PiCTET, Paléontologie y tome I", papjos 7o
moitié du xix^ siècle, une école d'anatomistes philosophes adopta cette conception et, comme il convenait à des savants, la fit sortir du vague platonicien en lui donnant la précision scientifique des détails.
Si Von s'en tient au monde actuel, on peut plausiblement imaginer un type dans lequel se retrouveraient les traits communs aux différents vertébrés. Le poisson, le reptile, l'oiseau, le mammifère, ont un grand nombre de pièces dont les homologies sont manifestes. C'est pourquoi on a cherché a saisir le plan général de ces homologies, et comme au fur et à mesure du perfectionnement des vertébrés la colonne vertébrale prend plus d'importance, on a supposé un système dans lequel tout aurait été ordonné par rapport à elle. « L'idée de l'archétype, dit l'illustre anatomiste anglais Richard Owen, se manifesta dans les organismes, sous diverses modifications, à la surface de notre planète, longtemps avant l'existence des espèces animales chez lesquelles nous la voyons aujourd'hui développée... La Nature a avancé à pas lents et majestueux, guidée par la lumière de l'archétype au milieu des ruines des mondes antérieurs, depuis l'époque où l'idée vertébrale s'est manifestée sous la vieille dépouille du poisson jusqu'au moment où elle s'est montrée sous le vêtement glorieux de la forme humaine *. »
Si la Nature actuelle, ajoute M. Gaudry, offre cer-
1. OwEs, Recherches sur l'Archétype, Paris, 1835, chez Masson, pages 12 et 13.
laines apparences qui expliquent comment d'éminents naturalistes ont été portés à imaginer la théorie de Tarchétype, il n'en est pas de même pour la nature des temps primaires. Les plus anciens vertébrés connus, les poissons et les reptiles, sont Topposé de Tarchétype vertébré ; il est donc impossible de supposer qu'ils en soient la réalisation.
1® U archétype tertébré et les poissons primaires \ — A. Ce qui caract^^rise l'archétype, c'est une colonne vertébrale composée de corps appelés centnims avea^des arcs en-dessus et en-dessous. Or les centrums manquent chez presque tous les anciens poissons, et les arcs n'ont pas encore été signalés dans les poissons ganoïdes cuirassés des genres céphalaspis, ptéraspis, ptériehthys, etc., ces animaux ont eu des os à Vexté' rieur avant d'en avoir à l'intérieur.
B. Dans la théorie de l'archétype, le crâne est composé de vertèbres gui se sont agrandies... Il s'ensuit que si les premiers vertébrés qui ont paru dans le mond^ sont dérivés de l'archétype, ils ont dû avoir un crâne de petite dimension ; les vertèbres de ce crâne seraient facilement reconnaissables, car elles n'auraient pas eu le temps de subir de profondes modifications. Or, tout au contraire, dans plusieurs des poissons les plus anciens, scaphaspis, céphalafipis, etc., ganoïdes cuirassés du silurien et du dévonien, le crâne est très grand et ne ressemble en rien à une
i. Pour tout ce qui concerne l'Archétype, voir A. Gaudrv, les Enchaînements y pages 2i5-250 et pages 28^)-298.
réunion de vertèbres*. Le crâne a eu son complet développement avant les vertèbres; il est donc impossible d'admettre qu'il procède de celles-ci.
C. Dans la théorie de Tarchétype, on admet que les OH des membres sont des parties ou des appendices des vertèbres. Or chez plusieurs poissons primaires, entre autres chez le ganoïde cuirassé ptérichthtjs et •chez le ganoïde écailleux tristichoptérus, la for- 'mation des membres a précédé celle des vertèbres.
Los animaux aj^ant eu des pattes longtemps araift d'avoir eu des vertèbres, il est impossible que les os des membres soient des parties ou des appendices des vertèbres.
D. Enfin, dans la théorie de Tarchétype, les côtes des vertébrés sont supposées des parties de vertèbres interposées entre les diverses apophyses et les centrums. Mais plusieurs des premiers vertébrés n'ont point présenté une telle disposition ; entre autres, chez le phanéropletiron et le coccostéus, ganoïdes cuirassés du dévonien, il y avait des côtes bien développées, quoique les centrums ne fussent pas encore formés ; chez un autre poisson du terrain per-
"mien, le mégnpleuron rochei, il y a d'énormes côtes sans aucune trace de centrums vertébraux. Les côtes n'ont donc pas pu être une dépendance du système vertébral puisqu'elles ont été formées plus tôt que lui'.
i. A. (iAUDRY (lonno iri les détails anatomiqiios, page 248. 2. A. Gaudry, /es Enchaînements, page 243. « Chez les poissons «lévonions donf les verlobres n'ont pas encore leur cen-
Conclusion. — Ce n'est donc point d'après la théorie d'un Archétype vertébré que furent créés les premiers poissons.
2^ L'archétype vertébré et les reptiles primaires. — Les prototypes des reptiles n'ont pas plus réalisé l'idée de l'archétype vertébré que ne l'ont fait les premiers poissons. En effet :
A. Dans l'archétype reptilien, l'axe devcvit être une colonne vertébrale. Or plusieurs des anciens reptiles, entre autres, les batraciens labyrinthodontes archegosaurus, actinodon, euchirosaunis^ ont les centrums de leurs vertèbres incomplètement ossifiés.
B. Dans l'archétype reptilien, les m.embres auraient dû procéder des vertèbres. Or il est très vraisemblable que les membres des reptiles ont été formés avant les vertèbres, puisque ces membres sont déjà très perfectionnés chez Veuchirosaurus, dont les vertèbres sont encore incomplètement formées.
G. Dans l'archétype reptilien, les côtes devraient être une dépendance des vertèbres. Or, dans VeiichirosauruSj les côtes ont un grand développement alors que les vertèbres sont incomplètement formées,
D. Dans l'archétype reptilien, les mandibules devraient s'attacher à la vertèbre frontale. Or, au contraire, chez Vactinodon et Varchégosaurns, elles s'attachent en arrière du crâne.
E. Dans l'archétype reptilien, le crâne devrait être
trum ossifié, on trouve des côtes parfaitement formées. Je fus bien frappé de ce fait lors d'une excursion que je fis en Ecosse, à St-Andrews, etc. »
composé de vertèbres encore peu modifiées et reconnaissables. Or àdiïisVactinodon et Yeuchirosaurus, quoiqu'il y ait des condyles occipitaux, on ne peut pas dire qu'il y ait une vertèbre occipitale. En vérité, rien ne ressemble moins à une réunion de vertèbres que le crâne d'un archégosatirus ou d'un actinodon *.
Conclusion. — 1» L'idée d'un archétype vertébré n'a pas plus présidé à la création des premiers reptiles qu'elle n'avait présidé à celle des premiers poissons. La théorie de l'archétype vertébré est donc en contradiction avec les faits;
2^ Ce qui ressort de l'examen des faits, c'est le yague et l'indécision dans la conception primordiale, les tâtonnements et les retours en arrière avant d'arriver à la conception définitive du type du vertébré actuel ainsi qu'à la réalisation de ce type.
IL Idée oinECTRiCE dans l'ordre chronologique d'apparition DES TïPEs. — Du tableau donné au chapitre vu, tableau qui résume les faits paléontologiques de Tère géologique, il ressort que :
A. Le supérieur en organisation est apparu en même temps que l'inférieur, maintes fois même avant lui.
B. Les types qui furent supérieurs, après avoir eu une durée plus ou moins longue, ont tous succombé, cédant la place aux types inférieurs.
Conclusion. — Dans l'ordre d'apparition des types, comme dans la création de ces mêmes types, il y a eu des tâtonnements et des rétrogradations.