BATAILLE DE MANSFIELD
Tia Rivièie Rouge est un courant étroit, et tortueux ; à l'é[)oqne de l'expédition en question, les eaiLX en étaient très basses. Alexandrie, est située à cent soixante milles audessous de ShreN'eport, sous les chûtes qui obstruent le chenal et en em[ièchent la navigation pendant les eaux basses. Sur la, route de Shreveport à Alexandrie, à quarante milles de cette dernière place, se trouve un ])etit village du nom de Mansfield, comptant cinq C(Mits hal)itants. A vingt milles de Mansfield, sur même route, est le village de Pleasant Hill, et à vingt milles plus loin, le Riun'r's Tjauding sur la Rivière Rougv. Plus loin encore, à (jnaiante milles au-dessus d'Alexandrie, sui' la Vieille Rivièi'e, qui à l'époque où les eaux sont hautes conimunique avec la Rivièie Rouge, se trouve Natchitoclîe.s, la ])]\].-^ aneiemie ville de la Riviè;-e Ronge. Ce fut 1à qu'eut lieu la conférence entre A^ai'on Bui'r et le général ITarnilton., quand le ])rpnder eut l'idée de chasser les Espagnols et de s'cmpai'er du ])Ouvoir en Louisiane et au Mexique.
Le général Smith avait résolu de s'arrêter entre Mansfield et Shreveport ; il comptait concentrer son armée entre ces deux points, espérant que la supéi'iorité morale de ses hommes compenserait la force nmnérique de l'ennemi. En cas d'insuccès, le général Sniitli de\-ait retraiter sur Shreveport et se i-etrancher dans les fortifications de cette place. Le 8 avril au matin, le général Taylor avec son corps d'armée que les renfoi-ts avaient élevé au chifitVe de quinze mille hommes, avait fait halte à deux milles de Mansfield, résolu à se mesurer avec l'ennemi. L'infiinterie de l'Arkansas et du Missouri, organisée en deux divisions, les Missouriens du général Parsons et les régiments de l'Arkansas du général Tappan, - le tout sous le commandement général du brigadier-général Churchill, — étaient à Keachi, village situé à vingt milles de Mansfield. Churchill avait ordre de marcher en avant jusqu'à ce qu'il eut fait sa jonction avec Taylor. En conséquence, son corps d'armée s'avança vers Mansfield, à vingt milles de là, et arriva dans cette place dans la soirée.
Le général Banks faisait avancer son aruiée par brigades, chacune d'elles à la distance de un à trois milles, et chaque brigade accompagnée de ses wagons; — ordre de marche généralement adopté par les armées fédérales. — Le terrain avait été choisi par le général Taylor pour donner un grand avantage à la défense. Le général confédéré espérait bien que les force;; dt- Banks, ;\ peine arrivées, commenceraient
cette |)l,:nra.tion. Le terrain traversé par ce chemiii est plus rle\e (lue le reste et forme une série de collines. Ijc général Tavloi', en ret-raitant, traversa la clairière et s(i posta sur le côté ouest. L'avant-ga.rde de Banks ayant remarqué (^ue les Confédérés avaient tait halte, s'arrêta également. Chacun des deux partis paraissait désirer l'attaque de son adversaire, et plusieurs lieures se passèrent dans l'inactivité. Vers quatre heures du soir, Taylor devenant impatient, et voulant prendre définitivement ses campements, résolut de faire reculer l'avant-garde ennemie. Il envoya donc un bataillon de tirailleurs. A peine ce bataillon eut-il traversé la moitié du champ que l'ennemi envoya, un régiment de cavalerie pour le couper. Taylor, pour siiuvei' les tirailleurs, lança de son côté un nouveau régiment à leur secours. L'ennemi mit aussitôt une brigade entière en bataille. A son tour, la brigade Louisianaise reçut ordre de charger, et en peu d'instants l'action devint générale.
Les ti'oupes de la Ijouisiane s'avancèrent vaillamment, d'un })as ra})ide et traversèrent un demi-mille du terrain découvert sous un feîi terrible d'artillerie et de mousqueterie, elles ne s'ariêtèrent pas (qu'elles n'eussent repoussé l'ennemi, rompu ht ligne de la ijromière brigade et fait à peu pi'ès toute la brigade fédérale prisonnière. La seconde ligne de l'ennemi subit le même sort. Dans cette ligne, un des régiments fédéraux demanda quartier, et cessa le feu ; le général Mouton cou)'ut alors vers le régiment pour recevoir sa reddition ; mais plusieurs coups de feu furent dirigés sur lui ; il tomba frappé de plusieurs balles. Furieux d'une aussi lâche traliison, les Louisianais firent pleuvoir sur ce régiment d'effroyables volées de mousqueterie, le mirent en pièces et en tuèrent ou blessèrent presque chaque homme. Il était nuit quand le combat cessa ; l'ennemi était repoussé ; les deux ailes de son armée étaient enveloppées ; il avait perdu huit cents hommes, tant tués c|ue blessés, plusieurs milliers de soldats faits prisonniers, cent cinquante wagons, dix-huit pièces d'artillerie., et cinq ou six mille petites armes.
Le lendemain, à deux heures du matin, le corps de Churchill, qui n'avait pas pris iràvt à l'action de la nuit précédente, reçut ordre de marcher en avant et de se mettre à la ]>oursuite de l'ennemi, qui fut bientôt découvert en pleine retraite. Un détachement de cavalerie lancé en avant enlevait à chaque instant des traînards ; un millier d'hommes furent faits prisonniejs de cette manière. Cette scène de déroute était vraiment [)ittorcsque ; les "zouaves" avec leurs larges pantalons, leurs vestes lâches, leurs turbans rouges, déchirés et sales, courbant sous le poids des dépouilles qu'ils avaient enlevées depuis leur départ de la Nouvelle
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES
Orléans, présentaient un singulier s[)octacle. Ils marchaient par escouades de ciui], dix. quinze, suivis génôralernent d'un cavalier texien jiortant un jjanlalon en lambeaux, un large chapeau, d'immenses éperons, une longue carabine Enfield, et monté sur une mule espagnole ou sur un "mustang"' des 2)rairies. »Sur toute la route depuis le champ de bataille jusqu'à quelques milles de Pleasant Hill, les Con-
Le guide connaissait bien le pays et avait comjiris le i)lan de Taylor, (juoicjue le commandant en chef eut commis une erreur en donnant ses instructions. Chuchill arrivé au point ie plus élevé du terrain découvert, tourna vers la droite, s'avançant siir une ligne parallèle au grand chemin, à trois quarts de mille de distance. Les Fédéraux s'étaient établis en tiTivers du chemin, dans le fourré, et avait formé devant
fédérés ne rencontraient que des wagons abandonnés, les ; eux des ;imas de troncs d'arbres de plusieurs pieds de hauteur.
uns brûlés, les autres renversés ; des ambulances, des cais- Ils avaient aussi formé deux lignes sur le flanc gauche de
cette première, ainsi .ju'à la droite, et })arallèles au chemin principal. Elles étaient établies dans les d(Mix j'avins t;()U-
sons, des caisses de munitions, des boites de médicaments, des soldats et des chevaux étendus pêle-mêle, au milieu des
fusils brisés et abandonnés. Quelques wagons étaient char- irant à tiavers le terrain découvert, leur gauche s'a])[iuyait gés de faux, sans doute [)our cou[)er les récoltes de froment du Texas, et beaucoup renfeimaient une fuule d'ustensiles
sur le point le plus élevé du Iburré. Leur ligne de léserve était formée au-delà du village ; la droite s';i]>])uyant sur de tous génies volés aux habitants par les Fédéi-aux lois de i le grand chemin, la gauche s'étendant jusque près dn colleur passage.
BATAILLE DE l'LEASANT IlILL.
légc.
Arrivés à trois milles de Pleasant Hill, les Coniédèrés
Une batterie avait été établie sur le chemin, à l'exiiémité ouest du village; une autre, sur un terrain élevé juès du collège. Les forces de l'eumiemi étaient de la sorte admirablement postées })our repousser luie attaque ci jionr prentlre^
a])2jrirent c^ue l'ennemi s'y était arrêté. L'avani-garde lit j avantage d'un succès éventuel. De foites lignes de tirallhalte pour se reposer et donner au corj)s principal le temps leurs couvraient fort bien leur [)ositioii et les Confédérés d(î se réunir à elle. Un conseil de guerre fat tenu ])ar Taylor, avaient à s'avancer en masse et en bata.ille j)our découvrir
lequel pensait voir rennemi reprendre sa î-etraite ans <|u"il verrait nos forces se déployer devant lui.
la position de l'ennemi.
Le général Walker s'était porté le long ilu chenu'n e
Comme nous l'avons déjà dit, à travei's de Pleasant Hill j avait rencontré tant de résista,nee de la pari des tirailleurs court le grand chemin conduisant à Alexandiie. Au sud- j que Churchill s'imagina ([u'il avait découvert l'ennemi et ouest du village était un vaste teri'aiu découvei't (pie sillon- | qu'il était siu' ses derrières. Il s(! pcrta donc cîi toute hâte nent trois profonds ravins. Au sud-est s'élève le bâtiment j dans la direction du iéu.. Dans le même nioiiK.Mit Walker du collège. ayant repoussé les tirailleurs avait dècousci 1 la gios de
A partir du [loint où les Confédérés avaient fa/it halte, un chemin se détourne de la route piincijjale et jîénètre clans les terrains découvei-ts derrière le village, du coté du sud-ouest. Avant d'entrer dans ces terrains, un chemin nouveau se détache du premier, fait encore un plus grand détour vers le sud et tombe derrière le colléjfe. Tavloi-. sunposant que l'ennemi s'était formé sui- la grande route, lit marclier en avant la division texiennc de Walker, avec la cavalerie en réserve, plus l'infanteiie lousianaise jiour appuyer la première. Ces troupes devaient toutes s'avancer sur la route, atta(]uer l'ennemi et le chasser de\'ant elles. Cliurcliill et ses lioinmes avaient oj'dre de suivre le chemin (j^ui tourne le village et de {)rendre l'ennemi en flanc.
Taylor ignorait que ce chemin rentrait dans le village du
l'ennemi caché dans le fourré et derrière les j)a,lissades ; il avait immédiatement commandé luie charge. ]\Iais les ]),'ilissades étaient i!n})énétrables, et rennemi se trouvait à couvert dans une position d'où il n'était ])as facile de le chassei. En avant de lui, à une distance de deux cents pas, les arbi'cs étaient emj>ortés par les décharges incessantes de l'ennemi, comme s'ils avaient été couj^és à quatre })ieds du sol |»ar la faux. Churchill arrivant en toute hâte, se jeta sur la première ligne de l'ennemi, })('Stée dans le ravin, et l'attaqua avec une vigueur incroyaljle. Les lioupes tiaversèrent cette première ligne, l'cnversant tout, saiis s'aiTèter à faire des pi-isonnievs en criant simplement aux Fédéraux eifrayés de se rejeter en arrière. En ])eu d'instant la seconde ligne de l'ennemi fut mise en fuite, et Chui-chill arriva à
côté sud-ouest; il pensait au contraire qu'il y ixMiirait au l'endroit où AValker faisait son atta(pie une ch.arge tombisud-est près du collège. Il négligea donc de prévenir Chur- 1 'i*^'*^ '^^"^ deux généraux délogea l'enn^Mni d' sa position et chill de ne pas s'y engager troj) vite. L'ai'mée marcha dans ^<" rejeta dans les ravins.
l'ordre indiqué, Churchill s'avançant, conduit par un guide. Les honuiies de Walker et de Churehill étaient alors Arrivé à l'endroit où le second chemin se détache du nre- mêlés et une certaine confusion réunait dans h urs ran"'s. mier vers la droite, le guide voulut, d'après les infention.s Le colonel 13urns, conunandant la deuxième laigade d'inqu'il supposait à Taylor, l'engager dans -n nouveau ciiemin fanlerie du Missouri, pai'vint à y rétablir l'ordre; soupour aj;i-'iver au collège. Chu.rcliiii rcj:ii.;j^j,,!, que le général :tenu par les autres corj>s, il s'avanç.a pa>' le flanc droit jusqu'à
'l c<'nnme le Ce (|u'il eut atti'int l'inuiemi poiir l'atlaquei- dans sa nouelle i)Osilion. Peu d'insfanis aa)rès les Fcdr'raux liât talent