Voir Paul Janet, les Causes finales, page
qu'il doit être dévoré par un carnassier ; rien dans la loi de végétation de la canne qui annonce que son sucre devra sucrer le café de l'homme. Le sucre formé dan» la betterave n'est pas destiné non plus à entretenir la combustion respiratoire des animaux qui s'en nourrissent ; il est destiné à être consommé par la betterave elle-même dans la seconde année de sa végétation, lors de sa floraison et de sa fructification. L'œuf de la poule n'est pas pondu pour servir d'aliment à l'homme, mais bien pour produire un poulet. Toutes ces finalités utilitaires à notre usage sont des œuvres qui nous appartiennent, mais qui n'existent point dans la nature en dehors de nous. La loi physiologique ne condamne pas d'avance les êtres vivants à être mangés par d'autres; l'animal et le végétal sont créés pour la vie.
D'autre part, une conséquence impérieuse de la vie est de ne pouvoir naître que de la mort; la création organique implique la destruction organique. Ce qui s'observe dans les phénomènes intimes de la nutrition, dans la profondeur de nos tissus, se manifeste dans les grands phénomènes de la nature. Les êtres vivants ne peuvent exister qu'avec les matériaux d'autres êtres morts avant eux ou détruits par eux : telle est la loi *. »
Claude Bernard revient avec insistance sur ce fait que chaque être travaille pour lui et non pour autrui. « Les matériaux, dit-il, sur lesquels s'exerce la