‹ La cause première d'après les données expérimentalesChapitre 72 sur 197 · MÉTISSAGE · texte numérisé non relu

MÉTISSAGE

lo Facilité du croisement ;

2o Fécondité continue des métis ;

3o Atavisme chez les métis ;

4o Accroissement de fécondité par le métissage ;

5^ Équilibre entre les fonciions reproductrices et la vie de nutrition chez les métis.

Hybridité

lo Extrême difficulté de l'hybridation ;

2» Infécondité absolue ou prompte des hybrides ;

3o Jamais d'atavisme chez les hybrides; mais retour aux types-parents;

4o Diminution extrême de fécondité par l'hybridation, lorsque l'hybridation a été fertile ;

5o Rupture du même équilibre chez les hybrides au détriment de l'appareil reproducteur.

i. BoFPOX, édition Flourens, tome IV, page 212. Voir aussi môme page, la passion réciproque d'un chien et d'une truie.

La conclusion est la suivante : Il est impossible qu'entre les espèces sauvages appartenant au même genre, à plus forte raison à deux genres différents, se soit établie une espèce ayant des caractères intermédiaires entre les deux prétendus types parents.

Y. La sélection naturelle et la diverg^enee des caractères.

Le plus puissant effort qu'on ait fait pour expliquer l'origine des espèces à l'aide des seules forces naturelles est la théorie qui a pour auteur Tillustr^ naturaliste anglais Darwin. Voici, à grands traits, les lignes principales de la théorie darwiniste :

L Lutte pour l'existence. — Tous les êtres organisés, animaux et plantes, ont à livrer pour la vie un combat effroyable, sans trêve ni relâche, contre les conditions du milieu où ils vivent et pour la conquête de la nourriture.

A. Tout être qui ne s'adapte pas aux conditions météorologiques de chaleur ou de froid, d'humidité ou de sécheresse, est condamné à périr.

B. Les individus s'accroissant en progression géométrique, les aliments deviennent insuffisants. Il s'ensuit qu'un grand nombre d'individus doivent périr ; c'est à cette dure condition qu'une race peut se perpétuer. Ceux-là survivent qui ont le mieux supporté l'abstinence et la famine ou qui dans la lutte pour la possession de la nourriture ont dû la victoire à une

supériorité de force physique ou a une qualité d'un autre ordre, telle que la ruse, Tindustrie.

II. La sélection naturelle. — La conséquence de cette lutte sans merci pour l'existence est que les vainqueurs ou survivants sont les meilleurs ou, si Ton veut, les plus aptes; c'est une sélection qu'a faite la nature. L'homme fait aussi des sélections; ce qu'il fait d'une manière méthodique et consciente, la nature le fait à la longue par l'action des lois qui régissent le monde physique. Supposons une espèce de loups qui se nourrissent de divers animaux, prenant les uns par ruse, les autres par force, ceux-là par agilité. Supposons que, par suite d'une disette ou par toute autre cause, la seule proie restant dans la contrée soit le daim. 11 s'ensuit que parmi les loups ceux-là seuls survivront à la famine qui joindront la force à la plus grande agilité. De là une descendance de loups dont la vitesse ira croissant par accumulation sélective. De là aussi et parallèlement la diminution progressive du gibier. Si, au contraire, la proie eût été un animal de haute taille, ce sont les loups doués d'un corps trapu et vigoureux qui eussent triomphé de la concurrence vitale.

Cette hypothèse est depuis longtemps réalisée.^ Dans les montagnes de Catskillj aux États-Unis, il existe deux variétés de loups. L'une, de forme élancée, assez semblable à nos lévriers, poursuit les bétes fauves. L'autre, plus massive, attaque fréquemment les troupeaux.

IIL La divergence des caractères. — Dans la lutte

contre le climat et pour la nourriture, les espèces' doivent continuement se plier aux conditions mêmes du combat. Varier ou mourir, telle est la loi de la concurrence vitale. Or, une variation, qu'est-ce autre chose qu'une divergence de caractère ! Comme la nécessité de variations continues est permanente, la divergence des caractères va toujours croissant, si bien qu'à la longue il en résulte un écart considérable entre le type primordial et le type extrême. Suite nécessaire de la sélection naturelle, la divergence des caractères est la pierre fondamentale sur laquelle repose la théorie de Darwin. Pour Darwin, une variété est une espèce naissante, une espèce en voie de formation; le genre est l'espèce éloignée de sa souche ; il n'y a pas diversité d'origine entre la variété, l'espèce et le genre, mais une simple divergence de caractères. Tous ces termes de genre, famille, ordre, espèce, n'expriment que les divers degrés de différence entre les descendants d'un commun ancêtre. Le système naturel est donc le système généalogique.

L'ensemble des êtres organisés peut être comparé à un grand arbre. Les grosses branches sont les embranchements comme le nom l'indique lui-même; les grands rameaux, d'où surgissent les rameaux plus petits., marquent les familles, les genres et les espèces ; les bourgeons sont les variétés naissantes, destinées a devenir espèces, puis genres et familles, comme l'ont fait les rameaux d'où ils sortent. Ceux qui ont végété ou fleuri pendant les années précédentes représentent la succession des espèces éteintes. Tout s'enchaîne,

tout dérive Tun de l'autre par une série de modifications lentes et graduées à l'infini ; et le lien qui les unit est le lien généalogique.

Examen critique. — L'exemple des loups des monts Catskill montre bien comment la divergence des caractères peut créer des races, mais il ne montre pas comment Taccumulation des caractères divergents transformerait une race de loups en chacals, une autre en chiens, c'est-à-dire comment la divergence des caractères parviendrait h constituer les différentes espèces d'un genre.

Avec les années et la fréquence des expérimentations, le critérium fécondité continue permettra de distinguer les espèces réelles et de classer parmi les simples races un nombre considérable de groupes que la morphologie avait déclarés espèces. Le premier degré de la classification vraiment naturelle pourra donc être solidement établi. Mais comment poser le second degré, à savoir le genre? Lorsqu'on croise une jument et un âne, on obtient un mulet; le mulet est infécond dès la première génération. Quel rapport y a-t-il entre l'âne etie cheval? Le squelette est d'une structure identique, les différences sont extérieures. C'est ici qu'intervient Darwin. A la question posée il répond : L'âne et le cheval sont deux races issues de la même souche, mais qui depuis des siècles ont divergé. Le problème revient donc à ceci : Prouver qu'au bout d'un certain nombre de générations les unions entre races de la môme espèce deviennent à peu près infécondes.

Comme on le voit, le problème de la transmutation des espèces semble être résolu de deux manières, Tune directe et d'une valeur absolue, à savoir, le croisement des espèces toujours fécond; Tautre indirecte et presque contradictoire, à savoir, le croisement des races devenant infécond au bout d'un certain nombre de générations.

Dans l'état actuel de la science, s'il y a un fait bien constaté, c'est la stérilité des hybrides; les croisements féconds des espèces sont rares; a peine dépassent-ils la troisième génération. Donc la solution directe du problème, pour ce qui concerne l'hybridité, n'est pas possible*.

Reste la seconde; c'est à celle-là que s'est attaché Darwin, Il cite un fait emprunté à Youatt d'où il résulterait que, dans leLancashire, le croisement des bestiaux à cornes longues avec les bestiaux à cornes courtes aurait été suivi d'une diminution notable dans la fécondité à la troisième ou à la quatrième génération. En premier lieu, une diminution n'est pas une suppression de fécondité. Il est vrai qu'on pourrait arguer du peu de temps accordé à l'expérience ; en ce cas, la solution du problème, sans être trouvée, pourrait du moins être espérée. Mais .Darwin, avec cette bonne foi et cette loyauté qui lui ont gagné le cœur et la vénération de ses lecteurs, avoue qu'un autre éleveur, Wilkinson, a constaté sur un autre point de l'Angleterre l'établissement d'une race métisse pro-

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