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BATAILLE DE MUR

Dans le récit antérieur des opérations militaires de l'ouest, nous avons laissé le général Bragg revenu en face de Nashville. Le gros de son armée campait à Murfreesboro, tandis que les brigades de cavalerie de Forrest et de Wagner, fortes d'environ cinq mille liommes, harassaient les derrières de Graut dans le Tennessee occidental et détruisaient les conununications par voies ferrées dans le Kentucky septentrional. La principale armée fédérale maintenant dans le Tennessee, sous le commandement de Rosencrans, se maintenait avec quelque difficulté à Nashville et sur la ligne de la rivière Cumberland. Mais les troupes de Rosencrans ne constituaient qu'une partie des forces fédérales . qui attaquaient alors les Etats occidentaux de la Confédération, car Grant-se portait de l'Ouest-Tennessee dans le Mississipi, et une force considérable détachée, et jilacee sous les ordres du général Sherman, venait d'être organisée pour une opération séparée sur Vicksburg et les points du cours inférieur du Mississipi. Les positions confédérées étaient les lignes de la rivière Tallahatchie, les lignes de chemin de fer pénétrant dans l'Etat du Mississipi et les fortifications de Vicksburg. Telle était la situation des forces opposées dans l'Ouest à la fin de 1862, quand le général Bragg se prépara à livrer bataille aux troupes de Rosencrans et à décider ainsi dans une certaine mesure du sort de TE tat du Tennessee.

La cavalerie de Bragg étant absente, Rosencrans résolut de prendre l'initiative et de s'avancer hors de ses lignes de Nashville. Il se prépara à forcer le passage de la rivière Stone, au nord de M urfreesburo. Le 26 décembre, il commença son mouvement ; Mac Cook, avec trois divisions, formant l'aile droite ; Thomas, avec deux divisions, le centre et trois autres divisions, sous Crittenden, la gauche. Le total de ses forces était officiellement évalué par Rosencrans à quarante-sep)t mille hommes, mais le général Bragg déclara que des papiers pris à l'ennemi dans la bataille qui s'en suivit, prouvaient que sa force était d'environ soixante-dix mille hommes. Les Confédérés n'avaient en ligne le matin de la bataille que moins de trente-cinq mille hommes, dont trente mille d'infanterie et d'artillerie.

L'armée confédérée était réunie à Murfreesboro et aux environs ; le corps de Polk et trois brigades de la division Breckinridge occupaient la ville. Les trois brigades de cavalerie de Wheelcr, Wharton et Pegrara protégeaient le front de notre infanterie et couvraient toutes les ;tj)[)roches de notre position jusqu'il dix milles de Nashville. Il était ainsi impossible à renncmi de faire aucnn monvuiuent sans que la nouvelle en arrivât aussitôt au quartier-général des Confédérés. Quand il fat reconnu qu'il s'avançait, Bragg se prépara à le recevoir ; une portion du corps de Hardee qui avait été détachée à Eagieville fut amenée, et le 28 décembre, les grands corps d'infanterie et d'artillerie se concentrèrent sur le front de Murfreesboro, tandis que la

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

cavalerie, soutenue par trois brigades d'infanterie et trois batteries d'artillerie, s'opposait à l'avance de l'ennemi par de constantes escarmouches et des attaques soudaines et inattendues.

Toutes les troupes ennemies étaient concentrées sur le chemin à l'ouest de la rivière Stone. Le corps de Orittenden formait la gauche de la ligne, celui de Thomas le centre, — une de ses divisions, celle de Negley, tenait la première ligne, celle de Rousseau, l'arrière, — et celui de Mac Cook, la droite. La rivière et le chemin divisaient chacune des deux armées en deux grandes ailes. Le champ de bataille était favorable à la manœuvre, — de grandes plaines ouvertes, des terrains fortement boisés de cèdres, d'autres couverts de chênes plus disséminés. La rivière Stone coulant à travers les positions des deux armées, sans offrir aucune dépression sensible. Ce cours d'eau était guéable pour l'infanterie dans presque toute son étendue, et, en certains endroits, praticable à l'artillerie. La ligne de bataille confédérée avait environ neuf milles de long. Le corps du général Polk, composé des divisions Whiters et Clieatham, formait notre aile gauche. Celui du général Hardee, formé des divisions Breckinridge et Cleburne, et avec la division Mac Cown, tenue en réserve à son flanc droit, avait pris position sur la rive orientale du Stone, sa gauche reposant sur le chemin de Nashville, sa droite s'étendant dans la direction de Lebanon.

Dans la nuit du 30 décembre, les deux armées bivouaquèrent à une petite distance l'une de l'autre ; dans de certains endroits, cette distance n'excédait pas huit cents pas, et les feux des camps pouvaient facilement être aperçus d'une armée à l'autre. Chacun des commandants se préparait à l'attaque pour le lendemain. Rosecrans avait élaboré un plan de bataille complet, mais il éprouvait quelques craintes au sujet de la position de Mac Cook, sur la droite. Le 31 décembre, à sept heures du matin, les troupes se préparèrent à l'attaque.

Mais le mouvement de l'ennemi avait été prévenu. Au lever du jour, par un temps froid et nuageux, le général Hardee avait donné l'ordre de marcher et commencé la bataille par une charge rapide et impétueuse sur la position de Mac Cook. L'ennemi fut complètement surpris : généraux et officiers d'état-major n'étaient pas encore en selle, les chevaux d'artillerie non attelés, et l'inhinterie non formée en ligne. Une des divisions de Mac Cook, après un conflit animé, mais inutile, fut, suivant les expressions mêmes de Rosecrans, " broyée en morceaux." Hardee continua à pousser l'ennemi, poursuivant pendant plusieurs milles sa carrière victorieuse au milieu des pièces abandonnées, des troupes de fugitifs et des nombreux prisonniers qui attestaient la déroute des Fédéraux. L'aile droite entière de Rosecrans fut rejetée dans un désordre complet à six milles de sa position. Pendant plusieurs heures, les changements de direction de l'écho de la canonnade retentissant au nord, et les troupes de fuyards et de déserteurs

se dirigeant sur la route de Nashville et se frayant un chemin, dans le plus grand désordre parmi les champs de cannes, convainquirent enfin Rosecrans de la vérité de ce qui lui avait déjà été rapporté : que le corps de Mac Cook était en pleine déroute. Le commandant fédéral fut remarquable par son empire sur lui-même et son sang froid. Comme les rapports sinistres se succédaient sans interruption, il se contenta de répondre : "Nous y mettrons bientôt bon ordre." Sur le rapport controuvé de la mort de Mac Cook, il dit : "Nous ne pouvons rien y faire ; tous ceux qui se battent sont exposés aux mêmes dangers, mais n'importe ! battonsnous toujours." Ces paroles fermes étaient sublimes au milieu d'un si grand désastre. Il était près de midi et Rosecrans avait son aile droite brisée ; vingt-huit pièces de canon et cinq mille prisonniers lui étaient enlevés. Mais au milieu de ces circonstances, il préparait une nouvelle disposition de ses furces ; une inspiration soudaine allait lui donner le moyen de disputer la fortune du reste de la journée.

Une nouvelle ligne de bataille fut bientôt formée. La division Rousseau fut rapidement expédiée du centre fédéral, et Crittenden reçut l'ordre d'abandonner toute idée de marche en avant, et d'envoyer, le plus rapidement possible, deux de ses trois divisions au secours de l'aile droite. Ce mouvement fut masqué par la nature boisée du terrain, couvert d'immenses forêts de cèdres. Le gros de la droite et du centre de l'armée fédérale se trouvait maintenant presque en ligne perpendiculaire à la position qu'il occupait le matin. La droite de l'aile gauche tenait l'angle de terrain élevé situé entre la barrière et la rivière. L'ennemi massa son artillerie sur ce point, et sembla jeter un défi à la fortune jusque là favorable aux Confédérés.

Voyant que l'ennemi avait concentré sur le front de Hardee des forces assez grandes pour arrêter la marche victorieuse de celui-ci, le général j3ragg envoya à Breckinridge l'ordre de poster sa division à l'aile droite pour y renforcer Polk ; mais un délai considérable eut lieu dans l'exécution de cet ordre, en raison d'une menace de marche en avant sur la gauche fédérale, et de la rumeur que des troupes fraîches arrivaient par le chemin de Lebanon. "Ces malheureuses erreurs," dit le général Bragg, " qui raisonnablement n'auraient pas dû avoir lieu sur cette partie du champ de bataille, retirèrent des opérations actives trois belles brigades jusqu'au moinsnt où l'ennemi réussit à arrêter notre marche, et lui permirent de rétablir ses lignes et de reformer un grand nombre de bataillons brisés."

Après s'être enfin assuré qu'aucun mouvement n'était fait contre notre droite, et qu'il n'y avait rien à craindre de ce côté, Breckinridge laissa deux brigades pour appuyer la batterie placée sur le côté où il se trouvait de la rivière Stone, traversa ce cours d'eau à la gauche avec le reste de ses forces, et rejoignit Polk. Mais en raison du temps que ces divers mouvements avaient nécessité, il était maintenant trop tard pour envoyer ces forces à Hardee, qui se trouvait dans l'impossibilité de pousser plus loin. Elles restèrent

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