‹ La cause perdueChapitre 72 sur 85 · SITUATION FINANCIÈRE DE LA CONEÉDÉRATION · texte numérisé non relu

SITUATION FINANCIÈRE DE LA CONEÉDÉRATION

En 1864, le gouvernement confédéré donna le coup de oTâce à la monnaie alors en circulation.

Vers la fin de l'année précédente, la }>olitique adoptée de payer toutes les dettes et de faire tous les achats avec une monnaie fabriquée à mesure que le besoin s'en faisait sentir, avait élevé la circulation de cette monnaie au chiffre de sis cents millions de dollars. Si nous rappelons que. avant la guerre, cinquante raillions de dollars en billets de banques et environ vingt millions en espèces, avaient suffi pour la circulation des onze Etats, et si nous observons qu'environ un tiers de la suqierficie de ces Etats se trouvait au commencement de 1SG4, sous le contrôle de l'envahisseur nous verrons combien était exagéré ce chiffre de six cents millions de dollars de circulation dans le territoire restreint resté sous le régime confédéré. On crut à la nécessité absolue d'une mesure législative pour faire rentrer le gros de cette circulation et donner ainsi une valeur plus grande à la monnaie fictivr. En conséquence, le Congrès adopta, le 17 février 18G4. un projet de loi d'nn caractère très absolu.

Cette mesure retirait toute la circulation fictive, soit six cents millions de dollars, et remplaçait cette émission ancienne par une nouvelle émission d'une valeur relativ*; bien plus considérable. Les clauses de cet acte étaient bien calculées pour le but que l'on se proposait. Elles établissaient que jusqu'au premier jour d'avril pour les Etats situés à l'est du Mississipi, et jusqu'au 1er juillet pour ceux situéi à l'ouest de ce fleuve, les détenteurs de la monnaie alors en circulation, d'une dénomination supérieure à cinq dollars, auraient la faculté d'échanger cette monnaie, au pair, l)our des bons du gouvernement portant quatre pour cent d'intérêts ; ces bons pouvaient être reçus en paiement des taxes confédérées. La loi, cependant, n'exemptait pas ces bons de la taxe. L'acte du Congrès établissait aussi qu'après cette période spécifiée, cette faculté de convertir les billets en bons, au pair, cesserait, et que la circulation totale de la Confédération, à l'exception des billets de moins de cinq dollai's, ne serait plus considérée comme monnaie courante et ne serait échangeable pour des billets de la nouvelle émission qu'au taux de trois dollars de l'ancienne émission pour deux de la nouvelle ; les billets ne portant pas intérêts, de la dénomination de cent dollars,' étaient en vertu de la même loi sujets à une taxe additionnelle de dix pour cent par mois pendant tout le temps qui s'écoulerait depuis le 1er avril jusqu'à leur rentrée. Tous les billets d'ancienne émission étaient l'ecevables en paiement des taxes après le 1er avril 18G4, au taux réduit où ils étaient échangeables pour les nouveaux billets ; mais il était spécifié (pie les billets de cent dollars ne pouvaient être échangés contre hi monnaie de la nouvelle émission. Cette faculté de convertir ainsi la monnaie courante devait exister jusqu'au 1er janvier 186.5. Après cette date, tous les billets du Trésor de l'ancienne émission encore en circulation devaient être soumis à une taxe de cent pour cent. Les billets de la nouvelle émission, et ceux de l'ancienne, évalués désormais à deux tiers de leur valeur nominale, i)ouvaient être échangés au département du Trésor pour des "certificats à demande'' portant quatre pour cent d'intérêt, et payables deux ans après la ratification d'un traité de paix avec les Etats- Unis. Mais les billets de l'ancienne émission de la dénomination de cent dollars ne pouvaient être échangés.

L'effet de cette mesure fut de déterminer la conversion de tous les billets de la dénomination de cent dollars en bons portant quatre pour cent d'intérêts. Elle ])osa aussi devant les détenteurs des billets de toutes les autres dénominations l'alternative de les échanger au pair pour des bons à quatre pour cent, ou de les soumettre à une taxe d'un tiers de leur valeur en les convertissant en billets delà nouvelle émission. Ce dernier parti fut adopté parlagrande majorité des détenteurs, persuadés que la réduction efifectuée dans la masse de la circulation par l'acte de février augmenterait la valeur réelle des billets nouveaux et rendraient les deux dollars reçus préiéralles aux trois de Tancienne émission donnés en échauû'e.

HISTOIRE DE LA QUERRE DES CONFÉDÉRÉS

Cette mesure eut aussi pour effet de produire dans la masse de la circulation une réduction de près de trois cents millions de dollars, et de laisser, pendant la dernière pai'tie ■de l'année 18(i4 et au commencement de 1865, comme montant de la circulation de billets du Trésor .dans l'étendue <le la Confédération, un montant de trois cent vingt-cinq millions de dollars, — montant facile à contrôle)-, m:us qui, eu égard à la dépréciation de la nouvelle monnaie qui se dessina vers la fin de la guerre, se trouva entièrement disproportionné aux besoins du pays. Car, au taux de soixante pour un, auquel le gouvernement lui-même vendit les espèces à Richmond pendant plusieurs mois, ces trois cent vingt-cinq millions de papier monnaie ne représentaient, en réalité, qu'une valeur réelle de cinq millions en espèces ou ■en propriété. Le résultat inévitable fut donc une pénurie très grande dans le marché financier.

Mais la loi de février sur la circulation échoua complètement. La nouvelle monnaie courante ne fut pas émise promptement. L'ancienne monnaie resta donc en circulation, dépréciée dans sa valeur j^ar les causes qui avaient déterminé l'adoption de la loi du 17 févriei', et plus encore par les clauses absolues de cet acte lui-même. L'échange de l'ancienne contre la nouvi'lle monnaie ne fut })as effectué dans le pays avant des mois entiers, et pendant cette période, l'idée de ce discrédit de la monnaie courante se fixa dans res})rit public d'une manière fj-O]) feime pour qu'on pût jamais espérer une amélioration de cette iiioni:aie. Une faute grossière, commise pendant le mois d'août 18G4, donna le coup de grâce au système financiei- de la Confédération. Les commissaires de l'Etat de la V^irginie, chargés d'évaluer les propriétés prises par le gouvernement, reçurent du s '-

C(nu}ilè^ement hors de valeur.

Les relevés prouvant l'insuffisance des vivres dans les magasins de l'armée; la détresse provenant de la dépréciation de la monnaie courante; les tentations toutes particulières qu'éju'ouvèrent les soldats confédérés à déserter, non du côté de l'ennemi, mais dans leurs foyers appauviis par les privations de tous genres; l'impossibité d'ap2)liquer la peine de mort pour une faute qui avait tant et de si puissantes excuses,— toutes ces circonst;inces indiquent sufiisamment combien il était difficile de retenir sous les drapeaux les soldats du Sud. L'esprit pratique du général Lee fat pendant longtemps occupé à chercher îaliorieusement par quel moyen on pourrait remédier à un mal qui rongeait ainsi la condition viLale de notre défense et qui était bien le "ver destructeur" du système confédéré. Mais ce mal sortait de la limite des ressources qui .restaient à sa disposition, et il était logiquement impossible de le contrôler. Les ajjpels au patriotisme ne recevaient plus qu'une réponse insignifiante, car, neuf fois sur dix, les désertions des soldats confédérés n'avaient pas pour cause le ramollissement du patriotisme, mais elles prenaient leur origine dans des motifs qu'il était impossible de condamner. Toute tentative pour reprendre les déserteui's par la force était aussi impraticable; il eut fallu, dans ce but, détacher de l'armée des régiments entiers et inaugurer une politique de coercition et de sanglantes répressions dans quel(|ues parties de la Confédération.

Tout bien considéré, le mal principal n'était cependant pas la désertion. En étudiant les causes de la décadence des armées confédérées, nous ne devoirs pas asseoir notre jugement sur des causes secondaires, telles que les désertions, car nous avons vu que ces causes elles-mêmes n'étaient que

«refaire de la guerre, M. Seddon, l'ordi'e d'évaluer le prix j le résultat d'une administiution fautive du commissariat et du blé à quarante dollars le boisseau. A ce taux, le secré- 1 du système des finances. Toutes les histoires que l'on écrira taire de la guerre vendit lui-même au gouvernement un ré- de la chute de la Confédération ont leur thème tracé d'a- •colte entière et considérable de blé, et ])lusieurs de ses voi-jvance; la mauvaise administration d'un gouvernement qui fiins, grands propriétaires des bords de la rivière James, sui- discuta des fiivolités à chaque période de la guerre, jus-

virent son exempt. Cette action causa une grande désaffection et déprécia la monnaie confédérée à un degré tel qu'elle ne put jamais s'en relever. Avant cette transaction.

qu'au dernier moment de la lutte, et qui brisa finalement le moral de l'armée et la patience du peuple. La désaffection, dans la Confédération, n'était pas fortuite et n'avait îe peuple avait constamment reçu et vendu la monnaie au j pas sa source dans le côté purement politique de la lutte, taux de vingt pour un. Mais quand il vit un membre des et le sentiment de lassitude ou de mécontentement qui n'eut

pas directement pour origine quelque faute de l'administration de Richmond fut tout à fait insignifiant, moindre peut-être que chez aucun peuple et dans aucune grande

plus éminents du Cabinet abaisser sa valeur à quarante pour un et autoriser les commissaires du gouvernement à 02)érer les achats de subsistances sur cette base, cette proportion de vingt à un cessa d'avoir cours, et l'opinion })opu- 1 commotion de l'histoire du monde laire se prit pour cette monnaie d'une défiance qu'elle n'avait jamais manifestée auparavant. De quarante à un, le prix delà monnaie baissa graduellement jusqu'au moment où il tomba, en février 1865, à soixante pour cent. Pendant les quelques mois qui s'écoulèrent entre cette époque et l'évacuation de Richmond, le gouvernement fit vendre dans cette ville les esj)êces au taux d'émission, soixante pour cent, ■et si ce n'eut été cette dernière facilité de conversion

LE riJKSlDEKT DAVJS ET LE CONOKES CC^'FKDEIïE, STO.

offerte aux détenteurs.

monnaie confédéi-ée eut été

11 y eut, au sein du Congrès confédéré, une série de ujesures adoptées en opposition au parti de l'administration du président Davis, mais ces mesures ne furent que l'umbre vaine d'riue contre-révolution. Comme nous l'avons dit, ce sentiment d'opposition ne fut pas assez ferme poiir tenter une cxr érience décisive, et peut-être aussi était-il trop tard,

KO

lorsque cette opposition se manifesta, i)onr remédier par des mesm-es léoislatives à la condition déplorable des affaires du pays. Cette série de m.csures se composa de la nomination du général Lee à la dictature militaire ; du replacement de Johnstcn à un commandi-ment actif et de la réforme du Calnnet; du moins en ce qui pouvait déterminer une administration plus pure et meilleure du portefeuille de la guerre, confié alors à M. Seddon, homme affaibli, quoique actif et industrieux, mais facile à influencer, et arrivé à une période de la vie où un homme politique de profession tombe ordinairement au rang d'instrument docile entre les mains d'un maître arbitraire. Les deux premières de ces -nesures ne furent qu'imparfaitement accomplies. Le commandement de toutes les armées confédérées fut confié au général Lee,

forces militaires au sud de llichmond ainsi que le choix de Johnston comme commandant. Mais, pendant longtenrps, M. Davis combattit ces mesures. Le contrôle entier et exclusif des afl'aires militaires de la Confédération fut offert au général Lee ; le Congrès confédéré le nomma commandant en chef; la législature de la Virginie adopta une résolution déclarant que " la nomination du général Robert E. Lee au commandement de toutes les armées des Etats Confédérés relèverait leurs foi'ces ainsi que celles du peuple des différents Etats, et inspirerait une confiance entière dans le succès final de notre cause. '"' Et cependant le général Lee n'accepta point cette marque de confiance ; il resta à la tête de son commandement limité de la Virginie et ne fit aucun effort pour faire prévaloir ses vues contre celles

mais cet officier consciencieux ne l'exerça jamais pratique- de l'administration de llichmond. Mais ce qui est plus

ment. Le replacement de Johnston fat accepté de mauvaise grâce par le président Davis, mais il ne fat remis au commandement' des forces confédérées au sud de Eichmond que quand ces forces eurent été dispersées par Sherman à travers deux Etats jusque dans les forêts de la Caroline du Nord, et au moment où elles étaient dans un tel état de désorganisation que Ton p.ouvait considérer la campagne comme j)erdue d'avance.

Une délégation des membres du Congrès pour la Virginie, conduite par M. Bocock, président de la Chambre, adressa au président Davis un message pressant, mais respectueux, exprimant son manque de confiance dans les capacités et les services de son cabinet. Le Président considéra cette adresse comme impertinente, et quand le secrétaire de ia o-uerre. M. Seddon.— reconnaissant oue cette censure était particulièrement dirigée contre lui, un Virginien,— voulut résigner ses fonctions, M. Davis saisit cette occasion pour déclarer que l'éventualité de cette résignation ne changerait en aucune manière la politique ou la ligne de conduite de son administration, et il donna pleinement à entendre que cette détermination de M. Seddon ne devrait être attribuée qu'à sa susceptibilité pointilleuse et non à une victoire du parti de l'opposition au Congrès.

Personne, dans les limites de la Confédération, n'avait autant d'influence sur le Président que le général Lee. C'était là le seul exemple de confiance bien placée et de déférence méritée de la part de M. Davis, et jusqu'à la fin de la guerre, un accord complet et une chaude amitié personnelle unirent le président de la Confédération au commandant de l'armée de la Virginie septentrionale. On demandera naturellement pourquoi, de telles relations existant entre eux, le général Lee n'imposait pas ses vues au président Davis, et n'usait pas de son influence sur lui, puisqu'il différait d'opinion du Président au sujet de la marche de l'administration, et ses tendances penchaient, — toute la Confédération le savait,— vers une politique toute différente de celle suivie par M. Davis. Le général Lee était, dans la clcmière période de la guerre, en faveur de l'enrôlement des

nègres, et 11 désirait anxieusement la réorganisation des

remarquable encore dans ces différences d'opinion entre le président Davis et le général Lee, c'est qu'elles n'amenèrent jamais le moindre r>:froidissement dans leurs relations d'amitié, et de félicitations mutuelles entre eux. En réjionse à la rCsolution de la législature virginienne, le président Davis assura qu'il avait désiré lui-même donner la direction de toutes les affaii'cs militaires au général Lee, mais que celui-ci avait persisté dans son refus d'occuper un poste d'une telle importance. M. Davis s'exprima ainsi : "L'opinion, exprimée par l'Assemblée générale au sujet du général Robert E. Lee, a mon appui sans réserve. La Virginie ne peut avoir pour lui une plus profonde estime, et dans son caractère et ses capacités, une plus grande confiance, que celles que j'éprouve moi-même à son égard. Quand le général Lee prit le commandement de la Virginie septentrionale, il était I déjà, en vertu d'un ordre antérieur, commandant de toutes les armées des Etats Confédérés. Il continua à exercer ce commandement général, aussi bien que celui de l'armée de la Virginie septentrionale, aussi longtemps que j'ai pu résister à sa propre demande et à son opinion de la nécessité d'être relevé de l'un ou de l'autre de ces importants devoirs. Se montrant, comme il l'a toujours fait, prêt à rendre à son pays tout service qui lui serait demandé, il me donna à choisir entre son retrait du commandement de l'armée en campagne et celui du commandement général de toutes les armées de la Confédération. Ce ne fut que lorsque je fus convaincu de la nécessité de bifurquer ces emplois que je me déterminai à le relever du commandement général, croyant que la sécurité de la capitale et le succès de notre cause dépendaient, dans une grande mesure, de son maintien au commandement de l'armée de la Virginie du Nord. Dans plusieurs occasions ultérieures j'ai désiré élargir la sphère d'action du général Lee, et j'ai renouvelé mes insistances à ce sujet, mais il a toujours exprimé son incapacité d'assumer le commandement d'autres armées que celle spécialement confiée à ses soins, à moins qu'on ne se décidât à le relever de la direction immédiate des opérations opposées à celles du général Grant. "

L'explication de cette harmonie existant entre le prési-

HISTOIRE. DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

dent Davis «t le général Lee, malgré les différences poli " tiques qui les divisaient, est aisée à comprendre si l'on considère le caractère de ce dernier. Aucun des grands acteurs de l'histoire de cette guerre n'avait moins de présomption que le général Lee ; à part son action dans les affaires relatives à son commandement particulier, il s'abstenait de donner son opinion, si ce n'est sous forme de suggestion. Son amitié personnelle pour le Président fut plus forte que la divergence politique, et Lien qu'il difterât de M. Davis, sur beaucoup de points, il alla même jusqu'à déclarer à plusieurs membres du Congrès de Riclimond que " quelque erreur que put commettre M. Davis, il n'en était pas moins constitutionnellement le Président, et que rien ne pouvait le décider à empiéter sur les prérogatives que la Constitution donne au chef de l'Exécutif " Le monde verra dans ces paroles un témoignage remarquable de modestie et de droiture, mais il est en quelque sorte regrettable que le général Lee, en présence de la gravité des circonstances et de la situation désespérée de la Confédération, ne se fut pas montré plus ambitieux ou n'eut pas possédé davantage de ce vigoureux égoïsme qui détache une individualité dans les pages de l'histoire. Bien que les vues du général Lee fussent justes, son influence fut négative en dehors du cercle d'opérations de l'armée de la Virginie du Isord, et elle n'accomplit absolument rien sur la condition des affaires générales de la Confédération.

La dernière occupation du Congrès confédéré fut une controverse amère entre ce corps politique et le président Davis, relativement à la condition affligeante des défenses publiques. Un débat orageux eut lieu dans une session secrète du Sénat. On accusa le Président de s'être opposé à toutes les mesures tendant à un ravivement de la confiance publiqu-^ et à une administration énergique des aftaires militaires, et d'avoir fait avorter les effets de la loi de conscription par rimmixtion de détails entraînant l'indécision ou la corruption. On mit au jour les statistiques du buieou de conscriptions, montrant qu'à l'est du fleuve Mississipi, vingtdeux mille trente-cinq hommes avaient été affranchis de la conscription, en vertu d'exemptions précisées par l'autoiité administrative, et par conséquent, autant d'hommes sousti'aits de la force des armées confédérées |)ar une simple mesure de favoritisme.

Quand dans une séance secrète l'administration militaire du Président fut discutée et la proposition faite de lui retirer le contrôle et la direction des armées, il se trouva que le parti de M. Davis était réduit à un chiffre insignifiant et qu'un grand nombre de membres du Congrès qui jusque-là l'avaient a})puyé à tort dans maintes circonstances, se rangeaient maintenant du côté de ceux qui jirononçaieut contre M. Davis un verdict d'incapacité. Quand il s'agit de voter pour la nomination de Lee au commandement de toutes les armées confédérées, le sénateur Henry, du Kentuchy, qui pendant longtemps avait été l'ami constant et intelligent du président Davig»— ot, on réalité, le chef do son jinrti au Sé-

I nat confédéré, — se sentit contraint de voter en faveur de ce changement important dans l'administration du pays. Dans j une visite particulière faite par cet homme d'Etat à la la- I mille du Président, madame Davis se laissa aller à d'amères invectives contre cette tentative du Congrès de diminuer le 'pouvoir de son maii. Elle parla avec une énergie si extraorjdinaire, que -ses paroles furent remarquées. "Si j'étais M. Davis," dit-elle, "je voudrais mourir ou être pendu plutôt que de me soumettre à une telle humiliation."

L'homme qui du consentement général était regardé ! comme le chef de l'opposition au Congrès était le sénateur ^ Wigfall, du Texas, une des ])lus belles intelligences de la 'Confédération. M. Wigfall était uu homme d'un aspect rude, d'une figure cicatrisée, et qui possédait à un degré . rare le don de l'éloquence. Ses arguments étaient solides et ■avaient une force imposante; ses paroles étaient anièies, son style oratoire était relâché et négligent jusqu'à l'alfectation, mais souvent un mot bref, une sentence décisive I tranchaient une question d'une manière irrévocable. Ou se rappellera longtemps à E.ichu]ond des terribles dénonciations 'de cet homme extraordinaire; ceux qui ont assisté aux séan- I ces législatives no les oublieront pas; mais les journaux craignaient de reproduire le texte exact de ses discours, et leurs rapporteurs avaient soin d'en adoucir toutes les aspérités. C'est un malheur que ces discours splendides, hauj tains, qui auraient pu lutter avec tout ce qui est ra})[)orté dans l'histoire des annales parlementaires, fussent jierdus i)Our la ])Ostérité. Ce n'est aujourd'hui que yàv les rapports 'émasculés de ces censures dirigées contre l'administration de TiF. Davis, que l'on jieut étudier le caractère d'un homme qui jeta, il est vrai, un grand reflet sur la cause de la Confédération, mais qui persista jusqu'à la fin dans un fatal système d'erreurs, é;;alement insensible à la critique et aux remontrances bienveillantes.

Le président Davis avait acquis une grande réputation ' dans la Conféiléiation pour une fermeté souvent aussi tenace que mal entendue. Il était jiresque iiiaccessible aux avis et iiux arguments de ceux qui pouvaient ])rétendre visà-vis de lui à une égalité intcllectuello et lui disputer i peut-être l'honneur et le ci'éilit d'une mesure publique. ; Pei'sonno ne pouvait l'cccvoir une délégation de membres Ulu Congrès ou une députatiou de j^icrsonnes ayant un avis à donner ou unesuo-iyestion à faire avec ulus do i''rûce,mais on sentait (pie sa politesse était presf[ue sarcastique et qu'il donnait pleinement à entendre aux visiteurs que leurs conseils étaiont parfiitement inutiles. L'iiistoire fournit do nomlireux cxcmjiles d'iuraimes qui aux yeux du vulgaire paraissent fermes cr>mmo le roc et au-dessus des ex])édients communs du l'IiunianiLé, mais qui s'amollissent comme de la cire entre les mains de fvvoris indignes et sans mérite. Les [tyrans les plus sévères ont été souvent maniés et guidés par des fenunes ou des bonfl'ons. Le président Davis, si ^fn-me, si froid, si sévère envers ceux que leurs jiositions ou : leurs mérites ])ersonnols désignaient commo ses eonsoiilers

naturels, ('tait, à la connaissance ])ubliqne, gouverné pai' 3îme l)avis. TI avait destitué le (piartier-niaître général de la L.Vuii'édéialiiin jiar suite d'une querelle de fenmios et d'une ciilinue à l'adresse de niadauie Davis. Il s'entourait et admettait dans son intimité des hommes qui s'étaient fait connaître comme flatteurs intéressés et comme correspondants des journaux de police de Washington'; il plaçait sa confiance dans les aventiu'iers de tous genres ; et- élevait siiuvent aux jjositions et aux commandements les jdus im- ]>i>rtanls de la Confédération des hommes qui n'avaient d'autres titres à de telles faveurs (|u'un séjour à l'école militaire de West Point ou un succès de coterie dans la })récodente iidministiation de Washington. Les personnes qui c.nniaissaient le mieux M. Davis attestaient qu'il était le plus faible des honnnes dans certaines nuances de son caj'actère, et qu'il })rofessait un sentimentalisme romanesque qui le rendait le fa\'()ri des prêcheurs et des femmes. John 3L Daniel, éditeiu-du lîivluiwnd Exaiiiiner, — journal ayant nue t(dle inlluence dans la Confédération qu'on l'avait surnommé " le quatrième pouvoir,'"— fit remarquer un jour au sénateur Wigfall i|ue le Président était d'une faiblesse mé- ]trisable ; que souvent, quand il parlait en })ublic, ses yeux se remplissaient de larmes, et qu'un homme qui pleurait si facilement ne convenait nullement })Our un chef d'Etat '•Je ne sais,"' répondit le rude sénateur texien, " dans la vie de tout homme, il est des moments où il vaut mieux prendre conseil du cœur que de la tête." " Oui," réj[)liqua Daniel, "je veux dii-e seulement que tout homme si facile à émouvoii- jus(]u'aux larmes, est assurément faible et peu propre à ins[)irer de la conliance. Quant à moi, j'admire la manière des austères Komains ; quand ils ]>leuraient, ils tournaient la tête en ai'iièie et se couvraient le visage de leurs rol)es."

Il faut bien admettre que pendant la dernière période de la guerre, l'influence du ])résident Davis s'éteignit entièrement et (jue le parti qui ra,])|)uyait encore ne se comjiosait guère que d'un entourage de parasites trouvant leur avantage à encenser le pouvoir et à vivre à ses dépens. Il s'était firme dans la Confédération un parti nombreux qui considérait la défiite totale comme un résultat inévitable, en présence des faits qui s'accomplissaient chaque jour et de ri!ii|)uissa.nce des mesiu'cs qu'adoptait l'administration de "Si. Davis. Les relations étrangères de la Confédération étaient une chiaière ; sa monnaie courante était considéi'éc comme un chiii'on sans valeur : les magasins du commissaliat étaient pi'esque vides ; le système de conscription ne ]^i-oduisait (jue des résultats déiisoires. Assurément, quand toute cette grjinde oi-ganisation gouvernementale s'écroulait ain.-i devant h's yeux de ces hommes, il n'était plus possible de discuter la qn:!stion de mauvaise administration, de débattre Us capacités du ]!résident Davis, ou de lui donner, en apjinviint ses mesures, un nouveau gag(^ de la confiance

])Ublique.

On a br-'aueonp iiailé ih^ ]>roposil ions laites à. Uielimond

pour une ouverture de négociations pacifiques, mesure que l'on rapportait vaguement comme i)endante dans les sessions secrètes du Congrès. Mais cet incident de l'histoire secrète de la Confédération peut être raconté en quelques mots et il désap})ointera le lecteur qui pourrait croire à quelque révélation étonnante ou mystérieuse.

Les propositions de paix formulées dans la session du dernier Congrès confédéré n'arrivèrent jamais à un point pratique et ne furent, au résumé, que des efforts inutiles n'arrivant qu'à indiquer les tendances de certains esprits étroits et inquiets. Aucune de ces propositions ne fut émise au Sénat, et aucun vote ne fut pris à ce sujet ; elles vinrent toutes de la Chambre, oii elles furent formulées d'une ujanière générique.

Pendant presque toute la durée de la guerre, il exista un parti unioniste dans quelques uns des Etats de la Confédération. Ce sentiment unioniste fut uniforme pendant tonte la durée de son existence, mais ses projets d'action varièrent à difîérentes époques. Au commencement de 1SG3, on proposa secrètement en Géorgie d'organiser le parti et d'entrer en négociation avec l'ennemi de la })art des Etals, agissant séparément, et malgré la foi confédérée. Ou supposa que la vanité excessive du gouverneur Brown })onrrait être utilisée à ce propos ; ce fonctionnaire avait été assez crédule pour l)i'éter l'oreille aux flatteries grossières d"un charlatan, qui lui avait assuié : "que lui, gouverneur Lrown, tenait la guerre dans le creux de sa main," Ce })arti fivorisant les négociations d'Etats séparés obtint un certain crédit eu Géorgie, dans l'Alabama septentrional et dans la Caroline du Nord, mais son but pr!nci[)al était d'entraîner dans ce courant la législature de la Virginie et pendant longtemps on exerça une influence active et persistante })Our attirer le nom et le prestige de la Virginie dans le complot. Mais cette tentative échoua. Cette intrigue séduisit des agitateurs de bas étage, comme Wickhani, quelques désœuvrés obsc.U's comme James Lyons et des hommes qui avaient balancé pendant toute leur vie entre le Nord et le Sud. Mais ces individus n'étaient que les bas fonds de la société virginienne. Pendant la dernière péiiode de la guerre, la législature de lîi Virginie fut harassée de 1:0ns côtés par les partisans des négociations séparées entre chacun des Etats du Sud et le gouv<M-nement fédéral ; on fit des propositions pour l'envoi d'ambassades à Washington ; mais le cor]»s repi'ésentatif du plus fier Etat de la Confédération resta fidèle à son gi'and dogme historique et il |)référa voir le nom de la Virginie })asRer à une immortalité glorieuse, avec le titre de peu))le subjugué, plutôt que de mentir à la foi jurée, faillir à son honneur et à sa gloire, pon.r obtenir de l'ennemi quelque concession dédaigneuse. Le choix délibéré de la Virginie, pendant la dernière période de la guerre, fut donc de partager à tout hasard la fortune des armes confédérées ; de conserver ainsi son honneur intact: et d'inscrire dans l'histoire le nom le ]ilus pur et le pl^^s inunaculé du

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES

temps modernCj hushI grand dans les revers qu'il l'eût été dans le sucées.

Dans le mois de janvier 1865, la Virginie éleva la voix pour la dernière fois et donna une consécration olHeielle à son héroïque détermination. Dans une lettre publique adressée par les deux Chambres delà législature virginienne au président Davis, elle s'exprima ainsi : " L'assemblée générale de la Virginie désire, dans cette période critique de notre existence, offrir à la cause commune, par tous les moyent en son pouvoir, toutes les ressources de l'Etat pour atlermir nos armes et assurer le succès de notre lutte pour la liberté et rindé[)endance." Le président Davis fit une noble réponse et un de ses derniers écrits officiels fut un hommage rendu au grand Etat de la Virginie. ''Votre assurance," dit-il au président de la législature, "est pour moi un sujet de haute gratitude et tout en oftrant mes remerciements à l'assemblée générale pour la confiance qu'elle manifeste en mon sincère dévouement envers mon pays et notre cause sacrée, je me permets, en retour, de témoigner devant l'histoire de IVsprit déterminé et désintéressé avec lequel la Virginie, depuis le moment où elle a tiré l'épée, a consacré le sang de ses enfants et toutes ses ressources matérielles à l'accomplissement du but que nous poursuivons."

8i l'esprit qui animait la Virginie s'était étendu à toute la Confédéiation, une cause alors arrivée à un état de prostration, eut ]ui se relever fièrement et peut-être triompher. Car, après tout, la principale condition de succès pour la Confédération était simplement la résolution, la qualité "d'endurance," et aussi longtemps que le peuple se serait résolu à être libre, il n'est aucune puissance militaire, si grande qu'elle fut, qui eut pu subjuguer un pays d'une telle étendue et offrant de tels avantages topograpiiiques à la défense. L'intelligence de l'observateur peut aisément découvrir une multitude de causes qui ont concouru à précipiter la chute de l'organisation confédérée ; mais il est une de ces causes qui domine toutes les autres et qui fut, elle seule, concluante et décisive :— la démoralisation générale du peu])le, résultant d'un manque de confiance dans l'administration présidentielle, tel que jamais unpeu[tle n'en manifesta de semblable vis-à-vis de ses guides politiques, en temps de révolution. Celui qui voudra envisager ces grands laits historiques à un point de vue large et éclairé, n'assignera point à des causes secondaires et à des ex[)lications partielles l'origine do cet écroulement de la Confédération ; il comprendra que cette catastrophe eut pour cause primordiale l'afiaisscment du sentiment public et la lassitude d'un peuple qui. ayant perdu toute confiance dans ses administrateurs, et ne se sentant plus le courage de faire une nouvelle expérience, condescendit à une soumission qu'il ne pouvait plus éviter.

Nous pouvons placer ici quelques considérations sur une mesure extrême adoptée poiu- rétablir la fortune de la Confédération, — mesure qui indiquait, en réalité, la con-

dition désespéi'éc du pays et les dispositions du gouvernement à s'occupei' de futilités, Pendant la session entière du dernier congrès de Richniond, il s'éleva un débat malencontreux au sujet de la proposition faite d'armer les esclav^es et de réparer ai-nsi la foi'ce et l'organisation des armées. Les circonstances dans les(pielies cette proposition fut discutée démontrèrent pleinement que la loi de conscription était désormais lettre morte et qu'elle avait épuisé toutes les ressources du recrutement; elles donnèrent un prétexte à des discussions de partis qui contribuèrent encore à hâter la chute de la Confédération. On peut aisément calculer que sur un cliifi're dt? trois millions d'esclaves, deux cent mille pouvaient t-tre distraits et mis en campagne. Cette addition, si on l'eut faite aiq)aravant, aurait peut être fait pencher la balance de la guerre en faveur des Confédérés; les résultats des premières campagnes de la guerre prouvent à l'évidence qu'un accroissement, même léger, des forces confédérées en caujpagne eut pu, en maintes occasions, décider d'un succès final. Mais le temps opportun était passé; les soldats ne s'improvisent pas et on n'avait plus le temps d'organiser et d'exercer les nègres avant la reprise sérieuse des liostilités, et ce fut là une preuve Ifien convaincante de la puérilité du gouvernement confédéré et du manque d'esprit pratique dans le Congrès, que ces discussions oiseuses au sujet de l'armement de deux cent mille nègres et de leur enrôlement dans les armées confédérées, dans un moment où il n'y avait pas cincj mille fusils disponibles dans le Sud et quand les prisonniers à nous rendus pai' l'échange ne pouvaient trouver de mousquets pour reprendre leurs places dans les rangs de l'armée!

Quels que furent les avantages généraux de cette mesure d'enrôler les nègres et de faire concurrence à l'ennemi dans cette branche de recrutement, le moment et les circonstances dans lesquelles cette question fut discutée à Richniond la rendaient à la fois impraticable et absurde et elle donna lieu à une controverse qui, sans toutefois amener de scission immédiate, ~ créa des partis et éleva un point sérieux de contestation entre les différentes classes du ijcuple. Le pays, épuisé comme il Tétait, ne pouvait plus ni nourrir ni vêtir les quelques soldats restés sous les drapeaux, Par conséquent, renrôlenient des nègres, sous toutes les circonstances [)ossibles ne pouvait qu'ajouter ({u'une difiiculté de plus aux pénibles embarras du moment» Ivélativement à cette question, la politique du gouverne^ meut fut, comme presque toujours, lamentablement faible et imprévoyante. Sup})0ser que l'on put accomplir avec des soldats nègres ce que les troupes blanches n'avaient pu faire, — elles qui avaient un intérêt bien plus immédiat dans le succès de l'entreprise, sans parler de tous lem-s éléments de supériorité, — était d'une absurdité, extrême Les résultats pratiques de la législation du Congrès à ce sujet furent d'une exiguité ridicule et semblables à toutes

les mesures adoptées par lui pendant sa dernière session : ~— prétentions de tout taire, et résultats puérils et absurdes. La proposition d'armer les nègres fut faite en novembre ISG-t et discutée jusqu'en mars 1.SG5; la conclusion fut un compromis indécis, adopté à la lin de la session, et duquel la question (.Vcnia/ic/jHtf/o/t pour récompense des services du noir était exclue à dessein; le Président autorisa simplement à accepter des maîtres tels esclaves qu'ils voudraient envoyer eux mêmes prendre les armes pour le service de la Confédération.

Une telle législation, si faible, si indécise, peut être regardée connue un indice de ce sentiment de désespoir encore vague qui assombrissait la perspective ; de ce sentiment qui fit concevoir de grandes mesures, et ne décidât que des résultats insignifiants, — qui montra son manque de sécurité et n'eut cependant, pas assez de nerf pour faire un eilbrt pratique et persistant qui put assurer son succès.

CHAPITPvE XL.

MAllCIIE DE SIIEMAN DE SAVANNAH A GOLDSBORO. ~ CHUTE DE COLUMBIA, DE CHAELESTON ET DE WILMINGTON -BATAILLE DE BENTONSVILLE,

.TTVNVITCTJ-TVr.'VUS^ 18«fî.

En occupant Savannali, Sherman n'obtenait pas seulement une capture d'une immense importance, de vastes dépôts de coton et un matériel d'ordonnance considérable, — que, suivant une coutume quelque peu orientale, il offrait à son maître à Washington, — comme "cadeau de Noël; " — mais il entrait aussi en possession d'une position d'une grande valeur au point de vue militaire (LXXV.) Des rives du tSavannal], il voyait ouvertes devant lui toutes les avenues déboueliant dans la Caroline du Sud, et il en découvrit ce- ])enilant une nouvell<', aboutissant aux régions qui devenaient le dernier théâtre d'opérations dans la Confédération. Les journaux du Nord déclarèrent que quand les légions de Sherman passèrent le Savannah, et se préparèrent ù entrer dans la Caroline du Sud, elles "poussèrent des hurlements do joie." C'était pour elles un motif de réjouissance que cette réalisation de tant de souhaits et de tant d'espérances haineuses, — voir l'Etat le plus exécré de la Confédération courbé sous leurs baïonnettes ; ses biens et ses personnes à la merci de leurs outrao;es.

L'idée primitive du général Grant, avant môme que Sherman n'eut occupé Savannah, avait été d'ordonner à ce

dernier d'établir ime base d'opérations sur la côte de l'Atlantique, d'y laisser une forte garnison d'artillerie et de cavalerie et de se rendre, immédiatement par mer à City Foint avec le reste de son armée, de manière à effoctuor la capture de l'armée de Lee par une jonction avec Grant, ou de l'écraser sous la toute puissance du nombre. Mais ce plan d'oi)érations fut changé. " Le 18 décembre," écrivît le général Grant, " a3^ant reçu la nouvelle de la défaite et de la déioute comjdète de l'armée de Hood ])ar l'armée du général Thomas ; considérant que vu les grandes difficultés d'obtenir des moyens de transports voaritimes, il faudrait plus de deux mois pour amener l'armée de Sherman aux lignes de la Virginie, et ne sachant encore si elh^ ne pourrait, en opérant dans la région où elle était arrivée, contribuer aussi efHcacement au succès final qu'en revenant vers le Nord ; — j'écrivis au général Sherman à ce sujet, et lui demandai son avis et quelle était la combinaison qu'il considérait comme la meilleure. Quelques jours après, je reçus une lettre, de lui datée du 16 décembre, accusant réce]>tion de mon ordre du G du même mois, et m'infovmant qu'il se préparait à mettre cet ordre à exécution, aussitôt qu'il au-

. (LXXV) '!'ou,s les mouvements de l'évacuation de Savaiinuli avaient été exécutés d'<aprè3 les ordres du général Beauregard, qui avait fait constinire

un pont fiottunt sur la liviere Savannah, attendu que les radeaux et les bateaux du port n'auraient pu suffire au passage de plusieurs milliers d'hommes

accompagnés d'artillerie, de bagages, de munitions et de trains d'approvisionnements, et dans une saison de l'année ou d"épais brouillards augmentaient

encore les dangers du passage à un tel point qu'il était souvent ditlicile aux bateaux à vapeur de l'effectuer.

La grande erreur du général Sherman fut d'avoir essayé d'ouvrir des communications avec la flotte de Dahlgren, au détruit d'Ossabaw, au Fud de

Savannah, au lieu d'entrer innnédiatement en communication avec la tiotte fédérale mouillée au Port Ro3'al, au nord de cette ville. Dans ce dernier cas»

l'armée de Ilardec eut été entièrement coupée de Cbarleston et Sherman eut pu la capturer toute entière. Déplus, la ville de Charleston serait tombée

sans coup férir.

Au point de vue de la science militaire, la marche de Sherman, d'Atlanta à la côte de l'Atlantique, n'a rien ajouté à la réputation de cet officier.

[N. du trad.]

rait pu se procurer les transports. Il me disait aussi qu'il avait d'abord pensé de marcher, après que la ville de Savannali eut été capturée, sur Columbia (Caroline du Sud), de là sur Ealeigli et ensuite de venir me rejoindre en Vir- ^Ime ; mais qu'une telle marche lui jirendrait environ six semaines à partir de son départ de Savannah, tandis que pai' mer il comptait pouvoir arriver dans le milieu de janvier. La confiance qu'il manifestait par cette lettre dans le sucrés d'une telle marche par Columbia et Raleigh, et dans la possibilité do se joindre avec moi, me plut, et sans attendre une réponse à ma lettre du 18, je lui envo3'ai, le 28 décembre, l'ordre de faire immé:liatement tous les préparatifs pour partir sans délai de Savannah comme il l'avait d'abord proposé, de détruire les chemins de fer de la Caroline du Sud et de la Caroline du Nord, et de rejoindre les armées opérant devant Richmond, le plus tôt qu'il pourrait le ftxire."

Vei-s le milieu de janvier, les troupes de Sherman s'ébranlèrent et prirent le cliemin de la Caroline du Sud. L'aile droite, sous Ploward, se rendit par eau à Beaufort, où elle commença à détruire le chemin de fer de Charleston. L'aile gauche, sous Slocum, accompagnée de la cavalerie de Kilpatrick, traversa le Savannah à Sister Ferry et remonta dans la direction d'Augusta. Le but de cette disposition des forces fédérales était de tromper les Confédérés à propos du point objectif réel de Sherman, de diviser leurs forces entre Augusta et Charleston, laissant ainsi sous l'imjDression que chacune de ces deux places était menacée ; d'empêcher ainsi une concentration qui aurait pu faire, des rivières à traverser, autant de lignes dt- défense successives, et enfin d'écarter toute espèce d'obstacles de sa route jusqu'à ce qu'il eut atteint Columbia, son but réel (LXXVI).

Le mouvement de l'aile droite, sous Howard, menaçait Charleston et Branchville et pendant qu'une division restait à Pocotaligo pour faire croire à une marche sur Charleston, en suivant le chemin de fer qui passe à une petite distance de ce point, le reste du corps d'armée remontait le Salkahatchee, traversait sans rencontrer d'opposition cette rivière, qui eut pu être convertie en une ligne de défense sérieuse,

et s'avançait sur le chemin de fer d'Augusta à Charleston. Le G févriei-, Howard occupa deux points sur cette voie ferrée, Ramburg et Midway, et il commença à détruire les rails. L'aile gauche de Sherman était arrivée sur un point du même chemin de fer plus rapproché d'Augusta et commençait aussi, de son côté, l'œuvre de destruction.

Une longue ligne d'incendie et de pillage avait nuirqué les étapes de Sherman depuis son départ de Savannah jusqu'au moment où il eut atteint cette importante voie de communication ; de noires colonnes de funrée monti'aient chaque place où les incendiaires avaient fait une pause. En Géorgie, cependant, ils n'avaient pas brûlé une grande quantité de maisons, mais une fois dans la Caroline du Sud, les troupes suivirent une autre ligne de conduite et détruisirent ou mirent en cendres tout ce qui se trouvait sur leur passage; la partie méridionale de ce malheureux Etat devint en quelque sorte un vaste bûcher. .On mit le feu aux forêts de pins et aux fabriques de résine; au.K édifices publics et aux maisons particulières. Au milieu du jour, la clarté du ciel était obscurcie jiar les gigantesques colonnes de fumée qui s'élevaient de tous côtés; pendant la nuit, les liants jùiis des forêts semblaient autant de piliers incandescents.

Mais les scènes de pillage et de sévices c|ui accompagnaient cette œuvre de destruction étaient plus terribles encore. De longues traînées de fugitifs encombraient les chemins; les femmes et les enfants cherchaient à sauver de la rage des pillards les quelques chevaux ou bestiaux qui leur restaient. Les malheureux incendiés, à moitié nus, passaient les longues nuits d'hiver dans des buissons, derrière quelques murs laissés debout par l'incendie, dans de vieux trains de chemins de fer abandonnés sur la voie. Plantation après plantation, village après village, signalait à l'étape prochaine, par une vaste nappe do flammes, l'arrivée de l'implacable ennemi et l'avertissait du sort inévitable qui l'attendait à son tour. Les troupes s'emparaient du maïs et du blé qu'elles trouvaient dans les greniers, en enlevaient une partie et jetaient le reste dans le feu ou le faisaient fouler aux pieds par leurs chevaux. Les routes étaient couvertes de wagons, de bestiaux ou de chevaux tués, de meubles dé-

^LXXVI) Dans les derniers jours de décembre, le général Sherman se trouvait encore à Savannah. Les généraux Beaiircgard, llardee, G. W. Smith et P. H. Hill eurent une conférence à Augusta et il fut déterminé de concentrer toutes les forces de la Caroline du Sud (y compris la garuiBOu de Chai leston et de ses défendes) et de la Géorgie, à Branchville ou à Columbia, (Caroline du Sud.) Aussitôt qu'il fut connu d'une manière certaine que Shcr man allait quitter Savannah pour remonter au Nord, on fit tons les préparatiis nécessaires pour s'opposer à son mouvement, mais malheureusement, en raison du manque de trains de charrois, il n'^^eu qu'une faible portion du reste de l'armée du Tennessee du général Hood, moins de 3,000 hommes de la division Stevenson, qui arriva k Columbia à temps peur opposer quelque résistance à l'avant-garde de Sherman. Dun autre côté, le général Ilanleo, malgré les conventions faites à Augusta, refusa d'évacuer Charleston à temps pour opérersa concoutration h Columbia A vrai dire, la rapidité de la marche de Sherman fut telle qu'on ne put liiire de concentration qu'à Bentonsville, près de Goldsborough [Caroline du Nord], et quand il fut impossible de profiter de tous les avantages qu'aurait offerts une concentration rapide de nos troupes, après l'arrangement fait à Augusta.

Quand Sherman eut atteint Columbia, le généial Beaurcgard l'ccommanda aux autorités confédérées de masser toutes les troupes de Charleston et des deux Caroiines en face de Sherman pour s'opposer à toute avance ultérieure et même lui livrer bataille et essayer de le repousser à la première occasion propice. Feu de temps après, le même officier-général demanda qu'on abandonnèt Richmond pour qu'il fut possible à une portion de l'armée de Lee de se détacher et d'augmenter ainsi l'armée confédérée qui se massait devant Sherman. Après la défaite de celui-ci une coiiccntration générale de toute.s les forces disponibles des Etats de la côte atlantique eut pu être faite, et cette agglomération jetée sur l'armée de Grant.

Mais ce^ suggestions ne furent point écoutées, et les derniers événements de la guerre ont prouvés que ce plan oïrait des chances da succès que n'entraînaient pas les mesures contraires adoptées par l'administration de Kichmond. [^^- du trad.]

tnihs. (Souvent, qnaud les pillards ne pouvaient détruire ou omportci' quelcjue meuble précieux, quel(|ue livre ou ta- Ideau, une bouteille d'encre, d'huile on de thérébentine jetée «ur l'iAjjet trouvé en annulait complètement la valeur. Les cavrdiers faisaient entrer leurs clicvaux dans les apparteinents, et pas un meuble, pas un livre, pas une (xnivre d'art ne restait intacte quand les bandits quittaient la maison ([u'ils avaient choisie comme leur proie. De magnifiques phmtations, des édifices centenaires furent dévastés, rançonnés, biûlés sans merci ; leurs habitants restaient nus, affamés, sans abri et obligés de glaner dans les camps successivement abandonnés par les Fédéraux quelque UKu-ceau de pain ou quelque épi de maïs épargné par les chevaux de l'ai-mée.

ïSlierman avait dans son armée un élément unique et nouveau qu'il se glorifiait en quelque sorte d'avoir organisé, — les l)aiides de bummcrs (LXXVII). Les misérables désignés sous ce nom avaient reçu pleine permission de se disperser en Ibun'au'eui's dans le voisinaire de la li^^ne de marche de l'ar-

butin,— dignes prouesses d'assassins et de voleurs organisés (-).

Nous avons laissé Slierman ari'i\'é aux rives du Salkahatchee et occupant la péninsule f )rmée entre cette rivière et l'Edisto. De là, il pouvait s'avancer, à son gré, sur Augusta et sur Charleston; mais il ne choisit aucune de ces places. Dans son rapport officiel, il expliqua ainsi sa détermination : " Hans perdre ni mon temps ni mes effoits à Branchville ou à Charleston, et sachant i\w(i ronnemi ne pouvait ])lus lono^temps occuper ces points, je fis avancer mes colonnes en ligne droite sur Columbia." Le 16 février, l'avant -garde de l'armée fédérale arrivait sur les rives de la Saluda, en face de la capitale de la Caroline du Sud.

Jusqu'au dernier moment le peuple de Columbia avait espéré que la ville serait vigoureusement défendue et que Sherman rencontrerait enfin devant cette ville mi obstacle sérieux à sa marche vers le Nord. Mais cette misérable et persistante explication de man(|ue de concentration des forces confédérées fut encore renouvelée ici. Le général Hardee

mée, et s'enfonçaient souvent à une distance de [>lus de; n'était pas homme à dii'iger les opérations d'une grande arvingt milles de la colonne principale, volant, bi'ûlant, dé- ; mée, et il n'avait jan}ais })U contrôler les forces qui lui Irnisaiit tout sur leur passage; commettant des crimes sans ; étaient confiées. Les débi'is de l'armée de Hood, les corps non), et. toujours assurés d'être bien accueillis aux can.i})S de j de Clieathani et de Stewart, avaient été envoyés à Augusta, l'nrniée (juand ils revenaient sur des chevaux chai'gés dejOÛ ils ai'rivcrent a[)^»^s ([ue Slierman eut pris possession du l)utin, ou ;icconipagnés de charettcis volées, reiii[»lies de vo-! chemin de fer de (Jliai'leston. Retranclié à Branchville, dans

lailles ou de provisions. Rien ne contrôlait les actes de ces bandits, et le général fcshernian lui-nu'^uie tolérait ces brigandages et méuje les autorisait ouvei'tement ou im[)licitement. Un fait le [trouve : Quand, à la liti de la guerre, l'armée fit son entrée triomphale dans Washington, les oiganisations de '■ buniniei's" avaient une [){ace distincte diins le défilé, et les autres troupes excitaient peut-être moins d'admiration et de curiosité dans la foule que ces pirates de terre, montés sur des mules volées et courljés sous le poids des débris de mobilier, de vêtements et de toute sorte de

la [)aitie inférieure de ce chemin, Hardee ne [touvait se [lersuader que. Cliarl(\st()n n'était jioint l'objet principal des rjpéi'ations du général IShennan, et il persista à se tenit derrière ses fortifications pour protéger cette ville, quoiqu'il n'eut pas assez de troupes pour résister sérieusement au général fédéral, si celui-ci avait réellement eu l'intention de s'avancer sur Charleston. Les seules forces confédérées qui s'opposaient donc à la marche de l'ennemi sur Columbia étaient les détachements montés de Hampton, AVheeler, Butler, etc., et, bien qu'ils fussent capables de harceler sé-

('.XXVIl) Biuiimer : mot à peu près intraduisible et applique pour la première fois d'une manière caractéristique a certains détachements du larujée de Sherman qui se séparaient de la colonne principale pour piller et ra.içonuer le voisinage. S'il existait en français un terme plus fort que celui de pillard ou de bandit de grand chemin, il pourrait représenter le mot anglais avec exactitude. [iV. du trad.]

(*) Un correspondant du New-York Herald, qui .suivit Sherman dauo ta marche a travers les deux Caroline:', décrit ainsi le biunmer.

" Tout homme qui a vu les individus "désignes sous le nom de hiimmer et les (Euvres accomplies par eux, conviendra que ce nom est admirablement choisi. Iniaginez-vous un homme en haillons, noirci par la Fumée d'ini f^'u de pomines de pir, monte sur une mule rétive, sans selle et portant au euté une ccirabine, un sac et un long couU'au de chasse, cuifî'e d'un chapeau troue, se frayant un ciiemin h travers les forets de [lin, loin des flancs de la colonne princi|iide, habile h Ihiirer dans une ha!)italion rebelle les provisions, l'argenterie, le mais et tout ce qui offrait quelque valeur, et vous aurez devant vous l'image lidelc du hinnmcr. Jugez combien vous seriez disposé à l'admirer, si vous étiez une l'emm.', enioureo de quelques petits enfants, loin de tout appui, isolée du reste du monde et qu'un de ces individus vint vou? demaïKler où vous cachez vos valeurs ! fmaginez-vous quelle serait votre jouissance si vous le Vdviiz ouvrir votre armoire avec sa baïonnette, biiser vos meuldcs, détruire pianos, ch'^^ises, etc., déchirer votre linge de lit en bandelettes de trois pouces de large et jeter le tout dans la cour ! Car le Ini/iuncr dit (pi'il n'a j.^as le temiis de se servir de clés. Ces t)andits de grand chemin ne font aucune dis liiiction de couleur. Ils vont dans une cabane de nègres, à la recherche de diamants et de montres en or, avec autant de sans-façon et de vivacité que dans la demeure d'un riche planteur. En un mot, ils paraissent mus par un esprit de destruction tout particulier. Un incident entre mille le démontrera: Un ^^((mmcr entra un jour dans une maison et demande du sirop de sorgho. La dame du logis lui en présenta une jarre pleine; il prétendit que c'était trop lourd et il se contenta d'en remplir sa gourde, puis il cracha dans le vase le tabac qu'il avait dans la bouche. La dame stupéfaite, lui demanda pourquoi il souillait ainsi ce dont il n'avait pas besoin : " Oh ! rcpondit-il, quelque autre viendra et vous demandei'a aussi du sorgho ; en le goûtant, il pensera que vous l'avez empoisonné, il bridera alors votre damnée vieille maison. " Dos centaines de ces bandits se détachaient do la colonne principale et pillaient tout sur leur passage. Quelques-uns étaient courbés sous le poids de l'argenterie, de l'argent monnayé et d'objets de valeur emportés çà et là. Je n'exagère rien en assurant que les trois cinquièmes (en valeur) des propriétés personnelles des comtés que nous avons traversés, ont été pris par les soldats do Sherman. "

rieusement les colotmes de Sheiman, leur force dc*résistance ne pouvait naturellement rien au delà de quelques escarniouelies.

Jusqu'au dernier moment, on espéra cependant que Columbia pourrait être sauvée." On affirmait que les corps de Cheatliam et de Stewart arrivaient à marches forcées; qu'ils allaient faire leur jonction avec les forces du général Beauregard, et telle était la détermination des troupes, et celle d'un de leurs généraux au moins, que la cavalerie de Hampton était encore déployée en bataille et n'attendait que le commandement de cliarger, au moment même où l'avantgarde de Sberman entrait dans la ville. IMais les horreurs d'un combat dans les rues d'une ville sans défense, j)euplée de femmes et d'enfants, furent prudenunent évités, et les troupes confédérées se retirèrent de Columbia au moment même où les Fédéraux y entraient. Cependant le brave et chevaleresque Hampton désirait ardemment livrer bataille; quand il fut proposé d'arborer le drapeau blanc sur l'hôtel de ville, il menaça de l'en arracher, mais il se détermina enfin à quitter la ville, — si lentement, qu'une partie de ses troupes passa sur le chemin de Winnsboro en vue de la colonne d'avant-garde de l'ennemi, et lui fit croire à un mouvement de flanc effectué par la cavalerie (LXXVIII).

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