‹ La cause perdueChapitre 79 sur 85 · R. E. LEE · texte numérisé non relu

R. E. LEE

Général, Armée des Etats-Confédérés.

Au lieutenant-général Grant, commandant les armées des EtofsAJnh.

9 avril 1S65.

Ail. créniral R. E. Lee, commandant des armées des Etats-Confédérés .

General, — • Votre note d'hier est reçue. N'ayant aucune autorité pour traiter au sujet de la ]iaix, l'entrevue proposée par vous pour dix heures du matin ne peut aboutir à rien de satisfaisant. Je vous dirai cependant, général, que je .suis autant que vous désireux de la paix, et que tout le Nord éprouve le même sentiment. Les termes sur lesquels cette paix peut être obterme sont l)ien définis. En mettant bas les armes, le Sud hâtera l'arrivée de cet événement si désirable, sauvera des milliers d'existences, et des centaines de millions do dollars en propriétés qui n'ont pas encore été détruites.

Espérant sincèrement que nos dilïieultés peuvent être résolues sans aucun autre sacrifice d'êtres humains, je me déclare,

l'rés respectueusement.

Votre obéissant serviteur, U. S. GRANT, Lieutenaut-general, Armée des Etats-Unis.

9 avril 1865- Genéral, — J'ai reçu votre note de ce matin sur ia ligne d'éclaireurs,- où je m'étais rendu pour vous rencontrer et fixer définitivement quels sont les termes de votre proposition d'hier au sujet de la reddition de l'armée.

LA CAUSE PEEDUE

Je demande luaintenant une entrevue sur les bases de l'otï're faite par votre lettre d'hier à ce sujet.

'l'res re.spectueuscMient,

Votre obéissant serviteur, R. E. LEE, gênerai.

Au lieutenant-o.énêroJ Grant, commandant les aimées des Etat-j-Vuis.

9 avril 1865.

Av. gênerai R. E. Lee, ccmmnnJaitl hs armées des Etat?-Confédêiés.

Votre note de ce matin est en ce moment, 11 heured 50 minutes du iii;itin, entre mes mains.

Ayant passe du chemin de EicLmond ;i Lynelibui-g à cciui <k' Faiiuvillc à Lynchburg-, je me trouve maintenant à quatre milles à l'ouest de l'église ^Valter, et je me rendrai sur le front de l'armée dans le but de conférer avec vous.

Un avis à moi envoyé sur ce chemin, et précisant l'endroit où vous désirez que l'entrevue ait lieu, me fi-ouvcra ici.

Très respectueusement,

Votre obéissant serviteur, U. S. GRANT, Lieutenant "cneral.

AeeoMATTox Coukt-Uoiisk, !I avi'il L'^Gô. A\i. général R. E. Ln\ romnr.nnluul lis armé-jsdcs Elals-Cunfcdérés.

Conformément a l'esprit do ma lettre à vous a,dressec le S courant, je propose de recevoir la reddition do l'armée de la Virginie septentrionale aux termes suivants :

Les rôles de tous les olTiciers et soldats seront faits en duplicata, une eojiie sera remise à un officier choisi par moi, l'autre sera gardée par tels officiers que vous pourrez désigner.

Les officiers donneront leur parole per.-onnelle de ne prendre les armes contre le gouvernement des Etats-Unis qu'après leur échange régulier ; cha. '(MO commandant de régiment ou de compagnie signera une promesse ana loguc pour les hommes dj^son eominandement respectif.

Les armes, l'artillerie et les proi)rietes publiques seront remises à des officiers désignes par moi pour les recevoir.

Celle clause n'embn.sse pas les armes particulières des officiers, leurs ehe- "\aux ni leur Ijagage.

('eci h'û, (liaqiiç fjjhicr ri sohlu! jinarra rctnuincr (hni'i ses joilcrs, sans e're inyaiele par /<s aniortirs flrs Etals-Unis, tant qu'il oliservc ra la jiarolc di.'unee et les lo's en vigueur dans la localité où il résidera.

'J'res respectneuseinent,

Votre obéissant serviteur, U. S. (iRAN'l', Lieutenaiit-seneral.

QcARTIER-GeNFEaL DR LAR.MEE DE I,A ViROIME SkFTEX IKIOXAI.F,

'.) avril 18G5.

Au heutenant-réiiéva/ f-raaf. rrnuvandanl la arirtéen des Etah-JJnis.

Général, —J'ai yrc\i v,,tre lettre de cette même date, contenant les tei- mes de la reddition de iarmcc de la Virginie septentrionale, tels que vous jes proposez. Comme ils sont, dans leur essence, les meniey que ceux de votre lettre du b courant, ils sont acceptes, et je désignerai les officiers qui eu mettront les stipulations .-» efïet.

Très respcetueusenKiit,

Votre obéissant serviteur, R. E. LEE, gênerai.

L'entrevue des deux commandants eut lieu dans la mai-

son de M. Wilmer Mac Lean. L'occasion était splendide pour une démonstration mélo-dramatique, et chaque incident de cette scène mémorable eut éveillé l'attention universelle ; mais on évita tout prétexte à " sensation " et on prit à lâclie de rendre cette entrevue aussi simple que possible. Personne au monde n'abliorrait plus l'apparat et la pompe théâtrale que le général Lee. Dans son entrevue avec Grant, il se montra quelque peu taciturne, mais rien en lui ne trahit l'humiliation ou tout autre sentiment. " Sa conduite," écrivit un officier fédéral, témoin oculaire de cette scène mémorable, " fut celle d'un gentilhomme parfaitement maître de lui, ayant une tâche désagréable à remplir, mais déterminé à s'en acquitter le mieux et le plus tôt possible."

Le général Léo n'était accompagné que du colonel Marshall, \\\\ de ses aides-de-camp. Après des salutations courtoises, les deux commandants abordèrent simplement le sujet de l'entrevue ; quelques explications furent demandées par le général Lee à propos de la signification de certiiines phrases de la capitulation, puis, sans aucun autre remarque ou question, l'acte qui mettait hors d'existence l'armée de la Virginie septentrionale fut enfin conclu et signé !

Quand on vit le général Lee se rendre à l'arrière, la rumeur de la reddition parcourut toute la ligne confédérée avec la iMpidité de l'éclair. Ou aurait pu supposer que les troupes, harassées par des fatigues sans nom, qui restaient l'arme au bras en attendant le résultat de la conférence tenue à la maison Mac Lean, auraient poussé des cris de joie à la nouvelle que leu s souffrances étaient enfin terminées, quelle que iVit la manière dont ce résultat eût été obtenu, et qu'elles se seraient réjouies de la fin de cette longue agonie. Mais tels ne furent pas les sentiments de l'armée, quand vers trois heures et demie de l'après-midi, on vit le général Lee j'cvenir pensif à son quartier-général et lorsqu'on sut que la reddition était un fait accompli. Les principaux officiers s'étaient réunis, en jjrévision du résultat de la conférence, et attendaient le retour du commandant eu chef Quand les termes de la reddition furent connus, ils s'approchèrent de lui tour à tour, tendirent la main à leur bien aimé chef, et lui exprimèrent leur approbation de sa conduite et leur regret de le quitter. Les lignes de batail'es, réorganisées en vue d'une re}»rise possible des hostilités, furent bientôt brisées, mais un silence digne régna dans cette foule ; aucun hoiu'ra, aucun cri indécent, et les soldats ne rompirent leurs rangs que pour essayer à <pii d'entre eux pouvait encore une fois toucher la main du grand capitaine. Cette scène fut touchante au suprême degré. Ces hommes rudes et hâlôs, qui tant de fois avaient bravé la nioit et mille dangers, avaient maintenant les larmes aux yeux ; groupés autour de leur chef tant aimé, ils cherchaient, par des paroles de sympathie et de consolation, à alléger son fardeau et à adoucir les angoisses qu'il devait ressentir. Si souvent, il les avait encouragés par quelque parole bienveillante, quand, atteints sur un champ de

bataille meurtrier, ils versaient leur sang pour la grande cause ; tant de fois il avait relevé leur courage lorsque à la veille du combat, une marche fatigante les laissait en arrière des colonnes. Maintenant, simple comme il l'avait toujours été, grand comme l'étaient les héros de la Rome antique aux jours néfastes, le brave chef gardait une attitude digne de lui et, au lieu d'adresser à ses compagnons d'armes quelque harangue ou quelque explication de sa conduite et la manifestation de ses regrets, il se contenta de leur dire, la physionomie altérée par tant de souvenirs glorieux et funestes : " Mes amis, nous nous sommes battus ensemble pendant toute la durée de la guerre ; j'ai fait du mieux que j'ai pu pour vous. "

Le lendemain de la reddition, le général Lee prit formellement congé de l'armée '^w: cette adresse simple et virile :

Quartier-Oexeral ue l'Arjiee de la A'irginie Septentrionale.

10 avril 1865.

Après quatre années d'un service laborieux, signalées par des actes de courage et de grandeur qu'il est impossible de surpasser, l'Armée de la Virginie septentrionale a été forcée de céder devant la supériorité écrasante du nombi'e et des ressources.

Je n'ai pas besoin de dire ù ceux qui ont survécu à tant de batailles meurtrières et qui sont restés debout jusqu'au dernier moment, que si j'ai consenti à accepter un tel résultat, ce n'est pas par manque de confiance en eux. Persuadé que leur valeur et leur dévouement ne pourrait désormais rien accomplir qui put compenser les pert?s qui auraientrésulté de la continuation des hostilités, je me suis déterminé à éviter le sacrifice inutile de ceux que leurs services passés ont rendu chers à leurs compatriotes.

D'après les termes de la convention, les officiers et soldats pourront retourner dans leurs foyers et y rester jusqu'au moment de leur échange.

Vous emporterez avec vous /a sutisfar.tioa qui résulle de la conmence dudevoir fidèlement accompli ; et je prie avec ferveur Dieu miséricor- <3ieux d'étendre sur vous sa bénédiction et sa protection.

Rempli d'admiration pour votre constance et votre dévouement à votre pays, et plein de gratitude pour votre considération et votre bonté à mon égard, je vous adresse un adieu affectionné.

R. E. LEE, général.

Le 12 avril, Varmée de la Virginie septentrionale eut sa dernière parade. En vertu des arrangements faits j^ar les commissaires de la reddition, les troupes défilèrent division par division et mirent bas leurs armes et leurs équipements sur un plateau situé dans le voisinage d'Appomattox Court-House. Environ sept mille cinq cents soldats rendirent leurs fusils, mais la capitulation comprit également environ dix-huit mille traînards ou soldats désarmés qui vinrent pour bénéficier des avantages de la reddition et accepter les paroles de prisonniers. Mû par un louable sentiment de délicatesse, le général Grant n'assista point à cette cérémonie ; et depuis l'entrevue du 9, il s'était constamment tenu à l'écart.

Ce commandant fédéral, pendant ces dernières scènes du grand drame, s'était vraiment conduit avec une magnanimité et un décorum dont il faut lui savoir gré et dont se

rappelleront toujours ceux là mûmes qui lui ont toujours contesté ses autres titres à l'admiration populaire et ses capacités militaires. Ce fut avec une facilité remarquable qu'il accorda des conditions honorables à l'armée vaincue. Il ne fit rien pour donner de l'éclat à son succès ; il ne fit aucune entrée triomphale à Richmond, il évita toutes ces exagérations théâtrales si chères aux sentiments du peuple nordiste ; il épargna tout ce qui pouvait blesser le cœur ulcéré des vaincus ou leur faire sentir leur humiliation. Aucune proclamation ampoulée, aucune •'•'sensation;" il reçut la reddition de son adversaire avec cette courtoisie respectueuse que l'on doit à tout ennemi honorable, et il dirigea les dernières formalités de la reddition avec toute la simplicité possible.

Dans l'après midi du 12 avril, le général Lee, accompagné de cinq membres de son état-major rentra à Richmond et s'arrêta dans sa maison de la rue Franklin. Il avait traversé rapidement la ville, désirant échapper à l'attention publique ; sur son chemin des ruines noircies jetaient une ombre sinistre dans les rues, d'étranges et nouvelles figures se montraient sur les places publiques, mais il fat impossible à un homme de l'apparence martiale du général Lee de passer sans exciter la curiosité ; bientôt le mot '•' c'est le général Lee" vola de bouche en bouche et la foule s'amas- &a derrière les cavaliers. Le général se contenta de saluer en passant, mais en mettant pied à terre, il dut serrer la main aux plus proches et exprimer son désir d'entrer chez lui, avant de pouvoir jouir enfin des douceurs du foyer domestique.

A Washington, on considéra la reddition du général Lee comme la fin virtuelle de la gurre. A peine fnt-elle connue que le secrétaire Staunton télégraphia immédiatement à tous les les quartiers -généraux des armées et des départements militaires et aux commandants de tous les forts et arsenaux des Etats-Unis l'ordre de célébrer cet événement par un salut de deux cents coups de canon. Au général Grant, il envoya une dépêche ainsi conçue : " Grâces au Dieu Tout Puissant de la victoire dont II a couronné vos efforts et ceux des braves armées que vous commandez. Les remerciements de ce département, du gouvernement et du peuple des Etats-Unis, — dont l'honneur et l'intégrité ont été sauvés, — sont offerts à vous, et aux braves ofiiciers et soldats de votre armée."

Une immense multitude s'était assemblée devant l'hôtel présidentiel pour féliciter M. Lincoln. Comme d'usage, la musique, les illuminations, les feux d'artifices inaugurèrent cette solennité populaire ; puis la foule demanda avec impatience une adresse du Président. C'était là une grande occasion historique ; la gravité des circonstances, l'immensité des résultats, le souvenir des fiiits de cette lutte gigantesque, évoquaient d'eux-mêmes des paroles dignes et destinées à l'histoire, mais il n'en fat rien. Le président des Etats-Unis arriva et demanda qu'on jouât l'air "rebelle " de Dixie. "J'ai toujours pensé," dit-il, "que Bixie était

lin des meilleurs chants que j'ai j'amais entendus. Nos adversaires de là bas, ont essayé de le confisquer à leur profit, mais je prétends que dans la journée d'hier nous l'avons emporté de bonne guerre. J'ai soumis cette question à l'a- Tocat-général qui m'a donné son opinion officielle que Dlxie

est maintenant notre propriété. (Eires et bruyants applaudissements). Et maintenant que la musique répète le refrain."

Tel fut le discours caractéristique du président Lincoln, et, en même temps, sa dernière bouffonnerie.

ClIAPlTPiE XLlIl.

EEDBITION DE L'ARME K DE JOllXSTON- CHUTE DE MOBILE. WILSON.-REDDITION DES AEMEES DE TAYLOR ET DE

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