‹ La cause perdueChapitre 80 sur 85 · INCURSION DE L^ SMITH · texte numérisé non relu

INCURSION DE L^ SMITH

]VXAKS-3I.4l1 18«.3.

La reddition du général Lee fut évideninieiit l'événe- de soldats qui formait, eu rang d'importance, la seconde ment décisif de la guerre; les conséquences qui en résul- armée de la Confédération, — cette ai'mée qui comptait tèrent furent aussi importantes que rapides. La situation ; sur ses restes plus de soixante-dix mille hommes, et que des Etats de la côte de l'Atlantique, au sud de la Virginie, ] les désertions avaient réduites à moins d'un tiers de ce n'était rien moins qu'encourageante, et depuis quelque chiffre, — abandonna tout espoir de réussite et se prétemps déjà, cette partie de la Confédération était com- para à la reddition, plètement démoralisée. Les limites du commandement de :

Johnston comprenaient les deux Carolines, la Géorgie et reddition de l'akmée de johxston.

la Floride, et la destinée de toute cette immense région

dépendait d'une seule armée dont l'effectif n'était pas de Dans la nuit du 13 avril, l'armée de Slierman fit halte à vingt mille hommes. La relevé dos forces du général j une quinzaine de milles de Raleigh, quand elle reçut la Johnston, faite lorsqu'il se trouvait dans le voisinage de j nouvelle de la reddition de Lee. Le lendemain, elle occupa Raleigh, montrait un total de J.S,-37S hommes d'infanterie ; Raleigh, le général Johnston ayant suivi une ligne de reet d'artillerie, mais dont 14,17 9 seulement formaient les traite le long du chemin de fer par Hillsboro, Creensboro, cadres de combat, — et un peu plus de cinq mille cava- 1 Salisbuiy et Charlotte. Sherman commença la poursuite liers. La Floride était entièrement dégarnie de troupes, en traversant la tangente de cette courbe dans la direction et la Caroline du Sud se trouvait à peu près réduite à la 1 d'Ashboro et de Charlotte. Après que la tête de sa colonne condition de province conquise, car, à part une force de ^ eut traversé la rivière Cape Fear à Avens Ferry, il reçut

cavalerie comptant moins de p-'lUe chevaux, aucune orga nisation armée confédérée ne se trouvait dans cet Etat.

une communication du général Johnston, datée du 15 avril, lui demandant s'il était possible de conclure quelque ar-

Le désastre qui venait d'arriver en Virginie permettait aux rangement qui put éviter tout effusion de sang ultérieure. Fédéraux de lancer sur Johnston une double armée d'une i II fut décidé que les deux commandants auraient une supériorité alarmante, et, d'un autre côté, il devenait ex- ; entrevue personnelle à un point désigné; et le 18 avril, ils cessivement difficile d'obtenir des approvisionnement ; se rencontrèrent en eiTet sous drapeau parlementaire, dans l'ennemi avait capturé, dans toute l'étendue de la Confé- une ferme, à cinq milles de la station Durham. Sur la prodération, les usines et les ateliers qui pouvaient servir à position de reddition faite par Sherman, Johnston demanda la préparation des projectiles et à la réparation des armes. : quelques concessions plus générales que celles que Grant Ainsi embarassée, harassée et découragée, l'agglomération ; avait faites à Lee, et le résultat de cette requête fut une

sorte de " convention militaire," que le général Jolinston déclara avoir signé " dans le but d'épargner le sang de sa brave mais faible armée, de prévenir toutes les souflVances ultérieures que les populations pourraient éprouver par la dévastation et la ruine, compagnes inséparables de toute armée envahissante, — et d'éviter le crime de continuer une guerre désormais désespérée." Ce document, extraordinaire de la part de Sherman, fut ainsi conçu:

Mt'noranc/ui», ou hase cVarravgevurits, fa'tl ce dU-huilièinc jovr cVatriL de Vannée 1SG5, près de la Uaiion Durhavt, dans V Etal de la Caraline du Nord, par et entre le général Joseph E. Jolinston, commandant Vannée confédérée, et le major-gévcral T. W. Shi rman, commamlant Varméc des Etals-Unis dans la Caroline du Nord; — les deux étant présents :

1. Les armées opposées maiatpnant en campagne muintiendrout le staiu (juo jusqu'au moment où notice sera donnée par l'un à l'autre de leur commandant-général de la reprise dos hostilité:?, après an temps raisoanible, — soit quarante-huit heures.

2. Les armées confédérées aujourd'hui eu existence seront dissoutes «t les hommes conduits à leurs capitales d'Etat respectives, où ils déposeront leurs armes et les propriétés publiques en leur possession dans les arsenaux de l'Etat; chaque officier et soldat s'engagera à s'abstenir de tout acte d'hostiUtés et à attendre l'action des autorités d'Etat ou fédérales. Le relevé des armes et des munitions sera envoyé au chef du département d'ordonnance à Washington, sujet à l'action future du Congiùs des Etats-Unis, et dans l'intervalle les dites armée et munitions ne pourront être employées que pour maintenir la paix dans les limites des Etats respectifs.

3. Le pouvoir Exécutif des Etats-Unis reconnaîtra les différents gouvernements d'Etat, tant que les fonctionnaires et membres des législatures de ces gouvernements prêteront le serment prescrit par 'a Constitution des Etats-Unis; dans le cas où un conflit d'autorités aurait lieu entre ces gouvernements d'Etats, par suite des événements de la guerre, la question de légitimité sera snumise à la Cour Suprême des Etats-Unis.

4. Les cours fédérales seront établies dans les différents Etats, et revêtues des pouvoirs spécifiés par la Constitution et les lois du Congrès.

5. Il sera garanti au peuple et aux habitants des Etats, dans la mesure du pouvoir de l'autorité executive, leurs droits et fonctions politiques aussi bien que leurs prérogatives personnelles et leurs droits fle propriété, — tels qu'ils sont définis par la Constitution des Etats- Unis et celles des Etats respectifs.

6. L'autorité executive du gouvernement des Etats-Unis ne pourra inquiéter aucune personne pour des raisons relatives à la dernière guerre, tant qu'elle s'abstiendra de tout acte d'hostilité année, et qu'elle obéira aux lois en vigueur dans l'endroit où elle résidera.

7. En termes généraux, la guerre cessera, — une amnistie générale, -comprenant tout ce que peut atteindre le pouvoir Exécutif, — sera proclamée à la condition que les armées confédérées seront dissoutes, les armes remises, et que les officiers et soldats composant les dites rrmées cesseront tout acte d'hostilité.

N'étant pas officiellement revêtus par nos commettants respectifs du pouvoir de mettre ces conditions à effet, nous nous engageons 'individuellement et personnellement h obtenir prompternent une réponse formelle à ces propositions et à appuyer le programme ci- <lessus.

W. T. SHERMAX, Mnjor-Général, Commandant l'armée des Etats-Unis dans

la Caroline du Nord.

J. E. JOriNSTON. Général, Comirandant l'armée des Efats Confédérés

daiis la Caroliiie du Nord.

Le peuple du Sud eut grandement lieu d'être surpris de voir un homme comme Sherman, dont les antécédents étaient à un tel point cruels et incendiaii'es, montrer un tel esprit de libéralité et accéder à des conditions aussi peu absolues. Mais la suite des événements exj^liqua cette contradiction apparente et montra que Sherman, en signant ce document, avait agi avec une mauvaise foi évidente ; qu'il se préparait à violer son engagement aussitôt après l'avoir conclu ; qu'il était résolu d'avance à dédaigner son serment et à refuser son appui à ce programme conditionnel ; et qu'enfin, il avait, en cette occasion, fait preuve d'une hypocrisie et d'une déloyauté inconcevables. Quelques semaines après la conférence de la station Durham, cet homme eut l'impudence insigne de parler ainsi devant un comité du Congrès de Washington : . ..." Il me sembla alors que je pouvais émettre quelques propositions générales, signifiant beaucoup ou signifiant peu, suivant la construction des phrases, et les envoyer à Washington, ce qu'il m'était possible de faire en quatre jours. En conséquence, j'écrivis le mémorandum que l'univers connaît aujourd'hui, dans l'intention d'en référer à l'autorité executive légale des Etats- Unis, pour qu'elle puisse me préciser au juste ce que je pouvais promettre simp)lement pour épargner l'orgueil des gens du Sud, qui, à ce prix, se soumettaient aux lois civiles et militaires des Etats-Unis. Si quelques concessions ont été faites dans ces termes généraux de reddition, il en a été ainsi parce que j'ai cru, comme je le crois encore, que l'autre partie contractante remettait entre les mains du gouvernement des Etats-Unis le contrôle absolu de tout officier ou soldat confédéré, ainsi que tous leurs rôles et leurs armes. Je naî Jamais eu Vinteiition de soustraire un être humain à aiccune des pénalités encourues en raison des actes accomplis ni à l'action des tribunaux civils de notre pays, et je ne crois pas qu'une franche interprétation de mes termes peut impliquer nette acception en raison des mots " cours des Etats-Unis ", '•' autorités des Etats-Unis", 'limites du pouvoir exécutif", cités dans chaque paragraphe. Et si, en apparence, ces conditions paraissent plus douces que celles que notre peuple aurait voulu accorder aux gens du Sud, on trouvera, en les étiuliant soigneusement, qu'elles entraînent, de leur part, une soumission absolue au gouvernement des Etats-Unis et aux autorités executive, législative et judiciaire. "

Il est presque impossible de trouver, dans le vocabulaire du style historique, des termes assez forts pour caractériser l'effronterie et l'impudence d'un tel aveu, d'une telle confession ]3ublique des expédients hypocrites employés vis-àvis d'un adversaire honorable qui, de bonne foi, avait mis bas les armes devant les promesses du vainqueur ! Mais, chose difficile à imaginer, c'est que l'incroyable perversité de ce personnage alla plus loin encore. L'homme qui avait affecté tant de générosité à la station Uurham et qui avait apposé son nom de " W. T. Sherman, major-général, etc.", au nu'moranduni ci-dessus, osa, après la reddition de Lee

HISTOIRE DE LA GUEPvRE DES CONFÉDÉRÉS

et do Johnston, prononcer le discours suivant, dans nno fête donnée aux soldats dans l'Etat de l'Oliio :

" Quand les rebelles ?e jetèrent à corps perdu dans la guerre et firent tous leurs efforts pour détruire notre gouvernement, ils mirent comme enjeu leur vies, leurs fortunes, leur honneur et nous avons relevé le gant ainsi jeté. Or, puisque nous avons été vainqueurs, la Lonquêle nous a dorme loul ce qiCUs 07it, — leurs projJrich's sont (/evenues les nôtres. Ainsi ils ont perdu leurs eselaves, leurs biens, leurs chevaux, leur coton, tout, jusrju'à leur existence même et leurs lihertt'.s personnelles ont été laissées à notre merci, et si nous les leur laissons, c'est de votre jmrt un trait de longanimité el de clémence. Ainsi, soldats, rappelez-vous que du jours où nous avons traversé et conquis la terre des rebelles, nous sommes devenus les projiriéfoires tic tout ce qu'ils ont, et il ne faut pas que votre conscience soit troublée par le souvenir des dépouilles enlevées, pendant notre grande marche, aux rebelles vaincus. Ils ont aliéné tous leurs droits à ces propriétés et moi, comme agent du gouvernement auquel j'appartiens, jn vous autorise à prendre tout ce que les quartier maîtres ne peuvi nt ou ne veulent enlever."

Un tel exemple d'inconséquence et d'hypocrisie eut à jamais perdu un homme dans l'esprit de tout autre population que chez la multitude grossière du Noixl, où la mauvaise foi et le dômagogisme étaient considérés comme armes loyales. Aussi niomiiie hcdnie reçut-il les applaudissements frénétiques de la foule qui s'inquiéta fort peu de rh()Uoral)ilité des moyens devant l'acconiplissement du l)nt.

Comme on peut l'iiunginei-, la tièvcde la station Darliam fut repoussée à Wa>hington, et K'S autorités fédérales, sans perdre un moment, annulèrent les propositions contenues dans le mémorandum de Sherman, — document qui dans l'esprit de cet amatenr diplomate, devait rétahlii' ht paix du Potomac au Rio Grande. Natm-ellctnent, tout plan qiii tendait à remplacer l'idée ahsolue de suhjugalion jiar le rétablissement pur et simple do l'Union ne })0uvait trouver faveur à Washington ; le gouvernement fédéral, CDmrac les pages précédentes l'ont suffisamment démontré, ne voulait rien moins que l'abolition totale de l'esclavage dans le Sud, l'anéantissement des gouvernements d'Etat, ou leur amoindrissement au niveau d'autorités provisoires et subordonnées, et la confiscation générale des propriétés. Sherman fut blâmé et censuré assez fortement pour que sa fictice réputcition militaire en fut ébranlée, et l'on prétendit que c'était par "rage de générosité" qu'il avait consenti à abolir les lois de confiscation et d'affi'anchir les "rebelles" des pénalités encourues par leurs crimes. Immédiatement on télégraphia de Washington à tous les points du pays que l'arrangement de Sherman était annulé ut que Crant allait se rendre dans la Caroline du Nord ])our forcer Juhnsfon à accepter les mêmes conditions que celles faites au g('néral Lee. La reddition fut faite éventuellement sur cotte base, mais le général Grant fut assez magnanime pour ne pas humilier Sherman en prenant le conti'ôle de son armée et il se contenta d'ordonner à cet officier général de se conformer aux conditions que le gouvernement de Washington avait déclaré devoir être le texte des néc'ociations.

En suivant la chaîne logique des conséquences de la

reddition du général Lee, nous arrivons à relater comment chacune des sections de la Confédération abandonna successivement la lutte à, la nouvelle de ces événements. Avec l'année de Johnston, toînl)èrent tous les Etats de la côte Atlantique ; nous allons maintenant voir comment le système de défense s'écroula dans le sud-ouest, et comment, peu de temps api es, le département du Trans-Mississi];i tomba à son tour et compléta la chute de la Confédération du Sud.

OPÉRATIONS ])ANS LE ,Si:i)-OU]':ST. — l'IUSK DE MOBILE. — EXPÉDITION DE V/ILSON.

Une expédition contre la ville do Mobile et l'intérieur de l'Alabama fut préparée au commencement de l'année 18G5, comme faisant partie du plan généi-al de campagne de l'armée fédérale. Tandis que les forces malheureuses de Hood étaient battues et repoussées sur la rivière Tennessee, les troupes que le général Canby avaient envoyées au secours de Thomas étaient revenues, après avoir été considérabjement renforcées, et se préparaient à entreprendre, avec un succès assuré, la capture de la ville de Mobile, — vaste entreprise qui n'avait jamais été tentée d'une manière directe, sur ce point, par vme armée fédérale.

Les foi'tifications de ht Mobile étaient remarquables, et U\s approvisionnements do bouche assez abondantes pour la durée d'un siège. La grosse artillerie était excellente et bien disposée, mais la garnison était faible et les miujitions insuflisantes. Des intérêts puissants pour la Confédcration n'avaient pas permis de placer à 3[obile plus d'hoiumes et plus de munitions.

Une armée iedérale considérable avait été réunie dans les eaux de Mobile, avec une grande force navale et une fiotte de transports proportionnée à tous les besoins d'une si grande expédition. Au commencement de mars, les pi-éparatifs d'attaque étaient à peu près complets, mais le temps était mauvais et défiivorable aux opérations. Le 25 mars, le général Canb}" commença à mettre ses troupes eu mouvement pon.r l'attaque. Deux corps d'infanterie, respectivement sous les ordres du généi'al Gratiger et du général A. T. Smith (Canby commandant en personne), marchèrent de leur camp, sur la rivière Fish et aux environs, contre la position occupée par le général Moury au fort Spanish et à Rlakely.

Le même jour, un corps d'infanterie et une grande force de cavalerie, sous les ordres du général Steelc, se dirigèrent, par Pollard, de Pensacola aux environs de Selraa. Toutes les troupes que le général Canb}" avait en ce moment en campagne, pouvaient être estimées à un effectif de soixante mille hommes, dont trois corps d'infanterie et environ six mille cavaliers.

Toutes les forces — -infanterie et artillerie, —défendant j\Iobile sous les ordres du général Maury, comptaient à peiiu^ huit mille hommes. La cavalerie, évaluée à moins de

LA CAUSE PEEDUE

quinze cents chevtuix, ne put être d'aucune utilité pendant les opérations du siège.

Le '^O mars, Canby apparut en grande Ibrce devant le fort Spanisli et on commenea le siège. Le même jour, il ietait une division sur le fort Blakelv, mais elle ne iiiit Das position pour l'assiéger. Le fort Spanish était situé à peu l>rès à onze milles de Mobile, sur la rive gauche de la rivière Appalacbie, et à environ deux milles et demi au-dessus de son emboucliure. La position était importante, car elle commandait les batteries liuger et Tracey qui défendaienc la rivière x\ppalacliie. Au commencement du siège, les fortifications consistaient en une batterie flottante de six gros canons, en trois redoutes détachées, unies par une ligne de tranchées avec une lii^ne d'abattis en front; le tout cojnmandant une espèce de demi-cercle, les deux ailes )-eposant sur la rivière. La longueiu' totale de la côte était d'environ un mille et demi. Le i^énéral liandall Gibson, de la Louisiane, dirigeait les forces et conduisait la défense du foil Spanisli. La gai'nison de ce fort était composée des vétérans louisianais de la bi'igade Gibson (cinq cents lionnnes), des vétérans de la brigade Alabauia, de Holtzclaw (sept cents hommes), et d'une brigade des Eufn/i/s (le I\i'abi//n/i, sous les ordres du général Thomas, comptant environ neuf cents hommes. Il y avait, en outre, plusieurs compagnies du 22c de la Louisiane, de l'artillerie de siège et trois compagnies d'artillerie légère. Peu après le commencement du siège, la brigade de réserve des Ejifniiis de VAlahama était remplacée par les Texiens d'Eaton et les Caroliniens du Nord, qui comptaient seulement cinq cents hommes, ce qui portait les forces de l'infanterie à un total de dix-sept cents liommes.

L'ennemi ouvrit le siège énergiquement, mais avec précaution. La défense fut vigoureuse ; la petite garnison qui soutint les travaux pendant seize jours et seize nuits se tenait sur une seule ligne, à mie distance de quelques pieds. Les événements de la df'fense dèn]ontrèrent bientôt que beaucoiq") de clioses manquaient, mais les troupes s'appliquaient énergiquement à remédier aux défectuosités, et en peu de nuits elles ein-ent construit des ponts, des casemates, des chevaux de frise et des tranchées, (pii pouvaient amplement suffire à, tous les l)esoins à voirii'. Par d';'!icrgi (jues travaux, l'enntMni était parvenu à s'avancer ;\ moins de cent mètres de la [)rincipale ligne de défense. 11 augmenta continuellement ses 1)atteries et enfin il ouvrit so)i feu à courte portée, a^■ec un grand nond)re de mortiers en bois; et quoique dès le commencement des opérations, l'habileté et l'énergie des arfilleiu's de Slocum, de Massenberg et de Potter eussent réussi à faire taire d'abord les canons emiemis, Irientôt ceux-ci l'emportèrent et chaque canon des (Jonfédérés fut facilement réduit an silence.

, Le S avril, le général Maury, après une conférence avec le généi'al Gil)son, dérida que la résistance ne pouvait durer plus longtemps, et domia des ordi'es jiour ((u'on retii-;it,

à la nuit, les hommes, le surplus du matériel et les appro visionnements, de manière à ce que toutes les forces eussent évacué dans la nuit du .11. Dans la soirée du 8 avril, l'ennemi fit un mouvement de front sur le flanc gauche de Gibson, et il s'établit dans une position telle qu'il coupait toute communication avec la ville et menaçait la garnison. En présence des instructions générales qu'il avait reçues, Gibson fît sortir toute sa garnison, évacua la position du fort Spanish, et abandonna nécessairement à l'ennemi ses canons et ses magasins. La garnison fut immédiatement dirigée sur Mobile, qui, disait-on, devait être bientôt attaquée. Le colonel Patton transporta son quartier-général à la batterie Huger, laquelle, avec la batterie Tracey, composaient la défense de la rivière Appalachie.

Le 31 mars, Steele, à la tête de ses forces venues de Pensacola, dispersa la force de cavalerie qui, sous Clauton, s'opposait à sa marche sur Pine Barren Creek et occupait Pollard. De là il se porta devant Blakely, dont il coni mença le siège.

Le général St-John Lidell, de la Louisiane, commandait les forces de I)lakely (pii consistaient en deux ou trois cents hommes et en trois ou quatre compagnies d'artillerie, formant un total de deux mille six cents hommes. Le terrain était plus propice pour la défense qu'au fort Spanish. Les travaux étaient mieux placés, et par conséquent l'ennemi faisait moins de progrès dans le siège. La garnison était composée de la brigade du Missouri, forte de quatre à cin([ cents hommes, sous Gates; de la brigade du IMississipi, comptant huit cents hommes ; de la brigade de réserve des Enfants (le V AJahaina, sous Thomas, neuf cents hommes ; d'un régiment du Mississipi d'artillerie démontée, armé de carabines, et de dif^'érentes compa,gnies d'artillerie.

Peu de progrès avaient été faits dans le siège de Blakely cpiand le fort Spanish fut évacué, le 8 avril. Néanmoins,' le jour suivant, Canby envoya l'armée qui entourait le fort Spanish aiix environs de Blakely, et dans la soirée, à cinq heures, il donna l'assaut aA^ec une colonne de vingt-cinq mille liommes. Après avoir été d'abord repoussé sur différents points de la ligne, il réussit à écraser la petite garnison, la fit prisonnière et s'empara du fort.

Le Qénéral ]\ïaury trouva alors ses forces réduites à moins de cinq mille honnnes, infanterie et artillerie, ses munitions pi-esque épuisées, et la ville de Mobile, renfermant une population de plus de trente mille non-combattants, exposée aux dangers d'im assaut et d'im pillage par une armée de plus de cinquante mille honnnes, parmi lesquels dix mille nèiîres. Les instructions de son chef inunèdiat étaient de sauver sa garnison et d'évacuer la ville, dès qu'il reconnaîtrait l'impossibilité d'en continuer la défense, et aussitôt qu'une occasion favora])le se présenterait à lui pour opérer ce iiiouveriKMit.

Dans la nuit de la cliûte dii fort Blakely, le général Maur\- résolut d'évacuer IMobile et de sauver son arm;'e.

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

Dans la matinée da 10, Tévacuation commença. Plusieurs steamei's étaient dans le port, préparés à cette intention. On y transporta à la Late le matériel d'ordonnance qui restait pour les troupes en campagne, toutes les pièces d'artillerie légère, et les magasins des connnissaires et des quartiers-maîtres. Les gai-nisons des redoutes et des batteries défendant les environs de la ville furent aussi endjarquées sur différents steamei'S, et se rendirent par la livière Tombigbee à Demopolis. Les forces d'infanterie accompagnèrent le train de wagons sur le chemin boueux de Mendina ou furent expédiées par la voie ferrée. Les grands magasins des commissaires furent laissés au maire de Mobile pour les besoins de la population de la ville.

Dans la matinée du 12 avril, on compléta l'évacuation. Le général Maury, avec son état-major, et l'ai'riôre-garde, composée de trois cents Louisianais sous les ordres du colonel Lindsay, sortirent de la ville au point du jour. Le général Gibson resta pour faire exécuter les oi'dres relatifs au retrait de la cavalerie du colonel Spence, ([ui devait incendier le coton et protéger les derrières de l'armée. Après avoir surveillé l'exécution de cliafjiu". ordre, le générai Gil>son donna ses instructions au maire de la \ille, viCiu que celui-ci annonçât à la flotte ennemie, sous drapeau parlementaire, que la cité avait (''té entièrement évacuée ]»ar les Confédérés, et qu'aucinie résistance ne serait opposée à l'ennemi à son entrée dans la ville. A deux heures de l'aprèsmidi, le général Canby mai'cha sur Mobile avec ses forces et l'occupa paisiblement.

La marine fédérale prit pen de part aux opéi'ations. Deux " monitors" furent coulés par des torpilles en essayant de franchir la barre de l'Appalachie ; dès ce moment, la flotte resta dans l'inaction. Pendant le cours de l'évacuation, les petites garnisons isolées de Huger et Tracey, sous le commandement du colonel Patton, répondirent avec efficacité à la vive canonnade des batteries ennemies postées sur la rive orientale. Ce fut en cette occasion que le canon confédéré se fit entendre pour la dernière fois.

Pendant que les opérations contre Mobile se poursuivaient, un grand mouvement de la cavalerie fédérale complétait le plan de subjugation du Sud-Ouest. Une expédition, comptant douze mille cinq cents hommes, fut placée sous le commandement du générât Wilson, détaché récemment de l'armée de Thomas et envoyé pour faire une démonstration dans l'Alabama. De Eastport, — à la tête de la navigation sur la rivière Tennessee, — il devait se porter sur Tuscaloosa et Selma, et agir en s'aidant des opérations de Canby contre Mobile et l'Alabama Central.

Le 22 mars, tous les arrangements ayant été pris et l'ordre de marche décidé, le mouvement commença. En ce moment, les forces du général Forrest étaient près de West Point (Mississipi), à cent cinquante milles sud-ouest de Eastport, tandis que le général Roddy occupait Montevallo, sur le chemin de fer de l'Alabama à la rivière Tennessee, à

peu près à la même distance au sud-est. En partant par différentes routes, Wilson parvint à jeter le doute dans ;'esprit des Confédérés relativeinent à ses projets, et à metti'e leurs petits cor[is de cavalerie dans l'obligation de surveiiler également CoUunbus, Tuscaloosa et Selma.

Le 2 avi'il, toute la colonne fédéJ-ale s'appi-oclia de Selma. Le général Forrest, après une aifaire avec son avant-garde près d'Ebenczer Chui'ch, dût se rabattre sur Selma. Il reconnut l'armée de Wilson, et s'assura qu.'il ne pouvait [;as sauver la ville avec les forces limitées qu'il avait sous son comnuinderjient, mais il se détermina à s'acquitter de ce qu'il considérait comme son devoii', et a livrer bataille avec le plus d'avantage possible, eu égard aux circonstances. La ligne des travaux avait environ quati'e milles d'étendue. Elle n'était pas gardée par plus de trois mille lionmies, dont la moitié étaient inexercés, indiscipli nés et armés de vieux fusils. La lono'ueur de la. li'nie d(i défense oldigeait les Confédérés à se disperseï- et à laisr^er un intervalle de cinq à dix pieds au moins enti'e chaque homme. Dans l'après-midi, on coiinnença à escarnioucher sur la, ligne des tra,vaux. Vers quatre ou cin{| heures, une ciuirge fut laite sur la partie de la ligne appu.yée sur la bii'ui-cation dos cliemins de fer de Meridian et de Selma, et dcfendiio par une brigade du Iventucky, sous h; commandement du généj'al Euford. Après une i-èsistancc dt'sespérée, la position fut enlevée ; rennemi pi-it possession d'un des plus importants dépôts du Sud-Ouest, et ayant occupé Selma, les Fédéi-aux détruisirent les arsenaux, les fonderies, les magasins et les munitions accumulés dans la ville. Forrest put s'échapper avec une partie de ses forces.

Ayant capturé Selma et communiqn,é avec le général Canbv, Wilson résolut de conduire son armée en Géorgie par voie de Montgomery; et, après avoir détruit les chemins de fer, les magasins et les provisions de l'armée dans cet Etat, de marcher aussi rapidement] que possible sur le tliéâtre des opérations dans la Caroline du Nord et la Virginie. Le 12 avril, son armée atteignit Montgomery et reçut les clés de la ville. De là, un corps marcha directement sur Columbus, un autre sur West Point (Géorgie), et ces deux places furent prises d'assaut le JG ; mais West Point fut le théâtre d'un des épisodes les plus glorieux de Vhktoire de cette malheureu.se guerre.

Le généi-al ]\. C. 'i'ylc!- fit preuve d'mi héroïsme sans égal en se détcrmincUit â tenir West Point avec moins de trois cents hommes. Il crut que la résistance qu'il [)oui'rait opposer dans cette place, et le i-etard (p.ie les troupes éprouveraient, par conséquent, à traverser la rivière Chattahoochie, aideraient [)uissannnent à la défense de Columbus. Quoique sa garnison fut très faijde et formée, en grande partie, de citoyens momentanément armés, il n'hésita pas un instant à faire ce qu'il croirait être son devoir de soldat : résister qua.nd même et jusqu'à la dernière extrémité. C'était là une défense sans espoir, fliite dans le

seul but de retarder reiiiiemi ; elle .se prolongea, jusqu'au moment où le brave et dévoué commandant tomba mortellement frappé au premier rang.

Cette mémorable défense de West Point fut faite dans nne petite fortification, — le fort Tvlcr, — construit à environ un mille et demi de la ville. L'ennemi s'approcha lentement et avec circonspection du fort ; il n'ouvrit sa puissante canonnade que quand il fut à vingt pas de ses liéroïques défenseurs. Poussant des cris furieux, les Fédéraux s'élancèrent à l'assaut et clierchèrent à escalader les défenses extérieures ; mais la brave garnison les repoussa et résista avec eiïicacité jusqu'au moment où les munitions vinrent à lui manquer. Dès lors, la résistance n'eut plus de cliances de succès ; en vain les hommes de Tyler cherchèrent-ils à repousser les Fédéraux, se servant de leurs fusils comme de massues, et jetant sur eux les pierres du fort ; tout fut inutile. L'ennemi s'empara du fort, mais ce fut lui qui du.t abattre l'étendard confédéré flottant sur les travaux.

En relatant cette aifaire de West Point, un journal du Sud, qui osait encore exprimer librement son opinion, publia ce qui suit: "Jamais pareil exemple de dévouement n'a été montré depuis le jour où le roi Chai'les XII de Suède, enfermé avec sa garde de corps et quekpies domestiques dans le cœur d'un pays ennemi, se défendit contre toute une armée de Turcs jusqu'au moment où les flèches enflammées de ces derniers mirent le feu à la maison."

Le 21, le général Wilson, ayant réuni ses forces, s'approcha de ]\Iacon, défendue alors par le général ïiowell Cobb et un petit détachement de milice. Arrivé à treize milles de la ville, il rencontra un parlementaire qui lui remit la communication suivante :

Quartier-Ctfnkeat. du Dki'artement du Tknnesskk

ET DE LA (JeORGIK,

Maçon, 20 avril 18(;r).

Au crjiiDtiandant général des forces des Etats-Unis.

Cénéial, — Je viens de i-eoevoir du o'éaéral G. T, Beauregard, mon chef immédiat, une dépêelic télégraphique dont voiei une copie :

' GiiEKXriuoKO, ]i) avril 180"), '• par L'o!umba, J9, et Augusta 20 avril.

" Maj')r-généial IT. C'jbb, — Iiilbrnuz le général connnandant les forces enneniies.sur votre front qu'une ti'ève, ayant [)Our liut de débattre un arrangement final, a cté conclue hier enti'e les généraux Johnston et Sliei-man, et est applicable à tontes les forces de leurs commandements. Un message à cet efict lui sera envoyé par le général Sherman au'-sitôt qu'il sera possible de le faire. Les forces adverses doivent occuper leurs positions actuelles, et^ s'il y a. lien de reprendre les hostilités, en douner avis quarante-huit licures anp;uavant.

"{}. T. jJEAULlEUAKD, '• Commandant en second.''

Me.s forces étant une portion de l'armée du général Joluistou, j'ai innné-

cliateuient exécuté les termes de l'armistice et lancé les ordres à cet effet.

Je vous rencontrerai a un point intermédiaire quelconque entre nos lignes

respective;, pour conclure les arrangemmls iudisjjenaables à une exécution

plus complète des clauses de l'armistice. Cette connnunication vous sera rcmi-e par le brigadier-général F. I[. Robinson.

Je suis, général, votre très respectueux,

HOWELL COBB, Major-général commandant, etc.

Cette note conduisit à une correspondance qu'il est inutile de rapporter ici, et qui eut pour résultat la capitulation finale de toutes les forces confédérées à l'e^t du Chattahoochie. La destruction des usines, fonderies, arsenaux, n)agasins et approvisionnements, dans l'Etat de l'Alabama, était irréparable ; et à la réception de la nouvelle de la reddition de Johnston, le général Richard Taylor rendit au général Canby, le 4 mai, " toutes les forces, munitions de guerre, etc., du département de l'x'Vlabama, Mississipi et Louisiane orientale." Les ternies de la reddition éiaient, en substance, les mêmes que ceux accordés à Lee et à Johnston ; les officiers et soldats devaient être relâchés sur parole jusqu'à échange régulier ; les premiers devaient donner leur parole personnelle; les commandants de régiments ou de compagnies s'engager pour leurs hommes ; les armes et les munitions devaient être rendues aux Etats-Unis; les officiers et soldats pouvaient retourner dans leurs foyers et recevaient la promesse de n'être pas inquiétés aussi longtemps qu'ils garderaient leur parole et obéiraient aux lois en vigueur dans les endroits de leur résidence, — mais les personnes demeurant dans les Etats du Nord devaient être munies d'une permission spéciale. Il fut permis aux ofticiers de garder leurs armes, leurs chevaux et leur bagage; les soldats purent emmener leurs chevaux à la condition de ne s'en servir que pour leur usage particulier. Ainsi, vers les premiers jours de mai, toutes les forces confédérés à l'est de la rivière Mississipi avaient mis bas les armes.

TRA NS-MISSLSSl l'I .

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