SIÈGE ET PRISE DE VICKSBURG
Le général Pemberton avait à Vicksburg huit mille hommes de fraîches troupes, non démoralisées par la défaite. Quand il entra dans la ville après la bataille du Big Black, un sentiment général d'incrédulité se manifesta à l'égard de ses capacités, et la place fut regardée comme perdue. Chacun s'attendait à ce que l'armée do Grant marchât sur Vicksburg pendant la nuit, tandis qu'il n'existait dans la place assiégée ni moyens de défense, ni ardeur clicz les soldats. Le général Pemberton se mit cependant à l'œuvre et réorganisa son armée en vue d'un combat désespéré. Le général Baldwin inspecta la ligne extérieure de défense, et s'imaginant que le premier assaut serait fait sur l'aile gauche, il demanda à être assigné à cette position avec ses vétérans, sur la iîdélité et le courage desquels il pouvait compter. L'armée fut placée en position sur les lignes et postée dans les fossés, le général Baldwin à la gauche et le général Lee à la droite; le centre était occupé pai' les généraux Pemberton, Smith et Forney. A mesure que ces dispositions éta.ient prises, la confiance des troupes se reconfortait graduellement ; elles voyaient maintenant un but de défense et elles espéraient que leur condition serait bientôt améliorée par l'arrivée des renforts de Johnston.
Mais cette perspective était entièrement illusoire. La vérité de la situation était que Pemberton s'était lui-môme pris au piège dans Vicksburg et que la famine l'obligerait à se rendre s'il n'y était contraint par la force des armes. Le général Johnston était venu dans le département du Mississipi sans avoir une armée en propre et n'avait que quelques détachements pour rallier Pemberton, qui maintenant se trouvait à la tête d'une armée désorganisée et renfermée dans Vicksburg. Eassembler une nouvelle armée par des demandes aux autorités de Richmond, aw gouverneur du Mississipi et à d'autres influences était désorrnais sa seule rcssoiTice. Tous ses efforts aboutirent à une concentration
de vingt mille hommes, la plupart nouvelles recrues, dépourvues d'arme» et d'équipement convenables, tandis que G-raut v^enait d'être renforcé par quatre-vingt mille hommes et c'était assuré, de plus, de la coopération de la flotte de Porter. Il s'était aussi ictranché de tous côtés; une rivière, au passage difficile, sépai'ait ses })Osi fions et les troupes de Johnston. Dans de telles circonstances, une attaque de ce dernier sur la })osition de Grant, eut été sans doute considée comme un acte d'une magnifique audace, mais non comme une tentative raisonnable et conduite suivant les principes de l'art militaire. Si Pemberton, — au lieu d'accumuler une surabondance de troupes dans sa forteresse, pour y consommer ses rares approvisionnements et y devenir victimes des maladies ou des conséquences du siège,— n'avait laissé à Vicksburg qu'une garnison sufîisante et en avait distrait vingt mille liommes, il aurait pu renforcer Johnston et le mettre en niesure d'agir promptement avant que Grant se fut retranché, et celui-ci, ayant à combattre nu tel adversaire, aurait abandonné, au moins temporairement, toute visée sur Vicksburg. Mais aucune de ces choses ne fut faite Les faibles ressources dont disposait Johnston ne lui permettaient pas d'accomplir rien de sérieux et il ne put concentrer assez de troupes pour briser les lignes de circonvallation de Vicksburg. Tout projet de faire une diversion on d'ouvrir des communications avec la garnison était incertain et difficile.
Viclcsburg fut investi par les Fédéraux sur le côté est; Sherman tenait la droite de la ligne, Mac Pheison le centre et Mac Clernand la gauche. Une nouvelle base d'approvisionnements, allant directement de la rivière Yazoo à l'arrière, fut établie. Des pièces de canon fuient jdacées en face de toute la ligne des travaux de la défense.
Le 19 mai, la division du général Blair et une biiii'ade de la division Sherman firent un assaut sur le jjoint qu'elles supposaient le plus faible de la ligne des défenses confédérées. Elles furent complètement repoussées. Le 22, une attaque mieux concentrée fut ordonnée par le général Grant et la ligne entière fut bombardée par le canon fédéral. La gauche, sous Mac Clernand, atteignit de bonne heure une position à Pangle des travaux, mais elle en fut délogée ensuite et l'ennemi abandonna l'attaque, après avoir eu deux mille cinq cents hommes mis hors de combat. Toute tentative de prendre la ville par un assaut sembla être abandonnée après ce double échec, et il fut résolu que l'on réduirait la position par un siège en règle et des parallè'es régulièi-es.
Désormais, le siège allait être une terrible tâche. Les Fédéraux érigèrent forts contre .forts, creusèrent tranchées contre tranchées. Leurs mineurs construisirent leurs boyaux, leurs fossés et leurs corridors sens le feu incessant de l'infanterie des assiégés et dévorés par les rayons bridants du sel iil d'été. Les Confédérés, confinés dans les limites ét:oites de leurs tranchées, leurs membres courbés et repliés sin- eux, exposés tour-à-tour aux rayons ardents du soleil, aux pluies torrentielles, à une humidité funeste, se défendaient jour et
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS