‹ La cause perdueChapitre 8 sur 85 · ABRAHAM LINCOLN · texte numérisé non relu

ABRAHAM LINCOLN

" l'ar le Président, '• ^\''ILLIAM H. Skvtard, Secj êfu/rc d'Etat."

accueillie avec des signes de mécontentement dans trente ou quarante comtés de la partie occidentale de l'Etat. Mais en dépit de cette division, son exemple ne fut pas sans exercer une certaine influence et sans porter ses fruits. La Caroline du Nord, le Tennessee et FArkansas suivirent la Virginie, dans ce qu'on pourrait appeler le second mouvement sôcessionnaire des Etats — mouvement qui, fait comme il le fut, dans l'imminence de la guerre, et commencé jDar la Virginie en présence des dangers les plus réels et les plus effroyables, prouvait un courage et un dévouement qu'il n'avait pas été donné aux Etats à coton de montrer au début de la sécession. L'histoire ne permettra pas que le titre de chef réel dans le glorieux mouvement en faveur de la liberté soit disputé à la Virginie par la Caroline du Sud. Lorsque, de l'aveu général, tous se sont montrés braves et que c'est l'occasion seule qui a fait la différence du degré de dévouement à la cause, ce ne peut être que pour respecter la vérité de la manière la plus scrupuleuse, et nullement par envie, qu'on revendique, au nom de la Virginie, la gloire d'avoir manifesté au plus haut point son intrépide dévouement et d'avoir donné l'exemple (IX).

Le peuple de la Virginie n'eut pas longtemps à atj^ndre pour voir se vérifier l'interprétation que cet Etat venait de donner à la politique de M. Lincoln, en considérant celle-ci comme une politique de coercition et de conquête du Sud, et de guerre faite à ses citoyens sans autorisation. En effet, le Nord augmenta le chiffre de ses levées par des proclamations répétées, jusqu'à ce qu'il eût mis plus de deux cent mille hommes sous les armes. Il changea le premier prétexte qu'il avait donné de réunir des troupes pour reprendre possession des forteresses du Sud ; nt croire à ses nouvelles forces qu'elles n'avaient d'autre but que de dé-' fendre la capitale, et n'hésita point, néanmoins, à occupei' le Maryland avec ses troupes, à porter le total de la garnisou et des forces militaires de la forteresse Monroe au chiffre de douze mille hommes, et à établi)' dans le Maryland et le Missouri un système de despotisme, au moyen du désarmement des citoyens, des arrestations militaires, de la suspension de Vhahcas corpus, et des coups .donnés aux libertés du peuple par une soldatesque licencieuse.

Avant la capture de Sumter, le gouvernement confédéré, établi à Montgomery, avait perfectionné son organisation et attendait ti-anquillement les événements. On ne pouvait donter de la confiance que le peuple avait en sa mission. Il avait demandé un léger emprunt — cinq millions de dollars seulement ; mais les offres s'élevèrent à huit millions et il n'y en avait pas. une seule qui fût au-dessous du jiair. Il avait nommé des commissaires pour se rendre en Angle-

terre, en France, en Russie et en Belgique et les nvait chargés de demander aux gouvcrnemeuts de ces pays de reconnaître les Etats Confédérés pour un des membres delà fomille des nations.

Les canons de Sumter donnèrent une nouvelle vie ai gouvernement et produisirent dans le Sud une commotion qui par sa puissance et ses effets fut bien le pendant de la fureur qui éclata dans le Nord. Comme le Congrès ne siégeait point alors, le président Davis s'adressa immédiatement aux Etats, leur demandant des volontaires pour la défense commune. Il lança également une proclamation pour provoquer des demandes relatives à un service de corsaires, dans lequel des bâtiments particuliers armés pourraieuit contribuer sur les mers- à la défense géné-iale, en vertu de lettres de marque et de représailles données par le Congrès. La réponse du peuple à ces mesures fut enthousiaste. On montrait dans toutes les parties du pays le dévouement le plus patriotique à la cause commune. Des compagnies de transports s'empressèrent de mettre leurs lignes à la disposition des autorités pour l'envoi des troupes et des munitions. Les présidents des chemins de fer de la Confédération s'assemblèrent en une convention et nonseulement ils réduisirent considérablement les taux qu'ils avaient exigés jusqu'alors pour le service des malles et le transport des troupes et des munitions ; mais encore ils proposèrent volontairement de recevoir leurs paiements, faits à ces taux réduits, en obligations de la Confédération, afin que le gouvernement put réserver toutes ses ressources pour la défense commune. Le réquisitions de tioupes furent accueillies avec tant d'ardeur que dans chaque cas, le nombre de ceux qui offraient leur service dépassa de beaucoup le chifïre demandé. Le 29 avril, le président Davis écrivait au Congrès qu'il venait de convoquer: " Il y a à présent sur pied à Charleston, Pensacole, aux forts Morgan, Jackson, Saint-Philippe et Pulaski, dix-neuf mille hommes, sans compter seize mille hommes qui sont en ce moment en route pour la Virginie. Il est pro})Osé d'organiser et d'avoir toute prête, pour s'en servir au j'remier Uioment, en vue des exigences actuelles du }>ays, une armée de cent mille honnnes."

Le 20 mai, le siège du gouvernement confédéré fut transporté de Montgomery, dans l'Alabama, à Richmond, en Virginie. Il était évident que ce dernier Etat allait devenir le grand théâtre de la guerre sur terre.

Le premier soin de la Virginie a[)rès sa sécession ne fut pas de lever des troupes ; elle en avait en grand nombre ; ce fut de se choisir im commandant dolit l'habileté et le nom inspirassent une confiance universelle à la communauté

(IX) Rien ii'oHt pliip contral.iible qiK' ce liU'o do " chef du mouvemoiu " donné à rnn oa à l'aulic des Etui?. Mû par un scntinx nt de patriotisme très excnKalde, mais f|ui n'a plus raison d'être dans une œuvre historique, l'auteur, en j^rand nombre d'occasions, laisse trop souvent dans l'ombre les arauds faits accomplis par b's l'',lals de l'exlrême Sud pour mieux mettre en relief tout ce qui a rapport ù la Virginie. Sans doute, l'Ktat qui a donné à la cause coiifederce I.ce, Stonevvall Jackson, Jolmston et Sluait, a des droits légitimes à revendiquer le premier rang dans la lutte américaine, mais il ne peut y avoir de prétentions à la prétniincnce là où il y a eu égalité complète de dévouement, de talent et de patriotisme. (A'", d. t )

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES

et fussent à la hauteur des iiuportants et héroïques événements qui se préparaient. Le lieutenant-colonel Robert E. Lee, fils du fameux Henry Lee, de la Révolution, et descendant d'une fVimille qui depuis deux cents ans s'était illustrée en Virginie, s'était démis de son grade d'officier dans l'armée des Etats-Unis, dès qu'il avait appris h^écession de son Etat. Il avait pris ce parti en protestant de son amour pour l'Union, mais mettant au-dessus de cet attachement un sentiment du devoir qui ne lui permettrait jamais de se prononcer contre son Etat, et de " lever la main sur ses parents et ses compatriotes, et de désoler son propre foyer." Il avait exprimé ces sentiments en nobles termes dans la lettre qui contenait sa démission. L'homme qui, quelques années auparavant, avait écrit à son fils, alors étudiant, une lettre particulière dans laquelle se trouvaient ces mot : — " Le mot Devoir est le plus sublime qu'il y ait dans notre langue, — saisissait l'occasion de prouver luimême la vérité de cette maxime et de la mettre en action. Aussi, lorqu'on l'entend parler, dans sa lettre d'adieux au général Scott, " des combats qu'il avait dû se livrer à luimême " avant de quitter le service fédéral, on ne peut qu'ajouter foi à cette touchante et noble déclaration de sa femme : " Cette terrible guerre a fait verser des larmes de sans à mon mari ; mais comme homme d'honneur et comme Virginien, il doit partager le sort de son Etat et combattre pour son indépendance."

Le gouverneur Letcher ne perdit pas de temps à nommer Lee major-général commandant toutes les forces|militaires en Virginie. La Convention approuva cette nomination à l'unanimité. On conduisit le général Lee à la maison d'Etat ; on lui fit une réception splendide. Le piésidcnt de l'Assemblée lui dit en un magnifique discours combien on mettait en lui de confiance. Malgré l'émotion et l'orgueil légitime qu'il dut éprouver alors, sa réponse ne s'en fit pas moins remarquer par la» sobriété du langage et la beauté des sentiments. Il dit : '• M. le Président et messieurs de la Convention : Touché profondément de la solennittî de cette circonstance à laquelle, je dois le dire, je n'étais nullement préparé, j'accepte le poste auquel votre décision vient de m'appeler. J'aurais mieux aimé que votre choix fût tombé sur un homme plus capable. Toutefois, mettant mon espoir en Dieu Tout-Puissant, en ma conscience qui m'approuve et en l'aide de mes concitoyens, je me dévoue au service de mon Etat natal, qui sera désormais le seul pour lequel je tirerai mon épée."

Quelques jours après la sécession de la Virginie, cet Etat fut transformé en un grand camp ; on estima que l'été qui allait commencer verrait quarante-huit mille soldats sous les armes dans les limites de l'Etat. L'ardeur militaire fut si grande, qu'il fallut chercher à la contenir plutôt qu'à l'exciter ; c'était à qui prendrait les armes pour la défense de l'Etat ; personne ne voulait rester en arrière. A Richmond, presque tous les citoyens s'armèrent ; des compagnies entières demandèrent spontanément à entrer dans 'le service actif. Il n'y a pas lieu de s'étonner, si les justes remarques du général Lee furent reçues avec quelque froideur, lorsqu'il donna à une compagnie de volontaires qui l'avait acclamé à une station de chemin de fer le conseil de retourner dans leurs foyers et quand il dit que, dans une certaine mesure, leur ardeur militaire devrait être refrénée.

Le premier devoir du général Lee fut d'organiser et déquiper les forces militaires qui arrivaient de tous les côtés, « «t incombaient à ses soins. Le conseil militaire réuni au Capitole de Richmond, et composé du gouverneur Letcher, du lieutenant-gouverneur Montagne, du lieutenant M. F. Maury, do la marine, du général Lee et d'autres citoyens, était en séance presque permanente. Il fallait mettre en état de rendre immédiatement service les recrues que l'on avait déjà envoyées en avant ; il fiiUait organiser les départements du quartier-maître et du commissaire, pour permettre de concentrer aussitôt les troupes sur les frontières de l'Etat, dès que les manœuvres de l'ennemi nécessiteraient leur présence. En réalité, le général Lee eut à remplir alors toutes les fonctions d'un ministre de la guerre, en même temps que celles de général-en-chef qui lui étaient propres Néanmoins il s'acquitta de sa tâche multiple avec une rapidité, une perfection et une précision de méthode qui, on peut le dire, ont assuré à Lee, dès le commencement de la guerre, la réputation d'un incomparable organisateur de forces militaires, et ont ainsi mis en relief le côté saillant de sa vaste intelligence.

Le 6 mai, la Virginie fut reçue dans la Confédération du Sud ; et ses forces faisant dès lors partie de l'armée confédérée, le grade de Lee fut réduit à celui de brigadier-général. Dans cette position, il devait rester quelque temps dans une obcuritô relative, tandis que les noms plus connus de Beauregard et d'autres généraux brillaient au })remier rang de la vogue populaire.

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