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SYSTEME FINANCIER DE M CONFEDERATION

Les journées de Gettysbui'g et de Vicksburg furent deux* système iiuuucier coiiiplètemeut aililieiel et ii(i;![!l,e aux victoires juuielles [)uur les Fédéraux, — deux désastres ju-i besoins de ia gueri'e. Des leçons économiques tr-js sérieuses meaux pour les Confédérés. Elles marquèrent le point {pourraient être tirées do cette histoire du système iinancier critique où la fortune de la guerre se déclara contre la ;. confédéré, si nos limites étroites ne nous défendaient de Confédération du 8ud. Le désastre de Vicksburg fut un j tracer son développement graduel, de suivre [-.as à passa

choc formidable à tout le système économique intérieur du Sud, et cette période de désastres coïncidant précisément avec une gi'ande détresse de ressources matérielles, beau-

carrière extraordinaire et de marquer l'influence qu'il exerça sur la condition sociale, la morale publique et pri vée, et la fortune définitive de la Confédération. En thèse

coup de personnes crurent y découvrir les premiers signes i générale, on peut affirmer (|ue la condition des finances évidents de la décadence de la Confédération. L'aigent fut i confédérées, autant au moins (pie toute autre cause, influa toujours ''le nerf de la guerre ;" aussi, quand il fut connu j d'une manière toute puissante sur le résultat de la guerre. que la monnaie courante confédérée avait décliné de mille! La particularité la plus frappante des guerres modernes pour cent à la nouvelle des désastres militaires, on corn- ' est qu'elles sont [u-iucipalement conduites \n\v 11' crédit, prendra facilement combien cette alarme et cette anxiété j sous forme de njonnaie de papier. Ce système fut inauguré furent excitées. L'organisation du système des finances j par la Grande-Bretagne, et doiuja pour résultat final la confédérées mérite im examen sérieux. C'est ici, après le dette gigantesque qui j>èse sur le gouvernement biitannirécit des événements c^ui affectèrent si profondément son que. Les gouverneuients révolutionnaires qui se .succédéefficacité et son intégrité, qu'il convient d'en donner un rent en France depuis la chute des Bourbons juscpi'à l'au-

aperçu. Ce sujet est par lui-même si distinct et si indépendant des autres particularités de notre narration, qu'on peut, sans inconvénient chronologique, l'étudiei- ici dans fion ensemble, depuis le commencement jusqu'à Ui fin du conflit.

tocratie de l'Empire, suivirent l'exemple de la Grande Bretagne et crécreni, ces dettes énormes ([ui partagèrent le sort des pouvoirs éphémères (pii les ;i\'aieiit coufractécs. Tous les gouA'erneinents d'Eui'ope, à [»eii (rexc(;[>tioiis près, fonctionnent aujourd'hui sous le faix des obliiirations con-

Le Sud était, pendant la guerre, dans une situation de i tractées pour l'entretien des coûteuses guei'res du [)assé, et

complet isolement. Les influences étrangères eurent moins de prise sur son système financier que, dans tout auti'e cas

les guerj'es nu^dci'ncs ont suivi la proportion constainment ascendante du crédit pul)lic. Si, en Amérique, le peuple

identique, elles en eurent sur les lois économiques d'aucun I avait raison de s'étonner de l'immensité des armées qu'il pays d'étendue, de population et de civilisation égales. La ■ mettait en campagne, et de l'étendue aussi .bien ([ue du

communauté du Sud était composée de plusieurs millions d'individus, occupant un vaste territoire, dépourvus de toute monnaie métallique, et se voyant forcés de créer un

coût énorme de leurs opérations militaires, c'est ([ue cettje merveilleuse exhibition avait moins encore sa source dans l'immensité de leurs ressources que dans la manière prodi-

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

o-ue et imprévoyante dont ils usèrent d'un crédit qui n'avait jamais été auparavant mis en réquisition. Ce ne serait pas dépasser les limites de la vérité d'affirmer que, dans chacune des deux sections belligérantes, les idées de guerre furent, dans une très grande proportion, nourries et stimulées par les profits que le lourd budget des dépenses publiques donnait à une certaine classe de personnes directement responsables de la guerre et engagées dans ses opérations. Ce plan moderne de rejeter le fardeau des dettes contractées par une guerre quelconque sur les épaules des futures générations, a fait plus pour stimuler les coûteux et sanglants conflits entre les nations et les peuples, que toutes les influences harmoniques de la civilisation moderne et du christianisme n'ont fait pour les restreindre. Jusqu'à ce que le système contemporain de crédit soit contrebalancé par quelque autre plan, qui, au lieu d'cinàchir, appauvrisse les personnes ayant le contrôle innnédiat des opérations publiques pendant l'état de guerre, nous n'aurons aucun motif d'espérer une ère de paix perpétuelle.

Les trois exemples les plus remarquables de cet abus du crédit pour subvenir aux frais de guerre, — antérieurement à ceux fournis par les deux belligérants de la guerre d'Amérique, — sont donnés par la Grande-Bretagne, la France et la Russie. La dette du gouvernement britannique, à la fin des guerres du premier empire français, était de huit cent quatre-vingt-cinq millions de livres sterling. En mars 1S63, c'est-à-dire après une période de près d'un demi siècle embrassant les coûteuses contributions de la guerre de Crimée, cette dette n'avait été amortie, malgré un système de taxes très onéreux, que jusqu'à concurrence de sept cent quatre-vingt millions de livres sterling, ou environ trois milliards neuf cent millions de dollars.

Le montant des assignats émis par les autorités révolutionnaires françaises, en comprenant toutes les diverses séries, atteignit la somme énorme de quarante milliards de francs, (d'après l'autorité de The American Encijcloiicdia). Les assignats furent suivis d'une seconde émission de papier monnaie, désignée sous le nom de mandats , qui s'éleva il deux milliards quatre cents millions de francs. La grande masse de chacune de ces formes de circulation, formant un total de plus de quarante-deux milliards de francs ou de huit milliards et demi de dollars, fut perdue pour les détenteurs par une circonstance qui eut un effet doublement heureux pour la France, en lui donnant le moyen de se débarrasser à la fois de cet énorme fardeau et des autorités démagogiques qui le lui avaient imposé.

La dette britannique fut contractée presque entièrement sous forme de bons à longue date, sur la foi desquels la Banque d'Angleterre mit en circulation un nombre proportionné de ses propres billets. Il est vrai que les hiUs de VEcldquier émis par le gouvernement pour des besoins temporaires, tombèrent directement dans les mains du public, mais la plus grande partie fut prise par la Banque

d'Angleterre, et ils constituèrent, comme les bons, une base additionnelle de circulation. A ce point de vue, on observera que les systèmes anglais et français furent essentiellement différents. En Angleterre, la circulation ne fut pas identifiée aux reconnaissances du gouvernement, mais elle fut émise par l'intermédiaire d'une banque qui fit, des bons de l'Etat, la base de la sécurité de la circulation. En France, ce fut le gouvernement lui-même qui émit ses obligations sous forme' de monnaie courante, les déclara officiellement telles, et menaça de [)énalités sévères tous ceux qui refuseraient de les accepter comme monnaie légale. Les mérites comparés des deux systèmes furent amplement prouvés par les résultats. Les émissions de billets français, comme nous l'avons vu, augmentèrent jusqu'au chiffre de quarante-deux milliards de francs (total des assignats et des mandats), et leur valeur déclina de jour en jour jusqu'au moment où elle devint complètement illusoire. D'un autre côté, la circulation des billets anglais n'atteignit jamais un point où elle serait devenue impossible à contrôler. Les billets en circulation de la Banque d'Angleterre ne se montèrent jamais à un total plus élevé que trente millions de livres sterling, soit cent cinquante millions de- dollars. Et la livre sterling, en sa propre forme, ne subit jamais une dépréciation comparable à celles qu'éprouvèrent généralement toutes les émissions exagérées de papier monnaie, en état de guerre, dans les autres pays ; car la livre sterling anglaise subit sa dépréciation extrême en 1814, quand elle toml)a à cinq livres dix shillings à l'once, soit à 1.5-5[100 en papier pour une unité en or. Nous verrons plus tard qu'aux Etats-Unis, le dollar en papier tomba jusqu'à 2.S5[100 pour 1 en or, et que le dollar confédéré, également en papier, ne valait, à la fin de la guerre, que 1|G0 de la valeur correspondante en or.

Pour défrayer les dépenses des guerres répétées que l'empire russe poursuivit pendant de longues années sur sa frontière circassienne, il fallut avoir recours, sur une grande échelle, au crédit pul)lic et à l'établissement d'une Banque d'' Assignats, expédient similaire à celui mis en vigueur auparavant en Angleterre. Cette banque fournit la monnaie courante acceptée dans l'empire pendant de nombreuses années, et on croit que le chiffre de sa circulation n'a jamais dépassé huit cent trente-six millions de roubles, même dans les moments où les exigences militaires étaient les plus pressantes. Une circonstance très remarquable qui se rattache à l'histoire de ce système financier de la Russie est que sa circulation factice fut appréciée à un taux bien supérieur à l'or pendant l'hiver de la campagne de Russie de Napoléon, haussant à mesure que l'envahisseur approchait du centre du pays, et 1}aissant à mesure qu'il se retirait.

Malheureusement pour eux-mêmes, aucun des deux belligérants américains ne prit de mesures pour établir im équilibre convenable entre l'afflux et le reflux de la moa-

îiciie courante, pendant la guerre gigantesque qui fait l'objet de ce récit. Si une banque intenuédiaire, analogue à la Banque de l'Echiquier anglaise, avait été établie dos le début, et qu'on lui eut attribuée des fonctions semblables à celles qu'exerçait la Banque d'Angleterre pendant les deux premières décades du présent siècle, — c'est à dire le contrôle exclusif de la circulation et la faculté d'agir comme principal facteur du gouvernement pour la négociation de ses bons, — les maux occasionnés par une monnaie ruineusement dépréciée, eussent pu être évités. Dans l'état de choses admis, chaque nouvelle demande d'argent du gouvernement, au lieu d'être satisfaite par une vente de bons ou par la rentrée d'une partie de la circulation déjà au dehors, l'était par ime nouvelle et additionelle émission de billets; ceux déjà lancés restant pour la plus grande partie entre les mains du public, qui ne les désirait ni ne les employait. Il y eut ainsi une perpétuelle sortie de billets et aucune rentrée qui put maintenir leur demande et soutenir leur valeur. Le crédit public devint la proie d'une multitude de courtiers et de spéculateurs qui, dans le cas contraire, auraient du être tenus en respect par une grande corporation financière, disposant d'un capital do plusieurs centaines de millions de dollars, et capable de "placer" les bons publics aussi rapidement que le besoin de fonds l'exigeait, et, par le moyen de forts escomptes, établissant une rentrée constante de la circulation dans ses propres coffres. Un des premiers principes de l'économie politique est celui-ci : — que si une monnaie quelconque est continuellement émise, sans qu'aucune mesure soit prise pour établir un contre-courant de cette même circulation en la reversant dans la source d'où elle est sortie, la dépréciation est inévitable. Quand une circulation est émise par l'intermédiaire d'une banque, elle procède par escompte de papier négociable d'hommes d'affaires connus, et la rentrée est créée par le ]'etour du même montant de circulatiou en banque, en paiement du papier escompté et à la date de son échéance. Chaque billet ainsi escompté a son jour de remboursement, et par conséquent la rentrée de la circulation correspond avec la sortie. La banque eut pu faillir, mais les billets du dehors n'eussent pas été perdus par ce fait seul, car la nécessité de payer le papier négociable qu'elle eut escompté avant de faillir, aurait absorbé le montant exact de la circulation courant au dehors, lors de la discontinuation de l'émission. Une puissante banque de l'échiquier, — quelque vicieuse ou inutile que soit une telle institution, en temps de paix, dans notre système fédéral, — est, en temps de guerre, un intermédiaire admirable pour la régularisation de cette forte circulation qui est la conséquence nécessaire de l'état d'hostilités.

Aucun des deux belligérants de la guerre d'Amérique m s'occupa sérieusement,— ou plutôt ne s'occupa nullement,— de s'assurer de la rentrée normale dans le Trésor de la circulation que chacun des deux émettait avec tant do

profusion. La sortie de cette circulation fut énorme et continue; tandis que la rentrée, si toutefois il y en eut jamais, tut toujours loin d'être suffisante pour créer une demande sensible de monnaie courante, ou pour lui donner une valeur sensible.

A l'appui de ces assertions, examinons la situation financière des deux sections après la fin de la guerre. La dette totale contractée par le gouvernement fédéral pendant la poursuite des hostilités, a été évaluée officiellement, dans les nombreux bulletins mensuels publiés par le département du Trésor, à environ deux milliards et huit cent millions de dollars. L'opinion généralement admise dans les cercles officiels et financiers est que la dette, une fois entièrement compulsée et établie, atteindra la somme ronde de trois milliards de dollars. Il y avait en circulation dans les Etats- Unis, sous forme de billets émis, par le Trésor fédéral, au 31 juillet 1865, un montant total de sept cent onze millions de dollars tant en billots portant cinq pour cent d'intérêts, et six pour cent d'intérêts composés, qu'en billets du Trésor (greenbacks) sans intérêts, et en petite monnaie. A cette môme date, la ciiculatiou des billets des banques nationales avait atteint le montant de cent cinquante-sept millions, et le chiftVe supposé des billets des banques d'Etat encore en circulation, d'environ quatre-vingt millions. Ainsi, la circulation totale de monnaie factice, dans les Etats du Nord^ présentait, à la fin de la guerre, le total prodigieux de neuf cent cinquante millions de dollars, Nous avons vu que la circulation de la banque d'Angleterre, à la fin des guerres de Napoléon, n'avait pas dépassé cent cinquante millions de dollars, soit moins d'un sixième de la monnaie de pajner que la guerre laissa dans les Etats du Nord. Le prix de l'or à New York, comparé à celui des billets du Trésor j)endant quelques mois a.près la fin de la guerre, peut être établi par la proportion de un à un quarante-cinq centièmes, tandis que la dépréciation la ]d1us forte, avant la paix, avait été de deux à quatre-vingt-cinq centièmes pour un. En Angleterre, la dépréciation maximum de la livre sterling fut de un à cinquante-cinq centièmes pour un.

Le coût total de la guerre, du côté du gouvernement confédéré, avait atteint en 1865, suivant quelques fonctionnaires intelligents du Trésor, environ trois milliards et demi de dollars. De ce chiffre, environ deux millions et demi de dollars se composaient de bons à longues échéances j^ortant huit, sept, six et quatre pour cent d'intérêts ; de billets du Trésor lancés en circulation, tant de l'ancienne que de la nouvelle émission; de comptes non régularisés dûs j)ar le gotivernement, examinés ou jnêts à être examinés dans les bureaux du Trésor, et de la dette cancellée sous forme l'ancienne émission et de fonds provenant de taxes. Le reste de la dette (un milliard) existait sous la forme de réclamations i\on payées, entre les mains du public, tant pour les propriétés achetées par le gouvernement que pour les dommages causés par les armées. Au résumé, le prix qu'avait coûté la guerre à la Confédération, évalué en monnaie confédérée, fut près-

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

que égal à celui payé par les Fédéraux, car il faut observer que les trois milliards de dollars qui composent la dette du gouvernement des Etats-Unis, embrassent seulement la dette fédérale proprement dite et sont indépendants des obligations contractées par les Etats, les villes, les comtés et toutes les corporations. Une autorité compétente classe ainsi la dette de guerre contractée par le Nord : dette fédérale, trois milliards de dollars; dettes d'Etats, cent ti-ente-cinq millions; dettes de villes, cent millions; dettv^s de comtés, cincj cent millions, formant un total général de trois mille sept cent cinquante millions do dollars. Les dettes municipales contractées au Sud pour les besoins de la guerre étaient insignifiantes. La complète désorganisation qui accompagna la fatale conclusion de la guerre empêcha d'arriver à se rendre un compte exact tant de la dette confédérée que des dettes municipales du Sud, contractées pendant la guerre; mais cette dernière était comjDarativemeut si minime, qu'elle constitue à peine un élément appréciable dans le grand total des finances confédérées. Le système de primes d'enrôlement étaient entièrement inconnu au Sud; le patriotisme, la pression de l'opinion publique et une loi de conscri2:)tion énergiquement appliquée, sufilrent pour combler les rangs de l'armée et tous les emplois du service pnblic. Ce système de primes, avec son accompagnement de fraudes et de corruptions, est une mesure de guerre particulière au Nord seul.

Nous en arrivons maintenant à traiter exclusivement le système financier des Etats du Sud. Déjà, pendant l'hiver de la première année de la guerre, et bien plus tôt qu'on ne l'avait supposé nécessaire, les banques des Etats du Sud avaient arrêté leurs paiements en espèces. Au moment où elles publièrent leurs rapports, le montant d'espèces métalliques détenus dans leurs caveaux s'élevait à un total d'environ trente millions de dollars, et leur circulation eu papier alors au dehors, à environ cinquante millions. Toute évaluation de la quantité d'espèces en circulation dans l'étendue du Sud à cette époque ne peut être que conjecturale; niais l'opinion de personnes intelligentes est que ce montant n'excédait j)as vingt millions de dollars. Ainsi la guerre trouva le Sud en possession de cinquante millions seulement d'espèces métalliques et d'une circulation flottante s'élevant a peu près au même chiffre. Les banques ne firent aucun rapport 'détaillé aux autorités confédérées, et les chifiVes cités plus haut sont extraits des rapports qu'elles firent peu de temps avant le commencement des hostilités. Les espèces qui se trouvaient entre les mains du public furent naturellement aussitôt enfouies et dérobées à la circulation pour servir plus tard, en grande partie, aux opérations de contrebande; celles restées dans les caves des banques furent pendant longtemps laissées intactes, mais par la suite, une partie en fut cachée; une partie appropriée par le gouver- 33eînent confédéré ou confiée à sa garde; et une autre partie capturée. Mais une portion considérable de cet argent a dû passer à l'étranger par l'entremise des opérations de blocus,

car à la fin de la guerre ou put voir qu'il ne restait en possession des banques qu'une fraction très faible des trente millions qu'elles possédaient an début des hostilités.

La suspension des paiements en espèces des banques, pendant les premiers mois de l'hiver de 1861 à 1862, ne provenait pas de leur impuissance à contrôler leur circulation. Cette circulation s'était considérablement réduite dans les derniers temps et les banques étaient amplement capables d'y faire face. Cette suspension eut pour but d'empêclier l'exportation des espèces, — chose qui eut eu lieu certainement lieu par les grands achats de marchandises que les négociants du Sud n'eussent pas manqué de faire dans le Nord, dans la prévision de la longue interruption de communications commerciales que la guerre allait infailliblement entraîner. Les espèces furent sauvées; mais ce fut un mal plutôt qu'un bien pour le pays. Si par quelque puissance magique ces dollai's d'or eussent pu être convertis en monnaie de fer, semblable à celle de Lycurgue, la Confédération y eut trouvé son profit. Cet or fut en grande partie employé au commerce de contrebande et les marchandises, qu'il achetait et reversait dann la Confédération, s'y vendaient à des prix si onéreux, en monnaie confédérée, que cet échange contribua puissamment à discréditer la circulation de ce pajiier monnaie. Il est vrai que les hommes et les femmes patriotiques du pays s'enorgueillirent de porter des vêtements de fabrication locale, mais la très grande majorité manifesta un désir plus vif que jamais de posséder des productions industrielles d'origine étrangère.

La première mesure financière qu'adopta le gouvernement confédérée fut l'émission d'un emprunt de quinze millions, portant huit pour cent d'intérêts payables en espèces; ce paiement était garanti par un droit de un huitième de cent prélevé sur chaque livre de coton exportée. La seconde mesure fut la négociation de lourds emprunts, la plupart faits aux banques sous la forme d'escompte sur les billets négociables tirés par le secrétaire du Trésor. Après ces deux mesures, d'autres emprunts considérables furent périodiquement faits au moyen d'émissions de bons à longue échéance, et le système pernicieux de lancer les obligations du Trésor sous la forme de billets de circulation, d'une valeur de un à cinq cents dollars, fut consacré. Si à ces trois opérations financières nous ajoutons les hons de coton, employés en Angleterre et sur le continent européen à l'achat du matériel de guerre de la Confédération, nous aurons mentionné les principales mesures financières adoptées par la Confédération,

L'emprunt de 15 millions fut bientôt couvert à des taux satisfaisants. Pendant quelques temps, Tintérêt qui devait être payé en espèces, d'après la stipulation faite, fut annulé, suivant les termes du contrat, mais avant la fin de la guerre les détenteurs de bons ne furent ni payés, ni admis à faire avec le Trésor un arrangement moins onéreux que la rétribution en espèces. Au résumé, cet emprunt de quinze millions fut une source de graves inconvénients pour le gou-

oos

veniemeiit pendant les dernières années de la guerre et l'occasion de son premier manque de foi cnvei's les propriétaires des obligations (ju'il avait émises.

Les emprunts temporaires négociés aux banques furent aisément couverts. A l'époque fixée })0ur le l'emboursement, le Trésor put s'acquitter au moyen de ses propres billets préparés pour la circulation, mais la suite des événements prouva combien cet accommodement coûta clier aux banques. i^Tous avons déjà dit qu'au début de la guerre, la circulation émise par les banques du Sud n'était pas considérable. Pour faire face aux demandes d'emprunt du gouvernement, les banques augmentèrent dans inie très grande proportion leur ciVculation courante ; en réalité, elles la doublèrent et même, eu certains cas, la quadruplèrent, — cliose qui était parfaitement facile pendant la suspension des paiements en espèces. A la vérité, la disparition des espèces et l'activité imprimée à toutes les branches du commerce par les préj^aratifs de la guerre nécessitaient, jusqu'à un certain point, cet accroissement de moyens d'échange ; les cinquante millions de monnaie courante qui composaient toute la circulation dans le Sud au moment où la guerre éclata, étaient de beaucoup insuftîsauts à r'im2)ulsion donnée aux affaires par les événements politiques du moment. Par cette seule mesure, les banques accomplissaient deux objets ditierents. En prêtant an Trésor confédéré, elles plaçaient une grande partie de leurs fonds entre les mains du gouvernement confédéré, et elles fournissaient au peuple les moyens d'échange qui lui

banques par les individus, fut assumé par l'agence du même intermédiaire. Ainsi le capital entier et les propriétés des banques furent promptement convertis en billets du Trésor, tandis que l'énorme montant de leurs propres billets qu'elles avaient prêtés au gouvernement, disparaissait de la circulation et était enfoui par les particuliers. Ellles avaient ainsi au dehors une lourde dette dont elles ne pouvaient s'acquitter et tous leui'S moyens disponibles consistaient en une monnaie courante de jour en jour plus dépréciée, qu'elles étaient obligées de recevoir en paiement de tout ce qui leur était dû. A la fin de la guerre, toute cette monnaie courante n'eut absolument aucune valeur et les banques restèrent à découvert, ne possédant que la valeur immobilière peu importante du terrain occupé par leurs bâtiments et le petit montant d'espèces qu'elles avaient pu soustraire aux taxes, aux levées et au vol. Les propriétaires d'actions perdirent ainsi toutes leurs parts, et la valeur des biens restés aux banques ne leur donna qu'un faible dividende de leur circulation du dehors qu'elles avaient émise si imprudemment, en garantissant, au début, des prêts si libéraux au gouvernement confédéré.

Aa'CC la négociation de Temprunt des quinze millions et Tépuisement des ressources des banques, cessèrent toutes les opérations financières régulières du gouvernement confédéré. Après cela, la monnaie fut fabriquée par les presses du Trésor pour faire face aux besoins du gouvernement, et jetée à mesure en circulation ; ce fut ainsi que la voulume

faisaient faute. Mais cette mesure occasionna leur ruine, i de la circulation s'accrût, presqu'en proportion égale, avec

Les billets qu'elles émirent ainsi en cii'culation, suivant cet axiome financier c[ui exige qu'une obligation émise soit équilibrée par une rentrée d'égale valeur, furent soigneusement cachés et ceux des billets prêtés au gouvernement par ces institutions se disséminèrent bientôt dans tout le pays. Une émission analogue, lancée par le gouvernement confédéré sous forme de monnaie courante, la suivit peu de temps après. Les billets du Trésor furent déconsidérés, et plus leur dépréciation augmentait, plus les billets des banques disparaissaient de la circulation. L'axiome économique cité plus haut trouva ainsi une application p)rompte et formelle. Les billets des anciennes banques bien connues des Etats furent mis de côté par leurs détenteurs et ne rej^arurent au jour que c[uand la guerre fut terminée. Mais il était trop tard ; les banques étaient ruinées et elles furent partout incapables de payer leurs obligations, dont elles ne remboursèrent qu'un tant pour cent. Les billets de ces différentes banques eurent sur le marché monétaire des valeurs diverses, suivant les circonstances accidentelles qui avaient influencé sur le montant originaire des accommodations qu'elles avaient accordées, en 1861, au secrétaire du Trésor confédéré.

Le total de ces accommodations avait considérablement excédé le capital des banques. Le TriSsor confédéré avait payé ces billets d'accommodations échus avec ses propres billet-s. Le montant total des escomptes particuliers dûs aux

les dépenses du gouvernement. Des emprunts considérables, émis sous la forme de bons à longues dates, furent autorisés, et la facilité avec laquelle on en disposa, assura un certain succès. Mais ces ventes étaient loin d'atteindre la proportion des dépenses du gouvernement. Cette grande différence fut audacieusement comblée par une émission de billets du Trésor. Nous pourrions relater ici en détail les divers actes que le Congrès passa pour autoriser les différents emprunts et diriger l'émision et la circulation des billets du Trésor, mais une telle nomenclature serait fastidieuse autant qu'inutile. Qu'il suffise de dire qu'aucune mesure ne fut adoptée pour faire remonter les diverses émissions à leurs sources, ni par conséquent, pour restreindre la circulation dans une limite qui eut pu être surveillée, en créant une demande essentielle au maintien de sa valeur intégrale.

Le patriotisme populaire, cependant, facilita l'écoulement partiel de ces billets. La sura,bondance toujours croissante de la circulation émise haussait les prix et cette affiuence donnait aux classes riches des sommes qu'elles convertissaient en nature. C'était pour elles un point de patriotisme de convertir leurs surplus de capitaux en sécurités du gouvernement. Les législatures d'Etats autorisèrent et les cours mirent à exécution la conversion des fonds fiduciaires en bons de sept et huit pour cent de la Confédération. D'un autre côté, la nécessité venait en aide au patriotisme pour stimuler ces placements. La grande majorité des capi-

HÏSTÔIËE DE LA CUEËËE DES CôNEeDÉRÉS

talistes ne voyaient pas de meilleur emploi de leurs billets du Trésor que la conversion de ces billets en bons confédérés. Les bons bénéficiaient d'un intérêt, et les billets pro2)rement dits n'en portaient aucun. Pendant une courte période de temps aj)rès la première hausse des prix occasionnée par la trop grande circulation de papier, grand nombre de propriétés furent mises en ventes, mais ce genre de conversions ne fut pas de longue durée. Les courtiers et les hommes d'aftaires trouvèrent bientôt qu'il était plus lucratif de spéculer sur les nécessités matérielles de la vie et sur les produits du pays, mais l'opinion publique afficha bientôt le plus sou- A^erain mépris pour ces détestables opérations, auxquelles les personnes respectables ne participèrent point. Ceux de riches capitalistes qui étaient mus par une impulsion patriotique s'abstinrent de ces spéculations d'une moralité douteuse et convertirent leurs billets du Trésor en bons portant intérêts, et à longue échéance. Un grand nombre d'entre eux, persuadés du succès final de la cause confédérée, achetèrent des esclaves, mais l'objet d'un tel placement était très rare en comparaison du grand capital accumulé entre les mains du peuple.

Il arriva, pour cette raison, que cette surabondance de monnaie courante trouva, dans une ceitaine mesure, le remède dans l'excès môme du mal. L'excédent extraordinaire de la circulation engendra la nécessité de sa conversion en bons. Mais malheureusement, ce remède, cliaque fois qu'il fut exécuté, vint toujours trop tard pour la cure du mal, c'est-à-dire, lorsque la dépréciation de la monnaie courante était déjà commencée. Le reflux de la circulation ne rentra pas comme un échange normal, mais bien jiar une action restrictive. Une agence compétente revêtue d'une autorité absolue sur la circulation et ayant entre ses mains des capitaux suffisants pour assurer ime vente facile des bons publics, à un prix raisonnable,— eut pu surveiller, diriger et contrôler le mouvement dès le commencement.

Cette dépréciation de la monnaie confédêi'ée suivit d'abord une progression graduelle, mais par la suite elle augmenta. En janvier 18G2, un dollar en or valait chez les courtiers de Eichmoud un dollar et vingt cents en niunnaie courante. En janvier 1863, elle avait atteint trois et dix centièmes pour un en or. Dans le milieu de l'été de la même année, cette valeur varia de dou/e à vingt pjjur un, puis elle déclina plus l'apidement encore après cette époque. Il faut observer, cependant, que ces taux des courtiers furent invariablement en avance des taux acceptés dans l'intérieur du pays. Jusque dans l'été de 1862, la monnaie confédérée fut prise au pair pour tous les paiements faits pour les transactions antérieures à la guerre, et elle forma la base de toutes les transactions de la campagne à l'ancien taux des prix ; les évaluations des courtiers étaient inconnues ou dédaignées dans l'intérieur et ce ne fut que lorsque cette circulation eut débordé dans tout le pays au-delà de toute proportion raisonnable, que le peuple admit une dépré-

ciation, encore ce ne fut que parce qu'il y fut contraint. Des spéculateurs éhontés avaient réussi à accaparer toutes les marchandises de première nécessité ; ils en exigeaient des prix exorbitants et ce fut uniquement dans le but d'atténuer cette disproportion que la population foncière du pays se vit obligée d'élever à son tour le prix de ses propriétés en monnaie confédérée, comparativement au prix accepté avant la guerre. C'est un fait bien connu que le cours de la monnaie confédérée était bien au-dessous de celui accei)té dans le leste de la Confédération, et, en thèse générale, on peut établir que les taux s'amélioraient en raison directe de la distance de la capitale. Ces faits provenaient des circonstances suivantes ; d'abord, Richmond étant le grand foyer des déboursements du gouvernement, cette ville était en quelque sorte inondée de cette circulation. Ensuite, toutes les opérations de contrebande et de bris de blocus ayant la capitale pour base, l'or y était en plus grande demande et y commandait des taux plus élevés ; et enfin, la troisième raison fut que Richmond étant le centre d'opération des spéculateurs et le dépôt de leurs marchandises, les ventes s'y faisaient sur une grande échelle, et les' profits s'y accumulaient. On peut afiirmer, sans crainte d'altérer la vérité, qu'après les dix-huit premiers mois de la guerre, quand la monnaie confédérée pullula dans le pays, les affaires commerciales, à une certaine distance de Richmond, se firent en cette monnaie dans la proportion de cinq à lui, pendant une période probable de douze mois. Après, les taux tombèrent brusquement à quinze et vingt pour un, puis cette dernière proportion parut prévaloir pendant douze autres mois, après quoi la dépréciation ne suivit plus de marche régulière dans l'intérieur.

Ces évaluations du j^rix de l'or par les spéculateurs, donnent lieu aussi à une observation importante. Une camparaison entre l'or et la monnaie confédérée n'a jamais établi, pendant la guerre, la valeur de l'un on de l'autre de moyens d'échange. L'or était cxtrordinairement rare et cher dans la Confédération. La valeur d'un ancien dollar, en propriété ou marchandise non affectée par l'influence de la guerre, n'aurait pas suffi pour acheter un dollar en or dans la Confédération. Les propriétés inunobiliéres ne valaient pas, en or, le prix (pi'elles conimandaieut .-ivunt la guerre. Dans les meilleurs hôtels la pension (nourriture et logement) s'obtenait à rai.son de cinquante cents par jour, en or, tandis qu'elle coûtait, avant la sécession, deux dollars et demi. Un habillement com))let qui auparavant se payait trente dollars, s'obtenait pour dix ou quinze dollars, également en or, dans la Confédération. Au résumé, l'or était très recherché dans la Confédération et le dollar en or, pendant la guerre, avait une valeur toute autre que celle de l'ancien dollar. Une demande extraordinaire du précieux . métal pour le besoin commun extérieur des contrebandiers et des coureurs de blocus ; la petite quantité d'espèces monnayées qui se trouvaient dans le Sud quand la guerre éclata, et le soin que prirent beaucoup de personnes d'en-

Ibiiir ou de retirer de la circulation leurs [espèces môtallitnies, — telles furent les raisons qui donnèrent à l'or cette valeur extraordinaire, lui ôtèrent le caractère d'étalon monétaire et le rendirent un moyen d'ôcliange rarement usité. La valeur réelle de la monnaie confédérée ne doit pas s'estimer d'après la proportion de monnaie d'or que lui donnaient les courtiers ou les spéculateurs.

Au Nord, le cas était bien différent. Le c<3mmerce n'était pas affecté par le blocus ; les approvisionnements usuels d'or étaient régulièrement reçus ; aucune demande extraordinaire d'espèces, pour l'exportation, n'avait lieu et pendant la guerre l'or resta par conséquent un étalon monétaire aussi régulier que jamais il l'avait été. Ici, la dépréciation de la monnaie courante fédérale peut donc être évalulée avec une certitude complète par sa comparaison avec le cours de l'or. Mais dans la Confédération le cas n'était plus le même. Comme nous l'avons vu, l'or avait une valeur anormale et toute évolution de la dépréciation du papier confédéré, basée simplement sur le cours comparé de l'or, est erronée. La valeur de l'ancien dollar ante bcllum, si elle pouvait être établie d'une manière sûre, serait la vraie base de ce calcul de proportion. Avant les six ou huit derniers mois de l'existence de la Confédération, les transactions générales de l'intérieur du pays avaient pour base la monnaie confédérée appréciée d'après la valeur de l'ancien dollar ; cette monnaie était par conséquent évaluée à un prix bien plus élevé que celui que lui attribuait les taux des courtiers de Eichmond.

Il est intéressant d'observer la similitude de l'histoire du système financier de la Confédération du Sud avec celui promulgué par le Congrès de la Confédération américaine primitive. Nous avons déjà vu combien la monnaie courante de la première avait graduellement décliné. Les progrès de la dépréciation de l'ancienne monnaie continentale, quoique plus tardifs, avaient suivi la même gradation. En mai 1777, le dollar, en papier continental, était évalué au taux de deux et deux tiers pour un dollar en espèces. En décembre, il ne valait que quatre pour un. En mars l778, la proportion était de cinq à un; en décembre de la même année, six à un, en février 1779, dix; en juin, vingt; on septembre, vingt- (|uatre, et en décembre, trente-neuf dollars en papier pour un dollar en o)'. Après 1779, ce papier n'eut plus de valeur. Le montant total de l'ancienne monnaie continentale émise fut de deux cents millions de dollars et elle ne valut aux personnes qui la détenaient, quand elle fut payée par le gouvernement, qiie trente-six millions et demi de dollars. LTne pareille échelle de réduction, îi propos de la monnaie émise par le Trésor confédéré, aurait abaissé le coût de la guerre à moins d'un milliard de dollars. La différence entre cette somme et le coût nominal eut été comblée par la dépréciation totale des billets en circulation.

La principale cause de la dépréciation de cette monnaie, pendant la dernière année de la guerre, fut le manque de coniianoe dans le succès chez les .classes qui contrôlèrent la

valeur des émissions, et les principales causes de cette dépréciation, avant cette période, furent la trop grande quantité des émissions du gouvernement et les influences de la spéculation. Il est sans doute inutile de déclamer contre un vice aussi préjudiciable que celui de la sj)éculation dans des circonstances semblables à celles où se trouvaient les intérêts publics et les intérêts individuels de la Confédération. Ce vice est la pire forme de l'égoïsme ehouté; de cet égoïsme qui se nourrit des privations, des besoins et des sueurs des concitoyens engagés dans une guerre mortelle contre un ennemi de la communauté; qui s'approprie tout ce qui se trouve à sa portée quand les périls du pays exigent que chaque individu se dévoue au bien commun; qui est pire encore que celui qui attira la vengeance divine sur Anania et sur Saphira, puisqu'au lieu de convoiter le bien du prochain, il cherche partout une proie à son astucieuse rapacité. Les communautés Iss plus saines contiennent des personnes de ce tempérament sordide, et dans le cas qui se présente à notre étude, la tentation était forte; le pays était isolé, cerné et bloqué par des armées et de Hottes ennemies; les approvisionnements en tous genres étaient très limités; c'était plus qu'il n'en Mlait pour exciter l'àpreté de ceux qui n'étaient déjà que trop disposés à spéculer sur la misère publique. La spéculation s'empara d'abord d'articles tels que clous, sel et cuirs. Il n'y avait que deux fabriques de clous dans la Confédération, et le stock de ces établissements tomba promptement et facilement dans les mains des agioteurs. Pendant les six premiers mois de la guerre, l'approvisionnement complet des clous de toute la Confédération se trouva accaparé par moins d'une demi douzaine de spéculateurs de Eichmond; Le prix du barillet haussa rapidement de quatre à sept, puis à dix dollars. Il n'y avait qu'une saline considérable dans toute la Confédération, et elle était exploitée par une seule maison qui éleva le prix de cette denrée de première nécessité, en deux ans, à vingt-cinq cents par livi-e, en espèces, ou cinquante cents en billets du Ti'ésor : le sel, avant la guerre, valait un cent la livre. Le cuir était aussi un de ces articles qui, bien que produit par de très nombreux établissements exploités sur une petite échelle dans toute l'étendue du pays, n'en était pas moins insuffisant i\ la consommation;, les spéculateurs s'en emparèrent immédiatement. Ce sont là de simples exemples de l'enTpire qu'avaient pris les agioteurs dans toutes les parties de la Confédération, L'effet fut d'augmenter grandement le fardeau que la guerre ffiisait déjà peser sur le peuple; mais le mal le plus grand qui en résulta fut l'influence de dépréciation que ces spéculations exercèrent sur la monnaie courante; La grande masse du peuple aurait désiré recevoir cette monnaie à son cours normal, mais l'obligation dans laquelle elle se trouvait d'acheter à des prix exagérés les marchandises de toute espèce dont elle avait besoin, la força contre son gré, d'augmenter de son côté prix des produits et des propriétés qu'elle vendait. La rage de la spéculation obligeait ainsi le peuple à acquiescer, cou-

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

tre son vœii^ à la dépréciation de la monnaie nationale- Mais si quelque. chose jjeut consoler des maux qui résultèrent do cet état de choses, c'est que ces gens (jui se sont ainsi livrés à la spéculation, ont presque tous ])erdu le fruit de leurs rapines lors de la fin de la guerre, tandis que les classes qui se sont tenues à l'écart de ces transactions véreuses ont généralement sauvé une certaine portion de leurs Inens

originaux.

Que la dépréciation de la monnaie courante confédérée eut été partiellement augmentée par la spéculation et par des motifs autres que l'exagération des émissions, c'est là un fait suffisamment prouvé par le raisonnement suivant: Au Nord, le total général de la circulation atteignit le chiffi'e de neuf cent cinquante millions de dollars, tandis que la dépréciation des billets du Trésor fédéral ne s'éleva pas, après la conclusion de la guerre, à plus de cinquante pour cent. Par conséquent, il est clair qu'une dépréciation n'est pas le résultat infaillible d'une simple exubérance d'émission, et qu'elle peut être atténuée par des mesures prudentes et opportunes. L'habileté avec laquelle les finances fédérales furent conduites, — spécialement dans les mesures prises pour éviter cette dépréciation, — est un des faits les plus remarquables de cette guerre.

, Si des mesures hâtives et convenables eussent été adoptées, la monnaie courante confédérée se fut sans doute trouvée aussi facile à contrôler et ;i. diriger que toutes les autres branches du système financier du pays. Ces mesures auraient eu en vue de créer une demande proportionnée à la circulation émise avec tant de profusion^ et cette de-

mande aurait etc établie par des taxes sur les ventes des bons du gouvernement à longue échéance et par l'intervention d'un sj^stème d'escompte, instrumenté par l'entre mise d'une banque intermédiaire. La circulation n'aurait pas été directement émise par le Trésor; elle aurait été placée sous le contrôle absolu d'une agence spéciale qui aurait servi de régulateur et de bilan dans le mouvement financier, et aurait maintenu l'équilibre entre le reflux et l'afflux de la circulation. Les taxes auraient dû être imposées au début et promptcnient perçues, au lieu d'être ajournées pendant des années et trop tardivement suivies d'eftét. La vente des bons aurait dû être dirigée par une grande et respectable institution de banque, à la tête de laquelle se seraient trouvés des financiers éminents, et non pas confiée à des courtiers de change ou d'actions ignorants ou sans responsabilité aucune. Une telle institution financière aurait établi et maintenu im sage équilibre entre la rentrée et la sortie de la circulation émise. Le reflux de cette circulation une fois en pleine voie, le volume de la monnaie courante eut pu être impunément augmenté. Plus encore, si la circulation eut été lancée sous forme de billets de bancpie, plutôt que sous celle de billets du Trésor national, il serait arrivé, lorsque la guerre s'est terminée d'une manière si malheureuse, qu'une partie de la valeur de la circulation aurait pu être reml)oursée comme dettescontractées envers les banques, et que l'on aurait ainsi évité ce naufrage absolu de moyens pécuniaires qui ruina complètement le peuple du Sud.

GHAFITB-l*] n\\.

STEfiE T)E CHABLESTON".

JXTIN--^KF»TKMUFI.K 186».

L'événement le plus remaiT|uable do la fin de l'été de 1863, fut l'heiireuse défense de Charleston contre les puissantes attaques de l'ennemi, tant par terre que par mer. Nous avons déjà vu comment l'attaque navale du 7 avril avait été rejooussée, mais cet échec ne découragea pas les Fédéraux, qui projetèrent bientôt après une nouvelle tentative contre le fort Sumter et Charleston ; l'occupation militaire de l'île Morris et l'établissement, sur ce point, de batteries destinées à agir contre Surater, étaient les i)vemières conditions du nouveau plan d'attaque. L'érection de ces batteries et la réduction des travaux confédérés qui se trouvaient dans l'île, — fort Walker et batterie Gregg, — étaient des opérations qu'un ingénieur habile pouvait seul accomplir ; ce fut le général Q. A. Gillraore qui fut choisi par le gouvernement fédéral pour commander les forces de terre employées à cette tâche. L'île Morris, située sur le côté méridional de l'entrée du poit, est une langue de terre basse, étroite, sablonneuse, longue de trois milles et séparée du continent par des fondrières profondes et impraticables. La prise de possession de ce point aurait eu pour l'ennemi le grand avantage d'ouvrir un chemin à ses navires blindés et de comiAétev le blocus du port, en permettant à sa flotte de prendre position en deçà de la barre. Mais,

comme il l'a déjà été dit, le but principal eut été, en s'emparant de l'île, de se rendre maître du point d'où l'on eut pu opérer efficacement contre le fort Sumter, et le démolir ; et une fois un tel résultat obtenu, de forcer le passage défendu par des batteries des îles James et Sullivan, en faisant coopérer la puissante artillerie des batteries à celle de la flotte, et d'arriver sur le front de la ville.

Le général Gillmore prit le commandement le 12 juin, et prit immédiatement ses dispositions pour établir sa base d'opérations dans l'île Folly, Cette île, dont l'extrémité méridionale commande les eaux du port Stone et du détroit du même nom, ainsi que les approches maritimes de l'île James, était occupée par une force considérable de l'ennemidepuis le 7 avril. Mais le général Beauregard paraissait en' rien connaître de ce qui s'était accompli sur ce point ; jamais il n'avait fait de reconnaissance des avant-postes ennemis établis dans l'île, et le Bichmond Sentinel, organe de Tad-' ministration du président Davis, l'accusa amèrement d'avoir, par sa négligence, permis à un ennemi qu'il ne surveillait point, d'établir sa base d'opérations à portée de la voix de nos piquets [LU]. Il est vrai, que l'ennemi avait construit ses travaux en terre et monté ses fortes batteries de l'île Folly à l'abri de fourrés épais, mais il est certainement

(LU) H y a ici nue erreur (ju'il importe de rectifier. Le géuéral Ueaurcgard coiiuaissait iiariaiteiueiit tous les préparatil's et les intcutioos de l'eunemi, mais il ne possédait pas les moyens de s'y opposer. Quelques semaines auparavant, il avait proteste éncrgiquemcnt contre cette mesure du département de la Guerre de distraire une grande partie des troupes de son département pour les envoyer à Vicksbarg, quand Cbarleston était menacée d'une attaque immédiate et quand le général Beauregard n'avait pas une force suffisante pour défendre la ville avec quelque chance de succès. Il ne doit donc pas paraître étrange de voir l'organe notoire de l'administration s'efforcer de rejeter tout le blâme et le reproche pnr cet officier général dont une cabale de

Grave pour la 'Cause perà^^

HI8T0IKE DE LA GUERKE DES CONFÉDÉRÉS

étrange, au dernier point qu'il ait réussi à placer secrètement 47 pièces d'ai^tillerie sur un point situé à une distance si petite des. lignes confédérées, que la voix humaine eut suffi à révéler la construction des ces travaux [LUI] ; — et quand, des observatoires élevés de l'île James, on pouvait voir ces préparatifs. Mais il y eut une circonstance plus curieuse encore. Un coureur de hlorvs avait été poui'suivi par renneiui et jeté à la côte au sud de l'entrée du détroit du Phare, et ce navire, naufragé à portée de pistolet des canons ennemis (1(^ l'île Follj^, l'eçut la visite des soldats confédérés, qui ne se doutèrent même pas d'un voisinage si dangereux.

Cette hattei'ic fut prête t\ ouvrir le feu le G juillet. Un q)lan d'attaque sui' l'île Morris fut adopté après délibération. La division d'intanterie du général Terry, forte d'environ qua-tre mille hommes, devait faire, dans l'île James, des démonstrations qui eussent pour effet d'y attirer une partie des forces confédérées de l'île Morris. Pendant que ces démonstrations auraient lieu, les deux raille hommes de la brigade du général Strong s'embarqueraient sur des petits canots dans la rivière Folly, aborderaient à l'île Morris et, à un signal donné, essayeraient d'enlever le fort Wagner d'assaut. Les batteries de l'extrémité septentrionale de l'île Eolly devaient également être démasquées, et mitrailler les buissons derrière lesquels elles étaient élevées.

Le 10 juillet, au lever du jour, quarante canots portant la (;ol(»nne d'assaut de Strong remontèrent la rivière Folly dans le plus grand silence ; les attaches de l'ames avaient élé envel(q)pées de linge pour éviter le moindre bruit. En même temps, la flotte blindée traversait la barre et prenait position dans le grand chenal, au large de l'île Morris ; deux cents sapeurs sortaient des batteries de l'île Folly et abattaient les arbres qui auraient gêné le tir; les embrasures des batteries masquées s'abattaient successivement, et à cinq heures le premier coup de canon de cette batterie, qui alors

seulement révéla son existence aux Confédérés, et la blanche et épaisse fumée qui s'éleva au-dessus des pins élevés, indiquèrent le moment et le lieu du conflit. Pendant ce temps, la colonne d'assaut de Strong avait débarqué ; les lignes furent tirées à un demi mille du fort Wagner et les opérations offensives suspendues pendant le reste de la journée,'

Le lendemain, à cinq heures du matin, l'ordre fut donné de marcher à l'asSaut du fort Wagner. Le 7ème Connecticut devait marcher en première ligne, le 76ème Pennsylvanie et le 9ème Maine le suivaient. Le général Strong, commandant la colonne d'assaut, donna à ses hommes l'ordre de Oromwell : "Visez bas, et placez votre confiance en Dieu." Les troupes du (Jonnecticut s'élancèrent au pas de charge sur les travaux, en poussant des cris, mais avant qu'elles eussent atteint le retranchement extérieur, une tenilde fusillade des Confédérés et l'artillerie du fort, — ti-ois obusiers de huit pouces, chargés à mitraille, — leur opposèrent une formidable résistance. Cependant, le régiment d'avant-garde, il faut le dire à son honneur, s'élançait avec un courage extraordinaire en deçà des travaux extérieurs et atteignait déjà le sommet du parapet, quand ses hommes s'aperçurent que les régiments qui devaient appuyer leur attaque avaient reculé et perdu leur distance [LIV]. Le régiment du Connecticut dut effectuer sa retraite sous un feu acharné ; près de la moitié de son etfectif fut tué ou Idessé. Mais la perte des Confédérés était presque aussi forte. Le général Beauregard estima la perte éprouvée ])ar l'opposition faite au débarquement de l'ennemi, à trois cents tués et blessés, y compris seize officiers. Cette attaque l'avait certainement pris par surprise, car il avait persisté à croire que la démonstration conti-e Charleston serait faite par l'ancienne route, — l'île James, — et conséquemment, il avait presque entièrement dépouillé l'île Morris de ses artilleurs et de son infanteiie, pour ffiire face à l'avance de Terry [LV].

Mais quoique l'attaque du fort Wagner eut été repoussée,

Ridimoml prenait un plaisir spécial de cnliqu''r à fort f^i à travers toiitcR le?, opérations. .Mais il est surprenant qu'nu homme qui préteud écrire l 'histoire d'une telle re\'olation se laisse ainsi qui'l'^r V'^^' "n P''vi'li pris évident et ne prerme pas les ini'ormations indispensables avant de ])orter un jugement aussi injuste.

Le général Beauregard était ingénieur de profession, et connaissait le général GlUmore. Aussitôt que eelui-ci l'ut nommé au commandement des forces destinées à opérer, contre Cliarleston, le général Beauregard jiensa qu'il tournerait son attention sur le fort Suinter, comme il l'avait tait l'année précédente avec le fort Pulasld à l'entrée de la rivière Savannalr, — au lieu d'employer tous ses moyens à l'attaque directe de Charleston qui, à cette époque, aurait pu être prifo par les chemins de la rivière Stone et de l'île James. T.e général Beauregard flt remarquer à ses officiers généraux à plusieurs reprises, qu'a l'époque dont nous parlons, l'île James. " était !a porte de la ville et l'île Morris la fenêtre et qu'il était, en vérité, très heureux pour la CoJifédération que le général Gillmore eut préféré entrer par la fenêtre (pie par la porte." (N. du tnid.)

(LUI) Un tel fait ne surprendra a.ucune perronne ayant quelque expérience militaire. Les canons ainsi postés par l'ennemi n'étaient que de ces piècea de campagne (|ue l'on peut facilement mettre , en position en quelques minutes. L'ennemi avait simplement aplani pendant la nuit quelques monticules sablonneux dans l'île Folly, à l'abri d'arbres et de buissons qui ne furent abattus qu'au moment de l'attaque. Il eut été facile à l'auteur d'obtenir de plus amples informations à ce sujet. (N. du trad.)

(LIV) L'oflîcier commandant le fort Sumter avait rec^u un ordre spécial à ce sujet portant que dans le cas d'attaque du fort Wagner il concentrerait sur la colonne d'assaut le feu de toutes ses pièces disponibles. Ce fut cette intervention effective qui empêcha la reserve fédérale de se porter an secours de la première ligne d'attaque. (iV. du trad.)

{hV) Cette asserti'on est dénuée de fondement. Il y avait trois lignes d'approche de Charleston : les îles James, Morris et Sullivan. Comme on l'a déjà fait remarquer, une. forte partie des troupes du général Beauregard avaient été, malgré ses protestations, distraites de son commandement et envoyées au général Pemberton, dans l'Etat du Mississipi. Le général Beauregard fut donc laissé à Charleston avec des forces insuffisantes pour défendre la ville,

'iK"^« LA CAUSE PERDUE

revrenr du général Bcauregard an sujet des batteries ennemies établies dans Tîle Folly devait coûter assez clier, car elle nécessita révacnation de tontes les positions confédérées de Textréinité méridionale de THe Morris et, de feit, l'abandon à rennemi de tonte l'île, à l'exception d'une étendue d'nn mille sur le point septentrional, où se trouvaient les forts AVagner et (Trcgg, sur la pointe Cummins ; la réduction de res forts se trouvait en quelque sorte virtuellement accomplie et n'était i)lus qu'une question de temps. Il était évident que l'ennemi, ayant obtenu une position sur l'ile, forcerait éventuellement les Confédérés à l'éA-acuer, par des opérations de siège et qu'il était impossible de défendre pendant longtemps une petite île, ainsi privée de tontes ses communications, contre une flotte eiiorme (LYI). Il ne restait au général Beauregard qu'à réparer, autant qu'il était en son pouvoir, l'erreur qu'il avait commise et à cherclier quelque compensation aux succès obtenus par l'ennemi. Il réussit dans l'accomplissement de cette tâche palliatrice Reconnaissant Timpossibilité de défendre l'île Morris après que le logement de l'ennemi sur ce point eut été pleinement établi et couvert parles navires blindés, le général Beauregard apprécia cependant la nécessité de le conserver pendant le temps nécessaire à l'achèvement de positions intérieures destinées à remplacer Sumter, et il vit clairement que chaque heure de la défense du furt Wagner était d'une conséquence vitale pour la sécurité de Charleston. Pendant deuxjnois, cette tactique eut un heureux succès.

Le général Gillmoie ne se contenta pas de son premier et inutile essai de prise d'assaut du fort Wagner. Il conféra avec l'amiral Dahlgren, commandant la flotte fédérale et résolut, au moyen du feu comln'nê des batteries et des canonnières, de tenter de démonter les principaux canons du fort et d'en chasser les Confédérés, tout en préparant ainsi les voies pour un nouvel assaut. En conséquence, des batteries furent érigées ; le 13 juillet, elles étaient prêtes à commencer le feu. En même temjos la flotte de l'ennemi, composée de cjuatre Monitors, du Ironsides, d'une frégate et de quatre canonnières, dont plusieurs portaient des pièces à mortiers, se plaça en position en face du fort Wagner.

Vers midi, les vaisseaux ennemis commencèrent à lancer leurs puissants projectiles sur le fort Wagner, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Un feu terrible continua avec de très

rares intervalles jusqu'à une heure après le coucher du soleil. Des nuages de sable, des monceaux de boue, des pièces de bois étaient soulevés par les boulets et les bombes de la flotte. Pendant quarante-huit heures les Mon'dors et les Ironsides continuèrent un fou actif, mais le fort Wagner ne se rendit })oint. Pendant huit heures, les cinquante-quatre canons des batteries de terre ennemies avaient lancé dans son enceinte une véritable avalanche de boulets et de bombes, et, cependant, le drapeau de bataille des Confédérés flottait encore sur les murs du fort, en face de l'ennemi. Une fois cependant le drapeau fut abattu par un. projectile, mais aussitôt un petit groupe de soldats le replaça à dix pieds au-dessus des parapets, puis ces hommes se retirèrent et les Fédéraux ne les virent plus reparaître pendant la journée. Ce fut le seul signe d'existence humaine qui se manifesta dans le fort assiégé, dont on pouvait croire la garnison morte ou conquise. " Mais," écrivit un officier fédéral, témoin de cette scène, "il ne fallut pas une longue attente pour se convaincre que ce silence significatif n'était pas, chez les rebelles, un signe de défaite ou de désastre, mais bien celui du succès définitif de la défense, cai' les assiégés se trouvaient complètement à l'abri dans leurs travaux, tandis qu'ils ])ouvaient facilement viser presque dar/s les yeux de nos hommes, tirer en toute sécurité, faucher des milliers des nôtres et nous repousser en grande confusion ■ dans nos retranchements, après nous avoir fait su])ir de terribles pertes."

Gillmore avait décidé cpie la colonne d'assaut n'attaquerait qu'à la cliûte du jour, pour qu'il fut impossible que ses mouvements fussent distinctement observés parles batteries des îles James et Sullivan et par le fort Sumter. Mais cette fois, il ii'y eut plus de surj)rise. Ansritôt que le bombardement se ralentit, les Confédérés acquirent la certitude que cette démonstration de l'ennemi n'avait pour but que de couvrir un autre mouvement. Le général Taliafeno, qui commandait le fort, ordonna à sa garnison de monter sur les parapets et de se préparer à recevoir la colonne d'assaut de l'ennemi.

A la nuit tombante, la colonne d'assaut se forma sur la rive ; un régiment de soldats nègres,- le .54e Massachusetts, fut placé à l'extrême avant-garde, pour des raisons toutes particulières. La force ennemie se composait de onze régiments en colonne solide. Au moment où elle déboucha de la première ligne, les canons en barbette du fort Snm-

et ce fut sous Tempirc de ces circonstances qu'il prit les meilleures dispositions qu'il pût pour garder ces trois lignes. Llle James, étant a la fois la pins faible et la plus importante des trois approches de la ville, reçut nécessairement la plus forte proportion des -troupes ; cependant, le nombre des liommes qui y furent envoyées ne fut que le cinquième de la force qui aurait dû être postée à ce point important de la défense. Les deux antres lignes n'avaient également que la même proportion de troupes.

Cette persistance de Tautcur i\ accuser constamment le général Beauregard de négligence et de facilité à se laisser surprendre, est réellement étrange. Il n'y avait pas, dans toute l'armée confédérée, d'officier plus vigilant et plus infatigable que le général louisianais, et il (aillit rarement de pénétrer an n-ioment opportun toutes les intentions et les mouvements de l'ennemi (A', du iraâ.)

, (LVT) Ce fut un grand bonheur pour les défenseurs de Oliaileston que les operationsprincipales.de l'ennemi fussent dirigées ronii'c l'ile Morris, an lieu de l'ile James, car dans ccfdernier cas, Charleston n'eut pas pu être gardé plus d'une on deux semaines. L'attaque sur font nntre point donnait toutes ler-f fhnnces de prolonger la défense pendant longtemps. [iV. rfîj f)w/,J

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

ter, lî'.s îjaiteries do la pointe Ouminins et toutes les pièces beaucoup de planteurs préférèrent payer Tameude imposée

du fort Surater, ouvrirent sur elle un feu d'une violence extj'aoi'dinaire. Les canons du fort Wagner balayaient toute la rive, tandis que ceux de Sumter et de la pointe Cummins la prenait en enfilade par la gauche. La colonne put cependant s'avancer sous cette mitraille jusqu'à cent cinquante pas du fort, mais alors une fusillade Lien noiu-rie, partie du "parapet, jeta à son tour la mort dans ses rangs. Cinq minutes après, tous les liommes de la première ligne de l'ennemi étaient tués ])ar la balle ou par la baïonnette, ou rejetés à l'arrière en grand désordre. La première brigade, conduite par le général Strong, ayant ainsi échoué, la seconde s'abstint d'attaquer et les quelques hommes qui déjà avaient enjambé les parapets, trouvèrent bientôt que la retraite,— bien qu'excessivement périlleuse, — était leur unique moyen de salut, La nuit était sombre et orageuse. Les bombes de JSnmter éclataient dans l'obscurité au milieu des Fédéraux que les cris de reddition ne pouvaient sauver, car leur .seule chance de salut était une victoire complète et décisive de l'un ou l'autre des belligérents; la disposition des fol-ces opposées ne permettant pas de redditi(^n partielle. La retraite fut horrible. Les hommes roulaient dans les fossés, ou se tramaient ensanglantés, sur les mains et les getjoux, à travers les monticules de sable de la rive. Enhn, à minuit, le silence se lit ; le combat était lini, et la plage de l'Océan couverte de morts, de mourants et de blessés. La perte de l'ennemi était forte, — quinze cents tués et blessés, d'après ses propres rapports. Mais elle plus élevée en réalité, ear les Confédérés enlevèrent six cents morts laissés sur le champ de bataille (LVII). La perte des Confédérés n'excédait pas cent tués et blessés.

Ai)rès cette seconde attaque infructueuse du fort Wagner, l'ennemi s'occu[)a pendant le reste du mois de juillet et le commencement du mois d'août d'ériger dos travaux et de monter de fortes j)ièces de siège, en vue du bombardement du fort Sumlei-, pendant que le fort Wagner ne s'o})posait point aux travaux des ingénieurs fédéraux (LVIII). Pendant cet intervalle, le général Beauregard et le maire de ChaTleston faisaient des appels pressants aux propriétaires de l'intérieur et à tous les .citoyens pour l'envoi de leurs travailleurs nè^-res aux fortifications de la ville. Le gouverneur deJ'Etat insista encore davantage sur cette demande. Mais cette requête urgente fut reçue avec beaucoup d'indifférence, et Inen que la Législature de l'Etat eut adopté une loi appliquant une'peine pécuniaire à tous ceux qui refusaient de coopérer ainsi à la défense comnuine,

et ne pas envoyer leurs serviteurs aux autorités militaires.

Ces opérations infructueuses contre le fort Wagner donnent lieu à une épisode remarquable. Le général Grillmore s'était flatté d'avoir dé-couvert le ])oint précis où une batterie pouvait battre en brèche à la fois les forts du port et la ville de Charleston. On prétendit qu'il avait à sa disposition et qu'il allait poster au point désigné, des pièces de canon dont la puissance et la portée surpassaient toute conception; les journaux du Nord furent remplis d'histoires relatives au fameux "feu grégeois" que Gillmore allait lancer sur Charleston ; la ruine du " berceau de la sécession se trouvait déjà assurée." Les effets funestes que ces agents de destruction allaient sans doute accomplir réjouissaient une grande partie du peuple du Nord. On disait aussi que Oillmore faisait des expériences pour se convaincre de l'efticacité d'un certain feu liquide ; qu'il avait inventé un nouveau système de bombes et nombre d'autres améliorations pyrotechniques, et que l'on })0uvait espérer (pue le général fédéral "lancerait bientôt ses b'ombcs enflammées dans les rues de Charleston,"

Le point d'où devait partir cette terrible canonnade et d'où le général Gillmore croyait pouvoir réduire Charleston^se trouvait à peu près à mi-chemin entre les lies Morris et. James, et à près de quatre milles des premiers quais de la ville. Là, sur un terrain vaseux, — " où un crabe pouvait se soutenir, mais où un homme eut infailliblement sombré en quelques minutes à une profondeur de vingt-cinq pieds," — on avait préparé une batterie d'un seul canon Farrott de huit pouces, aux projectiles de 800 livres (LIX). Ce fut une œuvre d'habileté et de travail étranges. La batterie avait été construite dans l'obscurité, et pendant le jour, il fallait cacher les pièces de bois dans les herbes et daiis le limon ; aussitôt la nuit venue les piles étaient retirées dans la plage vaseuse qui sépare les deux îles. Quinze mille sacs de sables, d'environ cent dix livres chacun, furent apportés par des canots et employés Pi construire les terrepleins et le parapet. Ce singulier travail fut exécuté en quatorze nuits, — du 2 au 18 août. Le poids énorme de la pièce brisa bien quelques engins au moment où on le plaça, mais on réussit enfin à la mettre eu position, tandis qu'à Charleston, à quatre milles et demi plus loin, on ne se'doutait poiut que VAnr/e des Marais^ — nom donné à ce nouvel agent de destruction, — était braqué sur les rues de la cité (LX).

Le 21 août, le général Gillmore demanda au général

- (LYil) La proportion ordinaire des bles-ses aux laorls dans nue bataille étant de cinq à un, on peut estimer la perte de l'ennemi, en cette occasion, H plus de 3,000 hommes. [N. du trml]

(LYIIl) Pour la raison toute simple que le fort Waj^ner n'avait pas de pièces d'une portée assez longue pour atteindre les constructions de l'ennemi. [A^. du Irud.]

(LIX) Cette pièce était un canon rayé de sept pouces, et non de neuf, et lançait de liombes d'environ 100 livres. Les bombes d'un diamètre de huit pouces pèsent moins de deux cents tivres. [N. du iyqd.]

(LX) On pouvait apercevoir distinctement les tsavaux d'édilicatiou de l'cuuemi, et les batteries confédérées les plus proclies essayèrent à plusieurs reprises de s'y opposer, mais la distance était trop longue et l'ennemi put achever sa construction. [N. du trad.]

Beauiegard révacuatiou de lile Morris et du fort t^iiiiitei:, en lui disant, iiu'cn cas do refus, " dans moins de quatre heures, il ouvrirait sur la ville le feu de ses batteries, dtîjà établies à portée facile et efficace du cœur do la cité."

La réponse du général Beauregard fut remarquable : "11 parait, monsieur," écrivit-il à Grillmore, ''que désespérant do réduire ces travaux, vous adopter le moyen nouveau de tourner vos canons contre les vieillards, les fournies et les enfants d'une ville endormie ; acte d'une barbarie inexcusable, si l'on s'en rapporte à votre propre point de vue, puisque vous vous croyez certain de démolir complètement le fort Sumter en quelques heures, et votre omission d'apposer votre signature à un document aussi grave, montre bien toute la légèreté do la ligne de conduite dans laquelb vous vous êtes aventuré, tandis que vous fixez, en connaissance de cause, une limite de temps qui permet à peine de recevoir et de répondre à votre demande et qu'en ce moment même vous lancez dans le sein d'une ville non prévenue et remplie de femmes et d'enfants inoftensifs, les projectiles les plus meurtriers dont on se soit jamais servi. Ces faits vous donneront une page bien sombre dans l'histoire, — et même dans l'histoire de cette guerre."

Si les espérances des Fédéraux eussent été couronnées de succès, la ville de Charleston eut été infailliblement réduite en ruines (,'t on cendres, les femmes et les enfants mis à mart sans pitié, et il so fut commis des crimes qui auraient soulevé l'indignation du monde entier. Heureusement, le général Gillmore ne put mettre à exécution ni ses propres menaces ni les instigations que lui adressait la lâcheté haineuse du Nord dont le mot d'ordre était : "■ Tuez tous les habitants de cette ville." Le bombardement de Charleston fut un échec. Quelque» projectiles des batteries fédérales de l'Ile Morris atteignirent la ville, douze bombes de 8 pouces tombèrent dans les rues ot plusieurs furent tirés sur le clocher do h)t-Michel. "L'Ange des Marais" n'eut pas une longue carrière ; à s'a tronte-sixiômo décharge la pièce sauta avec ses atfûts et ses épaulements. Après cet échec on ne plaça plus do canons dans la batterie Marsh ; le i'eu grégeois se trouva être une mystification et on no recommença à tirer sur la ville qu'après que rcnnomi eut pris possession de l'île Morris. ,

La puissance formidable du fort Wagner, — (elle que l'avait démontré l'assaut infructueux du 18 juillet, -contrai-

gnit Gillmore de changer son plan d'opérations et tout en poursuivant le siège de ce fort ^mr des parallèles réguliers, de tirer sur le fort Sumter par dessus les forts Wagner et Gregg. Il fut déterminé que l'on essayerait do démolit- Sumter de la [xjsition déjà en possession de l'ennemi pour que hi flotte blindée puisse, le plus tôt possible, exécuter sa part du plan d'attaque. L'élimination du fort Sumter du plan d'opérations, en ne considérant sa prise que comme un auxiliaire de la réduction du fort Wagner, était fortement désirée • par l'ennemi, et des arrangements élaborés furent faits im^médiatement pour placer en position les canons destinés à le battre en brèche.

Le 18 août, Gillmore ouvrit sur le côté oriental de Sumter un feu très vif, 'dirigé de ses batteries de terre, et prenant le fort par enfilade. La canonnade continua pendant toute la journée; neuf cent cinquante-trois boulets furent tirés; la face orientale du fort fut criblée et sérieu sèment endommagée; un oanon de dix pouces et une pièce rayée de quarante-deux livres furent mis hors (\q service. Le 22, l'ennemi lança encore six cent quatre' boulets sur le fort, et réussit à démonter quelques-uns des canons en barbette, à démolir les arches de la face du nord-ouest, et à endommager sérieusement sa face orientale. Le lendemain, les batteries de terre de l'ennemi continuèrent le feu sur le fort Sumter, mirent hors de service la seule colombiade de dix pouces qui restât aux assiégés, ainsi que les trois pièces rayées de quarante-deux livres placées à l'angle nord de la seconde rangée. Toute la façade orientale du fort était criblée et le parapet gravement endommagé.

Le 24 août, le général Gillmore adressa au gouvernement de Washington un rapport où il considérait " le fort Sumter comme pratiquement démoli après un bombardement de sept jours." Cette assertion était présomptueuse et absurde. Le fort Sumter avait été, il est vrai, sérieusement maltraité, mais il était, sous un certain ra[)[>ort, plus formidable (ju'auparavant, car l'écroulement des murs supérieurs avait rendu ses casemates do la base presque invulnérables, et lunnicnsc volume de pierre et do débris qui les protégeaient n'était nullement affecté par l'artillerie ennemie (LXI). Quoique eu apparence un monceau de ruines, le fort offrait cependairt un abri aux liéros confédérés (jui replaçaient sur ses murs l'étendard du Sud,

{LXI) Le fuiL SuuikT était dispose de iiianierc à rucevoir trois ningees horizontales de cuiioiiïs deux en cateiiiatcp, ci la rangée supérieure en barbette, mais au moment de l'attaque, il n'y avait de eauons que dans Tetage inférieur et dans la rangée des pièces en barbette. Quand l'attaque vendant de l'île Morris fut sur le i)oint de eonimeneer, les canons de la rangée inferieuj'e des casemates, faiyant lace aux nouvelles batteries du port, étant exposes au feu de l'île furent retirés par ordre du général Beauregard et les casemates furent solidement appuyées i)ar des balles de coton mouillées et des .'■acs do gable humide de matjière à former une masse compacte d'environ 25 pieds d'épaisseur pour résister au feu de rennemi. Des sacs de sabl • furent aus.i empiles contre la face du mur (juand la rangée supérieure des casemates et les murs des barbettes furent démolis par les boulets et la mitraille de IVimemi. Ces debns ajoutèrent a l'épaisseur et a la force de la langée inférieure des casemates et on s'en servit également pour construire des travaux et des cliemius couverts dans l'mtericur du fort pour la protection de la garnison. Quelques mois après que le bombardement de Sumter fut commencé, tous les canons de ce fort étaient démontés et quelqpefi-uns plus ou moins endommagés, à l'exception d'une pièce de 24 qui fut employée pendant toute la durée du siège a tirer le salut du matin et du soir. Un an environ après le commencement du siège, six de nos plus fortes pièces furent remontées dans l'étage inférieur des casemates en face de l'entrée du port. Les autres canons du fort qui n'avaient pas été endommagés étaient fetirés à mesure que l'ennemi parvenait' a les démonter et replacés dans les nouvelles batteries d.estinées à défendre la baie en place du fort Sumter. [N. du irai.]

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

chat|iie fois qu'un projectile ennemi l'avait abattu; d'un autre coté, le fort Surater était aussi protégé par les batteries du fort Wagner, que les Fédéraux avaient vainement tenté d'enlever d'assaut. Le général G-illmore devait donc, à tout hasard, surmonter cet obstacle. Il ouvrit des trancliées et employa une compagnie de sapeurs et mineurs à établir cinq parallèles successives. Deux batteries blindées furent également élevées sous le feu des travaux des îles Janies et Sullivan. A partir de ce moment, le fort Wagner devint le point de concentration d'un feu formidable et entièrement disproportionné à la défense; les boulets et les bombes venaient désormais de la droite et de la gauche; bientôt personne ne put l'ester sur les parapets, où les projectiles ennemis broj-aient tout ce qui offrait prise; les casemates connnencèrent à s'écrouler et à écraser les défenseurs du foit.

Pendant deux jours et deux nuits, Wagner fut l'objectif du plus formidable bombardement qu'eut jamais à supporter en tout lieu ou en tout temps, aucune fortification en terre de la même iKiissance. Tous les o])usiers léo-ers •de l'ennemi avaient été transportés sur le front de la ligne ennemie et placés en batteries; les canons rayés tiraient également contre les forts tandis qu'une puissante lumière de calcium aidait au travail nocturne des canonniers et des; tirailleui's fédéraux, tout en aveuglant les Confédérés. La î scène était grandiose. Les lumières de calcium écartaient! toutes les ombres de la nuit, et faisaient ressmtir les idus ' mumtieux détails des opérations. Pendant (juarante-dcux heures consécutives, dix-sept obusiers de siège et dix mor- \ tiers Coehorn lancèrent leurs bombes dans le fort, tandis ' que treize canons Parrott, de 100, 200 et 300 livres, tiraient à intervalles réguliers. Les détonations précipitées de l'ar-^ tillerie tonnante dans cette nuit d'automne, que de vives! lumières éclairaient dans tous ses aspects, étaient capables! de remplir d'émotions le cœur le plus ferme. Le choc de ces rapides décharges faisaient trembler la ville entière; des citoyens s'amassaient sur les quais, sur la batterie, sur : tous les points enfin d'où ils pouvaient contempler cette I scène. L'intérêt qu'ils attachaient à ce conflit était d'autant plus grand que le résultat pouvait décider du sort de la ville elle-même.

Dans la nuit du G septembre, le général C-rillmûre ordonna l'assaut sur le fort Wagner pour le lendemam i matin, à la marée basse; cet assaut devait [être fait par trois colonnes. Mais vers minuit, un déserteur vmt l'infor-

mer que les Confédérés évacuaient. l'ile. En çifet^ réyaouation avait commencée à neuf heures de la nuit et était entièrement terminée. Tonte la garnison s'était embarquée sur le Chicora, canonnière confédérée, et sur quatorze barques. Le feu Gregg était également abandonné. L'Ile Morris tomba ainsi au pouvoir de l'ennemi, qui, par là, se trouvait eu posession de la pointe Cummins d'où il pouvait facilement apercevoir Charleston à une distance de quatre milles (LXÎÎ).

Le public du Nord se réjouit immédiatement à la peiisée que Gillmore tenait enfin les clés de Charleston, et que les Monitors et les navires blindés allaient enfiLi pouvO'ir remonter à loisir jusque dans l'intérieur du port. Gillmore lui même prétendait avoir accompli sa part de la tache, en affirmant que le fort Suinter n'était plus désormais "qu'un amas de ruines informes et inoftensives," et qu'il ne restait à l'amiral Dahlgreen qu'à entrer dans le port et t\ acconiplir la réduction de Charleston. Mais sur ce point, raiiiiral fédéral différait d'opinion avec le général Gfillmore; il démontrait que les longues opérations de l'île Morris avaient donné au général Beauregard le temps de poursuivre un autre but; que celui-ci avait, en l'éalité, remplacé le foirt Sumter par un;' position intérieure, avait eu le loisir de faire du fort Johnson, — qui n'était avanc ces opérations qu'un fort ancien et du nulle \'aleur, — ime puissante fortification en terre, et adoptait ainsi le nouveau système pratiqué à Comorn et à Sébastopol. qui consiste à obliger l'ennemi de faire le siège particulier de chacune des fortifications, tout en restant exposé aux feux de tontes les autres, au lieu de concentrer tout le feu défensif d'une place assiégée sur un point imique. De plus, Dahlgreen ne voulait pas consentir à exposer sa Hotte aux torpilles et aux machines infernales placées par les Confédérés dans les passes du port. Les assiégés disaient hautement qu'il était impossible aux canonnières fédérales de les aô'ronter impunément ; que l'escadre de monitors et de navires blindés commandée par Dahlgreen n'osait pas s'aventurer dans le port au-delà du fort Ripley et dans le voisinage des défenses immédiates de la ville.

Gillmore prétendait avoir réduit Simiter, mais le drapeau confédéré flottait encore sur la redoutable forteresse. Fendant la durée du siège et du bombardement, la garnison de Sumter se composait du 1er régiment d'artillerie de la Caroline du Sud, colonel Alfred Rhett. L'armement du fort ayant été mis hors de service, et l'artillerie carolinienue

(LXII) Le but du général Beauregard, en tenant nie Morris si longtemps et avec tant do ténacité, était de gagner le temps nécessaire à rachèvenieQt de la ligne intérieure de défense que le manque de travailleurs et de pièces de canons avait retardé. Oes travaux furent complétés vers le 1er septembre et les batteries Wagner et Gregg étant désormais intenables,' le général Beauregard se détermina à retirer leurs garnisons de 900 hommes dans la ligne intérieure de batteries. En conséquence, les arrangemenls nécessaiîcî firent faits pour l'évacuation de llle Morris à un moment donné. Dans la matinée du 6, une dépêche de signaux du général GiUmore h l'amiral Bahigren fut comprise par notre officier de signaux du fort Sumter; elle informait l'anairal que le fort Wagner serait attaqué dans la matinée da 7, et requérait la coopération de la f.otte. Cette nouvelle fut immédiatement transmise à Charleston au générîd Beauregard, qui donna alors l'ordre d'évacuer l'île Morris,— ce qui. du reste, s'accordait avec les instructions qu'il avait données quelques jours auparavant. Malgré toute la difficulté et le danger de ce mouvement, il fut elTcctué avec tout le succès désirable. [N. du tradÂ

étant requise sur un autre point do ]a défense, le général bulletins quotidiens qui lui disaient combien de boulets Beauregard se détermina à faire occuper le fort par l'infan- inoffensifs avaient été tirés et quelle quantité de munitions terie. Dans la nuit du 4 septembre, le bataillon de Char- avait été prodiguée pour ne produire, en fin de compte, lestoD, commandé par le major Blake, releva la garnison, et qu'un tapage puéril. ''Combien de fois," demanda avec inle major Steplien Elliott remplaça le colonel Rhett dans le ; dignation un journal de Philadelpliie, "combien de fois le commandement du fort. Le 7 septembre, l'amiral Dabi- ï fort Sumter a-t-il été pris ? Combien de fois Charleston oreen désirant s'assurer de Tcxactitude des paroles de Gill- ! a-t-elle été bridée ? Combien de fois le peuple de cette ville

a-t-il été sur le point de mourir de faim et de se rendre ? Et combien de fois le fameux feu grégeois a-t-il enveloppé de flammes infernales la cité de la sécession ? Nous ne pou-

(^L'AETIKK G'KXKRAI. DU DHrAKTF.M V\\T DE I.A OaKOLIN'B DU

Nord kt de la Virginie Mf.ridio.vai.e,

more : " que le fort n'était plus qu'un inoffensif amas de pierres," en demanda la reddition. Le général Beauregard télégraphia au major Elliott de répondre à Daldgreen qu'il

pourrait avoir le fort Sumter lorsqu'il l'aurait pris et con- | vons en tenir le compte, — mais ceux-là l'ont tenu qui ont serve, et qu'en attendant de telles demandes étaient pué- ] sonné les cloches, déployé les drapeaux, provoqué les im- -iiles et manquaient d'à propos. j précations et manifesté leur joie en présence de cette hi*-

Dans la soirée du 7 septembre, les navires blindés et les ; toire de ruine et d'incendie." [LXIV], Monîtors s'approchèrent du fort Sumter plus près (luc de \

coutume, et ouvrirent sur lui un feu très vif Pendant la i .

nuit du 9, trente canots de l'ennemi tentèrent l'assaut du fort, mais des préparatifs étaient faits pour les recevoir. A UD signal donné, 'toutes les batteries ayant accès dans les: l\4cr.-burg' [Virginie], 18 septembre 1804,

eaux de Sumter, aidées par un bélier et une canonnière, ^^^ (/encrai S. Cooper, adjulant-'jéaéral, — Riclimond. ouvrirent le feu sur Fenuemi. qui fut bientôt repoussé. Cent Général : J'ai llionnonr de vous envoyer ci inclus mon treize hommes, dont treize ofïiciers, quatre bateaux et trois Rappoit des opérations dans l'ile Morris, Caroline du Sud, drapeaux restèrent entre les mains de la garnison. Le i)ie- pendant les mois de juillet, août et septembre 1853. Ce mier drapeau du fort Sumter, — celui que le major Ander- rapport a été commencé peu de temps après les événements son avait été contraint d'abaisser en 1S61 et que Dahlgreen qu'il relate, mais, en laison des exigences du service public, espérait replacer sur le fort, — fut aussi capturé. [LXIIIJ. il n'a pu être fini, revu et conigé, avant cette date.

Après que les Fédéraux eurent été repoussés dans leur Le rapport à été fait plutôt en détail que de toute autre dernière attaque sur le fort -Sumter, ils ne firent ])lus, peu- \ manière dans le but de réfuter certaines accusations contedant le reste de l'année, que de rares démonstrations, et se ' nues dans une lettre de l'honorable James A Seddon, secrécontentèrent de bombarder les forts et de jeter des bombes \ taire de la guerre, à l'honorable Wm. Porcher Miles, dans Charleston à de fréquents intervalles, soit pendant le membre du Congrès pour la Caroline du Sud et mon aidejour, soit dans la nuit. Mais ce bombardement de la ville ! de-camp volontaire. Je ne doute pas qu'après examen de ce se répétait si souvent et si inefficacement, que la peur rapport, l'Honorable Secrétaire de la Guerre n'admette qu'il n'existait même pas chez les femmes et chez les enfants. La a, sans intention hostile, porté ]un jugement injuste dans le ville restait intacte et sauve ; Gillmore avait en vain sacri- ; paragraphe suivant de sa lettre :

fié, pour en obtenir la possession, des milliers d'existences " Je ne me sens aucune disposition à critiquer les opérahumaines et lancé assez de projectiles pour construire plu- tions militaires ou à insister sur des erreurs et des omissions sieurs navires blindés ; de son côté, l'amiral Dahlgreen re- aujourd'hui irrémédiables, mais vous me forcez à établir, fasait de pénétrer dans le port et de risquer la destruction pour ma propre défense, les vraies causes de l'établissed'une flotte qui avait tant coûté au gouvernement. Il ré- ; ment de l'ennemi sur l'île Morris. Suivant ce que je crois, -ce eulta donc que cette démonstration contre Charleston dégé- ! succès de l'ennemi n'eut pas pour cause le manque de forces néra en un bombardement inutile et dispendieux. Le public ; d'infanterie dans ce département, mais bien l'insuflisance du Nord parut se fatiguer de ces expériences de canons ! des travaux de défense de l'extrémité de l'île, — connue Parrott et d'artillerie monstre, et ne lut qu'avec dégoût les ', depuis longtemjis comme étant la première j)orte extérieure

(LXIII) Dans la supposition qu'une attaque sur le fort Sumter serait nécessairement faite immédiatement après l'attaque de l'île Morris, des icstructious avaient été données en conséquence par le général Beauregard. Aussitôt après la réception de la demande de reddition de l'amiral Dahlgreu, le général Beauregard télégraphia au fort Sumter et à toutes les batteries à portée des eaux du fort Sumter de se tenir constamment sur l'alerte dans l'attente de l'attaque qui devait avoir lieu cette nuit. [N. du irad.]

(LXIV) A la suite de ce chapitre nous plaçons un extrait du rapport des opérations confédérées dans l'ile Morris, — rapport qui n'a jamais été publié par le département de la Guerre de Eichmond. Cet extrait suffira pour montrer combien était insufSsante la garnison du port de Charleston et quelles oct été les difBcultés à vaincre pour garder cette place avec le faible nombre de troupes que ks réquisitions continuelles du département de la Guerre y avaient laissé.

Nous le faisons précéder d'une lettre du général Beauregard à l'adjudant général de l'armée confédérée, — relative aux critiques auxquelles cette défeûse a donné lieu, [^V. du trad.]

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