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DE LA SHENANDOAH ET DE LA KANAWHA

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Il est assez remarquable (iue lïnaugaratiou do la grande campagne de printemps de iSfU donna aux deux belligérants la confiance que cette année verrait la fin des hostilités; tandis qu'à Washington l'opim'on prévalait que les opérations prochaines rétabliraient définitivement l'Union, on assurait à Richmond que la campagne qui s'ouvrait avait plus de chances de consacrer et d'établir à jamais l'indépendance dn Sud que toutes les opérations défensives qui l'avaient précédée. Ces deux opinions, quoique diamétralement opposées, pouvaient être également sincères et conçues avec intelligence; quelques explications démontreront pourquoi les uns et les autres étaient fondés à juger d'une manière aussi tranchée le résultat des opérations de 1S()4. Le Nord se Ijasait sur l'immense accumulation d'hommes et de matériel qu'il avait réunie, pour faire de la quatrième année de la guerre une période critique et décisive. Le Sud était, dans une certaine mesure, encouragé par la série de succès que ses armes avait remportée dans les premiers mois de l'année ; toutefois, l'encouragement donné par ces premiers événements n'était qu'un élément secondaire dans l'assurance qu'il manifestait que la campagne de 1S64 aurait un résultat heureux. Le Sud avait des motifs particuliers d'espoir et d'encouragement.

En dépit du peu d'appui erléctif ((ue la cause confédérée trouva dans le parti démocratique du Nord et malgré les pertes qu'éprouva ce dernier dan les élections de J S63, on

observa, pendant le printemps de 1SG4, que ce corps politique commençait à s'éloigner du parti de la guerre et a formuler une profession de foi pacifique pour la prochaine élection présidentielle. Cette élection importante donnait au Sud un nouvel espoir. Il était évident qu'il existait au Nord des symptômes sérieux d'inq^atience et de mécontentement au sujet de la prolongation de la guerre; et il était pro)»able ([ue si le Sud [touvait maintenir le statu qiio une année de plus, et mettre ainsi le Nord en demeure de recommencer indéfiniment ses préparatifs de conquête, — l'administration alors au pouvoir perdrait la confiance du peuple ; le parti démocratique, par contre coup, arriverait au pouvoir, et le peuple du Nord se résignerait enfin à traiter avec les Confédérés sur la base d'un traité d'alliance, ou d'une ligue étroite, ou de tout autre terme moins absolu que celui du rétablissement de l'Union. A Richmond on disait avec raison que l'impatience du Nord au sujet d'un résultat décisif était telle, qu'il suffirait au peuple du Sud de faire preuve de patience et de persévérance pour conquérir son autonomie. Sans remporter une seule victoire sur le champ de bataille, par la seule force de sa résistance et de son succès négatif pendant la campagne qui s'ouvrait, le Sud pouvait atteindre son but; le parti démocratique du Nord devenait assez fort pour renverser l'administration de Washington et ouvrir des négociations avec Richmond sur le pied de puissance à puissance.

LA CAUSE PEKDUE

Cette idée avait pris tant de consistance dans la capitale confédérée <jue le président Davis, au muaient nu^ne où l'armée fédérale inaugurait la grande campagne de 18G4, organisa une mission ayant pour objet d'entrer en communications avec le parti démocratique <\i\ Nord et de commencer toute négociation possible avec une organisation politique quelconque du Nord, pendant que la résistance à main armée continuait. Les coamiissaires choisis pour diriger cette intrigue furent: IMM. Thompson, du Mississipi, Holcombe, de la Virginie et Clay, de l'Alabama; ils devaient se rendre sur un point ((uelconque de la frontière canadienne et s'autoriser de tous les avantages que pouvaient leur offrir les événements militaires de la campagne. Les trois commissaires forcèrent le blocus dans la nuit du jour même où le premier coup de canon de la o-rande prise d'armes de 1SG4 tonnait sur la rive du Eapidan.

Ce fut sur les bords de cette rivière que le drame san- '-•lant de cette aaierre d'extermination allait recommencer; le o-énéral Lee y avait pris ses quartiers d'hiver. Du côté des Fédéraux un nouvel acteur allait paraître sur cette grande scène; le général Ulysse S, Grant, que ses succès dans l'Ouest avaient rendu célèbre, venait d'être nommé lieutenant-général et commandant en chef des armées fédérales et il se préparait à répondre aux espérances que ses admirateurs plaçaient en lui par une nouvelle tentative sur la capitale confédérée. Les journaux de Richraond appréciaient Grrant comme " un homme d'une énergie et d'une habilité beaucoup plus grandes qu'aucun des généraux ayant jamais commandé l'armée du Potomac;" mais, disaient-ils '-ses manœuvres ne pouvaient, en aucune manière, entrer en comparaison avec celles du général Lee." La popularité du nouveau commandant fédéral est un des plus curieux sujets d'étude qu'ait oftert la guerre du Sud. Qu'un homme d'une capacité ordinaire, sans génie, sans fortune et sans influence politique ait pu arriver au poste éminent de commandant en chef de toutes les armées fédérales et eut conquis la première place entre tous les personnages mis en relief, du côté du Nord, par les événements de la guerre, — c'est là un véritable phénomène Cjui serait inexplicable partout ailleurs que chez la population grossière du Nord. Le nom du général Grant était accouplé au mot de succès, et cette circonstance seule, sans la moindre appréciation du mérite de ses subordonnés, sans cpi'il ait manifesté aucun trait cpii ait révélé le génie ou le talent, suffit pour le désigner désormais comme l'objet de l'admiration du public du Nord. Il importait peu que Grant n'eut pris le fort Donelson (jue par l'écrasante supériorité du nombre et qu'il n'eut réussi à Vicksbuig cpi'en raison de l'incapacité notoire du commandant confédéré et par la pression de quatre-vingt mille hommes contre vingt mille soldats exténués, — le Nord ne s'en préocuppait point et exaltait son idole sans considérer les

causes (pii avaient décidé des événements "glorieux" de la vie de Grant.

Exemjjle curieux de l'équité du jugement populaire ! Pendant que Grant arrivait ainsi au pouvoir et à la célébrité, l'homme qui l'avait sauvé à Perryville et à Shiloh, l'homme dont l'héroïsme et le génie avaient pallié les conséquences de sa stupidité, languissait dans l'obscurité. Cet homme éttiit le général Buell. Cet officier, qui avait tant contril)ué aux succès dont la gloire rejaillissait sur Grant, et dont les savantes manœuvres avait lait plus pour remettie la vallée du i.Iississipi aux mains des Fédéraux qu'aucun autre général du Nord, se trouvait maintenant la victime des cabables politiques. Quand l'exaltation de la haine avait porté le Nord à poitsser les commandants d'armées à des mesures incendiaires, Buell, avec une fermeté rare et plus admirable encore que celle qti'il déployait sur le champ de bataille, voulait persister à poursuivre la guerre d'après les principes de l'humanité, mais cette noble modération lui valut le mécontentement et le désaveu de la faction qui contrôlait le gouvernement de Washington. Les Eadicaux voulaient une guerre d'extermination, tandis que Buell, avec la sagacité d'un homme d'Etat émérite, optait pour les moyens propres à concilier le bon vouloir des populations du Sud, tout en abattant sa résistance matérielle par des opérations militaires énergiques. Mais son système était trop délicat pour être compris et trop libéral pour être accepté par le tempérament vindicatif du parti dominant du Nord. Buell se vit forcé d'abandorarer le commandement.de la superbe armée qu'il avait organisée et de quitter un poste qu'il aurait peut-être illustré par de spendides faits d'armes.

Heureusement, — et c'est là une grande consolation, — le verdict de l'histoire diffère des appréciations d'une po}»ulace passionnée ou d'une faction politique. Le général Grant sera j)lus tard jugé selon ses mérites réels, et assigné à la place à laquelle il a droit. Personne, il est vrai, ne peut lui nier de bonnes qualités privées et une conduite irréprochable ; on ne lui contestera pas cette obstination rirde qiri est le caractère pro])re des hommes de l'Ouest, mais on reconnaîtra qu'il ne possédait pas une étincelle de génie militaire. Pour lui, la guerre n'était que le déploiement de la force physique ; la science stratégique n'existait pa,s et tout résultat s'obtenait par l'écrasement. Cette intuition prompte qui décide parfois d'un succès, en se traduisant par un choc imprévu, lui était totalement inconnue; son plan de bataille à lui se résumait par une addition des chiffres opposés. Tel était l'homme qui disj)osait de toutes les ressources matérielles du Nord et qui allait jDCser de toute la force du nombre sur la petite armée confédérée et contrebalancer 1 habileté consommée du général Lee. Grant, le génie militaire de la guerre, avait une idée si basse delà grandeur du conflit, ime conception si erronée du côté intellectuel et élevé de la guerre, qu'il se proposait d'en décider la fortune, par une simple concurrence de carnage et un sacriâce im-

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

mense d'êtres liumains. Son plan (.ropéiatimis, comme il le hommes au eommeiicemeiit de la campagne. Le S mni, la, •décrivit lui-même plus tard, était "d'attaquer conlinuelle- 1 force totale de celui de A. P. Hill était de moins de treize ment les forces et les ressources de l'ennemi ins(ju"au mo- 'mille hommes, et dans les premiei'S jours de ce mois, avant înent où celui-ci, léduit à néant par cette pression conti- j les batailles, il ne pouA'ait compter plus de dix-luiit mille naelle, ne verrait plus d'autre alternative qu'une soumission jhonnnes. Le corps d'armée de Longstreet eut été le plus -à la Constitution et aux lois du pays, sur un pied d'égalité feible des trois si toutes les divisions ([ui le composaient avec la section ix'stée loyale." eussent été présentes ; les deux divisions qu'il avait en ce

A Washington, le gouvernement faisait les préparatifs i moment étaient celles (pii avaient, l'iiiver précédent, fait les plus formidables pour mener à bien la compagne du | la campagne si rigoureuse du Tennessee oriental ; leur ef-

printemps de 1864. Dans tous les bureaux du département •de la guerre, on s'occupa dé réunir une immense quantité

fectif total n'excédait pas liuit mille hommes. Ainsi, toute l'infanterie réunie de Lee ne dépassait pas quarante mille

d'approvisionnements de toutes sortes, pour parer à toute combattants, si toutefois elle atteignait ce cliitlre. Les di

éventualité ; ces dispositions furent basées sur un clnffi'e d'un million d'hommes armés. Les différents Etats appe-

visions de cavalerie étaient ti'ès réduites, et la plupart d'entre elles n'étaient en réalité que de fortes brigades.

lèrent de nouveaux volontaires sous les armes ; une seconde j L'artillerie était dans la propoi'tion des autres armes, et loi de conscription fut adoptée et mise à exécution dans : loin d'être égale à celle de Grant, non-seulement comme tous les Etats du Nord ; d'immenses accumulations d'armes, | nombre d'hommes et de canons, mais aussi comme calibre de munitions, de vêtements, de vivres, de médicaments et des pièces et surtout connne qualité des mimitions. La

de fourrage fui-ent rassemblées, jjuis dissiminées dans les dépôts avoisinant les charges d'opérations ; On prépara aussi les vfagons, les rails de chemin de fer, les clievaux, les inulets, les locomotives, les ponts de bateaux, les fils télégraphiques et tout le matériel [de transport et de communication nécessaire aux grandes aimées. Le Congrès, avec une prodigalité sans bornes, vota tous les subsides nécess;iires pour le recrutement, le paiement et l'enti-etien des trou[)es ■en campagne.

Le lieutenant a-énéral Grant assuma le ci'inmandement

force totale dont disposait le général Lee au commencement de la campagne ne dépassait donc pas cinquante mille hommes; il n'existait plus de moyen de recrutement, et l'armée de hi ^''rginie ne put recevoir de renforts avant le 23 mai.

Le peuple (le la. Confédération n'était que peu afî'ecté par cette terrible disproportion de forces, mais le général Lee éprouvait une inquiétude sérieuse en contemplant la faible ligne (pii défendait Richmond contre la formidable

armée ennemie. Il fixa un jour du mois d'avril comme "jour des armées des Etats Unis le 17 Mars 1864. Les armées d'humiliation et de prières." Toutes corvées militaires, à

fédérales opérant alors en Virginie étaient ainsi distribuées : Armée du Potoraac, commandée parle major général Meade quartier général sur la rive nord du Eapidan ; Xeuvième Corps, sous le major général Burnside, et Armée du James sous le major général Buttler. Le 9ème corps était une organisation distincte au commencement de la campagne mais le 24 mai 1864, on le fondit dans l'armée du James, dont le quartier général était la forteresse Monroe. Le quartier général de l'armée de la Shenandoali, commandée par le général Sigel, était à Winchester.

La force efiective de l'ennemi sur la ligne du Rapidan, y compris le Neuvième Corps, était de 141,lG(i hommes. En outre, il y avait dans les parties de la Virginie formant les départements militaires fédéraux de Washington et du Centre, 47,751 hommes, qui pouvaient, à un moment donné, renforcer l'armée du Potomac. Le total général des forces fédérales formait donc un chiffre d'environ 180,000 hommes, et le général Lee devait faire ftice à cette agglomération écrasante (ivec moins de quarante mille soldats!

L'armée confédérée, campée sur le Rapidan au début de la campagne, se composait de deux divisions du corps de Longstreet, du corps du général Ewell, de celui de A. P. Hill, de trois divisions de cavalerie et de l'artillerie. Le

l'exception de celles absolument nécessaires, furent suspendues, et les chapelains des régiments et de brigades lurent le service divin, auquel les officiers et les soldats furent " rec[uis " d'assister. Cette pieuse cérémonie accomplie, ou ne s'occupa plus que des préparatifs nécessaires pour faire face à une terrible et imminente attaque. " Pour votre salut et celui de votre patrie si éprouvée," écrivirent aux soldats confédérés leurs femmes, tilles, sœurs et amies, s'exprimant collectivement dans une adresse à l'arniée, "soyez fidèles à vous-mêmes et à notre glorieuse cause. N'abandonnez jamais votre drapeau, ne désertez jamais le poste de l'honneur ou du danger. Les femmes du Sud placent tout leur respect et toute leur afl'ection en ces nobles héros qui les défendent."

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