HISTOIRE DE
LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
de la viiîe,,— et l'établissement, par l'ennemi, de puissantes batteries dans l'île Folly, sans que les autorités militaires en eussent eu connaissance. Ces batteries furent masquées jîisqu'au moment où elles purent ouvrir le feu sur nous, avec tous les avantages de la surprise ; l'ennemi les avait établies à couvert de bois que Ton avait omis de raser.
'' Ces circonstances, et non le besoin d'hommes, furent les causes de l'établissement de l'ennemi dansTile Morris, — cela fut démontré par l'incapacité des Fédéraux d'augmenter leurs succès par la capture des forts Wagner ou G-regg. Je n'éprouve aucun plaisir cà insister sur ces causes de désastres, mais je ne pouvait dire moins en présence des assertions de votre lettre."
Je suis, général, etc.,
G. T. Beauregard, général.
QuGrtic':' Général Jn Départcuicnt de la Cardiuc da Nord
d de la Virginie Méridionale.
En Campagne, piTS de Petersburg, Virginie, IS soi>fembre ISGl.
Aîi général S. Coopcr, adjudant général, — BicJimond.
Général : J'arrivai à Cbarleston le 13 septembre 1863, et pris le commandement du Département, le 24 du même mois.
Dans l'intervalle, je m'étais informé des mesures prises pour la défense par le major-général Pemberton, mon prédécesseur, particulièrement à Cbarleston et à Savannah. J'avais également fait une rapide inspection des ressources défensives du département ; le résultat de laquelle j'ai communiqué au département de la guerre dans deux notes, la première, relative à Cbarleston, du 3, l'autre, se rapportant principalement à Savannah, du 10 octobre 1862.
A cette époque, le chiffre des troupes de ce .département était ainsi fixé :
Dans la Caroline du Sud : Infanterie 6564 hommes, artillerie en position 1787, artillerie de campagne 1379, cavalerie 2817. Total 12,547 hommes.
Dans la Géorgie : Infanterie 3834 hommes, artillerie en position 1330, artillerie de campagne 445, cavalerie 1580. Total 7189 hommes.
Total des troupes de toutes armes dans le département 19j736 hommes.
De ce total 1787 hommes d'artillerie de siège, 727 d'artillerie de campagne, 4139 d'infanterie et 410 de cavallerie étaient assemblés dans le 1er District militaire 2)our la défense de Cbarleston, et 1330 hommes d'artillerie de siéo-e 445 d'artillerie légère, 3834 d'infanterie et 1580 de cavalerie pour la détense de Savannah.
Mon prédécesseur, avant d'être relevé de son commandement, m'avait donné l'estimation suivante du minimum des troupes qu'il regardait comme indispensables et essentielles à la sûreté de Cbarleston et de Savannah.
Pour la défense de Cbarleston 15^,600 hommes d'infanterie, 2850 d'artillerie de siège et 1000 de cavalerie. Total 19,450 hommes et 9 batteries d'artillerie de campagne.
Pour la défense du chemin de fer do Cbarleston à Savannah et des approches de terre : 11,000 lirimmes de toutes armes.
Pour la défense de Savauuah : 10,000 hummes d'infante- ■ rie, 1200 d"artillerie en position et 2000 de cavalerie, — soit 13,200 hommes, plus 8 batteries d'artillerie légère.
Total général des forces strictement indispensables dans la Caroline du Sud et la Géorgie : 43,650 liommes et 17 batteries d'artillerie légère.
Le 7 avjil 1863, jour de l'attaque par la flotte blindée, les troupes à ma disposition dans la C'aroline du Sud et la Géorgie, donnaient un total effectif de 30,040 hommes, ainsi répartis :
1er District militaire — 6807 hommes d'infanterie, 1067 d'artillerie légère, 2238 d'artillerie de siège, 1117 de cavalerie. Total, 11,229 hommes.
2e District — • Infanterie 1819, artillerie légère 288, cavalerie 742. Total 2849 hommes.
3e District —Infanterie 3655, artillerie légère 496, cavalerie 1686. Total 5837 hommes.
Géorgie — Infanterie 5661 hommes, artillerie légère 546, artillerie de siège 2038, cavalerie 1880. Total, 10,125 hommes.
Mais l'envoi de la brigade Cook dans la Caroline du Nord, après l'échec de la Hotte blindée, — des ])rigades Gist et Walker et des batteries d'artillerie légère, vers le 4 mai, réduisit matériellement ma force.
Le 10 juillet 1863, les troupes du 1er District militaire comptaient 5861 hommes ; celles du Second 1398, celles du Troisième 2517, et celles du district de la Géorgie 5542, Total, 15,318 hommes pour tout le département, soit 28,000 de moins que le chitiVe reconnu nécessaire en septembre 1862.
Les 5861 hommes du 1er District militaire (Cbarleston) étaient ainsi répartis :
Ile James — 1184 hommes d'infanterie, 1569 d'artillerie de siège et de campagne, et 153 de cavalerie.
Ile Morris — Infanterie 612, artillerie 289, cavalerie 26.
Ile Sullivan — Infanterie 204, artillerie 726, cavalerie
Ville de Cbarleston — Infanterie 462, artillerie 235, cavalerie 153.
Pendant les mois de mai, juin, juillet et août, j'ai averti le département de la guerre de la nature menaçante des préparatifs de l'ennemi sur les côtes de mon département et de mes craintes personnelles au sujet de Timminence de rattaqi\e. Le 25 avril, en réponse à ma demande de la veille pour des canons de fort calibre destinés aux travaux ~de nie Morris, je reçus le télégramme suivant du secrétaire de la guerre :
" Je regrette de ne pouvoir satisfaire à votre demande ; les besoins de Wilmington et des forts du Mississipi étant maintenant les plus urgents."
Le 1er mai, je reçus l'ordre d'envoyer une brigade en-
tière, dans la Caroline du Nord, au général D. H. Hii!. La brigade Clingman lui fut expédiée.
Le lendemain, je reçus le télégViniinie suivant du secrétaire de la guerre :
"L'ennemi, d'après les iuformatious obtenues, abaudouna l'attaque de la côte orientale et concentre de grandes forces sur le Mjssissipi. Envoyez immédiatement sur ce point huit ou dix mille lionunes, en y comprenant ceux déjà envoyés .à Tullaîioma."'
Je répondis: " Aucun ordre d'envoi de troupes à Tullaîioma ne m'est parvenu. Les brigades Cook et Clingman ont été expédiées dans la Caroline du Nord, et 5000 liommes d'infanterie avec deux batteries au général Pemberton, Il ne me reste que 10,000 hommes d'infanterie pour toute la Caroline du Sud et la Géorgie. Je ne puis en envoyer plus sans abandonner le chemin de fer de Savaiinah. J'attendrai des ordres ultérieurs, lucnncmi occuj)c toujours les Ues Folbj, Seahrooïc et Port Royal ; retirer J'eratres troi/jK-s sera k dangereux.''''
Le 4 mai, j'envoyai au secrétaire de la guerre la dépêche suivante :
" La flotte ennemie à Hilton Head et à Port Royal se compose de 4 frégates à vapeur, 5 canonnières en bois, G navires, 4 barques, 3 bricks, S7 transports et 5S goélettes, en tout 1S3 vaisseaux ; — augmentation très remarquable depuis mon dernier rapport. .
Le 9 mai, Thonorable James A. Seddon, secrétaire de la guerre, me télégraphia :
" Foster, avec ses forces et une partie de celles de Hunter, retourne, croit-on, dans la Caroline du Nord. Il . est indispensable d'envoyer encore des renforts au général Pemberton. Si la brigade Evans est revenu dans votre commandement, envoyez 5000 hommes; sinon, un nombre d'hommes qui, avec cette brigade, complète le chiffre de
oOOO."
Je répondis le lendemain :
"L'ordre sera exécuté; mais il ne restera que 1000 hommes d'infanterie pour occuper les lignes étendues et les batteries de Savannali ; 750 pour tenir la ligne du chemin de fer de Savannah (ce qui est l'abandon virtuel à l'ennemi de tout le pays avoisinant et de grands dépôts de riz, et lui permet d'attaquer Branchville et de couper les chemins de fer qui s'y concentrent), et 1500 hommes ici, — circonstance qui avant peu sera connue de l'ennemi. En même temps, les généraux Walker et Hagood rapportent une grande augmentation des forces ennemies dans leur voisinage. L'ennemi est en force à l'de Folly et construit activement ses batteries. La saison est favoriible à ses opérations."
Le 12, je télégraphiai au secrétaire de la guerre : •'J'ai envoyé au général Pemberton (contrairement à mon opinion) la brigade Evans et ini régiment, se montant ensemble à 2700 hommes, — laissant seulement 6000 hom-
mes d'infanterie disponibles dans la Caroline du Sud et la Géorgie; les 1000 hommes qui restent attendrofit des ordres ultérieurs."
Une lettre du J.l riiai, à la même adresse, donna nue plus ample explication de mes vues au sujet d'une attaque, et montra au département de la guerre le menaçant aspect des préparatifs de l'ennemi dans mon département. Eu voici un extrait:
"Une semaine au.paravant, j'ai envoyé les deux brigade3 Gist et Walker, soit lai peu plus de 5000 hommes et deux de mes meilleures batteries de campagne à Jackson, (Mt3sissipi).
'•'Vos ordres ont apparemment été basés sur votre conviction que les troupes de l'ennemi rassemblées dans ce département pour les opérations contre Charleston, ont été en grande partie retirées et envoyées en expéditions dans la Caroline du Nord et la vallée du Mississipi. Je regrette de ne point partager cette conviction, car d'après les rapports de mes commandants de districts et d'autres informations, je suis convaincu que les troupes sous les ordres du major-général Hunter n'on souffert qu'une très faible réduction.
"Le généj'al Walker, commandant à Pocotaligo, rapporte que les avant-postes ennemis sur son front ont reçu des renforts considérables, et le général PLigood annonce également l'occupation des iles Folly et Seabrook avec 2590 hommes d'infanterie, et l'érection de fortifications sur ces points, c|ui, selon toute apparence, sont occupés par de grandes forces.
"Cinq des Mon'itors vQiiient dans le North Edisto, avec c|uelques vingt canonnières et transports. Avec ces navires, les transports mouillés à Port-Royal et les forces qu'il a à sa disposition, l'ennemi peut renouveler l'attaque sur Charleston par terre ou par mer quand il le jugera convenable. Agissant sur l'offensive et choisissant le temps propice, il peut appeler à son aide des i-enforts de la Caroline du Nord avant que je puisse recevoir l'aide d'aucunes troupes additionnelles."
" Les journaux du Nord annoncent la réduction des foi ces de Hunter, dont une partie doit aller coopérer sur le littoral du Golfe. Si ceci est vrai, vous partirez pour Mobile, à la tête des troupes dont vous pourrez disposer ?ans dégarnir votre ligne défensive, afin de résister à un'B attaque contre cette place, si toutefois elle doit avoir lieu ; mais si le dessein de l'ennemi est d'expédier ces renforts dans le Mississipi, vous rejoindrez Johnston et opérerez avec lui dans cette section du pays."
Je répondis, par un télégramme en date du 13 du mèn» mois :
" Les forces et les navires blindés de l'ennemi sont toujours dans la position dont j'ai donné connaissance au gouvernement, moins cependant les canonnières qui ont formé mie expédition qui se trouve actuellement à Altamahs. et
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à St-Jolin (Floride). Veuillez m'envoyer des informations positives au sujet des intentions de l'ennemi."
Le 25 juin, je reçus de Son Excellence le président Da-
soixante jours. Pouvez-vous lui donuer encore quelque appui sans risquer la perte probable de Charleston et de Havannali V
Ma réponse fut : " Auciui l'enfort ne peut être envoyé "Par suite de cii'constances qu'il est inutile d'expliquer, de mon département sans nécessiter l'abandon du chemin
vis le télégramme suivant
le contrôle du Mississipi et le maintien des commiuiications entre les Etats à l'ouest et à l'est de ce fleuve seront perdus si Johnston n'est grandement renforcé dans les
de fer de Savannali à Charleston et du pays (pt'il traverse.' [LXV]
(LXV) Oi) peut SI! i'cirIix; co)ii|)t(', par ces extraits' de la correspijiRlaiiee eelKiii,i;ce eiitrc les aiitoritea militaires de Rieliiuoiid et le défendeur de Cliailestoii, de l'cxiguite des ressources avec lesquelles celiii-ei eut ci fuuteiiir ee sie^c a jainais ineuiorablu. L'iiabileté avec laquelle la défense fut conduite parvint à neutraliser riuinicnse disproportion des forces opi)Osées et ee ne fui q'ie piuo tard, quand la ruine totale de la Coufederation fut devenue une chose assurée, que l'arniee du iSiid se vit obligée de l'abandonner à l'ennenii.
La délensc de Chai'leslon est une des plus belles pages de l'histoire de la Confédération, et de buaucoup la. jilus^ieinarqualile eoninie opei'ulious -des armes spéciales, — génie et artillerie,— de l'armée du .Sud. [A', ilv ha(l.\
lAPlïRE IXYll
EXPEDITION l)K .lOlIN MORGAN. ""in^DDITION DU l)EF[LE CUMliEELAND, - BA-
TAILLE DE CHIGKAMAUGA.
JTJILLK'r~SSli;t»TIGlUJBK,K 1&6S.
Il n'y avciit pas de cumuiundaiit cunlédéré criiuc îiituitiuii plus grande et d'une sagaeiié plus ien!ar(|uable cjue le général Joseph E. Juliiiston. Il avait plus de pénétration ({ue Lee ; son es})rit ;ivait de plus lai'ges eoneeptiens et dans toutes les périodes de la gueri'e. son jugement froid et reposé formait un eon(rast(ï si giand avee rcxaltatiou des idées du peuple de la Confédération^ (pi'il était devenu quelque peu impopulaire et n'était aj)[)récié à sa juste valeur <]ue par eerlaities }ierson ties intelligentes (j^ui vo3^aient en lui le preniiei' génie militaire de la Confédération. La suite des évciiemeuts eonsaera eette réputation et eonlirma le titre de "plus grand eapitaine du Sud" à ee général ipii, plus ealme (pie Lee lui-même, était l'intelligenee personnifiée, lisait daus l'avenir mieux (|u'aueuji autre elief et prévoyait oii eonduiraient les folies de l'administration de Iliehm<jnd et la vanité extravagante du peuple.
<-^uand la eam])agne de VieksLuig fut décidée à Bicliniuiid, le général Jolinston conjura les autorités de se décidrr entre le Mississipi et le Tennessee, mais en insistant sur le maintien de ce dernier Etat qu'il désignait du nom, parfaitement exact, de "bouclier du Sud." Six mois après la bataille de Murfreesboro, notre armée du Tennessee était aussi forte qu'avant de l'avoir livrée, et dans les conditions favorables où elle se trouvait, il eut sufli d'un «énérai de capacité ordinaire à sa tête, pour rejeter Kosecrans hors de l'Etat. Mais malheureusement la division Stevenson en fut distraite et envoyée aux lignes du Mississipi.
Jolinston a.[)précia tout le dangi'i' d'un lel amoindrissement et il protesta eiiutre cette mesure à laijUclK; il attachait une importance si grande, qu'il ht un dui)lieata de sa protesta- I tion et en gai'da une copie exacte pour ses iiotes particulièrea. : Il })rédisait que l'administration de Kichmond, en essayant de garder à la fois le Mississipi et l'Etat du Tennessee, perdrait les deux, et que l'ennemi, en se portant sur la frontière se2)tcntrionale de la Géorgie, obtiendrait ime position qui lui donnei'ait un avantage peut-être décisif.
Avec ses forces ainsi réduites" par l'envoi d'une division à Vicksl)iug', le général Bragg in.sista sur la conversion de l'arnjée active du Tennessee en une simple armée d'obsuivation. Kosecrans était devant lui, et Burnside, qui commandait le corj)s ennemi connu sous le nom d'armée de Cumberland, pouvait, par une marche dans la direction de : Knoxville, menacer ses derrières. En juillet, le général Bragg occupait une chaîne de collines s'étendant de Bcllblucke à Brady ville ; cette li^'ue était déjà très forte naturellement, et les fortifications établies à sa gauclie devant Shelbyville, ' ajoutaient encore à sa puissance. Mais la mauvaise dispo- ' sition des forces qui roccuj)aient laissait le défilé Hoovcr j accessible à l'ennemi ; Kosecrans s'avança sur ce point. Trois biigades confédérées s'y portèrent rapidement et l'occupèrent pendant plus de quarante heiu'es, mais Kosecrans conserva cette position., qui le 2)l»Çciit sur le flanc de Bragg. Celui-ci, pour sauver son armée, dut battre graduellement en retraite ' jusqu'à Chattanooga.
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EXrEDIÏION DJC JOHN SlUliGAN.
Comme 2);ii'lle du plan d'opéraliDiis dans l'Ouest et comme contribution injportantc au succès de la rctrailc du !i;énéral Bragg, nous devons relater ici la remarquable expédition du fameux général de cavalerie John Morgan. Bien (|ue cette expédition se terminât par un désastre, l'effet n'en fut pas moins de ci'éer une diversion tiès importante et de nécessiter l'envoi de forts détachements de l'armée de Burnside dans l'Etat du Iventucky, pour y combattre l'aventureux commandant. Cette diversion eiripêoha Burnside de prendre l'amnée de Bragg par derrière au moment où Rosecrans la menaçait de face à Siiellivville.
Vers la fin du mois de iuin, les forces du f>;énérarMoi'gan, fornîées par détachements de deux l)rigades et se montant à près de trois mille honmies, s'ap[)rochèrent de la rivière Cumberland. Le piissag(^ de ce cours d'eau ne fut que faiblement contesté par trois régiments de l'Ohio, venant de Somerset (Kentucky). Le général Morgan se vit obligé de construire un certain nombre de bateaux et il commença à traverser la rivière le 1er juillet. Le lendemain matin, à neuf heures, le passage était heureusement eiïectué, et Tavant-garde s'avança sur Columbia, que l'ennemi abandonna après un court engagement.
Sans s'arrêter à Columbia, le générnl Morgan se di4'igea sur le pont de la rivière Green et attaqua une fortification en palissade occupée par deux réghnents ennemis, après avoir envo5^é une partie de ses forces traverser la rivière à un autre gué. Mais la position des Fédéraux était judicieusement choisie et elle fut habilement défendue; les Confédérés furent repoussés avec une perte de vingt-cinq tués et vingt blessés.
Le 4 juillet, au lever du soleil, le général Morgan se porta sur Lebanon. Le colonel Hanson, commandant fédéral de cette place, fit une résistance désespérée, disposa ses forces dans les dépôts et dans diverses maisons, et ne se rendit c{u'après que les Confédérés eurent mis le feu dans les bâtiments où il était posté. Environ six cents prisonniers furent pris, ainsi qu'une quantité de fusils suffisante pour armer tous ceux des hommes de Morgan qui ne l'étaient pas.
Le 7 juillet, une marche rapide mena Morgan à Bradensburg. Le lendemain il traversa l'Ohio, malgré deux canonnières fédérales, cju'il réussit à tenir en échec, et dispersa un détachement de milice, soutenu par de l'artillerie, cjui l'attendait sur la limite de l'Etat de l'Indiana. Quand la colonne de poursuite de l'ennemi, que des renforts successifs avaient élevée à une force de sept régiments et de deux pièces d'artillerie, atteignit la rive de l'Ohio, elle trouva le bateau qui avait servi au passage de Morgan livré aux flammes et put voir, sur la rive opposée, l'arrièregarde des forces de ce dernier disparaître dans le lointain.
Le 9 juillet, Morgan marcha' sur Corydon, livra bataille
à quatre mille miliciens, en captura les trois quarts et mit le reste en fuite. Sans s'arrêter sur ce point, il se porta sur Salem, par Salisbury et Palmyra, y détruisit le pont et les rails du chemin de fer ainsi que de vnstes entrepôts d'approvisionnements publics. Prenant alors le chemin de Lexington et marchant toute la huit, il ariiva dans Cette ville au point du jour, enleva à l'ennemi uiu^ quantité considérable de. provisions et détruisit la voie ferrée et le dépôt du chemin de fer de ".Jeffo'sonville et Indianapolis,*' à Vienna. Laissant ensuite Lexington, il passa au nord du chemin de fer "Mississipi et <)hio" près de Vernon, où il rencontra rme forte coloime d'infanterie fédérale, commandée par le général i\ranson. Morgan feignit d'engager une action générale, mais tout en occupant l'ennemi par des escarmouches, il envoya la plus foi-ttpartie de ses troupes autour de la ville de Dupont, poui' v couper, par détachements séparés, les routes de Vernon et Seymour, à l'ouest, de Vei'iion à Lawi-enceburg, à l'est, de Vernon à Madison, au siul, et de Vernon à (îolumbus, au nord.
De Vernon, le général Morgan se rendit à Versailles, y cajotura cin({ cents hommes de milice dispersés sur le cliemin. De Versailles il marcha rapidement sur Harrison (Ohio), détruisant les voies ferrées et brfdant les ])etits ])onts du chemin dé fer de "Lawrenceburg et Indianapolis.' A Hari'ison, Morgan brfdaun"beau [)ont, puis, à la nuit tombante, il se dirigea vers Cincinnati, passa entre cette ville et Harrison, détruisit le che iiin de fer, et malgré les piquets fédéraux qui s'opposaient à son passage, arriva jusqu'à sept milles de Cinciimati. Le 14, au lever du soleil, il se trouvait à dixhuit milles à l'est de cette ville.
L'aventiu'cux commandant avait accompli une marche merveilleuse. Il avait traversé deux très grands Etats, détruit des propriétés d'une valeur probable de dix millions de dollars, coupé un réseau entier de chemins de fer, relâché sur parole six mille prisonniers, et jeté une population de plusieurs millions d'âmes dans une grande consternation. Son œuvre était achevée ; et il ne cherchait plus maintenant qu'à regagner le Sud, Ceci n'était j)fis facile ; toute la contrée s'était soulevée et on rapportait que vingt-cinq mille hommes étaient sous les armes pour s'emparer ou intercepter la retraite du "sanglant envahisseur."
Après avoir passé près de Cincinnati, les troupes exténuées de Morgan se portèrent dans la diiection de Dennison, y firent une feinte à la faveur de laquelle elles poussèrent vigoureusement vers la rivière Ohio. Chaque jour le commandement de "sapeurs, sur le front," les avertissaient de se garder des tirailleurs, des embuscades et des chemins bloqués. Chaque colline cachait un ennemi ; chaque ravin un piège. Ce ne fut que dans la soirée du 19 juillet que les troupes de Morgan, découragées et brisées de fatigues, atteignirent la rivière au gué au-dessus de Pomro3^
A 4 heures de l'après-midi, deux compagnies traversèrent la rivière et furent immédiatement attaquées par l'eimemi.
LA CAU8E PKRDUE
Un détachement (Véclairenrs, fort de trois cents honnncs, descendit le lung do la l'ivière jusqu'à une distance d'un demi mille et rai)})orta la présence d'une petite force fédérale, protégée sur ce })oint par des l'ctrancliemenls ; il demanda la. permision de l'attaquer. La position fut enle\ée et cent cinquante prisonniers capturés. Un courrier, arrivant au même moment, anfionça qu'une canonnière s'approchait do noti'e hattcrie, mais qu'au premier feu elle s'était letiiée avec piécipitation.
Le général Morgan s'assura de la véracité de ce rajiport t-t croyant qu'il avait le temps de traverser la livière avec toutes ses ti-oupes, il tît tous les préparatifs nécessairi^s poiu- l'exécution rapide de ce mouvement, quand tout A COU}) aux déchai'ges répétées de l'artillerie ennemie, ])Ostée sur un point inférieur de la rivière, se joignit une vive fusillade tombant sur l'arrière et sur la droite de Morgan, et hientôt après, trois fortes colonnes d'infanterie attaquèrent nos forces qui se tournaient en ce moment eu colonne serrée et se préparaient à ti'av(n-ser la livière. Voyant que l'ennemi avait tous les avantages de la position et surtout du nombre, et que ses hommes allaient infailliblement êti'e cernés, Morgan donna l'ordre de remonter la rive de toute la vitesse de leurs chevaux. Trois compagnies de cavaliers démontés, et environ deux cents malades et blessés furent abaudonnés à l'ennemi; le gros des troupes de Morgan se dirigea rapidement sur Belleville, à quutoi'ze milles plus loin, et sans cesser de combattre A Belleville, les troupes trouvèrent un gué qu'elles commencèrent à traverser, plutôt en nageant qu'en prenant fond. Ti'ois cent trente hommes nv;!it déjà effectué leur passage, quand les canonnières ennemies, — un navire blindé et deux transports, — arrivèrent sur la scène de l'action. La présence de cette force rendait désormais le passage de la rivière excessivement périlleux ; néanmoins quelques officiers, conduits par le colonel Adaiu R. Joluison, résolurent d'affronter ces terri- ])les adversaires, eu traversant la rivière à la nage sous le feu des navires. Un des officiers qui exécutèrent ce trait d'audace raconte ainsi cette scène effrayante : " La noble jument du colonel hésite, puis s'élance de nouveau et parvient à gagner la rive ; Woodson suit de près. Mon pauvre chevnrl, t)'op affaibli pour me porter, cède au courant et descend la rivièi-e, et moi, embaiTassé par mon habillement, mon sabre et mes pistolets, je n'avance que très lentement dans le courant bourbeux. Le sentiment inhérent de la conservation me donne des forces, et je continue à nager. Derrière moi, j'entends l'appel pi'essant du jeune Rogers ; ;i, ma droite, le capitaine Helm demande égale- "ment du secours; plus loin, le capitaine Mac Clain, mon ami, se noie. Peu à peu la canonnière s'avance de mon côté. Serai-je capable de, me soutenir jusqu'à, son arrivée, et ne serai-je sauvé que pour souffrir sous les verroux d'une ■bastille fédérale ? Mais j'entends un hennissement derrière moi. Dieu merci ! je suis sauvé ! un cheval sans cavalier
nage i)i'ès de moi, je l'atteins et il me porte à la rive. Le colonel Johnson, eu arrivant sur le bord de la rivière, saisit une pièce de bois, saute dans un canot défoncé et retourne •à l'arrière pour secourir ceux de ses camarades qui se noient. Il sauve la vie au capitaine Helm, mais Mac Clain et Eogers sont perdus."'
Le gé.'iéral Moi'gan ne faisait ])as partie du groupe d'(^fricici'S ([ui Iriversa heureusement la rivière. A la tète de deux cents de ses honmies, il perça la ligne (nicmie sur la rive nord de l'Ohio et se sauva du coté de New Jjisl) iu, (.ù il espérait pouvoir traverser la rivière. Des forces furent (^ivoyées pour l'en empêcher, et le brave cavalier, qui tant de fois avait surpris et confondu l'ennemi, fut enfin capturé sur un point de la rive d'où il ne pouvait s'échapper qu'en cherchant à faire une trouée ou en sautant en bas d'un précipice qui s'ouvrait presque perpendiculairement sous lui. Il se rendit avec le reste de ses trou])Cs.
Le traitement infâme auquel fut soumis cet officier distingué et ses compagnons d'infortune donna lieu au mémorandum suivant, envoyé au département de la guerre à Richmond, par le Ijeutenant-colonel Alston, témoin oculaire : "Us furent expédiés à Cincinnati et de là, lui (Morgan) et vingt-huit de ses officiers furent choisis et envoyés à Columbus (Ohio) où on leur lit raser les cheveux 2)ar un détenu nègre, on les enferma ensuite dans leurs cellules. Les journaux fédéraux publièrent avec des démonstrations de joie, tous les détais de leur incarcération. Sept jours après, quarante-deux autres officiers de Morgan furent envoyés de Vile Johnson \x\\ ijéniteniiaire ai soumis aux mêmes traitements indignes."
Mais ces rigueurs et ces outrages ne I)risèrent pas la fermeté de ces braves. Le même officier qui signa le. mémorandum cité ci-dessus, osa dire à ses persécuteurs : Il y a cent mille homi'ues au Sud qui, comme moi, préféreraient voir leur pays ravagé par un tremblement de terre que de céder à leursoppresseurs,— et qui seretireraient dans les montagnes et y vivraient de glands, prêts à tirer sur chaque envahisseur qui se montrerait à leur vue."