HISTOIRE DU COMMISSARIAT CONFÉDÉRÉ
Eu janvier 186'2, le Congrès confédéré reçut du "Bureau des Subsistances" un rapport établissant la condition générale de cette branche de l'administration et donnant des détails spéciaux sur certains contrats faits pour l'approvisionnement des troupes, — qui avait produit une impression défavorable dans le public et au Congrès. Ce rappoi't disait : " Dans la saison d'abattage des porcs {pacldng season) de 1860-61, plus de trois millions de porcs avaient été tués et mis en barils dans les districts des Etats-Unis qui se livrent à ce genre d'exploitation, en outre de ceux abattus par les fermiers ; tandis que dans les abattoirs {porkerlcs) réguliers au sud de nos lignes, ce chiffre ne s'élevait pas à vingt mille têtes. On a estimé qu'environ douze cent mille porcs ont été envoyés, au commencement de l'année dernière, des Etats septentrionaux dans ceux qui composent actuellement la Confédération du Sud. Cette importation fut faite sur une assez grande échelle par les auto)-ité« d'Etat, eu plusieurs cas, par des i)articuliers, et ensuite par ce département, au moyen de ses propres agences. Le Tennessee devint alors complètement avec les parties du Kentucky en notre pouvoir la principale source d'approvisionnements sur laquelle on comptait pour les besoins futurs de l'armée, mais l'épizootie et la pauvreté des récoltes de maïs pendant les trois années antérieures avaient influé d'une nranière si désastreuse sur l'exploitation de cette branche d'industrie que le nombre des porcs abattus dans ces Etats était tombé de deux cent mille à moins de vingt mille. Ce fut dans ces conditions et parmi ces districts du Tennessee et du Kentucky si éprouvés par le manque de récolte, que le département des subsistances dût faire des acquisitions avec tous les désavantages de la rareté et peut-être de l'insuffisance de la marchandise d'abord, et ensuite d'une concurrence active et énergique."
Peu de temps après l'envui de ce rapport, la i)rise des forts Henry et Donelson occasionna la perte d'une grande partie de ces approvisionnements déjà insufïîsanis. La campagne suivante vit tout ]e Kentucky et la plus graiule partie du Tennessee tomber au pouvoir des Fédéiaux et la Confédération presque entièrement dépourvue de moyens de subsistance.
Dans la prévision prochaine d'une telle détresse, un certain nombre de propositions furent faites au gouvernement confédéré par des agents énergiques et dignes do confiance, pour l'échange, avec l'ennemi, de coton contre des vivres. Mais le président Davis rejeta cette idée
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
salutaire sous le prétexte futile que l'opposition mise à l'exportation du coton clans le Nord mettrait l'administration de Washington dans l'impossibilité de payer l'intérêt de sa dette en janvier 1S63, — partageant ainsi l'opinion de ces capitalistes imprévoyants qui optaient pour la conservation du coton et auraient voulu, pour ainsi dire, enfouir cette richesse que les circonstances rendaient inerte, comme s'il se fut trouvé dans le précieux textile le pouvoir magique qui devait sauver la Confédération.
Vers la fin de 1862, une maison, ayant donné toutes les garanties désirables, proposa au gouvernement confédéré de lui délivrer trente mille boucauts de porc salé pour mi équivalent en coton. Les raisons données pour appuyer cette proposition étaient celles-ci : Il se trouvait assez de coton dans les environs de Memphis pour obtenii, par le moyen de l'échange, tous les vêtements et les vivres de l'armée. Depuis quelque temps déjà, Memphis était au pouvoir de l'ennemi ; ce coton serait probablement détruit par ses propriétaires pour prévenir sa capture par les Fédéraux, mais les planteurs consentaient volontiers à voir le gouvernement confédéré en possession de leur coton, tandis qu'ils ne voyaient ([u'avec peine, et quelquefois s'opposaient énergiqueraent à une destruction de leur propriété sans profit pour personne.
Cette proposition fut soumise au président Davis avec la recommandation suivante du bureau des subsistances : " Aujourd'liui l'alternative est posée devant nous, de violer la politique que nous avons adoptée au sujet de la rétention du coton ou de risquer hi famine dans nos armées." On suggéra aussi d'autoriser le commissaire général à faire des contrats pour du porc et du sel, tout en limitant le montant des achats aux besoins absolus de nourriture, de chaussure et d'iiabillements pour les troupes; aucune loi ne défendait un tel trafic, que les précédents d'autres guerres justifiaient. On recommandait également de l'autoriser il conclure des contrats toutes les fois qu'il le jugerait nécessaire ; cet ofiicier ayant affirmé qu'il ne fallait rien moins que le danger imminent qui menaçait nos armées pour "le décider à acquiescer à cette proposition."'
Le président Davis envoya cette lettre au secrétaire de la guerre avec la remarque suivante :
"Au Sfx'BEtaike de la Guerre. — Y a-t-ii nécessité tlag'i' iiïm^sdialomcnt? Est-il bien évident qnc cette occasion est la dernière de ce genre (jui nous soit offerte? Avez-vous pris en considération le plan de l'ennemi ponr le paiement de l'intérêt de sa dette publique ? Vous ne manquerez pas de vous rendre compte de l'opportunité d'ajourner toute mesure de ce genre jusqu'au 1er jativier 1863, si toutefois il est nécessaire, même ù cette date ou à une époque ullérieure, do nous départir de la politique bien décidée que îe gouvernement a adoptée à l'égard du coton.