CHAPITRE V
LA SECESSION.
A peine le télégraphe avaît-il anunoncé l'élection d'Abvaliam Lincoln comme Président des Etats-Unis, que la Caroline du Sud se prépara à se retirer de l'Union. Voyant que tout espoir de conciliation était anéanti, cet Etat détermina à reprendre l'exercice de ses droits souverains ; dans ce but, la Législature carolinionne convoqua une Convention qui s'assembla à Columbia, le 17 décembre 1866. Les sessions eurent lieu dans une église, au-dessus de laquelle flottait le drapeau de l'Etat, — un Palmier au pied duquel repose une Bible ouverte, — portant cette citation : " Dieu est notre refuge et notre force ; le présent est orageux, mais nous ne craignons rien, car la puissance ■divine peut bouleverser la terre et jeter les montagnes dans l'Océan ; le Dieu des armées est avec nous ; le Dieu de Jacob est notre refuge."
Le 18, la Convention s'ajourna pour se rendre à Charleston, et y passer, le 20, la mémorable ordonnance do sécession, déclarant que " l'Union existant entre la Caroline du Sud et les autres Etats, formée sous le nom des Etats- Unis d'Amérique, était dissoute par la présente." L'or donnance fut unanimement votée, et il fut décidé que le parchemin sur lequel elle était écrite, serait signé publiquement et avec un cérémonial inusité. En effet, la procession entra dans St.-Andrew's Hall en bon ordre ; le Président et les membres de la Convention, d'abord ; le Sénat et la Chambre des Représentants, ensuite ; leur entrée fut saluée par des applaudissements prolongés. Après la j^rière d'usage, l'avocat-général de l'Etat annonça que l'ordonnance de sécession avait été promulguée par ordre de la Convention ; le rouleau de parchemin fut déposé sur une table, et les membres de la Convention furent successivement appelés à signer l'ordonnance. Cet acte accompli^ le parchemin fut déployé devant l'assemblée ; le Président annonça alors que l'Etat de la Caroline du Sud était redeven une communauté indépendante. Cette déclaration fut accueillie avec de grandes manifestations d'enthousiasme
qui ne laissèrent aucun doute sur les véritables dispositions des auditeurs.
Quelques jours après, la baie de Charleston fut le théâtre d'un événement mémorable. Le 16 décembre, le major Anderson, commandant les forces fédérales stationnées à Charleston et dans la baie, évacua le fort Moultrie, après avoir enclouô les canons et brfdé les effets, se replia sur le fort Surater pour fortifier sa position. Ce mouvement fut eftectué à la faveur d'une nuit obscure. Le fort Sumter, où le major Anderson s'était retranché, était considéré par les critiques militaires comme à peu près imprenable; ses dimensions étaient petites, mais il était impossible de concevoir rien de mieux distribué et de plus efficacement protégé. Sa forme était celle d'un pentagone tronqué, s'élevant brusquement à l'entrée du liavre de Charleston à trois milles et demi de la ville. La fondation était artificielle ; elle se composait de pavés de granit solidement entassés sur un lit de sable et de boue ; la construction de ce travail avait coûté un demi million de dollars et dix ans de travail. Au moment où le major Anderson en prit possession, le travail de construction était achevé et le fort déjà armé. Les murailles étaient en maçonnerie très solide, d'une hauteur de soixante pieds sur une épaisseur de huit à douze, et percées à trois rangées de canons au nord, à l'est et à l'ouest. Ces canons commandaient le port ; en s'emparant de Sumter, la garnison fédérale pouvait à son gré défendre l'entrée et la sortie de la baie, et assumait ainsi un caractère hostile et menaçant pour la sûreté de cette partie de l'Etat de la Caroline du Sud.
Cette sécession de la Caroline du Sud fut traitée au Nord avec moquerie et dérision. Les journaux la ridicularisèrent ; les publications illustrées s'évertuèrent à caricaturiser la chevalerie et l'Etat du Palmier ; les cocardes sécessionistes, disait-on, seraient bientôt hors de mode, et, à l'appai-ition du premier régiment fédéral dans le havre de Charleston, deviendraient aussi rares que " des cerises dans
la neige." Mais ce qu'il y eut do plus remarquable clans rapprôciation de cet événemeut par les journaux et les hommes politiques du Nord, fut que toiis s'unir pour affecter la plus profonde indifférence envers cette sécession de la Caroline du Sud et les résultats qu'elle pouvait entraîner, dût-elle entraîner dans le mouvement la séparation successive de la plupart des Etats à esclaves. Ce dédain, que tout le Nord affectait, était un composé d'insolence et d'hypocrisie. Aussi longtemps que le Nord n'appréhenda de ce mouvement aucune conséquence sérieuse, et que sa vanité lui ferma les yeux à l'endroit des ressources et de la résistance que le Sud pourrait opposer à l'autorité fédérale^ il ne chercha qu'à ridiculiser le retrait de la Caroline du Sud et à comi:)arer le premier Etat sôcessioniste à "un enfant mutin" s'échappant du " giron paternel ; " non-seulement il déclara que son dessein n'était pas de chercher à retenir de force dans l'Union la Caroline du Sud ou tout autre Etat à esclaves, mais qu'au contraire, cette séparation ne pouvait être vue au Nord qu'avec plaisir. " Laissez partir l'enfant prodigue," disait un des prêcheurs politiques du Nord. Un "allez en paix" tout évartgélique fut prononcé par M. Greeley, le rédacteur de la Trlhunô de New-York. Mais quand au bout de quelques mois, le mouvement sécessioniste fut entrevu dans toute sa plénitude, cette bénigne condescendance et ces dédains superbes firent place à une anxiété profonde et à une rage poussée jusqu'au paroxysme. Les enfants prodigues devinrent des "rebelles ; " leurs cités devaient être réduites en cendres ; le sol inondé de leur sang. La bienveillante Tribune changea de ton, et au lieu de s'apprêter à tuer le veau gras à la rentrée au logis de "l'enfant égaré ," ' elle ne vit plus dans les sécessionistes que des "rebelles" qu'il fallail sévèrement punir, et qu'il fallait frapper dans leurs plus chères affections, en faisant asseoir la flrmine à leur foyer et en couvrant leurs femmes et leurs enfants de haillons abjects. (*)
Si le peuple du Nord' n'avait ressenti que cette indifférence et ce dédain affecté pour cet exode des Etats du Sud, il aurait pu trouver, dans l'histoire même des Etats-Unis, do nombreux précédents et dos témoignages évidents du droit de retrait de l'Union. La doctrine du droit de sécession n'était pas chose nouvelle au Nord ; nous avons dit
plus haut que l'Etat de New- York s'en était réservé l'usage, en adoptant la Constitution fédérale. En quatre occasions différentes, l'Etat du Massachusetts avait menacé d'exercer le droit de sécession, d'abord, à propos du règlement des dettes de l'Etat ; ensuite, au moment de l'achat de la Louisiane ; en troisième lieu, par opposition à la guerre de 1812-14, quand, ainsi que le disait M. Jefferson, "quatre des Etats de l'Est étaient attachés à l'Union comme autant de de cadavres inanimés unis à des corps en bonne santé;" enfin, à propos de l'annexion du Texas, qui fit dire à la Législature du Massachusetts " qu'un tel acte serait une raison plausible de dissoudre l'Union." A l'époque de l'achat de la Louisiace, quand il fut question d'admettre dans l'Union le territoire d'Orléans, sous le nom de Louisiane, M. Quincy, du Massachusetts, avait plaidé au Congrès la légalité de la sécession. Sa proposition, écrite par lui-môme et placée sur le bureau do la Chambre dos Représentants, était ainsi formulée : " Si le bill (d'achat de la Louisiane) est adopté, mon opinion sincère est que cette adojition consomme virtuellement la dissolution de l'Union; qu'elle affranchit les Etats de leurs obligations morales, et, que puisqu'il est du droit de tous les Etats de se retirer de l'Union, il est du devoir de quelques un'^ d'entre eux d'user de ce droit et de se préparer à la séparation, — amicalement, s'il est possible ; violemment, s'il le faut.
Toute discussion et récrimination au sujet de la sécession des Etats est inutile ici. En se retirant de l'Union, le Sud était doublement dans son droit ; d'abord il agissait d'après les principes de "fcelf-government" formulés par la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis et existant dans tous les gouvernements républicains ; ensuite, il s'autorisait de précédents clairement établis par le Nord lui mémo, aussi bien d'une manière officielle que par la voix de l'opinion publique.
L'élu présidentiel lui-même, M. Lincoln, avait à une autre période de sa vie publique, fait cette remarquable déclaration : ''Tout peuple opprimé, et ayant la volonté et le pouvoir de se soulever contre le gouvernemont qui le régit, a non seulement le droit de le faire, mais aussi celui d'en créer un autre plus conforme à ses aspirations. Ce droit n'est pas môme subordonné à l'opportunité du
* [Extrait de la Tribune de Xcw-York du 2G novemlore et du 17 décembre ISGO-l " Xous déclaronr, avec JeffL'ryon que le droit inaliénable de toute communauté est d'altérer ou d'abolir la forme du gouvern.nncnt quand elle est opjn-essive ou liostile ; et si les Etats à coton sent convaincus qu'ils seront mieux hors de l'CJuioa que dans son fcin, qu'ils aillent ca paix. Le droit d-; sécession peut êlre un acte révolutionnaire, mais cependant il existe, et nous ne pouvions concevoir comment un parti pourrait s'autoriser d'empêclier ce qu'un antre parti a le droit inconlettable de faire. Si même une partie considérable de notre Union prenait la résolution bien arrêtée do se retirer, nous nouA opposerions ;i toute tentative ai'mée qui serait faite pour la retenir. Nous n'entendons pas vivi'C dan-i une république dont toute une section n'est
mainteiuic qu'à la pointe de la baïonnette Si sept ou huit Etats envoient des agents à Washington pour dire : Nous voulons nous r&tirer de l'Union,
nous serions en désaccord avec notre appréciation de la liberté humaine, si nous ne disions : I.aissez-lts partir ! Prendre une toute autre décision serait se mettre en contradiction flagrante avec ceux des droits de l'homme qui sont, selon nous, la base de toute organisation politique."
[Du même journal, 1er mai 18G1.] •' Malgré tout, nous devons les (les Etats Confédérés) confyîférîV ; non simplement les déf aire, immWs sii.hjuguc>: VA quand ces traîtres et rebelles seront battus en campagne et I)alayé3 comme les feuilles sont dispersées au loin par un vent furieux, il faut ([u'ils ne trouvent pas leurs foyers intacts et paisibles. Ils doivent rencontr.T la m;si;t' assise à leur tulile, lire h"i yriualions de lous j^enrei datis le-; tj.'Ui de L'ur-i feinm:.:, et trouver leurs enfants revètm de hailloiu. ''J'oute la côte du Sud, du Delavvare au Rio Uraudi^ sera convertie en une vaste solitude."
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES
moment où le peuple juge convenable de l'exercer et tonte fraction de ce peuple peut se mettre en révolution et abcattre une minorité intérieure qui lui ferait une opposition intestine."
A la veille des hostilités, la Tribune de New- York disait : " Qu'une partie de cette Union, assez grande pour former une nation indépendante et pouvant suffire à ses propres besoiiîs, trouve convenable do dire aux Etats demeurés fidèles : Nous voulons nous séparer de vous, nous dirons, — et le respect humain, aussi bien que la juste entente des droits du sdf-govcrnmcnt, engageraient les Etats restant dans l'Union à dire comme nous : — Allez !
Plus tard encore, M. Seward, alors secrétaire d'Etat sons l'administration du président Lincoln, se servait du langage suivant en écrivant à M. Adams, ministre des Etats-Unis à Londres : " . . . . Pour ces raisons, M. Lincoln ne serait pas disposé à combattre le dogme fondamental des sécessionistes : — que le gouvernement fédéral n'a pas le droit de ramener les Etats sécédés à l'obéissance par la force des armes, — quoique mettant en doute la légitimité de ce privilège. Mais, de fait, le Président admet l'exercice de ce droit ; un gouvernement monarchique et despotique pourrait seul réussir à subjuguer entièrement ces membres désaffectionnés et complètement insurges du corps de l'Etat. Notre système de gouvernement fédéral républicain est, par son essence même, le moins pro})ro de tous à remplir une telle tâche."
Et c'est en présence de toutes ces dénégations formelles que le Nord, comme nous le verrous plus tard, se préparait silencieusement à porter dans les Etats séparés du Sud, la guerre la plus terrible des temps modernes et la plus injuste dont l'histoire chrétionc fasse mention !
Revenons 'aux événements qui suivirent immédiatement
la sécession de la Caroline du Sud. Aucun doute ne pouvait être élevé sur la voie que devaient suivre les Etats à coton décidés à suivre la fortune de la Caroline du Sud. Il existait une certaine hésitation quant au- choix des moj'cns ; en Géorgie principalement, un nombreux parti s'était formé demandant une conférence de tous les Etats du Sud avant de s'engager d'une manière décisive et irrémissible dans mio voie inconnue. Alexandre II. Stephens, non-seulement approuvait ces attermoiements, mais ses actes trahissaient son dessein caché de maintenir cet Etat dans l'Union. Dans im discours d'une habileté consommée, il déclara '■ que la cause de l'Union n'était pas encore désespérée, que l'on devait employer tous les moyens honorables pour arriver à la préserver ; que malgré l'élection de M. Lincoln, les Etats du Nord acquiesceraient peut-être à des remontrances amicales faites par le Sud." A ces astucieuses suggestions, une réponse vigoureuse ne se fit pas attendre. M. Ilowell Cobb insista sur ia néce5;sité d'une action immédiate ; " tout délai était dangereux ; la Législature devait passer un acte de sécession et le faire ratitier par le peuple." M. Toombs affirmait que tout espoir d'arrangement équitable était perdu ; la seule voie ouverte était la séparation, et, s'il le fallait, la guerre pour le maintien des droits du Sud. Dans l'intervalle de ces discussions, le maire de Savannah avait promis à la Caroline du Sud l'aide de cinquante mille Géoi'giens en cas d'hostilités.
Bientôt il devint impossible, tant aux autorités unionistes qu'aux démagogues, de s'opposer au mouvement sécessioniste. Les Etats à coton suivirent successivement l'exemple donné par la Caroline du Sud ; le 7 janvier ISGl l'Etat de la Floi'ide se sépara de l'Union. Le 0 du même mois, ce fut le tour du Mississipi, puis vinrent l'Alabama le 11, la Géor- .gie le 20, la Louisiane le 26 (1), et le Texas le 1er février.
(1) ORDONNANCE pour ilifsoudru rUniun du l'KUit du la Louic;iu,t,c ut dcô uutrori Etats faisant partie avec lui dj cette Union, eu vertu du pacte iiilitiile : ''la constitution DES ETATS UNIi? d'aM KKIOUi-'."
Naus, le pct'ji'cifc l'Etut de in Loni^iinic, réuni ci Convention, dédarons d ordonnon'i. c! il at, pur ces jircs-'.ntcs, déduré et ordonne, (Jue l'OrdoLinanco adoptée par nous en Convcntio:! le 22nie jour de NoveuiI)rc, en l'année I\lil hait cent on>î.;, \y.w iuquelle la Constitution des Ktals-Unis d'Amérique et les amendenîen.la ;i la dite Constitution, furent adoptes ; et que toutes les lois et ordonnances en vertu desquelles l'Etat de la Louisiane devint un des membres de l'Union Fédérale, doivent être, et sont par les pres'fn'es rappelées et abrogées ; et que l'union existant actuellement entre la t.oui-ianc et d'autres Etats sous le nom des Etats-Unis d'Amérique est par les présentes dissoute.
Ncii-< licclarnihf el ordonnons de plio!, Qno TJCtat de la Loui.-iane reprend, jiar la iiresvnte Ordonnance, tous les droil> et lous les pouvoirs délègues antecedeniment au Gouvernement des Etats-Unis d'Amérique ; que ses citoyens sont délies de toute allégeance au dit Couvernenient, et qu'il est dans la ]ileine ])osse.-sion et dans l'entier exercice de tous les droits de souveraineté qui appartiennent à un l'état Libre et Indépendant.
Noici dédarons d ordonnons de plua, Que tous les droits acquis et dévolus sous le régime de la Constitution des Etats-Unis, ou d'un acte quclcoiup;e du Congrès, ou d'un traite, ou on vertu d'une loi quelconque de cet Etat, et qui ne sont pas en couOit avec cette Ordonnance, demeureront en vigueur et auront lo même effet que si cette ordonnance n'avait pas été adoptée. »
.Adopté en Convention, à Bâton Rouge, le 25 janvier 18G1.
A. MOUTON, Treaident de la Convention.
W. R. Adiuns, Wm Duniont Andersen, Rernard Avegno, A. Baibin, Wm Rullin ikirrow, Vj. Bernmdez, Cli. Bicnveiui, P. E. Bouford, A. Bormer, C. C. Briscoe, Waliliall Burlon, Wm B. Pike, Louis Bush, T. W. IJuller, Thomas S. Caldwell, Fenelon Ca,nnon, W, SE C. Carr, Ceorge Clark, G. F. Connely, Alex, de Clouct, W. M. E. Gill, E. C. Davidson, Thomas !<]. Fî. Cottuian, Sydney 8. Connor, Lemuel P. Conncr, Alcibiade De B'ane. Lucius .T. Dupré, J. B. Elam, Samuel W. Dorscy. E Duffet, A. M. Gray, J. ITcrnandcz, Andrew S. Herron, M. E Girard, Sid. II. Grifïïn, Jolm L.Lewis, B. [,. llodge, Y. N. Graves, Fergus Gardèrc, A. K. (jladdcn, J. L. ICigee, Ro. Vf . Estlin, G. L. Fuselier, James O. Fiiqua, Louis S. Le Ronrgooig, TÎ!0§ C. Mamiins'. Henry Marshall. Antoine ^Iavrcro, Léon D. Mrirks, I. N, Marks, Rob, CampbçU Martin, John IT, Martin, Jobq Perkin?, jr,,
Moins de trois mois après réleclion de M. Lincoln, tous les Etats à coton s'étaient retirés de l'Union.
En oiitrC; les gouvernements d'Etats avaient fait saisir tous les forts, les arsenaux et propriétés du gouvernement fédéral dans leurs limites resjîectives, à l'exception du fort Sumter, dans le 2)ort de Charleston, et du fort Pickens, près de Pensacole. Dans cette dernière place, il s'était passé quelque chose d'à peu près identique à ce que nous avons dit plus haut au sujet de la concentration fiite au fort Sumter.
La spacieuse baie de Pensacole était le principal dépôt de la flotte du Golfe ; de splendides chantiers de marine ajoutaient à son importance, iVu commencement de 1861, les forts de la baie étaient occupés par une force militaire insignifiante ; ces forts étaient au nombre de trois : McRae, sur la terre feime, adossé à une lagune et protégeant un côté du port ; Barancas, en face de l'entrée de la baie, et Pickens, à l'extrémité orientale, défendant le côté Est de la baie. Le fort Pickens était bâti à la pointe de l'île Santa Rosa, langue de terre étroite, basse et sablonneuse, qui s'étendait à l'est et formait un excellent môle protégeant toute la baie. Le chantier de marine était situé à une distance d'environ un mille dans la baie, au-delà du fort Barrancas et dans une position admirablement abritée.
Le sénateur Yulee, de la Floride, dans des lettres jiarticulières adressées de son siège au Sénat des Etats-Unis, recommanda instamment la prise de possession de ces défenses. Les forts Barrancas et McRae, ainsi que les chantiers, furent rendus immédiatement par le commandant maritime, mais le lieutenant Slemmcrs, n'a])prouvant pas cette décision, se jeta secrètement dans le fort Pickens,— comme le major Andersen avait tait en abandonnant Moultrie pour Sumter, • — et s'y retrancha, attendant que la. diplomatique habileté du gouvernement de Washington vint lui apporter secours,
A Washington, des événements non moins graves consommaient l'œuvre de la sécession. Le 21 janvier 1861, le Sénat des Etats-Unis fut témoin d'une scène à jamais mémorable ; les mandataires des Etats sécessionistes donnaient leur démission. Les sénateurs républicains eux-mêmes furent impressionnés par la solennité de l'occasion ; les galeries dé la Chambre étaient encombrées de spectateurs désireux de voir le premier acte sérieux d'op^oosition à l'autorité de Washington. La gravité des circonstances donnait à cet exode des hommes politiques les 2)lus distingués des Etats-Unis un caractère de grandeur et de majesté inaccoutumé.
Les sénateurs qui se retiraient ce jour étaient MM. Jefferson Davis, du Mississipi, Fitzpatrick et Clay, de l'Alabama, Yulee et Mallory, de la Floride. La plupart, d'entre eux se contentèrent d'un adieu digne et courtois.. M. Davis, quoique abattu par la maladie, fit un discours; d'une force et d'une grandeur imposantes. S'adressant aux sénateurs républicains, il leur dit que les sentiments de ses, constituants, de même que les siens, n'avaient rien d'hostile au Nord, que les Etats sécessionistes se retiraient de l'Union sans conserver la moindre arrière-pensée de rancune contre leurs anciens confédérés, mais que, si le Nord prenait une attitude hostile aux Etats sé2)arés, les sécessionistes "■ invoqueraient le Dieu de leurs pères, et plaçant leur cDnfiance dans la justice divine et dans leurs propres forces, ils défendraient leurs droits du mieux qu'ils le pourraient."
M. C. C. Clay, de l'Alabama, fut plus violent. En annonçant sa démission de Sénateur, il saisit l'occasion de faire un réquisitoire complet des empiétements du parti républicain et d'analyser les causes qui avaient forcé le Sud à se retirer de l'Union. Un extrait de son discours peut montrer à la fois et la nécessité de la sécession immédiate et le tableau exact des sentiments qui agitaient les sécessionistes dont M. Clay était l'interprète fidèle :
"Il y a aujourd'hui près de quarante-deux ans que l'Etat, de l'Alabaraa a été admis dans l'Union. Au moment de son adoption dans la confédération américaine, — de même' qu'à l'heure présente, — les Etats-Unis étaient en proie à des convulsions causées par l'hostilité du Nord envers l'institution servile du Sud. Depuis lors il ne s'est. pas passé un lustre qui ne fut marqué par l'accroissement, puissant et rapide du parti anti-esclavagiste organisé au sein des populations du Nord. Ce que veut ce parti, c'est, l'abolition de l'institution de l'esclavage, c'est-à-dire, l'annihilation de notre prospérité, l'écroulement de notre édifice social, la négation de notre autorité d'Etat. Tel est le sentiment dominant dans les Etats du Nord, et c'est cet esprit anti-esclavagiste qui avant la sécession de l'Alabama, du Mississipi, de la Floride et de la Caroline du Sud, avait, déjà brisé la plupart des liens qui cimentaient l'Union. Ce principe hostile des aboli tionis tes nous rejette aujourd'hui de la co'mmunion chrétienne, parce qu'il ne peut avoir de contact avec ce qu'il appelle la lèpre de l'esclavage ; il nous refuse le droit de séjourner, et même de voy'ager dans les Etats du Nord, avec notre légitime propriété ; il libère l'esclave emmené par son maitie hors des limites des Etats du Sud; il viole la Constitution et les lois du Congrès, parce que cette Constitution et ces lois reconnaissent la
Rob. Hodges, S. llillingsworth, Théodore Johnston, Thos. H. Kennedy. Wilson M. Kidd, l'elix Labatut, E. Lawrence, Ch, T, Lagroue, Ohs. 0. Le Blanc, Félix Lewis, John Moore, Jus, McGloskey, Andrew McCoIIum, Hcnderson McFarland, Samuel Washington McKneely, J. K. Gaudet, C. L. Swayzé, A. Vinet, M. 0. H. Horion, Jules G, Olivier, D. 0. I'>ryan, W. M. Ferkins, W. Patterson, I. Perkins, Aug. Provosty, N. W. Pope, M. Folk, Wm. R Pcck, Aaron IL Picrson, Jolm Pcmberton, E. 0. Melançon, Thos. S. Stewart, P. S. Wiltz, W. W. Smart, Edward Sparrow, Thomas A. Cooke, Jas. E. Miller, Zobnlon York, Wm P.. Warren, Alexandre Walker, J. A, Williams, James A. Williams, Geo. Williamson, Augnstus Talhot, Tho.s. M. Scott, .Joseph P,iddlo Wilkinsan, J. A. Taylor (St-Landrv), R.Taylor (St-Charles), Robert B. Todd, John T. Towles, Calet J. Tucker, ]Mark Yalentine, Nehemiah Magee, J. J. Michol, W. R. Miles, A. B. Norman, J. B. Slawson, Thos. J. Semmes, Hardy Richardon, Benjamin S. Tappan, J. M, Thomasson, Lewis Tcxada, J, SoiR^payrac, Wulter Pngh, NçlsQu J. Scott^ Wash, M Smith. -^ J, Tho-?. Wheat, geçrétaire, [Note du traducteur.]
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÏ^ÉS
légalité de la possession d'esclaves ; il refuse à nos biens la protection du drapeau national de notre gouvernement commun ; il vole et recèle ce qui nous appartient ; il s'oppose à l'extradition des criminels qui s'enfuient au Nord, les mains teintes de notre sang, les poches pleines de notre or ; il nous menace, par des actes solennels et sanctionnés par les Législatures, d'un châtiment ignomi • nieux si nous cherchons à recouvrer nos esclaves dans les Etats du Nord ; il assassine les hommes du Sud qui tentent de reprendre au Nord ce que le Nord leur a pris ; il envahit notre territoire, empoisonne nos fontaines et jiorte partout le meurtre et l'incendie ; il nous dénonce dans les réunions publiques, dans les conventions de parti, dans les congrégations religieuses et jusque dans les assemblées législatives comme des violateurs constants de la justice divine et humaine ; il emploie enfin tous les moyens matériels et intellectuels que l'intelligence de l'homme et la malice du démon peuvent inventer pour jeter sur nous la honte et l'odieux, et nous rendre un sujet d'horreur et de mépris pour toute l'humanité civilisée. Et cependant, pendant de longues années nous avons supporté ces manifestations de haine, et nous les aurions endurées peut-être encore, car les affirmations répétées des conservateurs du Nord et nos propres illusions nous induisaient à croire que ces agressions et ces injures étaient l'œuvre d'une faction etn'avaient pas la sanction de la majorité des populations du Nord, qui auraient, à un moment donné, fait justice à nos griefs et réduit nos ennemis à l'impuissance.
" Mais la fausseté de ces promesses et le néant de nos espérances ont été -fe-rop clairement prouvés dans les récentes élections, — particulièrement dans les deux dernières élections présidentielles, — pour qu'il nous soit permis de conserver plus longtemps ces décevantes illusions. Nous devons regarder les deux professions de foi du parti républicain, celles de 1856 et de 1860, comme une diffamation de notre caractère et une déclaration de guerre contre la vie et les- propriétés des populations du Sud. Aucune calomnie ne pouvait être plus amère et plus agressive que cette assimilation de notre système d'esclavage à la polygamie, et la désignation de '-reliques jumelles des temps barbares" api^liqué à ces deux institutions. Cette insulte nous attaque non-seulement dans notre caractère de peuple chrétien et civilisé, mais nous charge aussi d'un crime digne de l'exécration du genre humain. Est-il rien de plus dano-ereux pour notre tranquillité domestique, pour notre ordre social, pour notre existence même, que cette insultante déclaration qui revendique pour nos esclave» une liberté semblable à celle des blancs et une égalité ^complète entre les deux races ? Une telle déclaration est dans l'esprit, sinon dans la lettre, une instigation directe à l'insurrection servile, au meurtre, à l'incendie et à tous les crimes contenus dans l'arsenal de la littérature abolitioniste.
" Pour aggraver encore l'insulte qui nous est faite en réclamant pour nos esclaves les droits que nous avons, la
même plateforme nous place au-dessous des hommes blancs du Nord ou des nègres libres, et nous stigmatise comme une race inférieure en formulant la volonté du parti républicain noir de s'opposer d'abord à notre établissement, avec nos esclaves, dans les Territoires, et ensuite à l'extension de l'institution de l'esclavage qui, d'après ce que les fondateurs et les partisans de cette plateforme affirment ouvertement, doit être et sera anéantie,
"Et pour couronner cet échafaudage d'iniquités, pour ajouter une insulte et une menace de plus, ce parti a élu à la Présidence un homme qui non-seulement approuve cette plateforme, mais qui promet, en zélé approbateur de ces principes, de méconnaître les jugements des cours de justice, les obligations imposées par la Constitution, et les devoirs à lui prascrits par son serment d'ofiîce, en approuvant tout bill de prohibition de l'esclavage dans les Territoires des Etats-Unis.
" Une grande majorité du peuple du Nord a déclaré, par la voix du scrutin, qu'elle ap2)rouvait et la plateforme du parti républicain, et les candidats de ce parti à la dernière élection présidentielle. Ainsi, par le verdict solennel des populations du Nord, les communautés esclavagistes du Sud seraient " liors la lui, frappées d'ostracisme, désignées à l'exécration universelle et vouées à une destruction certaine !"
" Messieurs, nous regarde-t-on donc comme des êtres placés en dehors de l'humanité ? Attend-on de nous la patience surhumaine de Celui "qui crut tout, supporta tout, espéra tout," ~ qui nous apprit à " aimer tios ennemis et à baiser la main qui 'nous frappe ? " Sommes-nous doij.c dénués de sensibilité, de sens commun, de raison, de passion et d'instincts humains ? N'éprouvons-nous donc pas la fierté de l'honneur, le sentiment de la honte, la vénération de notre passé, l'orgueil de notre avenir ; n'avons-nous pas la religion du foyer et de la famille ? Devons-nous, par amour pour rUnion, nous avilir délibérément, ternir le nom de nos pères, nous déshonorer nous-mêmes et dégrader à jamais notre postérité, abandonner nos foyers et notre propre patrie ? Pouvons-nous vivre dans un pays où nous sommes placés au ban de la nation par notre propre gouvernement ? Devons-nous acquiescer à l'élection d'un Président choisi par des Etats co-fédérés, mais ennemis, et dont la foi politique l'oblige à nous dénier nos droits constitutionnels, par la simple raison que son élection a eu lieu dans les formes |)rescrites par la Constitution ? Consentirons-nous à vivre sous un régime que nous savons devoir être contrôlé par ceux qui, non contents de nous refuser ce qui est juste et équitable, nous traitent comme des êtres inférieurs et avouent leur détermination formelle de détruire notre tranquillité domestique, de mettre en danger la vie de nos femmes et de nos enfants, de dégrader, de réduire et enfin d'abattre complètement notre Etat ? Vivrons-nous, de gré ou de force, sous la loi de ceux qui nous donnent le choix entre un " conflit iirépressible " avec le peuple du Nord,
pour la défense de nos? foyers et de nos autels^ et l'abdica tion de nos droits sur nos esclaves, avec leur complète égalité politique et sociale ? Non, messieurs, non. Les hommes libres de TAlabama ont déjà dit au monde qu'ils ne s'aviliraient pas, et ils ont donné une preuve de leur sincérité en se retirant de l'Union et en préférant à cette abjection tous les hasards et les difficultés d'une position indépendante parmi les nations du globe."
M. Jefferson Davis n'avait quitté le Sénat des Etats-Unis que pour assumer une des plus graves responsabilités et tenter là réalisation d'une des plus grandes tâches des temps modernes ; l'opinion publique des Etats sécédés le désignait d'avance comme le pilote do leur nouvelle destinée. Les délégués- des six Etats déjà séparés s'assemblèrent en Convention, à Montgomery (Alabama), le 4 février 1861, dans le but d'organiser un gouvernement provisoire. Une Constitution des Etats Confédérés fut adoptée le 8 février ; le 9, le Congrès j)rocéda à l'élection d'un Président et d'un Vice-Président. M. Jefferson Davis du Mississipi, et Alexander H. Ste])hens, de la Géorgie, furent unanimement choisis.
Les fondateurs du nouveau gouvernement adhérèrent, après mûres discussions, aux principes généraux du gouvernement de Washington, mais la Constitution adoptée par eux différa en quelques endroits de celle des Etats-Unis. A tous égards, les changements adoptés furent essentiellement des améliorations incontestables, et une réforme sage de ce que l'expérience avait démontré de défectueux dans la Constitution de l'ancienne Union. La. Constitution confédérée prohiba absolument la traite, ce que celle des Etats-Unis avait négligé de faire ; elle autorisa les membres du Cabinet à prendre part aux discussions du Congrès; elle défendit toute prime ou droit sur toutes les branches d'industrie. Après un laps de temps spécifié, l'administration des postes devait suffire à ses propres besoins; nulle compensation extraordinaire ne devait, dans dans aucun cas, être payée aux divers eontracteurs. Le terme de la Présidence était fixé à six ans ; le Président sortant n'était pas rééligible. Le chef du pouvoir Exécutif ne pouvait démettre de ses fonctions aucun officier du gouvernement sans donner au Sénat de bonnes raisons à l'appui. Le droit de possession des esclaves, ainsi que celui de pratiquer l'esclavage dans les Territoires, étaient clairement définis. En ceci, toutefois, rien ne fut ajouté ou retranché à l'essence du paragraphe de la Constitution de l'ancienne Union qui régissait ces droits.
Le choix du Président fut alors considéré comme étant aussi judicieux que les autres travaux de la Convention ; plus tard, cependant, des doutes sérieux allaient être élevés 8ur ce point. Le nom de Jefferson Davis était associé à tout ce qui était brillant et honorable dans l'histoire du gouvernement des Etats-Unis. L'élu de la Confédération avait servi avec gloire son pays, aussi bien en campagne que dans les conseils. Ayant reçu une éducation militaire
à West-Point, M. 'Davis était entré en service actif au moment de la guerre du Mexique, comme colonel d'un régiment de volontaires, et s'était particulièrement distingué à Monterey et à Buena-Vista. Plus tard, le président Pierce l'avait appelé au secrétariat de la Guerre; pendant son ministère, il avait agrandi les cadres de l'armée des Etats-Unis ; proposé d'abolir l'état-major permanent de l'armée et de le remplacer par une organisation plus détaillée et plus effective, et envoyé en Crimée une commission pour étudier l'état des armées européennes et faire un rapport des progrès de la science militaire. M. Davis rentra ensuite dans la vie politique en qualité de Sénateur au Congrès des Etats-Unis. Entre tous ses collègues, dont plusieurs jouissaient d'une grande réputation oratoire, M. Davis se distingua par son langage poli et correct. Sobre de toute figure de rhétorique et gardant toujours un diapason modéré, M. Davis n'était ni l'apôtre véhément ni le prédicateur fanatique apte à soulever les masses, mais bien l'orateur élégant et persuasif destiné à briller dans un cénacle restreint d'auditeurs intelligents.
M. Davis était un homme que- sa culture intellectuelle, ses connaissances politiques, son langage élevé, ses manières dignes et distinguées et son style oratoire, — sans rival contemporain, peut-être, pour la clarté et la puissance de ses expositions, — désignaient sous tous les rapports comme digne de la haute position à laquelle il avait été appelé, et comme le représentant le mieux caractérisé du peuple fier et chevaleresque du Sud. Mais ces brillantes qualités cachaient des défauts dont les conséquences sérieuses, vitales mêmes, se développèrent rapidement dans le cours de son administration du nouveau gouvernement. Sa dignité n'était que le masque d'une obstination outrée, qui lui faisait rejeter les conseils d'esprits intelligents pour admettre les avis de quelques favoiis moins dignes de sa confiance. Son érudition et ses capacités étaient plutôt celles d'un liomme do cabinet que d'un chef de gouvernement. M. Davis n'avait j)as le jugement droit ; il n'appréciait pas les hommes au point de vue pratique et souvent sa manière d'envisager le caractère de certains individus était entièrement fausse. Dans les circonstances difficiles où le pays se trouvait, il eut fallu un homme doué d'une vive perspicacité, d'un grand et actif bon sens, d'un esjirit prompt et d'une j^'ofonde connaissance des hommes, .et, en même temps, disposé à consulter le niveau de l'opinion, et à entendre tous les conseils pratiques, de quel que côté qu'ils lui vinssent. M. Davis avait, au lieu de ces qualités sérieuses, un acquis brillant qui éblouissait la multitude, trompait sur ses mérites et égarait le jugement de ses contemporains. Les uns, fascinés par ses qualités plus miroitantes que solides, l'admiraient d'une manière extravagante, tandis que ceux qui ])ouvaient le juger de près, le condamnaient sans réserve. Les ^''éripéties de notre narration feront, du reste, ressortir amplement les différentes faces du caractère de M. Davis.
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
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Pendant que ces graves événements, — sécession de sept Etats du Sud et organisation d'un nouveau gouvernement, — s'accomplissaient coup sur coup, des tentatives de pacification avaient lieu; l'attention doit être accordée aussi bien à ces essais d'acconunodement qu'aux mesures d'hostilité. Ces tentatives conciliatrices furent soumises à l'action des Chambres ; à celle des Etats agissant eu dehors de sphère congressionelle, et enfin, à certains procédés étranges de la part du Pouvoir Exécutif, procédés qux eurent un grand poids dans la détermination finale.
Au commencement do la session du Congrès des Etats- Unis, tout espoir de pacification n'était pas encore 2>Gi'du ; plusieurs représentants du Sud eux-mêmes croyaient feimemcnt au succès des tentatives de conciliation ; môme ajirès la sécession de k Caroline du Sud, plusieurs représentants •des Etats méridionaux, qui avaient fixit à la tribune con- ;gressionnelle de violents discours en faveur de la désunion, laissèrent percer dans leurs conversations privées l'espoir d'un accommodement et avisèrent secrètement leurs constituants de ne pas se hâter de vendre leurs propriétés situées dans les Etats du Nord. Mais à mesure que la session se prolongea, il devient évident que le Congrès ne consentirait jamais à aucune concession, que le parti Républicain ne céderait en rien ; qu'au contraire il désirait amener le Sud à un conflit armé, comptant le subjuguer facilement. Ces visées du parti Républicain perçaient visiblement dans les résolutions formulées par M. Clarke, du New-Hampshire, qui passèrent aux deux Chambres du Congrès. Cet ultimattim déclarait que les clauses de la Constitution prévoyaient pleinement les présents événements, qu'aucun changement ne devait y être apporté et enfin, qu'avant tout, les plus vigoureux efforts devaient être tentés pour préserver la paix, garantir les libertés publiques et exécuter les lois, sans s'arrêter aux nouvelles garanties demandées pour la protection d'intérêts particuliers, aux compromis partiels et aux exigences non motivées. Sous ces mots captieux il était facile de voir une résolution bien arrêtée non seulement de considérer les demandes du Sud comme déraisonnables et non avenues, mais aussi d'avoir recours aux moyens extrêmes pour le maintenir sous la férule congressionnelle.
Dans les deux Chambres du Congrès, des comités furent nommés peur aviser au moyen de régler les difficultés pendantes. Aucun d'eux ne put arriver à une décision satisfaisante ; les membres républicains de chaque comité rejetèrent toute proposition impliquant e droit de possession des esclaves ou recommandant la division des "Territoires entre les Etats à esclaves et les Etats libres, division qui aurait été marqué par une limite géographique conjointement choisie.
Le 18 décembre 1860, M. Crittenden, du Kentucky, avait soumis au Sénat une série de iDropositions contenant un plan de compromis. On pût espérer encore que ces propositions conduiraient à un arrangement ; pendant
plusieurs mois elles furent laborieusement discutées. Le moyen proposé par M. Crittenden était d'introduire dans la Constitution quelques modifications dont voici les principales :
lo. Au sud d'un certain parallèle de latitude, le Congrès ou les Législatures territoriales n'auront pas le pouvoir d'abolir ou de modifier l'esclavage, ni celui d'intervenir en aucun cas dans aucune question relfjtive à cette institution. 2o. Le Congrès n'aura pas le pouvoir d'abolir l'esclavage dans le^District de Columbia ;
3o. Ni dans les forts, arsenaux, chantiers ou autres endroits dont le Grouvernement Fédéral a la juridiction exclusive.
4o. Dans le cas de non arrestation d'un " esclave fugitif, " par ordre arbitraire d'un magistrat ou par l!eflfet de son autorité, la communauté dans les limites de laquelle ce refus d'arrestation aura eu lieu sera forcée de payer la valeur du dit fugitif à son propriétaire ; dos poursuites judiciaires peuvent êtres faites à cet effet.
Le rejet de ces tentatives de conciliation montrerait assez quels étaient les sentiments et les vœux du parti anti-esclavagiste, s'il était nécessaire d'en donner de nouvelles preuves. Au Sénat, tous les républicains rejetèrent le compromis ; à la Chambre, tous les représentants de ce parti votèrent pour la substitution des résolutions de M. Clarke, dont nous avons parlé plus haut, aux propositions de M. Crittenden.
Une série de propositions émises par M. Etheridge et moins favorables encore au Sud que celles de M. Crittenden, ne fut pas môme passée aux voix à la Chambre des Représentants, tandis qu'une résolution promettant au Président l'appui de la Chambre en cas de coercition contre les Etats sécédés, fut adoptée à une grande majorité.
Il est à remarquer que, de de tous ces compromis soumis -au Congrès pour préserver la paix du pays, aucun ne vint d'hommes du Nord ; tous furent proposés par des représentants du Sud et défait par ceux de la section adverse. Le " Compromis Crittenden " — fixant une limite géographique au-delà de laquelle l'esclavage pouvait être toléré, et non établi, dans les Territoires, —fut, comme nous avons vu, le fait dominant des négociations pacifiques. Il était considéré généralement comme une solution équitable ; les chefs les plus influents du mouvement sécessioniste tel que Toombs, de la Géorgie, et Jeft'erson Davis, le futur Président de Confédération du Sud, lui avaient donné leur adhésion. Dans les circonstances critiques où l'on se trouvait, ce compromis était la seule ancre de sauvetage de l'Union. Mais, malheureusement pour la paix du pays, le Nord la rejeta délibérément.
Pendant que le Congrès fermait l'oreille à toutes les propositions i)acifiques, au dehors les tentatives d'acoomodement se poursuivaient activement et étaient suivies par les populations avec une grande anxiété. L'action des Etats fut jnvoquéç, Pe3 ponînjissaires de vingt Etats,
j,»armi lesquels les Etats frontières à esclaves se trouvaient tous compris, s'assemblèrent à Washington, le 4 février, à la requête de la Législature de la Virginie, et y tinrent session jusqu'au 27. La plupart des délégués consentirent à accepter les foibles et rares garanties que leur accordait la proposition conciliatrice de M. Crittenden. Le résultat final de cette " Conférence de la Paix" fut la recommandation d'un projet qui, dans son engcmble, était moins favorable encore au Sud que le compromis Crittenden, et qui, comme ce compromis, adoptait une démarcation géographique entre les Territoises admettant l'esclavage et ceux qui repoussaient cette institution ; la clause relative aux esclaves fugitifs était également adoptée. A l'avenir, aucun Territoire ne pouvait plus être acquis par les Etats- Unis sans le concours matériel des Sénateurs des Etats du Sud et de ceux des Etats du Nord. Mais les propositions de la conférence ne furent pas même examinées sérieusement par le Congrès. Au Sénat, elles furent rejetées par un vote de vingt-huit contre sept ; aux Chambres, elles n'eurent pas même les honneurs du vote.
Il y avait, de la part des Etatà frontières esclavagistes, une détermination bien évidente d'éviter toute action décisive. Il est vrai que la Caroline du Nord et le Tennessee s'étaient opposés à la convocation d'une Convention d'Etat mais cette hésitation ne doit être attribuée qu'à l'espoir que l'on plaçait encore dans le succès des négociations pacifiques auxquelles ces Etats mêmes s'étaient prêtés. La Vir-. ginie, qui avait franchement encouragé tous les efforts faits dans le but de sauver l'Union, — puisque c'était à son instigation que la Conférence de la Paix s'était formée, — avait néanmoins convoqué une Convention d'Etat en janvier. Cette Convention s'assembla le 4 février ; la majorité des membres qui la composaient appartenaient au parti unioniste, et pendantquelque temps le Nord crut pouvoir se flatter de trouver un appui dans une assemblée dont l'action devait être si influente.
La Convention de la Virginie était d'abord sincèrement désireuse de tenter, par tous les moyens possibles, la reconstruction do l'Union, mais le parti sécessioniste de cette assemblée se renforça chaque jour, à mesure que se confirmait la résistance obstinéa que faisait le parti républicain noir du Congrès aux tentatives de pacification. Des délégués qui étaient entrés dans la Convention comme partisans de l'Union reçurent de leurs constituants des instructions contraires. Petersburg, Culpepper, Cumberland, Prince Edward, Botetourt, Wythe et nombre d'autres villes ou comtés insistèrent, dans les assemblées publiques, sur l'urgence d'une prompte séparation. L'attitude du gouvernement fédéral devenait de jour en jour plus menaçante et irritante. Une garnison avait été jetée dans le fort Washington, sur le Potomac ; on observa que les canons placés sur les parapets de la forteresse Monroc étaient pointés dans la direction de l'intérieur de l'Etat.
Mais quoique la Virginie, ait pu différer sa décision, dans
l'espoir que de nouvelles garanties constitutionnelles auraient calmé les esprits, son passé et ses sentiments lui fiiisaient un devoir de se ranger du côté du Sud et de ris'juer toutes les conséquences de la séparation, si des moyens coercitifs étaient employés pour ramener les Etats sécédés. Le gouvernement fédéral lui-même ne pouvait se méprendre à ces dispositions; en d'autres occasions, la Virginie avait affirmé les mômes sentiments. Les résolutions de 1798 et 1799, émises par M. Jefferson, étaient le symbole des Droits d'Etats et établissaient le pouvoir qu'avait chaque Etat, — ayant le libre exercice de ses prérogatives entravé par une législation fiscale injuste et inconstitutionnelle, — de juger de ces empiétements et d'aviser aux moyens de s'y soustraire. A chaque contestation entre l'autorité fédérale et les gouvernements d'Etats, la voix de la Virginie avait été la première à se faire entendre en faveur des derniers. En 1832-1833, le gouverneur de la Virginie, John Floyd l'aîné, avait déclaré que les troupes fédérales ne traverseraient pas le Potomac pour forcer la Caroline du Sud à se soumettre aux lois fiscales, sans passer sur son cadavre ; la majorité de la législature Virginienno avait reconnu le droit de sécession des Etats. Chaque fois que la question de l'esclavage avait été soulevée au Congrès et dans les Etats du Nord, la Virginie avait affirmé les mêmes principes, et ses annales parlementaires montraient qu'elle aurait résisté aux tentatives d'agression du Nord, même au prix des liens qui l'attachaient à l'Union. En 1848, elle avait décidé, en session législative qu'elle ne se soumettrait pas à l'adoption du proviso Wilmot ou de toute autre mesure semblable. Dès la formation du parti abolitioniste, le peuple virginien avait déclaré, d'un accord unanime, que l'élection d'un abolitioniste à la Présidence serait considérée comme une déclaration virtuelle d'hostilités contre le Sud. La Législature, qui s'était assemblée quelques semaines après l'élection de M. Lincoln, avait déclaré à l'unanimité, moins quatre voix, que les intérêts de la Virginie étaient identiques à ceux des autres Etats du Sud, et que toute proposition faite à l'effet de distraire l'Etat d'une alliance avec ses co-intéresscs, devait être considérée comme dénuée de raison et empreinte de trahison. En présence de faits si explicites et d'affirmations si formelles, il y aurait eu folie à supposer que la Virginie aurait hésité un instant à se séparer de l'Union quand la subjugation des autres Etats du Sud aurait été entreprise.
Comme on l'a vu, tout espoir de paix s'évanouissait peu à peu ; on ne pouvait plus compter ni sur le Congrès, ni sur l'action du peuple représenté par les autorités d'Etat. Le Pouvoir Exécutif, de son côté, semblait prendre à tâche de multiplier les complications et de pr-ovoquer les hostilités, au lieu de chercher à" calmer les passions ou même de se contenter d'une attitude complètement passive.
M. Buchanan adopta une politique faible, flottante et de mauvaise foi, qui ne réussit ni à concilier les sécessionistes
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES
ni à faire aucun effort viril qui eût pu sauver l'Union. Dans son message au Congrès, il avait dénoncé la sécession comme révolutionnaire et il niait au gouvernement fédéral le droit de "coercition;" encore ne fit-il, après beaucoup d'irrésolution, cpie des efforts insignifiants pour mettre le gouvernement en état de défense, dans l'éventualité d'une action violente de la part des Etats sécédés. Ce vieillard timide, cauteleux^, et défiant,, élevé à l'école de la politique égoïste, et n'ayant jamais ressenti la chaleur d'une émotion, chercha en vain à garder un juste milieu entre les deux partis et ne parvint qu'à compliquer les embarras et les difficultés de la situation et à s'attirer le mépris et les condamnations de chacun des dei\x partis entre lesquels il cherchait à égaliser ses faveurs.
Il est vrai que M. Buchanan fut sévèrement censuré par le' Nord pour n'avoir pas renforcé les garnison& des forts du Sud. Quand le général Scott, le 1-5 décembre ISGO, recommanda de mettre sur un pied effectif neuf des forteresses fédérales situées dans les Etats méridionaux, cinq compagnies fédérales seulement se trouvaient à sa portée. L'envoi de cette faible troupe^ût été interprété plutôt comme l'acte d'un homme qui désire se faire une réputation politique que celui ^'un général exécutant une manœuvre militaire. Quand, six semaines plus tard, le général Scott renouvela ses msistances, toutes les troupes disponibles étaient ces chiq compagnies régulières et six cents recrues, rassemblées depuis sa première recommandation. L'armée des Etats-Unis était aux plus lointaines frontières de l'Union, et il eût été impossible, en plein hiver, de la retirer à temps pour commencer les opérations militaires.
Mais quoique la décision prise par M. Buchanan d'empêcher l'envoi d'un millier d'hommes dans les nombreux forts des Etats à coton ainsi qu'à la forteresse Monroe, fut, dans une certaine mesure, justifiable aux yeux des partisans du Nord, — eu ce qu'elle s'opposait à un acte qui . n'eut été qu'une manifestation de faiblesse au lieu d'une mesure énergique, eu môme temps qu'une provocation dangereuse à l'adresse des Etats sécédés, — ce refus d'agir n'en était pas moins l'œuvre- d'une politique perfide et pour laquelle aucune justification ne peut prévaloir. M. Buchanan avait refusé de renforcer la garnison du fort Moultrie, dans le port de CharlDston,"par la raison que le parti sécessioniste eut été trop directement provoqué et qu'une telle mesure aurait contrarié les démarches qui se poursuivaient en ce moment pour arriver à une solution pacifique ; et, en même temps, il affirmait et garantissait de la manière la plus solennelle le maintien du sUiUt quo dans le havre de Charleston, à moins que la Caroline du Sud elle-même ne donna le signal des hostilités. Rien n'est plus clair et plus explicite que le langage dans lequel cette garantie fut donnée.
Voici le texte des instructions officielles envoyées le 11 décembre, au commandant du fort Moultrie :
" Vous êtes averti que le secrétaire de la guerre est anxieux d'éviter toute collision entre les troupes et le peuple des Etats ; sa détermination formelle est de suivre un plan qui lui permette de se garder de tout conflit dans les forts de la baie et dans la garnison fédérale. En conséquence, il s'est soigneusement abstenu d'envoj^er des renforts à Charleston, de prendre aucune mesure qui put accroître l'excitation de l'opinion publique; ou de faire aucune démarche qui puisse être interprétée comme un doute sur la confiance qu'il a que la Caroline du Sud ne cherchera pas à employer la violence pour prendre possession des forts ou intervenir dans leur occupation. L'exiguité de vos for ces ne vous permettra peut-être pas d'occuper plus d'un des trois forts, mais /n/c attaque ou une tentative de ].)rise de liosscsslon de Vun d'eux sera considérée comme un acte d^lOstdilé^ et vous pouvez, dans ce cas, vous retrancher dans celui des forts que vous jugerez le plus propre à effectuer une résistance."
La veille de l'envoi de ces instructions, la délégation de la Caroline du Sud avait eu une entrevue avec le Président ; l'objet de sa démarche était d'aviser, avec M. Buchanan, aux moyens d'éviter toute collision entre son Etat et l'autorité fédérale. Sur l'insistance de M. Buchanan, les délégués mirent par écrit leur proposition, qui était ainsi conçue :
" En réponse ù voti'e note d'hier, nous vous exprimons notre ferme conviction que ni les autorités constituées de la Caroline du Sud, ni aucune fraction du peuple de cet Etat n'attaquera ou ne molestera les forts des Etats-Unis dans le port de Charleston avant toute action de la Convention, jusqu'à ce qu'une proposition de négociation ne soit émise par un agent accrédité, en vue d'un arrangement amical sur toutes les matières en litige entre les gouvernements d'Etat et fédéral, pourvu que la garnison de ces forts ne soient pas augmentés, et cjue les ijosit'wns mlUtalres relatives restent strictement dans Vétat où elles se trouvent maintenant.'''
Nous avons vu comment ce statu quo fut violé par la con centration des troupes du major Anderson au fort Sumter, mouvement qui affermissait beaucoup sa position, plaçait la garnison fédérale dans une position que l'on considérait comme imprenable, et équivalait ainsi à une augmentation numérique de la gai'uison. La Caroline du Sud considéra, avec raison, cette mesure comme une déclaration d'hostilités. M. Buchanan fut sommé d'exécuter sa promesse et d'ordonner au major Anderson de réoccuper le fort Moultrie ; mais il refusa, malgré la parole donnée. En présence d'un tel manque de foi, le'secrétaire de la guerre, M. Floyd, de la Virginie, se retira du cabinet, indigné d'une telle déloyauté. Tel fut le premier acte de perfidie de M. Buchanan à la veille de la guerre.
Le second devait bientôt suivre. Après avoir refusé d'ordonner au major Anderson de reprendre possession de
Moultrie, le président Buchauau prit le parti d'envoyer des renforts au fort Sumter. Sous sa direction, le département de la guerre nolisa le steamer Star of ihe West, qui partit de New- York le 5 janvier 1861, ayant à bord deux cent cinquante soldats, des munitions et des approvisionnements. . On trouva un prétexte spécieux : on déclara que cette expédition n'avait pour but que de ravitailler une "garnison affamée." Quand le steamor apparut au large de Charleston, le 9 janvier, et entra dans le chenal du fort Sumter, une batterie de la pointe Cummings, sur l'île Morris, ouvrit le feu sur lui à longue portée ; n'osant pas affronter la canonnade, le Sta7- of ihe West reprit la mer à toute vapeur ; les soldats qui se trouvaient à bord furent subséquemment débarqués à leur premier campement sur l'Ile du Gouverneur.
Quand le résultat de cette expédition fut connu, M. Buchanan affecta sa surprise et son indignation de l'accueil fait, aux renforts fédéraux, et déclara que l'envoi de ce steamer avait été ordonné avec l'assentiment de son cabinet. BL Jacob Thompson, du Mississipi, qui jusque-là avait gardé son portefeuille, releva cette ijïiposture, dénonça le mouvement comme ayant été conçu dans l'ombre, et nonseulement en violation formelle de la parole donnée à la Caroline du Sud, mais aussi de la promesse à lui faite par le Président personnellement. Comme M. Floyd, il donna sa démission et se retira, plein d'indignatipn et de mépris.
L'administration de M. Buchanan se termina d'une manière aussi désastreuse pour le pays que déshonorante pour lui-même. Il se retira de la présidence après avoir envenimé la querelle entre le Nord et le Sud, l'avoir augmenté de nouvelles complications, et s'être rendu, par sa duplicité, l'objet de l'exécration des deux sections, stigmatisant ainsi l'histoire de son administration. Lorsque, le 4 mars 1863, M. Buchanan abandonna le fauteuil prési-
dentiel,'sept des Etats du Sud s'étaient retirés de l'Umon, avaient érige un nouveau gouvernement et s'étaient emparés des forteresses fédérales dans leurs limites, à l'exception des forts Sumter et Pickens. D'immenses approvisionnements militaires étaient tombés entre leurs mains ; leur puissance morale s'affermissait de jour en jour, et quoique déplorant sincèrement une guerre qui devait être " ruineuse à la civilisation," ils s'y étaient ouvertement et promptement'' préparés. Les tr upes de la Caroline du Sud s'étaient emparées du fort Mouitrie ot de Castle Pinckney ; celles de l'Alabama de l'arsenal de Mount Vernon, qui contenait vingt mille fusils ; le fort Pulaski, protégeant Savannah, avait été pris, ainsi que le fort Morgan dans la baie de Mobile ; les troupes de la Louisiane avaient saisi les forts Jackson, St-Philippe et Pike. En Floride, les forts Barrancas et McRae étaient au pouvoir des sécessionistes et le siège du fort Pickens commencé. L'arsenal de Baton-Rouge s'était rendu aux milices louisianaises ; la Monnaie et la Douane de la Nouvelle- Orléans étaient également saisies ; les troupes de l'Arkansas s'étaient emparées de l'arsenal de Little Rock, et, le 18 février, le général Twiggs avait transféré aux autorités de l'Etat du Texas tous les postes militaires et les propriétés publiques situés dans les limites de son commandement.
Ohose assez remarquable, tous ces grands événements s'étaient accomplis sans qu'une goutte de sang eût été versée ; sans qu'on ait eu à déplorer le sacrifice d'une seule existence humaine. Ce fut cette circonstance qui, pendant quelque temps, empêcha de croire à la réalité de la guerre, mais bientôt le doute ne fut plus permià ; l'agitation croissait à chaque instant des deux côtés et on attendait avec anxiété le premier acte d'hostilit^.
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