‹ La cause perdueChapitre 46 sur 85 · REDDITION DE CUMBERLAND GAP · texte numérisé non relu

REDDITION DE CUMBERLAND GAP

Un des événements les plus remarquables du mois de septendire fut la reddition du défilé Cumberland, — revers cpie le président Davis apprécia comme "laissant le Tennessee oriental et la Virginie du sud-ouest ouvertes aux opérations hostiles de l'ennemi, et brisant la ligne de communications entre le siège du gouvernement et le Tennessee central" — et que quelques-uns des journaux de Richmond envisagèrent comme " un des événements les plus désastreux de cette guerre." Ces sérieuses accusations demandent un examen minutieux des faits qui s'y rattachent : on verra que l'abandon du défilé Cumberland, de même que quelques autres échecs où des accusations identiques furent portées, fut le résultat de mesures dont la responsabilité retombe sur l'administration de Richmond elle-même.

lilSTOiHE DE LA GUERRE DES CONEÉDÉKÊS

Vers la fin d'août 1863, les forces fédérales placées sous le commandement du général Burnside entrèrent dans le Tennessee Cl le 2 septembre, elles occupèrent Knoxville. Une «-rande partie de ces troupes traversèrent les montagnes du Cumberland, de l'Etat de Kentucliv dans celui du Tennessee, au défilé Big Creelc, à quarante milles au sud du défilé Cumberîand : cett(? dernière [)osition était «K^cupée par le général confédéré Frazier. Le 21 août, le général ■ Buckner, qui- commandait les forces coufédôrées du Tennessee oriental, ordonna au général Prazier de " teuii' le défilé," pnnt très important à la sécurité du Tennessee oriental et de la Vii-ginie du sud-ouest. Le général r>uckner assurait en outre au général Frazier que, si rennemi ])énétrait entre ce poste et le défilé Big Creek, — la gauche et l'arrière du général Frazier, — il le tiendrait en échec. Cette dépêche laissa le générai Frazier sous l'impression (^uc ses dei-rières seraient protégés. Mais le 30 août, le général Buckner lui envoya une seconde dépêche, par laquelle il lui enjoignait d'abandonner en toute hâte le défilé, de brûler et de détruire tout ce qui ne pouvait être emporté et de se rapporter au général S. Jones, à Abingdon (Virginie), à une distance de cent vingt-cinq milles.

Le général Frazier n'était pus convaincu de l'authenticité de cet oi'dre, et il soupçonna quelque ruse de l'ennemi. Les ordres" antérieui's lui enjoignaient de tenir énergiquement la clé du Tennessee oriental;, il envoya au général Buckner un télégramme en chifires, l'informant cpi'il était capable de garder le défilé, qu'il avait quarante jours de rations, et lui demandant si néanmoins il persistait à ordonner l'évacuation. L'ordre fut contremandé dans les vingt-quatre heures, et les dernières instructions de Buckner furent de garder Cumberîand Gap.

Knoxville venait d'être abandonnée ; le général Buckner et ses troupes se trouvaient à Loudon, à environ trente milles au sud-ouest de cette ville, près du confluent des rivières Holston et Tennessee. Le général Frazier se prépara à défendre vigoureusement le défilé, qui n'était pas, comme l'avait déclaré le président Davis, "un passage facile à garder." Trois chemins aboutissaient au Cumberîand G-ap ; celui de la Virginie, conduisant à l'est dans la vallée de Powell ; celui du Kentucky, reliant Knoxville à cet Etat et traversant le défilé; et celui de Harlan, courant au nord de la montagne. En raison des accidents du terrain, des ravins et des pentes, l'artillerie ne pouvait jouer qu'un rôle secondaire dans les opérations et ne commandait les chemins que très imparfaitement. Le chemin du Kentucky à Knoxville oflrait seul sur son parcours des points où les pièces du défilé pouvaient porter, et aucune des autres ^routes ne donnait prise à l'artillerie sur une étendue de plus d'un quart de mille; des batteries furent placées sur chacun de ces points; mais la nature du terrain permettait à Tennemi d'approcher de plusieurs côtés en évitant les chenààiis. La ligne des défenses extérieures du général

Frazier occupait une circonférence de deux milles; elle était garnie de tranchées creusées à des intervalles irréguliers, aux points les plus convenables et près des sommets des montngnes. Un blockhaus inachevé et construit dans une position isolée à un mille et demi du défilé, était défendu i>ny lui canon. Les pentes rapides du terrain ne laissaient qu'un espace limit(' à l'action de cotte position ; mais comme elle commandait les travaux du défilé, il était nécessaire d'empêcher son occupation par l'ennemi. Les tïanchées et les épaulements de l'artillerie étaient très incomplets, en raison d(? la nature rocailleuse des matériaux, du manque d'outils, de poudre à mine, et de la petite quantité des travailleurs que l'on pouvait y appliquer sans nuii'e aux exigences dû service. On pouvait s'approcher du défilé [)ar des ravins profonds où Tennemi pouvait loger de fortes colomies à la faveur de la nuit ou d'une épaisse brume. Les principales défenses étaient du côté du nord où l'on croyait que l'attaque aurait lieu, et c'était dans cette conviction que le général Frazier s'était fait fort de garder la position.

Dix mille hommes auraient du être consacrés à la défense permanente de cette position, et la force dont disposait le général Frazier n'était que de dix-sept cents hommes ; chacun d'eux avait cent cartouches. Le général Frazier décrivit ainsi sa situation : '' Après avoir pris, pendant un mois, pleine connaissance des conditions de la défense, je suis d'avis qu'une force d'assaut égale à la garnison peut enlever la position aussi facilement cj/f^elle entrerait chnis une plaine oucertc, si cette force était ])ien guidée ou informée des points faibles par des pei'sonnes mécontentes du voisinage, — et principalement en temps de brume, quand les hommes de la garnison, qui n'étaient pas accoutumés au service et qui n'avaient jamais été en. action, étaient le plus démoralisés.

Le 4 septembre, le général Fraziei' fut informé que l'ennemi avait pris possession de Knoxville et qu'il se préparait à lancer une force considérable sur le défilé; la voie ferrée le menait jusqu'à Morristown, à cjiuarante milles du poste de Frazier. On lui rapportait également qu'une force ennemie considérable, seize régiments d'infanterie et deux trains d'artillerie, était à Barboursville (Kentucky), en route pour le défilé. Ne croyant pas qu'une telle force serait envoyée de Knoxville contre lui sans avoir eu un engagement heureux avec Buckner, le général Frazier envoya un régiment de cavalerie, fort de six cents hommes, au devant des Fédéraux arrivant de Knoxville. Ce détachement fut coupé de sa base par l'ennemi et forcé de se retirer sur Jonesville, à trente milles de distance.

Le 7 septembre, le général Shackletbrd, qui s'était approché du défilé par le coté sud, demanda sa reddition. Le lendemain le colonel De Coucy, qui arrivait avec une brigade du côté du Kentucky, fit la même demande.

Pendant l'après-midi du 8 septembre, le gén,éral Frazier

LA CAUSE PEBBÎ3E

coiivof[iui ses commandants de régiments et prit d'eux de simples informations. Aucun conseil de guerre ne fut tenu ; les votes ne furent point pris. Il existait une division d'opinion au snjet des mesnres à prendre, mais les officiers se "séparèrent avec la détermination de se défendre quand même, dans l'espérance rpie le général Buckner arriverait ])ientôt au secours de la garnison.

Le 9 septembre, des renforts arrivèrent à l'ennemi dans la direction du Tennessee, et le général Frazier reçut du général Burnside même une sommation de reddition. Il reçut aussi a.u même instant l'information que les forces confédérées à Loudon avaient brûlé le pont, et que Buckner retraitait sur Chattanooga. La présence inattendue du général Burnside au défilé donna à la garnison des preuves suffisantes qu'il n'avait rien à craindre des Confédérés placés au sud de lui, et que tout espoir de secoars de Buckner devait être abandonné. Le général Frazier avait reçu la veille du général S. Jones, commandant à Abingdon (Virginie), une dépôclie lui enjoignant de ne céder le défilé qu'à la dernière extrémité, et l'informant qu'il enverrait une force qu'il croyait suffisante au secours de la garnison.

Le général Frazier donna le compte-rendu suivant des événements qui s'accomplirent à la suite de la réception de cette dépêche : " Je demandai au courrier s'il était arrivé des troupes à Abingdon, si l'on savait dans cette place que le général Buckner avait brûlé le pont de Loudon et battu en retraite vers le Sud, ou si l'on était informe que le général Burnside se portait au nord avec des forces considérables. Il répondit qu'il n'y avait pas de troupes à Abingdon, -mais qu'on y en attendait, et qu'il ne ne connaissait rien au sujet des récentes opérations dans le Tennessee oriental. Je m'assurai ainsi que le général Jones ignorait quelle était ma situation et quels étaient les derniers mouvements de l'ennemi. Sachant que le général Jones ne pouvait tenir tête à Burnside avec chance de succès, et qu'il était impossible au général Lee de le renforcer au moment même où l'armée de Meade le pressait dans la Virginie orientale ; j'en conclus que si le général Jones tentait de me secourir, les renforts qu'il pourrait m'envoyer seraient écrasés et l'occupation par l'ennemi des salines de la Virginie en serait la conséquence. Je détruisis la dépêche du général Jones dans la crainte qu'elle ne tombât entre les mains des Fédéraux, ne leur dévoilât sa faiblesse et ne les engagefit à l'attaquer et à détruire les salines. Je prévis que mes troupes ne pourraient effectuer «ju'ime résistance temporaire, et que si je réussissais même à frayer mon chemin à travers les lignes ennemies et à m'échapper dans la vallée, je me trouverais sans cavalerie et sans artillerie, et je ne pourrais manquer d'être pris en détail par un ennemi abondamment pourvu de ces deux armes. Je pensais aussi qu'une telle mesure, si elle avait un succès partiel, aurait pour effet une avnce del'cnnemi dans la direction d' Abingdon et l'extension de ses lignes

d'opérations jusqu'à cette place, tandis que l'abandon du défilé satisferait sans doute pour quelque temps à ses désirs de conquête.

Le 9 septembre, vers midi, le général Burnside envoya une seconde sommation de reddition, en prétendant qu'un temps suffisant avait été accordé pour une décision et qu'il enlèverait la position d'assaut, s'il le fallait, mais il désirait cependant éviter une effusion de sang inutile. Après avoir essayé, sans succès, d'obtenir quelques concessions, le général Frazier se rendit sans conditix)n.

L'occupation du défilé Cumberland donna k ' Burnside une ligne de communications non interrompue de Knoxville à Chattanooga, et permit à l'ennemi de développer son plan d'opérations, qui consistait à se porter en double ligne sur Chattanooga, et à faire de ce point une base nouvelle et formidable d'où il pourrait menacer directement le cœur de la Confédération.

BATAILLE DE CHICKAMAUgA.

Chattanooga est une des grandes portes d'entrée dos contrées ouvertes de la Géorgie et de l'Alabama par la voie des montagnes. Cette ville est située à la tête d'une vallée formée par la montagne Lookout et l'éminence connue sous le nom de Missionary Ridge. La première de ces montagnes est une immense roche abrupte^ à deux mille quatre cents pieds au-dessus du niveau de la mer, s'élevant presque perpendiculairement au-dessus d'un terrain boisé et escarpé. A l'est du Missionary Ridge se trouve une autre vallée formée par la rivière Chickamauga, dont la source est à Mac Lemore's Cove.

Aussitôt après avoir traversé la rivière Tennessee dans la région des montagnes, Rosecrans, à la tête d'une armée de soixante-dix mille hommes d'infanterie et d'artillerie, envoya une partie de ses troui)es dans la vallée de Sequatchie,— profonde crevasse creusée dans la chaîne des montagnes Cumberland, — espérant tomber par cette voie sur les derrières de Buckner, tandis que Burnside occupait ce dernier de fiice. Mais Buckner reçut du général Bragg l'ordre de se retirer sur le Hiawassee, et dès lors l'ennemi commença un mouvement dirigé contre l'arrière et la gauche des Confédérés et développa pleinement son intention de faire une marche de flanc dans la direction de Rome (Géorgie).

Pour sauver l'Etat de la Géorgie, il devint nécessaire d'abandonner Chattanooga. Le général Bragg, ayant rappelé les troupes de Buckner, évacua Chattanooga le 7 septembre et après une marche fatigante dans une poussière excessivenient épaisse, il prit position sur le chemin conduisant de Chattanooga au Sud, de Lee et Gordon's Mill à Lafayette, et en fiice du versant oriental de la montagne Lookout.

Le général Bragg avait sous ses ordres un peu plus de trente-cinq mille hommes, à part sa cavalerie. Mais en prévision des grands événements qui allaient s'accomplir dans

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

conféclévôe Walkev résista admirablement, écrasa deux fois la ligne ennemie et captura deiix batteries. Mais l'ennemi venait de recevoir de puissants renforts ; il lança en avant ses colonnes ainsi augmentées et tenta de reprendre possession du terrain perdu, quand Cheatliam, qui s'était tenu jusque là en réserve, jeta ses vétérans sur l'ennemi. La bataille fut longue, sanglante et indécise. Nos lignes, faiblirent d'abord devant les efforts désespérés des Fédéraux, et pendant trois heures, le combat se soutint sans avantage marqué de l'un ou de l'autre côté.

Le jour commençait à tomber quand Cicburne, — lu " Stonewall Jackson de l'ouest," — qui commandait une division du corps de Hill, arriva sur le terrain si chaudement disputé par Cheatliam et chargea à son tour l'ennemi jusque dans ses retranchements. Une fusillade terrible fit vaciller la colonne de ûleburne., mais son artillerie arriva à l'avant et commença à son tour à jouer avec succès sur les travaux ennemis, tandis que sa division, ranimée par ce renfort, attaquait avec tant d'impétuosité que l'ennemi céda enfin et fut repoussé à un demi mille de sa ligne de bataille.

Les Confédérés bivouaquèrent sur le champ du combat, au milieu des victimes. On n'alluma aucun feu et le plus profond silence régna jusqu'au jour sur cette scène de

carnage.

Le c'ônôral Bra^g; donna ses instructions aux comman-

"Oâ

cette -région, le corps du général Longstreet avait été déta- pérês pour tourner l'aile droite des Confédérés. La division ché de l'armée de la Virginie pour renforcer Bragg, et ce fut dans l'espoir de la prompte arrivée de ce renfort que celui-ci se détermina à faire face à l'eunemi dans le cas où il sortirait des gorges de la montagne. Pendant la nuit du 9 septembre, on reconnut que Rosecrans, croyant à la retraite de Bragg, poussait ses colonnes en avant pour intercepter sa marche, et s'exposait lui.-même par ce faux mouvement ; on s'aperçut également qu'une grande partie des forces de Thomas remontait la vallée du Chickamauga dans la direction de Mac Lemore's Cove. La division confédérée Cheatham fut l'apidement envoyée à Lafayette sur le front de bataille ; une partie du corps de D. H. Hill fut placée au défilé Catlctt, dans la montagne Pigeon (un des pics du Lookout, à environ quinze milles de Chattanooga), d'où elle menaçait le flanc droit de l'ennemi ; tandis que Hindman, conjointement avec Hill, devait attaquer immédiatement l'ennemi dans la gorge de Mac Lemore.

L'attaque fat retardée ; une journée fut perdue et avec elle l'occasion d'écraser toute une colonne ennemie, et quand Hindman, — avec qui Hill avait opiniâtrement refusé de coopérer,— fut enfin prêt à attaquer, grâce à la jonction des forces de Buckner, Thomas avait découvert son erreur, retraité dans les défilés de la montagne et sauvé le centre de l'armée fédérale de la position critique où l'avait mise son occupation de la gorge Mac Lemore.

Les corps fédéraux de Thomas et de Mac Cook avaient traversé le Tennessee à Bridgeport, et s'étaient portés, à travers les montagnes Sand, jusqu'à la vallée Wills, et de là à la gorge Mac Lemore, dans la direction de Lafayette. Le corps de Crittenden avait traversé à Harrisou, au-dessus de Chattanooga, et s'était avancé du côté de Ringgold. Une partie du corps de Parke, de l'armée de Burnside, et une brigade de sa cavalerie était venue de Knoxville par London et Cleveland.

Un conseil de guerre fut assemblé à Lal'ayctlc, le 1,5, par ordre du général Bragg ; il fut décidé (jue l'on s'avancerait sur Chattanooga et que l'on attaquerait l'ennemi où un le rencontrerait. Le 19, les difterentes divisions de l'ar- )née avaient travei'sé le Chickamauga, tant par les gués que par les [)onts de Lee et de Gordou's Mill. Longstreet était arrivé à Ringgold dans l'après-midi du même jour ; les renforts qu'il amenait ne composaient de cinq brigades de son corps, comptant cinq mille hommes d'infanterie, mais aucune artillerie ne l'avait accompagné. Le général Bragg projeta alors de faire un mouvement de flanc et de 'tourner la gauche ennemie de manière à placer ses troupes entre Chattanooga et l'armée fédérale et couper ainsi la retraite de cette dernière ; le commandant confédéré croyait que la majeure partie des forces ennemies était à Lee et à Gordon's Mill, où il comptait les attaquer. Mais ce mouvement avait été prévenu par les Fédéraux ; et au moment où le général Bragg se préparait à l'exécuter, l'ennemi commença une contre attaque et le corps de Thomas fit des eftorts déses-

dants de corps et prit avec eux ses dispositions pour la répartition des troupes pendant la grande et décisive attaque du lendemain. L'armée fut divisée en deux ailes ; les deux lieutenants-généraux les plus anciens en grade, Longstreet et Polk, en eurent les commandements respectifs ; le premier eut l'aile gauche, où ses propres troupes étaient stationnées, Polk continua à commander la droite. Le lieutenant-général Longstreet arriva au quartier-général de Bragg à onze heures du soir et reçut immédiatement de lui les instructions nécessaires. Après avoir pris quelques heures de repos, il se rendit au point de jour sur le front de sa ligne, en face de la position de Bragg. Le lieutenant-général Polk reçut l'ordre d'attaquer l'ennemi à l'extrémité de l'aile droite, le 20, au lever du jour, et d'engager rapidement le combat de la droite à la gauche. Notre aile eauchc devait attendre l'aV taque par la droite, engager promptement Faction au moment désigné et la li<2,ne entière devait alors s'élancer vigoureusement en avant et attaquer avec ténacité toute la ligne ennemie.

A l'aurore, le général Bragg était en selle, entouré par son état-major, attendant avec anxiété le son des canons de Polk. Le soleil se leva bientôt, les heures s'écoulèrent et rien n'annonçait cei)endant que l'aile droite fut en mouvement. Bragg, dont la patience était à bout, envoya un do ses officiers d'état-majoi- pour s'assm'cr des causes du délai de Polk et insister sur l'urgence d'un prompt mouvement. Le général Polk, malgré ses antécédents ecclésiastiques, était connu par sa fixildesso pour l'appareil militaire, et t^Iub

d'ime fois, le nombre et la superbe tenue de ses officiers d'état-major avaient donné lieu à des remarques piquantes. Le major Lee, l'envoyé de Bragg, trouva l'évêque-général assis devant une table abondamment servie, et entourée d'ofiîciers fastueusement vêtus ; il lui communiqua son message avec toute la brièveté et la brusquerie militaires. Le général Polk lui assura qu'il avait ordonné à Hill d'engager du terrain lui oftTait un point de ralliement avantageux, l'action et qu'il l'attendait ; il ajouta : "Dites au général Les Fédéraux y rassemblèrent la plupart de leurs troupes Bragg que mon cœur déborde d'anxiété au sujet de cette dispersées et les formèrent en ligne. Après un long et san-

aussi affaiblie sur ,sa droitre que l'armée ennemie sur la sienne. Il résolut en conséquence de garder pour quelques temps encore cette division (celle de Preston) et il fit un nouvel appel aux braves qui déjà combattaient depuis tant d'heures. L'ennemi avait pris possession de quelques hauteurs près du chemin de Crawfish Springs, où la disposition

attaque. ' Le major Lee retourna auprès du conmiandant général et lui rapporta la réponse textuelle de Polk. Bragg proféra un terrible juron qui s'adressait à Polk, à Hill et à tous ses généraux subordonnés. "Major Lee," s'écria- t-il, "courez le long de la ligne et ordonnez à ious les capitaines de porter leurs hommes en avant." Quinze minutes après, la bataille était engagée, mais trois heures d'un temps précieux avaient été perdues, et Rosecrans en avait profité pour fortifier considérablement sa position.

glant combat, Johnson et Hindraan gagnèrent les hauteurs; de son côté, Kershav/ les attaquait avec entrain, simultanément avec Johnson et Hindman, mais sa force n'était pas assez considérable pour qu'il put accomplir sa part de la tâche. Il était évident que la possession complète de ces hauteurs devait rendre Longstreet maître du champ de bataille ; en conséquence, il ordonna à -Buckner de lancer en avant la division Preston. Avant de recevoir cet ordre, le o-énéral Buckner avait établi une batterie de douze

Il était 10 heures du matin quand la bataille commença ! pièces portant sur la ligne ennemie opposée à notre aile à l'aile drotie des Confédérés. Le commandement de " eu! droite, en même temps qu'elle menaçait d'écraser toute force avant" retentit enfin sur toute la ligne et la division 'fédérale qui eut tenté de renforcer la colline qu'il allait Breckinridge attaqua l'ennemi. Après un combat très vif, ; attaquer. Le général Stewart, du corps de Buckiiei-, reçut elle fut re])Oussée. Si en ce moment les troupes de réserve j également l'ordre de prendre de flanc ces mêmes renforts étaient arrivées à temps pour secourir Breckinridge, la po- 1 s'ils se présentaient. Cette combinaison était excellente et sition eut pu être enlevée et le combat de l'après-midi opportune. Stewart attaqua le flanc d'une colonne de reuévité. Néanmoins, et malgré l'échec partiel de cette division plusieurs })ièces d'artillerie furent enlevées à l'ennemi, ain- ,ii qu'un grand nombre de prisonniers.

Au même moment, chaque division, de la droite à la 'i.'auche, entrait successivement en action et le mouvement

forts et en cajitura une grande partie ; en même temps, le feu de la batterie décimait avec tant de furie ces nouvelles troupes ennemies qu'une grande partie des honnnes mirent bas les armes. L'assaut de Preston, quoique n'ayant pas été couionné d'un succès complet, avait causé tant de ravages

s'étendit bientôt jusqu'à l'aile de Longstreet. La division j dans les rangs de l'ennemi, déjà afli'aiblis par les autres atta- Walker se porta au secours de Breckinridge et api'ès un en- | ques, que la ligne fédérale céda bientôt et qu'un mouvement gagement d'une demi-heure elle fut également forcée de se j de flanc, joint à une nouvelle attaque mit nos, troupes en retirer sous le feu serré de l'ennemi. Les braves Tennessiens possession des hauteurs. Ces renforts de l'enneuji étaient de la division Cheatham vinrent alors à leurs tour à l'aide | formés de son corps de réserve et d'une partie de ht, ligne de Walker, mais le feu de l'ennemi était si violent qu'ils j qui avait déjà combattu notie aile droite- j)endant la matireculèrent comme l'avait fait Breckinridge et Walker. La j née. Après le succès de Longstreet, la ligne fédérale fut division Cleburne, qui plusieui's fois avait bravement chargé bientôt complètement rompue et, au même moment, notre l'ennemi, éprouva aussi un échec, tandis que la division aile droite fit un vigoureux assaut et obtint enfin la position Stuart, détachée du corps de Buckner, et occupant le cen- i que l'ennemi avait tenue jusque là avec tant d'obstination, trc et la gauche de cette partie de notre ligne, était égale- \ Un cri de victoire, retentissant à la fois aux deux ailes de meut repoussée par l'ennemi. i netre armée, annonça que la bataille était enfin complôte-

Yers trois heures de l'après-midi, Longstreet demanda ment gagnée. L'ennemi avait mis en ligne toutes ses divi-

au général Bragg quelques unes des troupes de l'aile droite, mais celui-ci lui répondit que cette portion de notre armée avait été si maltraitée et qu'elle avait éprouvé tant de pertes, qu'elle ne pouvait lui être d'aucun service. Longstreet n'avait jdus qu'une division n'ayant pas encore été engagée et il hésitait à les mettre en ligne, car notre armée était

sions, et toutes avaient été repoussées. Longstreet était certainement le héros du jour, mais il est juste d'ajouter que ces -manœuvres savantes avaient complétées par Polk et que ce fut sous leur attaque combinée que l'ennemi céda le champ de bataille ('■').

L'ennemi était complètement battu à la droite, à la gau-

(■^) Un jouiiKil (lu Noi\] donna les détails suivants de cette bataille si acbarnée :

"En vain rio.scciiui.s et ses ofliciers accoururent pour arrêter la débandade ; eu va'ii on clicrclia à loin- nionlrer Thomas defeiulaDt v;:ilhinniciit la

gauche, tout fut inutile Et soldats et généraux, Rosecrans et tout son état-major, gc trouvèrent pêle-mêle emportés par le couranl vers Chatta-

uooga et Hossville, poussés l'épée dans les reins par les colonnes accélérées des Confédérés vainqueurs ■

j' Cependant la gauche de Thomas, composée de 30,000 hommes, battait toujours en retraite, et sa position devenait intenable ; il ne lui restait plus

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS 249

che efc au centre, et retraitait rapidement sur Ohattauoog'a ; : divisions et toutes ses réserves en Lataille ; le total d^ ces la nuit empêclia la poursuite. L'aile de Polk avait capturé j forces, en y comprenant la partie de Tarmée de Burnside vingt-huit pièces d'artillerie, et celle de Longstrcct \-ingt et I qui avait pris part à l'action, était de <}uatre-vingt mille rme ; en tout quarante-neuf canons. Chacune des deux ailes i honunr. tandis que nous n'en avions que cinquante mille, avait pris un nombre à peu près égal de prisonniers ; le ; Aucune victoire des cam[)ai;-ues de Napoléon en Italie n'étotal excédait huit mille hommes. Quinze raille armes et ! tait })lus bi'illante. On s'était l)attu à Chickamauga aussi quarante drapeaux de régiments étaient également restés j déses2jérément qu'à Arcole, mais ce triomphe de nos armes entre nos mains. La perte de l'ennemi en tués, blessés et i ne produisit aucun résultat décisif, et on verra qu'il fut prisonniers, fut d'au moins vingt mille hommes. La nôtre ' bientôt suivi,— comme tant d'autres brillantes victoires des était aussi très forte, le e;énéral Bragg l'estima •• aux deux '• Confédérés, — de désastres inuuédiats. cinquièmes de son armée," L'ennemi avait rais toutes ses

•que trois batteries, de? 150 pièces cVartilIerie que comptait l'ai-méo au deb'.it de la liataillo. ^Vttaque de IVont (•t de tianc, file résistait h peine et pouvait tout au plus conserver ses lignes de retraite par une habile défense

" Tout à coup un nuage de poussière se souleva Èi Thorizon. Plein d'inquiétude et d'espérance à la fuis, le gênerai Thomas se demandait si c'était rennemi ou le corps du général Grang'er, qu'il attendait à son secours. C'était ce dernier. liftait lenips: les nnniitions manquaient, et ses troupes perdaient leur aplomb. On résolut de prendre l'otfensive. Après avoir plante une batterie pour faire pièce à un l'eu d'enfilade meurtrier que l'ennemi avait établi sur le flanc, le général Thomas se jeta avec une partie de ces forces sur le centre de l'ennemi qui nienarait de l'envelopper. Un combat nc.çespéré de dix minutes s'engagea

•• Cette attaque eut pour résultat de retarder le cercle envahissant de l'ennemi, mais ne dégagea point la petite armée fédérale de sa fâcheuse position. Yoyant qn'il ne pouvait ])as s'ouvrir une voie de salut a travers les niasses grossissantes de l'ennemi, le général 'Hiomas reprit la défensive et s'appliqua à gagner du temps, comptant sur la nuit pour arrêter la marche triomphante des Confédérés ipi. lieureusem ent pour lui, ne connaissant pas au juste Ka position, no le pressaient pas autant qu'ils eussent pu le faire

CHAPlTB.iL IXVlll,

OPERATïOA:s MILITAIHES de T/ automne I)E ISGB.-MISSIONAirf EÏDGE.-KN

VILLE.-YTRGINIE.

OCTOISlrlE-DïrîCElMBRTG lj^O:J.

Le lendemain de lu bataille de Chickamauga, le géuéral Brao'O' s'arrêta an bivonac de Lono-street et lui demanda quelles étaient ses vues au sujet des opérations ultérieures. Longstreet lui suggéra de traverser la rivière au-dessus de Chattanooga, de manière à menacer les derrières de l'ennemi assez sérieusement pour le forcer à évacuer Cliattauooo'a et à se replier sur Nasliville. Dans le cas où nos moyens de transports se seraient trouvés msuffisants pour suivre cette retraite de Rosecrans, Longstreet était d'avis de marcher; par le cliemin de fer de Knoxvilk\ sur Parmée de Burnside, la détruire, et de là, menacer les communications de l'ennemi à l'arrière de Nasliville.

Les l'aisons qui engagèrent Bragg à refuser ce plan de campagne furent établies en' détail dans un rapport qu'il fit au département delà guerre à Eiclmiond. Il écrivit: "La proposition d'un mouvement par notre droite, fait immédiatement après la bataille, et une marche sur la rive irauche du Tennessee et ensuite sur Nasliville, ne demande ime explication ici que parce qu'elle trouvera une place dans les archives du département. Un tel mouvement était entièrement impossible en raison du manque de moyens de tranports. Près de la moitié de notre armée se composait de renforts arrivés immédiatement avant la bataille, sans un wagon ou un cheval d'artillerie; près du tiers, sinon plus, des chevaux de notre propre artillerie étaient restés sur le champ de bataille. Les ponts du chemin de fer avaient été détruits sur un point au sud de lîinggold et tout

le loua du chemin de Cleveland à Knoxville. A ces difficultés insurmontables, il faut ajouter encore l'absence complète de tout le matériel nécessaire au passage de la rivière : il n'était possible de la traverser que dans quelques points guéables, mais trop profonds pour notre artillerie, — et ensuite le danger très possible d'une crue soudaine qui aurait coupé toutes nos communications; et effectivement, cette éventualité se réalisa quelques jours après que ce plan impossible eut été proposé. Mais l'objection la plus sérieuse à l'adoption de ce plan, fut qu'il n'offrait pas de grands" avantages militaires. En l'exécutant, nous aurions abandonné à l'ennemi toute notre ligne de communications; nous laissions à sa merci nos dépôts d'approvisionnements, et nous ]ious placions nous-mêmes, avec une force de beaucoup inférieure à la sienne, au-delà d'une rivière au passage, toujours difficile et parfois impossible, et dans un pays n'offrant aucun moyen de subsistance aux hommes et aux animaux. Nous laissions aussi entièrement à découvert ù l'ennemi, qui n'en était éloigné que de dix milles, notre champ de bataille, des milliers de blessés confédérés et fédéraux, les trophées et le matériel que notre victoire nous avait donnés. Et en échange de quoi tous ces avantages devaient-ils êtres risqués et nos positions abandonnées V Pour le simple résultat d'atteindre les derrières de l'ennemi et le couper de ses dépôts d'approvisionnements par la route des montagnes, quand ce mouvement lui-même abandonnait à son libre contrôle la route meilleure, plus facile

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES

■et plus courte du côté sud de la rivière.. .

Xos approvisionnements de toutes sortes étaient considérablement réduits, les trains du cliemin de fer ayant été ^constamment occupés à transporter des troupes, des prisonniers et des blessés, et les ponts ayant été détruits à deux milles au sud de Ringgold, L'ordre fut donné de remplir cojnplètement rios nnigasins de provisions, et aussitôt <|u'il fut reconnu que la question des approvisionnements rapidement la rivière au moyen do bacs ; les Confédérés •était lieureusement résolue, notre armée se porta en avant | furent obligés de se i-eplier vers la montagne Lookoiit. Eii pour saisir et occuper la seule comriîunication que rennemi } moins de quarante heures, nu corps complet de l'armée ■avait avec ses dépôts a l'ai'rière de sa position. Ce chemin ! fédérale traversa la rivière. Une partie de cette force Important, et le plus court de moitié des routes de son s'arrêta dans une position que l'on pouvait parfaitement dépôt à Rridgeport, court le long de la rive méridionale [apercevoir de la montagne Lookout. Le général Longstrect

mouvcmen.t. Cin(jiiante pontons, portant douze cents hommes, furent mis à flot dans la nuit du 26 octobre, descendirent la rivière et passèrent à trois milles de la position de Longstrect sans attirer son attention. L'alarme ne fut donnée que lorsque l'ennemi essaya de débarquer, mais un autre corps fédéral de trois mille hommes, qui était descendu le long de la rive opposée sans être aperçu, traversa

du Tennessee. L'occupation de cette position vitale fut -confiée au lieutenant-général Longstrect, et elle forra l'en- «emi à prendre une ligne de communication deux fois plus longue, et à travers deux rangées de montagnes. En nième 'temps, de forts détachements de notre cavalerie furent jetés 'de l'autre côté de la rivière et opérèrent sur cette longue et difficile route des wagons ennemis. Toutes ses dispositions, fidèlement exécutées, devaient obliger l'ennemi à ■évacuer Chattanooga, en raison du manque de vivres et de fourrages. Etant en possession de la route la plus courte 4|ui le reliait à ses dépôts et celle par laquelle ses renforts devaient le rejoindre, naus iciilom Vaiacml a nnirr /urrri >■/ sa ^lestrvciion n'éUilt qu'une (jau-^tion de (emm.'''

Telle était l'assertion audacieuse de Bragu'. mais il semblait enfin que cette fois ses prophéties ampoulées allaient se réaliser et que l'ennemi serait affanné dans Chattaoooga. Devant lui se dressait Talternative ' de la famine ou la retraite ; ses approvisionnements devaient être tirés de dépôts situés à une distance de soixante milles à travers des chemins abominables ; et même dans le cas où il se déciderait à battre en retraite, il ne pouvait le faire qu'en abandonnant son artillerie et la plus grande partie de son matériel. En ce moment critique, Rosecrans fut rappelé et le général Thomas nommié pour le remplacer. Quelques jours après, le général Grant •arriva à Chattanooga ; il venait d'être promu au commandement d'une division militaire se composant des départements de rOhio, du Cumberland et du Tennessee, et com- |>renant les armées de Burnside, de Thomas et deSherman. Le premier soin de Tirant fut de secourir Thomas à ■Chattanooga. Renforcé par deux corps d'armée placés sous le commandement du général Hooker, il envoya cette force supplémentaire de l'autre côté de la rivière, à Bridgeport, s'empara d'une position sur la rive sud du Tennessee, à trois milles au-dessus du point où la nnontagne Lookout -s'avance jusqu'au bord de ce cours d'eau. Ce mouvement avait pour but d'affranchir la navigation, de diminuer la longueur des communications, et d'assurer des approvisionnements à l'armée fédérale de Chattanoosa.

Quatre mille hommes furent employés à exécuter ce

projeta une attaque pour la nuit du 29 octobre; il espérait frustj'er les desseins de l'ennemi et capturer tous les trains de wagons do Hooker. L'attaque échoua faute de forces suffisantes ; six régiments seulement y avaient pris part, et, après trois heures de combat, ils fu.rent obligés de se retirer après avoir éprouvé des pertes sérieuses. Désormais, Grant avait une position assurée sur la rive méridionale du Tennessee ; il se trouvait en ferme posssession de nouvelles lignes de eonu;: uiication ; il avait obtenu tous les résultats cpi'il avait espérés, et la délivrance de Chattanooga était dès lors un fait accompli.

Mais bien que l'armée fédérale de Chattanooga fût désormais affranchie de toute crainte au sujet de la fliniine ou de la retraite^ Gi'ant hésitait à prendre l'offensive et à attaquer les fortes positions que les Confédérés occupaient eii face do lui. Le général Sliorman, avec quatre divisions, venait de recevoir r'i;>rdre de le renfo.rcer ; mais, avant son arrivée, Grant reçut la nouvelle étonnante que Longstreet, avec onze mille homnii^^s d.'inflmterie, venait d'être détaché de l'armée de Bragg (quoique les Confédérés s'attendissent à une bataille imminente et qu'ils fussent en face d'un ennemi bien supérieur en noîubre et pouvant obtenir des renforts de tous côtés), et que ce général vétéran, avec la meilleure partie de l'armée, était allé à Knoxville pour attaquer Burnside, et avec l'intention illusoire de reprendre le Tennessee oriental et peut-être de pénétrer de là dans le Kentucky, et de transporter le théâtre de la guerre dans cette contrée, — plan entièrement impraticable.

Ce mouvement militaire excentrique était sorti de l'imagination du président Davis, qui semblait pris d'un engouement particulier pour toute campagne aventureuse. Ses visites aux champs de bataille do la Confédération produisaient toujours de désastreux résultats. Il contrariait les plans des généraux et proposait constamment les mesures les plus absurdes ; et telle était sa crainte que le public ne lui attribuât point la gloire que ses projets visionnaires devaient, selon lui, faire rejaillir sur nos armes, qu'il ne manquait jamais de divulguer hautement ses propres plans, avec tant de netteté et d'orgueil, que l'ennemi pouvait toujours en être averti, se mettre sur ses gardes et acquérir les détails de la campagne future. Le 12 octobre, le président

iiô2

Davis arriva sur le dianip de bataille de Cliickamauga oi conçut l'expédition de Knoxvillc. Cette aventureuse excin-sion lui plut à l'excès, et, dans une adresse à l'année, il no. put résister à la tentation de dire " (lue les veites cam- ^a'^^nes du Tennessee seraient Lientût rendues à la Conledération."

L'annonce seule de cette entreprise suiiit pour déterminer Grant à attaquer. Eurnside reçut l'ordre d'opérei' de manière à reteuir Lougstreet auprès de lui et de se retirer dans ses fortifications, où il pouvait soutenir un très long siéo-e. La nir.ntaone Lookout avait été évacuée par les Confédérés, et Bragg avait posté ses forces sur le sommet du Missionary Ridge. •

BATAILLE DU MISSIONAUY EIDGE.

Le 2.3 novembre, l'ennemi se prépara à un assaut général. Les troupes de Sherman étaient arrivées et elles occu[)aient l'extrémité septentrionale du Missionary Ridge. Plooker avait escaladé les hautcTU's escarpées du Lookout, et les forces fédérales occupaient une ligne continue avec des communications libres, parle nord de cette montagne, avec l'extrémité nord-du Missionary Kidge, à travers la valée Clieat. Toute cette ligne était occupée i»ar plus de quatre-vingt mille vétérans de l'armée fédérale. Les Confédérés, de moitié moins nombreux, tenaient cependant une [losition qui seule pouvait décider du succès de la journée. Us étaient en possession de la crête des montagnes, depuis le défilé i.Iac Farlan jusque près de l'embouchure du Chickamauga ; des travaux défendaient tous les endroits vulnérables ou facilement accessibles de cette ligne de bataille, formée à une hauteur de quatre à six cents pieds. La position des Confédérés était telle, que l'ennemi se trouvait entièrement exposé à leur artillerie s'il se tenait dans la })laine, et au feu de l'infanterie s'il tentait l'assaut de la montagne.

L'aile droite des Confédérés était tenue par Hardee, et se

tant de facilité à un combattant occupant une position aiissi forte. Profitant habilement de la trouée faite dans la li";ne confédérée, l'ennemi se tourna sur ses flancs et dirigea sur elle un feu d'enfilade qui écrasa nos divisions et les dispersa dans le ])lus grand désordre. La journée était honteusement }>erdue. Le général Bragg essaya en vain de rallier ses troupes é[)arses et il s'avança sous le feu au cri de : "\'^otre commandant est ici," ses soldats ne lui répondirent que par des sarcasmes et des paroles de dérision.

N'avant aucune confiance en son commandant ; afiaiblie et découragée par le départ d'une division des vétérans de Lougstreet ; entièrement démoralisée par un caprice du général Bragg qui, avant la bataille avait jeté le désordre dans l'organisation des cadres et changé grand nombre d'officiers, — l'année du Tennessee se rompit, abandonna dans le })lus grand désordre des j^ositions excessivement fortes, et une ligne }»uissante qui aurait pu être facilement tenue contre une torce double de la sienne, et, suivant l'expression involontairement échappée au j)résident Davis, "donna au Sud la mortification de la première défaite qui eut pour cause la mauvaise conduite des troupes."

La conséquence de ce désasti'C fut que le général Bragg laissa efttre les mains do l'ennerni toutes ses fortes positions de la montagne Lindcout, la vallée de Chattanooga et Missionary, Ridge et se retira finaleùient dans une position à vingt ou trente milles à l'arrière. Son armée se replia sur Ringgold et par la suite, à Dalton. La bataille de MissiO' nary Ridge laissait entre les mains de Grant sept mille prisonniers et quarante-sept pièces de canon.

composait des divisions Clebume, Walker, Cheatlnm et Lougstreet l'attaqua, mit l'ennemi en déroute près de la

EXPEDITION DE LONGSTREET A KXOXYILLE.

Nous avons dit que dans le commencement du mois de novembre, Lougstreet avait été envoyé par Bragg dans la direction de Knoxville, où Burnside opérait en ce moment. Une partie de l'armée de ce dernier se trouvait à Loudun,

Stevenson. A la gauche, Breckinridge commandait son ancienne division, celle de Stewart, et des jjortions de celles de Buckner et de Hindman. Le premier assaut de l'eunemi fut fait sur la ligne de Hardee, cjui le re^^oussa en lui tuant un grand nombre d'hommes. Cette attaque avait été faite par Sherman, dont les colonnes décimées se dispersèrent Hur la colline après leur échec. A midi, une seconde attaque fut faite sur la gauche confédérée sans plus de succès. L'heurw s'avançait avec rapidité, quand le général Grant, avec une audace entièrement inattendue, ordonna à toute la ligne de s'avancer à l'assaut du Missionary Ridge. Les colonnes fédérales s'élancèrent au pas de charge sur nos batteries, dont le feu mal dirigé et éparpillé ne put arrêter leur marche, et une brigade du centre confédéré céda sous , leur élan. En quelques instants, une résistance vigoureuse et régulière se changea en une panique honteuse et une déroute complète. Jamais une victoire ne fut <;'nlovce avec

station Lenoir, et captura quatre-vingt-cinq wagons chargés d'approvisionnements et de médicaments j^i'écieux. A. la station Beau, trente wagons, quelques chevaux et des fourrages furent également enlevé par Lougstreet, et dans la vallée Clinch un autre train de quarante wagons remplis de café, de sucre, etc., tomba aussi entre nos mains. Burnside continua à se replier sur Knoxville, mais Lougstreet le rejoignit le 16 novembre à la station Camipbell, et espéra un moment lui couper la retraite. Cependant Burnside continua à marcher tout en se battant jusqu'à Knoxville, où il arriva le lendemain au point du jour. Lougstreet s'avança jusque sous la ville et en commença le siège régulier.

Mais tandis que les Confédérés investissaient cette place, Longstreet reçut la nouvelle du grand désastre de Missionar}' Ridge, et prévoyant que Grant détacherait une colonne de son armée victorieuse et l'enverrait au secours de Knoxville, il comprit la nécessité d'en finir rapidement et de risquer

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONiPEDERES

l'assaut do la i)lace. Sur une colline près du clieniin do Kingston se trouvait un retranchmont appelé le fort Saunders, qui commandait les apjtrochcs de la ville. Cette forlification était très puissante ; devant elle d'épais abattis obstruaient presque complètement tout passage. Autour du fort, un espace était laissé libre, mais un fossé d'environ dix pieds do i)rofondeur et un parapet de près de vingt pieds de luiuteur le défendaient.

Dans la matinée du 29 novembi'C, la colonne d'as.saut, composé de ti-ois brigades de la division de Mac Laws, s'élança sur la pente de la colline et fut reçue par une forte canonnade qui écrasa nos troupes. Néanmoins elles continuèrent à s'avancer à travers les fouillis inextricables et les troncs d'arbres abattus sur le front du tort. Mais cotte marche, pénible au delà de toute expression, ne put être longtemps continuée ; nos hommes tombèrent eu grande confusion les uns sur les autres, tandis que le feu de l'ennemi augmentait constamment de vivacité. Toutes les embrasures du fort et la ligne entière du parapet vomissaient la mitraille sur les braves assaillants ; ceux-ci tentèrent un dernier effort et s'avancèrent jusqu'à portée de pistolet du fort, mais pour y tomber soue le terrible feu des assiégés. Quelques-uns, cependant, franchirent fossés et glacis, et plantèrent l'étendard confédéré presque à côté des couleurs fédérales, mais le reste de la colonne d'assaut ne put arriver jusqu'à eux, et elle se retira on laissant environ sept cents tués, blessés et })risonniers aux mains des Fédéraux.

L'attaque ayant échoué, et la nouvelle étant arrivée à Jjongstreet que Sherman s'avançait do Chattanooga, le général c nifédéré se vit obligé de lever le siège et d'occuper une nouvelle ligne d'opérations. Il remonta donc la vallée jusqu'à Ivutledge, poursuivi par les forces combinées de Burnside et de Sherman. Le 13 décembre, il arriva à la station Beau ; s'y trouvant serré de près par l'ennemi, il se retourna contre lui, attaqua son avant-garde et le repoussa jusqu'à Russeliville. Ayant arrêté ainsi les progrès de l'ennemi, Longstreet s'occupa de prendre position dans le nordest du Tennessee et établit son quartier-général à Rogersville. Il avait esjjéré trouver en bon état les lignes de chemin de fer qui relient le Tennessee à la Virginie, mais les excursions d'Averill ayant détruit cette voie de communication, Longstreet fut forcé de se rabattre sur ses ])ropros ressources et de rester complètement isolé dans une contrée sauvage et difficile. Le froid était excessif; déjà la neige couvrait les montagnes ; plus de la moitié des soldats étaient pieds nus ; et la cavalerie ne pouvait ramasser de faibles approvisionnements, à l'est d'une ligne tirée du défilé Cumberland à Cleveland, qu'au prix d'escarmouches continuelles avec l'ennemi. En février 1864, les lignes de communication avec la Virginie furent réparées, mais ce ne fut qu'après avoir souffert toutes les rigueurs de l'hiver que les courageux soldats de Longstreet rejoignirent le géiioralLt-'é en Virginie, aux environs de Grordonsville.

OrKRATloNS KN VlItOINIK DANS l'aUTOALKK I)E 186*o.

Tandis (ju'une telle série de défaites suivait la brillante mai-s indécise victoire de CMiickanuiuga, l'arniée de la Virginie septentrionale l'ostait ])resque inactive et ne balançait par aucun nouveau succès les désastres éprouvés dans d'autres régions. De juin à octobre, le général Lee resta ti'anquillemont sui- le llapid;!ii, et la monotonie du camp ne fut rompue ijue par une grande revue de toute l'iumée Longstreet avait été détaehé de rai'iriée de Lee ; Meade était éo-alement affaibli par le départ des deux corps d'armée de Hooker, qui avaient été envoyés dans l'ouest en même temps que Longsti'eet l'onforçait l'armée du Tennessee. Les deux armées, ainsi diminuées, se bornèrent à s'observer mutuellement, jusqu'à ce que l'opinion publique de chacune des deux sections exigea impérieusement une re[»rise dos hostilités.

En octobre, le général Lee se })réparaà mettre à exécution une campagne qui promettait les ])lus brillants résultats, car son but était de toui'ner Meade et de se placer entre lui et Washington. Ce mouvement commença le 9 octobre ; le général Lee, avec une portion de son armée traversa la rivière et réussit à se porter jus(iue [)rès de Culpepper par des clnunins détournés, sans que l'ennemi en fut averti. Une division de cavalerie et un détaohemont d'infanterie, sous le général Eitzdiugh Léo, restèrent au sud du Kapidan })our tromper l'onnomi et lui tair-.' croire à la continuation do l'occupation de la ligne méridionale du iîapidan par nos. troupes, tandis que le général Stuart .s'avançait avec la division Ilampton pour [)i'otégor le flanc *X\\ gros de l'armée, qui s'avançait sur Madison Court House, -et emjjôcher l'ennemi do reconnaitre lo mouvement do Lee.

Le 11, Lee était à Culpep})er ; les trou[n. s du général Fitzhugh Lee, unies à celles de Stuart, le l'ojoignircnt rapidement et le commandant confédéré manœuvra de manière à contourner le flanc de Meade. Mais malheureusement, Meade s'aperçut à temps de ce Uiouvement et il retraita promptement lo long du chemin de fer d'Alexandrie.

Le 12, Lee arriva sur le Rappahannock, à Warrenton Springs, après une escarmouche avec la cavalerie fédérale à Jeffersonton. La même nuit. Stuart se porta sur Warrenton, repoussa l'ennemi dans toutes les directions, tout en protégeant le flanc de Lee. Le lendemain, l'armée se remit en raarclie, la cavalerie en tête. L'armée de Meade traversait au même moment le Rappahannock et l'on croyait c{u'il allait s'arrêter à la jonction Warrenton, et entre ce point et la station Catlett. Deux mille cavaliers furent envoyés à l'avant pour reconnaitre cette position de Catlett. En arrivant près de la station, ils trouvèrent de fortes colonnes d'infantei-ie ennemie postées le long du chemin de fer dans la direction de Manassas; ils voulurent rétrograder immédiatement sur AVarrenton, mais en atteignant la route do la jonction do Wari-onton à Man.nssas, ils

fer; deux brigades de la division Heth furent envoyées pour les déloger. Une action très vive s'engagea ; et Hill fu-t repoussé avec une perte de quatre cents tués et blessés et de

s'aperçurent que, de ce côté, de puissantes masses d'infanterie leur barraient aussi le chemin. Les cavaliers de Stuart étaient complètement cernés. Il ne leur restait plus

qu'à dissimuler leur présence, chose excessivement difli- cinq pièces d'artillerie,

cile (piand cli;K|ue c«*mmnndement pouvait être entendu | Avant l'arrivée du gros de l'armée de Lee, l'action était

de l'un à l'nutre camp, terminée. Meade avait battu en retraite à travers le Broad

Le corps de c^ivaleiie confédéré était masqué par dépais Rim et le lendemain matin on rapporta qu'il se retranchait

buissons. La décharge accidentelle d'un mousquet, le hen- au-^l^^lî^i du l^uU Kiwi. L'ennemi était donc rejeté dans les

nissement d'un cheval, le cliquetis d'une chaîne, eurent anciens chami)s de bataille de Centreville et de Manassas.

suffi pour dévoiler sa position à l'ennemi. La nuit se passa dans la plus grande anxiété. Stuart dit à ses officiers qu'il

Le général Lee jugea imprudent de continuer j)lus loin la poursuite, les retranchements construits autour de Wasli-.

ne fallait pas songer A la reddition et qu'un com1)at acharné i'^gt't'i '■'^ d'Alexandrie mettant à néant tout projet de tourétait. le seul espoir de salut. Un conseil de guerre fut |i^er la position de Meade. D'un autre côté, le pays avoisinant assemblé er l'on y prit la ré.solutiou, (pie l'on considéra ' ^^'o^'-iit 'aucune ressource au commissariat et l'ennemi

comme étant la ineilieui'o, vu les circonstances critiques

avait ses dé])5ts de })rovision sous la main ; pour ces rai-

ou Stuart se trouvait: d'abandonner les neuf pièces de sons, Lee se détermina à se replier sur la ligue du Rappa-

hannoclv.

campagne, de former la cavaku'ie eu six colonnes et de

Le plan de Lee avait échoué ; mais des succès importants

faire une trouée dans les rangs ennemis, mais après (piel-

■ , , 1 'u • Ci- ( ^1 . r. ;i'„ ,;c A,, 1 .,,-,,. l^'^-Vi^ieiit été obtenus dans la vallée et les Confédérés en

ques mstants de retiexion, tStuai't changea d avis. Au lever

, . 1, •- lin • 4- ^ -i- - ^ •,„ avaient lecneilli des fruits précieux. Le général Imboden,

du jour, larriere-garde de l ennemi se trouvait a moins ^ » - '

,, ' , 1 -ni j.- oj- j- -i. .iqui commandait dans la vallée de la Shenandoah et y gar-

d un quart de mille de- sa position. Stuart xivait envoyé | ^ , . j >=>

1 , 1 . , 15 .L- 1 ^ idait les défilés des montagnes iiendant nue le mouvement de

quelques eclaireurs au gênerai Lee, pour 1 avertir de la i . .

'flanc de Lee s'exécutait, réussit non seulement à s'acquitter

situation critique où se trouvait sa cavalerie. Trois de ces éclaireurs, profitant de l'obscurité, avaient réussi à traverser les colonnes ennemies, et à atteindre sains et saufs AVarrenton ; ils rapportèrent au général Lee que Stuart était entouré et qu'il le priait "d'envoyer quelcjucs uns de ses gens," pour l'aider à sortir de ce mauvais pas.

La dernière division de l'ennemi s'était postée et bivouaquait eu face de Stuart à trois cents pas de lui, — ou pouvait entendre distinctement les cavaliers fédéraux doii-

de sa tâche importante, mais aussi à remporter d'autres avantages signalés. Le 18 octobre, il se porta sur Charlestown, enleva la ville et prit quatre cent trente-quatre prisonniers et d'importants approvisionnements.

Cette campagne d'octobre coûta environ mille hommes aux Confédérés ; deux mille quati'c cent trente-six prisonniers, dont quarante ,et un officiers, furent les fruits visibles de son succès partiel. Le chemin de fer de la station Kappahounock à Manassas était détruit, et le général Lee

naut l'avoine à leurs montures. Pendant la nuit deux ayant de nouveau placé ses troupes en bataille, Ewell à officiers de 1 etat-major de Meade s'aventurèrent dans les lignes de Stuart et furent faits prisonniers. Au lever du jour, une vive fusillade annonça enlin au général Stuart que Lee avait re^;u sou message et qu'il envoyait "ses gens" à son secours. Au moment où la colonne envoyée par Le(! attirait l'attention de l'ennemi, Stuart, profitant de la surprise, ouvrit uu feu violent sur les troupes qui reutuuraient. Cette diversion inattendue jeta un certain désordre dans la ligne fédérale; Stuart eu profita, se précipita avec sa cavalerie et ses canons à travers les rangs

droite, Hill à gauche, et la cavalerie protégeant chaque flanc, il attendit tranquillement que Meade eut réparé ses chemins de fer et se décidât de nuuveau à avancer en face de lui.

Le 6 novembre, l'ennemi se porta en forces considérables sur l'armée de Lee, à la station Rappahanuock et au gué de Kellj, où il traversa la rivière; le général Rodes se vit forcé de reculer devant le nombre et de se rallier à la division Johnson. Pour faire face aux démonstrations de l'ennemi près du pont où le corps du général Ewell était sta-

des Fédéraux et rejoignit le général Lee. L'ennemi perdit i tiomié, la division Larly fut portée en avant et les brigades

cent quatre-vingts hommes tués dans ce combat

L'armée entière de Lee était réunie à Warrenton. Elle s'y arrêta pendant le temps nécessaire pour compléter l'approvisionnement des troupes. Le 14, Lee les forma en deux colonnes et se porta, par différents chemins, sur la station Bristoe, où l'arrière garde de Meade, commandée par le général Warren, fut attaquée jiar les avant-postes du général Hill. Comme le corps de ce dernier général

de Hoke et de Hays traversèrent à leur tour la rivière pour surveiller les mouvements des Fédéraux sur la rive septentrionale. On pensait que ces troupes seraient assez fortes pour maintenir cette position dangereuse si l'ennemi les attaquait; la nature du terrain défendant à celui-ci de se développer sur une ligne plus étendue que celle qu'occupaient Hoke et Hays ; dans le cas où ces derniers seraient forcés de r(>Guler, les canons de l'autre rive, croyait-on,

s'approchait de la station, on découvrit qu'une petite force jprotéger.iient efficacement leur retraite.

d(î l'ennemi s'était postée derrière le talus du chemin de j La nuit était excessivemont obscure et la violence du

HISTOIRE DE LA GUERRE DE§ CONFÉDÉRÉS

vent empêchait les mouvements de l'ennemi d'être entendus dans nos lignes. Prenant avantage de ces circonstances, deux corps fédéraux, au grand comjdet, s'avancèrent pour entourer la faible force confédérée exposée snr la rive nord du fleuve. La première ligne do l'ennemi fut ]jrisée et dispersée ; mais la seconde et la troisième continiu>i-ont leur marche, entourèrent Hayes, puis, par un mouvement effectué sur leur gauche, cernèrent coniplètement' la brigade Hoke et rendirent sa fuite impossible. La force du vent, a-t-on rapporté, amortit tout le bruit de rattaf[ue faite sur nos trouj)es de la rive nord; notre artillerie, placée en deçà de la rivière n'en fut informée que lorsqu'il était trop tard pour les secourir. La profonde obscurité et la crainte de tirer siu" nos propres hommes, empêclièrent Early de se servir de ses canons, et le malheureux commandant vit la perte de la plus grande partie de ses divisions, sans qu'il lui fut possible, dit-il lui-même, de f-à'ue aucun effort pour les secourir. Un gi-and nombre de nos hommes purent s'échapper en désordre, quelques-uns en nageant, d'autres en traversant le pont, malgré la grêle de balles qu'y lançait l'ennemi. Mais deux mille prisonniers restèrent aux mains de l'ennemi comme témoignage de son succès et de notre malheureuse ■surprise.

IjC 27 novembre, un autre incident 2)artiel, dépourvu de toute importance générale, arriva sur la ligne du Rappahannock. Meade s'était avancé sur l'armée confédérée au o-ué Grermania dans le but de prendre à revers la division Johnson, postée a l'avant-garde, à un mille et demi de la

rivière, mais il fut repoussé dans l'action qui s'ensuivit et perdit plusieurs centaines de tués et de blessés. Le lendemain. Meade se retira de devant notre armée et reprit sa position près de la station Brandy, sur le chemin de fer "Orange et Alexandrie." La campagne de 1863 était terminée.

Dans d'autres parties de la Virginie, les opérations nrilitaires de la fin de ISGo n'eurent qu'une importance t)ès secondaire et peuvent être relatées en quelques lignes. Cette portion du théâtre de la guerre s'étendait entre l'armée du général Lee et le Tennessee oriental ; l'excentrique et actif général Sam Jones y exerçait le commandement et le pays était constamment ravagé par les incursions des Fédéraux. Le fameux général de cavalerie Averill était le plus inquiéde ces chefs ennemis ; il réussit, après un certain nombre d'engagements aux succès variés, à détruire le chemin de fer de la Virginie et du Tennessee à Salem, en décembre 1863, et à couper ainsi la plus importante ligne de communication de la Confédération.

■ Le général Lee ayant perdu tout espoir de l'arrivée de Longstreet ou de tout autre appui venant de l'ouest, se retira sui- son ancienne ligne du Rapidan. L'armée fédérale prit ses quartiers d'hiver sur la ligne du Rappahannock vers le 6 décéndire ; la notre fit autant sur le Rapidan. Bientôt après, les grands chanjps de Imtaille de la Virginie furent couverts d'un épais manteau de neige et les opci'ations militaires furent suspendues.

• ïl^r^

C1IAP1T11K XXII.

l>OUTTaniM)K T/ADMTNISTRATION f)E WASHINGTON. ~ DKCLIN DU PAKTl DIIMO-

CRATïaUK.-COMMlSSARTAT 1)K l/ARiEE CONFEDERMK.

Les snccès remportés jtnv l'année fédérale en 1863 produisirent un efi'et bien marqué sui' l'action des partis politiques du Nord, et les élections de cette année contrastèrent d'une manière remarquable avec celles de 1862. Le manque de foi de toutes les organisations politiques du Nord pendant toute la période de la guerre se démontra suffisamment et

libertés constitutionnelles qu'elles ont si follement abdiquées pour mener à bien ce i^rojet insensé de conquête et de pil- I lage du Sud. Mais ce qui est pour nous de la plus haute im- ; portance, c'est d'aider à stimuler la désaffection chez les I Yankees contre leur propre gouvernement, à démoraliser et : à désagrég-er la société de ce pays abandonné de Dieu. Il

d'une manière significative f-ar l'affaiblissement de l'oppo- I n'est qu'un moyen d'atteindre ce but, — c'est d'écraser leurs

sition chaque fois que l'admiiiistratiou de Washingti^i pouvait se prévaloir d'un succès militaire ; on pouvait établir une proportion exacte entre l'importance des différents échecs éprouvés par l'opposition et celle des succès remportés par les armes fédérales. L'instinct vicieux des hommes politiques les conduisit rapidement à se ranger du côté du plus fort, et quoique il y eût dans la Confédération un ])arti considérable qui s'abusât jusqu'à compter sur la coopération des démocrates du Nord, la portion intelligente de la nation comprit bientôt que le seul moyen de s'assurer cet appui était de remporter de nombreuses victoires et de mettre la force matérielle du côté du 8ud. En résumé, 'le seul espoir de paix que pouvait entretenir le tSud dépendait absolument de la vigueur de sa résistance et de la pression que ses victoires pouvaient exercer sur l'ennemi. Cette appréciation de l'alliance du parti démocratique du Nord fut parfaitement expliquée par les journaux de la capitale confédérée. Le lilchmond Enquirei-, Gn parlant des élections de 1863, s'exprima ainsi : '' Peu nous importe à nous que ce soit l'une ou l'autre des factions du Nord qui dévore les '-dépouilles"; peu nous importe que ce soit celle-ci ou celle-là qui recouvre ou abandonne à jaijnais ces

armées et de porter la guerre dans leurs propres foyers. Alors seulement les vrais principes constitutionnels repren- ' dront leur empire ; la paix paraîtra désirable au Nord, les : arrestations arbitraires lui deviendront odieuses et Vhaheas corpus cessera d'être une lettre morte. Tel est le seul : moyen par lequel cette alliance peut être consacrée. Dans : ce sens, et avec ces grands résultats obtenus, ces Démo- I crates seront alors vraiment nos alliés, et nous nous efforcerons de faire notre devoir à leur égard."

Le parti démocratique du Nord commença Ja campagne i électorale de la fin de 1863 par une déclaration d'opposition 'générale à l'administration et la promesse d'une poursuite \ vigoureuse et " constitutionnelle " de la guerre. Le résultat de l'élection fut un triomphe complet i)our l'administration '; du Minnesota au Maine, partout les démocrates furent défaits. L'explication de cet échec est "que toute opposition aux aiitoiités de Washington avait été subjuguée, tant par la force brutale que par les arguments égoïstes ; que l'administration n'avait désormais rien à craindre, et qu« la ruine du libre gouvernement du Nord était comijlète." Le président Lincoln écrivit "que la crise était passée." Le résultat des élections de 1863 donnait carte blanche à

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES

son administiatiou. L'exemple plus frappant de cette iisiupation complète de pouvoirs l'ut l'arrestation et l'exil de M. Vallandigham, l'honime le plus capable et le représentant le plus éminent du soi-disant " parti de la paix du Nord,"' et le candidat au fauteuil guLernatorial de l'Etat de l'Ohio. Ce simple acte de l'administration de Washington suffit pour montrer les abus de pouvoirs (qu'elle osait exercer dans l'ivresse insolente et vertigineuse des succès de ses armes, et l'audace avec laquelle elle niait la Constitution, en s;ieritiant les libertés de son propre peu^ile à ses id(3es de suljjugation du 8ud.

Il est juste d(-! dire (jue les sévices exercés contr*-' la personne de M. Vallandigham, et [)ar consé(|uent, contre tout le corps conservateur des libertés américaines, causa u)ie explosion d'indignation dans le peuple. Une assemblée démocratique, réunie dans le New Jersey, déclara "que }iar l'arrestation illégale et l'exil de l'honorable C. L. Vallandighanj, les lois du pays avaient été foulées aux })ieds,' les droits des citoyens menacés, — et ({u'il était désormais du devoir du peuple loyal de requérir l'Administration de s'abstenir immédiatement et pour jamais de tels actes despotiques et criminels." M. Fernando Wood écrivit aux organisateurs d'un meeting à Philadelphia : "N'oublions pas que ceux qui commettent des abus de pouvoir comme celui de l'arrestation et de l'exil de M. Vallandigham, le font SîOus le prétexte de nécessité militaire. Par coaséqu.ent, frappons sur la cause elle-même, déclarons-nous contre la guerre." Mais ces protestations furent faites dans d'étroites limites et elles furent absolument inutiles. La plume sarcastique de John Mitchel, de Richmond, les apprécia ainsi : " Ces })i'otestations seraient excellentes, si le simple fait de dire " nous nous déclarons pour la paix " avait pour effet un aclieminenient quelconqu.e vers le but que l'on se propose." Si un homme tombant d'une tour pouvait arrêter sa chute en reclamant conîre elle, on pourrait croire que les protestations du parti démocratique ont quelque valeur. Mais telles qu'elles sont aujourd'hui, elles ressemblent à ces paroles énergiques de M. Washington Hunt : " Procliunons bien haut qu'aucun citoyen de New York ne sera arrêté sans procédés légaux.'' Il est inutile de réi)éter ce que chacun sait être un contre-sens. ... Le chardonneret <pie Sterne vit en ciige disait seulement : "Je ne puis pas sortir." Eût-il été [)lus tlrll de dire : " Je demande à sortir, je proclame à grands cris que je veux sortir."

Tandis que le "gouvernement fort" dépouillait «insi le pays de ses libertés, il domiait une nouvelle impulsion aux mesures de guerre. Il augmentait l'armée, lançait près de six cents navires, dont soixante-quinze blindés ou pourvus d'armures, et faisait des préparatifs formidables pour une vigoureuse continuation des hostilités, tandis que du côté du Sud, les ressources s'amoindrissaient do jour en jour. Le Congrès qui se réunit à Richmond pendant Thiver de 1SG3 fut saisi inimédintement do cotte question menacnnte de

diminution de nos forces, et de celle plus importante encore des subsistances. Ces deux graves causes d'alarmes absorbèrent toute sa sollicitude. La guerre, disait-on, était une question d'hommes et de vivj'es.

La loi de conscription avait désappointé les espérances (pje l'on avait entretenues. Lors de sa première promulga tion, quand on limita les levées d'hommes aux âges de dixhuit à trente-cinq ans, on calcula que cet appel partiel suffirait à réunir huit cent mille hommes sous les drapeaux. Un calcul très simple le prouve. La population libre des divers Etats ou parties d'Etats de la Confédération non entièrement occupés par l'ennemi était, à l'époque de l'adoption de la première loi de conscription (1863), répartie connue suit :

AiabaïuH 52yj64

Arkaims 324,323

Floriile - 78,686

(^eor-ie 595,097

Louisiane 376,913

:\lissi^sipi 354,699

Caroline du Nord 661,586

Un iiuart du INlidsouri .' '.'.^ 264,585

Caroline du Sud . 301,271

Deux tiers du Tennessee 556,042

Texas 420,651

Moitié de la Vir^Mnie 552,591

Ceci étant la population blanche totale, quelle était sa proportion d'hommes entre les âges de dix-huit et trentecinq ans? Suivant le recensement de 18-50, la population des Etats-Unis était de vingt-trois millions cent quatrevingt-onze mille hriit cent soixante-seize âmes; de ce nombre, sept millions quarante-sept mille neuf cent qua~ rante-cinq formaient la population de l'âge précité. La moitié de ce nombre donnait trois millions cincj cent vingttrois mille neuf cent soixante-douze habitants du sexe masculin,™ soit quinze pour cent de la population totale. Cette même proportion, appliquée à la population de la Confédération, évaluée par le dernier recensement au chiffre du tableau ci-dessus, dojinerait, comme placés sous le coup de la première loi de conscription, le chiffre de sept cent cinquante-deux mille trois cent quarante-deux hommes. Si nous ajoutons à ce nombre les volontaires accourus des Etats du Kentucky, du Marj'land et des parties de la Virginie et du Missouri rejetées hors du tableau, ainsi que les hommes d'un âge en dehors de la limite légalement fixée et qui s'enrôlaient volontairement, on trouvera que l'effectif total des armées de la Confédération pouvait atteindre le chiffre de huit cent mille hommes.

Par la suite, la loi de conscription fut étendue jusqu'à la limite de quarante-cinq ans, et en 1863, l'abolition de diverses causes d'abstention ou. d'exonération élargirent encore son effet; on prétendait que cotte dernière amélioration amènerait plus de soixante-dix mille liommes additionnel'^

sous les drapeaux. Et cepencla«t, les rôles de l'adjudantgénéral à Kichmond ne présentaient, vers cette époque, qu'un peu plus do quatre cent mille hommes sous les armes . et M. Seddon, secrétaire de la guerre, déclarait que les désertions et d'autres différentes causes " ne laissait sous les armes plus de la moitié, et jamais deux tiers de l'effectif. '^Quand on considère quels furent les minimes résultats que produisit cette loi de conscription, on peut s'imaginer combien la guerre devenait lourde au peuple du Sud et combien ses exigences le fatiguaient. Le gouvernement confédéré avait commis une grave erreur à n'enrôlant pas les premiers volontaires pour toute la durée de la giieii'c, à l'époque du commencement des hostilités ; car, comme dans toutes les révolutions ])olitiqaes, le })lus grand zèle et l'unanimité la plus complète se manifestèrent daiis toute la nation dès le début, et une telle mesure du gouvernement n'eut rencontré que des obstacles insiguiiiants. Mais une occasion perdue se retrouve rarement. Cette mesure importante, si facile à exécuter au commencement de la guerre, devint de plus en plus difficile et même impossible par la suite ; l'ardeur primitive du peuple s'était considérablement refroidie par les vicissitudes et les rigueurs inséparables des hostilités.

Le plus grave de ces inconvénients était le manque de vivres et les uionaccs perpétuelles de famine suspeiidues audessus de rarmée. Les provisions étaient très rares dans toute l'étendue du paya et l'on éprouvait des craintes sérieuses au siîjct d'une famine. La pauvreté et toutes les angoisses qui raccompagnent se dressaient maintenant devant ceux-là mêmes qui auparavant n'avaient jamais connu le besoin. Un grand nombre de familles qui jusqu'alors avaient vécu dans les laxe et l'abondance, se trouvaient privées désormais des premières nécessités matérielles de la vie. Des dames riches et accoutumées à une t^xistence somptueuse, se voyaient forcées, par le déjjart des serviteurs ou la ruine de leur fortune, de s'occuper des travaux manuels les plus grossiers. A l'armée, les souffrances étaient plus grandes encore, et dans maintes circonstances, ce no fut que grâce aux approvisionnements et aux vêtements envoyés aux soldats par des amis ou des parents, que les désertions ne prirent pas une plus grande proportion et que grand nombre de soldats échappèrent à la mort. Néanmoins, les rigueurs de l'hiver, activèrent encore les désertions. Il fallut toute la popularité du général Lee et son active intervention pour retenir non seulement les nouvelles troupes, mais même les vétérans de son armée de la Virginie. Le Congrès confédéré institua une dîme au moyen de laquelle on espérait pouvoir fournir à l'armée tous les approvisionnements nécessaires, mais cette mesure, ainsi que toutes celles du même genre, fut mise à exécution d'une manière si défectueuse que les résultats furent invariablement bien au-dessous de ce que l'on avait espéré.

An fond, cette question de subsistances fut si intimement liée aux événements généraux de la guerre ; elle influa

tant sur la conclusion finale ; elle démontra une telle somme d'imprévoyance et de mauvaise administration chez les autorités de Eichmond,— qu'elle mérite une attention toute spéciale, quant aux mesures adoptées antériciu'ement à l'époque où est arrivée notre narration et à l'ensemble des faits qui en découlèrent.

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