PERRYVILLE.-BATAILLE DE CORINTHE
JtTIN-OCTOÏîTiE 1803.
Pendant que les événements que nous avons relatés dans les deux chapitres précédents attiraient l'attention sur la Virginie et sur ses limites septentrionales, une campagne importante était entreprise à l'ouest des montagnes Alleghanys et dans la vallée du fleuve Mississipi, et tandis que Lee entrait dans le Maryland, Bragg envahissait le Kentucky et menaçait la ligne de l'Oliio. Cette double attaque portait donc l'ensemble des opérations sur les limites du territoire de l'ennemi. Mais avant d'ariiver à cette période qui vit les armes confédérées menacer la frontière fédérale dans l'Ouest, il faut, connue pour les mouvements préliminaires qui ont précédé les grandes opérations en Virgine, remonter à des év^énements antérieurs, signalés tantôt par d'éclatantes victoires, t;nitôt par de désastreuses défaites.
EVACUATION DE CORTNTIIE.
En relatant, dans un clia[)itre précédent, les opérations de notre armée dans l'Ouest; nous avons laissé le général Beauregard retranché à Corinthe, [)oint stratégique important, gardant les communications des deux lignes de chemins de fer qui s'y croisent. La campagne du Trans -Mississipi pouvait être considérée comme momentanément ajournée; Price et Van Dorn, avec une division de Missou-
riens et quelques régiments de l'Arkansas, avaient traversé le IMississipi et étaient venus renforcer Beauregard, pour coopérer à la campagne du versant oriental du fleuve. Il fut bientôt reconnu que les immenses armées de Grant et de Buell, réunies sous le commandement du général Halleck, s'avançaient lentement. Ce mouvement de l'ennemi menaçait la gauclie de Beauregard, postée le long du chemin de fer de Mobile à l'Ohio, tandis que, d'un autre côté, les Fédéraux avaient poussé le long de la ligne dcMemphis à Charleston et campaient maintenant à trois milles de Corinthe. Dans le but de leurrer l'ennemi, de protéger sa plus importante ligne de communication avec le Sud, d'occuper une meilleure position défensive et d'améliorer l'état sanitaire de son armée, le général Beauregard se décida à évacuer Corinthe. Tous ces motifs avaient une grande im portance. Notre principale connnunication avec Richmond par la voie du chemin de fer de Cliattanooga, était en possession de l'ennemi, et la seule ligne ferrée qu'il nous restât entre notre position et la capitale confédérée était la voie détournée par Mobile, l'Alabama et la riéorgie, Corintlie ne ])ouvait être défendue ; cette position ne convenait nullement à une grande concentration de troupes. Souvent l'eau, bonne ou mauvaise, manquait complètement ; ce n'était qu'à grand peine qu'on pouvait s'en pro-
LA CAUSE PEKDUE
curer en creusant le sable ou eu recueillant IVou de . la pluie dans des puits improvisés.
L'évacuation commença le 30 uuii- A}»vès s'êtio arrêté à l'arrière de la rivière Tuscumbia et de ses atiluents, à six milles environ de Corintlie, assez longtemps pour rassembler les détaolienKnits épai'S de son armée, le général Beauregaixl se remit en marche, en concentrant le gros de ses trouj)CS à Baldwin. Le 7 juin, il quitta cotte d(;rnière place, «pii ]i'vifrait aucun avantage défensit'ct il uia^<sa son armée ii Tupt'lo. Cette position élait excelliuite pour la pmtcetiou des branclios nieridi-ijalos des i;]ninii)s d(.' ii'i- de Blobilc et de la Nouvclle-Cileans. Le niou\'enieijt du général l'eau regard fut uuo sni-j'i-isc iionv renueiiii et lUi succès di''eisit pour nous. J'jii lrn;int Cininllio, il a\'ait gagné un tcni[is prceieii.x et tenu rciiucmi en éoliec sans lui ]i\roi' bataJlle, et en retraitaul «Mi un (cl momcnl, il d<iniKi une Icç-on de slralégie à llallcck, le rcduisit à ]'irnpnissanc<' et sauva le î-lississipi de l'invasiun d'iuif arnicc iérn.iîdaljlc, ipii, si l'évacuation se fut accuujplic à une saison ni^ins avancée île l'aunec, aurait j)U le suivre dans l'intéricn!', tandis cpic son aifaiblissement et les i/randes clialcuvs l'en icndaicnt désormais incapable (■■■■).
Le général Halleck essa}'a d'atténuer la nouvelle de sa déconiiture jjar une dépêclie extravagante aux autorités de Wasliington ; le général Jolin Pope, alors agissant sous son commandement, prêta les mains à un des plus monstrueux mensonges que l'on ait vus pendant les quatre années de la guerre. Cette fausse dépêche est si remarquable comme exemple de la manière dont les Fédéraux rapportaient les événements de la guerre, qu'elle mérite d'être consignée ici :
(JCAIM'IKU GiCNKKAL. p;TC., 4 juiii 1862.
Le général Pope, avec quiiraiilc i; l'iu hMnini's.ct .'i IreiUe inillis au Sud de Corintl>e, et pousse vivcnimt i'n:iRini 1 a (iL'ja rappoiié la capture do dix mille s<ildats et dê,--erieurs de l'ennemi, el de quinze mille arme,^.
Des milliers de soldats ennemis jettent ba; les armes. Un fernéer a rapporté que quand le jiéneral Beauregard eut, ajjpii.-; que le colonel Elliott
avait couiié !e chemiu de fer sur sa ligne de retraite, il devint frénéti- ([ue et dii a ses hommes de se sauver comme ils pourraient.
Nous !i vous capturé neuf locomotives el un certain nombre de wagons. Une des locomotives est déjà préparée et marche maintenant. Plusieurs autres seront en bon état dans deux ou trois jours. Le résultat obieiui est tout ce que je pcuvais désirer.
H, AV. ILvLi.KCK, iiia/or général coini/iandoiit.
Le général Beauregard répondit, dans le Blohih. IlcQister :
(.^U.VRTIEK GkNKIJAJ, DU DÉrAKTEMENT DE l/OuEST, 17 juin.
Messieurs,
JMon attention a tte appelée sur une dépêche du major gênerai Halleck, commandant les l'urces ennemies. Venant d'une telle source, cette dépêche est remarquable sous un rapport : c'est ([u'ellc confient autant de fausses assertions que de lignes.
Le gênerai l\ipe n'a pas '• [joussé vigoureusement'' sur moi avec quarante mille hommes, le -1 courat't, jusqu'à trente milles au sud de Corinthe, car mes Ironpes ont occupé une position défensive à l'arrière du "Tweuty Mile Creek " ;t m lins de vingt-rinq uii Iles de Corinthe, jusqu'au 8 de ce UTiis, ali'r- (jue k' manque d'eau nutab'e fii'a décide à me retirer sur une meilleure ]» 'si lion. De plus, si le gênerai l'ope avait essayé, à n'importe ((uel mr-mriil après la retraite de Corinthe de ''pousser vigoureusement la poursuit"'," il aurait reçu une leçon qui eut refroidi son ardeur; mais il n'avança que prudemment et à mesure que mes troupes se retiraient de chacune de leurs positions successive?.
La retraite a ete conduite avec beaucoup d'ordre et de précision, et d'une manière qui fait grand honneur aux officiers et soldats placés soas mes ordres : le i)ays peut la considérer, sous tous les rapports, comme équivalant à une brillante victoire.
Le général Pope a certainement rêve qu'il avait pris dix mille prisonniers et quinze mille armes, car nous n'avons crtainement pas éprouvé une telle perte. Environ cent ou deux cents maraudeurs composent probablement le total des prisonniers qu'il a capturés, et cinq cents fusils en mauvais état, le nombre des armes qu'il a prises. Ces armes appartenaient à un camp d'ambulances, situé à quatre milles au sud d3 Corinthe, évacué pendant la nuit ; l'obscurité de la nuit fit qu'on négligea da les emporter. Le nombre des prisonniers pris pendant la retraite est à peu près égal des deux côtés, et S3 monte à un faible chiffre.
Le major général Halleck doit être, en vérité, un homme bien crédule, s'il a ciu à l'absurde '■ histoire du fermier." Il devrait savoir que l'incendie de deux wagons ou plus d'un chemin de fer ne suffit pas pour rendre " Beauregard frénétique" et ridicule, et surtout quand je m'attendais à chaque
(*) Le correspondant d'un journal du Nord divulgue ainsi le désappointement de l'ennemi et l'amertume du coup ])orté à ses plans et à ses espérance par l'évacuation de Corinthe par l'armée de Beauregard :
" Je vi>itai tous les campements ennemis, toutes les fortifications, toute la ville ; je conversai avec les habitants de la ville et avec les ouvriers irlandais qui avaient tiavaille a\i chemin de fer ci j'écris maintenant tout ce que j'ai vu avec mortification, chagrin, tristesse et honte. Je me disais hier : "Je n'écrirai pas d'a-vantage, que d'autres le fassent, je ne le puis. Mon patriotisme m'empêche de relater les choses que j'ai vues, et dont je puis jurer. Lorsque j'écris de ces choses que je suis obligé de raeo'nter, il m'arrive ([uelquefois effraye, en dévoilant ainsi l'ineptie de nos généraux, d'avoir peur de faire du tort à notre cause.
" Mais je ei'ois maintenant, en toute conscience, qu'il (st plus profitable à la communauté de connaître et d'admettre cette vérité amére et incontes, table ■ — que la stratégie confédérée, depuis la bataille de Shiloh, a été aussi heureu.se (ju'elle était supérieure à la nôtre. Place à la position qu'occupait l'ennemi, et écrivant cette lettre à l'heure présente et en tel lieu, je ne puis pas m'imaginer comment il eut été po.ssible aux Confédérés d'approcher davantage de la perfection et du succès dans l'évacuation qu'ils ont entreprise. Prenant maintenant le point que nous occupions, et où se concentraient toutes les espérances de l'Cnion et toute la réputation de Halleck, je ne puis' pas m'imaginer comment il eut été possible d'agir d'une manière plus mortifiante et plus désastreuse. 8i l'attaque de Shiloh a été une surpiise pour Grant, l'évacuation de Corinthe n'en a pas été une moindre pour Halleck- Si la première a perdu la re])u1ation de (Jrant, la .seconde a tué à jamais le nom et la réputation militaires du major-général Halleck.
". . . . Oirument l'armée de Beauregard avait-elle pu s'échapper d'une manière si secrète, si silencieuse, si complète, pendant une nuit, ou un jour et une nuit, ou même deux jours et deux nuits ? Fallait-il donc que la détonation formidable produite par l'explosion des nuvgasins, vint avertir nos oreilles de ce (jue ims yeux n'avaient pas aperçu, — l'évacuation ? Le vendredi matin, nous entrâmes à Corinthe. Les prisonniers dont nous nous craparflmes étaient au nombre de quatre cents. Quatre cents! Ces régiments d'avant-garde, vêtus ele haillons, cette légère artillerie qui nous tenait tête d'une manière si audacieuse, s'étaient aussi échappés. Nos prisonniers avouèrent qu'ils étaient eux-mêmes dans l'ignorance au sujet du mouvement qui venait d'être fait, et qu'ils étaient aussi surpris que nous de voir la ville évacuée. La ville fut fouillée en tous sens, pas même un canon encloué ou démonté n'avait été abandonné. Honte sur nous, pour la manière dont nous avons laissé accomplir cette évacuation ! "' .
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES
instant à hi noiivcllo de la capture du parti de maraudeurs dont j'étais informé, depuis la veille, du départ de Farmington ; j'avais donné, on conséquence, les ordres nécessairr-s ; mais nne partie de mes (broi s y)a?sa a L>noneville une heure avant l'arrivé.; de; hommes du colonel Kliiott, et l'autre partie, juste à temp:; pour les chasser et pour libérer les malades capturés, mais malheureusement pas assez vite pour sauver quatre de ces infortunes qui périrent dans l'incendie de la station. Que le nom du colonel Eliiott ^oit voué à une éleriieile inf'iuiic, comme auteur de cet acte barljare. Ir général llalleck n'a pas pris neuf locomotives. Ce ua fut que par suite de la destruction accidentelle d'un pont, après que quelques trains l'eurent traversé, qu'il put s'emparer de sept locomotives en mauvais étal ; les wagons ayant été brûlés par mes ordres.
Au résumé, il est facile de voir combien l'ennemi respecte peu la vt rite et la justice quand il est question de ses opérations militaires, et spécialement quand, par son incapacité ou sa présomption, il es.-uie une défaite méritée.
Si un tel résultat est tout ce qu'il desirait, on pont affirmer que le mujor général ITalIcck est facile à satisfaire ; il re,-te h savoir si son gouvernement et le peuple S'^'ont de la même opinion.
J'atteste que tout ce que nous avons perdu à Oorinthe et pendant la retraite n'a pas une valeur égale à celle des dépenses d'entretien de son armée pendant uni seule journée.
G. '\\ Beaurigard.
PRISE DE MEMPHîS.
Quelques jours après l'évacuation de Corinthc par le général Beaureganl, la ville de Memphis, abandonnée ])ar la garnison confédérée qui l'avait évacuée jiour se vendre à une autre scène d'action, fut ficilement prise });ir la grande flotte fédérale du idississipi. Deux jours auparavant, les forts Pillow et Randolpli avaient été évacués. Près de MeiTipliis, une petite flotte confédérée, C'unposée des eanonnières General Van Dorn (portant le pavillon duconnuaudant), General Priée, General Bragg, Jeff. Thompson, General Lovell, General Bcaurer/ard, Sumtcr et LîtUe Ikhel, et placé sous le commandement du commodore Montgomery, était mouillée dans le fleuve. Tous ces bateaux, à l'exception de Jeff. Tliompson, portaient deux canons ; ce dernier en avait quatre.
Les Fédéraux avaient les canonnières suivantes : Benton (portant le pavillon du commodore Davis) quatorze canons; St-Louls, treize canons; Mound City, treize canons; Louinville, treize canons; Cairo, treize canons, et Carondelet, tieize canons. Trois bateaux à mortiers et vingt béliers et transports complétaient la flotte ennemie. (Jette force si disproportionnée s'avança sur les bâtiments confédérés, les béliers formant l'avant-garde ; les canonnières blindées, .sur deux rangs, le centre, et les bateaux à mortiers et les transports, l'arrière-garde.
Un combat inégal s'engagea et en quelques heures- le Jejf. Thompson, le Beauregard, le >S'wm^eretle Bragg furent mis hors de service, jetés à la rive oti livrés aux flammes, pendant que leurs équipages débarquaient et s'échappaient dans les bois. On fit sauter le Jeff. Thompson; le Brauregard fut coulé et ses œuvres hautes seulement parurent audessus du niveau du fleuve. Le Sumtcr et le Bragg furent les seuls bateaux dont les Fédéraux purent s'emparer; ils
furent amenés devant Memphis, ])ôrtant chacun au grand mât le i>avilIon odieux des envahisseurs. La perte des Confédérés n'excéda pas cinquante tués et blessés et cent prisonniers. Sur les batraux ca[)turé.s ou détruits, il ne se trouvait qu'une ])etite quantité de munitions et de provisions; toutes k^s propriétés publiques qui se trouvaient dans la ville de Meu)phis avaient été retirées et mises en lieti de sûreté. A part le fait d'avoir }tris possession de la })Osition, les fruits de la victoire des Fédéraux étaient nuls.
BOMPAi^DEMENT DE VICKSBUEG.
Mais l'ennemi allait maintenant faire une tentative bien plus importante pour ouvrir la navigation du Mississipi, — résultat que les Etats fédéraux du Nord-Ouest réclamaient comme prix de leur alliance avec les Etats du Nord et de l'appui qu'ils donnaient à .l'administration (h? Washington.
Les Confl^lérés s'étaient promptemcnt aperçus de la grande importance d'un point tel que Vicksl)urg. Au moment de la cliûte de la Nouvelle-Orléans, \o général Lovell avait envoyé ses forces dans cette viiu> jiour y lenir garnison et y construire des travaux de défense. Vickslnirg était le point le plus importtvnt (h; la vallée dti Mississipi. Des milliers d'hommes, de grandes (juantités de marchandises et de matéri(d Irtivcrsaie^it continuellement la rivière, car la plupart des ;i])provisionii(Mnents destinés aux armées de l'Est et de l'Ouest venaient du Texas, de la Tjnuisiane occidentale et de l'Ailcansns. Si les Fédéraux prenaient possession de Vicksburg, tous les produits des Etats du Nord et de r()n(^st i)()uv;iient desc(Mulre impunément jusqu'au Golfe du M(^xi([ue et l'ennemi obtenait le libre accès de tout le fleuve et des commiuiii'ations fluviales, et par conséquent des contrées protluétrices de coton, sucre, mélasse et atitres produits; un tel événement aurait de plus séparé les Etats Confédérés de l'Est de ceux de l'Ouest du Mississipi, et, menaçai'it ainsi de flanc toute la Confédération, aurait permis aux Fédéraux d'opérer sur un grand noml)ie de points, de diviser nos forces, et de s'ouvrir une nou\'elle pers])ective de succès.
Dans l'été de 1862, le général Earl A^an Dorn fut assigné au commandement de la dcféns(^ de Vicksburg. 11 trouva la ville assiégée à la fois par une armée et une })uissante flotte de navires de guerre. Orand nombre de citoyens s'étaient déjà retirés à l'intérieur. Les troupes confédérées avaient placé lem's fentes dans les vallées et les collines avoisinantes, et en position convenable pour secourii' nos batteries et les aider à repousser les assaillants. La division Breckinridge occupait la ville. Des canons supplémentaires étaient venus de Mobile, de Richmond, de Colom'bus et d'autres endroits. Van Dorn les fit mettre en batterie, et se prépuua à en faire l'essai sur la flotte.
La force agressive de fennemi ne se composait d'abord que de la flotte à mortiers de Porter et des canonnières de Farragut, qui, avec leur suite nécessaire de transports,
avaient renionlé le fleuve depuis la Nouvelle-Orléans. L'évacuation du fort Fillow et la cliCite de Memphis offraient dorénavant le danger d'une seconde attaque par la flotte du haut Mississijii. Effectivement, la jonction de ces deux flottes fut effectuée au commencement de juillet, et une force de plus de quarante canonnières, bateaux à mortiers, béliers et transports ouvrait le feu sur ]a ville le 12 juillet.
Pendant que Tennemi com})létait ainsi ses préparatifs pour le bombardement de Vicksburg, les Confédérés ne restaient pas inactifs. Le commodore Lyncb avait improvisé un chantier de construction près de Yazoo City et travaillait secrètement jour et nuit à la construction d'un bélier qui reçut le nom (VArlraims. A l'embouchure de la rivière Yazoo, un radeau avait été construit et protégeait, contre l'attaque de la fl )tte fédérale, les bateaux de commerce qui s'étaient échai)pes de la Nouvelle-Orléans, et se trouvaient cachés dans la rivière. Le commodore Lynch avait fait abattre les hautes œuvres d'un de ces bateaux et sa cjircasse avait servi à la construction de VArlcansas. Quatre canons furent placés à son bord, et le 15 juillet, le général Van Dorn donna l'ordre de le préparer pour un service actif et de l'amener sous les fortifications de Vicksburg, où il devait concourir à la défense.
L'Arkansas chauffa de grand matin. Le rude et disgracieux navire, dont on attendait des prouesses pareilles à celles du fameux Virginia dans le Hampton Roads, traversa le radeau de l'Yazoo et affronta le terrible front de bataille présenté par les vaisseaux ennemis rangés en lignes parallèles et préparés à le recevoir au moment où il déboucherait de l'Yazoo et entrerait dans le Mississipi. Frégates, canonnières et béliers dirigèrent une furieuse canonnade sur cette informe masse bardée de fer qui avançait lentement sur eux. Une canonnière blindée quitta sa position, et, se diriçjeant audacieusement en avant de la sombre ligne formée par la rangée des bâtiments ennemis, ouvrit le feu à une distance considérable. 1/ Arhansas fit feu de sa pièce d'avant et brisa les lionilloires et les machines du navire ennemi. Quelques instants après, le'feu concentré des deux flottes ennemies fut dirigé sur l'étrange monstre marin. Il sembla alors un cratère mouvant d'où jaillissaient des millions d'étincelles entre deux lignes })arallèles de fumée. Sur la falaise, <les milliers de spectateurs, en proie à une vive anxiété, admiraient cette scène, ln'ylii-cnhsas continua à s'avancer. Faisant i'eu à longiu; portée, la flotte fédérale le suivit lentement. Plus elle s'a])[)rochait de la falaise, plus le feu de VAr/.-amas (hn-etiait vif. Enfin, ce dernier ayant atteint les batteries confédérées, l'ennemi abandonna la poursuite, et, salué par les a])plaudissemenls des s[)ectateurs et par une salve d'artillerie, VArhansas tourna lentement la pointe et vint s'amarrer devant Vicksburg.
L'impossibilité, de la part des Fédéraux, de détruiie ou de s'emparer de VArl-amus, terminait virtuellement le siège de Vicksburg. L'attaque sur l(\s batteries cessa bientôt et l'ennemi, confondu et rendu furie ujc-par la défense à la fois
inattendue et déterminée des assiégés, fit retomber toute sa colère impuissante sur la ville qu'il essaya d'incendier et de détruire. Le 27 juillet, les deux flottes disparurent, trompées dans leur espoir de réduire la place. Nos pertes pendant tout le siège n'avaient pas dépassé vingt-deux tués et blessés. Pas un canon n'était démonté, et deux seulement se ti'ouvaient momentanément hors de service.