LXVII
Pendant ce temps, le général Butler saisissant le moment où les Confédérés s'était retirés à Petersburg, sortit de ses retranchements et s'avança sur le chemin de 1er, dans l'intention de le détruire. Lee se prépara à le recevoir. Les lio-nes que le général Beauregard avait nécessairement évacuées, quand il s'était vu forcé de se replier sur Petersburg, étaient de nouveau tombées en possession des Fédéraux. Butler attaqua immédiatement. Le corps du général Andersen fut envoyé de Richmond pour le repousser ; la division Pickett, composée des héros de Gettysburg, fit une charge aussi impétueuse que celle qui l'avait à jamais illustrée dans le grand champ de bataille de la Pennsylvanie, et emporta les retranchements de l'ennemi. On peut s'imaginer combien Butler était malheureux dans ses fanfaronnades officielles et dans ses promesses de victoire quand on considère que le jour même où il avait écrit à Washington "qu'il ava^.t détruit les communications des C'onfédérés avec Eichmond," le général Lee envoyait, par le chemin de fer qui relie les deux villes, des troupes de renforts pour la défense de Petersburg. ,
Le résultat de tous ces engagements, qui avaient coûté -a Grant, suivant les calculs officiels, non moins de 9665 hommes, — fut que les Confédérés restèrent en ferme possession de leurs travaux couvrant Petersburg, et qu'il .ne resta au commandant en chef de l'armée fédérale qu'à entourer la ville sans attaquer ses fortifications.
Dès lors, les opérations die son armée dégénérèrent en excursions et en attaques sur les lignes de chemins de fer. Le 22, une tentative fut faite par deux divisions de cavalerie pour prendre possession du chemin de fer de Weldon ; mais à peine une partie de cette expédition était-elle arrivée sur le chemin planclfeié de Jérusalem, que les corps confédérés de A. P. Hill et de Anderson l'attaquèrent et la repoussèrent avec une perte considérable. Le général Wilson, néanmoins, réussit à s'emparer de la ligne du chemin de fer à la station Ream, au-dessus du point où le combat avait lieu, et il détruisit la voie ferrée sur une certaine étendue. Rejoint après par Kautz, il se porta sur le chemin de fer de Southside, fit quelque dommage, et revint enfin sur la voie de Danville, après avoir eu un engagement assel vif avec une petite force confédérée près de Nottoway Court House. Continuant alors à suivre le chemin de fer de Danville dans la direction du sud-ouest. Wilson et Kautz arri\^èrent dans la matinée du 24 au pont couvert jeté sur la rivière Staunton. Un corps de milice de la Virginie et de la Caroline du Nord les rencontra, et après un combat assez court, les Fédéraux durent se retirer. Là s'arrêta leur excursion. Us se dirigèrent alors avec toute la rapidité possible sur les lignes fédérales, mais eu repassant à la station Ream les généraux Hampton et Fitzhugh Lee leur livrèrent bataille et prirent mille prisonniers, toute leur artillerie et leurs trains. Grâce à la connaissance que Kautz possédait du pays, il put s'échapper et arriver au camp avec ses troupes désorganisées, le 30 juin, tandis que Wilson ne l'atteignit que le lendemain, dans un état de désordre complet.
Au nord de Richmond, les attaques ordonnées par Grant sur les lignes de chemin de fer n'eurent pas un meilleur résultat et l'expédition commandée par Sheridan, dont il a été antérieurement question, et qui devait détruire les voies ferrées entre Richmond, la vallée de la Shenandoah et Lynchburg, n'aboutit qu'à un désastre qu'aucun avantage ne compensa. Sheridan avait été coupé à la station Trevillian tandis qu'il se portait sur la route de Gordonsvillej et atteignant cette place par un détour, il fut deux fois repoussé par l'infanterie confédérée retranchée sur ce point. Donnant alors pour prétexte à son mouvement rétrograde le " manque de munitions," il retira son commandement en
(LXVII) La force de l'ennemi, ciaiis les attaques sur l'etersburg était d'environ 80,000 lionimes, tandis (juc celle do la defensa ne s'élevait pas au-dessus de 11.000, L'auteur ne juge même pas à propos de citer le nom du général Beauregard, qui commandait la faible armée confédérée.
Plusieurs jours avant l'attaque sur Petersburg, une grande partie des troupes de cette ville avait été envoyée au général J,ee et, malgré la
demande du o-énéral Beauregard, elles ne furent pas retournées aux lignes de Petersburg ; ce dernier officier sa vit forcé d'évacuer un de ces deux points :
Bermuda Hundred ou Petersburg. Ce dernier étant la clé de Richmond, il n'hésita pas à abandonner Bermuda Ilundred et à concentrer toutes ces
troupes dans les lignes défensives de Petersburg. 11 envoya en mèrae temps un télégramme pressant au département de la Guerre et au général Lee,
insistant sur la nécessité immédiate de réoccuper au plus tôt Bermuda lîundred et d'augmenter le chiffre de la défense de Petersburg. Les troupes de
cette dernière place étaient si exténuées par un combat continuel contre des forces d'une supériorité numérique écrasante, que le général Beauregard
se voyait forcé d'évacuer la place le 18 et de se retirer sur Eichmond. Déjà, désespérant de recevoir les renforts qu'il avait demandés, il avait
commencé son mouvement rétrograde, quand il reçut du général Lee un message annonçant qu'il s'avançait à son secours. — Peu de temps après, les
renforts commençaient à arriver de Drev.-ry's Bluff' par chemin de fer et permettaient au général Beauregard de continuer la défen.se de îa place.
{N. du froAl)
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES
deçà de la rivière Novtli Anna et se replia sur White
House.
Le mois de juin tirait à sa fin et laissait Lee raaitve de la situation à Petersburg et à Riclmiond. Dans le même mois, il se passa quelques événements remarquables qui eurent pour résultat d'affermir la défense de la capitale et d'ouvrir aux Confédérés la vallée de la Shenandoah,— cette fameuse avenue qui donnait accès sur le territoire ennemi, — et d'offrir au général Lee l'occasion de faire une diversion importante. Nous verrons que cet habile chef, pendant que Grant occupait en maître le sud de la Virginie, envoyait tranquillement et adroitement une autre armée d'invasion dans les Etats du Nord.
OPÉRATIOÏTS 1 l'ouest DES BIONïAGNES BLEUES.
quand une balle rainié lui brisa la tête. Après sa victoire, Hunter foi-ma, le 8 juin, sa jonction avec Crook et Averill à Staunton, et se porta ensuite directement par le chemin de Lexington sur l'importante ville de Lynchburg. Il arriva devant cette place le 16 juin.
Il devenait maintenant nécessaire au général Lee de dis traire une grande partie de ses forces pour faire face à ces démonstrations menaçantes de l'ennemi, et de choisir, pour les combattre, un officier dont l'énergie, la décision et la rapidité des mouvements fussent capables de tenir Hunter en échec, et d'essayer en même temps de jeter une colonne, quelque petite qu'elle fut, à travers la vallée de la Virginie pour menacer la capitale fédérale. Le général Early fut choisi. Prenant avec lui la plus grande partie du corps d'armée du général Ewell, qu'il avait commandé auparavant, il se porta rapidement sur Lynchburg par le chemin de fer " Orange et Alexandria. "
Le 18 juin, Hunter fit une attaque sur le côté méridional de Lynchburg et fut facilement repoussé. Le lendemain, les Confédérés l'attaquèrent à leur tour, jetèrent la plus grande confusion dans ses rangs, lui prirent treize canons, le poursuivirent jusqu'à Salem et le forcèrent à retraiter à travers les montagnes de la Virginie occidentale. "Si le général Hunter, " écrivit Grant, au lieu de marcher sur Lynchburg par la voie de Ijexington, avait suivi le chemin de Charlottesville, comme ses instructions le portaient, il aurait été dans une position qui lui eut permis de couvrir la vallée de la Shenandoah contre l'ennemi, s'il eut cru que celui-ci menaçait cette voie. Si, d'un autre coté, il n'appréhendait rien de semblable, cette même position le mettait à petite distance du canal latéral à la livière James, sur la grande ligne de communications entre Lynchburg, et lui donnait toute facilité d'empêcher l'envoi des renforts à Lynchbnrg. Le général Early ne fut pas })lutôt assuré de la retraite de Hunter par la vallée de la Kanawha,— retraite qui laissait la vallée de la Shenandoah ouverte à une expédition dans le Maryland et la Pennsylvanie, — qu'il marcha au nord en descendant la fameuse vallée.
Pendant que le général Early profitait de son avantage, le oônéral John Morgan détruisait, de son côté, toutes les combinaisons de l'ennemi dans la Virginie occidentale. Cet aventureux officier de cavalerie avait réussi à s'échapper du pénitentiaire de l'Ohio et était rentré au service actif. Il opérait dans le sud ouest de la Virginie au moment où le o-énéral Jones avait reçu l'ordre de marcher avec toutes ses