Q. T. BEAUREGARD
Ldtre du général Beaurcgard au général Braxloii Bragg.
(Confidentielle.)
Au général Braxton Bragg, t/jianmndaui du départeiitcal No. 2, 3Iobilc, Alabama.
CuLLUM Hi'RiNGS, Bladox, (Alabauia), 28 juillet 1862,
Mon cher général, — J'ai leçu la nuit dernière votre lettre du 22 courrant. Je vous donne avec plaisir les appréciations suivantes sur les opérations que vous vous proposez, et je vous souhaite le- plus grand succès, tant pour votre compte que pour celui du pays.
Vous n'avez évidemment qu'une de ces quaU'C choses à faire : l.o attaquer Ifallcck à Corinthe; 2.0 attaquer Bucll à Chattanooga ou aux environs ; 3.0 attaquer Grant à ou près de Memphis ; 4.0 rester oisif à Tupelo.
D'après ce que vous dites, la première de ces propositions est entièrement inadmissible, et la dernière ne doit pas raêaie être envisagée, car l'action, l'action seule est ce qu'on demande.
Maintenant, quant aux deux autres moyens, il est évident qu'à moins que vous ne lenforciez le général Vj. K. Smith à Chattanooga, il sera écrasé par Buell, et vos connuuuicafions avec l'est, ainsi que vos approvisionnements d'Atlanta, Augusta, etc., seront coupées ; il est également certain que tout renfort partiel que vous enverriez de Tupelo vous affaiblirait au point de paralyser tout autre mouvement de ce point. Donc, vous avez adopté le moyeu le pins sage en cnvoj^ant à Smith toutes vos forces disponibles, et en ne laissant que les troupes qu'il fallait pour garder vos dépôts, etc , à l'arrière de votre position actuelle de Tupelo.
La troisième proposition vous donnerait quelques chances de succès, mais qui n'auraient pa? la même importance que les résultats de la seconde, si la
les lignes de clieiuiii de 1er de Decatur à Bridge port (Alabanui), de Decatur à Nashville, et de Nasliville à Stevenson : de fortes divisions étaient détacliées à Mac Minnville et au défilé CumLerland. Après avoir traversé la rivière à Cliattanooga, la colonne se mit en marche le 28 août, pour le Tennessee central, en traversant les montagnes Waldon's
Ridge et Cuniberland. Le général Kirby Svnith, de son côté, avait heureusement franchi le Nord-Est Tennessee et atteint le défilé Cuniberland, gardé et bien fortifié par une division tédérale.
Après avoir laissé une force suffisante pour observer l'ennemi, — son évacuation étant considérée comme iniprati-
discrétion des journaux vous permettait de la mettre à cxccutioii ; car Hallcck et Bucll, cecupaul la base d'un long triangle isocèle duquel Mobile est le sommet, peuvent atteindre Cliattanooga avant vous, s'ils sont avertis de vos mouvements et vous auriez, en ce cas, à laire l'ace à des Ibrces supeiieureb' comme d'habitude. Une (bis à Cliattanooga, il vous faudra prendre. l'otîcnsive, en vous pénétrant bien de ces grands prineiiies de l'art militaire.
Premièrement, lancez toujours votre armée massée contre les fractions séparées de l'ennemi ; deuxièmement, opérez autant, que possible sur ses communications sans exposer les vôtres ; troisièmement, opérez toujours sur des lignes intérieures et peu étendues. Je n'ai aucun doute qu'avec des forecri à peu près égales, vous ne réussissiez constamment.
Je suis heureux de voir que mes deux lieutenant?, Morgan et Forresl, rendent de si bons services dans le Kentucky et le Tennessee. Quard je les ai
nommés, j'étais sûr qu'ils laisseraient des traces de leur valeur partout où ils passeraient.
Votre ami sincère
Cr. 'V. beauk>:gaki).
Le général Beauregard à VaJjudani-géatnd Coopcr.
(Confidentielle.)
Mobile, (Alabama), 5 septembre 18(j"2,
Général, — Supposant qu'aussitôt ma sauté rétablie, j'aurais repris le commandement du département no. 2, j'avais, étant à Bladon, préparé un plan d'opérations dans le Kcntucky et Tennessee ; plan basé sur ma connaissance de cette partie du théâtre de la guerre. Mais ayant appris (pie mes espérances légitimes devaient être désappointées, j'ai l'honneur de communiquer mes vues au département de la Guerre, dans l'espoir qu'elles pourront être de queUpic utilité à nos armes et à notre cause. Elles ont été soumises par moi au général Bragg, le 2 courant.
Eu examinant la carte, on peut voir que nos forces opérant dans cette section du pays sont séparées d'abord par une rivière (le Tennessee), plus loin, par deux (Cumberland et Tennessee) ; elles sont dans l'impossibilité de s'aider mutuellement, n'étant pas pourvues de pontons ; néanmoins, leurs opérations doivent être plus ou moins dépendantes ou subordonnées l'une à l'autre, Je parlerai d'abord de celles de l'est du Tennessee, pui-^, de celles de l'ouest de cette même rivière.
Dans le premier cas, nos points objectils doivent être premièrement tjouisvillo, puis Cincinnati. Toute la question est de savoir quel est le meilleur moyeu d'y arriver en partant de Chattanooga et ayant Buell à Huntsville et Stevenson. Il est évident que l'ennemi a l'avantage de deux bases d'opérations, l(;s rivières de Cuniberland et Tennessee, et que si nous avançons vers nos points objectifs sans neutraliser cet obstacle, nous exposerions nos lignes de communications avec Chattanooga. Xous devons donc livrer bataille à l'ennemi d'abord ou le forcer à se retirer devant nous.
S'il se replie sur Nashville (comme les journaux le prétendent), nous avancerons sur Louisville ; mais s'il se porte sur Florence ou Savannah (Tennessee), pour unir ses troupes a celles de Roseucranz et de Grant, nous aurons à concentrer nos troupes du Tennessee central et oriental sur une échelle assez grande pour le suivre rapidement et le défaire dans une grande bataille, et alors reprendre notre marche indiquée ci-dessus. Nous devons, cependant) construire le plus tôt possible de forts travaux sur les rivières Tennessee et Cumberland, car s'il en était autrement, nos communications seraient coupées par l'ennemi, aussitôt que ces rivières seraient assez hautes pour permettre à leurs canonnières et ù leurs transports d'y entrer.
La meilleure position pour ces travaux serait sur un point à ((uarante milles an-dessous des forts Donelson et Ileniy, non loin de Eddysville, on ces deux rivières se rapprochent à un mille et demi l'une de l'autre. II y a entre les deux rivières une liauteur qui les commande et un fort retranchement de campagne peut être construit et gardé par une garnison de deux mille cinq cents à trois mille hommes (bien pourvus de vivres et de munitions) contre une armée bien supérieure. Sous les canons de ce retranchement, et le long des rives des deux cours d'eau, on pourrait édifier une série d.' batteries (de huit, neuf et dix pouces, et rayées), portant directement sur les obstructions placées dans chacune des deux rivières.
Louisville tombant en notre possession, on pourrait y construire un fort commandant la rivière Ohio et le canal, et combler ce dernier le plus tôt possible d'une manière telle que les voyageurs futurs puissent à peine en retrouver la trace. Ceci ne serait que hi punition légitime du vandalisme yankee qui a obstrué à jamais les ports de Charleston et Savannah. Dans mou opinion, un détachement de notre année pourrait prendre Louisville, tandis que le corps principal marcherait sur Cincinnati. Si nous avions assez de bateaux il serait plus convenable de remonter l'Ohio de Louisville à Cincinnati. Pour commander cette dernière ville, un fort considérable, bien armé, serait construit à Covington.
Quant aux opérations de l'Ouest-Tenuessec, l'objet serait d'en expulser l'ennemi et de reprendre le cours du Mississipi. Pour y arriver, je concentrerais rapidement à Grande Junction l'armée de Priée et ce qu'on pourrait distraire de la garnison que Van Dorn commande à Vicksburg. De là, je me dirigerais à marches forcées sur le Ibrt Pillow, qui serait probablement pris sans beaucoup de perte. Il est évident, qu'alors les forces fédérales de Meraphis et de la rivière Yazoo auraient leurs communications fluviales avec le Nord brisées, et qu'elles n'auraient d'autre alternative que de se rendre ou de se jeter de l'Arkansas où ie général Holmes s'occuperait d'elles. Du fort Pillow, je forcerais les troupes de Corinthe et de Jackson (Tennessee) à retraiter précipitcment sur Humboldt et Colunibus, sous peine d'avoir leurs lignes de communications également coupées. On pousserait alors vigoureusement par le Mississipi, sur Columbus, ou par l'Ohio, sur Paducah.
Nous forcerions ainsi l'ennemi à évacuer l'Etat du Mississipi et le Tennessee occidental, sans autre perte probable que colle de quel(iucs centaines
d'hommes. Le général Priée pourrait alors être détaché et renvoyé dans le Missouri, où sa présence vaut une armée à la Confédération.
Les armements et les approvisionnements des forts à construire seraient préparés le plus tôt possible et réunis à Meridian et à Chattanooga,
Telles sont ks opérations que j'aurais mises à exécution, avec toutes les modifications que les circonstances eussent pu y apporter, si le Préaident avait
jugé à propos de in'ordonner de reprendre le commandement de l'armée que j'ai, avec l'aide du général Bragg, rassemblée et organisée, et que je n'ai
quittée que pour réparer ma s-aulé aflaiblie, pendant que ma présence n'était pas uéccs-aire et jusqu'à ce que le général Bragg m'ait informé qu'il étai^
prêt à prendre l'offensive.
Espérant dans son succès complet, je suis, etc. etc. .
G. T. BEAUKEGAED, généra'.
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
cable, — le général KiiLy Smith, suivant les ordres reçus, se dirigea avec le reste de ses troupes sur Lexington. Le riche pays qu'il avait à traverser produisait en grande quantité ces approvisionnements dont l'armée confédérée avait tant besoin, et, selon les rapports, n'était occupé que par des forces qui ne pouvaient nous opposer qu'une faible résistance. Poussant sa marche avec rapidité à travers une contrée sauvage et montagneuse, Kirby Smitli arriva devant Eichmond le 20 août.
I5AXAILLE DE KICIIMOND (kKNTUCKY).
La division Cleburne, formant la tête de colonne, rencontra l'ennemi à six milles de Richmond au commencement de la journée, et le repoussa avant que le reste de la colonne fut arrivée sur le champ de bataille.
Les Fédéraux se retirèrent. A trois milles et demi plus loin, ils s'arrêtèrent de nouveau après avoir re(;u des renforts, et furent encore battus et rejetés plus loin en confusion. Le général Smith ne poursuivit pas rapidement, et l'ennemi put former sa ligne de bataille à l'entrée de Richmond. Sa force totale se montait maintenant à dix mille hommes; le général Nelson les commandaient.
Le centre et la gauche de l'ennemi furent attaques par la division Preston Smith, pendant que la brigade Churchill se portait à la gauche de notre ligne. Sous cette attaque multiple, les Fédéraux cédèrent et s'enfuirent dans une terrible confusion. Un détachement de cavalerie confédérée tomba sur leur flanc et les dispersa dans toutes les tlirections, capturant toute leur artillerie et le train. Pas un seul régiment n'opéra sa retraite en ordre. Notre perte en tués, blessés et prisonniers était d'envii'on quatre cents hommes ; celle de l'ennemi, de mille tués et blessés et cinq mille prisonniers. Neuf pièces d'artillerie, à peu près vingt mille petites armes, et de grandes quantités d'approvisionnements, étaient également tombés entre nos mains.
L'armée confédérée abandonna bientôt Richmond et se porta sur Lexington, où elle entra le 2 septembre, et sur Frankfort, qu'elle atteignit le 17. De ce point elle était en position de menacer soit Cincinnati, à une distance de quatre-vingt milles, soit Louisville, à environ cinquante milles de là.
.Jusque là, les opérations des Confédérés avaient été couronnées d'un succès qui promettait d'espérer encore d'autres résultats importants. Les communications de l'ennemi étaient coupées, tandis que les nôtres restaient assurées. Sans qu'il ait tiré un seul coup de canon, il s'était vu forcé d'abandonner l'Alabama septentrional et la partie du Tennessee central située au sud de la rivière Cumberland. Le 12 septembre, le général Bragg envoya à Richmond une dépêche orgueilleuse c^ui encouragea au plus haut point les espérances du gouvernement. Elle était ainsi conçue : '^ Mon avant-garde sera à Glasgow aujourd'hui ; je la re-
joindrai demain et toute mon armée y sera réunie le 14. Nous serons alors entre Buell et Kirby Smith. Nos troupes sont dans de bonnes conditions, quelque peu fatiguées et affaiblies par la marche, mais pleines d'enthousiasme. Elles ont héroïquement supporté les privations et conservé leur réputation de discipline. Jusqu'à présent, le manque de vivres a été notre plus grande privation, mais à partir de Glasgow et au-delà, nous entrons dans une contrée fertile. Avec des hommes, nous pouvons non seulement délivrer 1c Kentucky et le Tennessee, mais je crois en toute confiance que nous pourrons garder ces deux Etats. Le général Buell, avec la plus grande partie de son armée, se concentre à Bowling Green. Une fois à Glasgow, nous examinerons et déciderons ce qu'il y aura à faire."
Le général Bragg avait un but politique en envahissant le Kentucky: c'était de rallier autour de lui les sympathies et les sentiments sécessionistes c[ue l'on supposait dans cet Etat. De son quartier-général de Glasgow, il lança une proclamation au peuple du Kentucky, dans laquelle il l'informait qu'il était venu, à la tête de l'armée confédérée de l'Ouest, leur offrir l'occasion de se soustraire à la tyrannie d'un pouvoir despotique. Il n'entrait pas dans le Kentucky "dans un but do conquête ou de pillage, mais avec l'intention de rendre au peuple les libertés dont un cruel et impitoyable ennemi l'avait dépouillé ; de garantir l'inviolabilité de ses foyers et de ses autels; de punir les oppresseurs du pays et de venger les lâches insultes fîiites aux femmes du Kentucky.'"
Le 17 septembre, la garnison fédérale de Mumfordsville se rendit aux divisions avancées du général Bragg. L'aile commandée par Hardee s'était portée directement sur ce point par Cave City, tandis que Polk, suivant un autre chemin, avait traversé la rivière à droite et atteint l'arrière de la position ennemie, dans la soirée du 16. Immédiatement les deux généraux demandèrent la reddition de la ville, et le lendemain matin il reçurent la capitulation, sans condition, de la garnison. Ce succès assurait aux confédérés 4,267 prisonniers, 10 pièces d'artillerie, -5,000 petites armes, et une quantité proportionnée de munitions, approvisionnements, chevaux, mules, etc.
Toute l'armée de Bragg était maintenant postée sur la route de Nashville à Louisville; — celle que Buell eut été forcé de prendre s'il eut voulu interposer son armée entre les Confédérés et rOhio. L'occasion était en apparence excellente pour frapper un grand coup, — non-seulement sous le rapport militaire, mais aussi au point de vue politique, — sur la cause fédérale dans le Kentucky. Bragg pouvait pousser en avant, et, de concert avec Kirby Smith, s'emparer de Louisville, ou bien il pouvait, à forces égales, combattre Buell en campagne et le rejeter sur Nashville. Il ne fit ni l'un ni l'autre. Après le succès de Mumfordsville, il/ laissa Buell et ses trains de wagons passer entre lui et la rivière Ohio, presque en vue de ses lignes, tandis que lui
marchait sur Bardstowu et de là sur Fvankt'ort. Baell put ainsi rester dans Louisville, et le général fédéral Morgan, que l'avant-g-arde de Kirby Smith cernait dans le défilé C\miberland, effectua sa retraite sur Cincinnati. La route de iSTashN-ille à Louisville ayant été laissée ouverte par la marche de Bragg sur Frankfort, dans la direction de l'est, et le chemin du défilé Cumberland à Nashville par celle de Kirby Smith sur le même point, dans la direction de l'ouest, les avantages remportés étaient annulés et les Fédéraux pouvaient reprendre l'offensive dans le Kentucky.
On blâma amèrement le général Bragg de n'avoir pas livré bataille à Slumfordsville. Les critiques qui furent faites â ce sujet n'eurent jamais pour réponse que l'explication faible et peu satisfaisante qu'il donna dans son rapport ofifieil. Dans ce document, il allègue que le but 'le sou mouvement sur Bardstown était de se procurer des vivres; que son armée n'avait plus que trois jours de rations, et que "tout engagement sérieux, quel qu'en eut été les résultats, n'ent pas manqué de le décimer."
Le général Polk, laissé au commandement de Bardstown, reçut l'ordre du général Bragg de se retirer, — s'il était pressé par une force ennemie trop supérieiu'e pour rendre possible une résistance effective, — dans la direction du nouvean dépôt, près de Bryantsville, où il se proposait de se concentrer pour une action ultérieure .Le 1er octobre, le général Bragg 86 trouva à Lexington avec le gouverneur provisoire de l'Etat, qui l'avait auparavant invité à assister à son installation au capilole de Frankfort, le 4 du même mois. Toutes les forces valides de Kirby Smith, qui venaient de rentrer à Lexington, reçurent l'ordre de se rendre immédiatement à Frankfort, Apprenant ensuite que l'ennemi faisait contre lui de grands prépaTatifs dans la direction de Louisville, le général Bragg ordonna à Polk "de se porter, avec toutes ses forces disponibles, de Bardstown sur Frankfort, 2)ar le chemin de Bloomfield, de manière à prendre l'ennemi en flanc et par derrière." Il informait en même temps Polk que Smith attaquerait de front.
Mais ce plan de bataille fut abandonné; Polk^ après ;ivoir pris conseil de ses officiers, s'était décidé à ne pas j-isquer l'attaque, mais à se porter sur Harrodsburg, comme Bragg le lui avait d'abord enjoint en se dirigeant lui-même sur ce point avec rapidité ; ce dernier y rencontra, le 6 octobre, le général Polk, avec l'avant-garde de sa colonne, qui avait ■q^uitté Bardstown le 3. Il fut résolu qu'une concentration de toutes les troupes aurait lieu sur le front de Lexington, et qu'on livrerait bataille sur ce point. Mais avant que cet ordre eut pu être mis en pleine exécution, la nouvelle arriva que l'ennemi, en nombre limité, pressait le généi'al Hardee à Perry ville; que nulle part il n'effectuait de concentration, mais qu'au contraire, il opérait en deux colonnes; celle de droite était près de Lebanon, un corps d'armée devant Perryville, et sa gauche, deux corps d'année, s'étendait jusqu'à Frankfort par le chemin de Macksville; la ligne entière avai^ une étendue de soixante milles.
L'ordre fut envoyé au général Polk de faire retraiter la division Cheatham, maintenant à Harrodsbui'g, sur Perryville et de s'y rendre lui-même sans tarder pour "attaquer l'ennemi, le mettre en déroute, et ensuite effectuer rapidement sa jonction ovec le major-général Smith," suivant ses instructions antérieures ; la dépêche écrite poi'tait aussi "qu'il n'y avait pas un moment à perdre." Le même jour, le général Bragg recevait du général Smith (alors près de Frankfort), des demandes instantes et repétées de renforts. L'ennemi, disait Smith, était sur son front de bataille en force imposante. La division Whiters fut détachée et envoyée dans ce but; elle était déjà loin quand le mouvement sur Perrvville fut ordonné.
BATAILLE DE l'EKRYVlLLE.
Il arriva ainsi que par suite d'un malentend'i, Bragg divisa malheureusement son armée et fut tromi)é relativement à la foi'ce numérique réelle de l'ennemi dans le voisinage de Perry ville; cette circonstance le força à livrer bataille dans des conditions très désavantageuses. Polk arriva à Perrvville avec la division Cheathan, le 7, avant minuit, et les troupee huvnt placées, par le général Hardee, dans hi ligne de i)ata'lle déjà établie. Nos forces totales, concentrées dans cette position, consistaient en trois divisions d'infanterie, fortes d'environ 14,500 hommes, et deux j)etites brigades de cavalerie de 1,500 hommes.
Le 8 octobre, après midi, l'action s'engagea. Nos troupes se conduisirent avec une bravoure et une détermination auxquelles l'ennemi ne put résister. Bien qu'il fut en nombre double du nôtre, et même jn-obablement davantage, il fut chassé du champ de bataille, après avoir éprouvé des pertes sérieuses. La nuit mit un terme à rengagement précisément à l'instant où un troisième corps de l'ennemi jetait sa tête de colonne sur notre flanc gauche. Les Confédérés restèrent en possession entière du champ de bataille, de plusieurs batteries d'artillerie et de six cents prisonniers, L'enuemi avait aussi laissé ses morts et ses blessés sur la scène du carnage.
Pendant l'engagement, les Confédérés s'étaient avancés au point d'exposer leur flanc gauche à l'attaque, du troisième cor2»s fédéral, commandé par Mac Cook, qui arrivait du côté de Lebanon. Le général Bragg, voyant le danger, fit retirer notre ligne après minuit, sur la première position. •
Certain que l'ennemi avait concentré ses trois corps d'armée devant lui, et affaibli par les fortes pertes qu'il avait éprouvées dans son combat inégal contre les deux corps de Crittenden et de Gilbert, le général Bragg donna l'ordre de se replier au point du jour sur Harrodsburg, et envoya à Smith des instructions lui enjoignant de former une jonction avec lui sur ce point. En conséquence, toute l'armée se retira le 11 dans la direction de Bryantsville.
Il était impossible maintenant au général Bragg d'attaquer et de mettre en déroute un ennemi si supérieur par le nombre ; l'évacuation çlu Kentuckv était devenue une néces-
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
site impérieuse. L'automne, la saison des grandes pluies, arrivait ; les chemias rudes et raboteux qui traversaient les hautes montagnes du Tennessee oriental et du Kentucky parle défilé Cumberland, allaient bientôt- devenir presque entièrement impraticables. Bragg restant dans le Kentucky, un revers perdait irrémédiablement son armée. En conséquence, tous les arrangements furent faits pour le départ. L'armée, divisée en deux colonnes, sous Polk et Hardee, se mit en marche, le 13 octobre, sur le défilé Cumberland. Après une marche rapide, rendue asse?. difficile par les privations et l'absence des trains, les forces confédérées passèrent le défi.lé sans être inquiétées du 19 au 24 octobre.
La retraite de Bragg causa un désappointement amer à ceux qui espéraient la libération du Kentucky et dont l'espérance avait été encouragée par les opérations du début et ! les dépêclies optimistes de Bragg. La séparation des troupes de Kirby Smith du reste de l'armée et une opération simultanée sur différentes lignes stratégiques ; la perte d'une excellente occasion à Mumfordsville ; et la non concentration de toutes les troupes confédérées à Perryville en temps opportun furent considérées comme autant d'erreurs commises pendant le cours de la campagne. Mais les tendances populaires à critiquer les opérations militaires ont toujours été trop portées à oublier tout ce qui a été accompli pour insister sur ce qui aurait pu être fait. La campagne du Kentucky fut, dans une grande mesure, favorable aux Confédérés, Quoique forcés d'abandonner une partie du niagnifique territoire qu'ils avaient enlevé à l'ennemi, ils n'en n'avaient pas moins obtenu de brillants résultats matériels. Avec une force qui ne nous permit pas de mettre, en aucune occasion, plus de quarante mille hommes en ligne de bataille, nous avions libéré l'Alabama septentrional et le Tennessee central, et repris possession du défilé Cumberland, la clef du centre de la Confédération. Nous avions tué, blessé ou pris non moins de vingt-cinq mille hommes à l'ennemi ; cajituré trente pièces d'artillerie, dix-sept mille petites armes, environ deux millions de bonnes cartouches ; détruit des centaines de wagons et enlevé un plus grand nombre encore, avec leurs harnais et attirails complets ; remplacé nos chevaux fourbis j)ar d'excellentes montures ; vécu pendant deux mois des approvisionnements enlevés à l'ennemi ; assuré des vêtements et un matériel neuf à notre armée ; et enfin, emporté des vivres suffisant à nourrir non seulement l'armée de Bragg, mais aussi d'autres grands corps de troupes de la Confédération. Quatre semaines, après avoir traversé le défilé Cumberland, l'armée de Bragg se trouvait, en excellent ordre, en face de l'ennemi à Nashville ; elle était plus nombreuse, mieux organisée, disciplinée, vêtue et nourrie, et en meilleures conditions morales et sanitaires qu'avant son entrée en campagne, bien qu'elle eut fait, pour arriver au même point, une marche triple de celle de l'ennemi et qu'elle eut été constamment livrée à ses propres ressources.
OPERATIONS DANS LE SUD-OUEST. BATAILLE DE rORINTHE.
En entrant dans le Kentucky, le général Bragg avait laissé à Van Dorn et Priée le commandement du Tennessee occidental. Ces dispositions furent cependant altérées par la suite et Priée reçut l'ordre de suivre Rosencrans, à travers la rivière Tennessee, dans le Tennessee central où on supposait qu'il se rendait. Pour feire une démonstration en faveur de Price, le général Van Dorn marcha avec toutes ses troupes, le 20 septembre, à sept milles de Bolivar, repoussa trois brigades ennemies dans cette place, et força une division fédérale qui avait été envoyée pour fortifier l'armée de Grant à Corinthe, à rebrousser chemin. '
Le général Price, conformément aux ordres de Van Dorn, marcha dans la direction de luka, pour passer le Tennessee, mais il acquit bientôt la certitude que Rosencrans n'avait pas encore traversé cette rivière. Ce dernier, joint à Grant, l'attaqua le 19 septembre et le força à se replier sur Baldwin, sur le chemin de fer de Mobile à l'Ohio. Le 25, Van Dorn reçut une dépêche de Price ; elle l'informait que ce dernier était à Bakhvin et était prêt à oi)érer une jonction avec lui et fi attaquer alors Corinthe, comme il en avait été antérieurement question. Les deux corps se joignirent à Ripley, le 28 septembre, comme il était convenu, et se dirigèrent le lendemain matin sur Pocahontas, où ils ariivèrent le 1er octobre.
A la même époque, les forces ennemies étaient ainsi disposées : Sherman était à Memphis avec environ six mille hommes ; Hurlbut, puis Ord, à Bolivar avec huit mille ; Grant, quartier-général à Jackson (Tennessee), avec trois mille hommes ; Rosecrans avait quinze mille hommes à Corinthe et les avant-postes suivants : Rienzi, occupé par deux mille cinq cents liommes ; Burnsville, Jacinto et luka, par six mille, et quelques positions et ponts importants, gardés par deux ou trois mille hommes. Total général, quarante-deux mille hommes (42,000) dans le Tennessee occidental. Memphis, Jackson, Bolivar et Corinthe étaient fortifiées et défendues par des pièces de siège ; les avantpostes avaient également quelques travaux défensifs, portant des pièces de campagne. Memphis, Bolivar et Corinthe décrivaient un arc dont la corde, — la voie ferrée de Memphis à Corinthe, — formait un angle de quinze degrés avec une ligne imaginaire tirée dans la direction de l'est. Bolivar est à égale distance de Memphis et de Corinthe, un peu plus près cependant de ce dernier point, et à l'intersection de la rivière Hatchie et du chemin de fer " Mississippi Central & Oliio."
La situation était telle que l'ennemi ne pouvait prévoir le point précis sur lequel les Confédérés pourraient faire leur principale attaque. Dans le cas où elle aurait lieu sur Bolivar, Rosecrans était préparé à tomber sur l'arrière de la droite confédérée, tandis que si cette attaque devait avoir lieu sur Corinthe, la garnison de Bolivar était chargée de la même mission.
ISO
Le «'énéi-cil Van Doni résolut d'attaquer Coriiithe. Il obstacles et plantèrent enfin leurs couleurs sur le dernier
avait un espoir raisonnable de succès. 8a force, suivant les retours faits à l\ii>ley, se montait à environ vingt-deux mille honnnes. Ivoseorans avait à Corintlie environ quinze mille hommes et liuit mille disséminés aux avant-postes, dans un rayon de douze à q>iin/e milles. Van Dorn pouvait surprendre la place et l'emporter avant que ces dernières
retranchement des Fédéraux. Un combat corps à corps eut lieu dans l'enceinte même du cpiartier-général de Rosecrans et dans les rues de la ville/ L'ennemi fut chassé de maison en maison et perdit un grand nombre d'hommes. Dans ime partie de la ville, des pièces ennemies se trouvaient masquées et soutenues par de puissantes réserves.
ti-oupes eussent pu se concentrer à temps pour la défense. La première ligne se réfugia à l'abri de ces batteries qui En conséquence, il se dirigea sur Pocahontas, feignit une ouvrirent, à courte portée, un feu écrasant sur nos troupes.
avance sur Bolivar, et puis, se retournant tout ti coup dans une autre direction, il traversa les rivières Hatchie et Tuscumbia, attaqua Corintlie sans hésiter, et enleva effectivement la place avant (pie les postes des environs eussent le temps de s'y concentrer.
Les forces de Rosecrans occupaient une position en dehors des travaux de la ville; trois divisions formaient les deux premières lignes de défense ; une quatrième, à une petite distance à l'arrière, se tenait en réserve, Rosecrans était anxieux de se retirer en bon ordre dans les retranchements intérieurs, et il donna des ordres en conséquence, mais les troupes de Price, emportées par l'excitation du combat et désireuses de se venger de leur échec de luka, écrasèrent le centre fédéral, enlevèrent deux pièces de canon à la division Davics, et repoussèrent les Fédéraux dans leurs retranchements intérieurs.
Le général Van Dorn espérait, pour la journée du lendemain, un succès facile; il annonça à Richmond, par le télégraphe, sa victoire anticipée. Il semblerait qu'il était dans nne ignorance complète au sujet de la force des travaux de l'ennemi à Corinthe et de la grandeur de la tâche qu'il restait à accomplir.
Voici quel était le plan de bataille des Confédérés pour le lendemain : Price devait engager l'action avec une forte batterie d'artillerie, et ensuite lancer son aile gauche sur rennemi, pendant que la division Lovell pousserait en avant et attaquerait vigoureusement avec notre droite. Le généra! Hébert, qui commandait la division de gauche, devait" conduire l'attaque. Le lendemain matin, l'attaque 4e gauche n'eut pas lieu au moment convenu. Dans son rapport officiel, le général Van Dorn dit: "Un officier d'état -major fut envoyé à Hébert pour s'enquérir des causes de ce retard. On ne put trouver ce général. Un second et nn troisième messagers lui furent successivement envoyés, et, vers sept heures, Hébert vint à mon quartiergénéral et se déclara malade." Le général Price donna alors au général Green le commandement de l'aile gauche, mais il était huit heures avant que toutes les dispositions pour l'attaque fussent achevées. Pendant l'intervalle, le centre, composé de la division Maury, entra en engagement avec les avant-postes ennemis, et peu à peu la fusillade s'étendit sur tout le front de la ligne. Nos brigades s'élancèrent bravement à l'attaque, et poussant en avant malgré les feux directs et croisés de l'ennemi, balavèrent tous les
Les fortes pièces du Collège Ilill, — le retranchement le plus important de l'ennemi, — furent cependant réduites au silence, et la bataille paraissait gagnée quand le feu nourri des troupes fraîches arrivant de luka, de Burnsville et de Rienzi, qui avaient réussi ù atteindre Corinthe à temps pour décider de la bataille, assaillit vivement notre colonne.
Nos troupes reculèrent. Elles furent repoussées en bas de la colline du Collège, et poursuivies par l'ennemi à travers les bois et sur ce même terrain qu'elles avaient cou • quis avec tant de courage. Au moment où la fortune se tournait du côté des Fédéraux, la division Lovell s'avança et s'apprêtait à monter à l'assaut des travaux ennemis, quand son général reçut l'ordre de lancer rapidement une de ses brigades (celle de Villepigue) sur le centre et de couvrir la ligne brisée que l'ennemi jetait hors de Corinthe. Ce mouvement fut bien exécuté, et les Fédéraux n'osèrent pas poursuivre plus loin leurs succès.
Le lendemain, Van Dorn se détermina à se replier sur Oxford et Ripley, et à prendre position derrière les lagunes et les marais de la région septentrionale du Mississipi. Ce mouvement fut accompli sans que l'ennemi s'y opposât sérieusement, excepté au passage de la rivière Hatchie où le général Ord, qui commandait l'avant-garde ennemie et voulait inquiéter notre retraite, fut tenu en échec et promptement repoussé. Nos pertes, dans la bataille de Corinthe et pendant la retraite qui la suivit, fut de ô94 tués, 2162 blessés, 2102 prisonniers et manquants. Pendant la nuit, une pièce, d'artillerie fut, par erreur, conduite dans la ligne ennemie et perdue ; quatre autres avaient été laissées au pont de Hatchie, après que les chevaux eurent été tués. Deux pièces de canon furent capturées sur l'ennemi à Corinthe par la division Lovell ; une d'elles fut emmenée. D'un autre, côté, cinq pièces avaient été prises par le corps du général Price ; deux avaient également suivi notre retraite, ce qui réduisait à deux pièces notre perte en matériel d'artillerie. La perte de l'ennemi en tués et blessés, suivant sa propre estimation, était de 2127 hommes. Nous avions foit plus de trois /ents prisonniers.
La retraite de Corinthe ne fut pas une déroute, mais l'engagement qui l'avait précédé n'en était pas moins un désastre sérieux pour la Confédération, et il coûta à Van Dorn son commandement de l'armée de l'Ouest Tennessee. Cet officier fut censmx' pour avoir lancé ses hommes contre
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES
des travaux dont il ne connaissait pas la force, et pour n'avoir pas fait des dispositions convenables pour l'attaque. L'échec de Coriirtlie peut oh-e considéré comme la lin de 'a campagne de l'Ouest. Cette campagne n'avait pas eu tous les résultats que le peuple du Sud attendait. Il est vrai que toute la contrée entre Nashville et Chattanooga était reprise par les Confédérés; mais l'événnement décisif de la saison était la retraite du Kentucky, et de même que l'espérance populaire avait été déçue quand Lee avait repassé le Potomac, elle le fut une seconde fois quand Bragg retraita à travers Tes montagnes Cumberland.
Telles furent les conclusions des deux grandes opérations stratégiques de l'automne de 1862. Quels que fussent les résultats territoriaux de ces campagnes, leur effet moral était grand et la position des Confédérés était bien plus avantageuse qu'au commencement de la même année. La
gloire de leurs armes avait attiré l'attention du monde entier. Ils avaient montré leur drapeau depuis Chattanooga jusqu'à Louisville, et bien qu'ils eussent été forcés de se re tirer, ils avaient prouvé que la subjugation de l'Onest par l'emiemi était une tache à peine commencée. Les Confédérés avaient fait lever le siège de Richmond, menacé Washington et battu l'ennemi dans le pays même où celuici avait décidé de la guerre. Le T'uncs qe Londres déclara que l'histoire de ces campagnes off'rait une série de succès presque sans parallèle, et que, quels que puissent être le sort futui- de la nouvelle nationalité et ses titres subséquents au respect de l'humanité, elle avait assurément conquis, au commencement de sa carrière, une réputation de génie et de valeur que les plus célèbres nations pouvaient lui envier.