CHAPITRE XX
FREDERICKSBURG.- MURFREERBORO. - OrEllATIONS DANS LE TRANS-MISSISSII'I.
Vers la fin de 1862, deux grandes batailles turent livrées sur les deux principaux tliéàtre.s de la guerre, Virginie et Tennessee, et furent les événements les plus importants de^ derniers mois de l'année.
OPEKATIONS EN VIRGINIE.— BATAILLE DE FEEDErvICKSBURG.
Après la retraite de Lee en Virginie, Mac Clellau parut se concentrer à Harper's Ferry et aux environs, mais il ne lit aucun mouvement on avant. Le 6 octobre, le président Lincoln lui avait ordonné de prendre immédiatement l'offensive en occupant une ligne intérieure entre Washington et l'armée de Lee, et de livrer ])ataille au plus tôt. Mac Clellan hésita et sembla vouloir gagner du temps en se plaignant de rinsufïisancc de ses approvisionnements et en faisant d'incessantes demandes de renforts. Pendant ce temps, Lee avait donné l'ordre au fameux commandant de cavalerie tStuart de traverser le Potomac au-dessus de Williamsburg, de reconnaître les positions des Fédéraux, et, si cela était possible, d'entrer en Pennsylvanie et d'y faire tout ce qu'il pounait pour inquiéter l'ennemi et embarrasser ses opérations militaires. Cet ordre fut exécuté avec habileté, adresse et courage. Le général 8tuart, avec douze ou quinze cents cavaliers, passa à travers le Maryland, occupa Chambersburg et détruisit une grande quantité de pro})riétés publiques, après avoir fait le tour complet de l'armée de Mac Clellan et anéanti tous les arrangements qui, suivant celuici, devaient rendre certaine la caj^ture de ses faibles troupes.
Vers la fin d'octobre, l'armée fédérale commença son
mouvement à l'est des montagnes, dans la direction de Warrenton. Aussitôt (}ue l'intention d<^ l'ennemit fut dévoilée, le cor[)s de Longstrcet traversa les montagnes Bleues et prit position, le 3 novembre, à Culpepper Court House, tandis que Jackson portait une de ses divisions sur le versant oriental des montagnes Bleues. L'ennemi se concentra peu à peu à Warrenton; sa cavalerie traversa le Rappaliannock et eut plusieurs affaires d'avant-garde avec la nôtre, qui observait soigneusement ces mouvements.
Dès lors, riiésitation et la timidité de Mac Clellau devinrent évidentes. Les jours favorables d'automne se passaient sans démonstrations de l'ennemi, et déjà les mois d'hiver arrivaient sans que les Fédéraux sortissent de leur immobilité; mais le 5 novembre, un luouvement inaccoutumé anima leurs camps; un messager arrivait à Warrenton et donnait à Mac Clellan l'ordre de remettre le commandement de l'armée aux mains du général Burnside et de se rendre à Trenton (New Jersey). On ne s'attendait pas à pareille mesure. Quelle qu'eut été l'incapacité militaire de Mac Clellan, cet événement ne fut en réalité qu'un coup d'Etat amené par les élections de la fin do 1862 et par l'argument suivant : qu'il était dangereux, quand le parti de l'administration éprouvait une défaite électorale, de laisser à un adversaire ])olitiqne le commandement d'une si forte armée.
Le général Burnside se trouva à la tète d'une spleudide organisation militaire. 8on armée était partagée en trois grandes divisions, commandées par les généraux Sumner, Hooker et Franklin. Burnside proposa immédiatement de
se porter de Warrenton à une nouvelle ligue (l'ojjérations et d'inaugurer une eampague sui' le bas U;ii)[);ih iiiuock. Son plan était de descendre rapidement la rive ga;ielie de ce cours d'eau, de le traverser à Fredericksburg au moyen de pontons et de s'avancer ensuite sur Richmond par llanover Court Houso. Les avantages que l'on voyait à ce nouveau plan d'opérations contre la capitale fédérale étaient qu'il évitait la nécessité de maintenir une ligne de communications qui aurait dû être gardée dans le cas d'uninouvement sur Richmond par Gordonsville; que l'armée fédérale une fois à Fredéricksburg serait plus proche de Riclunond que si l'on réussissait à la placer à Clordonsville; et qu'elle serait, au résumé, aussi près de Washington que l'armée confédérée : elle couvrait la capitale et écartait ainsi l'objection que l'on avait faite à la campagne par la voie péninsulaire.
Le 15 novembre, le général Lee sut que l'ennemi se portait sur le chemin de fer d'Orange à Alexandrie; un régiment d'infanterie et une batterie d'artillerie légère furent envoyés pour renforcer la garnison de Fredeiicksburg. Le 17, il fut rapporté que le corps de Sumner s'était porté de la station Catlett dans la direction de Falmouth, et que, le 15, des canonnières ennemies étaient arrivées par Acquia Creek. Ces mouvements semblaient prédire une occupation prochaine de Fredéricksburg; en conséquence, les divisions Mac Laws et Ramson, la brigade de cavalerie de W. H. Lee et la batterie Lane, furent expédiées sur cette ville. Pour se rendre compte d'une manière plus positive des mouvements de l'ennemi, le général Stuart reçut l'ordre de traverser le Rappahannock. Dans la matinée du 18, cet ofiicier fore;!, le passage de la rivière [k Warrenton Springs, malgré le régiment de cavalerie et les trois pièces d'artillerie qui gardaient le gué, et atteignit Warrenton après que la dernière colonne de l'ennemi eut 'piitté cette ville, Ijcs renseignements qu'il obtint le confirmèi'ent dans l'opinion (|ue toute l'armée fédérale se portait sur Fredéricksburg. Dans la matinée du 19, le reste du corps de Longstreet fat conséquenunent envoyé dans cette ville.
Il arriva avant qu'aucun grand corps ennemi n'eut encore fait son apparition. Il est vrai que les hauteurs de Stafford, sur la rive nord du Rappahannock, étaient gardées par un détachement fédéral longtemps avant l'arrivée des renforts confédérés à Fredéricksburg, mais ils n'avaient jamais tenté de traverser la rivière et d'entrer dans la ville. Des escarmouches régnaient constamment tout le long de la ligne. Cependant, beaucoup de personnes supposaient encore que Burnside n'avait pas sincèrement l'intention d'attaquer et que ses démonstrations n'avaient pour but que de détourner l'attention de ses vues réelles.
Cette opinion fut bientôt bannie de leur esprit. Le 21, il devint apparent que Burnside concentrait son orniée entière sur la rive nord du Rappahannock. Le même jour, le général Sumner somma les autorités municipales de Fredéricksburg de rendre la place en les menaçant, en cas de refus, d'un bombardement le lendemain matin à neut heures. Depuis
deux jours, le tem})s était excessivement mauvais et l'orage éclatait au moment même où la sommation avait lieu. Il était impossible d'empêcher la mise à exécution de la menaec du bombardement; la ville était entièrement exposée au feu des batteries fédérales des collines Staiford, au-delà de notre portée. Les autorités de la ville furent informées par le général Lee qu'elle ne serait pas occupée comme une place militaire par ce dernier, mais qu'il fallait empêcher les Fédéraux d'y entrer ; des ordres fnrent donnés pour le renvoi des femmes et des enfants dans le ])lus bref délai possible.
Mais le bombardement menacé n'eut ]ias lieu. Presque toute la po[»ulation, avertie de quitter la ville en prévision d'une bataille entre les deux armées, abandonna ses foyers sans murmurer. Dans un rayon de plusieurs milles autour de la ville, des tentes et des cabanes improvisées à la hâte abritèrent les femmes et les enfants; le long des chemins, exposés aux rigueurs de la températur.^ de novembre, erraient grand nombre de pauvres n'ayant pour tous vêtements et toute nourriture que quehpies jiaquets de vivres et les bardes qu'ils portaient.
Le général Burnside commença ses préparatifs pour forcer le passage du Rappahannock et la marche subséquente sur Richmond. L'aile gauche de Lpc, sous Jackson, n'était pas encore arrivée, malgré sa marche rapide. Aussitôt sa concentration faite, la disposition des forces confédérées fut bientôt établie. La division D. H. Hill fnt placée près de Port Royal et le reste du corps de Jackson posté de manière à secourir Hill ou Longstreet, suivant les circonstances. Nos lignes, dans le voisinage de Fredéricksburg, s'étendaient de la rivière à un point situé à environ un mille et demi plus haut, le long d'une rangée de collines à l'arrière de la ville, sur le chemin de fer de Richmond. Comme ces collines étaient commandées par les hauteurs opposées, occupées par l'ennemi; des travaux en terre furent construits sur leurs sommets aux positions les plus favorables pour notre artillerie.
Sur les collines de Stafford, l'ennemi déployait une des plus magnifiques armées que les temps modernes aient vues. La force numérique de Burnside s'élevait à environ cent cinquante mille hommes. Une artillerie formidable y était attachée; elle se composait de cent quarante-trois pièces surmontant la ville de Fredéricksburg et commandant les deux rives du Rappahannock. Les Confédérés avaient quatre-vingt mille hommes placés le long des hauteurs à l'arrière de la ville et fermés en demi-cercle embrassant une plaine de sis milles de long sur deux ou trois de profondeur. La nature semblait avoir préparé elle-même cette arène dans la prévision d'un des plus grands conflits de l'histoire. Le terrain était disposé en amphithéâtre; les Confédérés étaient retranchés aux galeries supérieures; la scène était la vallée où s'étendaient les rouges maisons de Fredéricksburg. En dehors de la ville, quelques maisons étaient disséminées ça et là; les bois défeuillés complétaient
l'ensemble Je ce pittoresque tableau. De petits détacliements de troupes confédérées avaiLUit }>ris quartiers dans les maisons désertes d'où s'élevaient m lintenant de faibles et rares nuages de fumée. Sur les rive^ du fleuve, les piquets se tenaient en observation.
Le 11 décenil.)re, avant le lever du jour, nos canons de signaux annoncèrent (pie l'ennemi se mettait en mouvement. Vers deu.x heures du matin, il se prépara à jeter des ponts sui" le Rappaliann^ck, on face de Fredericksbiirg, et à un mille et (piart pins bas, prés de l'emboiiclinre dn Deep Rnn. Deux réginuMits de la brigade Barksdale, (division Mac Laws), le 17e et 18e Mississipi gardaient ces positions; le premier sontemi par le 80 Floride, division Anderson, placé au point supérieur. Le reste de la brigade , avec le Oe Géorgie, aussi de la division Anderson, était tenue eu réserve dans Fj'cdericksburg. A [tartir du lever du jour jus(prà quatre heures de l'apiès midi, nos troupes, abritées par les maisons du bord d»'. la rivicre, annihilèrent tous les eftbrts que faisait l'ennemi pour jeter ses ponts en face de la ville et repoussèrent constamment ses pontonniers, en leur faisant subir de grandes pertes.
Mais au point inférieur de la rivière, près de Deep Run, nos troupes n'étaient nullement abritées. L'ennemi fit des efforts prodigieux pour placer ses pontons, et ses nombreuses masses s'évertuaient à diriger çà et là les canots et les troncs d'arbres nécessaires. Nos tirailleurs continuèrent leurs fusillade et pendant un moment, l'ennemi fut forcé de se retirer. Mais une terrible canonnade recommença bientôt et plus de cent pièces de canons vomirent leurs projectiles sur la ville. Bientôt les maisons s'écroulèrent, les boiseries craquèrent, les fiâmes jaillirent de tout les quartiers <le la ville et en chassèrent les habitants qui y étaient restés ou qui s'étaient renfermés en attendant l'arrivée prochaine de l'ennemi. Incapables de se maintenir sous le feu des batteries et des immenses colonnes d'infanterie postées sur la rive, nos troupes reculèrent, et bientôt des grands cris de joie les prévinrent (]ue les Fédéraux avaient achevé la construction de leur pont. La marche de Burnside sur Fredericksburg fut bravement tenue en échec jusqu'à la nuit. Mais pendant ce temps, le général Lee avait obtenu une des plus importantes conditions de succès dans une grande jiataille, en gagnant le temps nécessaire à la concentration de ses forces.
Burn.^ide avait espéré, f'U traversant rai)idem(Mit la rivière, prendre Lee dans do sérieuses conditions de désavantage. 11 avait découvert qu'une grande partie des forces confédérées avait descendu la rive du Rappahannock et son dessein était de séparer, par mie vigoureuse attaque, les troupes du bas de la rivière de celles postées au-dessus et sur les Gollines à l'arrière de Fredericksburg; mais il fut frustré dans cette espérance et trouva Lee formé en lignes compactes et préparé à le recevoir; profitant lui-même de l'épaisse brume qui cachait ses mouvements, il continua; joendant la journée
du 12 décembre, à faire traverser ses hommes à Fredericksburg et au-dessus, sans opposition matérielle.
Notre artillerie ne pouvait être efficacement emploj'ée qu'aux moments où de rares éclaircies permettaient d'apercevoir les colonnes ennemies. Les batteries fédérales des collines Htaflord canonnaient par intervalles notre position. Le corps de Longstreet formait notri.' gauche, avec la division Anderson s'a})puyant sur la rivière. La division Ransom soutenait les batteries des collines Marye et Willis. au jjied desquelles la brigade Cobb, de la division Mac Laws et le •24me Caroline du Nord, de la division Ransom étaient postés, protégés par un mui'. L'aitilierie louisianaise Washington, sous le colonel Walton, occupait les redoutes construites sur le plateau de la colline Marye; celles des hauteurs avoisinantes, à la droite et à la gauche, étaient gardées par une partie de l'aitillérie do réserve, le bataillon du colonel E. P. Alexander et les batteries des divisions Anderson, Mac Laws et Ransom. A. P. Hill, du corps de Jackson, était posté entre l'extrême droite de Longstreet et la traverse Hamilton sur le chemin de fer, sa première ligne formée des brigades Pender, Lane et Archer occupait la crête d'un bois. Le lieutenant-coh)nel Walker, avec quatorze pièces d'artillerie et appuyé de deux régiments virginiens était placé près de la droite. Les divisions Early et Taliaferro composaient la ligne de Jackson, la division D. H. Hill, sa réserve. Le général Stuart, avec deux brigades de cavalerie et son artillerie montée, tenait la plaine s'é tendant jusqu'à la rivière Massaponax, à la droite de Jackson.
Dans la matinée du 13, la plaine où l'armée fédérale se trouvait était couverte d'une brume é2)aisse qui empêchait de distinguer ses mouvements. Au point du jour, les batteries fédérales de la colline Staffoid ouvraient le feu sur les positions de Longstreet. Dans les intervalles de la canonnade, les divers bruits d'une armée en marche et les commandements des officiers indiquaient les différents mouvements des troupes fédérales cachées par la brume. A notre droite, la fusillade s'engagea bientôt entre les piquets; sur toute la ligne, nos hommes attendaient le commencement de l'action avec une anxiété fiévreuse. Quelques minutes après neuf heures, le soleil se leva et dissipa la couche de brume qui voilait les mouvements de l'armée, maintenant formée en bataille.
De fortes masses de troupes parurent sur le front de A. P. Hill, se déploj'ant à une certaine distance de la rivière dans la direction de Fredericksburg. Au moment où elles s'avançaient, le major Pelham, commandant une section de l'artillerie montée de Stuart, stationné près du chemin de Port Boyal, ouvrit sur la colonne un feu d'enfilade, vif et bien dirigé, qui ralentit bientôt si marche. Quatre batteries se tournèrent immédiatament sur lui et il soutint cette lutte inégale, pendant une heure et demie, avec un courage qui lui fit une des plus brillantes réputations qu'un officier ait acquise pendant la guerre. Trente canons fédéraux esayaient en vain de réduire sa batterie au silence; le jeune
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
ai-lilleur, — âgé seulement de vingt-deux ans, — résista avec une vivacité et un courage qui le rendirent le héros de cette période de la b*ataille.
Pendant ce temps, l'ennemi étendait sa gauche au Las du chemin de Port Royal, et ses nombreuses batteries ouvraient vigoureusement le feu sur la ligne de Jackson, N'obtenant aucune réponse, son infanterie s'avança dans le but d'enlever la position du lieutenant-colonel Walker. Ce dernier, après s'êti-e abstenu de tirer jusqu'au moment où l'ennemi fat arrivé à un tiers de mille de sa ligne, ouvrit alors le feu sur lui avec tant de viu-ucm- que la ligne fédérale se rompit bientôt et retraita dans la })lus grande confusion.
Veis une heure do l'après-midi, la principale attaque sur la droite commença par une furieuse canonnade, à l'abri de laquelle trois lignes compactes d'infanterie fédérale s'avanceront contre le front de Hill. Nos batteries les reçurent avec la même vigueur que la première fois, et leur élan fut momeutaiiément arrêté, mais se remettant bientôt en marche, elles poussèrent jusqu'à })ortéé de notre infanterie. Le combat devint achainé et sanglant. Une fois, l'ennemi réussit à briser la ligue confédérée en tournant la gauche d'Archer et la droite de Lane. Mais des renfort^s arrivèrent ra[>idenient de la seconde ligne de Jackson et annulèrent ce oMiinjcncenient de triumphe de l'ennemi. Après un combat sanglant, l'ennemi fut mis en déroute et rejeté dans les bois, malgré les grands rcniorts qu'il avait reçus. Il fut poursuivi jusqu'au talus du chemin de fer. Là, les brigades de Hoke et d'Atkinson le chargèrent bravement à leur tour et le re2)oussèrent encore jus(|u'à ses batteries. La défaite de l'ennemi sur notre aile droite était maintenant décisive et l'attaque ne fut pas renouvelée; ses batteiies, cependant, continuèrent par intervalles un feu assez vif et quelques tirailleurs escarmouchèrent le Ion"' de son front de bataille
pendant le reste de l'après-midi.
nade et continua à s'avancer avec détermination. A plusieurs reprises, ses rangs furent brisés, mais il se reformait constament et parvint enfin jusqu'à trois cents pieds de la base de la colline. Au même moment, notre infanterie les a,ttaqua subitement et d'une manière si rapide et si effective que bientôt la marche des colonnes d'attaque fut arrêtée par les cadavres qui s'accumulaient sur le front de sa première ligne. Les Fédéraux s'arrêtèrent; profitant de ce moment d'hésitation et du désordre qui commençait à se manifester dans son front de bataille, nos hommes, placés dans les retranchements des fossés à tirailleurs, partout enfin, redoublèrent d'élan et écrasèrent les Fédéraux. C'en était trop pour eux. Six tentatives successives ou plutôt six attaques folles et frénétiques furent faites sur notre position presque invulnérable, mais sans succès, maigre un courage digne d'une meilleure cause et d'iuie meilleure direction. Au lieu d'une bataille régulière, ce n'était plus maintenant qu'un immense carnage d'êtres humains. En vain Sumner poussa en avant French, Hancock et Howard; chaque division fut repoussée avec une perte terrible. La brigade irlandaise s'avança ensuite impétueusement et vint se briser presqu'au pied des canons confédérés; presque tout son effectif fut inutilement sacrifié, et le général Burnside, placé sur les collines à deux milles de la rivière, put voir la défaite successives de chacune de ses colonnes d'assaut. Quand la nuit vint, les masses désorganisées de l'onriemi étaient retirées dans la ville et le champ de bataille couvert de tués et dç blessés.
Burnside se trouvait maintenant réduit à une effrayante extrémité. Son armée déciujée errait dans les rues de Fredericksburg ; la rivière, il est vi'ai, était traversée par ses propres pontons, mais il lui aurait été impossible d'en profiter sous la pression d'une attaque rigoureuse. Cette fois on crut à Richmond' que le temps était enfin venu où on
Tandis que ces diverses péripéties de la grande bataille se recueillerait les fruits d'une grande victoire confédérée, et
succédaient sur notre droite, l'ennemi lançait ses formidables colonnes sur la gauche de notre ligne. Plusieurs assauts désespérés eurent lieu et tout l'intérêt de la journée se concentra bientôt sur ce point. Des divisions fraîches venaient de traverser le Rappahannock et le gros de l'armée de Burnside était maintenant concentré sur le front de la forte position de Longstreet. De puissantes colonnes d'attaque furent formées sous le feu écrasant des batteries confédérées et s'élancèrent sur les collines Marye et Willis. Toutes les batteries ennemies des collines Stafford dirigèrent leur feu sur les positions occupées par l'artillerie confédérée dans le but de réduire nos pièces au silence et de protéger l'attaque des colonnes d'infanterie fédérale.
Notre artillerie ne riposta pas à cette furieuse canonnade. Mais quand les colonnes d'infanterie se furent avancées sur sa position, — une sur la pente de la colline Marye et une sur chaque flanc, — l'artillerie Washington conunença à jouer rapidement et à jeter le désordre dans leurs masses épaisses. Néanmoins, l'ennemi ne faillit pas sous cette terrible canon-
où on en poursuivrait les résultats; le public attendait avec impatience qu'on lui apportât la nouvelle que Lee avait repris l'oftensive et écrasé ^es restes de l'armée ennemie maintenant à sa merci. Le Nord craignait qu'il n'en fut ainsi. Une journée pouvait décider du sort des débris, encore formidables, de l'armée de Burnside; ils devaient capituler ou se rendre. Un tel événement eut donné un nouvel aspect à la guerre jusqu'alors signalée par des faits d'armes san^ glants, mais infructueux. A Richmond, on espérait anxieu sèment que ce coup fatal et décisif serait porté. Mais ces justes espérances furent bientôt anéanties par l'étonnante nouvelle que deux jours s'étaient passés sans que Lee recommençât l'action ; qu"à la nuit suivante, Burnside avait traversé la rivière sans la moindre opposition et que la grande armée fédérale, que l'on croyait déjà vouée à une destruction inévitable, se réorganisait tranquillement et en parfaite sécui'ité sur la rive nord du Rappahannock !
Plusieurs raisons ont été données pour excuser la faute que le général Lee fit en ne prenant pas ensuite l'offensive
et en négligeant de recueillir les fruits de la victoire qu'il venait de remporter. Ces excuses ont leur origine réelle dans 1 a générosité de ses amis et de ses admirateurs, car le général Lee lui-même, en dépit des efforts de ceux-ci pour pallier cette fiiute, et insensible aux offres d'atténuation tliites à lui par ses flatteurs, confessa noblement et honnêtement son erreur. Dans son rapport ofiieiel, il dit : " L'attaque de 13 a été si aisément repoussée par une si faible partie de notre armée qu'il n'était ^tas à supposer (|ue l'ennemi bornerait là ses efforts qui, en proportion de la grandeur de ses préparatifs et du nombre de ses troupes, pouvaient être considérés comme insignifiants. Croyant, en conséquence, qu'il nous attaquerait de nouveau, je ne crus pas devoir, par une attaque sur les Fédéraux, })erdre les avan • tages que nous offraient nos positions et exposer nos trou- .pes au feu de leurs batteries inaccessibles postées sur l'autre côté de la rivière. Nous étions nécessairement dans l'ignorance au sujet des pertes que l'ennemi avait éprouvées et nous n'en fûmes assurés que dans la matinée du 16, quand nous découvrîmes qu'il s'était dérobé à la faveur de la nuit et avait repassé la rivière pendant un violent orage."
La bataille de Fredericksburg présente ruie disproportion de pertes très remarquable entre les deux armées qui l'avaient livrée. A en juger par les listes respectives des tués et des blessés, les Confédérés avaient remporté une grande victoire, achetée au prix d'une perte comi^arativement légère. Le général Burnside, dans son rapport officiel, évalua ainsi ses pertes: "Le nombre des tués est de 1.152, celui des blessés d'environ 9000, et des prisonniers 700 hommes." Quelques jours après, il écrivit: "Suivant l'assertion de notre directeur médical, le nombre total des blessés est de six à sept mille." Le général Lee rapporte officiellement que "nos pertes, pendant toute la durée des opérations, et à partir du moment où le mouvement de l'ennemi commença, se sont élevées à environ dix-huit cents tués et blessés." Parmi les tués, se trouvaient deux hommes aux noms déjà connus, les brigadiers-généraux Maxcy Gregg, de la Caroline du sud et Thomas R. R. Cobb, de la Géorgie. A part leurs mérites militaires, ces deux officiers jouissaient d'une belle réputation d'hommes politiques ; leur éloquence brillante et leurs sentiments chevaleresques avaient plus d'une fois ému les assemblées où leurs voix s'étaient fait entendre. " Le pays," écrivit le général Lee, ne se console de la perte de tels hommes, ainsi que de ceux tombés à leurs côtés, qu'à la pensée qu'un tel sacrifice assure le succès de l'inestimable cause pour laquelle ils sont morts." Ces lignes étaient écrites quand le salut du pays était le sentiment dominant dans le cœur de tout habitant de la Confédération et au moment même où Gregg prononçait, sur son lit de mort, ces paroles d'un héroïsme antique : "Dites au gouverneur de la Caroline du sud que je donne ma vie avec enthousiasme pour l'indépendance de mon E tat ! "
OrEUATIONS DANS LE