U. DAHLGREN
"colonel commandant."
On pourrait sujiposer que les autorités de Richmond se sont empres.sées d'user vigoureusement de l'eprésailles et de réjiondre par l'application de la peine du talion à ces tentatives incendiaires, et qu'elles ont traité les prisonniers faits sur cette expédition avec toute la sévérité que de tels actes justifiaient,- mais il n'en fut rien. Le président Davis était d'une faiblesse ridicule au sujet de toute action vigoureuse ; jamais Tcxécution d'un prisonnier fédéral n'avait répondu aux meurtres innombrables commis par Tennemi ; jamais un acte formel de représaille.s n'avait été ordonné par l'administration confédérée, et elle se contontH
meiit rendu coupable' d'un des pbis grands crimes de la guerre. " Ulric Dahlgren, le jeune héros du Nord," s'écrièrent-ils à l'envi, " a été assassiné sur h; chemin de la gloire."
L'autlienticité des " ()a]iiers de Dahlgren," — dont le plus im[>ortant était le dociunent cité }»lus haut, — n'est plus une ({uestion douteuse pour les hommes impartiaux et intelligents. Mais pour étaldir cette authenticité d'une manière plus formelle, ikjus relatons ici lu vi-rsion d'un témoin important.
RA Pi^.)Rl' DE EDVfARD W. IIALBACLI
Air .SUJET DEfc) PAPIEIIH TROUVÉS SUR DAHLCIREN.
'• Fendant l'ete de lHii'S, j'habitais Stevcnsville, dans le comte de King et Queen (Virginie). J'avais été exempté du service militaire en raison de la faiblesse de 'na santé et comme de maître d'école ajant le nombre d'elevcs requis. Mais croyant (ju'il était do mon devoir de m'opposer autant qu'il était possible au.x incursions de l'ennemi, je njc déterminai a organiser une compagnie formée de mes élevés do l'âge de treize h dix-sept ans. Ma commission et les papiers qui sont en ma possession établissent que' cette compagnie a été organisée et acceptée j)ai- le Président pour la "défense locale." C'est un membre de cette compagnie, âge de treize ans, et du nom de ^Viliiam Littlepage, ([ui captura les fameux " papiers de Dahlgren."
" Littlepage et uioi-meme étions a Hteveiisvil'e, quand les "rangers" passèrent'dans cette place pour se rendre au point choisi pour leur embuscade. Détermines a prendre part a l'atf.i.ire, nous partîmes tous deux à pied, et nous arrivâmes iui rendez-vous au conunencenicnt de la nuit. Les Yankees arrivèrent a leur tour quelques heures après ; on tira sur eux. înimédiatement après cette premiéi'o décharge, ([uand il était encore douteux si l'ennemi aurait a.«sez de courage pour s'avancer encore, Littlepage courut sur le chemin et trouvant le cadavi'c d'un " Yanlcee," il s'cniprcs.sa de fouiller dans ses poches, et de voir si l'individu tue no possédait pas une montre. L'enfant voulait absolument une montre ((ueleonque, et comme les Yiuikees m'avaient pris la mienne quelque temps auparavant, il se croyait sans doute en droit d'en dérober nue à un " Yankee mort," bien (pie moi, sou professeur, j'eusse blâmé fout sentiment de ce genre chez mes élèves, Littlej-age négligea de regarder dans les poches de l'habit et ne trouva point ce qu'il désirait; la montre,— car il y en avait une, — fut enlevée ])Ius tard par le lieutenant Hart. Mais en vidant les poches de l'intérieur des \-etementt;, Litt'epagc trouva un porte-cigares et une boite contenant des papi^'rs.
'' Quand les Yankees furent chassés et mis en déroute par la soudaineté de notre attaque et par l'obscurité, un lieutenant confédéré, que l'eunemi avait fait prisonnier à Frederick Tîall, saisit cette occasion et parvint -à s'échapper. II se joignit ù nous.
" En ce moment, nous pouvions enten(h'e le galop rapide de la cavalerie
^nncmie et uous nous arraugeâiiies aussitôt pour euipèclicr sa retraite. Nous résolûmes de descendre le chemin dans la direction de King and Queen Court House et de le Ijarricader.
•■ Mais, comme je l'ai dit plus haut, Littlepagc et moi n'avions pas de chevaux et nous ne pouvions suivre les cavaliers ; on décida de laisser à notre charge les prisonniers déjà capturés. Cependant, dans la confusion du départ, tous les prisonniers furent amenés à l'exception de l'individu qui se disait lui-même oOicier confédéré capturé par les cavaliers de Dahlgren, — ce qui, eu eflet était vrai. — Mais les circonstances m'obligeaient h le traiter connue ennemi jusqu'à la constatation parfaite de son identité.
'■ .\.\ant atteint un endroit sûr, et croyant qu'il serait imprudent, vu notre petit nomhre, de suivre les chemins i»ublics (car nous ne savions combien il y avait de Yankees, ni le chemin qu'ils avaient suivi), je me décidai à passer le reste de la nuit à l'entrée du bois voisin. Notre petite trou[)e S3 composait de Littlepage, du lieutenant inconnu, de quelques gentlemen du comté de King and (^ueen. et de moi-même. Nous nous arrêtâmes à peu près un quart de mille de la lisière du bois.
■' Jusque là, nous n'avions aucune information au sujet du l'ang et du nom de l'officier commandant l'expédition fédérale, et en réalité, nous n'éprouvions aucune curiosité à ce sujet ; tout ce que nous desirions était lie punir les maraudeurs avec la plus grande sévérité. Nous savions qu'oui humme avait été (ué, mais nous ignorions qui il était. Nous nous disposâmes à passer la nuit sans faire du feu, pour ne pas éveiller l'attention de 1 ennemi. Liitlepagc raconta alors qu'il avait trouvé des papiers et un porte-cigares sur le corps du Yankee tué, et remarqua que ce dernier avait une jambe de bois. D'après ces renseignements, le lieutenant qui nous accompagnait soupçonna que le cadavre était celui de Dahlgren ; Littlepage nous remit l.\s })apiers, que l'obscurité nous empêcha d'examiner. Nous en ajournâmes la lecture au lendemain matin.
" 11 nous fut di>nc impossible de prendre connaissance des papiers avant le jour ; nous les lûmes le matin et nous trouvâmes qu'ils contenaient rliuqae ligne cl citoijue mot tels que l'ont copies les journaux de Kichmond. Le nom de Dahlgren se trouvait au bas de plusieurs de ces papiers, et l'on pouvait voir que tous ces documents avaient été écrits à la hâte.
"Les papiers ainsi trouves furent gardes par moi jusqu'au lendemain à deux heures de l'après-midi, quand notre petite troupe rencontra le lieutenant Pollard qui, en ce niouieiil, ne savait absolument rieu de cette décou-
verte. Sur sa demande, je lui laissai lire ces papiers ; puis, il me demanda à les lui confier pour les porter, disait-il, à Richniond. Je refusai d'abord, pensant que je ])0urrai les remettre moi-même aussi bien qu'aucun autre, mais je cédai, quoiqu'à regret, aux insistances de mes amis, qui me conseillèrent de remettre ces papiers au lieutenant Pollard, celui-ci pouvant les porter immédiatement a Richmond, tandis que je devais attendre le départ de la malle semi-hebdomadaire pour les envoyer. Ces papiers furent donc remis par l'entremise du lieutenant Pollard au gouvernement confédéré et. je le dis de nouveau, copiés exude/neiil par les journaux de Richmond.
" Mille et une faus-etes ont été racontées à propos de cette afl'aire, tant par nos propres liounues que par les Yankees. Quelques-uns des nôtres, mus par un sentiment d'andjilion égoïste, ont voulu s'attribuer exclusivement tout le mérite de la capture,- quand, en realité, cet honneur ne peut être attribue à personne en particulier, mais collectivement à toute noire petite troupe, composée d'un singulier mélange de recrues, de vieux feiMuiers, de prêtres, d'cnflints, etc. Je eroi^ que chacun a fait son devoir dans cette occasion.
" L'ennemi a nié l'authenticité des papiers de Dali'gren. Il est
facile de prouver la fausseté et l'absurdité d'une telle dénégation :
1. Les papiers ont été pris par Littlepage sur la personne d'un inconnu. Littlepage ne savait pas écrire et n'a 3onc pas pu faire un faux,
2. Les papiers me furent remis immédiatement après leur eanture, eu présence de personnes dont on ne peut mettre en doute la véracité et l'Iiounêteté, et devant lesquelles je puis prouver que je n'ai pas altère la teneur de ces documents. Ces messieurs étaient avec moi quand je reçus U .s papier5 et quand je les remis au lieutenant Pollard.
3. Si le lieutenant Pollard avait fait des chaugements ;\ ces ]ia|)icrs, les personnes qui les ont lus avant qu'ils ne les lui fussent remis, se seraient infailliblement aperçus de ces changements en lisant la copie des (l')eumeut,s dans les journaux de Richmond, mais toutes convinrent qu'ils nvnient eie fidèlement copies. En résumé, aucun témoignage humain ne peut cl.iblir une
'vérité plus évidente que cellede l'authenticité des lettres dont l'.uiteur clail I le colonel Dahlgren
1 " Je n'ai i)as donné toutes ces informations auparavant, [larce (pie
! j'espérais (|ue d'autres le feraient, mais je crois (pi'il est aujourd'hui de mon devoir d'apporter mon témoignage. "
GIIANJDE CAMPAGNE DE 1864.-SÎTÏÏATION POLITIQUE-EATAILLES NESS.-OPEEATIONS DE BUTLER AU SUD I)E EICHMOND.-CAl