DESCRIPTION DES LIEUX
de plus petites tourelles en remontant la Beune vers le pittoresque hameau de Girouteaux (PI. XXXIX et XL).
Le mur rocheux, cannelé de coups de gouge, du versant nord de notre vallon (fig. 2), présente cependant quelques brèches : 5 grandes diaclases parallèles en interrompent la continuité ; l'érosion a transformé la troisième en un ravin suspendu en forme d'entonnoir ; la grotte de Font-de-Gaume est en étroite connexion avec la quatrième diaclase dont elle n’est qu'un élargissement plus ou moins complexe. Pour accéder à l'ouverture, qui domine le fond du vallon d’une trentaine de mètres, il faut gravir un sentier de chèvre à l'extrémité de l'éperon rocheux, et le suivre, à mi-côte, sur l'herbe maigre et glissante qui cache mal les pierrailles du sol, jusqu'au voisinage du ravin suspendu ; là, on grimpe sur des rebords du pied de la falaise, et l'on franchit le ravin. Au moment où l'on y accède, on laisse à droite un roc tabulaire, où se trouve creusée une cavité
F1G. 1. — Le rocher de Font-de-Gaume.
arrondie, avec une rigole d'écoulement. Le ravin lui-même est modifié par l'indusrie d'anciens indigènes : ils ont établi en travers un mur de grosses pierres brutes, sans ciment, qui soutient une petite plate-forme de terre et de matériaux meubles ; grâce à cette primitive construction, on arrive sans effort à l'avancement qui se projette en pointe entre cette gorge circulaire et l'antichambre de la caverne. Ce passage est réellement difficile : on le franchit sur un entablément étroit taillé de main d'homme en plein calcaire ; à ce moment on domine à pic de 3 ou 6 mètres a pente oblique qui dévale vers le thalweg : il y a juste le passage d’un homme, et
jusqu’au moment où nous avons fait placer des garde-fous, il arrivait souvent que des visiteurs renonçassent à traverser ce pas, long, tout au plus, cependant, de 2 ou 3 mètres. Au point où il se raccorde avec l’antichambre de la grotte, on peut
voir qu'un nouveau travail a été réalisé, à l’aide d'une muraille en pierre sèche
qui supporte le sentier ; tout cela n'existait pas à l'époque quaternaire, et l'accès devait être réellement difficile, si des modifications naturelles ne sont survenues qui ont aggravé les obstacles.
Une fois sous l'auvent de la caverne, on se trouve plus à l'aise ; le rocher surplombe largement en s'incurvant en une large conque ; à droite üne grande masse protège du S. O., et de l'Ouest ; elle est accessible, et paraît avoir servi de belvédère à des ccliffdwellers» du moyen âge. En effet de nombreux trous de poutre perforent la paroi de l'encorbellement ; il y avait là une maison à plusieurs étages ; le plus bas occupait l'antichambre large, chaud et bien éclairé ; et le plus élevé devait avoir son plancher de plain pied avec le sommet du roc voisin. Dans le vestibule à ciel ouvert, débouchent deux gueules de grotte ; l’une à gauche, ne se prolonge guère, on en trouve le fond, brusquement, à une quin-
zaine de mètres ; celle de droite pénètre à 120 mètres environ, c'est la grotte à peintures. (PI. XLI).
Mais pour y accéder, il y a un autre.chemin ; si au lieu de grimper dans le ravin suspendu, on suit toujours le pied de l’escarpement rocheux, on arrive, au milieu de blocs éboulés et de broussailles, en face d'une grande diaclase qui entaille le rocher du haut en bas ; là se trouve une autre entrée, béante au bas de la diaclase, dont l'accès, très pénible, est défendu par une série de gradins à surface déclive et glissante ; nous l'avons fait griller de barreaux de fer, tandis que l’autre issue est maintenant munie d’une porte fermant à clef.
Le corridor dans lequel on s'engage, après avoir franchi celle-ci, est étroit et peu élevé ; large de un à deux mètres, atteignant rarement ce dernier chiffre dans le sens vertical, il ne présente absolument rien de grandiose ; on s'avance pendant une trentaine de mètres, en évitant de se frapper la tête contre les pendentifs de vieilles stalactites corrodées ; après une colonne de même nature, la voûte s'élève un peu, et laisse apparaître le roc, mais tout le long des parois, on aperçoit les attaches d'un plancher stalagmitique, disparu ainsi que le remplissage ancien. Ensuite, après ro autres mètres, on laisse à droite la galerie latérale qui mène à l'entrée grillée, elle est sèche et sans concrétions.
Après 8 mètres encore, on trouve une petite salle, dont, à gauche, les parois
ont gardé jusqu'au plafond les attaches d’une convexité stalagmitique en forme de cascade, également disparue. Il faut, pour aller plus loin, se courber sous des
pendentifs stalagmitiques qui gouttent encore faiblement ; on descend un peu, et
après ce défilé, on se trouve dans une salle étroite et contournée, mais dont la
voûte s'élève à 4 ou 5 mètres de haut. Plusieurs colonnes élégantes s'y sont formées. (PI. XLIT). À première vue, on n'y voit pas d'issue, il semble qu'on soit dans un cul-de-sac, mais cependant deux étroits pertuis s'ouvrent, l’un à droite, derrière quelques draperies de calcite et au ras du sol, l'autre à gauche et en face,
à 1 m. 70 de hauteur, véritable chatière où des personnes de moyenne corpulence ne
passent qu'avec difficulté. D'anciens visiteurs du pays avaient surnommé ce pertuis
DESCRIPIMIONS DES CIEUX® 2
le « Rubicon », sans doute à cause des hésitations que la perspective de le franchir faisait naître ; nous avons conservé cette appellation pittoresque à ce passage resserré, qui ne mesurait, au moment de nos premières campagnes, que 0 Im. 40 de large sur 6 m. 90 de haut ; nous l'avons fait un peu élargir, aux dépens de la draperie stalagmitique obstruante qui a failli, à tout jamais, murer la grande galerie se développant au-delà.
Mais avant de nous y engager, glissons-nous à plat ventre dans l'autre ouverture, à demi bouchée par un tronçon de pilier autrefois effondré en travers du passage ; celui-ci, après 2 mètres de rampée, accède à un couloir rectiligne, long
Fic. 2. — Le vallon de Font-de-Gaume, vu du versant qui fait face à la caverne. L’ouverture qu'on aperçoit à gauche est celle de la galerie jumelle qui s'ouvre dans la même antichambre, mais ne se prolonge pas. Cliché aimablement communiqué par M. Cartailhac.
d'une vingtaine de mètres, de 3 mètres de large sur 5 mètres au plus de hauteur. Aux premiers mètres, on y remarque une jolie colonne bien détachée des murailles.
Revenons au « Rubicon » ; ce passage étranglé se trouve placé à environ 65 mètres de l'entrée ; actuellement des échelons de fer en facilitent l’accès, mais il était déja difficile auparavant, et, probablement, dès l'époque du Renne. Cette chatière passée, (PI. XLIHI), on redescend brusquement d'environ 1 m. 80 dans un
corridor absolument rectiligne de 61 mètres de long ; c’est la galerie principale ; elle donne accès, à droite, après 22 mètres, à une autre galerie, à angle droit avec
elle, la galerie latérale ; nous appelons carrefour leur point de rencontre. A 20 mètres plus loin, la galerie principale s'élargit à gauche en une petite salle basse, à voûte en cul-de-four, c'est la salle des petits bisons, après laquelle la galérie principale se coince en un étroit diverticule final. (PI. XLV).
Il est facile de voir que cette longue galerie rectiligne, et aussi la galerie latérale, sont deux grandes diaclases autrefois élargies par d’anciens cours d’eau. Dans la première partie de la principale galerie, large de 2 m. 50 en moyenne, la voûte s'élève à une grande hauteur, ou plutôt, il n'y a pas de voûte : les parois sont presque verticales, et se rapprochent graduellement, en laissant toujours entre elles un espace plus ou moins considérable ou réduit ; aussi la hauteur de la voûte est-elle difficile à apprécier, elle atteint certainement en plusieurs points plus de
15 mètres ; les parois présentent une série de corniches horizontales, la première, à 1 m. 80 du sol, très continue à droite, moins à gauche ; il y en a plusieurs autres à une hauteur de 5 à 10 mètres; en un point, les deux parois se rejoignent par un arceau suspendu ; le maximum de cette hauteur précède un peu le carrefour, après lequel, jusqu'à la salle des petits bisons, la hauteur s'abaisse à 7 ou 8 mètres, pour tomber à 4 mètres, dans l’étroit diverticule final, large seulement de o m. 60 en moyenne.
La galerie latérale a une largeur de 3 mètres et une hauteur de voûte de 4 m. 50 environ ; elle se termine, après 20 mètres, par un étroit boyau qui vient s'ouvrir sous une jolie voûte circulaire à nombreuses stalactites malheureusement brisées ; auprès de cette coupole, se trouvent deux belles colonnes stalagmitiques très élancées. (PI. XLIV). Le boyau qui continue encore une trentaine de mètres est très malaisé à explorer ; sa largeur, de 1 mètre en moyenne, s'étrangle à o m. 55 et même o m. 30, en deux éndroits où la voûte, par suite de concrétions obstruantes, s'abaisse à o m. ©
on aboutit, après un dernier étranglement, à une petite salle plus élevée, où se trouvent de belles draperies de stalactites ; au-delà, il ne reste plus que quelques mètres d’un couloir très resserré.
Le mécanisme de la formation de la grotte n’a rien de bien original ; c'est une série de diaclases élargiés par des rivières souterraines à une époque reculée où les cours d’eau de la région avaient commencé seulement et avancé à peine de moitié le creusement de leurs cañons. A cette époque le cours d’eau dégorgeait à l'extérieur par les diverses issues du souterrain, dont le plan dessine une sorte de delta ; comme l’a écrit M. E. A. Martel (1), « La caverne de Font-de-Gaume est l'œuvre du puissant régime hydrologique pliocène, cet a été creusée par quelque fuite ou capture d'une rivière de cette époque. » Mais le creusement des vallées voisines: ayant abaissé le niveau de-base des eaux de la région, le cours d'eau a
cherché plus bas une autre issue : la source du vallon peut en être un reste
(1) E. A. Marrer : Sur la grotte de Font-de-Gaume (Dordogne), Académie des Sciences. 15 Juin 1903.
et l’âge du creusement des cavernes.