‹ La cause perdueChapitre 39 sur 85 · T>^]SI^"'1ER-A"VI-ÏIL · texte numérisé non relu

T>^]SI^"'1ER-A"VI-ÏIL

Le» rigueurs de l'hiver avaient suspendu les opérations maritimes et de terre au commencement de JS(32. Cette cessation forcée des hostilités otîre une occasion convenable de jeter un coup d'œil sur la situation politique du pays.

Le décret d'émancipation dans le District de Columbia parut être, pendant quelque temps, la dernière mesure que la législation anti-esclavagiste ait réussi à l'aire adopter. Après sa promulgation, le président Lincoln hésita à identifier complètement son administration au parti radical, et dans tout le Nord une opposition formidable s'éleva contre les actes anti-esclavagistes que venait d'adopter le gouvernement de Washington. Il fut déclaré que de tellt»s juesures altéraient le but de la guerre en la tournant vers le i'anatisme, — que le gouvernement avait, de propos délibéré, violé la promesse contenue dans les résolutions de M. Crittenden, du Kentucky, (pii avaient été adoptées presque à l'unanimité aux deux Chambres au commencement du conflit civil, lesquelles établissaient que la guerre ne devait être faite, en aucun cas, aux institutions particulières des Etats. Le président Lincoln, comme nous l'avons déjà vu, avait été averti, dans l'été de ] 862, que le général Mac Clellan désapprouvait toute infraction aux lois de la guerre chrétienne et civilisée ; qu'il condamnait toute arrestation'faite dans les places où l'insurrection n'était pas déclarée, et n'admettait aucune confiscation de propriété particulière tant pour les besoins de l'armée que pour la punition de l'ennemi, et l'appauvrissement de son terri-

toire. La lettre de Mac Clellan lui disait, au contraire, que.le plus grand désir de son auteur était que la guerre fut faite entre les armées organisées et non contre les nc»i>combattants ; que les institutions d'Etats devaient Mmprotégées ; (pi 'on ne devait permettre aucune proclamation ayant pour objet la libération des esclaves ou l'instigation à l'insurrection servile, et par suite le massacre des blancs r qu'enfin, partout où cela serait possible, l'autorité militaii^ devait être subordonnée à l'autorité civile et le maintien de la Constitution considéré le seul guide et le seul but (le l'iiéroïque sacrifice des combattants.

II est digne de remarque que le président Lincoln, pendant l'été de J S62, ne donna aucune preuve distincte ou évidente de sa désapprobation de ces vues de Mac Clellan. Son attitude à propos de l'esclavage, à cette époque, était marquée par un esprit de conciliation entre les deux grands, partis du Nord. Il essaya maladroitement d'un compromis, en proposant son plan d'émancipation avec compensation aux propriétaires d'esclaves; le caractère excessivenient visionnaire et impraticable de cette mesure l'annula bientôt virtuellement dans l'esprit public. Les hommes de tous les partis virent au premier abord qu'un tel plan occasiann-erait un tel désordre dans les finances de l'Etat, qu'il deviendrait entièrement impossible de faire face plus longtemps aux dépenses de la guerre. Au taux de trois cents dollars par tète, la libération de tous les esclaves des Etats insurgés exigerait 1,04-9, -508, 000 dollars, et en ajoutant à

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES

ce chifFre celui do lu compoiisution à doimci' [>our les e.s- ; vue malériel, éclairer mes convictions autant que possible,

claves des Etats frontières, ■ l'émancipation coûterait un ; et adopter ce cpii nie parait juste et droit.

total de 1,18-5,840,300 dollars. Les contriî)ii;i))les ne sel "C'est un sujet difficile et sur Icrpiel les hommes droits

sentaient aucune disposition à supporter une telle dépense en addition à celles déjà énormes de la taxe de guerre ; le plan d'émancipation ne fut donc pas poursuivi, et tout se borna à un simple dépouillement de voix au Congi'ès. Les Chambres adoptèrent une résolution déclarant que "les Etats-Unis devaient aider tout Etat qui consentirait à adopter l'abolition graduelle de l'esclavage, donner leur appui pécuniaire à cet Etat, qui pourrait employer cette allocation à sa discrétion pour compenser les pertu.rbations publiques et particulières qu'un tel changement de s}'srénic pourrait occasionnel'." Conformémcirt à cette résoluiion, le président Ijincoln ti'arisuiit au Congrès le plan d'un projet de loi conçu en ce sens; ce h'ill fut remis à un comité spécial, mais rien no fut décidé et aucun des Etats fi-ontières ne répondit <à l'invitation du Président de prendre l'initiative de cette mesure, et d'essayer ainsi de l'efficacité de la rfmlviion adoptée par le Congrès.

Mais quoique ce plan d'émancipation avec compensation fût visionnaire et impraticable, il est possible qu'il fut émis que poui' servir à quel'iues visées secrètes do Mr. Lincoln et pour tâtcr l'opinion publique des deux sections du ])ays en ])iéparant le chemin à une mesure^ j)lus vigoureuse au sujet de l'esclavage. Le moment était venu oVi il fallait opter entre l'élément consei'vateur et l'élément radical et résoudre une question que les sentiments publics demandaient instamment, en éloignant toute idée de coîupromis. Le L5 septembre 1862, une députation de Chicago lui présenta un mémoire le requérant de lancer immédiatement une proclamation d'émancipation. M. Ijincoln y répondit par un discours long et confus que les journaux du Nord représentèrent comme une ré[)lique caractéristique et intéressante.

En voici le texte :

"Le sujet traité par votre pétition a été })0ur moi une soui'ce de réHexions pendant bien des semaines, je puis pourrions-nous faire ? Comment nouri-ir et })rendre soin

ne sont pas d'accord. L'autre jour, par exemple, quatre gentlemen posés et intelligents, de New York, sont venus me voir en délégation à jn'opos d'affaires relatives à la guerre, mais avant de s'(m aller, deux d'entre eux m'ont vivement conseillé de proclamer une émancipation générale, et la dessus, les deux autres membres de la délégation les ont combattu. Yous savez aussi qu'à la dernière session du Congrès, les représentants anti-esclavagistes se trouvaient en majorité bien décidée et cep>endant ils n'ont ])as pu se uiettre d'accord sur la politique^ à suivre. Et la même chose existe au point de vue religieux de la question. Les soldats rebtdies, j'en ai peui-, ipi'ient Dieu avec beaucoup plus de ferveui' (pie les nôtres, et ils le conjurent de favoiiser leur cause, car un de nos soldats, ipii a été ])iisoimier chez eux, a dit il y a quehpies jours au sénateur Wilson, (pi'il n'avait jamais rien vu de si décourageant que la. sincérité des prières de ceux qui le retenaient en captivité. Mais nous pouvons discuter, en un tel cas, les mérites respectifs de chacun.

"Quel bien ])eut fiiie une pi-oclamation d'émancipation émanant de nioi, et spécialement dans la position où nous sonunes maintenant? Je n'ai pas besoin de jiroduire un documiMit que i(^ monde entier saura inutile et inefficace, comme la bulle du Pape contre la comète ! Ma pai'ole libèrera-t-elle les esclaves, <pi:ind je ne puis pas mettre la Constitution en viiïueur dans les Etats rebelles ? Est-il une seule Coui' d(.^ Justice, un seul magistrat, ou un seul individu qui se sentira influencé })ai' elle dans ces Etats .^^ Et quelle raison a-t-on de penser qu'elle aurait sur les esclaves rm effet plus grand que la dernière loi du Congrès, approuvée [lar moi, offrant protection et liberté aux esclaves des maîtres rebelles venant dans nos lignes? Et cependant, je n'ai pas appris que cette loi ait décidé un seul esclave à venir à nous. Suiq)osez, d'ailleurs, que ces esclaves, séduits par la ]n"OGlamation qua je lancerais, vinssent à nous, qu'en

même dire pendant des mois. Je suis environné des opinions et des avis les plus contraires, éuîis par des hommes reli-

d'une telle multitiule ? Le général Butler m'a écrit, il y a quelques jours, qu'il avait donné })lus de rations aux esclaves,

gieux qui sont tous également certains qu'ils agissent selon jqui sont accourus vei's lui qu'à toutes les trou^jes blanches la volonté divine. Je suis sûr que les uns ou les autres se | de son commandement. Ils mani;-cnt et voilà tout." trompent en cela, et peut-être les deux partis sont-ils dans Telles étaient les vues de M. Lincoln au sujet de l'émanl'erreur. Je crois qu'il n'est pas trop irrévérencieux de ma cipation des esclaves le 1.5 septembi-e 1SG3; cette date est

part de dire que, si Dieu devait lévéler sa volonté aux hommes, sur \n\ sujet si élruitement lié à ma position et à mes devoirs, il est à sui)})osei' Cj^u'il s'adresserait directement à moi. Ou je me troni])e moi-même grandement, ou mon plus sincère désir est de connaître la volonté de la Providence à ce sujet. Et si je pouvais la connaître, je la mettrais à exécution ! Mais nous ne sommes })lus au temps des miracles, et je ci'ois que je ne puis m'attendre à aucune espèce de révélation.- Je dois donc étudier les faits au point de

significative. La guerre avait })ris une tournure défavorable aux Fédéi'aux : les Confédérés avaient pénétré dans les Etats du Nord, et menaçaient, à cette éj)oque, la ville de Washington, — et cluupie fois (]ue la foilune paraissait se déclarer cuntic ses armes, le gouvernement du Nord avait mis une promptitude singulière à t-e ranger du côté des modérés et à arrêter les progrès du radicalisme. Ce n'était certainement pas le moment de s'occu[)er des institutions domestiques des Etats du Sud quand les Confédérés mena-

çaient rexistouco même du gouvememeiit de Washington, iiistos se trouvaient en grand nombre au Sud; qu'ils acmais ce fut piéciî^ément à cette é])oque que la bataille de^ cueilleraient avec joie les soldats fédéraux comme leurs Sharpsburg fut livrée; la ivWQ de la fortune avait changé, libérateurs,"' et maintenant les envahisseurs avaient si peu Le 23 septembre 1862, le président Lincoln jeta e;;liu le de foi dans le succès de leur tâciie, (pi'ils déclaraient qu'il masque, et lança une proclamation préliminaire d'émanci- \y avait " nécessité militaire" d'obtenir l'aide des esclaves, pation. En voici le plus important point : ! Si, d'un autre côté, cette proclamation n'était lancée qu'en

'• I>3 pivmler jour de janvier de l'iuméc do Notre S^'ignoar m 1 huit cent soixante-trois, to'ites les pei'.soiine,-! i>-arlce.-^ conuno e.^i-Iavos dm^ tout Ktat ou toute partie d'Ktat désigné, dont l' peupl' e4 eu r.'l)o:iioo eontie Tauttirite des Ktats-Unis. seront dorénavant et à jamais libre; ; et le OouverniUKut i''..\ccutirdes l":iats-l'iiis. y compris les autorites militaires et mai itimes du dit gouvernement, reeonn;iUront et m.iinlienJront la liberté des dites personnes, et ne C-ront aucun actoiionr reprinii-r ces personnes, ou une de ces jjersor.nes, dans les (iïorts (prelles feront ou (| Teie tl-ra pour obtenir cette lilieite.

'' [,e Poavn'r Kxeentir, le preniii^r j lurde jmvier susdit, désignera, par une |iro(l;iinati()n, !es Ktats ou les j arlies d'I^t.il, s'il en e>t, dont les populations respectives seront alors en n-belion contre !■ s Kta,ts-Unis ; le fait qu'un l'Aat, ou que le i)euple d'un ]''.taf sera, au susdit jour, re])réseuté de Ij aine foi au Congrès des Ktats-Unis pu- des représentants choisis dans des élections où e,ne majorité des votants qualifies de tt-l Etat aura participé, sera, à moins de téinoig 'ai,>-os évident- du contraire, considéré comme établissant (jtie le dit Ktal. alini (luo le peuple de (;et l'itat, n(^ sont pa-; en rébel ion contre les l^tals I^nis "

Le 1er janvier JS63, la proclamation annoncée fut lancée ; elle désignait les Etats dans lesquels elle devait être mise immédiatement à exécution ; les cent jours accordés étant écoulés depuis la proclamation préliminaii'e.

Ainsi fut consommé le triomphe du parti abolitioniste. Le but de la i^uene faite à l'institution servile du Sud se trouva enfin fixé d'une manière définitive. Le dessein de dérober au peuple du Sud iuk^ propi'iété d'une valeur de deux mille millions de dollars int ouvertement avoué II est vrai que cette proclamation ne fut pour le moment suivie d"aucun effet, et qu'el'c n'avait pas plus de valeur que le papier sin- lequel cette audacieuse iniquité était écrite; mais elle était l'aveu d'un principe, la déclaration d'une volonté et la tentative délibérée, de la part du premier magistrat d'inie nation, de mettre à exécution ce qui répugnait à toute ei\'ilisatioiJ, à toute morale. Le caractère philanthropique que l'on voulut donner à cette émancipation était faux et absurde. ()n ne pouvait interpréter cette mesure que comme un acte de nuilice envers les maîtres plutôt qu'un acte de miséricorde envers l'esclave. Un crime avait été accom})]i au nom de la liberté et de l'humanité, et des prétextes hypocrites furent donnés pour pallier cette action injuste et cette cruelle persécution qui envenima au plus haut point l'animosité entre les belligérants, déjà si exaltés.

Cette nouvelle mesine fut adoptée sous le prétexte de vi'reHHJtf. militanc ; elle déshonora le Nord par la fausseté de cette assertion, et le mit honteusement en contradiction avec lui-même. On avait hautement proclamé, à plusieurs reprises, (jue "la rébellion était malade (.s?V), qu'elle serait étoufîée dans les soixante jours," et que " les unio-

raison de " nécessité militaire," il était évident qu'elle ne devait avoir effet que pendant la durée de la guerre et limitée à la seule fin temporaire pour laquelle elle avait été écrite. Au fond, cette mesure était toute politique et • non militaire, et l'émancipation n'était pas un acte nécessité par les péripéties de la guerre, mais un triomphe du fanatisme abolitioniste, obtenu par un prétexte mensonger. Nous verrons plus tard comment cette législation antiesclavagiste fut encore amplifiée et élargie par l'établissement des " Bureaux des Affranchis," créés dans le but de régir toutes les questions relatives aux aflfah-es des Afri- " cains, et ensuite, par un amendement apporté à la Constitution, qui scellait à jamais le tombeau de l'esclavage, eu donnant à l'émancipation le caractère d'une réforme constitutionnelle et confirmant ainsi son but originel.

La proclamation d'émancipation produisit un effet bien marqué sur l'espi-it du peuple du Sud. Elle donna une nouvelle vigueur à la détermination de la défense et anima les Confédérés à faire une résistance désespérée. Dans un message envoyé au Congrès de Richmond le 12 janvier 1863, le président Davis dit : " Cette proclamation aura un effet salutaire en calmant les craintes de ceux qui avaient entret3nu l'opinion que la guerre pourrait finir par la reconstruction de l'ancienne Union, ou le renotivellement de quelque étroite relation politique avec les Etats-Unis. Ces craintes n'ont jamais été partagées par moi, et je n'ai jamais pu savoir sur quelles bases elles reposaient. Mais la proclamation d'émancipation nous garantit pleinement aujourd'hui de l'impossibilité d'un tel résultat. Elle a établi un état de choses qui ne peut conduire qu'à une de ces trois conséquences: l'extermination des esclaves, l'expulsion de toute la population blanche de la Confédération, ou la séparation absolue des Etats du Sud de ceux du Nord." Toute la presse approuva les sentiments du Président. Il fut déclaré que cet outrage, fait sous la forme d'une émancipation forcée, éveillerait chez le peuple du Sud un sentiment de résistance plus profond que jamais ; que cette proclamation avait détruit chez lui tout ce qui restait de vénération et de respect envers le gouvernement des Etats- Unis; qu'elle resserrerait les liens qui unissaient déjà les divers éléments constituant la Confédération, et qu'elle amènerait chacun à soutenir la cause nationale, qui devenait ainsi celle des intérêts particuliers de tous, en sacrifiant son dernier dollar et la dernière goutte de son sang à la résistance commune.

Au Nord, la proclamation eut pour elfet d'affermir le parti de l'opposition, et ce fut sans doute l'annonce pvéfi-

HISTOIRE DE LA GUERKE DES CONFEDERES

minaire de l'émancipation, faite le 22 septembre, qni fut le principal élément de succès du parti démocratique dans les élections de la fin de iSG2. Les progrès de ce parti donnèrent à réfléchir aux autorités de Wasliinoton. Au lieu de la minorité de 107,000 voix de 1862, l'Etat de New- York lui donnait maintenant sa majorité. Les candidats démocratiques enlevèrent la métropole de cet Etat par une majorité de 31,000, — soit un revirement de 48,000 voix en leur faveur dans les douze derniers mois. Dans les grands Etats de New Jersey, New York, Pennsylvanie, Ohio, Indiana et Illinois, le i-ésultat des élections populaires fut un désaveu plus ou moins énergique aux plans d'une administration qui occupait le pouvoir du Gouvernement pour le faire servir à ses fins despotiques et partiales. Mais la signification de ces retours électoraux allait audelà d'une simple désapprobation de l'acte d'émancipation. Une grande partie du peuple du Nord se prononçait contre tout l'ensemble de la politique de l'administration de M. Lincoln. Elle condamnait ces reliques des pires temps de la tyrannie française, caractérisée par les fameuses lettres de cachet ; elle élevait la voix contre les arrestations iUigales; elle se plaignait de l'exiguité des succès obtenus par la politique militante et du désappointement de la grande masse du peuple à cet égard, et, tout en protestant contre l'édit d'émancipation, elle rappelait à M. Seward la déclaration qu'il avait ftiite le 10 mars 1802, à M. Adams, à Londres: — "qu'une telle mesure ranimerait l'insurrection déjà mourante dans toutes les parties du Sud."

Le 15 décembre 1862, M. Cox, représentant démocrate de l'Ohio, exposa dans un discours prononcé à la Cliambre des Représentants la condition du Nord, et en parlant do l'administration do M. Lincoln, dénonça une série de faits, que l'on peut regarder comme la déclaration des vues et des principes de son parti. Il rappela que la guerre coûtait alors, par jour, au peuple du Noi'd 1,000,000 de dollars qui ne pouvaient être rcm})lacés : que tout ce qui avait été dépensé jusque là était, selon les lois de l'économie politique, une perte pour ceux qui avaient fourni cette somme, en la considérant comme une simple transaction pécuniaire, sans envisager les résultats concluants et moraux. 11 déclara que depuis que l'administration de M. Lincoln régissait le pays, celui-ci avait perdu, à part les dettes et les taxes du Gouvernement et dos Etats, et au seul point de vue matériel, au moins trois cents millions par la destruction des propriétés, l'intervention dans les exploitations connnci'ciales établies, l'augmentation des salaii'cs, la destruction des chen.vlns de fer, dépôts, produits, maïs, blé, firiue, coton, foin, récolte. etc., etc. 11 insista sur le fait que le gouvernement avait inayguré un système injuste de répartition des taxes, en frappant les Etats de l'Ouest de loiu'ds impots, au bénéfice des Etats manuf\rcturiors de la Nouvelle- Angleterre, et versé indirectement soixante millions dans les coffres du Tiésor et des centaines de millions dans les poches des spéculateurs,

au dépens des consommateurs, la plnpiart ferraiurs de l'Ouest. Il se plaignit du système existant de taxation éternelle, coûtiuit poui' fi'jiis de collection quatre millions, qui auraient jui être épargnés, qui piélevait en un an une sonune de l')0,000,000 de dollars pour les intérêts seuls de la grande dette nationale, et qui nécessitait toute une armée de nouveaux emjjloyés, aux safiii'es exorbitants. Il constata qu'en six cent cimpiante et un jours, un })arti avait réussi, par sa législition et ses proclamations, à anéantir un système de travail exisUuit dans onze Etats, et représenté par quatre millions de nègres, dont l'industrie avait produit, jusqu'au 4 mars 18GI, une sonune de deux millions de dollars, en estimant la pioduction individuelle de chacun à .500 dollars. Il prédit, qu'une f )!s cette source de travail anéantie, les noirs affranchis })ar cette fausse philanthropie resteraient, au Nord comme au Sud, comme une [topulation d'êtres imprévoyants et dép,ourvus de virilité, et qu'il faudrait pourvoir à leurs besoins au moyen d'une taxe, qui serait nécessairement pa'esque aussi lourde que la taxe de guerre, avant que la condition de ces affranchis soit de nouveau fixée d'une manière stable et satisfaisante. Il conclut en établissant d'une manière sommaire et positive que pendant les six cent cinquante et un jours qui s'étaient écoulés depuis ravénemeut de l'administration actuelle, les droits de liberté personnelKi, la liberté de la presse et de la parole, celle de jugement avant a[)plication préventive de la peine, et le droit d'habca-^ corpus avaient été suspendus et limités, et, en certains cas, annulés, et qu'au lieu de la résurrection sociale et de la libéiation de quatre millions de noirs, le Nord se trouvait maintenant en présence de la destruction des libertés dont la race anglo-saxinme jouissait depuis huit siècles.

Les triomphes du parti démocratique avaient été obtenus dans les Etats les plus puissants et les plus populeux du Nord. Ceux de ces Etats où ce parti avait remporté la victoire dans les élections de fin 1862 })ossédaient les deux tiers de la richesse totale du Nord et avaient fourai la plus grande [)artie des trouj)es condjatlant conti'o nous. Cette démonstration importante et imposante de l'opùnion publique, au Nord fut interprétée par le parti républicain comme un projet démocratique de " reconstruction," au moyen duquel les Etats du Sud seraient ramenés dans l'Union avec de nouvelles gai-antics constitutionnelles. Mais si cette idée fut jamais entretenue par le parti démocratique du Nord, elle ne put qu'être complètement abattue par l'opposition violente et formelle une la Confédération entière faisait à une nouvelle imion, p,ar la voix unanime de l'opinion publique et de la presse. Cette dernière repoussa désespôrémeut et formellement toute idée de " reconstruction." 1/ Examiner de Richmoiid dit, en parlant du peuple du Nord : "Une comprend pas que nous sommes résolus à être séparés de lui à jamais et déterminés à mourir plutôt que de vivre avec lui dans la même communauté politique." Ijoliiclimond Dis2)cdch([éc]arfi ; "Nous conseillons aux démocrates et aux

im

conservateurs dn Nord d'ôtcr do lenv os})rit ccito misénible illusion qui leur lait dire (jno le t^ud peut encore rentrer dans l'ancienne Union quelles (|ue soient les condilions à lui offertes. Qnnnd même le Nord voudrait nous permettre d'écrire nous-mÎMnes la nouvelle Constitution et nous donnerait les garanties que nous demanderions, nous préférerions nous mettre sous l'autoiité du gouveincment de la Grande- Bretagne ou de la Fnmce ])lntût que sous celle d'une Union avec ceux-là mêmes (jui ont si souvent montré leur mauvaise foi et (jui sont les êtres les plus barbares, les })lus

éliontés, les })lus traîtres de l'humanité Mais qu'ils

n'espèrent pas (pie nous nous dégraderons, et que nous déshonorerons les tombeaux de nos soldats, en nous alliant de nouveau avec ceux dont les mains ont f;iit verser- tant do lannes et tant do sang au' Sud." Les chefs et lus hommes })olitiques de la. Confédération ne se laissaient pas distancer par la ])resse eu condamn;uit énergi(iuement toute idée de réunion avec le Nord. Alexandre II. Stephens, vice-président de la Coniédéralion, lit dans la Caroline du Nord un discours (jiii contrasta étrangement avec les actes ultérieurs de ce personuiigi'. " Quant à la rec(Uistruction," dit-il, "une telle chose est inij)ossil)le, — une telle idée ne deit pas être envisagée un seul instant. La reconstructiun ne terniinerait pas la guerre, nmis en ferait naitie une autre })lus terrible que celle que nous avons aujourd'hui. L'A seule condition à ]a(|uelle nous obtiendrons une paix permanente avec le Nord, sera la séparation complète et finale. Plutôt que de céder sur ce })oint, résolvons-nous à mourir comme des hommes dii'-nes dt^ la liberté."

Il i)araissait, en l'éalité, (pie le peuide du Sud avait tout à fait pris son parti de la guerre, qu'il était préi:)arô à sonôVir toutes les cedamités qu'elle devait entraîner et qu'il ne consentirait jamais, sous aucune condition, à renouveler une association politique avec un peuple qui avait envahi sou territoire et s'était rendu cou})able d'atrocités dont l'humanité civilisée rougissait.

Ol'Ï^KATIOXS j\riLITAlRF,S AU COMMKNCEMEKT DK 1863.

Avant d'entrer dans le récit de la grande cam2:>agne de 1863, qui fut inaugurée au commencement du printemps, il convient de donner un compte-rendu sommaire.de quelques opérations d'importance secondaire qui eurent lieu dans la première partie de l'année. Les fortes pluies de l'hiver et du printemi)s emi)èohaient tout mouvement considérable dans l'intérieur, tandis (|Uo c'était principalement pendant cette saison de l'année (|ue l'ennemi organisait ses expéditions amphibies sur les côtes mai'itimes delà Confédération ou dans les cours d'e.i.u intérieurs. Les événements les plus importants de la ])ériode qui pivcéda'la grande camjiagne de 1863 furent la repiise de Gai veston par les Confédérés, les tentatives faites ])ar l'ennemi sur la j)osition d(^ Viclcsburg, quelques autres o]iérati(uis dans les eaux du Mississippi, et l'échec éprouvé par la flotte fédérale devant Charleston.

L'ensemble de ces di\'ers événements était tout à l'avantage des Confédérés et ces succès ouvraient sous d'heureux auspices les grandes opérations de l'armée.

Le général Magruder, placé a.u commandement des forces confédérées dans le Texas^ avait trouvé, en arrivant à son poste, les })orts de la côte en ])OSsession. de l'ennemi depuis la rivière Sabine jusqu'à Corpus Christi, et la ligne du Eio Grande virtuellement abandonnée. Il résolut de faire tout ce qu'il était p,ossible pour reprendre possession des ports et d'occuper la vallée du Rio Grande en force. Le premier pas à faire dans cette voie était l'expulsion des navires ennemisdu port de Galveston et la reprise de cette ville. Ayant réuni toute sou artillerie transportable dans les environs de la ville, il se retrancha en force dans les travaux érigés en face de l'île sur laquelle Galveston est bâtie et commandant le pont du chemin de fer (|ui fait comniuniquer la ville avec le continent. Deux steamers, le Bayoït ClLy et le Neptune, furent armés et gréés en canonnières, des balles de coton fil-' rent placées aux endroits vulnérables, de manière à leur permettre de braver les boulets. Liî, flotte ennemie alors stationnée dans le })ort de Charleston ^-e coiuposait du liarrlct Laui', cajùtaine Wainwiight, quatre forts canons et deux obusiers de 24 livres, du Wcdjfchl, })ortant le pavillon du conunodoi'e Renshaw, commandant de la flotte, navire à hélice, port;tnt huit canons de fort calibre, de VOioasco, semblable au Wesfjidd, portant Irait c;i.nons de la même force, du Cli/ton, à hélice, quatre fortes pièces, du Sach'em, . même construction et même armement, de deux transports armés, de deux grandes barques, et d'une goélette armée.

Les forces de terre de l'ennemi, — quelques centaines d'hommes, — étaient postées à l'extrémité d'un quai d'une grande longueui', dansde grandes maisonset sous la protection immédiate des canons de la flotte. Les approches de cette position, par voie de terre étaient obstruées par deux lignes de fortes barricades et les communications avec la rive étaient détruites. Les troupes qui devaient prendre cette position avaient donc à traverser un endroit couvert d'eau et ensuite monter à l'assaut par des échelles qu'ils devaient placer à l'extrémité du quai.

Il fut décidé par le général Magruder qu'une attaque aurait lieu, par tei-re et [)ar e.au,.le 1er janvier 1863, avant le lever du soleil. La coopération des bateaux blindés de coton et des forces no terf(; était difficile à réaliser, la distance que les premiei's avaient à parcourir étant de trente milles. L'attaque fut commencée par nos batteries de terre, un peu après minuit. T^a lune était voilée, mais la clarté des étoiles permettait d'apercevoir les vaisseaux fédéraux. Le général Magruder, à la tète du centre diï la colonne d'assaut, s'approcha jusqu'à environ trois cents j)asdu(piai, où les trou- . pes fédérales étaient stationnées. La formidable escadre ennemie se trouvait dans la baie, dans un layon d'un quart de mille de la rive. T/artillerie confédérée ouvrit le feu sur elle en même temjis que Magruder conduisait sa colonne d'attaque ; ses hommes avaient à parcourir iin espace snbrs

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

mergé et portaient des échelles pour grimper à l'extrémité du quai oi\ l'ennemi se tenait stationné. Un engagement extrêmement vif eut lieu ; le point où se trouvaient les Confédérés étani exposé aux bombes et à la mitraill« de l'ennemi, ils furent obligés de chercher un refuge dans les maisons avoisinant le quai.

A mesure que la matinée s'avançait, le feu continuait avec vivacité. Les bateaux blindés dp coton, si longtemps attendus, descendirent dans le port et attaquèrent le Harrictt Lanc, le plus proche des navires ennemis. Cette attaque fut bravement faite ; nos bateaux s'avancèrent sur le navire fédéral, un de chaque côté, et balayèrent son pont par une fusillade continue. Le brave capitaine Wainwright, du Harrictt Lanc, se défendit admirablement; a3''ant réussi à mettre le NciHunc hors de service, il s'élança sur le Bayou Citij pour le couler. Le navire confédéré évita ndroitement le cou[), mais non sans perdre sa roue gauche, qui fut enlevée par le choc Bien qu'ayant reçu plusieurs bordées presque à bout portant, le Bayou City se maintint bravement et son équipage commença une fusillade bien nourrie sur le Harrictt Lanc. Ayant ensuite réussi à virer de boi'd, il lança sa proue dans la roue de fer du navire fédéral. Aussitôt le commodorc Léon Smith, suivi par ses officiers et ses marins, monta à l'abordage et sauta sur le pont du Harrictt Lanc. Après un combat de courte durée, le navire resta entre nos mains.

Après la reddition du Harrictt Lanc aux Confédérés, V Owasco arriva près de ce navire et lui tira toute une bordée à courte portée, mais l'effet de la mousqueterie des Confédérés le força à se retirer. Le commodore Smith envoya alors un parlementaire au commodore fédéral Renshaw, dont le navire, le TVcstfœld, venait d'être jeté à la côte, — lui demandant la reddition de toute la flotte et lui donnant trois heures pour se décider. Ces propositions furent reçues par l'officier fédéral, et les vaisseaux ennemis cessèrent le feu et arborèrent le drapeau blanc. Pendant la dernière heure de temps accordée pour la décision, le général Magruder envoya un autre drapeau parlementaire au commodore Renshaw, dont le vaisseau était un des plus éloignés du quai, en lui faisant connaître que tous ses navires se trouvaient sous nos canons et lui donnant un supplément de temps pour répondre à la sommation de reddition de la flotte entière. Ce message fut porté par deux officiers confédérés. Pendant qu'ils se rendaient en canot au point désigné, le commodore Renshaw mit le feu aux poudres de son navire et sauta lui même accidentellement avec le WestficlJ. Les officiers se dirigèrent alors vers le second navire de la flotte, et une fois les parlementaires à son bord, ce navire ayant toujours le drapeau blanc au grand mât, leva l'ancre, sortit de la baie, et emmena les parlementaires à quelque distance au-delà de la barre. Pendant ce temps, la première période de trêve expirait, et les navires ennemis [placés aous nos canons, s'aperce-

vaut que les bateaux confédérés, ainsi que leurs prises, étaient trop avariés pour les poursuivre, et au mépris du drapeau blanc toujours flottant à leur mât, se retirèrent successivement. La petite troupe fédérale qui occupait le quai, se voyant abandonnée par la flotte, se constitua prisonnière.

La ville de Oalveston tomba ainsi en notre pouvoir. Outre cette importante capture, nous avions piis un magnifique navire et deux barques, anéanti le blocus du port et ouvert temporairement un nouveau débouché à notre commerce. Nous avions, en outre, jeté à la côte un des bâtiments de l'ennemi et chassé deux autres navires de guerre.

Il a déjà été question plus haut des tentatives faites par l'ennemi pour ouvrir la rivière Mississipi et renouveler les communications commerciales entre les Etats du Nord- Ouest et la Nouvelle-Orléans, leur débouché naturel. Après la bataille de Murfreesboro, tout l'intérêt de la guerre dans l'Ouest se concentra sur Vicksburg, et les opérations de la campagne des Fédéraux dans l'est du Mississipi eurent toutes pour objectif principal la réduction de cette forte position, qui fermait le libre parcours du Mississipi aux flottes fédérales.

La seconde attaque sur Vicksburg fut faite par le général Sherman, vers la fin de décembre 1S62, avec quatre divisions et plusieurs canonnières. Cette expédition se termina par un échec honteux. Sherman, ayant débarqué ses forces, tenta de s'emparer de la ville en l'attaquant par le nord-ouest. Pendant les derniers jours de décembre, plusieurs engagements insignifiants eurent lieu, puis le commandant fédéral, sans avoir fait aucune attaque concentrée et décisive sur la position confédérée, abandonna l'entreprise et fit embarquer ses troupes à Milliken's Bend. Le résultat misérable de cette expédition donna au général Sherman une réputation d'incapacité qui contraste étrangement avec les dénominations louangeuses que lui donna, par la suite, la populace du Nord.

Après l'échec de Sherman, le général Grant'fit une troisième tentative sur Vicksburg, en espérant, par une attaque combinée des forces de terre et du fleuve, tournei' l'arrière de la ligne de défense des Confédérés. Plusieurs expéditions furent tentées dans les mois d'été de 1863 ; elles tendaient à tourner les défenses de la ville à l'aide de ce vaste réseau de rivières, telles que le Tallahatchie, h^ Sumflower, la passe Yazoo, qui fait communiquer le fleuve Mississipi avec la rivière Yazoo, Elles n'eurent aucun succès, et le seul résultat remarquable qu'elles en retirèrent fut la dévastation de tout le pays, mesure habituelle à l'ennemi quand il se trouvait déçu dans l'exécution de ses projets.

Pendant que Grant opérait contre Vicksburg, la flotte fédérale du bas du fleuve, sous Farragut, tentait le passage des batteries de Port Hudson, pour pouvoir coopérer, en cas de réussite, avec la flotte de l'amiral Porter dans le

haut Mississipi. Dans la nuit du 14 mars, le Hartford, navire-amiral de Farragut, remonta lentement la rivière, suivi da Richmond, du Mississij^pi, du Monongahcla , du Gcncscc, de VAIbatross, da Kineo, du navire blindé Esscx, de la canonnière Sachem, et d'une flotte à mortiers de six goélettes. Les batteries confédérées attendii'cnt que toute la flotte fut arrivée à portée de leurs canons et commencèrent alors à bombarder rapidement la flotte, qui répondit avec une égale vivacité. La bataille fut bientôt pleinement engagée. Un grand feu avait été allumé sur le bord du fleuve, à proximité des travaux les plus formidables des Confédérés ; sa lumière éclairait toute la scène de l'action et dévoilait la position dçs navires ennemis. Les artilleurs des batteries n'avaient aucune difliculté à pointer les pièces. Les flammes qui s'élevaient du flanc des navires à chaque décharge des Confédérés éclairaient le courant du fleuve et faisaient détacher la forme du navire sur le fond noir du tableau. L'ordre de bataille de la flotte ne tarda pas à se briser. Le Hartford fut atteint, mais sa rapidité lui permit de passer sous les batteries, suivi de VAIbatross. Le ll'iclimond et les vaisseaux qui le suivaient, reculèrent ; mais comme le Mississlj^jn exécutait cette même manœuvre, deux boulets l'atteignirent dans ses machines et il fut jeté sur la rive droite du fleuve. Les batteries confédérées ouvrirent alors sur lui un feu rapide jusqu'à ce que son commandant se vit obligé de l'abandonner. Allégé par le départ de son équipage et entraîné par le courant, le Mississi-j^jn descendit le fleuve, enveloppé de flammes, et sombra enlîn près de l'île Providence, après que l'explosion de sa soute aux poudres l'eut mis en pièces. L'entreprise dirigée contre Port Hudson échoua ainsi, et le général Banks, qui s'était avancé de Bâton Rouge pour commencer le siège anticipé de la place, se hâta de retourner en arrière.

Jusque-là, les forteresses confédérées du Mississipi avaient victorieusement défié l'ennemi ; un temps précieux et de coûteux préparatifs avaient été vainement sacrifiés à leur réduction. Mais après l'échec de Slierman devant Vicksburg, on chercha à obtenir quelque compensation en attaquant des points plus faciles à réduire. Mac Clernand, qui avait succédé à Sherman, organisa une expédition, formée de deux corps d'armée, de trois navires blindés et de plusieurs canonnières, et dirigée contre Arkansas Post, point militaire situé sur la rivière Arkansas, à 50 milles de son embouchure. Les Confédérés avaient fortifié cette position, que le général Churchill occupait avec trois mille trois cents hommes au moment de l'expédition des Fédé-

raux. Le 11 janvier, une attaque combinée fut faite par les forces de terre, commandées par le général Mac Clernand, et la flotte de l'amiral Porter. Avant que l'assaut final fut donné, la garnison, se voyant incapable de résister au feu des canonnières et entoui'éc par des forces supérieures, arbora le drapeau blanc et se rendit. Cette capture donnait pour résultat important à l'ennemi la })0ssession d'un point gardant la navigation de la rivière Arkansas, et fermant ses communications commerciales avec le Mississipi.

Depuis quehjue temps, l'ennemi faisait de grands piéparatifs pour l'attaque de Charleston par mer. Il existait au Nord un désir tout particulier de prendre et de punir cette ville où les premières hostilités avaient commencé, et on espérait assez gratuitement que l'anniversaire de la première prise du fort Suinter verrait un changement de drapeaux dans la rade de Charleston, et que les couleurs fédérales flotteraient de nouveau sur les murs de sa principale défense. Pour arriver à ce résultat engageant, une flotte considérable, dont faisaient partie un grand nombre de navires blindés construits sur le modèle du Monitor, s'était rassemblée à Port Royal, sous le commandement de l'amiral Dupont, et, vers le 1er avril, elle se trouvait prête à l'action à- l'entrée du port de Charleston. Sept navires blindés, construits sur le modèle du Monitor; d'autres puissants navires également blindés, mais d'une construction différente, tels que le Mcolcuk et VIronsidcs, allaient essayer leurs forces contre les non moins formidables batteries des Confédérés. Le Ironsides était une frégate blindée, portant dix-huit canons de dix, onze et quinze pouces. Les défenses de Charleston avaient été matériellement augmentées par le général Beauregard, qui avait été appelé au commandement de la côte de l'Atlantique, et il paraissait impossible qu'aucune construction navale eut pu entrer dans la rade sans être écrasée par le feu concentré des forts Sumter et Moultrie, et de la batterie Bee, — les trois travaux principaux de l'intérieur du port (XLVIII). Une solution allait enfin être donnée à cette question longtemps agitée des navires blindés, et ces bâtiments, les plus impénétrables que Ton ait jamais réussi à construire, allaient se trouver aux prises, et à courte portée, avec des batteries les plus nombreuses et les plus puissantes qui aient jamais été réunies sur un même point.

Dans l'après-midi du 7 avril, la ligne des navires blindés, composée des sept Movitor, de Vhwrsides et du KroluJc, entra dans le canal en passant sous les batteries Bee, le long de l'île Morris. Nos batteries restaient silencieuses ; pas

(XLVIII) Pans l'esprit du général Beauregard et de ses officiers subordonnés, il existait au contraire des doutes très sérieux sur le résultat d'un combat entre ces forts et la flotte fédérale. Le premier était d'opinion que si les navires blindés fédéraux avaient fait une attaque nocturne sur le fort iSumtcr, en savançant à un point assez rapproché pour distinguer nos travaux qui, du reste, étaient très élevés, — et où ils auraient pu se poster sans être aperçus du fort, ce dernier aurait probablement été réduit au silence ou détruit après quelques attaques ainsi conduites, sans que leurs MonHors fussent sérieusement avariés. L'entrée du fort se fut alors trouvée ouverte aux Fédéraux, auscàtôt que ceux-ci auraient enlevé les torpilles posées à l'entrée. (N. du Irad.) ■ ~

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

un iioiiiiiic ne paraissait sur les ponts des navires ; la mer était unie comme une glace (XLIX). Au milieu de ce calme, la ligne entière des navires passa sous le feu des batteries extérieures. A ti'ois lieures et dix minutes, la flotte étant arrivée à portée du fort Sumter, celui-ci ouvrit le ihi\, et presque au même instant une fumée blanche s'élevant des rives sablonneuses des iles Morris et Sullivan, annonça cpie les batteries de ce point engageaient simultanément l'action. Cinq des navires blindés formèrent une ligne de bataille sur le front du fort Sumter et ripostèrent avec rapidité à ses batteries, lançant de temps à autre une bordée de boulets de quinze ou de mitraille sur le fort Moulti'ie et les autres travaux moins importants, mais en dirigeant néanmoins leurs principaux efforts sur la face orientale du fort Sumter. La bataille devint terrible. -Le Tronsidf's, de sa position, attaqua les batteries du fort Moultrie ; la batterie Bee mêlait aussi le feu de ses fortes pièces au combat général, et bientôt toute l'entrée de la baie, depuis Tilo Sullivan jusqu'à la pointe Cummings, s'enveloppa de fumée et de flammes. Les navires blindés changeaient constamment de position, mais quelles que fussent leurs manœuvres, leur feu avait toujours Sumter pour objectif, et c'était contre cette fameuse forteresse qu'ils lançaient leurs formidables projectiles.

Le Kcol-ulc se plaça à l'avant des autres navires, à une distance de moins d'un demi mille du fort, et sembla le défier au combat. Bientôt il devint le point de mire de toutes les batteries du port, et il eut à essuyer le feu des plus puissantes pièces d'artilleiie de la Confédération. Il suffit de quelques moments pour le mettre hors de combat et l'obliger à se soustraire à ce terrible feu concentré. Les autres navires de la flotte, plus ou moins avariés, se retirèrent également, et après trente minutes d'une action acharnée, la victoire resta aux Confédérés et le prestige des navires blindés de l'ennemi, considérés jusque-là comme presque invulnérables, fut complètement détruit. L'amiral Dupont, "convaincu de l'impossibilité bien démontrée de' prendre la ville de Charleston avec les forces placées sous son commandement,'"' se retira à Port Roval en abandonnant la carcasse délabrée du Kcokuk, restée aux Confédérés comme témoignage de leur victoire. Tous les vaisseaux de l'ennemi avaient considérablement souffert. Les Confédérés n'avaient perdu que deux hommes ; ils avaient mis en déroute la flotte blindée, obtenu un triomphe Oomplet et détruit le prestige de ces fameux navires qui avaient pris le nom du premier de leur classe, le Moiillor (L).

(XLIX) 11 y a ici une erreur. Aussitôt que la flotte fut arrivée à deux ou trois milles du ibrt, la garuieuu de Sumter déploya tous aes drapeaux, une bande Je musique joua les airs nationaux, et les artilleurs se placèrent ù leurs postes. [N. du irud.)

(L) A part la bravoure et la discipline dont tirent preuve les troupes de la garnison, le succès de la journée l'ut dû aux deux cauocs suivantes. En arrivant à Charleston, en septembre 1862, le général Bcauregard avait fait rayer et cercler la plus grande quantité possible de ses plus fortes pièces et y avait adapté un ingénieux mécanisme, inventé par un de ses plus jeunes officiers, et disposé de manière à tenir les pièces pointées sur des objets mouvants et à tirer avec autant de précision et d'efficacité que si ces points de mire eussent été immobiles.

La deuxième cause est que peu de temps avant la bataille du 7 avril, un tiers des munitions disponibles avait été consacré par le général JJeaurogard •A des exercices préparatoires. Des constructions flottantes aûectant la forn)C des Mondovs avaient été lancées hors du port par les plus furtes maréco, et quand l'attaque des Fédéraux eut lieu, chaque officier et chaque soldat était à son poste et savait ce qu'il avait à faire. (A^. du irud.)

CHAPITEE IXIl

BATAILLE DE CHANCELLOKSVILLE.

AVIÎIL-JMtVI 1863.

La sitmitiuij militaire des armées belligérantes, au printemps de 18G3, peut être décrite par quelques grandes lignes tirées dans l'intérieur du pays et limitant les divers grands champs d'opérations. En Virginie, les deux armées étaient en vue l'une de l'autre sur les collines du voisinage de Fredericksburg, tandis que les contrées situées entre le Eappaliannock et le Potomac était sillonnées de temps à autre par les détachements de l'audacieuse cavalerie de Stuart. L'armée du Tennessee n'avait aucune ligne spéciale d'ojDéra tiens; elle n'était pas embarrassée, comme celle de la Virginie, par le maintien d'un point important comme l'était Eichmond, elle avait un grand avantage sur cette dernière, et cependant on a déjà vu, et les événements ultérieurs le prouveront encore, qu'elle était bien inférieure comme activité et esprit d'entreprise à celle de la Virginie (LI). Tandis que le général Lee repoussait successivement les diverses armées envoyées cmlre lui, Bragg restait inactif ou abandonnait constamment ses positions à l'armée conquérante. De mars à juin 1863, les forces du général Bragg restèrent oisives dans leurs positions de fShelbyville et des environs pendant que les Fédéraux, occupant les lignes de Franklin à Woodberry, leur offraient constamment des occasions d'attaquer

sur des masses détachées; le général Bragg ne sut [)as saisir ces opportunités favorables. A l'ouest des monts Alleghanys, la limite de l'ocupation ennemie suivait m:ie ligne traversant le Tennessee, le Mississipi et l'Arkansas. Dans l'Etat du Mississipi, nous tenions la ligne de la rivière Tallahatchie et la ville de Vicksburg; Mac Clernand menaçait ce dernier point et Grant opérait dans la portion septentrionale de l'Etat. A l'ouest du Mississipi, la rivière Arkansas était le principal champ d'opérations. Les Fédéraux occupaient Van Buren, tandis que la tactique faible et décousue de Hindman n'opposait qu'un obstacle incertain et peu effectif aux progrès de renneini.

La grande campagne de 1863 allait êlre inaugurée en Virginie. On avait des raisons toutes spéciales à Washington pour reprendre au plus tôt les hostilités. Le parti démocratique, qu'aucun grand succès militaire de l'administration ne dépojuilarisait, gagnait chaque jour du terrain, et d'un autre côté le ternie do service d'un grand uduibre de soldats fédéraux en Vii'ginie était près d'exj)ire)': il lallait donc songer à essayer de nouveau les chances d'une campagne à une saison mtàns avancée que les années précédentes. Un changement de commandant en chef,— chose qui i)arais-

(Ll) Si l'année du la, Virginie u livre un plus graïul nombre de batailles raugéca que eelle du 'reiiins.->ee, il n'en est pas moins vrai que eellr-ei souffrit bien davantage cl fit un service bien plus fatigant que les troupes de Lee. La nécessite de couvrir la giande poiiu'on de Riclimor.d, (jue l'antcur eon.^idcre comme un désavantage, pour l'armée de Lee, fut amplement conqicnsee par la facilité des cunnnunicatiuns, l'abondance des approvisionm incnts et du matériel, tandis que dans l'Ouest, l'armée du Tennessee, constaïunicnt en mouvement, ne construisait des travaux défensifs que pour les abandonner presque immédiatement, était très souvent dépourvue de vivres et de matériel, et faisait des marches auprès desquelles les campagnes du ]\I;^ryland et de la vallée peuvent être considérées comme faciles. (A'', du trod.)

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

sait le corrolaire de chaque nouvelle/campagne, eut lieu; (••■)

confluent du Rapidan et du Raiipahaunock. Le 30 avril'/ le général Josepli Hooker, passa du rang de coraman- après, le passage de toute sou armée, Hooker lança une prodant de corps à celui de commandant eu chef, et eut charge de la cinquième croisade contre Richmond. Cet officier était

clamation tulminante, annonçant que les "opérations des trois jours précédents mettaient l'ennemi dans l'obligation

vantard à l'excès. L'armée le connaissait sous le nom d 'de fuir hontcuseuîent ou de sortir de ses retranchements "'Joe Hooker le Batailleur;" il s'était fait une certaine ré- et de livrer bataille sur le terrain que nous avions choisi; où

putation par ses critiques audacieuses des campagnes de Mac Clellan et il avait prédit que, confiée à ses talents, une autre exj^édition sur Richmond serait couronnée d'un succès certain. En un mot, il cta't bien l'homme dont l'assurance audacieuse était la plus propre à ranimer les espérances si souvent déçues des crédules populations du Nord.

BATAILLE DE CHANCELLOlîSVILLE.

Le 27 avril, Hooker commença son grand mouvement sur le Rappahannock. Sa grande force numérique lui permettait de diviser son armée, tout en maintenant sa supériorité sur tous les points. Son aile gauche, sous Sedgwick. traversa le Rappahannock à Fredericksburg dans l'intention d'attaquer et d'occuper les hauteurs dominant la ville et de s'emparer du chemin de fer de Richmond. En même temps, la principale i^ortion de son armée traversa la rivière aux gués United States, Ely et Germania, à quelques milles au-dessus de Fredericksburg et se dirigea sur Chancellorsville, nom donné à une grande maison, autrefois une taverne, et entourée de quelques petites dépendances, —à environ onze milles au-dessus de Fredericksburg et à quatre milles au sud du

une destruction certaine l'attendait." Sa confiance dans le succès était telle qu'il déclara que l'armée de Lee était virtuellement "la propriété de l'armée du Potomac."' Son but principal paraissait être de couper la retraite de Lee, et au moment où son armée traversait le Rappahannock, sa cavalerie se portait autour de la ])Osition confédérée; la moitié, sous Averill, se dirigeait sur Gordonsville; l'autre, sous Stoneman, s'interposait entre l'armée de Lee et Richmond, pour couper les lignes des chemins de fer et détruire les communications de Lee. La disposition des forces de Hooker était telle que les journaux du Nord déclarèrent que la prochaine bataille déciderait complètement du sort de Lee et de la Confédération elle-même. Depuis la première bataille de Manassas, jamais à Washington et à New York, les espérances n'avaient été si grandes, les convictions de succès si certaines. On répétait à satiété que les Confédérés étaient entre deux feux; que Hooker les avaient amenés où il voulait qu'ils fussent; qu'ils seraient anéantis; et que la "rébellion" touchait à sa fin.

Le général Lee se trouvait certainement dans la situation la plus critique où il eut été depuis le commencement de la guerre. La force numérique de l'ennemi comparée à la

("■') M. Ilcadley, auteiu' nordiste Je l'iuterefsaiit livre intitule '• Los eampagnes de Grant et de Sherinan " lait les justes commentaires suivants sur lu raanie de *• eliangement de commandant" dans l'armée fédérale. l']o parlant des laits d'armes de ces deux héros populaires du Nord, il dit :

•' 11 ne faut pas supposer que ces deux généraux fussent les seuls bons oflÎLÎirs que la guerre eut produit, et que d'autres de nos généraux n'eussent pas été capables de la mener à bonne fin. Beaucoup de personnes tombent dans l'erreur en s'imaginant que le gouvernement mettait successivement k 'eiia.\ les officiers qu'il s'imaginait les plus capables de bien conduire les opérations militaires, jusqu'à ce qu'il eût enfin trouvé Grant et Sherman. Plusieurs généraux, auxquels on avait ôté leurs commandements, eussent pu sans doute réussir à mener la guerre à bonne fin si on leur en avait donné la chance. L'eireur consistait à supposer que des hommes capables de commander de si grandes armées, de conduire une guerre ayant de telles proportions, et d'opérer sur presque toute la surface d'un continent, puissent se trouver tout à coup à la hauteur d'une telle tâche. Ils ne pouvaient pas comme Minerse sortant toute armée du cerveau de Jupiter, avoir au début réel de leur carrière militaire toutes les capacités et les talents qu'un tel service exigeait. Une aussi grande guerre, couvrant un territoire d'une telle étendue aurait embarrassé le génie de Napoléon ou l'habileté de Wellington, même à la fin de leur carrière si accidentée. II était absurde de s'attendre à ce que des officiers dont aucun n'avait jamais conduit dix mille hommes ensemble en bataille, puissent du jour au lendemain acquérir les capacités nécessaires pour diriger un demi million de soldats. Ce n'est que successivement, et à la suite de coûteuses expériences que l'armée et ses chefs, de même que la nation acquirent ces connaissances. Un génie militaire de premier ordre, capable de comprendre et de contrôler complètement la condition des choses, aurait usurpé le gouvernement en six mois. Contrarié, circonscrit et gêné par *= l'ignorance et l'incrédulité " de l'administration, il eut pris la direction suprême des affaires du pays. Mais de tels prodiges ne se renouvellent pas tous les siècles. Nous n'étions que des enfants en face d'un si immense conflit et, de même que les enfants, nous avons été obligés de faire le premier pas on chancelant et de trébucher souvent. Greeae, après Washington, était le plus grand général que la guerre de la Révolution ait produit, et cependant il débuta dans la carrière militaire en perdant le fort Washington, avec quatre mille hommes de garnison, et en embarrassant gravement le général en chef par ce désastre. Mais Washington eut la sagacité de mettre l'habileté militaire de Greene au-dessus de cet échec, et il continua à lui accorder sa con.fîance. Aux yeux d'un homme profond, ce plan était sans doute le meilleur à employer pour obtenir un général habile et capable de mener à bien une guerre gigantesque. Là fut notre grande erreur. Le gouvernement continuait à choisir ses commandants au hasard. Il est vrai que l'expérience ne fera jamais un grand génie d'un homme naturellement incapable, mais il est également vrai que sans cette expérience, un homme d'une grande capacité militaire innée ne sera jamais non plus à la hauteur des grandes combinaisons et des grandes responsabilités. Ce cas s'est rencontré, Grant et Sherman ont été bien prêts de partager le sort du grand nombre d'officiers déplacés à qui ils avaient succédé. Il fallut l'amitié personnelle et la ténacité du Président pour sauver le premier après la bataille de Pittsburg Lauding ; sans cela, son rejet était décidé. Sherman fut remplacé dans son commandement du département du Kentucky sous prétexte de folie. Ces deux hommes, déjà grands par leur intuition naturelle, furent heureusement places dan? des conditions oxi ils purent se perfectionner, comprendi'c les péripéties de la situation et se mettre à la hauteur des exigences du service. Si cette méthode de changer les commandants chaque fois qu'ils désappointaient les espérances extravagantes du pays et les idées également exagérées du gouvernement eut été continuée, nous serions probablement aujourd'hui encore dans le chaos et dans l'incertitude."

sienne, d'après ses ôvaluationa précises, était clans la proportion de dix à trois; il était menacé par deux corps «nnerais, dont le plus faible, celui de Sedgwick, à Fredericksburg, — était à lui seul aussi fort que son armée entière. Malgré les désertions et les difticultés du recrutement, la force de l'armée fédérale opérant dans la Virginie septentrionale avait pu être élevée au chiffre de 150,000 hommes. Le général Lee en avait moins de 50,000. Il avait été forcé de distraire près d'un tiers de l'armée qu'il avait àFredericksburg pour faire face aux démonetrations que faisait l'ennemi sur les côtes de la Virginie et de la Caroline du Nord. Lono-street avait été placé au commandement du département comprenant Eichmond et les environs, ainsi que la Caroline du Nord, placée sous k direction immédiate du général D. H. Hill.

Les qualités les plus remarquables du général Lee étaient sa fermeté, son sangfroid, et le courage antique qu'il déployait dans les terribles et nombreuses circonstances où sa vie se trouva en danger. Dans les moments les plus critiques de la bataille, quand il ordonna un mouvement d'une audace inouïe, en présence d'une armée ennemie qui l'enveloppait, sa figure n'exprimait aucune inquiétude, ne laissait perser aucun symptôme de préoccupation. Avec le même sangfroid, il surveillait à la fois le mouvement de Sedgwick à Fredericksburg, ainsi que celui que faisait Hooker à un point plus élevé de la rivière, jusqu'au moment où il eut pénétré les desseins de l'ennemi et vu la néceesité de faire une rapide division de ses propres forces pour faire face à l'ennemi sur deux différents champs de bataille.

Le 29 avril, le général Lee retira son armée dans la direction de Chancellorsville, laissant la division Early garder les collines Marye à Fredericksburg. A Chancellorsville, il fut informé par le général Anderson, qui gardait les gués supérieurs de la rivière avec les brigades Posey et Mahone, que le principal corps de l'armée fédérale s'avançait dans cette direction et menaçait son aile gauche. Une force de cent mille hommes se trouvait maintenant en face de ce qui était d'abord l'arrière de la gauche de l'armée confédérée et qui devenait maintenant son front de bataille. En tenant compte des forces laissées à Fredericksburg, le chiffre des hommes de Lee était du tiers de l'effectif fédéral maintenant devant lui. Son armée se composait des trois divisions de Jackson et de deux divisions de l'ancien corps de Longstreet : celles de Mac Laws et Anderson. Derrière lui se trouvait le corps fédéral de Sedgwick, numériquement égal à toute son armée, et il paraissait, en vérité, que Lee serait écrasé ou forcé de battre en retraite, avec ses deux ailes menacées, par le chemin de fer de Eichmond, qui déjà se trouvait occupé par la cavalerie de Stoneman.

Le 1er mai, Hooker ordonna une marche en avant de Chancellorsville dans la direction de Fredericksburg. Au déclin du jour, son armée avait pris position entre le voisinage du gué Banks et Chancellorsville; de là, sa droite couvrait le chemin du gué Germania. Le général Lee fit

plusieurs simulacres d'attaque, feintes qui détournèrent l'attention de l'ennemi, pendant que le terrible St-onewall Jackson ss préparait à une attaque de flanc, son mouvement favori.

La marche de flanc de Jackson commença à la nuit. Boa corps d'armée se composait de trois divisions, commandées par A. P. Hill, Rodes et Trimbîe. 11 reçut l'ordre de se porter à l'arrière de la ligne de bataille, sur le chemin du gué Gerraania qu'occupait l'extrême droite de l'armée fédérale, formée par le corps de Howard. Cette route traversait le Wilderness (désert), une région couverte de chênes chôtifs et d'épais buissons étroitement entrelacés. Profitant de ces dispositions du terrain, Jackson marcha autour du flanc droit de l'armée du général Hooker, Ce mouvement critique fut opéré avec tant de mystère que Hooker ne le soupçonna même pas, quand cependant il s'acomplissait à portée de se» canons. Le 2 mai, un peu avant k coucher du soleil, Jackson se trouvait en position à l'église du Wilderness. Le» deux divisions Mac Laws et Anderson firent plusieurs feinte» successives sur le front de Hooker pendant que Jackson, se préparait, par un mouvement alerte etfurtif à fondre commo un tigre sur le flanc de son armée.

Le jour baissait déjà quand Jackson commença son attaque. Du gué Germania il se dirigea rapidement sur le corps do Howard, posté dans la forêt. L'attaque fut soudaine et acharnée ; un cri jeté par les troupes d'assaut en donna le signal. La ligne ennemie ne put supporter le choc, elle retraita brisée et en confusion. En vain Hooker voulut en personne arrêter la déroute de cette partie de son armée, toutes ses tentatives furent anéanties par les rudes vétérans de Anderson et de Mac Laws. Le sort de l'armée de Hooker tenait maintenant à un fil.

Il y eut une halte dans la poursuite. L'ennemi avait réussi à rallier une partie de son artillerie près d'une muraille située dans sa ligne directe de retraite. Jackson accompagné d'une partie de son état-major et de celui de A. P, Hill, s'avança pour reconnaître cette position, au delà de la dernière ligne des tirailleurs. Quand il eut terminé ses observations, il tourna bride et revint sur ses troupes pour commander une nouvelle attaque, mais au moment où le général et son entourage traversaient un buisson, un régiment de la Caroline du Nord les prit pour des ennemis. Quelques hommes crièrent : '' Cavalerie ! chargez ! " et immédiatement le régiment fit feu, Jackson tomba ; trois balles l'avaient atteint ; deux dans le bras gauche et la troisième dans la paume de la main. On le plaça sur une litière, mais un des porteurs tomba à son tour sous le feu des tirailleurs ennemis, la litière s'échappa de ses mains et Jackson, en tombant, fut sérieusement contusionné ; pendant deux heures, son pouls cessa pour ainsi dire de battre. Pendant cinq minutes, l'illustre blessé resta dans les lignes des tirailleurs ennemis et sous le feu de ses canons, mais quelques-uns de ses hommes, avertis enfin du danger que courait leur commandant, s'élancèrent vers lui, malgré la terrible canonnade de l'ennemi et réu8-

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

sirent â en]t*Ter leur bien-aimé chef. On le plaça dans uneidéfengourg, qui avaient résiatô à troia assauts succeasifâ, ambulance et il fut transporté à l'hôpital de campagne de furent forcés de se rendre. Le général Early, voyant que Wilderness Run. l'ennemi avait enlevé cette position sur sa gauche et pous- ,

Avec Jackson tomba l'impétuosité de l'attaque des Confédérés. Le général Stuart, qui lui succédait au commandement, renouvela le feu à neuf heuras et le continua jusqu'à

sait de là ses forces sur Chancellorsville, se retira et prit position près de l'église Salem, à environ cinq milles do Fredericksburg, où il éleva quelques légers travaux de dé-

ce que la droite de l'ennemi fût doublée sur son centre, àifense.

Chancellorsville et aux alentours. Mais l'énergie indomptable de Jackson faisait défaut à l'élan des troupes, et il n'était plus là pour convertir la défaite déjà sérieuse de l'ennemi en un désastre terrible et irrémédiable.

Un messager fut immédiatement envoyé au général Lee, pour l'informer de l'accident arrivé à son principal lieutenant. Il arriva à quatre heures du matin, trouva Lee couché sur une botte de paille, et lui annonça que Jackson était gravement blessé et que son intention aurait été de presser l'ennemi le lendemain, dimanche, si sa blessure ne l'avait mis hors de combat. Le général Lee répondit tranquillement : '^ Il faut attaquer ces gens-là aujourd'hui." Le grand et simple commandant ne donnait jamais d'autre nom à l'ennemi que ^'ces gens." Il se leva aussitôt, prit son déjeuner habituel de jambon et de biscuit, et ât toutes les dispositions nécessaires pour rendre la journée du samedi une des plus brillantes de l'histoire de son pays.

Le 3, au lever du jour, les trois divisions de l'ancien corps de Jackson s'avancèrent à l'attaque, pendant que la division Andersen, d'après les ordres de Lee, s'élançait à

Le mouvement de Sedgwick mit le général Lee dans l'obligation de suspendre la poursuite de Hooker et d'envoy«r à l'arrière, dans la direction de Fredericksburg, la division Mac Laws, pour secourir Early et arrêter les progrès de l'ennemi. Dans la soirée du 3, l'avant-garde de Sedgwick fut aisément r€ poussée. Le 4, la bataille se renouvela. Evidemment, Sedgwick tentait d'établir des communication» avec Hooker le long du chemin de la rivière ;. pour y arriver, il avait massé une forte colonne sur la gauche de Mac Laws. Une partie des troupes d'Anderson commença immédiatement une marche de quinze milles pour renforcer ce dernier, mais le général Lee, qui venait d'arriver sur ce point, ordonna à Anderson de rejoindre Early pour attaquer avec lui cette partie de la ligne ennemie affaiblie par le départ des troupes qui s'étaient portées sur Mac Laws, et menacer ainsi ses communications avec Fredericksburo- Cette attaque combinée fut faite avant le coucher du soleil. Les hommes de Sedgwick résistèrent à peine ; ils s'enfuirent précipitamment sur le gué Banks et, pendant la nuit, ils repassèrent la rivière, entièrement défaits et démo-

l'assaut de la position fortement retranchée que l'ennemi i ralisés.

occupait devant Chancellorsville. La première attaque eut pour effet de forcer les Fédéraux à se replier sur le village, tandis que les troupes d'Anderson, passant à travers bois, champs et collines, arrivaient jusque sous la bouche des canons de l'ennemi, et forçaient celui-ci à chercher un refuge dans sa seconde ligne de retrancliements, à l'arrière de Chancellorsville. Au quartier-général de Hooker, dans la grande maison qui donna son nom à la bataille, se trouvaient quelques dames ; au moment où le combat devint critique, un ofiicier de l'état-major de Hooker vint les prendre et les conduire à l'arrière. Aussitôt après leur départ, le feu fut mis à la maison. Hooker transféra son quartiergénéral à l'arrière et son armée décimée, maintenant entourée de tous côtés excepté dans la direction de la rivière, n'aspirait plus qu'à une prompte retraite.

Il était dix heures du matin. La capture ou la destruction de l'armée de Hooker paraissait certaine. Mais à ce moment même on reçut la nouvelle que Sedgwick, qui avait traversé la rivière à Fredericksburg, avait pris la colline Marye, occupée par la brigade Barksdale, forte de moins de deux mille hommes, et par les pièces de l'artiJlerie Washington. La colline fut prise de flanc, et ses braves

Ainsi finit, dans la nuit dii 4 mai, cette remarquable série de batailles des lignes du Rappahannock. Il y avait eu trois engagements successifs ; celui du Wilderness, où Jackson avait réussi à tourner le flanc de l'ennemi ; celui qui peut être proprement appelé la bataille de Chancellorsville, point où l'ennemi s'était concentré et s'était le mieux battu, et celui de l'église de Salera, qui se termina par la déroute de Sedgwick et sa retraite à travers la rivière.

L'ennemi était désormais chassé de toutes ses positions autour de Fredericksburg et ce qui restait des forces fédérales au gué United States ne pouvait offrir de résistance sérieuse. Hooker, démoralisé et entouré dans ces lio-uea rétrécies par quelques divisions confédérées, avait à peine donné signe de vie quand le corps de Sedgwick était écrasé à quelques milles de la et repoussé dans le plus grand désordre. Hooker fit assembler un conseil de guerre et se détermina à battre en retraite. Pendant la nuit du 5, un violent ouragan et une pluie torrentielle lui en fournirent l'occasion. Des pontons furent jetés, les différents corps traversèrent la rivière et le lendemain matin toute l'armée ennemie, reformée au nord du Rappahannock, se mettait en marche pour ses premiers campements de Falmouth (*).

(*) A propos de la bataille de Chancellorsville, Hooker fit un des mcasonges officiels les plus audacieux de l'époque. Bien qu'il eût éprouvé uae des pluf5 grandes défaites de la guerre, il fit à son année une adresse de félicitation (!) conçue en ces termes :

(Ordre Gineral No. 49).

*' Le major-général commandant félicite l'armée des résultats obtenus dans les sept derniers jours. Si elle n'a pa« accompli tojit ce que Ton att-eadftifc

L'ennemi avait éprouvé de terribles pertes. Nous lui •avions pris huit mille hommes : les comptes-rendus publiés -lu Nord estimèrent la perte de Sedgwick ù cinq mille tués ei blessés ; celle de Hooker- étant probablement -du double, ^n peut évaluer le chiftre tota4 des pertes des Fédéraux à vingt-cinq mille hommes. Celle des Confédérés était de moins de dix mille hommes. Lee avait gagné une victoire des plus remarquables et déployé les plus hautes qualités d'un grand général ; son sang-froid, son intuition confirmèrent sa léputation de premier général de la (Confédération. En réalité, cette réputation ne lui avait pas été définitivement acquise par les batailles de Sept Jours autour de Kichmond ; ce fut seulement quand il manœuvra sui- les rives du Rappahannock que ses capacités militaires se développèrent entièrement. La victoire de Chancelloi'sville fut à la fois la plus difticile à gagner et la plus brillamment obtenue de toute la guerre. De toutes les victoires et les merveilles de la carrière de Lee, Chancellorsville restera comme son plus beau triomphe.

Ce fut vers cette époqne que le 8ud connut enfin certains faits et certains chiffres relatifs à la g-iierre, si différents des relations ordinaires des journaux de tous genres, que l'esprit public s'étonna de ses convictions primitives et envisa-

jusqu'au moment où, pour un motif quelconque, les chiffres officiels étaient publiés et frappaient de surprise l'opinion publique. Qui aurait supposé, avant que les chiffres officiels de Beauregard fussent publiés, que l'armée qui remporta la première bataille de Manassas, comptait moins de trente mille hommes, et que cinq régiments confédérés sufiirent, sur ce même champ de bataille, pour tenir en échec pendant deux heures une colonne de quinze mille Fédéraux ? Qui aurait cru, en lisant les journaux de l'époque, que Albert Sidney Jolmston, que l'on supposait généialement assez fort pendant la première année de la guerre pour prendre Cincinnati et marcher de là sur les grands lacs du Nord, — n'eut jamais plus de vingt mille hommes pour subvenir à tous les besoins de la première campagne du Tennessee et du Kentucky ? Qui aurait pensé, avant l'assertion formelle du général Lee lui-même, que ce commandant avait battu "/a plus heJIe armée de notre planète," commandée par Hooker, avec moins d'un tiers de la force de ce dernier '( Ces faits sont cepfnidant de l'histoire officielle et contrastent étrangement avec les nairations exagérées de la presse et les assertions du Nord au sujet de ses prétendues prouesses militaires.

Mais tandis que cette grande victoire de Chancellorsville

ï)fficiellement prouvés, se rapportaient principalement à l'exiguité des forces de la Confédération coinjjarées avec celles des Fédéraux. L'impression était généralement répandue dans le Sud que notre effectif était bien inférieur à celui des Fédéraux, qui avaient pour eux le nombre et toutes les facilités de matériel, munitions, etc.; mais on n'avait que des données très vagues sur ces disproportions de forces, et, en aucun cas, on ne la crut aussi grande qu'elle l'était réellement. La politique du gouvernement confédéré à cet égard était de tenir secrets tous les faits relatifs aux mouvements militaires et d'exagérer, même vis-à-vis de son propre peuple, la force de nos ai-niées en campagne. On portait généralement le chiffre de celles-ci beaucoup audessus de la réalité et l'on nourrissait cette idée ias>,urante

<->-ea enfin la situation sous un aspect tout autre. Ces faits, était un sujet de joie et de réjouissance dans toute la Con-

fédération, le général Stonewall Jackson se mourait se mourait dans une petite ferme à quelques milles de l'endroit où il avait fait sa dernière et sa plus brillante charge. Personne ne supposait que ses blessures étaient mortelles; son médecin avait annoncé que l'amputation serait faite, et que quelques jours ajjrès cette opération, il pourrait être transporté à Richmond. Mais pendant que l'on faisait dans cette ville tous les i)réparatifs nécessaires à la réception de l'illustre blessé, on reçut la nouvelle désolante qu'une attaque de pneumonie était survenue et qu'il n'existait aucun espoir de guérison. En effet, Jackson expira le dimanche, après huit jours de souffrances. "Que je meure ou que je vive, avait-il dit, l'un ou l'autre sera pour le mieux. Dieu connaît et ordonne toutes choses avec raison." Ses derniers moments

d'eiic, les raisons en sont bien connues. Qu'il suffise de dire qi;e c\s raisons sonl d'un tel caractère qu'il est au-]cssus de la prévoyance et de la sagacité humaines de contrôler.

"fin S2 retirant de la rive sud du llappaliatinock avant de livrer une grande bataille à ses adversaires, l'armée a donné une nouvelle preuve de su confiance en elle-même et de sa fidélité aux principes qu'elle représente.

" En combattant à notre désavantage, nous aurions été infidèles à notre croyance, à nous-mêmes, à notre cause et à notre pays. Loyale avec ft-anchiso et confiant en ses propres forces, l'armée du Potomac livrera ou déclinera la bataille toutes les fois que ses intérêts ou son honneur l'exigeront.

" Par la célérité et le mystère de nos mouvements, notre marche en avant et le passage de la rivière n'ont éprouvé aucun obstacle et quand nous nous sommes retire?, pas un rebelle n'a ose nous suivre. T>es événements de la semaine dernière ont été d'un caractère à remplir de fierté le cœur de tout officier ou soldat de cette armée.

" Nous avons ajouté de nouveaux lauriers à ceux déjà acquis. Nous avons fait de longues marches, traversé des rivières, surpris l'ennemi dans ses retranchements, et partout où nous l'avons rencontre, nous l'avons puni plus sévèrement qu'il ne l'avait jamais été.

'' Nous avons pris à l'ennemi 5,000 hommes, quinze drapeaux et sept pièces de canon, et mis hors de combat 18,000 de ses meilleurs vétérans.

" Nous avons détruit ses dépôts, dépouillé ses grands magasins d'approvisionnements, endommagé ses communications, capturé des prisonniers dans les fortifications de sa capitale, et jeté dans sou pays la frayeur et la consternation.

" Nous navons d'autres regrets que ceux causés par la perte de nos braves compagnons d'arme?, et nous nous en consolons en pensant qu'ils sont

ifiorts pour la cause la plus sainte qui ait jamais été soumise à l'arbitrage des armes.

" Par ordre du major-général HOOKER :

"S. Williams, assistant aqjudant-général."

HISTOIKE DE LA GUERRE DES CONFEDERES

furent principalement marqués par cette foi et cette confiance en Dieu qui l'avaient accompagné dans toutes les périodes de sa vie et à cliacuu des moments de sa merveilleuse carrière. Il y eut plusieurs rapports de ses derniers mots; aucun ne relate des paroles de religion. La dernière phrase qu'il prononça, pendant l'agonie qui précéda le moment fatal, fut : "Dites au major Hawks d'envoyer des provisions à l'avant ; traversons la rivière et reposons-nous à l'ombre des arbres." Ainsi passa de la vie au repos éteinel l'âme d'un grand homme que ses exploits rangent au ^iremier rang dans l'histoire militaire du monde et dont le caractère restera éternellement comme un curieux sujet d'étude pour le philosophe.

CAKACTÊRl': DE " STOnEWALL " JACKSOX.

Il n'existait peut-être point dans la Confédération du Sud un homme plus ambitieux que Stonewall Jackson. Le vulgaire croit qu'il lui est facile de découvrir quels sont les ambitieux d'une communauté ; il les désigne étourdiment comme étant ceux qui aspirent aux places et aux honneurs, ou ceux qui recherchent l'ostentation, la notoriété et les applaudissements de la multitude. Mais l'ambition prise dans son véritable sens noble, est bien différente de ce que sont ces grossiers désirs de profits et de faveur populaire

Il est une classe d'hommes, en apparence pleins de (piiétude, qui recherchent la retraite et le mystère, ((ui portent un air d'indifférence, même de misanthropie dans leui's relations de cliaque jour, et qui, néanmoins, se destinent à l'histoire en se consumant jour et nuit des feux de l'nmbition. Cette sorte d'ambition est de celles qui caressent l'idéal et tentent de le réaliser, de celles qui procèdent d'un profond et indomptable amour-propre et qui souvent se montrent pleines d'orgueil et de dédain, par suite du sentiment de leur force au d'une foi vive en leur propre destinée. !

Ceux qui ont le mieux connu le général Jackson déclarent qu'il était possédé de cette ambition là. Il croyait à sa destinée. Il répétait souvent que le mystère est le secret du succès. Ce mot, rapproché du silence et de la rigidité qu'il apportait dans ses actes, détruit l'opinion vulgaire Cjui le cro3^ait une sinqile machine mue par le devoir, mais dénuée du sentiment de sa pi'oprc valeiu-.

Il n'est point rare que des grands honnnes aient eu à souffrir par le doute de leur mérite, méconnu quelquefois jusqu'à être ridiculisé. Telle fut la douloureuse expérience de Jackson. A l'école militaire de Lexington, où il était professeur avant la guerre, on le trouvait insigniliant et stupide. Il était souvent la cible des mordantes railleries du corps enseignant. Le colonel (:{il!em, instructeur de stratégie, était considéré connue le génie militaire d(> Pinstitution; il justifia cette appréciati'^i par la perte totale,

dans les défdés du nord-ouest de la Virginie, du seul régiment qui lui fut coiifié durant la guerre.

Le généi'al Jackson révélait si peu ce qu'il devait être, que, même à la bataille de ]\Ianassas et malgré les précieux services qu'il y rendit dans le moment le plus critique (en empêchant la retraite et en perçant jusqu'au centre de l'ennemi), que la singulière raideur de sa physionomie et ses manières lui attira les quolibets des journalistes correspondants. Son habitude de hocher constamment la tête et d'intercaler à chaque instant le mot sir (monsieur) dans toutes ses remarques, firent le sujet d'un article humoristique publié dans le Charicstoii Mcrcunj. Plus tard, eu LS62, alors qu'il fit cette terrible voltige de Winchester à Bath et à Romney, et eut certains différends avec le général Loring, ou le déclara atteint de folie. Un colonel déclara à Richmond, que Jackson était atteint d'aliénation mentale, que sa monomanie était qu'un esprit angélique avait pris posession de lui, et qu'enfin on l'entendait souvent parler seul et entretenir une conversation inintelligible avec quelque être imaginaire.

Vivement froissé de la conduite du cabinet de Richmond à soji égard, à propos de cette difficulté, il résolut de donner sa démission. L'extrême sensibilité de sa nature et son ardente amhhlon se révélèrent alors dans une lettre qu'il écrivait à sa femme et dans laquelle il attribuait à " la volonté du ciel" la circonstance c|ui l'engagait à briser sa carrière militaire et à abandonner ses intimes espérances. Mais la Providence n'avait pas encore décidé d'ôter à la cause confédérée les services de Jackson et de la priver d'un si ferme pilier, par suite d'une brouille de cabinet à Richmond. Grâce à l'intervention du gouverneur Letcher et d'autres, le général Jackson .se laissa persuader de la nécessité de rester et ào retirer sa, lettre de démission. Et l'épée qui, pour une cause futile allait rentrer dans l'obscurité, resta tirée pour l)ui'iner dans l'histoire le nom le plus resplendissant de la guerre.

! La gloire de Jackson fut érigée d'aI)ord dans le cœur du peuple par sa mémorable campagne de la Virginie, au printemps de f S(i2. Ainsi qu'on l'a vu dans le récit des rencontres, il livra, dans l'espace de trois semaines, quatre batailles, reprit Winchester, fit 4,000 prisonniers, s'empai'a d'une quantité de provisions valant plusieurs millions, chassa i'ai'inée de Ba.nks jusqu'au-delà du Potomac et accomplit enfin des exploits (pii fii'ent bi'iller iVwn vif éclat le nom de la Confédération, en dissipant les obscurs nuages que les défaites avaient amassés à l'hori/on. Dans la bataille des Sept Jours, le nom de Jackson s'éleva encore connue une étoile. Lo second Manasas et le Wil-

derness le gravèrent de nou\'eau sur la glorieuse bannière du Sud autant ([ue sur l'écusson du héros.

Le caractère extrêmement l'eligieux de Jackson a naturellement pris une gi'ande place dans l'admiration et la

curiosité du public, A ses mérites de capitaine, il joignait

les vertus du chrétien liuiiible et fervent; il lépriauiit l'impiété dans sou année, admettait les colporteurs d'objets religieux et exigeait que chaque régiment eût un chapelain.'Les meetings de prières et les jubilés avaient souvent lieu dans son camp, et il s'y montrait aussi actif et aussi appliqué que sur le champ de bataille. Il traitait, dit-on, les prédicateurs ambulants avec plus de distinction que toute autre classe de visiteurs, et l'on rapporte même ([u'un jour, voyant le cheval d'un do ces prédicateurs s'al>attre sur la ponte d'une colline, Jackson lui-même vint au secours du cavalier et l'aida à relever sa monture, aux veux étonnés de toute son armée.

C'était un caractère multiple ; rarement on vit une telle combinaison de tendresse féminine et de volonté virile. Quand ces deux côtés se découvraient dans Jackson, on avait devant soi le iype le plus rare et le plus exquis de la grandeur snl)limo.

Une anecdote authentique atlirme son extrcme bonté pour tout ce qui était faible ou soutirant. Se trouvant, par une nuit d'iiiver, dans la maison d'un ami qui avait une petite fille malade, il s'inquiéta beaucoup, dans la soirée, des soins qu'aurait l'enfant durant la nuit froide. Quand tout le monde so fut retiré, le général se glissa daus la chambre de la petite malade, s'assura qu'elle était confortablement coucliée, et arrangea les couvertures du lit autour de la fréh^ créature. La main rude et puissante qui maniait le tonneiM-e des batailles, remplit cette tâche caressante avec la dou(H'ur et la feudiesse d'une inèi'e alarmée.

Jackson cndur;!it les rigujMn's de la vie des camps avec une force surhumaine; ni te Iroid, ni le chaud no semblaient faire impression sui' lui. Le logement et la noinriture lui importaient peu; il couchait sur la diu'e et vivait de la plus maigre ration. Sa \igilance tenait du merveilleux; il semblait ne jamais dormir, 11 ne laissait rien passer sans son inspection personnelle. On ne se fût jamais douté qu'une telle somme d'énergie et d'activité pût être fournie par le maître d'école d'autrefois. Mais ce qui émerveillait le plus, c'était la rapidité et la longueur de ses marches (*).

En Europe on à comparé Jackson à Napoléon. C'est, a dit le 7'iHiei' de Londres, "un des généraux les plus consommés qu'ait produits l'Amérique. Ce mélange d'audace et de jugement, le distingue des hommes de son époque. Quoique la jeune Confédération soit illustrée par une galerie de soldats éminents, l'opinion européenne et les acclamations de ses concitoyens ont donné à Jackson la première place parmi ces illustrations. Ses exploits étonnent res})rit du monde entier, et ne peuvent être compris qu'en les attribuant à un génie militaire réellement supérieur. Les coups qu'il porte à l'ennemi sont aussi terribles et décisifs que ceux de Bonaparte."

L'histoire ne pourra méconnaître le génie militaire de Jackson. Certaines jj,'ens, imbues de pré^jugcs et d'ignorance, considèrent le génie comme étant le fait d'une imagination téinêrain^ et désordonnée qui trouve ses inspirations Ilhis du ti'avail de la pensée et sans descendre au moindre eiiort de l'esprir. Le génie de Jackson ne procédait point de cette inactivité; car telle n'est point la puissance du vrai génie. C'était im penseur actif et laborieux; il luttait avec les ditricultés et en extrayait de !j;randes idées. Ses élaborations étaient silencieuses, mais quand il avait trouvé l'idée vraie, le point vital, il agissait avec confiance, rapidité et décision. La méditation était finie, riiésitation repoussée; c'est ce qui donnait à ses actes l'apparence de l'inspiration impétueuse.

Le danger l'enivrait, mais non de cette ivresse qui jette la confusion dans l'esprit ou qui rcpait l'idée d'illusions. C'était cetle espèce d'ivresso qui tend les nerfs, stimule ly cerveau, concentre les facultés et donne une perception si puissante que l'aciion dc^'ierit irrésistil)le.

Dans la bataille, il n'était pas agité et bottgeait peu; mais ses yeux brillaient, sa figure s'enflamait du feu de la lutte; sa massive mâchoire se raidissait, sa voix s'élançait claire et perçante; ses ordres et ses remarqties étaient aussi prompts et logiques que s'ils avaient été médités pendant de longues heures. On ne reconnaissoit point dans cette physionomie animée, où toutes les facultés étaient en jeu.

('■•■) L'ii officier de retat-inujor de Jackson puiîo uinsi des l'atiyiies de la campagne de la vallée de la Sheîiuudoali et des exceulricités de sou commaudjiit :

'• Lorsque nous reçûmes Tordre de nous rendre dans la vallée avec Jackson, ce i'ut d'aljord ijour nous un motif de réjouissance de penser qui nous allions entrer en service aetit, mais, vous pouvez m'en croire, après la première semaine, j'aurais volontiers repris les quartiers d'hiver, car Jackson est bien le plus grand marcheur du monde. A peine arrivés à Winchester, nous repartions pour Charleston ; puis, revenus à AVinchestcr, retournés à (Jliarlestoi), nous avons changé si souvent de place et avec tant de promptitude, que je commençais k croire que nous étions commandés par un philosophe péripatéticien atteint de hi manie de locomotion Voyageant avec ^icu ou point de b^igagc, nous errions comme une bande de sacripants. Stoncwal peut être un très brave homme, un homme. honnête, industrieux, de bon caractère, mais je l'admirerais bien autrement s'il restait un peu plus en place^

" (^uel drô'e d'individu ! Sec et droit, sans unil'orme, sans insigne, tout eon habillement ne vaut pas un dollar, et son cheval est le plus pauvre animai de la création. Faire trente milles dans la boue, n'est pour lui qu'une promenade, et quand nous n'arrivons pas à l'heure dite, j'aime autant voir le diable que la figure du vieux général, car il n'admet pas d'excuses dans le devoir. Il est grave et pensif; il parle peu et d'un ton calme, mais net et décidé, l'oint d'appel sur ce (ju'il ordonne. Il connoil les coins et les recoins de la vallée comme ?'il en avait fait les sentiers et les défilés multiples ou, au moins, conmie s'ils avaient été faits expressément pour lui. II connaît toutes les routes, toutes les distances, les chemins que suivent les vaches dans les bois, les •sentiers de chèvre sur les co'lines. Souvent, dans la nuit, il s'approche de l'ennemi jusqu'à parler aux piquets, puis, il disparaît dat:s l'obscurité, laissant ICg avant-postes dans rétonneracnt. Dans mon opinion, la stratégie de Jackson laissera un nom dans l'histoire de cette guerre, — car son industrie infatigable ft sa surveillance éternelle harassent souvent un ennemi ig-norant la topographie du pa.ys, et embarrassé d'une nombreuse suite de wagons."

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

l'homme qui se tenait compagnie par dos soliloques au fond de la tente, l'homme immobile dans son l)aiic à l'église de Lexingtou, l'homme qui souvent se li'vait la nuit de son lit de camp pour s'agenouiller dans Ta priTro et la méditation pendant des heures entières.

Comme on peut l'imaginer, la, carrière nivi-\i'ilU'iisc de Jackson et ses excentricités personnelles ont donné lieu à une foule d'anecdotes apocry[»hes et absurdes dont la presse s'est lait l'écho. Des correspondants de journaux l'ont représenté comme très laid et portant dc^< clie\'eux rouges, d'autres ont tracé son porirait avec une tète immense et des formes hercu!('eun('s. L'un d'eiix a é'ciit (juc Stonewall Jackson ètail, ww caxalier dvlcsiablc cl (|ii','i cheval il ressemblait plutôt a un singe qu'à lui géii.'ial.

Il est dans le caractère j)u[udiiire nv toujours chendici'! quelque dise de curieux ou de grulcsqiic elu-z les grands; hommes. Mais la vérité est (pie rien d'e.xiraurdiuaiic daus| Jackson n'avait lieu d'exciter la curiosité du \ultraije. ni ne révélait sa valeiu' intime. Sa ligure avait bien cpielque chose d'extraordinaire et de lu/.arre, mais, bien (pu; marquée du signe d'une certaine grandeur, l'ex[)ression était aussi simple et naturelle que celle de Lee nicme.

Jackson n'était pas un homme laid ; mais il n'avait pas non plus ce que les femmes frivoles s'attendent à trouver aux héros. Il ne portait point de longs cheveux graisseux et flottants ; il ne prenait point d'attitudes dramatiques, il ne se contorsionnait point les yeux, il ne posait point, en-

fin, devant l'admiration publique. Tout, en sa personne, était simple et naturellement noble. U.n large front s'élevait droit au-dessus des yeux, et fuyant vei's cet angle arrondi ([ui dénote un cerveau massif et donne de la majesté au visage ; de fortes narines, un menton fort et bien attaché, fliisaient disparaiti'e la rudesse de ses formes et lui composaient cette expression de lu force et de la dignité qui, pour les intelligents et les connaisseurs, même pour les fennnes, est le jdu.s gi'aiid cliaimc «fiui \isage masculin.

La mort de Jackson jeta- sur la- Confjdtfi-ation l'ombre d'une catastro[)lie ; ce fut non-seulement une [)erte pour le pays, mais encore une calamité [)our le monde ; ce jour-là un grand génie fut dérobé à riiumanité, ime lumière fut éteinte; dans le temple du diristianisme.

La proposition d'idever u.n monument <i Jackson fut re(;ue au Sud avec acclamatiou ; la Virginie (Uivova un artiste en Eiu'o[»e pcuir sculj>ter sa staïue ; des milliers de [)ersoiines sui\'irent ses restes moi'tels en tevvo : des millions d'yeux pleui'èrent cette }>ei'tc irréparable.

Et cependant, qui aurait cru ([u'ù une épo([ue peu éloignée de ces manifestations de regret, le glorieux définit serait oublié et la dette de gratitude protestée, au point de* voir avec indilference les meubles de Stonewall Jackson vendus à l'encan et la l'amille de ce grand Ijommc livrée aux épreuves de la pauvreté !

(1i \ ^MÏMI' YV 1

OPKRATiONS DANS L'KTAT HU MISSISSIPF. -BATAILLES 1)K TOUT GIHSON ET DK

HAKER'S ORKEK.-SIKnK ET IMUSK ])M VlCKSBURG.-OPEKATfONS DANS

LK TRANS-]lilSS[SSnM.-"AHKANSAS.--LOll[SlANE.

,v V I j I r . .ï i I r ,T . \^rv i««.*î

Le ]iiinci})al oLjeclif des opérations d*^ l'ennemi, après Richmond, était inconteslablenient la ])i-ise de Vicksbnrg et roiivertnre de la navigation de tout le cours du Mississipi. Pour y réussir, les plus grands efforts furent tentés. Cinq tentatives sur Ricliniond avaient déjà échoué ; trois fois, celles faites sur la ])osition d(' Vicksburg — par la flotte de Porter, par l'ai'niée de Sliennan i;t par celle de Grant, — eurent le même résultat négatif (On peut considérer comme troisième tentative le mouvement (|U(i fit Grant pour forcer le jiassage à l'arrière de la ville, la construction d'un canal à travers l'isthme du fleuve et les entreprises connues sous le nom d'expéditions de la passe Yazoo et du Sunflower.) Déçu de nouveau à Chancellorsville, le ]ioint vital de la grande campagne de la Virginie, l'ennemi tourna ses vues sur le second point do la résistance, et l'attention publique ne s'occupa hientAt plus que des vastes o})érations qui allaient décider du sort de la vallée du Mississi[)i.

Le général Grant s'était déjà fait une grande réputation par son obstination, — faible titre de mérité, quand on dispose librement de moyens abondants et ({uc l'on a derrière soi un gouvernement si ingénieux et si riche, (|u'il ne demande jamais com})te à ses officiers du sang versé et de l'argent dépensé, quand une telle prodigalité aboutit à '111 succès marqué. Grant se proposa de changer son plan d'ojiérations contre Vicksbnrg en investissant la ville et en coui)ant les communications de ses défenseurs avec l'est, après av(jir tourné les défenses des rivières Mississipi et Tazoo. Une des conditions de ce nouveau plan était que les canonnières de Portei- et un certain nombre de trans-

ports passeraient les travaux (h^ Vicksburg, tandis qu'une foi'ce de terre, firmée de deux corps d'armée et commandée

I par Grant en personne, marcherait de Milliken's Bend A Cartilage, à travers les marais et les courant» d'eau qui

; séparent ces deux points, éloignés do trente-cinq milles. Ces deux mouvements réussirent. Le 16 et le 22 avril, deux flottes de canonnières passèrent les batteries sans éprouver de dommages sérieux, et prouvèrent une fois de })lus ce qui avait déjà ét^ démontré auparavant: qu'à moins d'obstruc-

I tionS' placées dans un chenal quelconque à parcourir, des bateaux à va])eur pourraient presque toujours passer, quelle que fut la vivacité du fou dirigé contre eux. Vers la fin d'avril, Grant avant descendu la rive occidentale de la rivière et rejoint les canonnières de Porter à Carthage, fut prêt à inaugurer la première partie de- son plan d'attaque sur la position de Vicksburg par le sud-est.

Ces niouvemerits furent une surprise complète pour le général Pemberton, qui commandait à Vicksburg, Cet

■ officier, à qui on avait confié ce district militaire, désigné })ar les Confédéi'és sous le nom de département du Mississipi et de la Louisiane orientale, avait été assez aveugle pour sup})0ser que le but de Gr.int n'était pas d'attaquer Vicksburg, mais bien d'o})érer contre Bragg dans le Ten- " nessec, et même dans lo milieu du mois d'avril il avait proposé d'envoyer ses trou])es à Tullahoma, croyant que Grant allait renforcer llosecrans. Cette erreur suffit pour caractériser cet officier, (pii n'avait aucune des qualités requises pour remplir la grande tâche qui l-.ii incombait. La nomination de Pemberton au commandement de la défense de

\^icksbiirg, fut en (ous points malheureuse. Elle fat probablement l'acte isolé le plus impopulaire du président Davis, qui semblait avoir pris à tâche d'étonner constamment l'opinion par les changements les plus inattendus et les choix les plus bizarres dans les postes les plus importants du service public. Pemberton n'avait pas livré une seule bataille depuis le commencement de la guerre. iSîéen Penns}dvanie, il avait obtenu le grade de major dans l'ancienne armée des Etats-Unis ;' et de ce rang secondaire, sans qu'il eut rendu un seul service l'cmarquable à la cause confédérée, un trait de }tlume du [/résident Davis l'avait élevé au grade de lieutenant-général et placé au commandement d'un poste qui ne le cédait, en importance, qu'à la ca})itale de la Confédération. Avant d'être nonnné à Vicksburg, Pemberton avait exerce le commandement à Charleston et à Norfolk sans acquérir de notoriété. Il en avait été retiré par suite de protestations réitérées, mais, à chaque fois, le Président l'avait dédommagé par une nouvelle promotion, comme s'il eut voulu par là témoigner de son mépris pour cette opinion publique qui n'appréciait pas ses ûivoris, ou comme s'il eut voulu inspirer du talent à son cerveau borné en ajoutant une nouvelle étoile à son col. Il l'envoya enfin à Yicksburg avec un commandement plus grand et un champ d'opérations plus vaste, mais ce fut pour y confirmer le verdict de l'opinion populaire quanta son incapacité, tant pour une position suprême que subordonnée. Avec une armée aussi intelligente que celle de la Confédération, aucun homme impropre au commandement ne pouvait longtemps conserver sa confiance. Un tel officier peut vainement se retrancher dans les formes et les parades de la théorie militaire, les soldats intelligents perçoivent clairement à travers ces talents factices et distinguent aisément le mérite de rincapacité. Il en fut ainsi à Vicksburg. Pemberton avait déjà donné des preuves de son inca[)acité au commandement. Pendant que Garant passait des mois entiers à préparer sous ses yeux la puissante prise d'armes qu'il allait fiiire contre la fameuse forteresse, son adversaire ne paraissait pas s'en préoccuper. Les batteries du fleuve, qui pouvaient être augmentées, fment trouvées par la suite dans un état si imparfait qu'elles ne causèrent que de légères avaries aux canonnières, et qu'elles ne purent s'opposer au passage de tous les transports d'une grande armée. Les fortifications de Grrand Gulf, sur lesquelles Grant fit sa première démonstration, furent négligées jusqu'au moment où l'accumulation des canons et des approvisionnements sur ce point fut trop tardive, et n'eut pour résultat que d'offrir une proie facile à l'ennemi. Vicksburg, quoique entourée d'une contrée fertile, n'avait de vivres que pour deux mois quand il devait y en avoir i)Our un an. Pemberton, enfoui dans des minuties officielles, " laborieusement engagé à ne rien faire," laissait ces murmures s'amasser autour de lui, et le manque de confiance des ofiiclers et des hommes, joint à quelques particularités personnelles qU'î les événements développèrent, acheva de le rendre tout à firit impopu-

laire. D'une nature irritable et capricieuse, d'un esjorit étroit et esclave des formes et des futilités scolastiques, le général Pemberton était un de ces hommes dont le génie militaire se meut entre une question d'uniforme et une parade de troupes. Avis sur avis furent envoyés à Richmond, mais le président Davis n'y accorda aucune attention, non pas peut-être qu'il tint spécialement à Pemberton, mais parce que cet homme vain ne pouvait souffrir que l'on mit en doute son infaillibilité.

Le général Grant ayant effectué sa jonction avec les canonnières au-dessous de Vicksburg, résolut aussitôt de t,ourner les fortifications de Grand Gulf, — qui défendaient l'emixinchure de la rivièi'c Big Black, — en débarquant sur un point inférieur de la rivière. En conséquence, il fit. une marche par son flanc droit, traversa en face de Bruinsburg, débarqua, le 30 avril, sur la rive gauche du Mississipi, et se dirigea inmiédiatcment vers Port G-ibson,^ petite ville située à rembouch-ure de la rivière Big Black.

Le général Pemberton, qui paraissait enfin secouer son apathie et apprécier le danger de sa position, envoya une dépêche télégraphique au général Johnson, annonçant le mouvement de G-rant. Le général Johnston commandait alors nominalement les armées de l'Ouest, et se trouvait à Tullahoma avec Bragg. Il donna au général Pemberton l'ordre d'attaquer immédiatement. " Si Grant traverse le fleuve," lui manda-t-il, massez toutes vos troupes pour le battre. Le succès vous rendra tout ce que vous aurez abandonné pour le conquérir." Le moment critique de la campagne était arrivé. Grant avait débai'qué avec une force d'environ cinquante mille hommes. En retirant toutes ses forces des différents points qu'elles occupaient, et en ne laissant à Vicksburg que ce qu'il fallait pour répondre au bombardement, passé à l'état chronique, de la flotte de Porter, le général Pemberton aurait pu réunir près de 40,000 hommes qui, joints aux avantages que lui ofir.aient les diflicultés topographiques du pays et quelques légers travaux de campagne, auraient pu, quoiqu'il arrivât, arrêter Grant jusqu'au moment où Vicksburg aurait été ravitaillé et Johnston arrivé avec des renforts. Mais nous verrons que le pusillanime commandant ne voulut pas courir les risques d'une bataille décisive, et commit l'erreur impardonnable de laisser son armée divisée et coupée en détail par les forces massées de l'ennemi.

b.a.taili;e de poiît ransoN.

La seule force confédérée qui s'opposa à la marche de Grant sur Port Gibson, fat une division commandée par le général Bovven. Ce brave et dévoué officier avait été laissé avec quelques milliers d'hommes pour faire face à une force écrasante, par l'ordre du général Pemberton, qui avait insisté sur la nécessité de mettre la rivière Big Black entre l'ennemi ei le gros de nos forces, qu'il décl;irait indispensable à la sûreté de Vicksburg. Le général

Bowen n'avait que cinq raille cinq cents hommes ; le corps fédéral du général Mac Clernand, qu'il avait à combattre, comptait probablement vingt mille hommes. Un engagement eut lieu sur les bords d'un petit courant d'eau que traverse le chemin de Bruinsburg. La constance et l'héroïsme de la petite troupe confédérée tinrent l'ennemi en échec pendant la journée entière, mais, au coucher du soleil, le général Bowen se vit forcé de reculer ; il opéra sa retraite sans confusion et réussit à sauver le gros de son armée.

La position de Grand Gulf étant tournée et la bataille de Port Gribson gagnée, Grant se mit en marche dans la direction de Jackson. Le général Jolmston arriva dans cette ville dans la nuit du 13 mai, et reçut une dépêche de Pemberton, datée du 12, lui demandant des renforts, car l'ennemi, en nondjrc considérable, venant du sud du Big Black, paraissait se diriger sur Edward's Depot, " qui sera le champ de bataille, disait Pemberton, si je puis y envoyer des troupes suffisantes tout en laissant à Vicksburg une garnison assez forte pour garantir la sécurité de la place."

Avant l'arrivée de Johnston à Jackson, Grant avait, comme nous l'avons vu, battu le général Bowen à Port Gibson, assuré le débarquement de son armée, occupé Grand Gulf, et de là, il marchait maintenant sur le chemin de fer de Vicksburg à Jackson.

En arrivant à Jackson, le général Johnston y trouva les brigades Gregg et Walker, fortes de six mille hommes. Gregg lui apprit que la brigade Maxcy était attendue de Port Pludson le lendemain ; que toutes les forces du général Pemberton, excepté la garnison de Port Hudson (cinq mille hommes) et celle de Vicksburg étaient à- Edward's Depot, et le quartier-général du commandant à Bovina ; que quatre divisions ennemies, sous Sherman, occupaient Clinton, point situé entre Edward's Depot et Jackson, à dix milles à l'ouest de cette dernière ville. Le général Johnston fut averti que des renforts allaient arriver de l'est, et que leur avant-garde, sous le général Gist, serait probablement à Jackson le lendemain, ce qui porterait la force totale des Confédérés à environ onze mille hommes, dans l'éventualité de l'arrivée de la brigade Maxcy.

Sur ces informations, Johnston envoya au général Pemberton une dépêche l'informant de son arrivée et de l'occupation de Clinton par une partie de l'armée de Grant II insista sur la nécessité de rétablir les communications et lui ordonna de se diriger immédiatement, si cela était possible, sur l'arrière de Sherman. Il ajouta: "Battre ce détachement serait pour nous d'une immense importance. Les troupes d'ici pourraient co-opérer. Toutes les forces que vous pourrez promptement rassembler doivent y être portées. Le temps presse par dessus tout."

Le 14 mai, Pennemi. s'avança sur Jackson par les chemins de Raymond et de Clinton. Johnston ne se proposait

pas de défendre la ville ; il n'avait pas les forces suffisantes pour cela. Il ordonna, en conséquence, à Gregg et à Walker de reculer lentement, et d'opposer à la marche des Fédéraux une résistance assez prolongée pour lui permettre de transporter ou de détruire tous les approvisionnements accumulés à Jackson. Ceci accompli; Johnston se retira par le chemin de Canton, seul point d'où il pouvait dès lors former une jonction avec le général Pemberton.

On voit que Grant se trouvait désormais entre les deux armées confédérées, mais il était supérieur par le nombre non-seulement à chacune d'elles, mais aux deux réunies- Johnston avait pi'oposé l'entreprise l)rillante et hasardeuse d'écraser l'important détachement qui occupait Clinton, et insisté sur la nécessité primordiale de renouer les communications entre les deux armées confédérées, mais Pembei'ton était resté sourd à toutes ces considérations. Désobéissant aux ordres de son supérieui- et se plaçant en contradiction avec les vues de la^majorité d'un conseil de guerre, composé de tous ses généraux présents, et auquel il soumit ce projet de Johnston, il résolut de faire un mouvement qui rendait désormais impossible toute union avec les forces de Johnston. Ce fut une erreur fatale. L'irrésolu commandant comptait, d'abord, combattre à Edward's Depot, et ne voulait pas s'éloigner davantage de ses fortifications de Vicksburg. Bien qu'il eut reçu l'ordre du général Johnston de marcher sur les derrières de Sherman, à Clinton, et que le conseil de guerre, convoqué par lui, eut approuvé ce mouvement, il hésita, resta inactif pendant vingt-huit heures, et imagina un compromis par lequel il abandonnait à la fois le premier plan de bataille qu'il avait conçu et désobéissait aux ordres du général Johnston, en se résolvant, non à risquer une attaque sur Sherman, mais à mar cher dans la direction de Raymond, dans la pei'suasion qu'il allait couper les communications de- l'ennemi.

Les délais et les erreurs de Pemberton laissèrent Jackson à la merci de l'ennemi et lui ouvrirent le chemin de Vicksburg. Le 15 avril, le corps du génôi'al Sherman entra à Jackson. Le bilan incendiaire de ce fameux officier commence ici ; la longue liste de dévastations et d'atrocités qui signalèrent sa carrière militaire s'inaugure par l'incendie, le pillage et le sac de Jackson. Cette petite ville composée de deux rues principales et de villas détachées, habitées lYàv de riches planteurs, se trouva aux mains d'une soldatesque libre de voler, brider ou détruire sans frein. Plusieurs maisons particulières, l'église catholique, l'hôtel, le pénitentiaire et une grande manufacture de coton furent incendiés. Puis, quand les troupes de Sherman sortirent de la ville, une colonne de fumée s'éleva au-dessus de la malheureuse cité, tandis que çà et là des édifices livrés aux flammes attestaient la barbarie infernale d'un homme qui, en plein dixneuvième siècle, ne se contentait pas des armes adoptées par les nations civilisées, et avait recours à des expédients d'un autre âge, — à la torche des peuplades sauvages.

HISTOIKE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

Pendant co temps, Grant s'étant assuré du mouvement de Pemberton, ordonna aux corps de Mac Clernand et de Mac riiorson de se porter au devant de lui par la voie ferrée de Jackson à Viclcsbarg et par le clicmin de Raymond. Slierman avait, de son côté,' reçu l'ordre d'évacuer Jackson et do suivre la même direction. Toute la force dont Pemberton pouvait disposer, se montait à dix-sept mille cinq cents liomines. Le IG mai, pendant qu'il uiarchait sur Raymond, un courrier lui remit une dépèche du général Jolmston, l'informant que, comme l'attaque sur Slierman n'avait pas eu lieu, le seul moyen d'effectuer une union entre les deux forces, était (|ue Pemberton se portât directement sur Clinton, où lui, Jolmston, se trouvait eu ce moment. Un ordre de contre marche fut donné. Mais déjà de fortes escai-;nouclies s'engageaient sur le front de Pemberton ; il se trouva dans l'impossibilité de se retirer de là par un mouvement de revers et sa situation était telle qu'il se vit forcé de livrer bataille sur le terrain clioisi par l'ennemi.

BATAILLE DE BAKKll'S CEEEK.

La liu'ue de bataille des Coutedérés était formée en liii'ue courbe sur le Baker's Creek, à travers le chemin de fer de Vicksburg à Jackson. Après un engagement insigniliant la bataille sYnigagea sérieusement vers midi ; la division Hovey atta(|uant le centre de la ligue de Pemberton, oceujié j)ar la division Stevenson, ta,ndis que deux autres divisions ennemies uienaçaient de tourner la gauche confédérée. Pour alléger le centre, le général Loring reçut l'ordre dattaquer avec sa pi'opre division et celle de Powen, mais il ]fen lit rien. Ij'ennemi tic maintint eu grande force sur son front et occupa une série de eollines boisées se commandant mutuellement et formant une très forte position.

Pendant ce tem])S, les six mille cinq cents hommes de Stevenson supportaient tout le poids de la bataille, soutenaient les attaques ibrmidables et répétées de l'ennemi, brisaient la ligne de Ilovey et le repoussaient en désordre. Mais trois autres divisions de l'armée de Grant venaient de Raymond et allaient se joindre à l'action. Les seules renforts (|ui vinrent secourir les troupes à demi écrasées de Stevenson, furent deux brigades de Bowen. Loring était inactif; il désobéit encore aux ordres qui lui enjoignaient de se porter à la gauche et l'csta engagé avec le mouvement de l'ennemi sur son front. Stevenson continua cette bataille inégale jusqu'à ce que la division ennemie venant de Raymond fut arrivée sur le champ de bataille ; alors la ligne confédérée lâcha pied, se brisa et retraita en grande confusion.

Le général Loiing ])rétendit qu'il faisait ses dispositions pour une attaque sur la droite de l'ennemi, et qu'il espérait par ce mouvement " l'écraser et regagner Tavantage," quand il reçut du général Pemberton l'ordre de retraiter et de se porter en arrière. Si une telle attaque fut projetée par Loring, il eut été trop tard pour l'exécuter ; la journée était

déjà perdue. Les Confédérés retraitèrent par le gué et par le pont du Baker's Creek. Aussitôt que l'ennemi eut acquis la certitude qu'ils abandonnaient le champ de bataille, il se porta en avant en force imposante. Mais la retraite des Confédérés fut couverte avec habileté. Le brigadier-général Tilghman, de la division Loring, s'étant trouvé séparé de celui-ci, fut laissé avec quinze cents hommes pour soutenir l'attaque de six ou huit mille Fédéraux, accompagnés d'un puissant parc d'artillerie. Mais Tilghman avait choisi une position avantageuse ; non seulement il tint l'ennemi en échec, mais il le repoussa à différentes reprises efc réussit ainsi à conserver la seule voie qui restât ouverte à la retraite de notre armée. Tilghman fut tué au moment où il chargeait en personne un obusier de douze. Sa fermeté audacieuse avait sauvé une grande partie de l'armée ; mais les colonnes de retraite n'avaient pas encore traversé le courant. Le message suivant fut envoyé au général Loring : "Pour l'amour de Dieu, tenez votre position jusqu'au coucher du soleil et sauvez l'armée ! " Quelques moments, après une autre dépêche fut reçue du général Bovv'cn, disant que l'ennemi avait traversé le pont et débordait son flanc, qu'il se trouvait forcé de retraiter précipitamment, et que Loring devait faire de son mieux })Our sa division. Le général Loring s'étant assuré qu'il était impossible de tenter, sur aucun point, le passage du Big Black, résolut de forcer l'arrière de l'ennemi entre Raymond et Utica, de retraiter ensuite à l'est et d'opérer sa jonction avec les forces de Johnston dans le voisinage de Jackson. 11 réussit dans ces mouvements, mais il fut obligé d'abandonner son artillerie.

Le lendemain, 17 mai, les forces décimées et démoralisées de Pemberton s'arrêtèrent sur la rive orientale de la rivière Big Black. Elles se postèrent dans une forte })osition sur la courbe de cette rivière, à l'abri de bois épais et entourée des deux côtés par des maréca.ges bordant le Big Black. Une quantité suftisante d'artillerie fut placée dans les travaux, et les défenses furent complétées de manière à pouvoir tenir cette position contre une force bien supérieure. Mais les événements de la veille avaient démoralisé les troupes ; elles abandonnèrent leurs positions au premier assaut d'une brigade fédérale, laissèrent entre les mains de l'ennemi dix-huit pièces d'artillerie et s'enfuirent, saisies d'une terreur panique. "La retraite," dit le général Pemberton lui-même, devint im sauve qui peut." A la nuit tombante, les fugitifs se pressaient en désordre dans les rues de Vicksburg et les habitants de cette ville virent avec terreur que cette armée, qui était sortie des fortifications pour mieux veiller à leur sûreté, revenait à eux avec toute la honte d'une défaite et moins en armée organisée qu'en bandes sauvages et impies.

Le sort de Vicksburg fut ainsi virtuellement décidé, quand Pemberton vit ses troupes rejetées dans la ville et les lignes de l'ennemi établies autour de sa position. Ce fut ainsi que le général Johnston apprécia la situation. Quand il apprit le désastre de Baker's Creek, il écrivit à Pemberton : " Si Hayne's Bluff est intenable, Vicksburg est de nulle valeur

LA CAUSE PEKDUE

et ne peut être gardée. Si, par conséquent, vous êtes investi dans Vicksbuvg, vous devrez immédiatement, vous vendre. S'il n'est pas trop tard, évacuez ViclcsLurg et marcliez au nm-d-cst." Mais avant que cette dépêche fut reçue, l'enibeitoii Otait enfermé dans Vicksburp,'.

Le général Jolmston résuma aiusi cotte niallieureuse situation : " Si la bataille de Baker's Creek n'avait pas été livrée, Tidée du général Pemberton que Vicksburg était sa base d'opération, n'en avait pas moins rendu sa ruine inévitable. Il aurait été assiégé comme tiuparavant et capturé. Plus il aurait concentré de truupes dans ses lignes, plus la catastrophe aurait été prompte. Les désastres eurent pour cause, non simplement les difficultés où il s'embarrassa luimême avec les colonnes d'avant-gaide d'un ennemi supérieur et non observé, mais aussi son évidente détermination d'être assiégé dans Vicksburg, au lien de manœuvrer pour prévenir ce siège."

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