‹ La Cécité: Blessures de guerreChapitre 22 sur 25 · ÊT LES MILITAIRES AVEUGLES EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

ÊT LES MILITAIRES AVEUGLES EN PARTICULIER

En présence d’une situation aussi émouvante, vie brisée à ses plus beaux jours pour une cause aussi noble, conditions souvent pénibles de l'existence, nous n'hésiterons pas à regarder nos obligations comme devant être de tout ordre : morales et matérielles.

Obligations morales. — Nous apporterons à l'aveugle militaire un réconfort chaleureux dans le cas où 1l serait au courant de son infirmité. Nous lutterons à l'occasion contre son découragement, ce cri de protestation de l'âme. Nous lui montrerons qu'il y a des malheurs plus grands que la perte de la vue. Nous lui dirons que l’homme « privé de vue » n'est pas incapable d'un labeur fructueux. Tant d’autres aveugles ont déjà travaillé.

SCOR

Si le découragement persiste, nous le mettrons en relation avec des aveugles exercés, intelligents, aclifs, qui lui expliqueront leur raison à eux d'espérer. À défaut des yeux, il leur reste une faculté presque aussi importante, la mémoire. Ils ont encore un sens, le toucher, qui remplace la vision de près. Ils n’ont pas tout perdu : 1ls travaillent, ils gagnent tous les jours un certain salaire.

Dans le cas où l’aveugle ne connaît pas son état, quelle est la conduite à tenir? Doit-on le mettre au courant de sa cécité? Il semble en principe que non. On évitera devant lui de prononcer le mot d’aveugle. On parlera simplement de gens qui ont la « vue fatiguée ». On se montrera habile et diplomate. Petit à petit onen viendra à examiner les moyens de suppléer à cette fatigue de la vue, dans le cas où elle persisterait. Mais on se gardera bien de brusquer les choses. Certains aveugles conservent longtemps en effet l'illusion de la vue. À tout prix 1l faut lui éviter une révélation claire de son véritable état. Un gros découragement s’en suivrait, qui pourraît entraîner d’autres conséquences qu'une forte peine morale. Progressivement on lui glissera la plaquette et l’alphabet Braille, dans le cas où son « mal aux yeux » durerait encore. On lui suggérera qu'il peut absolument par lui-même continuer à accomplir les menues besognes dont il s’acquittait autrefois. On l’intéressera aux jeux. Petit à petit, notre aveugle se fera à l’idée d’un mal aux yeux durable. On en conviendra, mais sans jamais parler de cécité.

On n'éteimdra jamais cette lueur d'espoir qui les anime presque tous.

Dans certains cas au contraire le guide est autorisé à user de moins de détours. Nous avons lu les mémoires d’un aveugle qui écrivait que le plus grand service à rendre aux infirmes de sa catégorie était de les renseigner sur leur véritable intérêt.

Nous estimons qu’en cette occasion il y a lieu de tenir un grand compte du niveau intellectuel du sujet, et surtout de son caractère. Est-ce un impulsif, renonçons-y. Est-ce un sujet cultivé, froid et volontaire, nous pouvons nous inspirer de cette dernière ligne de conduite.

Obligations matérielles. — Nous avons encore envers les aveugles de la guerre, certainement plus qu'envers les autres, des obligations matérielles. Le plus grand nombre sont dans des situations dignes d'intérêt. Le Pays a bien pensé à eux. Considérant l'importance du dommage résultant de la perte totale et irrémédiable de la vue, le législateur militaire a placé la cécité dans la première catégorie des blessures ouvrant des droits à la pension (décision ministérielle du 23 juillet 1887). C'est dans la deuxième catégorie seulement que figure l’'amputation de deux membres. Le taux de la rente spéciale lorsqu'il y a perte totale de la vue est pour le soldat de 1.728 francs, de 1.800 francs pour le caporal, de 1.992 francs pour les sous-officiers !.

Cette somme est importante. Elle n'assure cependant pas l'existence de l'aveugle, et, en particulier,

1 Journal Officiel de la République française, juin 1915, p. 399. :

sp celle de l’aveugle chargé de famille. Il convient d’augmenter ses revenus. On lui donnera une instruction qui lui permettra d'utiliser les facultés qu'il possède encore, car, pour être réduites, elles n’en existent pas moins. L'infirme y trouvera son compte autant moral que matériel. En même temps qu'il accroîtra ses bénéfices journaliers en effet, son travail lui procurera une certaine satisfaction. Il s’apercevra qu'il n’est pas, comme il l'aurait cru dans les premiers moments de conscience de son véritable état, un bon à rien. Le travail sera encore pour lui une distraction, un passetemps, qui lui fera oublier son infirmité. La société elle-même n'aura qu'à se louer de cette activité de l'aveugle, qui produira pour elle el, à ce titre, en deviendra un membre actif et utile. Elle n’aura pas à regretter les moyens mis en œuvre pour lui faire donner son instruction et son éducation.

Education. — L'éducation de l’aveugle sera un des premiers soins du « typhlophile ». Elle est en effet la condition de toute instruction.

Dès qu'il sera possible, l’aveugle sera dirigé vers un Atelier-asile. C’est là qu'il recevra son éducation et son instruction. Ce groupement immédiat ne présenterait-il pas des inconvénients? On a prétendu qu'il ne siérait peut-être pas d'assembler des hommes désemparés et incapables de se prêter un appui réciproque. Il semble, au contraire, que les aveugles aient tout à gagner à sympathiser ensemble. Ils se reconnaissent les égaux les uns des autres. Etant soustraits au contact des clairvoyants, ils perdent l’occasion de reconnaître leur

— 6m déchéance, relative d’ailleurs. En l'absence de tout terme de comparaison, ils gardent la notion de leur personnalité.

Ce groupement opéré, le typhlophile se met à l'œuvre. Ilentreprend l'éducation sensorielle de son protégé. Il tend surtout à développer l’odorat, le goût, l'oute « qui met l’aveugle en relations avec ses semblables », le « toucher qui le met en contact avec la nature ». Entre tous le toucher appelle son attention, car c’est pour l'aveugle le plus précieux des sens. Il apprendra l'aveugle à tâter. Il lui enseignera que, pour acquérir la notion d’un objet, il ne suffit pas de le soumettre à un contact cutané, 1l faut encore que la main, mettant en Jeu ses articulations des phalanges, du poignet et, parfois, du membre supérieur entier, lui donne la sensation de forme et de relief. L'aveugle devra aussi mouvoir son index avec la vitesse la plus grande compatible avec la perception des points, en appuyant juste assez pour les sentir, et pas assez pour fatiguer la sensibilité tactile.

Instruction générale. — L'éducation du doigt terminée, l’aveugle aura acquis le sentiment du relief. Il . sera à même d'apprendre la lecture et l'écriture. Il lira le Braille dès qu’il connaîtra la valeur des signes représentatifs des lettres, qu'il est maintenant arrivé à percevoir. Nous n'insisterons pas sur leur constitution...

Ils se composent essentiellement de un à six points. Les dix premières lettres de l'alphabet sont représentées par la juxtaposition de quatre points. Les dix suivantes sont formées avecles précédentes en ajoutant sur untrait

inférieur et à gauche un cinquième point. Les quatre dernières en joignant un sixième point sur la droite.

Dès qu'il connaîtra la lecture et l'écriture, l’aveugle possèdera en même temps le calcul. Les chiffres portent les mêmes signes que les dix premières lettres du Braille, précédées seulement d’un signe particulier qui est le signe du nombre.

La nécessité de cette instruction préalable s'impose absolument au militaire aveugle. Elle est pour lui une distraction agréable et utile, qui pourra combler ses heures de loisir. Elle élève son âme. Elle contribue à lui faire admettre qu’en perdant ses yeux 1l n’a pas tout perdu. Les efforts de l’instructeur ne sont d’ailleurs pas vains. Ses élèves l’écoutent avec une attention soutenue, attention dont il convient peut-être de rechercher l’origine dans le défaut des images visuelles.

Instruction professionnelle. — De pair avec l’instruction générale sera menée l'instruction professionnelle. Presque au même titre que les autres aveugles, le soldat mutilé sera apte à la recevoir. Mais n'oublions pas qu'il a passé l’âge où l'esprit se forme. Il est déjà ou presque dans l’âge mûr. Il aura une peine de plus à s’assimiler les principes nouveaux qui lui seront inculqués. Il mettra peut-être longtemps à acquérir cette habileté manuelle dont le jeune âge connaît le secret. L’aveugle va donc trouver devant lui des difficultés. Il devra disposer d’une énergie suffisante pour les surmonter.

Le sujet reconnait la nécessité pour lui d’embrasser une profession en rapport avec soninfirmité, quel sera

son choix? En général celui d’un ami, de l’instructeur même, mais avant tout d’une personne intelligente et avisée. Le guide fera intervenir des considérations de Lout ordre : situation matérielle antérieure du blessé, rang social, relations, instruction générale, aptitude physique. Le guide devra en outre consulter les goûts naturels : certains ont une vocation musicale, ils feront des musiciens, des accordeurs de pianos, mais à cette condition qu'ils posséderont déjà le sens de la musique. La légende de l’aveugle musicien n’est pas fondée, Comme tout autre, l'aveugle ne devient musicien que quand il a reçu des dons particuliers de la nature dans ce sens.

Rendons-nous bien compte de la nécessité pour le guide de faire un choix convenable en faveur de son protégé. S'il venait à l’orienter vers une profession pour laquelle ses aptitudes spéciales seraient insuffisantes, il s'exposerait à un échec d'autant plus funeste que l’énergle gaspillée dans une tentative infructueuse ferait défaut.

Nous connaissons déjà les avantages présentés par l'instruction du soldat aveugle. Nous avons vu qu’elle accroissait dans de notables proportions la somme de ses bénéfices journaliers. Elle pare en outre à l’oisiveté.

Elle tend enfin à prévenirle vagabondage. Déjà trop nombreux, sans doute, seront les mutilés qui, après la guerre, lui emprunteront les éléments de leur existence!

Il est en retour quelques cas où la question de l'éducation professionnelle ne se pose pas. C’est quand le travail antérieur de l’aveugle ne souffre pas de son infirmité. Il existe un certain nombre d’occupations

To qui se passent du contrôle de la vue. C'est quand on se trouve en présence de situations favorables : l'infirme qui n'a pas à se préoccuper de questions matérielles trouve dans la lecture une occupation suffisante. Fort heureusement petit est le nombre des aveugles dont la multiplicité des mutilations empêche tout travail.

L'instruction sera donnée dans un Atelier-école. Ces ateliers existent déjà pour les aveugles civils dans les principaux centres. Mais une section spéciale y sera créé pour nos aveugles militaires, où l’on fera d’ailleurs rentrer à l’occasion les aveugles adultes civils. La durée du séjour variera avec la nature du métier appris : la brosserie demande six à huit mois; la vannerie veut un apprentissage plus long, pouvant atteindre deux et trois ans. C’est encore une question de personne. Certains sujets sont mieux doués que d’autres.

Les métiers enseignés aux aveugles sont très importants. Valentin Haüy, en 1788, enseignait à ses élèves la corderie, la vannerie, la filature, la couture, le tricot, enfin l'imprimerie.

Mais tout avait disparu en 1810.

Guillé, vers 1816, reprit, avec quelques jeunes aveugles retirés des Quinze-Vingts, la filature, la corderie, la vannerie, la chaiserie, le filet et le tricot.

Le D' Pignier, en 1821,continua ces métiers, surtout la vannerie, le tissage, le cannage, mais il appliqua les aveugles surtout à la musique et à l’accordage. Dufour, à partir de 1840, ajouta la brosserie, le tour et l’ébénisterie. Guadet, enfin, de 1855 à 1871, conserva seulement le tricot, le crochet et le filet pour les /illes; le tour, les filets de pêche, le çannage des chaises et la

+ vannerie pour les garçons. En 1878, on établit à l'institution une classe spéciale pour l’accordage. Dans ces dernières années, on a repris l'imprimerie en points. On a pratiqué : à Clermont, letricot mécanique et le tissage : à Arras, à Toulouse, la fabrication des balais; à l'Ecole Braille, le travail des perles et des couronnes ; à Marseille, la vannerie et la sparterie; à la rue Jacquier, la brosserie, la vannerie et la sparterie ; à Paris, enfin, la Société Valentin Haüy a établi un atelier de sacs en papier pour aveugles incapables de mieux. Ernest Vaughan, dans la Guerre Sociale (1915), propose encore l'entrée des aveugles dans les manufactures nationales, les manufactures de tabac, en particulier ; dans l’industrie des cycles; dans les téléphones. Comme on le voit, les métiers d’aveugle sont assez nombreux : perles, filets, crochets tiennent une petite place et sont réservés aux femmes; les hommes excellent dans la brosserie, la vannerie, le rempaillage, le cannage, l’accordage et les réparations de pianos. Le massage et la dactylographie sont moins courants. La brosserie est par excellence l'industrie des aveugles. Elle présente, en effet, de nombreux avantages : elle ne nécessite qu’un matériel peu compliqué, un outillage peu coûteux. La technique est facile, l'apprentissage court : il dure tout au plus six à huit mois. Cette occupation permet, en outre, à l’ouvrier de travailler chez lui en famille, en raison du faible matériel dont il doit faire l'acquisition, et de travailler seul. L'ouvrier se passe de toute aide, autant de celle d'un aveugle que de celle d’un clairvoyant. Il trouve enfin une vente facile de ses brosses. Il

— Fi — s'agit, en genéral, de brosses de chiendent. Mais l’aveugle est susceptible de produire la brosse de luxe.

La vannerie réclame un apprentissage plus long, environ deux à trois ans. Elle nécessite une vigueur physique d’une certaine mesure, de lhabileté et de l’adresse manuelle. Elle demande en outre un atelier spacieux, condition qu'il n’est souvent pas aisé de réaliser dans les centres. Si nous ajoutons la difficulté d'écoulement des produits, nous nous expliquerons qu'elle soit assez peu cultivée en France.

Le rempaillage, le cannage sont aisés. La technique est facile, l'instruction rapidement faite. Mais ce travail est peu rémunéré; l'ouvrier tend aujourd'hui à l’abandonner.

L’accordage et la réparation de pianos compte parmi les métiers d’aveugle les plus intéressants et les plus fructueux. Mais 1l nécessite des aptitudes musicales prononcées. Nous avons vu que dans une certaine mesure on naît musicien, qu'en aucun cas on ne le devient si l’on n'a reçu de la nature des dons particuliers. Il demande en outre un apprentissage long, environ deux ans, une dextérité manuelle prononcée, des qualités intellectuelles générales, du savoir-faire, puisque l’aveugle devra se mettre en relation avec des personnes de {out rang social.

Le massage est encore peu pratiqué par les aveugles. Il semble cependant qu'il leur convienne. L'aveugle possède en effet une des grandes qualités du masseur : la patience. Sans doute la technique sera longue à acquérir. La formation demandera environ deux ans. Elle nécessite en outre la connaissance préalable de

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notions anatomiques et physiologiques. Mais il paraît bien que l’aveugle intelligent, possédant une instruction et un vernis suffisants pour se présenter dans les divers milieux, arrivera à se créer une clientèle suffisante.

La dactylographie a tenté encore certains aveugles, quoique en petit nombre. [ls utilisent des machines portant sur les lettres les caractères de Braille.

La cordonnerie, au point de vue fabrication et réparation, est peu goûlée par nos aveugles. Ceux du Danemark s’y adonnent davantage.

La matelasserie est pratiquée dans de fortes proportions par les aveugles anglais. Ils ont fondé plusieurs grands ateliers. Il n’en est pas de même en France. Ce travail est accompli d’une façon générale ici par de petits façonniers. Nos aveugles ne s’en occupent pas, en raison de la nécessité fréquente où ils se trouve raient de faire appel à des clairvoyants pour faire certaines parties de leur ouvrage.

L'industrie aveugle des sacs en papier, des tapis n’est encore qu'ébauchée.

Le travail de l’aveugle. — Telle est la nature des métiers enseignés à notre aveugle militaire. Il importe de nous demander quelsera son travail : ilsera d’excellente qualité, mais lent. Le rendement est en général moitié moindre que celui du clairvoyant dans les métiers manuels. Il s’élèvera au contraire dans les professions où l'intelligence joue un plus grand rôle.

Les bénéfices de l’aveugle seront en rapport aussi

= avec l'intervention du facteur intellectuel. Ils baisseront sensiblement dans les métiers manuels.

Le gain journalier des ouvriers est le suivant, d’après M. Laurent, directeur des ateliers de la rue Jacquier :

Brossiers moyens . . . .fr. 2 60 Rempalleurs 2 Has part0 Canneurs-rempailleurs . . . 1 40 NAIL LU NS CL TC Piletiets 200 malt ao

Ce gain joint à la pension de réforme, au produit de la médaille militaire, assurera l'existence à nos mutilés.

En possession d’un métier, l’aveugle se mettra au travail. À son gré il passera dans un Atelier-ouvroir, s'il n’a pas de famille ou de chez lui ; il y trouvera des camarades et bientôt des amis. Il aura son travail assuré d'avance, ainsi que la vente des objets fabriqués.

Dans le cas contraire, et si la nature de sa profession le lui permet, il pourra travailler chez lui. En quelque lieu que s'exerce son activité, l’aveugle devrait « travailler pour le compte de Sociétés industrielles anonymes par actions, créées pour l'exploitation méthodique el consciencieuse de se production. Ce serait la Grande Société des Ateliers de soldats aveugles. Les aveugles se passeraient ainsi de la philanthropie officielle ou privée qui n'interviendrait que durant la période d'apprentussage. Les bénéfices seraient répartis dans un pourcentage à déterminer entre les producteurs aveugles, le personnel et le capital. » Tel est le projet

Le

exposé par Ernest Vaughan, dans la Guerre Sociale. Nous formulons le souhait qu'il se réalise.

La protection de l'aveugle. — Mais l’aveugle ne pourra vivre d'une vie isolée. Il devra faire appel à des protecteurs qui le guideront, qui à l’occasion lui fourniront aide matérielle et morale. Cet appoint lui sera fourni par des Sociétés d’assistances. La nécessité de ces Sociétés se fera particulièrement sentir après la guerre pour venir en aide aux mutilés. Ses membres auront à cœur la protection durable des infirmes. Ils rechercheront le moyen de diminuer le poids de leurs infirmités : ils fourniront à leurs protégés des substances, du travail, des conseils. Ils les feront enfin bénéficier de toute l'autorité de leur influence. « Le patronage, dit justement M. de la Sizeranne, est la clé de voûte de l'œuvre des aveugles; sans lui l’enseignementintellectuel et professionnel le mieux organisé reste stérile dans bien des cas. » Ces patronages existent en partie. Valentin Haüy avait eu déjà l’idée de l’organiser pour les élèves sortis de son école, les troubles de la Révolution l’en empéchèrent.

Dufau, en 1841, créa la Société nationale de Patronage des Aveugles de France, qui donna peu de résultats en raison de sa trop grande extension même, puis la Société particulière de l’Institution Nationale, qui fut réorganisée en 1855 et peut aujourd’hui, comme Société de placement et de secours, servir de modèle aux œuvres du genre.

Citons encore la Société d’Assistance, dont le siège est aux Quinze-Vingts, créée par M. Péphau ; l’Asso-

ns

cialion Valentin Haüy pour le bien des aveugles, fondée à Paris par M. de la Sizeranne depuis 1883. Cette dernière a pour but de seconder et d'unir les personnes et les œuvres qui s'occupent des aveugles, d'étudier, de propager, d'appliquer tout ce qui peut concourir à leur instruction, leur éducation, leur patronage, et de vulgariser la prophylaxie de la cécité. Elle aussi s'intéresse aux mulitaires aveugles et à leur réadaptation à la vie utile.

Nous nous sommes occupé jusqu'ici des aveugles présentant des aptitudes physiques et fonctionnelles voulues pour apprendre et exercer un mélier. Mais il en est d’autres qui nous intéressent. Ce sont les grands mutilés, qui se trouvent dans l'impossibilité absolue de travailler; leur nombre est heureusement petit. Ce sont les sujets dépourvus d'initiative qui se montreraient inférieurs aux difficultés de la vie. Ce seront plus tard nos aveugles affaiblis par l’âge, incapables de subvenir aux nécessités de leur existence.

Suivant leurs capacités, on les admettra dans des Ateliers-asiles ou des Hospices-asiles. L’Atelier-asile assure à ses pensionnaires la subsistance, la vie matérielle ; 1l fournit de l'ouvrage à ceux qui possèdent encore certaines capacités de travail.

L’Hospice-asile sera réservé aux aveugles incapables de tout travail et indigents. Tantôt il s’agira d’un Asile spécial; les grands centres seuls peuvent en supporter les frais. Nous citerons l’Asile des Quinze-Vingts à Paris.

Dans les milieux urbains, cantonaux et communaux au contraire, dont les ressources sont limitées,

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