BATAILLE DE
Pendant le mois de mai, le général E. Kirby î^niitli, commandant le départonent du Trans-Mississipi. jugea convenable d'ordonner une démcmstration sur la rive occidentale du fleuve, dans le but d'alléger la défense de Yicksburg en ai)pelant l'attention des Fédéraux sur le point menacé. En conséquence, il donna au général Holmes l'ordre de ]-assembler les troupes de l'Arkansas et d'opérer sur Helena, ville située sur la rive occidentale du fleuve à quatre-vingt milles au sud de Memphis et à trois cents milles au nord de Yicksburg. Elle était occupée ]iar une garnison fédérale de quatre mille hommes : une canonnière était mouillée en face.
Dans la matinée du 'M mai, la plus grande jiartie des troupes de l'Arkansas furent iirises en mouvement. Le tem2:>s était très humide, la rivière grossie, les tei'res couvertes d'eau. Les forces que le général Holmes avait rassemblées pour cette expédition se composaient de la division d'infanterie de Priée, formée de la brigade du Missouri de Parsons de 1000 hommes, de la brigade de l'Arkansas de Mac Eay, 400 liommes ; celle d'infanterie de l'Arkansas, de Fagan, 1,500 hommes, et la division de cavalerie du Missouri et de l'Arkansas, sous Marmaduke, forte de 2,000 hommes ; en tout 4,900 hommes. Ces différents corps firent leur jonction à Jacksonport, et dans la matinée du 22 juin, ils se mirent en marche dans la direction de Helena. Cette marche était fatigante et dangereuse, et l'une des plus extraordinaires qire l'Iiistoire de cette guerre ait eu à consigner. L'infanterie fit les deux tiers de sa route en marchant dans l'eau jusqu'à mi-corps. De forts détachements, l)risés de fatigue, étaient employés à retirer les Avagons des endroits difficiles où ils étaient engagés. On dételait les mules, puis une corde était attachée au ■svagon emlNiurbé et u];e centaine
d'honiuK's tiraient de toutes leurs forces. L'expédition ne possédait aucuns pontons, pour traverser les cours d'eau débordés, cm jilaça de grossières poutres sur les rives, où quelquefois un wagon chargé s'enfonçait à plusieurs pieds sous l'eau. Douze jours se passèrent à firire cette marclj.s terrible et le 3 juillet, les troupes exténuées arrivèrent daiîs un rayon de quatre milles de Helena.
Un temps précieux avait été perdu. Un conseil de iiiierre fat assemblé et donna lieu à une scène remarqiuible. Le général Holmes expliqua quelle était la force de la position à attaquer. Helena est entouré d'une rangée de collines rudes et boisées, qui l'enferment jusqu'au bord du fleiive ; deux p^iteaux étroits, situés au-dessus et au-dessous d-- la ville, offrent seuls un accès facile dans l'intérieur. La place était défendue par trois forts principaux : un protégeant le passage du nord, un celui du sud et un troisième, le fort "Grave Yard," à l'arrière du centre de la ville.
Le général Priée n'était pas en faveur de l'attaque. Il Ht remarquer que l'ennemi s'y attendait sans doute et avait eu soin de concentrer dans la place toutes les troupes qu'il croirait nécessaires à sa défense et que, s'il lui avait fallu appeler des troupes de Yicksbui'g à cet eftet, l'objet de l'expédition se trouvait ainsi accompli, et il ne restait qu'à o^xn-er de nianière à forcer ces renforts ainsi distraits d? Yicksburg, de rester à Helena, Piice pensait que ce but serait plus sûrement atteint en cernant la place, en coupant les bases d'a|)provisionnements de l'enneini, à la fois du côté de la compagne et du côté du fleuve et en le harassant laides affaires d'avant-garde. Même si Helena était piise. il croyait qu'une telle victoire serait trop chèrement achetée ; que cette place ne poui'rait êti'e ga}xlée et que, si une partie delà garnison échapiiait,— et sans doute, des transports seraient disposées par l'ennemi dans cette éventualité,— ce serait autant de renforts euvovés aux assiéo-eants de Yicksburg. et le véritable ]»ut de l'expédition serait ain.sl manqué.
Mais le général Hc-hnes voulait l'éclat d'une victoire. li répliqua avec chaleur : " Général Piice, j'entends attaquer Helena immédiatement et enlever la place, si c'est possible. Ce sera ma J>atadle. Si je réussis, j'en veux la gloire " si j'échoue, je consens à en supporter tout l'odieux." !Se tonrnant alors vers ses autres ofiîciers, il leur dit : '-Demaiu, à minuit, nous luarcherons sur Helena." Le général Marmadid^e reçut l'ordre de lancer les troupes à l'attaque du fort du nord : Fagan devait attaquer celui du sud, et le général Price celui du centre. Les trois attaques devaient être cnmmencées en même temps, h l'aurore.
Au lever du joui, un l)ataillon d'éclaireurs apparteaant à la brigade de Parsons renconti-a les avant-postes eniiemis et commença la fusillade. Priée marclia iminédiateaient avec sa colonne, le Oème d'infanteiic du Missouri à l'ayant • garde. Les collines étaient élevées et les ravin? profonds, mais les soldats de Price s'avancèrent on bon ordn/, raal.^ré la mitraille que l'ennemi ne cessa de lancer s«r eux,. Quand
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
la colonne fut arrivée au dernier plateau, Price la fit arrêter et la prépara à l'assaut; ses hommes se trouvaient maintenant à quatre ou einq cents pas du fort. En même temps, le feu avait commencé sur les deux ailes ; informé que Fao'an et Marmaduke étaient en action, le général Price commanda une charge à la baïonnette. Les troupes s'élancèrent en bon ordre, au pas de charge, à travers les abattis, les collines et les fossés, et enlevèrent le fort d'assaut.
La division de Price remplit ainsi la tâche (pu lui était assignée. Aussitôt qu'elle fut en possession du fort, la canonnière fédérale commença à faire jouer sa redoutable artillerie sur lui. La nouvelle garnison se mit Ti l'abri comme elle put, en attendant les ordres ultérieurs. Pendant cet intervalle, Fagan se portait contre le fort méridional. x\rrivé à quatre cents pas de la position qu'il devait attaquer, il ouvrit une fusillade à laquelle répondit bientôt une riposte si vive de l'artillerie ennemie, que ses hommes se virent forcés de reculer. Deux fois l'assaut fut tenté sans plus de «uccès. De son eûté, Marmaduke ne fut pas plus heureux. Le général Holmes, voyant l'échec de Fagan et de Marmaduke, ordonna à deux régiments de la brigade Parsons d'attaquer le fort méridional par derrière. Ce mouvement fut commencé, mais les projectiles de la canonnière, joints aux feux croisés des deux forts restés au pouvoir des Fédéraux, em2)êchèi'ent les renforts de Parsons d'avancer. Fagan et Marmaduke s'étant repliés à l'arrière avec leurs forces, il fallut songer à retirer la division de Price. restée dans le fort central. Toute la torce ennemie conceutia liientôt son feu sur ce point et empêcha les renforts de secourir les Missouriens. La retraite fut dune éminemment dangereuse et ne fut accomplie qu'au prix d'une forte perte. La bataille était perdue ; six cents Confédérés étaient mis lioi's de combat et quatre cent faits prisonniers ("••■").
Le lendemain matin, le général Holmes se replia sur Little Rock. Le drapeau fédéral était arboré à Mcksburg ; tout espoir de maintien de communications entre le Trans- Mississipi et les portions orientales de la Confédération était désormais abandonné. L'armée confédérée fut obligée par la suite d'abandonner Little Rock et la partie la plus riche de l'Etat de l'Arkansas.
OAMFAGXK T>K h\ r.ASS]'; T.Ol'ISI \ .N' K.
Presque au même monieiit où s'accomp!is.>ait'nr le;i désastreux événements (pie nous venons de relater, une remarquable série de succès était obtenue dans le Trau-s- Mississipi. Ces succès allèrent même Jusqu'à réveiller l'espoir d'une reprise de la Nouvelle-Orléans, mais rinsnffisance des forces réduisit bient('')t ces illusions à néaur.
Vers la Hn de Juin, le général "Dick" (Richard) Taylor, qui commandait dans la Basse Louisiane, organisa mieexpédition sur P>rashear City et les travaux de défense de cette position. Le colonel Majors, commandant une brigade de cavalerie sur la rivière Atchafalava, reçut l'ordie d'ouN'rir des communications, par la voie des lacs, avec les généraux Mouton et Greeii, ((ui devaient coopérer à l'attaque sur le front de la position ennemie. ( *ette Jonction ayant été faite par Majors, après une campagne heureuse dans la région de Lafourche, ruie attaque cobïbinée fut faite sur Brashear City, le -J-J Juin. Les forts fureiii enlevés à la pointe de la baïonnette, dix-huit cents Fédéraux furent faits prisonniers avec des approvisionnements d'une valeur de cin([ millions de dollars, et une [>osirioti que l'on consifh'rait comme la ch' de la Louisiane et du. Texas, tomba eurre nos mains.
On pensait (pie la capture de Prashear City pouiTaifc forcer l'ennemi a lever le siège de Port Hudsoii, et que Banks serait obligé ou d'abandonner ses opérations dans' cette place, ou de perdre la Nouvelle-Orléans. Mais ces espérances ne furent pas réalisées ; la seconde diversion faite pour secourir les garnisons de Mcksburg et de Port Hudson était trop tardive et le général Taylor, en apprenant la chute des deux forteresses, et conséquennnent la mise en disponibilité des troupes de Banks, se vit forcé (l'al)andonner la contrée de Lafourche et de perdre le territoire qu'il avait gagné. Le dernier eflbi-t sérieux sur la ligne du Mississipi était anéanti, l'ennemi avait à jamais pris possession d'un point d'une importance capitale, et les journaux de New York et de "Washington répétèrect à l'envi que la paix, conquise enfin par les armes fédérale^j allait bienti'>t régner sur toute la contrée.
(■''■) Un correspondant judicieiix relate ainsi un incident de la liataille de Jieleiiu :
"Le général Holmes est un homme brave ; il lut conslamment au plus fort de raelioii. Après la prise du loit central, quand le feu des de<:..ï auti-es forts et de la canonnière fut ouvert sur la position cpie nous venions denlever. le général Holmes se tenait debout sur le parapet, attendant avtv aasistc que Fagan, son officier favori, plantât ses couleurs sur le fort qu'il attaquait. Pendant qu'il s'exposait ainsi, le général Parsons, qui s'était lui-même rais à l'abri dans le fort, lui cria : " Pescendcz, général ! ou vous serez atteint. N'cutendez-vor.s î^a? le? bal!c3 siffler Eutonr cîe von.^ ? " — '• J'y.i ua o,vs.at<>(^c sur vous, général Faisons," répliqr.n Holmes, ^'je suis sourd, et no puis les entendre."
CllAPlTEK IXlV. -
BATAILLE DE GETTYSEUEG. - MISSION BU "VICE PRESIDENT STErilEXS A WASll-
INGTON.
.iJJl^-JJ'li^l^'KT ii««i:î.
Vingt-quatre heures avant la reddition Je Vicksbvu'g, avait lieu, à une distance considérable de la forteresse mississipienue, la bataille que l'on peut considérer comme la jplus importante Je la guerre. Elle fut livrée sur le sol de la Pennsylvanie, dans ces mén^^s campagnes que le piésident Davis, dans une séance des Etats-Unis à Washington, et lorsque les premières menaces de guerre furent proférées, avait désigné comme le futur champ de bataille entre les partisans et les adversaires des droits des Etats.
Jamais la situation des Confédérés n'avait été plus b)'il- Tante que pendant les quelques semaines (pii suivirent In bataille de Chancellorsville. La sécurité de Vicksl)urg n'était pas encore sérieusement mise en doute; r>ragg avait assez de forces pour tenir Rosecrans en échec, er les Confédérés avaient le choix de deux campagnes; ils pouvaient renforcer lîragg d'une partie de l'armée de Lee, — mouvement qui aurait pu être accompli en dix jours par les deux lignes de chemin de fer allant jusqu'à Chattanoosa, — ou abandonner toute attitude défensive en Viri>inie et faire une seconde tentative d'invasion dans le Nord. Cette alternative fut posée à Richmond ; on choisit le second plan. On jugea plus à propos de débarrasser la Virginie des forces fédérales qui occupaient son territoire, de transporter le théâtre des hostilités au-delà de la frontière, de relever le commissariat confédéré, de contrebalancer les retraites continuelles des armées du Tennessee et du ]\Iississipi par une invasion de territoire du Nord, d'offrir un contre-poids aux mouvements de l'armée fédérale dans l'Ouest, et peut-
être alléger nos armées de cette région du lourd fardeau (jui pesait sur elles. Ce furent ces raisons (pii déterminèrent le choix d'une campagne offensive de l'armée de Lee.
Le général Longstreet fut rappelé de ht Caroline du Nord, l'itrnu'C de la Virginie septentrionale fut i-éoi;:;unisée et tous les préparatifs furent faits pour la nouvelle campagne. L'arnice fut divisée en trois corps, égaux et distincts. Le géni-ral Longstreet eut le connnandement du premier, fornu'- ^\v^ divisions ]\Iac I^aws, Hood et Pickett; le général Ewell, ipii veiuiit d'être assigné au commandement de l'ancien corps de Jackson, fut )nis à la tête des ; (li\isi(»iis Early, Kodes et Johnson et le général A. P. lîill 'eut sous ses oi'di'es le troisième corps, composé des divisions Anderson, i'endei' et Heth. (Jhacun de ces trois corps comptait environ :i-'), ()()() Jiommes, ce qui portait le total de l'armée à /-"ijOOO, plus la cavalerie. -
Les préparatifs de la grande campagne se firent dans les plaines du voisinage de Culpepper. On t'tait au mois de mai; dans l'aspect de la iiature autant que dans l'esprit des troupes, tout était excitation et activité, la beauté de la température et les espérances des soldats animaient cette grande scène. Des trains furent remplis de munitions de guerre; de nouvelles et splendides l^atteries furent ajoutées à l'artillerie de J'armée, les troupes équipées à neuf et les trains d'ordonnances chargés à pleins liords. A la station Brandy, on passa les 1-3,000 hommes de cavalerie en revue. Une grande ((uantité de dames assistaient à cette parade. Le brave commandant, 1<^ ^énc'i'al Stuart, dont la seule fai-
HISTOIRE DE LA GUER];>e DES CONFÉDÉRÉS
blesse était le déploiement (l'un pompeux appareil militaire j c<)mjilèl',\ IToolcci- suivit Lee jusqu'aux (léfik'-s des monta-
eviie ig'ues
lliriii's, ni;iis i! i'ui si iiifoi'tiMH au sujft dfs projets de
r,ec, — ^ue s;icli;uif s'il all;iit livrer ]>ataille 1m, (Ui suivre la Vaille,— ipril licniit un tciiips pivciciix ; au lieu de forcer Lee à livrer balaille »ii Viri!,iuie, il repassa ])réeipitamment le rdtomac et lenhii dans \c MaryLiud. Lee traversa
lo Sheplierdstovvn, le 24 juin.
\-(>lsi!i;l' e (
le Potoniac dans h
Le corps du ^éii.'ial Ewell l'avait précédé de deux jours, el
le 23, il oreiipiiit Cli.'unlxMsburt;-. Une niarclie sur Harris-
et un désir exagère; d'adulations féminines, passa la r sur un cheval presque enri.'remeiit couvert de boiupiets. Près d'une semaine s'écoula pendant ces revues d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie. Le Jer juin, tous les préparatifs furent enfin complétés et l'ordre de marcher fut donné.
Le corps du général Ewell prit l'avance et poussa i-apidement à travers la chaîne des montagnes Bleues, ])ar le chemin de Front Royal, jusque dans la vallée de la Sheuundoah, à Winchester. 11 surprit dans cette ville le général Mih'oy burg fut d'ahord prwjeié(-, mais cette idée fut abandonnée et ce ne fut qu'avec de grandes difficultés que co connuan- [le 21), quand (^n leçut l'iirf inuarion que l'armée fédérale se dant fédéral, avec quelques uns de ses otiiciers, }>ut s'é- j.poiîaii au Nord et menaeait ainsi les conuuunications de chapper, à la faveur de la nuit, à travers les lignes confé- I l'armée confédérée avec le Potomac. Pour s'ojiposer à cette dorées et réussit à traverser le Totiunac à Harper's Ferrv. j niarche en avant de l'enuemi, le général Lee donn;i l'ordre Trois mill(^ prisonniers, trente pièces d'artillerie, plus de cent wagons et une grande quantité de munitions furent capturés à Winchester et dans son voisinage immédiat, et sept cents hommes se rendirent au général Rodes àMartinsburg. Après cette heureuse imiuguration de la grande campagne de Pennsylvanie*, le général Ewell se porta promptement sur le Potpmac, dont il occupa tous les gués.
Le corps de Longstreet reçut l'ordre de marcher siu- Culpepper, son flanc droit gardé par des détachements de la cavalerie de Stuart (jui surveillait les gués du Rapiiahan
aux généraux Longstieet, llill et Ev/ell de se porter sur Gettysburg. Ainsi, en moins de i rente jours le grand commandant confédéré avait transporté sans encombre son armée entière de Fredericksbui'g à Gettysburg^ par la voie de la vallée de la Shenandoah, et exécuté un merveilleux fait stratégique. Il est vrai que d'auties généraux de la Contedératiou ont accompli des marches plus longues, mais [tour estimer à sa juste valeur le talent militaire de Lee, il faut considérer que dans cette occasion, il avait accompli celle-ci en présence d'une des [dus grandes et des meilleures nock, pendant que le corps de A..P. Hill restait près de j armées que l'ennemi ait jamais rassemblées en campagne;
Fredericksbui'g pour tromper l'ennemi par des dénnuistra ■ tions de forces. Ces différents mouvements ne s'acconi[)lirent pas, cependant, sans quo liooker s'en aperçut. Il supposa avec raison que les forces confédérées s'étaient i-etirécs de la position qu'elles tenaient en f;ice de son front de batjiille et conséquemment il envoya, dans la nuit du 5 juin, un fort détachement au sud du Rappahannock, sur la dn»ife de Lee. Mais l'habile conimandant confédéré mûrissait en ce moment son grand chef-d'œuvre de stratégie ; il réussit à déguiser sa force réelle et ses manœuvres tirent croire à Hooker que toute son ai'uiée était encore dans le voisina^^e de Fredericksburg. Le 7 juin, une autre reconnaissance fut faite ; un détachement de cavalerie traversa le Rappahannock aux gués Beverley et Kelly et attaqua le général Stuart à la station Brandy. Stuart mit l'ennemi en déroule et le força à repasser la rivière après avoir peidu quatre cents hommes et trois pièces d'artillerie. Bien que cette dernière reconnaissance eut démontré, jusqu'à un certain point, la direction do la marclie de Lee, Hooker n'était pas assez subtil pour comprendre l'importance de ce mouvement, et ne supposant aux Confédérés aucune intention d'envahir un Etat du Nord, ou croyant tout au plus à quelque incursion destinée à bénéficier leur commissariat, il se contenta de disposer ses forces de manièi'e à couvrir Washington, et de prendre une forte position entre Manassas et Centreville, plaçant ainsi son armée entre les Confédérés et le ])oint qu'il supjwsait être le but de leurs mouvements.
Jjee s'occupa immédiatenuMit de l'exécution de son plan. Il avait réussi à tromi)er l'ennemi d'une manière
que des trou})es fédérales teu;uent garnison à Winchester, I\Iartinsburg, Berryville et Harper's Ferry, et ({ue l;i cavalerie fédérale était sjjlendidement oigam'sée. Ce fut en face de tous ces obstacles que Lee traversa le Rap})ahaunock, les défilés des montagnes Bleues, la vallée de la Shenandoah et le Potomae, et entr;i en Pennsylvaîjic sans que sa marche fut contrariée.
Aussitôt que l'armée cudedéréo eut mit le pied sur le sol de la Pennsylvanie, beaucou]) de personnes supposèrent que les habitants de cet Etat, n'étant pas dans d'amicales dispositions au sujet des envahisseurs, et ne pouvant s'autoriser co'.nme dans le Maryland, de sympathies politiques pour éloigner d'eux les pénalités de la guerre, — nos troupes ne tarderaient p;as à salisfaini leur vengeance des cruautés connnises jjar l'ennemi dans les maisons et les champs désolés du Sud. Mais rien de semblable n'eut lieu ; l'attente de ces personnes fut déçue. Au conti'aire de leurs espérances, le général Lee n'eut pas plus tôt traversé la limite de l'Etat qu'il annonça que les propriétés particulières devaient être respectées, et qu'il lança des ordres généraux réprimant tou^t excès que pourraient conïmettj-e les troupes et donnant, en réalité, au peuple envahi de la Pennsjdvanie une protection dont les populations mêmes du Sud ne jouissaient pas toujours, contre les em-ôlements et les autres exactions de la guerre. Aucun soldat ne juit entrer dans une maison sans mi ordre écrit ; aucun grenier ne fut pillé et l'on put voir de vastes cliamps de blés gardés par des piquets de cavaliers confédérés dont les moutures étaientpresque mortes de faim.
Tant que ces ordivs do Loo n'oni'cnt poui' ofllM" (|no de maintenir la iliscijilinc et le moral do ses liommos, de les empècluT ' de (L'^rnrier en maraudeurs, et de ne donner ainsi aucune ])rise à des représailles identii|ues. ils furent ap[)ronvés par l'ojjinion ])ul)lique dans le Sud, ear 1)ien (|u'il fut exaspéré })ai' les eruaMtés C()nimises par l'ennemi, le peuple du Sud était trop lier de sa réputation di^ chevalerie et s'enorgueillissa-ii trop de eetle é[)ulation pour ne i)ivs lui sacrifier ses justes ressent iuienls. Mais il y avait, dans ce cas une distinction très cla-re dans les uiesui'es à prendre, et le lîîchrnoiul E.rnmhwr rindi(jua. dans un article où il critiquait avec force la c<MKluite du général Lee. Il dit que quelques personnes seulement recommandaient des représailles en nahm- : qu'il ne deva.it pas être question de Lrû- 1er les maisons, de vol(a' k>s bijoux et violer les fennnes de la Pennsylvanie comme les soldats fédéraux l'avaient fait en Virginie et dans le Mississiju ; mais qu'un tel maintien de la discipline et de l'honneur des soldats confédérés n'était nullement incompatible avec la dévastation d'un pays ennemi, faite d'après des ordres généraux réguliers et par une armée en ligne de bataille ; que de telles représailles ne pouvaient jeter aucun discrédit sur l'histoire des faits d'armes de la Confédération. ''■ Ces représailles," continuait-il, '-'sont dues au peuple souffrant du Sud et seraient une leçon donnée à l'ennemi. Elles indiijueraient ime nouvelle ère d'opérations qui, sans })rendre le caractère barbare des exactions de l'ennemi, seraient plus efHcaces que cette guerre bénévole ({ui irritait au lieu d'alarmer le peuple du l)ays envahi, et accroissait les forces de remiemi en lui faisant obtenir de.s i-ecrues jusque su.r le territoire occupé." Le général Lee paraît n'avoir jamais comj)ris la force de cet argument. Nous veri'ons plus lard eu quelle monnaie on paya les civilités qu'il ht aux Pcnnsylvaniens et comment, malgré la modération constante des Confédérés, qui justifiait la dénomination de "guerriers chrétiens" à eux donnée par le président Davis, les calomnies ingénieuses d'un ennemi coujiable lui-même des plus grandes atrocités, qualifièrent les Confédérés de sauvages de la pire espèce et leurs actes de ^'barbaries rchcffcs." Maisil est un fait qui ne peut échapjier a l'attention de l'histoire et qui prouve l'extrême fausseté d'une telle assertion : c'est la magnanimité que déploya cette partie de ce peuyile qui se trouvait, pendant la troisième année de la guerre, sur le sol de la Pennsylvanie avec le caractère et les prérogatives d'une iirmée envahissante, et qui cependant refusa de prendre avfintage de quelques-unes des^K'ualités les plus communes de la guerre.
Le 28 juin, le général Hooker, à sa propre requête, fut relevé du commandement de l'armée fédérale, et le o'énéral Meade, dont les antécédents étaient ceux d'un bon chef de cor])s et (h; division, fut désigné comnn; son successeur. Une grande alarme régnait dans le Nord. Les gouverneurs des Etats de l'Ohio, Pennsylvanie, New York, Maryland et Virginie occidentale a]»pelaient leurs milices sous les armes. Mais tous ces préparatifs fiévreux ne tiraient pas à, consé-
quence. Les esprits intelligents voj'aient aisément que la sécurité du Nord reposait sur l'armée de Meade et sur la ligne puissamment l'oi'tifiée de Washington et que^ si ces obstacles étaient écartés, les milices levées à la hâte ne poui'iuient ai'rêter la marche victorieuse de l'armée de Lee. La gi'andt^ bataille qui allait être livrée allait donc décider jdu sort du i)ays. L'anxiété était immense. Le général Meade !se ti'ouva à la tête d'une splendide armée de cent cinquante j mille honunes. 11 compiit la nécessité d'une action rapide et décisive. Oi'ganisant rapidement ses forces, il marcha à jla renconti'c des Confédérés. Après avoir disposé ses troupes de manière à couvi'ir à la fois Washington et Baltimore, il jse porta en avant avec prudence jusqu'à ce que son avantgarde eut atteint Gettyshurg. Il jeta une ligne de retranchements sur une chaîne de collines à environ un mille de la ville, puis une force considérable fut détachée à travers et au-delà de la ville pour surveiller les mouvements de l'armée de Lee.
BATAILIE Dli GLTÏYSLUEG.
La grande bataille commença le 1er juillet. L'avantgarde de rennemi, com[)osée du rième corps, rencontra la division Hetli, et l'action était à peine engagée que Ewell lança à son tour la plus grande pai'tie de son corps sur la colonne fédérale. Arrivés à un mille et demi de la ville, les Confédérés firent une chai'ge désespérée. La ligne fédérale fut brisée et l'ennemi repoussé dans un terrible désordre. Bientôt, les rues de la petite ville de (Tcttysburg furent encombrées des fuyards que Ewell chassait devant lui, signalant chaque pas de sa poursuite [»ar un nouveau succès et prenant cin(| mille prisonniers. Les masses des fugitifs s'acumulèrent en pleine déioute dans la ville et se réfugièrent dans le cimetière formant l'angle d'une colline.
Bien qu'il ne fut 2)as plus de cinq heures du soir, ce premier succès ne fut pas poursuivi. Au moment où Ewell et Hill se préparaient à une attaque nouvelle, ils furent arrêtés par le général Lee qui jugea convenable de s'abstenir de profiter des avantages déjà obtenus jusqu'à l'arrivée du reste de l'armée. Cette malheureuse inaction d'une seule soirée donna à Meade le temps de concentrer toutes ses forces et même de les disposer dans la ligne presque imprenable que .les Confédérés avaient permis à un détachement, fort seulement de (pielqiK^s milliers d'hommes, d'occuper sans contestation.
Pendant que Lee laissait ainsi s'échaiiper les fruits de sa victoire du 1er, l'ennemi prenait à son aise possession d'une des plus firies positions connues dans les diverses camjoagnes'de cette gutr^'c, y concentrait toutes ses forces et tournait ainsi toutes les chances de bi future bataille en sa faveur. Dans la nuit du 1er juillet, le général Meade arriva en })ersonne sur le lieu de l'action et concentra son armée entière sur ces fameuses hîluteurs de Gettysburg, désignées sous le nom de collines du Cimetière, et où l'action du
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES
premier jour s'était terminée. Ces collines, situées en face de la ville, s'étendent dans la direction de l'ouast et du sud et augmentent graduellement de hauteur justiu'à la montagne très élevée apjDelée "Round T(ip," courant de l'est à l'ouest. Les Confédérés occupaient une séiie de collines extérieures, moins élevées et éloignées d(>s positions fédérales d'un mille à un mille et demi. La ligne de bataille des Confédérés se forma sur cette parallèle désavantageuse, le corps d'EAvell t\ gauche; la division Eaily s'ap- IKiyant sur la ville, puis la division Rodes à sa di'oite. A la droite de cette division venait la gauche de A. P. Plill, dans l'ordre suivant : divisions Heth, Pender et And(M-snn. A la droite de hi division And(M-son était formée la ganeh.'^ (h Longstreet, formée de la division îilac Laws; ])uis, à l'extrême droite de la ligne, la division llood, placée en face de l'éminence snr larpieHe était ])oslée la gauche ennemie.
Pendant longtemps, l'opinioii populaire a piévalu dans le Sud que le général Lee, ayant négligé de profiter des avantages du premier jour, fit une faute en livrant la bataille de Gettysburg. Mais cette accusation doit être discutée avec soin. Le général Lee explique lui-même comment cette bataille était devenue inévitable : "Il n'eut pas été de notre intention, dit-il, de livrer bataille à une distance si grande de notre base, à moins d'être attaqué par l'ennemi; mais nous trouvant nous-mêmes, sans nous y être attendus, confrontés par l'armée fédérale, il devenait difficile de nous retirer avec nos immenses trains à travers les montagnes. D'un autre côté, la pays n'offrait pas les ressources d'approvisionnements .nécessaires et la présence du gros de l'armée ennemie rendaient injpraticables toutes les opéiutions des fourrageurs en occupant les passes des montagnes avec des troupes locales et des troupes régulières. Une bataille était ainsi devenue en quelque sorte indispensable. Encouragés par les succès des premiers jours et en prévision des résultats immenses qu'auraient une défaite de l'armée du général Meade, il fnt jugé convenabh^ de icnouvcler l'attaque."
Il est vrai que la })ositiou choisie i)ar renncmi était d'une force extraordinaire. Mais l'armée de la Virginie septentrionale était aussi elle-même dans des très favorables conditions. La victoire l'avait accon)pagnée jusque-là ; elle avait accompli tant de merveilles dans le })assc (ju'elle ne voyait désorn]ais rien au-dessus de ses forces, et quand, dans la matinée du 2 j aille, le général Lee reconnut le champ de bataille et examina les collines environnantes, couvertes de ses hommes résolus et de son artillerie, il ne put s'empêcher de manifester sa satisfaction et sa cunliance. Il se détermina à attaquer.
. Le 2 juillet, l'action ne rccommen^;a qu'à deux heures de Taprès midi. Sous le couvert du feu foiniidable des batteries confédérées, Longstreet s'avança sur la gauche, et^^Ewell, de Gettysburg et deRocky Creek, lança les divisiens Johnson, Rodes et .Early contre la droite ennemie, pendant que son artillerie canonnait la pente des collines
du cimetière. Pendant que les deux corps de flanc s'avançaient à l'attaque, la division Anderson reçut l'ordre de se préparer à appuyer Longstreet, tandis que Pender et Heth se tiendraient en réserve, pour être employés où et qnnnd les circonstances l'exigeraient.
Longstreet se plaça à la tête des divisions Hood et Mac Laws, et attaqua avec furie. La première portion de la ligne ennemie qu'il rencontra fut le corps de Sickles, qu'il rejeta ;\ l'arrière en lui faisant subir une perte terrible. Les Confédérés ne firent feu que lorsqu'ils furent à courte portée; arrivés à distance convenable, ils se ruèrent sur l'ennemi en poussant le ci'i habituel des soldats du Sud. Le général Meade, s'apercevant que la principale attaque était dirigée contre sa gauche, envoya rapidement sur ce point des renforts tirés du centre de sa ligne. Pendant deux heures la bataille continua avec une fui'eur incroyable. Sur le plateau semi-circulaire du Round Top, point central de l'action, se coiu^entraient tous les eftbrts de l'attaque et de la défense. Le feu était efl"rayant et continu ; trois cents pièces d'artillerie vomissaient la mort et la destruction de chaque côté. La terre tremblait sous leiu-s détonations répétées, une forte colonne de fumée sulfureuse couvrait cette scène d'une infernale horreur. Longstreet, la tête découverte, semblait chercher la mort qui l'évitait sans cesse. A un certain moment, on put croire que la bataille était gagnée. Trois brigades de la division Anderson s'étaient élancées à l'assaut ; Wilcox et Wright étaient presque arrivés au sonunet de la montagne, quand des renforts arrivèrent aux Fédéraux. Les hommes de Lons;street, voyant que le reste de la division Anderson ne les rejoignaient pas, ne purent gagner le sommet de Round Top ni en chasser l'ennemi.
Sur la gauche confédérée, les efibrts de Evvell étaient couronnés d'un meilleur succès. Il s'était porté à l'assaut de la colline du Cimetière; la division Johnson s'était frayée un passage jusqu'à Rocky Creek, après avoir éprouvé une pei-te considérable par le feu plongeant des Fédéraux, postés sur une hauteur plus élevée. La division Early s'élança à l'assaut de la montagne cpii domine Gettysburg, Rodes se plaça à sa droite. Mais l'attaque n'avait pas été faite siniultanénicnt. Les brigades Ilays et lloke, de la division Early, réussii'cnt à eidever la première ligue de retranclieincnts, mais elles en furent chassées par la force du nondjre. Johnson uAait cependant gagné un terrain important, et quand la nuit tomba, il se joaintint dans la position qu'il avait conquise sur la l'ive droite du Rocky Creek.
Le résultat de l'action de cette seconde journée était que les Confédérés avaient remporté quelques avantages ; qu'on avait désormais la certitude que le Round Top n'était pas imprenable, puisqu'il avait été momentanément en notre possession, et qu'à la gaucbe, d'importantes positions avaient été enlevées. Ces résultats étaient tels, que le
o-énénil Lee se cioyait maintenant capable de délogei- l'en- j la preniière est à la gauche, la seconde à la droite des Vir-
nemi. et qu'il se décida à tenter un dernier et supi'ênie i giniens. i'ickett conduit l'attaque ; les cinq mille Virginiens
effort i>our convertir les succès déjà obtenus eu une vie- j descendent la colline aA'ec toute la régularité et la précision
toire décisive. j d'une parade. Au moment où ils atteignent le chemin de
La matinée du 3 juillet s'écoula sans incident remar-: ^'^"""'ttsbnrg, les canons confédérés, qui avaient jusqu'à
quable. A notre extrême gauche, où Johnson occupait j P^'ésent tirés au-dessus de leurs têtes pour couvrir le monve
la vive droite de Rocky Creek, il y eut une action insigni
iinnte, mais le général Lee ne jugea pas à propos d'appuyer cette partie de sa ligni», dans l'espérance que tous les désavantages qui pourraient en résulter seraient bientôt compensés par un vigoureux mouvement contre le centre de la position ennemie. Dans la matinée, Early monta dans la coupole du collège de Gettysburg pour reconnaître les environs. Les trois brigades de la division Pickett, compti'Uil moins de cincj mille hommes, qui avaient été laissées pour protéger les derrières de notre armée, arrivèrent sur le champ de bataille de Gettysburg avant midi. Ce corps de troupes virginiennes allait jouer le rôle le plus important dans cette grande bataille, et se foire un nom à jamais immortel dans l'histoire.
Vers midi, \\n calme profond régnait sur toute la ligne. Le général Lee se détermina à masser tante son artillerie sur le fi'ont du corps de Hill et à diriger l'assaut sur le centre ennemi pendant que cette artillerie protégerait sa marche. A cette fin, plus de cent pièces de canon furent placées en position. Sur le côté opposé de la vallée, on pouvait apercevoir la concentration graduelle des troupes ennemies dans les bois et les préparatifs des Fédéraux pour le formidable conflit qui alkvit éclater. Le silence de mort qui régnait dés deux côtes allait être bientôt remplacé par le fracas d'une des plus grandes batailles qui ait jamais été livrée. A midi et dL-ini, un l)oulet d'une pièce Whitworth travei'sa l'air en sifflaiù. (Ui fut le signal ; à l'instant, plus de deux cents pièces d'artillerie ouvrirent simultanément une canonnade effroyable. Un officier, acteur de ce drame titanes(|uo, déci'it ainsi ce terrifiant spectacle : " Au milieu de tous ces bruits discordants, la terre tremblait sous nos pieds, les collines et les rochers semblaient danser sui' leurs l)ases. Cette fôrmidabh; canonnade continua [)cndant une hciu'o et demie. Les explosions des bombes, la chute des gi-ands arl^res abattus par l'artillerie. les fragments de rocher Hrraclu's par le l)oulet, les cris des combattants, les liennissenitMits des chevaux l)lessés, formaient un spectacle d'une innnensé majesté."
C'est au Uiilieu de ce terrible carnage (pie la colonne confédérée s'élance à l'assadt. La division Pickett descend la pente de lu collin.e et ti'averse la plaine laissée libre. Devant lui, une forte ligne de tirailleurs forme la tête de la coloime ; les brigades Kemper et Garnett composent sa première ligne, appuyée par la brigade Armistead. Sur les flancs sont la division Heth, connnandée par Pettigrew, du corps de Hill et la ])ngade Wilcox, du corps de Mac Liiws ;
ment, se taisant, et les hommes de Pickett restent exposés au feu non interrompu des batteries ennemies, tandis qu'une fusillade excessivement vive crépite le long d'une ni-uraille m.-irquant la limite future de ce champ de bataille néfaste. vVucune halte, aucune hésitation dans la colonne d'assaut. Ce n'est pas une excitation momentanée qui la fait marcher ainsi au point désigné ; ce n'est pas cette impétuosité soudaine que le moindi'e choc peut ébranler et anéantir. La mort vole ici dans les airs, le cénie de la destruction menace la poitrine do chacun.
Mais les Virginiens bravent cette avalanche de feu, et en ce jour leur courage inmiortalisa à jamais le nom de leur glorieux Etat. Jamais pareil exemple de dévouement n'a été donné. Un cri sauvage retentit sur tout le front de la ligne ; nos troupes, enveloppées d'un nuage de fumée, arrivent enfin sur les travaux ennemis; un conflit corps à corps s'engage, et à plusieurs reprises l'étendard confédéré s'éleva à travers la fumée au-dessus des colonnes refoulées de l'ennemi. Garnett est mort, Armstead est mortellement blessé, Kemper est tué. Mais Pickett resta debout encore et guida ses colonnes dans les rangs brisés de l'ennemi. Un cri de victoire retentit bientôt, et sur une colline voisine, où un petit groupe d'officiers observaient anxieusement ce grand drame, le général Longstreet se tourna vers Lee et le félicita de l'heureux résultat de la bataille.
Vaines félicitations ! Examinant le champ de bataille, le général Lee voit les troupes de la division Pettigrew faiblir, puis se retirer en confusion et laisser la division Pickett exposée à une double attaque de front et de flanc. Le courage des Virginiens ne peut faire plus. Ecrasées, privées de presque tous ses officiers et complètement entourées, les magnifiques troupes de Pickett faiblissent. Lentement et avec fermeté, elles cèdent le terrain sous le feu terrible de l'artillerie ennemie, qui décime leurs rangs déjà éclaircis, et abandonnent la fatale vallée.
Le général Lee avait la réputation de contenir, sur le champ de bataille, tout signe extérieur de désappointement ou de satisfaction. En voyant le dernier et gigantesque effort de ses hommes jiboutir à un échec, il resta pendant quelques instants plongé dans une profonde méditation. Puis il se rendit, sans rien perdre de son calme, sur la lisière du bois, l'allia et encouragea les troupes éparses en leur adressant ((uelques paroles enthousiastes. Un officier étranger de luiut rang l'avait accompagné pendant la l)ataille; le géni-ral Lee lui dit simplement : " C'est une journée sombre poui' nous, colonel, une journée bien triste, mais nous ne pouvons espérer remporter toujours des vie-
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
toires." Aucun épisode théâtral autour de Itfi; aucune liarangue ; mais rien de plus touchant et de plus sublime que ce calme du grand général, parcourant les rangs de son îirniée décimée et adressant aux hommes des paroles simples et encourageantes, telles que : " Tout n'est pas perdu," "nous aurons notre revanche plus tard;" "que cliaque homme se rallie." Et les fugitifs s'arrêtaient, et les soldats gi-avoment blessés trouvaient encore la force de lever leurs chapeaux et de l'épondre par des cris d'enthousiasme à ces simples paroles.
L'armée de la Virginie septentrionale ne sut jamais ce qu'était une panique. Aucune harangue n'était nécessaire
de la moitié de ce chiffre se composait de prisonniers, et comprenait les hommes pris à Winchester par Ewell.
Le soleil du 4 juillet se leva sur les deux armées campées en face l'une de l'autre, et conservant exactement les mômes positions qu'elles occupaient le premier jour de la bataille. Ni l'une ni l'autre ne montrait de dispositions à attaquer. A'ers midi, Lee fit les préparatifs nécessaires pour l'envoi à l'arrière d'un aussi grand nombre de blessés que les ambulances et les wagons pouvaient en transporter; ils furent placés en ligne et envoyés sur le Potomac, sous la protection d'une forte escorte. Ces dispositions occupèrent la soirée et la nuit du 4. Dans la matinée du 5,
pour l'engager ù verser son sang sur un champ de bataille, la ligne de bataille confédérée fut retirée, et de forts déta-
ni aucun accessoire mélodramatique pour stimuler son courage. La présence de Lee était à la fois pour elle l'ordre, l'inspiratîon, le ralliement. Un colonel anglais, qui avait suivi le commandant confédéré pendant la bataille, remarqua: " Le général Lee et ses officiers appréciaient sans doute pleinement la situation, et cependant il }' eut moins de bruit, de tumulte et de confusion dans les ordres que dans tout champ de bataille ordinaire. A mesure que les hommes se ralliaient dans les bois, ils revenaient, détachements par détachements, reprendre froidement et tranquillement les positions i-espectives qui leur étaient nssi-
gnees.
Mais l'emiemi u'jibjindonua point ses travaux, et la grande crise à laquelh^ h.' génér;il Lee se préparait avec tant de Cîdme n'eut pas lien. La nuit tomlia sur cette troisième grande scène de carnage. La perte des Confédérés, dans cette effi'ayante série d'engagements, s'éleva à plus de dix ■mille hommes ; quelques détails peuvent montrer à quel point le conflit fut désespéré. Dans la division Pickett, sur vingt-quatre othciers d "état-major de régiments, deux seulement sortirent sains et saufs du champ de bataille. Le 9e Virginie entra en action avec deux cent cinquante hommes et revint avec ti-ente-huit. Sur une autre partie du champ de bataille, le Se régiment de la Géorgie rivalisait dignement avec ce glorieux et mortel état de services. Sur trente-quatre officiefs de ce régiment, vingt-quatre furent tués ou blessés.
La perte fédérale, dans l'engagement de Gettysbui-g proprement dit, ne fut pas publiée. Le général Meade admit une perte totale de vingt-trois mille cent quatre-vingtsix tués, blessés et manquant^ dans toute la campagne. Près
chements de tirailleurs restèrent seuls pour faire face aux Fédéi'aux. Le -5, à minuit, l'arri ère-garde de Lee était sortie sans encombre de Gettysburg et se retirait dans un ordre parfait. Nulle part aucune excitation, aucune panique. Les wagons et les trains d'approvisionnements, toute l'artillerie, de grands troupeaux de bestiaux, des chevaux 'et plus de sept mille prisonniers furent retirés ou emmenés en sécurité.
En atteignant Hagerstown. le général Lee trouva le Potomac gonflé par les récentes pluies. Son armée ne pouvant le repasser en sûreté, la ligne de bataille fut de ncuveau formée, la droite s'appuyant sur Hagerstown, la gauclic sur le Potomac. Des retranchements furent construits ù la hâte et les préparatifs furent faits pour recevoir les Fédéraux, qui, d'après les rapports, s'avançaient rapidement. Meade suivit l'armée de Lee, mais sans faire aucun préparatif d'attaque; il était trop affaibli pour livrei' bataille. D'aucun côté, on ne montrait aucune disposition à engager l'action. Lee continua à occuper sa position jusqu'il ce que les pontons fussent construits pour le passage de la rivière par son armée. Il la traversa en face de l'ennemi, qui était arrivé le 12, "sans perte de matériel, à l'exception de quelques wagons hors de service et de deux pièces d'artillerie.'' (*)
La poursuite de l'armée de Lee se borna à un mouvement de flanc de l'armée fédérale, qui traversa le Potomac à Berlin et descendit la vallée de Loudon. La cavalerie fut lancée dans les différents défilés de la chaîne des Montagnes Bleues, mais en dépit de tous les efforts des Fédéraux, le général Lee réussit une fois de plus à reprendre sa ligne
(■■) La eommunieiilion oHicielIe suivante tlii général I,eo dénioutre mieux qu'aucuns commentaires la fausseté des dépèches des généraux du Nord :
Quartier-Général dk l'Armée de i,\ Viroinie Septentrionale, Ait général S. Coopcr, adjudant et inspecteur général de l'année confédérée, à Rirhmond, {Virginie.) 21 juillet 1863.
Général ; — J'ai vu dans les journaux du Nord nn document donné comme une dépêche officielle du général Meade, élablissatit qu'il avait capturé une brigade d'infanterie, deux pièces d'tytillerie, deux caissons cl un grand nombre de petites armes, quand notre armée s'est retirée sur la rive raéridic» dionale du Potomac, le 13 et 14 de ce mois.
" Cette dépêche a été copiée par les journaux de Richniond et comme son caractère officiel peut faire croire k sa véracité, je déaire affirmer qu'elle est ineorreslfe. L'ennemi n'a capturé aucun corps organisé dans cette occasion, mais seulement quelques traînards et quelques hommes laissés endormis sur le chemin de la retraite, exténués par la fatigue et riutempérie de la nuit la plus inclémente que j'aie jamais vîie pondant ççtt§ saiso» <3e l'année, La piui»
du Rapidan pendant que l'ennemi occupait de nouveau celle du Rappahnnnock.
La campagne était terminée. Mea.de, dans la deniière bataille de Gettysburg, avait sauvé le Nord, mais il n'avait pas accompli entièrement la tâche que lai avaient imposée ses concitoyens: — couper et détruire l'armée de la Virginie septentrionale.
La journée de Gettysburg peut être considérée comme le moment critique de l'histoire de la Confédération. John M. Daniel, éditeur de VExaminer de Richmond, répéta souvent que le 3 juillet, les Confédérés occupant les hauteurs de G-ettysburg n'étaient qu'à quelques pus de la 'paix. Cette réflexion ne doit pas paraître extravagante, si l'on considère à quel point u.ne victoire confédérée aurait aflecté le moral de l'armée de Meade en laissant à découvert New York, Philadelphie et Washington, et surtout quand le sort de Vicksburg n'était pas encore décidé et que les points vitaux de la Confédération étaient en notre pouvoir. Ce fut en anticipation et avec l'assurance d'une victoire décisive que les Confédérés préparèrent leurs première^ ]n'opositions formelles de paix. L'histoire propre de ces '^' négociations de paix " commence quelques jours avant la bataille de Grettysburg. Quand Lee eut traversé la frontière pennsylvanienne, une mission de ce genre fut organisée à Richmond et confiée au vice-président Stephens, qui reçut l'ordre de se rendre à Washington avec la lettre suivante, laquelle lui donnait un prétexte de commencer lesnégociations. A part le caractère de cette lettre comme dissimulant les intentions réelles des Confédérés, elle ne manque pas d'un certain intérêt par elle-même. En voici la teneur:
RicuMOND, 2 juillet 18C3.
A l'Honorable Ahxawlcr H. Slephen.^, Richmond {Virginie).
"Monsieur, — Ayant ^accepté [voire offre patriotique de vous rendre à Washington, comme coinraissaire militaire et sous drapeau parlementaire, je vous envois ci-ineluse la lettre qui vous autorise auprès du Commandant en chef de l'armée et de la marine des Etats-Unis.
" Cette lettre est signée par moi comme Commandant en chef des forces de terre et de marine confédérées.
" Vous verrez, par les termes de cette lettre, qu'elle est conçue de manière à éviter toute difficulté d'une nature politique à sa réception. N'étant exclusivement qu'une de ces communications do belligérants que la loi publique reconnaît comme nécessaires et convenables entre des forces hostiles, la teneur de cette lettre n'offre aucune prise à un refus de réception, sous prétexte que cette réception.entraînerait une reconnaissance tacite de l'indépendance de la Confédération.
"Votre mission est simplement une mission d'humanité, et n'a aucun caractère politique.
•• Si des objections sont faites à la réception de cette lettre, sous prétexte qu'elle n'est pas adressée à Abraham Lincoln comme Président ^ mais comme Commandant en chef, etc. ctc, vous en présenterez le dnplieuta, adresEé i\ lui comme Président et signé de moi en ma capacité de Président. A ceci, on pourra encore objecter que je ne suis pas reconnu comme président de la Confédération. Dans un tel cas, vous déclinerez toute tentative de conférence au sujet de votre mission, car une telle conférence n'est po?sibV que sur le pied d'une parfaite égalité.
" J\[es récentes entrevues avec vous vous ont mis si eomplèlemcni an courant de mes vues qu'il est à peine nécessaire de vous donner aucune instruction détaillée, même dans le cas où je serais aujourd'imi en a-soz bonne santé pour vous les expliquer.
'■ Mon but général est, en un mot, de placer cette guerre tur un j)iid plus conforme aux usages des uatiens civilisées dos temps modernes, et de lui ôter ce caractère sauvage qui lui a été imposé par nos ennemis, en dépit de nos efforts et de nos protestations. La guerre, dans tous ses aspects, est assez pleine d'horreuis inévitables pour justifier, et même pour exiger de tout chef chrétien qui peut malheureusement se trouver engagé à la poursuivre, toute tentative de restriction à ses calamités et tout rejet des sévices >!on indispensables. Vous vous efforcerez d'établir le cartel d'échange des prisonniers sur une base propre à éviter les difficultés et les plaintes qui s'elèveni constamment, et à prévenir désormais ce que nous envisageons comme une mesure injuste de l'ennemi : — de retarder la remise dts prisonniers éehangés, en nous les envoyant par des routes détournée.=^, après les avoir gardes ])eiidant des mois entiers dans les camps et dans les prisons ; et de pei-sister à retenir comme captifs les non combattants.
" Votre attention est aussi appelée sur l;i. conduite sans précédents di^s oOiciers fédéraux qui eh.asscnt de leurs foyers des communautés entièivs de femmes et d'enfants aussi bien que d'iionnnes, dans les districts oceujifs jinr leurs troupes, pour l'unique raison que ces infortunés sont fidèles à l'allc geance qu'ils doivent à leurs Etats, et ([u'ils refusent de prêter un serment: de fidélité à leurs ennemis.
''La mise à mort de prisonniers désarmés a été un motif de justes plaintes en plus d'une occasion, et la récente exécution d'ofiPieiera de notre armée dans le Kentucky, pour la seide cause qn.'ils étaient employés à un service de recrutement dans un Etat que les Etats-Unis réclament jusqu'à, présent pour un des leurs, mais qui est aussi considéré par nous comme un des Etats Confédéré.s, — doit être combattue par des représailles, si l'idée n'en est pas complètement abandonnée ; la raison en est qu'un tel acte justifierait toute exécution semblable dans tout autre Etat de la Confédération. Une telle mesure est barbare et inutilement cruelle et ne peut conduire qu'à un massacre général des prisonniers de part et d'autre ; résultat trop horrilde h envisager pour que l'on ne fasse tous les efforts possibles pour l'éviter.
" Sur ces sujets et autres du même genre, vous considérerez votre autorité connne entière et suffisante à conclure tous les arrangements qui tempéreront le caractère cruel donné maintenant à la guerre. Pleine confiance est accordée à votre jugement, A votre patriotisme et à votre discrétion an sujet de la nécessité de prendre soin, en exécutant les diverses clauses de votre mission, que les droits égaux de la Confédération soient constamment préservés.
" l'rès respectueusement,