POSITION GÉOGRAPHIQUE. - FORMATION ET HISTOIRE GÉOLOGIQUE
Le village des Eyzies se trouve situé à l'embouchure de la Beune dans la Vézère ; la vallée latérale de cet affluent est la seule coupure importante, qui, sur la rive gauche de la Vézère, interrompe les escarpements élevés entre lesquels est creusé son lit ; aussi est-ce aujourd’hui le point de convergence de plusieurs routes : celle de Périgueux a profité, sur la rive opposée, de la vallée de Manaurié pour descendre aux pieds des rochers de Laugerie et de Gorge d'Enfer et passer la Vézère, peu avant les Eyzies, en un point où sans doute existait autrefois un gué ; une autre vient du Bugue en remontant la rive gauche du cours d’eau, et, passant sous le grand cirque rocheux de l'église de Guilhem, elle retrouve, au confluent, la route de Montignac, descendue sur la rive droite de la Beune du plateau où l'étroitesse du cañon de la Vézère, depuis Tursac, l'avait contrainte à monter, et celle de la rive gauche de la Beune, qui se ramifie, à chaque vallon important, vers St.-Cyprien et vers Sarlat.
Cette situation naturelle, au point de convergence de deux grands vallons dans la vallée principale encaissée, et à peu de distance de la grande plaine de la Dordogne, est, sans aucun doute, la raison principale de cette accumulation extraordinaire de stations quaternaires sur le territoire de Tayac et des Eyzies ; 1l y avait là, de tout temps, un carrefour naturel de rencontre entre les populations animales ou humaines descendant du plateau par l’une des seules voies praticables, et celles qui quittaient la vallée enserrée de toutes parts pour regagner les larges espaces qui la dominaient.
Avec ses hauts rochers creusés en coup de gouge par les agents athmosphériques de longues corniches surplombantes aux pieds desquelles venaient sourdre de beaux filets d'eau, la vallée de la Vézère s'est trouvée, à l'époque du Renne, un point particulièrement occupé par les tribus ; elles y trouvaient de faciles et larges
abris, dans un pays propice aux embuscades tendues aux troupeaux convoités ;
aussi les débris de cuisine se sont-ils accumulés sous la falaise de Laugerie et tout aux alentours, sous celle de Cro-Magnon et dans presque toutes les a/véoles du
rocher si curieusement tourmenté dominant le village ; on voit encore, sur les
terrasses qui s'y étagent comme des balcons superposés en gradins, les entailles creusées pour fixer les poutres et les étais des maisonnettes que les paysans du moyen âge y construirent à leur tour ; mais il n'existe guère, dans les hautes roches de la grande vallée, de galeries étroites et pénétrantes ; une série de couloirs médiocrement profonds s'ouvrent bien, en aval de Tursac, au pied des escarpements, mais c'est à un niveau si bas que la Vézère en temps de grande crue les inonde souvent.
Au contraire, dans les vallons latéraux, ces galeries profondes sont nombreuses : telles la grotte de Granville ou de Miremont, dans la vallée de Manaurie ; la galerie profonde qui prolonge la vaste cavité du vallon de Gorge d'Enfer. Mais c'est surtout dans la vallée de la Beune que ces grottes se multiplient : La Mouthe, à la tête du premier vallon, tout voisin du confluent ; Font-de-Gaume, dans le second ; Les Combarelles, dans le quatrième ; Bernifal, dans un ravin de la vallée latérale de la petite Beune. Dans cette vallée de Beune, il n'y a plus de grands abris, mais seulement de petits surplombs, de petites cavités qui ont servi d'habitation, et ces corridors allongés et étroits où se cachent peintures et gravures. Toutes ces grottes ornées se trouvent rangées sur la rive gauche, et la raison en est fort simple : nulle part dans les environs, la roche, un calcaire crétacé à structure grossière plus ou moins corallienne, n’est plus compacte, d’une dureté plus égale ; c’est là qu'aujourd'hui, les carriers de la région, peu soucieux des beautés du paysage qu'ils dévastent, viennent chercher leurs plus belles pierres de taille. Cette bonne qualité de la roche, sa résistance plus grande aux agents d’érosion, sa grande homogénéité, tels sont les motifs qui ont permis aux grottes de la rive gauche de la Beune de résister aux éboulements intérieurs, au faconnement trop rapide des versants, qui auraient comblé et masqué les ouvertures.
Nous avons dit que.la caverne de Font-de-Gaume se trouve dans le second vallon qui, depuis le confluent de la Beune, interrompt l'escarpement rocheux de son versant sud. Le vallon de Font-de-Gaume se trouve à une distance d'à peu près 2 kilomètres de la station du chemin de fer des Eyzies, à 1300 mètres de la place de la Mairie, à 800 mètres de la grotte des Eyzies, à 1700 mètres de la caverne de La Mouthe, et à 1400 mètres de celle des Combarelles ; ces deux dernières distances sont à vol d'oiseau.
Le vallon de Font-de-Gaume prend son nom d'une bonne source qui se trouve tout à l'entrée ; c'est une auge large ct profonde à fond plat, d'environ 300 mètres de diamètre et 1200 mètres de long, qui n'est nullement en rapport avec le mince ruisselet qui serpente dans les vastes prairies de son thallweg. De chaque côté le bord du plateau se dresse vertical, inaccessible, un peu boisé et cultivé en gradins sur le versant gauche moins abrüpt, orienté au N. E., nu et rocheux en face, à l'orientation du S. O. La pointe du plateau (fig. 1) qui s'avance
de ce côté, entre la Beune et le vallon, se dresse avec l’imposante majesté d'une tour
colossale, à l'angle d’un immense rempart, nu et continu sur le vallon, bastionné