‹ La cause perdueChapitre 62 sur 85 · FLORIDA · texte numérisé non relu

FLORIDA

Quelques semaines après, un autre '^ exploit ^^ naval de l'ennemi termina pratiquement l'organisation de la course confédérée, et donna un des exemples les plus extraordinaires du mépris cjue professait l'ennemi pour les considérations de droit et d'humanité, quand, en les foulant aux pieds, il pouvait obtenir un avantage quelconque. Avant de passer au récit des faits, il est bon de placer ici une anecdote toute caractéristique racontée par les journaux 'de New York; l'amiral Farragut en était le héros. Quand la flotte russe visita New York en 1.863 et y séjourna pendant l'hiver, l'amiral qui la commandait fut invité à uu grand nombre de réceptions et de banquets et il eut, dans une de ces occasions, la conversation suivante avec l'amiral Farragut. Ce dernier dit qu'il blâmerait tout officier américain cjui ne capturerait pas un navire confédéré dans un port neutre. "Pourquoi? le feriez vous donc?" demanda l'officier russe, — 'Oui monsieur,' répondit sans hésiter Farragut. " Mais, " reprit le russe, " votre gouvernement

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

vous casserait. — •'Certainement," lui fut-il répondu, mais n'a ura'v.-jc yns le navire'} Les journaux de New York placèrent cette conversation parmi les " paroles héroïques de leurs grands hommes" quand elle n'était simplement que l'expression brutale de la force, le désaveu de tout droit international et une affirmation caractéristique de la prééminence du fait sur le droit dans l'esprit yankee.

Cette étrange interprétation de la loi internationale par l'amiral Farragut ne fut pas longtemps à attendre une application fornielle. Après la destruction de 1' Alahama l'ennemi sentit croitre encore son désir de capturer ou de couler le FloriJa, le second en importance des corsaires confédérés. Ce navire, portant huit canons, avait trompé la vigilance du Kcarsarge à Cherbourg et il était revenu dans les eaux américaines, à soixante milles de New York. Puis il avait donné la chasse au steamer de guerre Ericsson et avait capturé le Electric SparJr, en route pour la Nouvelle-Orléans. De là il s'était rendu à Ténérifte et ensuite dans la baie de Han Salvador, Bahia (Brésil).

Le Wacli-usdi, ste;imer fédéral, se trouvait alors dans ce port neutre ; son commandant, Napoléon Collins, conçut' l'idée lâche et outrageante de couler le navire confédéré à son ancrage, ou de l'attaquer dans un moment où il ne se trouverait pas sur ses gardes, de le capturer et de l'emmener hors du port. Les cii'coustances qui accompagnèrent cet acte déloyal furent empreintes d'un caractère d'atrocité tout particulier. Le G octobre, quelques minutes après minuit, le fVachuscU arriva sur le Florlda, dont la moitié de l'équipage était à terre. L'officier de quart du corsaire confédéré, voyant s'approcher le Wodiusdt, le héla pour éviter une collision qu'il ci'oyait accidentelle ; il était loin de supposer que le vaisseau ennemi arrivait à toute vapeur dans le liut féroce de couler un navire sans défense, dont l'équipage était endormi. Le choc ne fut pas bien dirigé, et le FJorida le reçut à l'arrière et non au milieu. Le Wachusett demanda alors la reddition du navire confédéré, incapable de résister, puis il l'aborda, l'attacha à son flanc, et sortit du port à toute va})eur, emmenant sa j^iise avec lui. Cet outrage à un gouvernement neutre ne fut découvert par la flotte biésilienne que lorsque le Wachusett et sa prise étaient au large ; elle lança plusieurs boulets, mais sans effet.

M. Seward eut naturellement à faire des excuses au arouvernement brésilien, et le capitaine Collins fut censuré pour la forme, mais ces considérations étaient de peu d'importance aux yeux du Nord. L'excuse diplomatique n'empêcha pas les Fédéraux de garder le FloriclM comme bonne prise, et quelque temps après ce navire sombra "accidentellement" dans les eaux de Hampton Roads. A son toui', le -capitaine Collins fut le favori du moment, et le Netc Yorh Hercdd osa dire " qu'aucune page de l'histoire ne montrait un fait d'armes plus audacieux," exemple entre nrille de la manière

dont le Nord considérait la gloire militaire et l'appréciait cà la hauteur de la vantardise et de l'insolence.

INVASION DIT MISSOURI PAR LE (iENERAL PRICE.

A latin de ce chapitre, et dans le groupe des événements de la campagne de 1864, étrangers aux grandes opérations de la Virginie et de la Géorgie, on peut placer ici un court résumé de celui de ces mouvements partiels qui fut le plus important : l'invasion du Missouri par le corps d'armée du général Price. Cette expédition fut un mouvement entièrement détaché de toute opération de l'est du Mississipi, et n'eut qu'un effet insignifiant sur la foj-tune générale de la guerre. Nous allons en résumer l'histoire en quelques mots.

Vers le milieu de septembre, le général Price entra dans le Missouri en traversant la frontière de l'Etat de l'Arkansas par le chemin de Pocahontas et de Poplar Bluff. Il avait avec lui environ dix mille hommes et les généraux Shelby, Marinaduke et Fagan. De Poplar Bluff, Price s'avança, par Bloomfield, sur Pilot Knob, chassant devant lui les divers avant-postes des garnisons fédérales et menaçant Cape Girardeau. Les Fédéraux évacuèrent Pilot Knob, et Price obtint ainsi une position bien fortifiée à (juatre-vingt-six milles an sud de St-Louis, une tête de chemin de fer et un dépôt pour l'approvisionni meut des avant-postes placés plus bas.

Le général Rosecrans, commandant fédéri'il du département du Missouri, était à la tète de troupes bien plus nombrenses que celles de Price ; mais il parait qu'il était incapable de les concentrer et de les disposer convenablement, et le pays entier fut surpris de trouver le général Price opérant, presque sans être inquiété, dans toute l'étendue du grand Etat du Missouri, et i-avivant clie/. ceux des habitants qui sympathisaient avec les Confédérés l'espoir d'une campagne fructueuse. De Pilot Knol), le général Price se porta au nord de la rivière Slissouri et remonta ce cours d'eau dans la direction du Kansas. Le général Custis, commandant militaire de ce dernier Etat, rassembla immédiatement toutes ses forces disponibles pour barrer le passage à cette nouvelle armée d'invasion, tandis que quatre brigades de cavalerie de Rosecrans, comptant huit mille liommes et munies de huit pièces d'artillerie, harcelaient les derrières du général missourien. Le 23 octobre, Price fut forcé de livrer bataille sur la rivière Big Blue et fut déftiit par l'ennemi, qui captura presque toute son artillerie et les généraux Marmaduke et Cabell. Le lendemain, les Fédéraux attaquèrent de nouveau près du fort Scott, et obligèrent Price à retraiter précipitamment dans le Kansas. Il revint alors au sud, traversa la rivière Arkansas au-dessus du fort' Smith, dans le Territoire Indien, et prit enfin ses quartiers d'hiver dans le midi de l'Arkansas^ démoralisé et affaibli, par son expédition, dont le résultat était un échec signalé.

Ce n'était pas tant le succès de l'ennemi que les fautes

inhérentes de l'oiganisation et de la poursuite de son expé- -ditiou (iui causèrent la retraiti- désastreuse de Priée. En elFet, il avait déelaié (ju'il ne ver.ait pas dans le Lut de faire nne simpk' incnrsion, mais bien })OUr })rendre possession déiinitire de l'Etat, mais les trop grandes limites de son [dan, l'ineertitnde de ses desseins, et la dissémination inhabile de ses forces, causèrent sa ruine. Pendant qu'elles traversaient les différents comtés du Sud, grand nombre de ses soldats, se voyant dans le voisinage de leurs foyers qu'ils vivaient quittés depuis }ilusieurs années, ne puren.t j'ésister

à la tentation de déserter, et au lieu d'être accru par des renforts de cette région, son corps d'armée s'affiiiblit à chaque étaî'.e et "coula entre ses doigts" à mesure . qu'il s'avançait dans l'intéiieur.

Cette conclusion désastreuse de la campagne de Priée anéantit à jamais tout espoir de recouvrer le Missouii et désormais le vaste dép^artement du Trans Mississipi nt:- fat le tliéâtre d'aucun événe;i)ent Uiilitaire de quelque importance.

Page 1