‹ La caverne de Font-de-Gaume aux EyziesChapitre 23 sur 111 · PREMIÈRES IDÉES SUR LA SUCCESSION DES TECHNIQUES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES IDÉES SUR LA SUCCESSION DES TECHNIQUES

On n'arrive pas, sans passer par une série d'idées provisoires, à établir une théorie qui rende suffisamment compte des faits; il est tout naturel que nous n'ayons pas du premier coup rencontré l'idée juste en ce qui concernait les relations chronologiques des divers techniques artistiques dont les grottes ornées nous révélaient l'existence.

En septembre 1901, nous connaïssions seulement La Mouthe, grâce aux découvertes de M. Rivière, Pair-non-Pair, grâce à celles de M. F. Daleau, nous venions d’apercevoir les Combarelles, et Font-de-Gaume se révélait seulement à nous.

L'époque des couches archéologiques qui, à Pair-non-Pair, recouvraient les parois gravées nous étaient données comme éburnéennes et solutréennes ; le caractère très primitif des silhouettes qui s'y trouvaient tracées avait été, à juste titre, souligné par leur inventeur. Les Combarelles, par les innombrables

Chevaux, les Mammouths fréquents et bien lisibles, suggéraient une période que Piette nommait « Equidienne », un peu postérieure à Pair-non-Pair. Les silhouettes, plus étudiées, plus correctes, à traits souvent profonds, rarement soulignés de lignes noires, semblaient plus récentes que cette dernière grotte, plus anciennes que la majeure partie des figures de La Mouthe. Dans celle-ci, quelques rudes et profonds tracés n'étaient pas sans parenté avec la grotte Girondine, tandis que les figures moins profondément incisées et souvent plus ou moins rehaussées de brun et de noir, nous semblaient quelquefois d’un art plus évolué qu'aux Combarelles ; la faune figurée avec de rares Mammouths, et un mélange égal de Rennes, d'Equidés, de Bouquetins et de Bisons, paraissait indiquer un milieu plus magdalénien.

Font-de-Gaume, dont nous ne connaissions guère que les belles fresques noires modelées, brunes ou polychrômes, nous semblait aussi, par la multitude de ses Bisons, de la fin de l’époque du Renne, et peut-être contemporaine de cet «âge du Bison» que Lortet avait timidement indiqué comme le dernier terme du quaternaire Pyrénéen.

Lorsque l’un de nous (H. B.), en collaboration avec M. E. Cartailhac, releva, en 1902, les fresques de Marsoulas et d’'Altamira, il nota, dans ces cavernes, des décorations picturales complexes ; une observation verbale à peine consciente, relevée aussitôt sur ses lèvres par M. Cartailhac qui en saisissait le premier l'importance, était le point de départ d’une chronologie des variations de la technique des peintres, fondée sur l’examen soigneux de la destruction mutuelle des fresques superposées en palimpseste.

Cette méthode d'observation, riche de conclusions dans les deux grottes Pyrénéenne et Cantabrique, pouvait-elle s'appliquer en Dordogne, et spécialement à Font-de-Gaume? La chose était vraisemblable.

En 1903 et 1904, M. Breuil releva les fresques de Font-de-Gaume, et fut attentif à la position relative de chaque figure par rapport à celles d’une autre technique.

Une première idée lui parut d’abord devoir être retenue ; le visiteur qui étudie la caverne pour la première fois ne peut manquer d'être frappé de la subdivision des parois en plusieurs zones placées à des hauteurs différentes. Les dessins linéaires noirs ou rouges, les fresques en noir modelé, les rares gravures qui rappellent la technique des Combarelles sont placés presque toujours (sauf pour des images très peu visibles à premier examen) au-dessus d’une hauteur minima de 2"50 du sol actuel. Plus bas vient la zone labourée par les ongles de l'Ours,

puis, à la portée de la main, à deux exceptions près, la série, disposée en bande, des figures brunes et polychrômes. Encore les deux exceptions proviennent-elles de ce qu'il était relativement facile d'accéder à de petites corniches.

La présence des ongles d'Ours, en Zone, à un niveau assez constant dans toute la première partie de la galerie, sembla à M. Breuil indiquer le niveau ancien du sol de l'époque de l’Ours. Les images linéaires et noires se trouvent, à première vue, toujours au-dessus de ces traces ; on pouvait penser qu’elles avaient été peintes, alors que ces parties des murailles étaient, sinon à la portée de la main, du moins facilement accessibles encore, tandis qu'aujourd'hui des échelles sont nécessaires pour y arriver. Enfin, puisque les images polychrômes se tenaient en bas des murailles, et ne montaient au registre supérieur que lorsqu'on pouvait grimper sans trop de peine grâce à des entablements facilement accessibles, il semblait naturel d'admettre que le remplissage sur lequel les Ours et les premiers peintres avaient marché avait été entrainé par des fissures, dans des cavités d’un étage inférieur. De fréquents évidements de ce genre ont laissé des traces dans bien des cavernes, et M. E. Harlé nous donnait, pour illustrer nos remarques, d'intéressants documents sur les planchers suspendus qu'il avait notés dans plusieurs.

Cette théorie ingénieuse ne devait pas résister à une critique plus appro-

fondie des faits. M. le P' M. Boule, qui nous fit l'honneur de venir étudier Font-de-Gaume, parut douter beaucoup de sa véracité ; il remarqua dans la galerie £

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