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PRISE DU FORT SUMTER

Le 3 mars, le Président avait nommé P. G. T. Beauregard, alors colonel du génie au service confédéré (III), au commandement des troupes en service actif à Charleston et aux environs, avec le rang de brigadier-général. Rendu à son poste, le général Beauregard examina immédiatement les fortifications et fit construire quelques travaux additionnels (IV) qui devaient faciliter la réduction du fort Suijiter et compléter les défenses de l'entrée de la baie.

De trois côtés, de formidables batteries et des obusiers étaient pointés sur le fort. Au sud, à une distance d'environ deux tiers de mille, la pointe Cummings, sur l'Ile Morris, portait trois batteries de six pièces et de six mortiers. Plus loin, la batterie Trapier, très fortement construite avec des poutres et des sacs de sable, menaçait le fort avec trois obusiers de huit pouces d'épaisseur ; ensuite, en reve-

(III) Le général Beauregard n'était, à cette époque, ni au service conf'édcré, ni au service de l'Etat de la Louisiane ; il était sans commission et fans occupation, attendant qu'on eut besoin de ses services.

Quand la Louisiane se retira de l'Union {26 janvier), le général Beauregard était colonel surintendant à l'Ecole militaire de Wcst-Point. Il donna sa démission et revint à !a Nouvelle-Orléans offrir ses services à l'Etat et au Gouvernement contédéré aussitôt que celui-ci fut organisé. Vers la fin de février il reçut un télégramme du Secrétaire de la Guerre à Montgomery, lui demandant de s'y rendre le plus tôt poFsible. Il y arrfva vers le 1er mars et fut fait brigadier-général, avec ordre de se rapporter à Charleston, au gouverneur Pickens, de la Caroline du Sud, lequel Etat n'était pas encore membre de la Confédération. {N. d. t.)

(TV.) Les travaux qu'on y avait construits avant l'arrivée du général Beauregard étaient insignifiants, et avaient déjà été condamnés par le major W. H. 0. Whiting, ex-oîTicicr du génie de l'armée des Etats-Unis, mortellement blessé en 1864 dans la défense du fort Fisher, près de Wilmington (Caroline da Nord). Il fallut donc refaire à peu près ce qui avait été déjà fait, et ce ne fut que vers le 8 avril que ces travaux furent complétéa et que le général Beauregard reçut l'ordre du Gouvernement confédéré à Montgomery de demander la reddition du fort Sumter, et si le major Robert Andêrson qui y commandait, refusait, d'ouvrir le feu, [N. d. t.)

nant vers Suinter, la "batterie île fer" (V) blindée de rails de eheniins de fer ayant d'épaisses plaques de métal s'adaptant aux embrasures et se refermant sur elles après le feu de chaque pièce. Plus près de Suinter était la batterie de la Pointe, fortification grande et solidement établie, contenant trois mortiers de 10 pouces, deux pièces de 42, et un canon rayé [VI]. De là, une longue ligne de batteries s'étendait tout le long de l'île Morris, commandant le chenal et menaçant d'un feu formidable [VII] les navires fédéraux qui auraient tenté de pénétrer dans la baie. Presque à l'ouest de Sumter, sur l'île James, se trouvait le fort Johnson, avec une forte batterie et des mortiers. Au nord-est, le fort Moultrie, avec ses colombiades, ses canons Dahlgren, ses mortiers et ses fourneaux à chauffer les boulets. Dans la baie, près de l'extrémité occidentale de l'île Sullivan, était ancrée une batterie flottante construite avec le bois fibreux du palmier, couverte de plaques de fer [VIII], et armée de quatre canons de fort calibre.

Le 8 avril, le lieutenant Talbot, agent, autorisé des Etats-Unis, envoya le message suivant au gouverneur Pickens, de la Caroline du Sud :

" Le Président cle3 Etats-Unis me charge de porter à votre connaissance qu'une tentative sera faite pour ravitailler le fort Sumter et y porter des provisions ; si aucune opposition n'est faite à ce moiivement, la flotte n'introduira dans le fort ni hommes, ni arme?, ni munition?, sans en donner notice ultérieure, à moins que le fort ne soit attaqué."'

La longue attente toucliait à son terme ; la flotte fédérale s'approchait de la côte. Le général Beauregard télégraphia à Montgomery, demandant les instructions de son gouvernement. M. Walker, Secrétaire de la Guerre, répondit que si aucun doute n'était élevé sur le caractère officiel ^t autorisé du porteur de ce message, la reddition du fort devait être demandée et, en cas de refus, l'attaque fiiite immédiatement. La sommation de reddition fut faite le 11 avril, à 2 heures ; le major Andersen répondit :

"J'ai l'honneur d'accuser réception de votre communication demandant l'évacuation du fort Sumter. En réponse à votre message, j'ai le regret de dire que mon honneur et la manière dont je comprends mon devoir vis-àvis de mon gouvernement, m'?mpêchent de satisfaire à votre demande."

Il ne restait donc qu'à accepter ce défi formel et à en appeler aux armes. Le 12 avril, à trois heures du matin, le général Beauregard envoya un aide-de-camp au major Auderson, avec mission de lui notifier " que le feu de ses batteriea serait ouvert sur le fort Sumter une heure après la réception du présent message."

A quatre heures et demie, le signal de l'attaque fut donné par le fort Johnson ; immédiatement les canons de Moultrie, de la pointe Cummings et de la batterie flottante ouvrirent le feu. A mesure que la portée exacte était obtenue par chacune des pièces, l'attaque continuait avec plus d'acharnement.

Le fort ne riposta qu'à sept heures, par un tir bien dirigé qui jeta un torrent de boulets et de bombes sur les batteries de Moultrie, de la pointe Cummings et sur la batterie flottante. Pendant toute la journée le feu continua avec vigueur ; vers le sofr on put s'apercevoir du dommage causé par les batteries confédérées. Les canons en barbette de l'ennemi étaient abandonnés ; plusieurs pièces mises hors de service, les murailles s'écroulaient sous les projectiles; en différents endroits, de profondes bièches étaient ouvertes, les cheminées et les toits de bâtiments en ruine, et les embrasures des casemates criblées au point de ne pouvoir plus en distinguer la ligne régulière.

Pendant que le bombardement se poursuivait, une portion de la flotte fédérale avait atteint le rendez-vous au large de la baie de Charleston, mais elle n'essaya point de venir au secours du fort. La seule explication de l'apathie extraordinab'C de l'expédition navale est donnée dans un compte-rendu étrange écrit par le capitaine T'ox lui-même. " A mesure que nous approchions de la côte, dit-il, le son de l'artillerie devenait 'de plus en plus distinct, et l'on voj^ait parfiiitement la fumée et les bombes des batteries qui avaient ouvert le feu sur le fort. Le capitaine Rowan du Faivnee, s'approcha de mon navire au moment où j'allais l'avertir de ce qui se passait et me demanda un pilote, en déclarant que son intention était de tenter d'entrer dans le port et de partager le sort de ses frères enfermés dans le fort. Je me rendis à son bord et l'informai que je prenais la responsabilité de cette inactivité ; que le Gouvernement n'exigeait pas de la flotte un sacrifice aussi liCvoique; me conformant ainsi à la ligne de conduite tracée dans les instructions données au capitaine Mercer et à moi-même."'

Le 13, de bonne heure, les batteries confédérées recommencèrent le feu sur le fort, qui d'abord répondit vigoureusement, tirant principalement sur le fort Moultrie. A huit heures, on put voir la fumée provenant de l'incendie d'un des quartiers du fort ; ce résultat encouragea les assiégeants qui activèrent encore l'attaque, dans l'espoir d'en finir

(V) Ce fut la première batterie de ce genre dont on se soit jamais servi à la guerre. M. 0. IL Stevcns (devenu plus tard général et qui fut tue à Chickamauga) en était Tinventcur. {N. d. t.)

(VI) Le premier canon rayé dont on se soit servi eu Amérique. Un citoyen de la Caroline du Sud, demeurant à Liverpool, en avait fait présent a son Etat natal pour la défense de son sol. Ç'e canon lançait des houlets longs, pesant de 6 à 10 livres, et arriva à Charleston deux ou trois jours seulc ment avant l'attaque du fort Sumter. (A^ d. t.)

(VII) On se servit ici pour la première fois, ûam la défense d'un port, (par les ordres du général Beauregard) de batteries détachées, armées seulement de quelques grosses pièces, an lieu de concentrer toutes les pièces dans un ou deux forts, comme cela se faisait habituellement. (A^ (/. t.)

(VITI) Ce fut aussi pour la première fois ([u'on se servit de ce genre de batteries iîottantcs, et qui fut rorig^inc première du, illerrimoc^ et autres

pi'Oînptemciit ai d(3 forcer rcnncmi à amener sou drapeau. Le fort continua de tirer, niais plus faiblement; à intervalles longs et irrégulierS; malgré une fumée épaisse et les bombes des assiégeant-s. A chaque décharge du fort, les troupes confédérées, cédant à une impulsion généreuse, applaudissaient à la bravoure et à la ténacité de la garnisou, et raillaient l'inactivité de la flotte stationnée en dehors de la barre.

Vers une heure, un boulet du fort Moultrie brisa la hampe du drapeau de Sumter et l'abattit. Le fort et sa garnison étaient dans un état désespéré ; le parapet avait été si maltraité que la plupart des pièces étaient démontées ; la fumée encombrait les casemates, au point que la manœuvre des canons était devenue à peu près impossible ; la garnison, fatiguée par une lutte continuelle et trop peu nombreuse pour se diviser et faire •un service alternatif, était épuisée. Les colonnes de fumée qui s'élevaient du fort, de plus en plus intenses, indiquaient que l'incendie gagnait du terrain. Voyant le drapeau abattu, le fort en flammes, et supposant que la garnison était en détresse, le général Beauregard envoya au major Anderson, par trois de ses aides-dc-camp, une commuuication par laquelle il lui offrait l'assistance dont il pouvait avoir besoin. Avant l'arrivée des messagers, le drapeau fédéral avait été de nouveau déployé sur le parapet, puis, après quelques instants, retiré et remplacé par le drapeau blanc. Le fort se rendait.

Cet événement fut à l'instant^iarême annoncé dans toute la ville par le son des cloches et de l'artillerie ; un enthousiasme général accueillit cet heureux résultat. En témoignage de " la bravoure et de la fermeté avec lesquelles le major Anderson et les troupes de sou commandement s'étaient maintenus à leur poste," le général Beauregard leur permit non-seulement de se rendre librement et à leur convenance à New- York, mais aussi de saluer le drapeau fédéral, en quittant le fort, par cinquante coups de canon. Pendant cette cérémonie, un caisson fit explosion et quatre hommes furent tués ou mortellement blessés. Cette perte fut la seule que l'on eût à déplorer; il semblait, en effet, que la Providence avait défendu que le sang coula, comme pour eno-ager les deux sections ennemies à se rapprocher et à se réconcilie]-, quand aucune vie humaine n'avait encore été sacrifiée. ("-'')

Mais il ne devait pas en être ainsi. Le premier coup de canou tiré sur Sumter produisit dans le Nord une effervescence spontanée et universelle ; il convainquit le peuple de cette section que l'heure était passée d'essayer de ramener les Etats du Sud par une politique tortueuse et de mauvaise foi. Tout espoir d'arriver au but par des moyens détournés et par des promesses fallacieuses de compromis étant irrémissiblement perdu, le sentiment public du Nord se tourna violemment vers la politique de coercition, et insista sur sa mise en vigueur immédiate.

Cependant les moyens déloyaux et intrigants dont s'était servi le gouvernement de AVashington en amenant cette bataille de Sumter, n'étaient pas de nature à justifier dans les populations du Nord un enthousiasme si grand. Mais de nombreux déraao'osxues trouvèrent dans cet événcment une basse et fallacieuse excuse pour laisser percer leur haine profonde contre le Sud, que, jusque là, ils avaient tenue soio-neusemeut cachée. Us vovaient enfin (lue le Sud était bien résolu à se séparer ; que désormais leurs promesses puniques ne pouvaient plus être écoutées ; c{ue leur affectation et leur hypocrisie étaient enfin dévoilées ; que le Sud était las de tous ces plans de reconstruction basés sur l'oppression sectionnelle. C'est alors que ces hommes, déçus dans leurs espérances, donnèrent un libre cours à leurs sentiments haineux et demandèrent à la coercition ce qu'une ruse déloyale n'avait pu leur donner. Telle est l'explication pure et simple du mouvement de "'' réaction " qui se fit au Nord après la prise du fort Sumter.

Alors, il y eut chez les ennemis du Sud une véritable croisade prêchée comme une œuvre sainte du haut des chaires et des tribunes ; les passions haineuses se déchaînèrent de tous côtés. Le docteur Tyng, célèbre ministre protestant de New-York, rassembla quelques maraudeurs et pillards de cette ville, connus sous le nom de "troupe de Billy Wilson " et leur déclara que porter le fer et le feu dans les Etats rebelles serait leur rendre le ciel propice et assurer infailliblement le salut de leurs âmes. (■•'') Dans la plupart des villes du Nord, on força des habitants à porter des insignes de loyauté, les propriétaires de toutes les maisons furent tenus d.'arborer le di'apeau fédéral comme gage de leur patriotisme et de l'appui qu'ils devaient donner à la

"iron-ckd guubouts," mouituui'â et navires blindes daujoanlnui. Le lieutenant Harailton, ex-officier de la marine des Etats-Unis m était l'inventeur. (iV. d. t.)

(*) On sait avec qnelle profusion le Nord décernait à ses généraux des brevets de héros ; le major Anderson fut un des premiers qui reçut les adulations outrées de ses compatriotes. A peine arrivé au Nord, les fêtes et les discours donnés eu son honneur se prodiguèrent sans relâche ; il fut pronui au rang de brigadier-général et appelé au commandement des forces disséminées dans le Kentueky pour la campagne de l'Ouest. iNIais peu de temps après il donna sa démission, soit qu'il eût craint de ne pas se tenir à la hauteur de la réputation qu'il avait si facilement acquise, soit que, — ainsi qu'il l'avait écrit de Sumter à Washington, — '' son cœur n'approuvât pas cette guerre."

{*) Connue un contraste bien frappaiît de l'esprit qui animait le clergé du Nord et celui du Sud, a propos de la guerre, nous pouvons placer ici quelques paroles pronoe.cées par deux des plus éminents ecclésiastiques du pays, — l'évêque Meade, de la Virginie, et le docteur Tyng, de New-York.

Dans son rapport à la Convention épiseopale de la Virginie, le premier dit : '^Tii^qiC au. dernier viomcnt, je wc Kvis rattaché à l'eipoir que î'Umon ■';:rait malrdcnve, et si le sacrifice de ce qui me reste à vivre avait pu contribuer, pour quelque part que ce fût, à sa préservation, je l'aurais Hiit de grand cœur. Mais le s'?ntiment puljlic et les procédés de nos gouvernants m'ont conduit lentement et tvistemcut à la pénible conviction que cruels que

LA CAUSE PEKDUE

guerre contre le Sud. Ce déploiement de lutinifestations, particulier au caractère yankee, ne fut pas limité aux grandes villes ; dans les coins les plus reculés des campagnes, et jusque dans les sanctuaires du culte, les enseignes fédérales étaient de rigueur. Les chaires des églises étaient drapées de pavillons étoiles ; les enfants fréquentant les écoles du dimanclie portaient des vêtements aux " barres et étoiles ; " les rues des villes étaient encombrées de drapeaux, et, dans la camj^agne, les sommets des arbres et les poteaux, surmontés des couleurs américaines, témoignaient de's sentiments "loyaux" des habitants du pays et les protégeaient contre les sévices des " comités de vigilance." Le sentiment " unioniste " ne se borna pas à ces extravagantes démonstrations ; il y eût des émeutes et des actes de violence ; toute personne qui refusa do s'associer aux exhibitions de drapeaux fut traitée comme criminelle et hors la loi, insultée et menacée de mort par les rassemblements populaires.

Dans cette prise d'armes contre le Sud, partis, sectes, races, se coalisèrent et formèrent un étrange mélange ; les anciennes dissensions aussi bien que les récentes animosités disparurent complètement ; les démocrates s'allièrent

aux plus fanatiques pour former une seule grande ligué, et concourir au môme but; aux Européens nouvellement débarqués, on fit croire que cette guerre avait pour but cette "liberté" qu'ils étaient venus chercher de l'autre côté de l'Océan ; que des terres leur seraient accordées s'ils consentaient à s'enrôler. En un mot, les ruses les plus condamnables, les artifices de tous genres furent mis en œuvre pour avoir l'av/intage du nombre dans la guerre contre le Sud.

Mais ce qu'il y eut de plus remarquable encore dans ces démonstrations furieuses du peuple du Nord fut le revirement du parti démocratique entier, qui jusque-là s'était déclai'é en faveur des droits du Sud, et qui, après la prise de Sumter, rivalisa avec les abolitionistes de colère et d'instigations à la vengeance et, non content de suivre le courant de l'opinion populaire, parut prendre à tâche de 2)ortcr l'excitation à son point culminant. Daniel S. Dickinsou, de New- York, qui jusque-là avait la réputation "d'homuîe du Nord avec les principes du Sud," devint un des plus ardents prosélytes de la coercition ; Edward Everett, du Massachusetts, après avoir déclaré, quelques mois auparavant, qu'il fallait " laisser aller en paix "' les Etats du Sud, se fit <uissi un des plus fanatiques apôtres de cette croisade. (*) Ces

soient les dangers qui peuvent en résulter, nous tlcvon.«, avrait tout, l'aire ce qui est nécessaire à notre bonheur et à notre bien-être , ,

" Il existe, parmi nous, un désir général et formel de conserver, autant que po-sib'e, des relations amicales avec ceux rnêm'S qui, pour

d'autres motifs, sont séparés de nous. Dans ce but, une Convention ccelésiastique s'est déjà assemblée dans un des Etats du Sud

" Je ne conclaerai pas sans vous exprimer mon désir pressant de voir les membres et tes minislrcs de notre Eglise et tous le; , z/- '• ■-< ilc

notre Etat, qui sont si vivement intéressés' dans le conflit actuel, se conduire d'après l'esprit chrétien le plus élevé et se placer au-dessus des imputations peu charitoMes de ceux qui leur sont opposés."

Vers la même époque, le docteur Tyng disait, dans un mcdiii;ù; a New-York, " qu'il no s'abaisserait pas au point d'aiipeler du nom de guerre civile la prise d'armes qui avait lieu contre le Sud ; qiic combattre des pirates n'était pas déclarer la guerre ; et qu'il voudrait pendre les rebelles comme on tue des chiens enragés."

" Il n'y a, disait-il, qu'un seul chemin ouvert : c'est la réduction complète et absolue du Sud (applaudissemonts), ou plutôt de la cabale qui a le contrôle des affaires L'épée est la plume qui doit signer le traité Quant à nos soldats, je puis dire que le" salut de leurs âmes sera lu récompense accordée à leur sacrifice et à leur abnégation patriotique. (Applaudissements.) L'armée des renégats du Sud n'a j)a,s do Bibles ; le livre

saint brûlerait leurs rnains polluées. Mais nous, nous avons toute raison d'être fiers de nos soldats ; ils sont digjics de la Bible, et leurs jiomtS seront couverts de gloire ! "

(-) Dans une lettre publiée plus tard par va\ journal, M. P^verctt dit :

" Mou opinion était que si les Etats sécédés s'abstenaient de toute agression et étaient déterminés à se séparer, cette séparation devait se faire d'une manière pacifique ; mais l'attaque non motivée du fort Sumter (qu'aucune ricces.'j/fé wu7//aiVc n'exigeait, — car en quoi une seule compagnie, enfcrinco dans le port de Charleston, pouvait-elle menacer la Caroline du Sud ? — ) et les procédés ultérieurs du gouvernement de Montgomcry ont changé l'eùit des affaires. L.Q Snd a attaqué, sans provocation, le gouvernement des Etats-Unis, le mcillenr et le plus bienveillant qu'il y ait; le devoir de tout bon citoyen est aujourd'hui de se rallier pour le défendre."

Outre M. Everett, d'autres Démocrates se servirent de cette attaque du fort Sumter comme d'une excuse pour colorer leur hypocrisie et leur mauvaise foi ; il ne leur suffit que de présenter ce fait sous une forme favorable à leurs visées. M. Everett avait parlé '■^ d'une attaque non motivée." Nonseulement cette attaque était motivée, mais il n'était pas même au pouvoir du Sud de l'éviter, car le gouvernement fédéral lui avait lancé un défi direct, — défi que le Sud se voyait forcé d'accepter, aicsi qu'il en avait formellement averti l'autorité fédérale. Cette simple question résume toutes les complications de l'affaire de Sumter, et indique à ne pas s'y méprendre sur qui doit retomber toute la responsabilité du conflit.

Il y 0, dans l'explication de M. Everett, un argument, bien pauvre on lui-même, et qui peut cependant être retourné contre l'accusateur. M. Everett prétend qu'il n'y avait, pour la Caroline du Sud, aucune '• nécessité militaire" de s'emparer du fort Sumter, qui ne pouvait en aucune façon menacer l'Etat. Mais alors, en vertu de quelle " nécessité militaire " le gouvernement fédéral voulait-il le garder, puisqu'il le considérait lui-même comme inoffensif vis à vis de l'Etat sécédé ?

Il n'y avait ici, d'aucune part, nécessité militaire. Le gouvernement de Washington prétondait, en gardant le fort, affirmer son droit de souveraineté, ce que la Caroline du Sud réclamait aussi. Et sa prise de possession par ccdernier Etat n'était que le corollaire indispensable de cette séparation, que M. Everett lui-même disait avoir recommandée! Elle était donc la conséquence logique et légi^e de sa propre politique. Comment pouvait-il se plaindre de la prise de possession du fort, surtout quand elle avait eu lieu sans effusion de sang, — quand ce fait n'était que rafflrmatioi] de h souveraineté séparée de la Caroline du Sud et que lui-même avait reconnu la légitimité de cette séparation ?

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

lionimes étaient les types de leur parti. Au «lébat de la liéparation, on avait dit que les sympathies de New-Yerk pour les sécessionistes étaient si grandes, que les Etats du Sud auraient pu y recruter plusieurs régiments pour leur service militaire, et cependant, un journal qui avait osé critiquer la défense du fort Sumter fut menacé par l'émeute, et les orateurs démocrates, en haranguant la multitude lui conseillèrent de " broyer la rébellion " et, si besoin en était, " de noyer le Sud entier dans une mer de sang."

En se laissant ainsi entraîner par le pire fanatisme du Nord, le parti Démocrate montra, à n'en plus douter, qu'on ne devait nuUemsnt compter sur lui, que le Sud ne pouvait plus voir en lui un ami digne do confiance et, ])our employer une expression que le sénateur Brown, du. Mississipi, lui avait appliqué pendant la session du dernier Congrès, qu'il était "2>o?«Ti" sans espoir de guérison. Mais cet abandon conduisait encore à une autre conclusion. Il prouvait jette remarquable absence de vertu dans les luttes politiques ou Amérique, absence qui est, jusqu'à un certain points, commune à toutes les parties du pays. C'était un nouvel exemple d'un fait qui se reproduit à toutes les c^^oqucs de l'histoire politique d'Amérique et d'après lequel chaque fois qu'un parti obtient à une élection une iirépondôrance bien marquée, ou qu'il se dessine une majorité bien évidente, la minorité se laisse absorber et disparaît ; le principe est sacrifié aux intérêts du moment ; l'opinion publique devient l'esclave du parti le plus fort; et les hommes politiques abandonnent la cause où ils s'étaient jetés par conviction, pour avoir leur part d'influence politique et se plier aux diverses circonstances.

Le président Lincoln n'hésita point à profiter immédiate-

mont de la '' réaction " qui se faisait dans le Nord. Deux jours après cette lutte de Sumter qui ne fut rien moins que sanglante, il lança sa proclamation pour ordonner une levée de soixante-quinze mille hommes de troupes, usurpant ainsi le pouvoir du Congrès et empiétant sur le droit qui appartient à ce dernier de déclarer la guerre, grâce au prétexte futile et donné verbalement que ces troupes étaient appelées sous les armes en vertu de la loi do 1795, qui pourtant n'avait en vue que la levée de milices armées " pour venir à l'aide des autorités civiles." (*)

Même dans cet état des choses, le Président hésitait encore à laisser deviner son intention réelle d'entreprendre une guerre de conquête, car il nourrissait toujours l'espoir d'amener les Etats de la frontière à rester "fidèles" à son gouvernement. Le jour même de l'attaque du fort Sumter, il fit les protestations les plus pacifiques aux commissaires de la Virginie qui étaient allés le voir, — se bornant seulement, pour venger la prise de SumtQr, à menacer de discontinuer le service des malles dans les Etats qui venaient de se séparer. Mais la Virginie ne devait pas être aussi facilement trompée. Deux jour après l'entrevue de ses Commissaires avec le président Lincoln, le peuple de cet Etat lisait sa proclamation pour la mise sur pied d'une force de terre de soixante-quinze mille hommes ; et presqu'aussitôt après, l'altière et émouvante nouvelle se répandit dans tout le Sud que la Virginie, fidèle aux assurances qu'elle avait données contre l'emploi do la force, ne faisait plus partie de l'Union fédérale et qu'elle venait de contracter de tout cœur avec les Etats Confédérés du Sud une nouvelle et plus solide union.

L'ordonnance de sécession de la part de la Virginie fut

(*) V-oici la copie textuelle de ce document important :

" Attendu que les lois dos Etats-Unis ont trouvé dans ces derniers temps et trouvent encore de la résistance, et que leur mise à exécution, dans les Etats de la Oaroline du Sud, de la Géorgie, de l'Alalxima, de la Floride, du Mississipi, d'3 la TiOuisiane et du Texas, est rendue impossible par suite de combinaisons trop puissantes pour que le cours ordinaire de la justice ou l'autorité que la loi donne aux marshals puisse les faire cesser, — moi, Abraham Lincoln, Président des Etats-Unis, m'autorisant du pouvoir dont me revêt la Constitution, ainsi que les lois, j'ai jugé convenable d'appeler sous les drapeaux la milice des divers Etats de l'Union, jusqu'au cliifTrc total de 75,000 hommes, dans le but de supprimer les dites combinaisons et de faire exécuter les lois d'une manière convenable.

" Les mesures de détail relativemeiit h cette levée seront immédiatement communiquées aux autorités des Etats par le Département de la Guerre. ' Je fais un appel à tous les citoyens loyaux pour qu'ils secondent, facilitent et prennent part à cet effort, dont le but est de sauver l'honneur de notre Union nationale, de maintenir son intégrité et d'assurer son existence, ainsi que la perpétuité du gouvcruemeut populaire, et de faire cesser des torts qui ont été trop longtemps tolérés. Je crois qu'il est convenable de dire que le premier service demandé aux forces réunies par la présente sera probablement de reprendre possession des forteresses, des places et des propriétés qui ont été enlevées à l'Union ; et que dans chaque cas il faudra éviter avec le plus grand soin, autant du moins que le but qu'on se proposera le permettra, de dévaster ou détruire les propriétés, et de tracasser les citoyens paisibles dans une partie quelconque du pays ; et j'ordonne par la présente aux personnes qui Ibmentent les dites combinaisons, de se disperser et de se retirer paisiblement dans leurs demeures respectives, dans les vingt jours qui suivront cette date.

'' (Considérant que la condition actuelle des affaires publiques présente une occasion extraordinaire,' je convoque par la présente les deux Chambres du Congrès, en vertu du pouvoir dont la Constitution m'a revêtu. C'est pourquoi les Sénateurs et les Représentants sont appelés à s'assembler dans leurs salles respectives, jeudi, 4 juillet prochain, à midi, pour prendre alors et en ce lieu les mesures que, dans leur sagesse, ils jugeront exigées par le salut publie et l'intérêt général.

" En vertu de quoi, j'ai apposé ma signature à ceci et y ai fait mettre le sceau des Etats-Unis.

" Fait à Washington, ce quinzième jour d'avril, de l'an de Notre-Seigncur mil huit cent soixanto-un, et de la quatre-vingt-cinquième année de l'Indépendance des Etats-Unis.

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