ENGAGEMENT DE BATON-ROUGE
Aussitôt que l'ennemi eut levé le siège de Vicksburg, le général Van Dorn i-ésolut de l'attaquer avant qu'il eut le temps de réorganiser et de mûrir un second plan offensif. Les Fédéiaux occupaient Bâton Pouge, — capitale de la Louisiane, quarante milles au-dessous de l'embouchure de la rivière Rouge, — avec trois mille cinq cents hommes; quatre ou cinq canonnières et quelques transports étaient mouillés en face de la ville. Il était de toute importance que la navigation de la rivière Rouge restât ouverte aux Confédérés. Les approvisionnements, dont on avait si grand besoin, arrivaient par cette voie, et il eut été difficile de s'en procurer ailleurs ; des raisons militaires impérieuses demandaient aussi que le Mississipi fut gardé sur deux points dans le but de faciliter les communications et une coopération éventuelle entre le district commandé par Van Dorn et le département du Trans-Mississipi, La prise de Bâton Rouge et des forces ennemies stationnées dans cette position, assurait la sécurité de la navigation de la rivière Rouge, alors et momentanément eu état de blocus, et rendait possible la reprise de la Nouvelle-Orléans.
Pour obtenir ce résultat, le général Van Dorn donna l'ordre au général Breckinridge de marcher sur Bâton Rouge avec un corps de cinq mille hommes, tiré de la garnison de Vicksburg. On lui adjoignit les troupes que le général Ruggles commandait au camp Moore, ce qui porta sa force totale à six mille hommes. Pour assurer la réussite de l'entreprise, VArhmsds devait coopérer avec les troupes de Breckinridge en faisant une attaque simultanée du côté de la rivière. Toutes les avaries éprouvées par WlrLdiisd^ .pendant son premier combat étaient répa rées, et (piaiid il quitta le rpuii (1(^ Vicksbui'g, il paraissait aussi redoutable, tant poiu' l'attaque (pu' pour la défense, (put le jour où il aAJiit délii'' une flotte de ([uarante navires, dont plusieurs l»lin<l(''S connue lui.
Les ni;il;i(lies (■|)i(l('nii(pK's avaient réduit les forces placées sous le conuMaudeiiieiit du général Breckinridge à moins de iiois mille lionunes valides, pendant une période de di.\ j(MMs ;i[»res (pfil eut atteint le camp jMoore. Averti par des télégrammes se siiccklant d'hemv; en heure, de l'avance de Wirlaitsai^ sur Bâton Rouge, et comptant sur sa coopération, Breckinridge se décida à attaquer, dans la matinée du -3 août, rrjalgré la faiblesse de ses troupes deux mille cinq cents hommes composaient tout son eftectif. L'attaque fut faite avec bravoure, et l'ennemi, chassé
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
de toutes ses positions, cherclia un refuge sous la protection de ses canonnières.
Breckinridge attendit en vain le concours de VArhansas ; ce bélier n'atteignit pas le théâtre du combat. Arrivé à, une petite distance de Bâton Rouge, à point nommé pour attaquer simultanément avec les forces de terre de Breckinridge, il devint tout à coup ingouvernable par suite d'un accident arrivé à la machine, et auquel tous les efforts des ingénieurs ne purent remédier. Le lieutenant Stevens, commandant du navire, le jeta à la côte, puis craignant qu'il ne tombât au pouvoir de l'ennemi, qui s'avançait prudemment, il débarqua ses hommes, brisa les amarres, mit lui-même le feu au bélier et l'abandonna au courant, après avoir chargé les pièces. Sans un être humain à bord, le drapeau confédéré flottant à la proue, VArhmsas arriva sur l'ennemi. C'était, en vérité, un spectacle étrange de voir ce vaisseau abandonné par son commandant et son équipage, et voué à une destruction inévitable, livrant luimême une bataille comme aurait pu le faire un être animé. A mesure que les flammes atteignaient la batterie, les pièces faisaient feu, jusqu'au moment où l'explosion du magasin à poudre mit un terme à la courte carrière du navire sur lequel on avait fondé tant d'espérances. [XLV]
Incapable, sans la coopération de ce navire, de se maintenir sous le feu des canonnières ennemies, le général Breckinridge retira ses troupes vers dix heures du matin. Il avait gagné une brillante victoire, mais il lui était impossible d'en profiter. Nos pertes s'élevaient à quatre cent soixante-sept hommes. Notre artillerie se composait de sept pièces de campagne ; celle des Fédéraux, de dix-huit pièces beaucoup plus fortes. Sous un autre rapport, le contraste entre les forces opposées n'était pas moins frappant. Les troupes fédérales étaient bien vêtues et lem-s campements abondaient en tout ce qui compose le bien-être matériel et même le hîxe ; nos hommes n'avaient qu'une nourriture problématique et aucune couverture. La moitié d'entre eux n'avaient aucun habit ou veste, des centaines étaient nu-pieds, mais cette pénurie ne les empêchait pas de se battre avec une bravoure et une ardeur sans bornes.
Averti des résultats de l'expédition de Breckinridge, le général Van Dorn ordonna immédiatement l'occupation de Port Hudson, point qu'il avait choisi en raison de ses avantages défensifs et des facilités qu'il offrait pour s'opposer à l'approche de la flotte ennemie. Van Dorn fit monter des batteries, servies par des tirailleurs expérimentés, tandis qu'une force proportioimée menaçait Bâton Rouge. L'eftét de cette occupation fut que l'ennemi abandonna Bâton Rouge et toute la partie du Mississipi et de la Louisiane comprise entre cette dernière ville et Vicksburg. De
grands résultats étaient ainsi obtenus. Les Confédérés occupaient deux points de la rive du Mississipi, séparés par une distance de plus de deux cents milles ; l'intervalle compris entre ces deux positions était fermé à l'ennemi et à l'abri de ses atteintes. La navigation du Mississipi, depuis l'embouchure de la rivière Rouge jusqu'à Vicksburg, restait ouverte à notre commerce et nous donnait l'avantage important de conserver nos communications par cette dernière rivière avec la meilleure partie de la région traiismississipienne, d'où les Confédérés retiraient leurs approvisionnements indispensables.