LA CAUSE PR"EMIÊRE
digestion sont toujours les mêmes pour la plante et pour ranimai. On a établi l'identité des albuminoïdes, albumine, fibrine, caséine, avec la légumine, l'albumine végétale, la fibrine végétale, le gluten. Les aliments gras, les aliments féculents et sucrés sont également communs aux deux règnes, et l'on peut dire que chaque être vivant confectionne pour lui-même ses aliments; c'est pour lui qu'il fait ses réserves, et non pour autrui. Ce n'est pas au profit de l'animal que la plante élabore ses principes immédiats ; c'est pour elle-même, en vue de son alimentation future. Un règne ne travaille point pour l'autre : il travaille pour lui. Si l'être botanique est empêché par l'animal qui le mange d'utiliser pour sa propre nutrition les épargnes de fécule ou de sucj'e qu'il avait faites, il faut voir dans cette circonstance, non point le cours naturel des choses, mais plutôt le renversement de cet ordre naturel *. »
Dans les lignes suivantes, Claude Bernard résume avec netteté les faits qui établissent exclusivement la finalité interne. « Tout acte d'un organisme vivant, dit-il, a sa fin dans l'enceinte de cet organisme. Celui-ci forme, en effet, un petit monde où les choses sont faites les unes pour les autres, et dont on peut saisir la relation parce que l'on peut embrasser l'ensemble naturel de ces choses. Cette finalité particulière {finalité interne) est seule absolue. Dans l'enceinte de l'individu seulement, il y a des lois absolues
d. Cl. Bernard, Phénom. de la vie, tome II, page 325.
prédéterminées. Là seulement on peut voir une intention qui s'exécute. Par exemple, le tube digestif de l'herbivore est fait pour digérer des principes alimentaires qui se rencontrent dans les plantes ; mais les plantes.ne sont pas faites pour lui. Il n'y a qu'une nécessité pour sa vie, nécessité qui sera obéie, c'est qu^il se nourrisse : le reste est contingent. Les rapports de l'animal avec la plante sont purement contingents, et non plus nécessaires. La nature a fait les choses pour elles-mêmes, sans s'occuper du contingent. Elle ne condamne pas certains êtres à être dévorés par d'autres ; elle leur donne, au contraire, l'instinct de conservation, de prolifération, et des moyens de résistance pour échapper à la mort. En résumé, les lois de la finalité particulière (finalité interne) sont rigoureuses; les lois de la finalité générale (finalité externe) sont contingentes * . »
IL La différence des mécanismes vitaux engendre la
CONCURRENCE VITALE OU LOTTE POUR L'eXISTENGE (Rejet de
la finalité externe), — Si au lieu de considérer la vie dans ses deux manifestations nécessaires et universelles, à savoir : la création et la destruction vitale, nous pénétrons dans le jeu des divers mécanismes vitaux que la nature nous présente; si nous descendons dans l'arène où se passe la lutte pour l'existence, alors nous trouverons des différences fonctionnelles et des variétés infinies. Non seulement nous trouverons que des animaux sont conformés