux, et, en même temps que Lee marchait surLeesbuvo-, on recevait la nouvelle que les troupes qui occupaient Winchester s'étaient retirées sur Harpers Ferry et Martinsburg.
La guerre se trouvait ainsi transférée de l'intérieui' aux frontières ; des districts riches et fertiles étaient maintenant accessibles à nos armées ; nos forces s'avançaient sur la ligne de Wasliington, leur nombre s'accroissant de jour en jour, leur organisation s'améliorait et elles avaient, de plus, le prestige de la victoire. Le peuple du Nord qui, un peu plus de deux mois auparavant, espérait la chute de Richmond et l'écroulement de l'édifice confédéré, tremblait maintenant j)Our la Pennsylvanie et l'Ohio, et admettait la possibilité de l'occupation de Washington par les Confédérés.
Une grande majorité du peuple du Sud était depuis longtemps en faveur d'une action oflensive, et demandait que l'on transférât la guerre en pays ennemi le plus tôt possible. Leur propi-e expérience des rigueurs de la guerre les avaient naturellement rendus désireux d'en faire sentir le poids et les désastres aux foyers des populations du Nord. L'opinion publicpie déclara qu'il fallait donner à l'ennemi une idée des hostilités toute autre que celles qu'il avait conçue jusque là; car poiu' beaucoup de gens, elle n'était
qu'une source féconde de spéculations où ils trouvaient leurs prolits. On coiiclut que la science militaire impliquait que l'oflénsive était le caractère propre qu'il fallait donner à toute guerre, et qu'il fallait que toutes les opérations ultérieures tendissent désormais à un transfert des hostilités sur le territoire eimemi.
Le 3 septembre, l'armée de Lee se dirigea sur Leesburg et bientôt on acquit la certitude que le général confédéré avait l'intention de traverser le haut Potomac et de transférer le théâtre des hostilités sur le sol du Maryland. Mais à propos de cette première tentative d'invasion confédérée, il est bon de remarquer que les intentions et les espérances de Lee étaient beaucoup plus modérées que celles entretenues par la grande masse des populations du Sud. Lee désirait que la saison des opérations actives ne se terminât sans qu'il ait frappé un autre coup sur l'ennemi, et comme les travaux érigés autour de Washington et d'Alexandrie étaient trop forts pour êtres attaqués, il se détermina à choisir un nouveau plan d'opérations de l'autre côté du Potomac, quelque part entre les Montagnes Bleues (du Maryland) et la capitale fédérale.
Quand Lee traversa le Potomac, son armée continua à être divisée en trois grands corps: — celui du général Jackson, composé des divisions A. P. Hill, Ewell et Jackson ; celui du général Longsti-eet, formé des divisions Mac Laws, Walker, Anderson et Hood, et enfin la division D. Tf. Hill, qui ordinairement agissait indépendamment des deux généraux commandant des corps d'armée. La cavalerie, sous Stuart, continuait îl couvrir l'avance de l'armée. Le théâtre des opérations était la contrée qui s'étend entre Washington et la rangée de collines connu sous le nom de South Mountain, formant la continuation, sur la rive nord du Potomac, de la chaîne des Montagnes Bleues.
Le -5 septembre, l'armée passa les gués du Potomac, et le lendemain, le corps de Jackson entra à Frederick City (Maryland), ville située sur la rive droite du Monocacy, tributaire du Potomac. Les divisions Longstreet et D. PL Hill suivirent le corps de Jackson à travers le fleuve, et la ligne du Monocacy fut occupée pendant un court espace de temps par les Confédérés.
A Frederick, le général Lee lança au peuple du Maryland la proclamation suivante, qui expliquait les raisons qui l'avaient conduit à entrer dans le territoire de cet Etat :
Quartier General de l'Akmee de i,a Virginie SeptExVïkionale, Très de Frederick, lundi S septembre 18C2. Aa Peuple du. 3lari/laiid :
11 est juste que vous sacbicz (juel est le inolil' qui a conduit l'armée placée sous mon commandement à entrer dans les limites de votre Etat, aussi loin que ce but vous concerne. Le peuple des Ktats Confédérés a depuis longtemps o))servé avec le pins profond intérêt les abus et les outrages dont ont souffert les citoyens d'une communauté alliée aux Etats du Sud parles liens sociaux, polititjucs et commerciaux les plus puissants, et qui ont réduit votre Etat au niveau d'une province conquise. Sous prétexte de mettre à exécution la Constitution, mais en réalité pour en violer les plus importantes clauses, on a arrêté et emprisonné vo3 concitoyens, sans aucune accu-
HISTOIRE DE LA aUERRE DES CONFÉDÉRÉS
sation, et contrairement aux Ibrines de la loi. Une protestation virile et énergique contre cet outrage a été faite par un i'\[arylanr!ai> illustre duijuel, dans de nieillvurs Jour,-, aucun citoyen n'invoquait en vain la justice ; cette protestation a été traitée avec mépris et dédain. Le gouvernement de votre principale ville a été usurpe |:iar des étrangers ai-inês : votj-e législature a été dissoute par l'arrestation illégale de ses menil)rcs; la li'oerte de la parole et de !a pensée a été supprimée : des décrets arbitraires du puuvoir exécutif fédéral ont assimilé de simples paroles à des offenses et des citoj-cns ont été assignés devant les conmiissions militaires pour avoir ose parler.
Croyant (pie le peuple du Maryland possède lui esprit trop eleve pour se soum.etlrc- à un tel gouvernement, le Sud a pendant longtemps désiré vous aider à secouer le joug de l'étranger et vous rendre les droits inalienaiales des hommes liiires et rétablir l'indépendance et la souveraineté de votre Etat. En obéissance à ce vœu, notre armée est venue parmi vous et peut rùaintenant vous prêter l'appui de ses armes pour recouvrer ks droits dont on vous a si injustement dépouillés. Citoyens du Maryluud, telle est notre mission par rapport à ce qui vous concerne. Aucun obstacle l'.e .sera opposé à l'expression de votre libre volonté ; aucune manifestation d'mtimidation ne vous sera faite, du moins dans les limites occupées par cette armée. Les Marylaudais doivent recouvrer leurs anciennes libertés de pensée et de parole. Nous ne connaissons pas d'cnneniis parmi vous et nous vous protégerons tous, quelle que soit votre opinion. C'est à vous de decid'-r de vos destinées, librement et sans contrainte. Cette armée respectera Votre décision, quelle qu'elle soit ; et si le peuple du Sud se rejouit de vous souhaiter la bienvenue, si vous prenez votre position naturel e chez lui, ce ne sera qu'à la condition que vous le fassiez de votre libre volonté.
'■ RoBKRT E. Lke, général conviuiiulaiit.
La réponse du jjCiiple dti Maryland à cet appel ne fut pas celle que le général Lee avait espérée ; elle fut timide, équivoque et faible. Au lieu des vingt ou trente mille recrues que l'on croyait pouvoir obtenir sur le sol du Maryland, il rencontra une population émerveillée des prouesses de son armée en haillons et mal équipée, mais peu disposée à accorder autre chose qu'une stérile sympathie. Il est vrai qu'il se trouvait dans cette partie de l'Etat qui borde la Pennsylvanie et qui est la moins disposée en faveur de la Confédération, et que toute la sympathie sudiste qui pouvait exister dans le Maryland oriental et dans la noble ville de Baltimore était contenue à l'ombre des forts fédéraux ou à la pointe de la baïonnette. Toutefois, Frederick City ne fut pas sans donner quelques signes de joie à l'apparition de l'armée de Lee. Mais ces sentiments disparaissaient devant l'étonnement que manifestait le peuple à la pensée que ces soldats déguenillés, couverts de boue, dépourvus de tout l'appareil pompeux des armées, et si différents des troupes fédérales, magnifiquement équipées, qu'elles avaient vues
jusque là, — étaient cette même armée qui si souvent avait défait les splendides divisions du Nord, et que leur imagination leur représentait comme une brillante cohorte, déployant au vent ses enseignes victoiieuses et allumant l'ardeur l)eiliqueuse ]iar va\ spleiulidc apparat (■•■■).