‹ La cause première d'après les données expérimentalesChapitre 68 sur 197 · I . Agassik, De ^Espèce humaine, page · texte numérisé non relu

I . Agassik, De ^Espèce humaine, page

« Pour que chaque être puisse toujours se reconnaître dans ce catalogue, il faut qu'il porte son caractère avec lui; on ne peut donc pas prendre les caractères dans des propriétés ou dans des habitudes dont l'exercice soit momentané; mais ils doivent être tirés de la confornialion. »

Ainsi pour Cuvier, c'est la structure qui doit guider le savant; la morphologie (grec, [Jt-opcp^ forme, Xdyoç description) voilà le critérium de la classification; c'est en se servant de lui qu'on a déterminé les grandes divisions du règne animal en embranchements, classes, ordres, familles, genres, espèces.

Quelle est la valeur de ces divisions? Sont-elles naturelles ou artificielles? Sont-elles le produit de l'habileté et de l'ingéniosité humaine, ou sont-elles l'expression de la nature même? Parmi les naturalistes, dit Agassiz, t les uns reconnaissent pleinement le caractère artificiel de leurs systèmes; les autres soutiennent, au contraire, que les leurs sont l'exacte expression des rapports établis par la nature entre les objets eux-mêmes. Mais que les systèmes aient été présentés comme naturels ou artificiels, on les a constamment considérés jusqu'à ce jour comme exprimant l'idée que l'homme se fait des choses de la nature, et non comme un plan conçu par l'inteHigence suprême et manifesté dans les choses. Les expressions communément usitées quand il s'agit des genres, des espèces ou des grandes divisions de nos systèmes : M. A a fait de telle espèce un genre ; M. B emploie telle ou telle espèce pour former son

i^fr^nrc, et celles que beaucoup de naturalistes se permeltent quand ils parlent de leur espèce, de leur genre, leur famille, leur système, mettent pleinement en lumière cette conviction que les groupes ainsi désignés sont la création propre de celui qui parle * ». Il est aiaé de concevoir que selon Timportance qu'attachera chaque naturaliste à tel ou tel caractère morphologique, les individus seront rangés dans tel 011 tel groupe. Est-ce à dire que Guvier et son école seeûient eafermés dans le cercle exclusif delà structure? Taut qu'il s'est agi de tracer les grandes lignes de la classification, ils n'ont pas quitté le terrain delà morphologie : la chose était nécessaire. Les grandes coupes sont d'autant meilleures qu'elles sont fondées sur des caractères réels et groupés avec un art plus parfait, mais elles ne révèlent pas les liens de parenté unissant les individus qu'elles comprennent; elles les laissent isolés. Or c'est là précisément ce que veut péndtrer Tintelligence humaine. Le lion est-il le père, le cousin du tigre, le parent à un degré quelconque de lout autre animal? Ou bien les groupes, même les plus pGlits, ne sont-ils unis paraucune consanguinité? En un seul mot, quelle est Vorigine des espèces? Voilà la question qui se présente sans cesse k l'homme, voiJà ie problème qui s'impose à lui avec une force invincible; car connaître est la loi même de l'entendement. Aussi lorsqu'il fallut définir l'espèce, Cuvier fit-il entrer dans la définition l'idée de filiation à côté de

{ . AgaS!51z, De l'Espèce, page 2 et suivantes

ridée de structure : < L'espèce, dit-il, est la réunion des individus descendus l'un de Tautre ou de parents communs, et de ceux qui leur ressemblent autant qu'ils se ressemblent entre eux. » Il y a donc deux critériums de l'espèce ainsi définie:

1® Au point de vue de la filiation, le critérium est la fécondité du rapprochement sexuel ;

2® Au point de vue morphologique, le critérium est Videntité de structure.

-En outre, par la disposition même des deux parties de la définition, il résulte que la ressemblance est là, pour attester la communauté d'origine lorsque la preuve directe de l'accouplement fécond fait défaut; de sorte que, par la lettre et par l'esprit, la définition qu'a donnée Cuvier est celle de l'espèce physiologique. Nous avons vu plus haut pourquoi le seul critérium ayant une valeur absolue est celui de la fécondité continue.

I. Croisements entre rages appartenant a la même ESPÈCE (métissage), — A l'état domestique, toutes nos races de moutons, de bœufs, de chevaux, de pigeons, de chiens, etc., se croisent avec la plus grande facilité. Ces croisements donnent naissance à des métis qui, à leur tour, sont générateurs et forment des races non moins fécondes.

A l'état sauvage, ces races se croisent avec la même facilité et la même spontanéité. On sait combien en Amérique les chevaux, les bœufs, tous issus d'ancêtres domestiques importés par les Européens, ont créé, par leurs unions libres, de racesnombreuses et bien assises.

Chez les métis, Téquilibre règne entre les organes de reproduction et les organes de nutrition; il est aussi parfait qu'il pouvait l'être chez les parents. Il arrive parfois un phénomène intéressant qui confirme d'une manière très nette ce fait d'équilibre. Lorsque l'homme dirige l'élevage des races domestiques au point de vue de l'engraissement, il exalte souvent outre mesure l'activité des fonctions nutritives. En vertu de la loi du balancement, l'équilibre est rompu au détriment de la reproduction : les unions entre individus de la même race trop engraissée deviennent presque infécondes. Pour rendre à la race grasse sa, fécondité et même l'accroître, il suffit de la croiser avec d'autres races communes et maigres. « C'est une loi de la nature, dit Darwin, que chez tous les êtres organisés, un croisement occasionnel entre individus qui ne sont pas en rapports de parenté trop rapprochée est une chose avantageuse... Ce croisement donne aux produits qui en résultent un accroissement de taille et de vigueur constitutionnelle, il augmente aussi leur fécondité ^ »

En revanche, les unions consanguines ont à la longue une action nuisible; tous les éleveurs sont d'accord sur ce point. « Plusieurs physiologistes, dit Darwin, en attribuent les mauvais effets surtout à la combinaison et à l'augmentation, qui en est la conséquence, des tendances morbides comme cause puissante du mal ; il n'est pas douteux qu'il n'y existe là

d. Darwin, Variations, toiiie IF, pages li23 et iSO.

une cause puissante du mal. Mais il est évident que des hommes et des animaux domestiques, doués d'une constitution misérable et présentant une forte prédisposition héréditaire à la maladie, sont parfaitement capables de procréer, s'ils ne sont pas effectivement malades. Or les appariages consanguins entraînent la stérilité, ce qui indique quelque chose de tout à fait distinct d'un accroissement de tendances morbides communes aux deux parents *. » C'est l'appariage entre frères et sœurs qui est regardé comme le plus nuisible, parce que la fraternité est tenue pour la forme la plus intime de la consanguinité*.

Chez les animaux vivant en liberté, les croisements sont toujours féconds: il n'en est pas de môme chez ces mêmes animaux tenus en captivité. Les uns conservent leur fécondité, les autres sont stériles, t Outre le fait, dit Darwin, que beaucoup d'animaux ne s'accouplent pas en captivité ou s'accouplent sans résultat, il en est d'autres qui témoignent d'une perturbation dans leurs fonctions sexuelles. Lorsqu'en captivité la conception a lieu, les jeunes animaux naissent souvent morts ou sont mal conformés. C'est ce qui arrive souvent au jardin zoologique. Il semble

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