CHAPITRE XLI
CONFERENCE ])E LA EORTEIIESSE MONROE. - DERNIERES BATAILLES DEVANT PETERSBURG, IIARE'S HILL, EIVE FORKS.-EVACUATION DE PETERSBIIRG
ET DE RIGHMOND.
FEViilEIÎ.-j^VIlIL 180;>.
Durant les premiers mois de 1865, le général Lee n'avait pas plus de trente-trois mille hommes pour tenir à la fois Iiicbmond et Petersburg. Au même moment les forces de Grant, d'après les évaluations du département de la guerre fédéral, montaient à plus de cent soixante mille hommes; telle était l'inégalité énoririe des forces lors des dernières luttes qui eurent })Our objet la possession de Eichmond. Les lignes de Lee s'étendaient d'au-dessous de Richmond au nord de la rivière James, jusqu'au cours du Hatcher's Iiun, au-delà et au sud de Petersburg. Ses défenses avaient quarante milles de longueur, et l'on conçoit qu'avec de si petites forces répandues sur une pareille étendue, son front de bataille devait être aussi claii'semé qu'une ligne d'éclaireurs. Le service était incessant, et les corvées fatiguantes au dernier degré. Les Confédérés n'avaient pas de réserves ; il en résultait que quand une brigade qvnttait un point quelconque pour se porter au secours d'un autre menacé par l'ennemi, la position abandonnée était forcément en grand danger. Dans de pareilles extrémités, Lee n'avait pas encore désespéré de la cause de la Confédération, mais il sentait profondément le danger. Dans de fréquentes conférences avec les comités du Congres de Richmond, il avoua fi'anchement son anxiété, insista sur la levée de troupes noires, et rejeta avec fermeté toute idée d'abandon de la cause confédérée au moyen de négociations prématurées avec Washington. Dans une de ces occasions, il déclara qu'il aimait mieux mourir sur le champ de bataille que de se rendre, — sentiment qui fit hausser les épaules à un
"unioniste" bien connu à Richmond, lequel remarqua que le " général Lee parlait comme un enfant."
Le peuple de Richmond était au reste très peu au fait de réifrayante diminution de l'armée de Lee, et, en général, toute la Confédération était tenue avec soin dans la plus complète ignorance de la situation militaire. Le gouvernement s'entourait de tant de mystère, qu'il avait été défendu aux journaux de publier quoi que ce fût des affaires militaires, excepté les courts rapports et les télégrammes tranqués fournis aux rapporteurs par l'autorité et copiés sur les pupitres du département de la guerre. Il en résulta ceci : d'un côté, l'esprit public devint complètement découragé ; de l'autre, très peu de monde en dehors des cercles officiels de Richmond se doutait des tristes extrémités auxquelles étaient réduites les armées et les affaires de la Confédération. Il y avait assez peu d'attente de ce qui allait bientôt arriver. Le sentiment public flottait dans l'incertitude ; et quoique dans l'impossibilité de trouver nulle part un terrain bien net pour y asseoir ses espérances, il luttait encore avec ses vieilles convictions contre la réalité et s'obstinait à apercevoir à l'horizon quelque lueur favorable. Chacun affirmait bien que les affaires de la Confédération étaient en mauvais état ; chacun sentait vaguement qu'un malheur allait arriver, mais personne ne connaissait la condition et le nombre des armées de la Confédération. Personne ne voyait à quel point son système de défense était ruiné. Il était difficile, en vérité, de croire que l'armée de la Virginie septentrionale, — cette armée d'où,
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
pendant (jiuttre aus, n'étaient arrivés que des bruits de victoire, — en fût réduite à ne pins pouvoir se livrer à aucune opération offensive; il était difficile d'abandonner tout espoir et do ne pas croire qu'un heureux événement, ayant lieu quelque part dans la Confédération, n'en rétablit pas les aflaires sur un pied satisfaisant. Que si l'on apercevait bien la subjugation comme la conclusion forcée de la guerre, le jour en paraissait bien incertain encore et bien éloigné. Et dans les rues de Richmond on citait Vopinion du général Lee, lequel affirmait qu'à tout événement la Confédération pouvait tenir encore un an la campagne. On vivait au jour le jour. L'idée d'indépendance régnait toujours dans les conversations vagues de la foule, et la cantatrice favorite du théâtre de Richmond chantait tous les soirs au milieu il' applaudissements frénétiques : "Adieu pour jamais à la bannière étoilée." Puis s'élevaient les sourdes rumeurs de retours de fortune impossibles, indices certains de l'état du désespoir de l'opinion publique. Parmi ces rumeurs brillaient toujours les éternelles nouvelles do négociations de paix et de reconnaissance de l'Europe. Quelques semaines avant la chute de Richmond, les personnes les mieux informées de la ville, quelques rédacteurs de journaux et le ministre du président Davis, répandirent pendant trois ou quatre jours le bruit qu'un envoyé de France avait débarqué sur les côtes de la Caroline du Nord, qu'il était sur le chemin de Riclunond, apportant la nouvelle de la reconnaissance de la Confédération par l'empereur Napoléon !
Mais au milieu de cette triste et décourageante condition de l'esprit public, arriva une rumeur celte fois assez bien fondée de pacification, ~ événement qui devait donner lieu à un dernier appel à l'intrépidité du Sud.